Jean Giono by HC120104164428

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									Jean Giono


PRESENTATION
Les provences de Jean Giono

Quelques clés pour pénétrer une œuvre foisonnante, lyrique et poétique, dont les pistes ont été
brouillées à loisir par un magicien du verbe éperdu de sensations.
En cheminant dans le dédale des collines arides, des vallées fertiles, des champs d’oliviers, dans la
confusion d’un siècle brutalisé par l’histoire, on découvre une Provence qui, loin de la réduction
régionaliste, est partie intégrante du vaste univers méditerranéen, toujours rattachée par mille liens au
monde antique, celui de Virgile et celui d’Homère.

Comme Janus, la Provence a deux visages : celui, âpre et nu des hauts plateaux balayés par le vent,
terre de grande solitude qui invite aux élans spirituels ; et celui des plaines aux moissons riches, aux
vergers bien irrigués, où le cycle des saisons entraîne autour des villages de pierres rousses, des
labeurs ancestraux, grandes fêtes et petits drames.



BIOGRAPHIE

Naissance et origines

Jean Giono est né à Manosque le 30 mars 1895. D’origine provençale par sa mère, il revendique les
racines rêvées, enjolivées de la lignée paternelle italienne. Prestige de l’idéal des Carbonari, poursuite
de la liberté jusqu’aux franges de l’anarchisme, ivresse des grands chemins et exaltation du
compagnonnage : le fil conducteur de toute l’œuvre, de la vie même de Jean Giono, se trouve dans la
fidélité aux convictions qui furent celles de ses père et grand-père.

L’enfance de Jean Le Bleu

Une enfance sage, une famille unie et aimante, des parents de condition modeste (père cordonnier,
mère lingère) qui donnent à leur fils unique une éducation soignée, le respect des traditions, le sens du
devoir, le plaisir du travail bien fait, et, par-dessus tout, une grande indépendance d’esprit.
C’est un univers rural toujours inscrit dans le XIXe siècle que Jean Giono décrit dans Jean le Bleu
1932, “...l’ère heureuse du pré-machinisme ” dira-t-il plus tard.
Quitter le collège précocement n’interrompt nullement son dialogue avec les auteurs classiques, Virgile
et Homère surtout...
Jean Giono demeurera sa vie durant un lecteur boulimique.

Rupture et douleurs
1914 - 1919

La Grande Guerre représente pour Jean Giono un profond traumatisme, qui fondera le pacifisme
virulent, engagé, sans nuances, du rescapé de Verdun.
C’est la prise de conscience du mal qui hantera toute l’œuvre, y compris les plus lumineux des récits.
Une fresque terrifiante publiée en 1931, Le Grand Troupeau, en porte témoignage, tout comme la
nouvelle Ivan Ivanovitch Kossiakoff, souvenir personnel de l’auteur, qu’il évoquera toujours avec
émotion.

Vie privée

Le solitaire, épris de liberté, le poète ivre de mots, aussi éloigné qu’on peut l’être des réalités de ce
monde, fonde une famille.
Sa vie durant il sera bon époux, père attentif, fils exemplaire, et jamais ne s’évadera du cocon douillet
des plaisirs domestiques.
Ce n’est que la première des grandes contradictions gioniennes : refusant le régionalisme, l’esprit de
clocher, chantre de l’Odyssée, du grand large (Moby Dick), de l’aventure et des cavalcades, il ne
s’absentera que brièvement de Manosque sans pourtant s’y intégrer et se contentera d’arpenter la
Haute-Provence d’un pas de promeneur enveloppé de sa cape de berger.
Débuts littéraires et premiers succès...

Ses premières œuvres sont des poèmes à la préciosité
surannée ( Accompagnés de la flûte... 1924), des récits mythologiques au lyrisme exubérant
(Naissance de l’Odyssée 1925).
Jean Giono, inlassablement, fait ses gammes, tout en assurant la subsistance de sa famille : il exerce
le métier, peu contraignant, d’agent bancaire.
Puis soudain, avec La Trilogie de Pan – Colline 1928, Un de Baumugnes 1929, Regain 1930 –, il crée
un genre iné-dit, une épopée rustique mêlant magie, forces occultes et réalisme quotidien dans une
effusion sensuelle et païenne sur fond de tragédie grecque.
Le succès est immédiat. “ Un Virgile en prose vient de naître en Provence ! ” se serait exclamé Gide.
Jean Giono, désormais, va pouvoir consacrer tout son temps à l’écriture.

