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AAP Diabète-consensus cardio

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1/4/2012
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4
LES ANTIAGREGANTS PLAQUETTAIRES DANS LE DIABETE



Ludovic Drouet

Angio-hématologie

Hôpital Lariboisière,AP-HP Paris

Faculté de Médecine Paris VII



Claire Bal dit Sollier

Laboratoire de Thrombose et d’Athérosclérose

Institut des Vaisseaux et du Sang (IVS), hôpital Lariboisière Paris



Patrick Henry

Département de cardiologie

Hôpital Lariboisière, APHP Paris

Faculté de Médecine Paris VII





L’ensemble des données de la littérature montre que le sujet diabétique en particulier de

type 2 a un niveau de risque similaire à celui des patients ayant eu un évènement coronaire

et que les diabétiques ayant un évènement clinique coronaire ont un risque de récidive

coronaire beaucoup plus important que le coronarien non diabétique.

L’incidence élevée des évènements ischémiques cardiovasculaires au cours du diabète de

type 2 s’explique par l’association de plusieurs mécanismes :

- L’incidence précoce et l’évolutivité des lésions artérielles et artériolaires : d’où la

gravité de la pathologie ischémique,

- la récidive clinique et anatomique des lésions athérothrombotiques en cas de geste

endovasculaire,

- l’hyper-thrombogénicité des diabétiques qui associe hyper-activité plaquettaire,

hyper-coagulabilité et hypo-fibrinolyse,

- le bénéfice des antiplaquettaires majeurs (aspirine et clopidogrel) est inférieur à celui

observé chez le patient non diabétique.



Les plaquettes du diabétique jouent un rôle primordial dans cette incidence des évènements

thrombo-ischémiques du fait de leur hyper-activité de base mais aussi de leur moindre

réponse au traitement anti-plaquettaire en particulier au deux traitements fondamentaux

actuels : l’aspirine et le clopidogrel. On commence à mieux comprendre pourquoi les sujets

diabétiques ne tirent pas le même bénéfice des traitements antiplaquettaires que les sujets

non diabétiques : ceci a des conséquences pratiques importantes car cela devrait permettre

de pouvoir améliorer le traitement antiplaquettaire des sujets diabétiques.



Diabète et aspirine



Si le bénéfice d’environ 25 % de réduction des évènements cardiovasculaires par un

traitement par l’aspirine observé dans la population cardiovasculaire générale s’appliquait

aux diabétiques, ce bénéfice serait majeur compte tenu de l’incidence de la pathologie

coronaire dans cette population. Malheureusement l’ensemble des études est assez

cohérent pour montrer que tant que pour les patients diabétiques qui n’ont pas fait d’accident

coronaire (prévention primaire) que pour les patients diabétiques ayant fait un évènement

coronaire (prévention secondaire), le bénéfice de l’aspirine est nul ou en tout cas bien

moindre qu’attendu par rapport à celui obtenu dans une population de patients non

diabétiques (1).



En revanche, la réponse des patients coronariens diabétiques aux thérapeutiques

majeures (inhibiteur de l’enzyme de conversion, statine, béta bloqueur) est de l’ordre de

celle attendue chez les non diabétiques. Il n’y a donc spécifiquement que pour l’aspirine que

les diabétiques ne tirent pas un bénéfice du même ordre que celui obtenu dans la population

générale.



L’explication qui prévaut n’est pas celle de la mauvaise observance qui n’est pas différente

chez les diabétiques que chez les non diabétiques. Il semble que ce soit du au fait que les

plaquettes de patients diabétique se caractérisent par une hyper-activabilité qui se traduit

par un turn-over plaquettaire accéléré. L’accélération de la génération de nouvelles

plaquettes fait qu’une part importante du pool de plaquettes circulantes se renouvelle au

cours du nycthémère. Les plaquettes générées après que la prise d’aspirine ait exercé son

effet acétylant sont jeunes, hyperactives et non inhibées. Quand cette fraction de plaquettes

non acétylées dépasse le tiers des plaquettes circulantes, elles sont capables d’entraîner les

autres plaquettes (même celle déjà acétylées) dans une réaction thrombotique normale. Ceci

explique comme nous l’avons montré (2) que chez un pourcentage significatif de patients

coronariens, la prise d’aspirine a bien l’effet antiplaquettaire immédiat attendu mais après

quelques heures l’aspirine n’exerce plus cette activité et cette absence de protection durable

sur le nycthémère participe à expliquer les récidives thrombotiques artérielles.