Les malentendus

Le succès, en le faisant sortir de l’ombre, place Jean Giono dans une situation ambiguë : loin des
cénacles parisiens, peu informé, ses déclarations, ses actions apparaissent comme intempestives,
naïves ou contradictoires.
Compagnon de route du communisme, il se désolidarise avec vigueur en 1935 lorsque le P.C.F. se
prononce pour le réarmement. Adhérent de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, il se
place, sans le savoir, dans la mouvance du trotskisme.
Célébrant la nature et les joies simples de la vie des champs, il servira, parfois à son insu, à illustrer
les thèses les plus réactionnaires du retour à la terre.
Pacifiste obstiné, il préconise un rapprochement avec l’Allemagne et appelle à une révolte paysanne
destinée à miner l’effort de guerre !

Le Contadour

Entre 1935 et 1939 Jean Giono est la figure de proue du groupe du Contadour... Il est difficile de
définir ce qu’était ce camp de vacances qui rassemblait deux fois par an dans une atmosphère
joyeuse et ludique des intellectuels de tous horizons autour du thème du pacifisme.
L’agitation brouillonne de ces intellectuels qui multiplient démarches et manifestations contre la guerre,
tracts pacifistes et appels à la désertion alors que montent les périls, compromettra gravement Jean
Giono.

Les prisons

En 1939 Jean Giono est emprisonné durant deux mois... Il est, il est vrai, l’auteur du Refus
d’obéissance 1937 et de la Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix 1938. Il a pourtant, décevant
ses admirateurs, répondu à l’appel de la mobilisation.
Moins explicable encore est son arrestation en septembre 1944 pour des raisons symétriquement
opposées à celles de 1939, et suivi de cinq mois de détention dans des conditions très dures. Sa
conduite pendant la guerre a cependant été plus que respectable : il a pris des risques en aidant,
cachant et hébergeant à ses frais réfugiés et fugitifs.
Étonnante force d’âme de Jean Giono, qui, intériorisant son expérience fera l’éloge de la réclusion ! : “
J’aime les prisons, les couvents, les déserts...”.
Il ne conservera pas moins de ces temps troublés une grande amertume... D’autant qu’une haine
vindicative et tenace l’interdit de publication, le privant de moyens d’existence.

Le deuxième souffle

Ce n’est qu’en 1951 avec la parution du Hussard sur le toit que s’apaisera la vindicte.
Commencent alors les années fécondes : outre la quadrilogie du Hussard, épopée romanesque et
symbolique, Giono rédige les Chroniques, belles et sombres méditations d’un pessimisme que
tempère une sensualité diffuse... Son intérêt pour le cinéma s’affirme, il met lui-même en scène L’Eau
vive, Crésus, écrit de nombreux scénarios, adapte ses romans à l’écran.
Son activité créatrice ne faiblit jamais : il ne cesse de publier commentaires, préfaces, essais, articles,
textes sur la Provence et un dernier roman, L’Iris de Suse, qui paraît quelques mois avant sa mort.

Éloge de la vieillesse
“ La jeunesse croque à belles dents avec un appétit goulu. Quand on devient vieux, on mâche
lentement une seul bouchée, mais on la savoure, on en retire la quintessence. ”
Difficile de ne pas admirer l’homme qui, dans son grand âge conserve, ouvert sur le monde le même
regard généreux et gai, plus attentif aux autres que soucieux de lui-même.
9 octobre 1970
Mort de Giono, dans sa maison de Manosque.
“ C’est la mort, disait-il, qui donne à toute chose cette beauté aiguë. ”



PROVENCE ODYSSEE
L’inventeur d’un monde

Les pistes brouillées

L’imaginaire prédomine sur la perception du monde.
“ S’en tenir à la vérité serait préférer le code civil à Stendhal. ” (Entretien avec Pierre Citron)
Une Provence vue à travers les classiques : ce sont Les Bucoliques et c’est L’Odyssée qui révèlent à
Jean Giono l’appartenance de la Provence au monde antique. Et plus tard, Walt Whitman, le plus
moderne des poètes épiques qui lui inspirera Le Chant du monde 1934.

Naissance de l’Odyssée
(Premier écrit) 1925-1927

Le personnage d’Ulysse est, dans ce premier écrit, prétexte d’une réinvention de la Médi-terranée :
“ Le mensonge cristallisant sur chaque brin de la vérité une carapace scintillante. ”
Le va-et-vient sera désormais constant entre une réalité transposée et un élan créatif purement
imaginaire.


Biographie
Le goût du mensonge

Jean Giono invente sa biographie : il revendique le droit de réécrire son destin.
“ Il y a une beauté du monde qui ne se découvre qu’en le regardant à l’envers ” dit le villageois-
acrobate de Présentation de Pan 1930.

A contre courant

En 1939, il est arrêté comme pacifiste et sympathisant communiste.
En 1944, il est emprisonné pendant plusieurs mois : le régime de Vichy a largement utilisé ses
premières œuvres pronant un retour à la terre. Dans les deux cas, il est relaxé faute de preuves. “
Honnête, impulsif, irréfléchi, imprudent ” diront ses amis.

PROVENCE ODYSSEE
Une autre provence

“ Un peu au-dessus de Manosque, une tendresse rit dans la lumière. C’est par des vallonnements
doux que l’on monte dans la montagne de Lure. Ici c’est Vénus. Non pas l’Aphrodite qui sort de la
coquille de Boticcelli, mais la virgilienne, la rustique, la Copa, cette Syrienne à la myrte grecque qui
convie le passant à venir dans la chair et le vin parmi les fromages et les fruits cueillir le jour d’un jour.
” Textes sur la provence 1993 (1)

Ne jamais quitter Manosque
S’en évader par tous les moyens littéraires

Manosque : clé de l’imagination et refus de l’enfermement dans le quotidien.
• la Grèce
• l’Italie
Une autre Provence, antique et pastorale survit au monde moderne.
BIOGRAPHIE
Les paradoxes du voyageur immobile

Jean Giono vit isolé du monde littéraire, loin des cénacles parisiens, peu et mal informé de l’air du
temps. Une relation continue et amicale avec Lucien Jacques, ses rencontres et sa correspondance
avec Jean Paulhan, André Gide, l’amitié de ses éditeurs constituent ses seuls liens avec la vie
intellectuelle de l’époque.

Le groupe du Contadour

Sa notoriété grandit cependant. Entre 1935 et 1939, Jean Giono retrouvera pour des séjours
bisannuels dans les bergeries du Contadour, un groupe de lecteurs privilégiés : feux de camp,
musique, discussions enflammées.
Refus d’obéissance 1937, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix 1938 sont l’expression du
pacifisme intégral qui était celui des participants.

1. Recueil de textes, préfaces, articles écrits et publiés entre 1962 et 1970.


PROVENCE ODYSSEE
Le merveilleux

Le Rhône et le Minotaure

A propos d’Arles il écrit :
“ Certaines de mes nuits sont ébranlées par des mugissements qui peuvent aussi bien venir du Rhône
que du Minotaure. ”

Présentation de Pan (1) -1928

Dans “ le jaillissement poétique ” (du langage paysan) il faut tenir compte de tout ce qui est sorti du
livre de messe, du cantique et du recueil de chants de Noël.

Utopie virgilienne et paysanne

“ Quatre maisons fleuries d’orchis jusque sous les tuiles émergent des blés drus et hauts. C’est entre
les collines, là où la chair de la terre se plie en bourrelets gras.
Le sainfoin fleurit, saigne dessous les oliviers. Les avettes dansent autour des bouleaux gluants de
sève douce.
Le surplus d’une fontaine chante en deux sources. Elles tombent du roc et le vent les éparpille. Elles
pantèlent sous l’herbe, puis s’unissent et coulent ensemble sur un lit de joncs. Le vent bourdonne dans
les platanes.
Ce sont les bastides blanches. ” Colline 1928

1. Après le succès de La Trilogie de Pan, Giono, à la demande de ses éditeurs, publie un texte
explicatif truffé d’anecdotes : Présentation de Pan..



LA TRAGEDIE

De Pan à Shakespeare

“ Il n’y a pas de Provence. Qui l’aime, aime le monde ou n’aime rien. ” écrit Giono dans Ron-deur des
jours.(1)
L’élan fusionnel des premières œuvres laisse la place au sens du tragique : terreur panique devant les
éléments déchaînés (Batailles dans la montagne) 1937. La joie aussi peut être panique (Deux
Cavaliers de l’orage) 1942.
Peu à peu s’installe une méditation sombre sur la destinée humaine : le mal rôde, au fond des cœurs
(Solitude de la pitié) 1932.
Shakespeare, Melville, Faulkner

Jean Giono qui traduit Shakespeare et surtout Melville (Moby Dick) est ébloui par Faulkner.
En prison, il écrit Pour Saluer Melville 1940. La quête de la baleine devient le symbole évident de La
Recherche de la pureté 1939.