Les facteurs d’accélération du turn-over sont d’abord le diabète et tout particulièrement son

déséquilibre avec les pics d’hyper-glycémie mais aussi les conditions associées en

particulier inflammatoires et le tabagisme persistant.



Une possibilité de contourner cette absence de maintien de l’efficacité de l’aspirine sur le

nycthémère serait de répéter la prise d’aspirine sur le nycthémère. Nous avons montré que

deux prises de la même dose d’aspirine (50 mg prise en 2 fois) augmentait significativement

le pourcentage de patients diabétiques chez lesquels l’efficacité antiplaquettaire de l’aspirine

perdurait sur le nycthémère par rapport à ceux qui avaient pris la même dose mais en une

seule fois (3).



Absence d’effet preventif par l’aspirine des accidents

cardiovasculaires chez les patients diabetiques meta-

analyse des grands essais randomisés







Favors Favors

EVENTS Aspirin Control/Placebo

STUDY No PATIENTS A C RR (95% CI)

JPAD 2539 68 86 0.80 (0.59-1.09)

POPADAD 1276 105 108 0.97 (0.76-1.24)

WHS 1027 58 62 0.90 (0.63-1.29)

PPP 1031 20 22 0.90 (0.50-1.62)

ETDRS 3711 350 379 0.90 (0.78-1.04)





TOTAL 9584 601 657 0.90 (0.81-1.00)







0.03 0.125 0.5 1 2 8 32

Relative Risk (95% CI)

Q=0.94; p=0.92; I2=0%









De Berardis G, et al. BMJ 2009;339:b4531

Diabète et Clopidogrel



L’efficacité du clopidogrel (Plavix®) chez les patients diabétiques apparaît moins régulière

que chez les patients non diabétiques si bien que dans l’évaluation de la réactivité

plaquettaire, sous traitement par Plavix®, voir sous l’association de Plavix® + aspirine, le

pourcentage de patients conservant une réactivité plaquettaire forte est plus important dans

la population des patients diabétiques par rapport aux populations de patients non

diabétiques (4). Dans cette relative moindre efficacité du clopidogrel chez le patient

diabétique par rapport aux patients non diabétiques, l’augmentation du turn-over plaquettaire

peut jouer un rôle du fait de la génération de nouvelles plaquettes n’ayant pas eu leurs

récepteurs inhibés pendant la période où le métabolite actif du clopidogel était

biologiquement disponible. Le clopidogrel agissant par inhibition irréversible des récepteurs

P2Y12 plaquettaires, la récupération globale de la fonctionnalité du pool plaquettaire au cours

du nycthémère après la prise de clopidogrel est nettement moins importante que celle

observée pour l’aspirine. Par contre le clopidogrel est une prodrogue qui doit d’abord être

absorbée puis ensuite ne pas être catabolisée par les activités esterasiques digestives et

circulantes, enfin la fraction « survivante » (aux alentours de 15 % de la quantité ingérée)

suit un schéma métabolique assez complexe dans lequel interviennent plusieurs enzymes

en particulier le cytochrome P450 2C19 (CYP 2C19) et plus récemment décrite la

paraoxonase-1 (PON-1) (5).



Ces dernières années, un intérêt particulier a été porté sur les niveaux individuels d’activité

de la CYP 2C19. En effet l’activité CYP 2C19 peut être modifiée par des interactions

médicamenteuses, la CYP 2C19 étant aussi utilisée par d’autres molécules en particulier les

inhibiteurs de pompe à protons de type oméprazole, mais également par des différences

génétiques du fait de plusieurs polymorphismes fonctionnels situés sur ses enzymes

traduisant une variabilité individuelle de métabolisme….



Cette variabilité joue un rôle mais limité étant donné que la part la plus importante du

clopidogrel (80 à 90 %) de la molécule a été dégradée par les estérases. Or une des

caractéristiques métabolique du diabétique est de présenter une augmentation des activités

estérasiques.