“ Giono, c’est votre Faulkner ” disait Henry Miller.

“ Madame Numance ne sut jamais qu’elle avait été sur le point de mourir en traversant le bois de
chênes, car Firmin s’était enfin décidé bêtement à l’étrangler et à fuir dans la forêt. ” Les âmes fortes
1950

1. Gallimard, “ L’Imaginaire ”, 1994. Extraits d’un recueil de nouvelles publiées en 1943 sous le titre
L’Eau vive.

LA TRAGEDIE
Le tragique solaire

D’une provence virgilienne à la tragédie grecque

Des “ bucoliques ” provençales – travaux des champs, cueillette des olives, vendanges, moissons,
chasse ou pêche, petits drames paysans – on bascule peu à peu dans le tragique, l’expression du
poids du destin :
• La guerre (Le Grand Troupeau) 1931
• L’épidémie (Le Hussard sur le toit) 1951
• L’hérédité (Le Moulin de Pologne) 1953
• La noirceur des âmes (Les Âmes fortes) 1950

La lumière blanche et la poussière des déserts

Contre la ritournelle folklorisante :
• Des paysages noirs et blancs (Batailles dans la montagne) 1937
• La Haute-Provence ensevelie par la neige (Un Roi sans divertissement) 1947
• Le vent violent (Les Grands Chemins) 1951
• La boue, la brume…
• La chaleur, visqueuse, écœurante (Le Hussard sur le toit) 1951

“ Et, comme ça, la montagne vient jusqu’ici et s’en va beaucoup plus loin, en long et en large, pesant
sur des immensités de terre qu’elle recouvre, étant cet amoncellement d’os, de peaux, de chairs
poussiéreuses, d’arêtes, de vertèbres, de cuisses, d’épaules, cet ossuaire des troupeaux du Seigneur,
(…). ” Batailles dans la montagne 1937

“ Il gravissait des mornes couverts de châtaigniers gris, descendait dans des combes grises où le pas
du cheval soulevait des flocons de cendre, suivait le serpentement des vallons à parois de chaux vive,
escaladait des coteaux au pas de son cheval endormi, suivait les crêtes chauffées à blanc (…). ” Le
Hussard sur le toit 1951

LA TRAGEDIE
L’aventure humaine

Une quête à la manière de Melville

Déambulation que n’aurait pas renié Don Quichotte ; tous les personnages de Giono se livrent à une
incessante recherche : d’une vérité, d’un secret, de la fortune, d’un idéal... Une recherche qui est
souvent une fuite :
• L’Iris de Suse * 1970
• Angelo 1958
• Le Hussard sur le toit 1951
• Le Bonheur fou 1957
sont riches en embuscades, traques, longues descriptions des caches, des déambulations, des
repères, des guets, des errances.

Un incessant cheminement

L’œuvre de Giono est rythmée par le piétinement obsédant des troupeaux en transhumance, le pas
lent et sonore des chevaux, celui des rouliers dans la poussière, le bruit inquiétant à la tombée de la
nuit des roues des carrioles, le halètement poussif des rares voitures dans les lacets malcommodes
des routes de collines.

“ Dessous, dans le bas-fond, c’était un gros village. Ça vivait comme un tas de fourmis. De longs
convois d’automobiles ronflaient sous les peupliers, au bord d’un canal mort. Une petite locomotive
secouait sa queue de wagons entre les meules de paille : on la voyait, tout énervée, faire tourner ses
petits pieds, sauter, siffler, cracher dans les herbes (…) un convoi de fourgons bâchés allait au pas sur
une route des coteaux en face. Une troupe d’hommes marchait en rang sur une route d’en bas.
Une auto légère monte vers le bois : c’était une ambulance à la croix rouge pleine à pleins ressorts ;
elle passe, montrant les souliers des blessés allongés. ” Le grand troupeau 1931

* L’Iris de Suse :
Une nuit, dans une chambre de hasard, l’auteur fut visité en rêve par la silhouette d’un hussard à
cheval. Du songe naquit Angelo, que l’on retrouve dans les deux romans suivants.

LA TRAGEDIE
La détresse des temps modernes

“ Il était beau, et d’une noirceur lumineuse. Les femmes l’aimaient. Il se précipitait en elles comme en
des vengeances et détruisait tout : l’amour et lui-même. ”
“ Il était d’une violence où je le vis plusieurs fois sur le point de se perdre, comme un brasier qui se
dévore lui-même. ” Le moulin de Pologne 1953

Prophétisme et pessimisme

La guerre est omniprésente. La violence des passions se transforme en passion de détruire... Le
modernisme, froid, systématique, correspond à une catastrophe écologique (Le Poids du ciel)* 1938.

Les catastrophes naturelles

C’est l’incendie de Colline(1) 1928, l’inondation, le glissement de terrain, la sécheresse, la foudre.
C’est surtout la violence “ écœurante ” de la germination du monde végétal, la “ sauva-gine ” prête à
ensevelir l’humain (Le Déserteur) 1966.

Un monde habité par les ombres des disparus

L’instinct de mort, de carnage et d’autodestruction figure le poids du destin.

Chaque homme dans sa solitude est habité par son double... Déjà les bergers de La Trilogie de Pan
1927 - 1930. Ce double est une conscience trouble, agitée de remords pour des crimes commis par
d’autres (Un Roi sans divertissement) 1947.

En écrivant les plus tragiques de ses ouvrages, Giono écoutait de la musique symphonique,
Beethoven en particulier. Le rythme de son écriture en porte la trace.

* Le Poids du ciel :
1938, la guerre menace. Giono a opté pour des positions résolument pacifistes. Le Poids du ciel est
une réflexion conduite par un personnage dont on ne saura qu’une seule chose : alpiniste, il s’est retiré
des fureurs du monde dans le calme des montagnes pour deviner les violences qui viennent. Celles
d’une guerre que mèneront les hommes-robots.

1. Publié d’abord dans la revue Commerce, puis chez Grasset dans “ Les Cahiers verts ”, en 1929, ce
roman est très vite devenu un succès. Il forme avec Un de Baumugnes et Regain, la Trilogie de Pan.
LE CYCLE DU HUSSARD
Épopée et bonheur fou Évolution sans rupture

Le charme Stendhalien de l’épopée et du panache

De Stendhal, Giono emprunte la mesure, l’humour, la distance élégante, une certaine allégresse qui
conduit le récit. Il abandonne la profusion baroque pour un récit plus clair, plus linéaire.
L’opéra est une des clés – musicale – du cycle du Hussard.

Les œuvres

La nature recule… l’homme est désormais au centre du récit, les paysans disparaissent au profit
d’aristocrates, hommes d’action.

Angelo 1958
Dans l’Italie de Cavour, un roman de cape et d’épée, d’intrigues politiques d’action et de cavalcades.

Mort d’un personnage 1949
Les mêmes personnages, une chronologie his-torique remaniée : nous sommes au XXe siècle. La
noblesse d’âme conduit à la démesure.

Le Hussard sur le toit * 1951
Une épopée bondissante qui serait radieuse, jeunesse, gaieté, courage, ambition, mouvement, si elle
ne se déroulait sur fond de choléra, description, effroyables tableaux dignes de Goya.

Le Bonheur fou 1957
Le même héros Angelo Pardi 1 dans une époque inventée où le récit télescope 75 ans d’histoire
italienne et française : la passion, les intrigues, la mort et l’apaisement d’un dénouement heureux.

* Le Hussard sur le toit
Un jeune carbonaro piémontais, colonel des hussards, réfugié en France à la suite d’un duel politique,
retourne dans son pays en traversant le choléra de 1838 qui désole la haute Provence entre Aix et les
Alpes. La contrée est couverte de morts et le jeune homme y confronte sans cesse ses qualités et sa
passion à la passion des autres qui est ici l’égoïsme à l’état pur.

1. “ C’était le fils naturel de la tendre et passionnée duchesse Ezzia Pardi, un très grand jeune homme
de 25 ans aux lèvres minces et aux beaux yeux de velours noir. ”

LE CYCLE DU HUSSARD
Les grands thèmes

“ L’aube surprit Angelo béat et muet mais réveillé. La hauteur de la colline l’avait préservé du peu de
rosée qui tombe dans ce pays en été. Il bouchonna son cheval avec une poignée de bruyère et roula
son portemanteau. ” Première phrase du Hussard sur le toit 1951

Le choléra

L’épidémie est prétexte à de terrifiantes images de mort et de décomposition évoquant Goya, en
contrepoint à la nervosité ironique du récit.
Sous l’allégresse pointe le désespoir qui, plus ou moins explicite, est l’un des fils conducteurs de
l’œuvre.

Une sensualité latente

La sensualité tempère le pessimisme et nourrit l’appétit de vie, la soif de choses simples.
L’eau, si elle est fraîche, est musique, odeur de mousse et de feuille, sensations fortes.

Contre la lucidité
L’humour, la légèreté, toutes les forces de la jeunesse s’opposent à la lourdeur du réel.
Le cheval représente la course, la fuite, le mouvement. Lyrisme discret mais intense.

“ ...Il se souvenait de la courtepointe en piqué, des dentelles de la taie et le vin était dans son verre
comme un grenat. ” Angelo 1958

“ Des chambres aux armoires cirées, où l’ombre dorée des persiennes laisse apercevoir l’impeccable
linge brodé. ” Le Hussard sur le toit 1951

LE CYCLE DU HUSSARD
Les personnages

Un héros éblouissant et une attachante héroïne provençale

La naïveté d’Angelo, aristocrate à la naissance entourée de mystère, est un art de vivre, mais c’est
aussi la peur d’être dupe : l’envie, juvénile, de paraître plus aguerri.
Seuls des éléments psychologiques – l’élévation des sentiments, la rigueur de l’attitude, de rares mais
constantes allusions à la jeunesse, à la beauté, à la noblesse – permettent au lecteur d’imaginer un
héros, mi-ange mi-guerrier, incapable, malgré le doute et la peur, de succomber à la bassesse.

“ Vous êtes un des plus beaux garçons qui existent, et votre cœur non moins beau vous éclaire d’un
feu difficile à soutenir. ” dit le vicaire à Angelo.

Évocation des bonheurs limpides et fugitifs alors que nos héros fuient à la fois le choléra et leurs
poursuivants.

Idéalisme courtois des relations hommes-femmes

Un Tristan de légende.
L’Arioste : un héros qui traverse les siècles.
Les femmes sont souvent des personnalités clairvoyantes, un peu sorcières, maîtresses de leur destin
et jouent dans la société un rôle clé.
Le respect des convenances, la délicatesse des sentiments, la soumission aux règles du temps ne
sont qu’écume et dissimulent mal (la scandaleuse mais) l’évidente égalité des sexes.

“ Ils firent halte à midi dans la solitude ensoleillée. Ils préparèrent du thé et se reposèrent environ une
heure. Ils étaient assis sur un tertre d’aiguilles souples et tièdes devant le spectacle miraculeux du
plateau baigné de lumière que les vaporeuses montagnes semblaient contenir comme une liqueur d’or
au fond d’un bol bleu. ” Le Hussard sur le toit 1951

Pauline De Theus : inflexible et courageuse

“ Parmi ces femmes huppées qui n’étaient pas poudrées depuis la veille et commençaient à se
regarder la pointe des souliers, Angelo remarqua une jupe verte, courte et ronde sur des bottes qu’une
cravache battait. La main qui tenait cette cravache n’était certainement pas matée. Tout cela
appartenait à un petit feutre Louis XI jaune soufre et à une nuque très blanche. C’était une jeune
femme qui tourna résolument le dos aux colloques et marcha vers un cheval attaché à un arbre.
Angelo vit un petit visage en fer de lance encadré de lourds cheveux noirs.” Le Hussard sur le toit
1951

La vieille marquise non conformiste et libérale

“ Une verdeur de chaste, servie par sa voix forte qui écrasait les cristaux de Bohème, lui permettait de
faire suffoquer en trois mots l’assemblée la plus blasée ; et dans le souffle coupé qui suivait, elle
continuait à respirer paisiblement, à regarder de ses yeux de pâquerette... ” Angelo 1958

La nonne héroïque

“ Cette nonne étonnait par une extraordinaire présence. Où elle était, tout s’ordonnait. Elle entrait et les
murs ne contenaient plus de drames. Les cadavres étaient naturels et, jusqu’à la chose la plus
minuscule, tout se mettait immédiatement en place exacte. Elle n’avait pas besoin de parler ; il lui
suffisait d’être présente. ” Le Hussard sur le toit 1951

								
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