Moindre sensibilité au clopidogrel des patients

diabetiques au cours des SCA

Moindre réponse au traitement Moindre réponse au traitement

dès la phase aigues 1 à la phase chronique 2

80

diabetique Non diabetique P=0.001

P=0.04

8%

60 P30%) ADP 20µM ADP 6µM



ADP=adenosine diphosphate;

1Angiolillo DJ, et al. Diabetes. 2005;54(8):2430-2435. 2Angiolillo DJ, et al. J Am Coll Cardiol. 2006;48(2):298-304.

On comprend donc que chez les diabétiques, la part dégradée de la molécule absorbée va

être plus importante. La conduite thérapeutique peut alors être :

- l’augmentation de la dose de clopidogrel de façon à obtenir une quantité de molécule

présentée à la voie métabolique plus importante,

- l’utilisation d’antiplaquettaires directement actifs non catabolisées par la voie des

estérases.

- Ou encore mieux d’un antiplaquettaire qui utilise les estérases non pas comme voie

catabolique mais comme voie métabolique



Parmi les nouveaux antiplaquettaires comme inhibiteur de la voie de l’ADP à côté du

clopidogrel, apparaît le prasugrel qui n’utilise pas la voie des estérases pour cataboliser la

molécule mais au contraire comme une voie participant à la génération du métabolite actif.

Ceci pouvant peut être expliquer l’observation dans l’étude Triton, que pour la première fois il

est montré qu’un antiplaquettaire présente un bénéfice supérieur chez les diabétiques que

chez les non diabétiques : environ 30 % de réduction des évènements ischémiques dans la

population des patients diabétiques contre 18 % dans la population des patients non

diabétiques. Parmi les nouvelles molécules, le ticagrelor est directement actif donc ni

métabolisé ni catabolisé par les estérases, ce qui explique qu’il ait une efficacité du même

ordre dans les populations diabétiques comme dans les populations non diabétiques.



En conclusion, il apparaît que la meilleure compréhension de l’efficacité différentielle des

antiplaquettaires sur les diabétiques par rapport aux non diabétiques devrait dans les années

qui viennent modifier les habitudes thérapeutiques dans cette population de patients.

L’ensemble des données sur les nouveaux antiplaquettaires viennent de données de sous-

groupes qui ne sont que des indications on attend donc des études spécifiques basées sur

les hypothèses que nous avons développées, dans les populations diabétiques, le bénéfice

attendu sur des arguments biologiques se confirme sur les données cliniques.





Références



1 De Berardis G, Sacco M, Strippoli GF, Pellegrini F, Graziano G, Tognoni G, Nicolucci A. Aspirin for

primary prevention of cardiovascular events in people with diabetes: meta-analysis of randomised

controlled trials. BMJ 2009;339:b4531.



2 Henry P, Vermillet A, Boval B, Guyetand C, Petroni T, Dillinger JG, Sideris G, Bal dit Sollier C,

Drouet L. 24-hour time-dependent aspirin efficacy in patients with stable coronary artery disease.

Thromb Haemost. 2011 Feb 1;105(2):336-44.



3 Drissa A, Dillinger JG, Bal dit Sollier C, Sideris G, Stratiev V, Drouet L, Henry P.

Aspirin twice daily decreases biological aspirin resistance in type 2 diabetic patients with CAD. ESC

2010 Oral presentation 5038



4 Angiolillo DJ, Shoemaker SB, Desai B, Yuan H, Charlton RK, Bernardo E, Zenni MM, Guzman LA,

Bass TA, Costa MA. Randomized comparison of a high clopidogrel maintenance dose in patients with

diabetes mellitus and coronary artery disease: results of the Optimizing Antiplatelet Therapy in

Diabetes Mellitus (OPTIMUS) study. Circ 2007;115:708-16.



5 Bouman HJ, Schömig E, van Werkum JW, Velder J, Hackeng CM, Hirschhäuser C, Waldmann C,

Schmalz HG, ten Berg JM, Taubert D. Paraoxonase-1 is a major determinant of clopidogrel efficacy.

Nat Med. 2011 Jan;17(1):110-6.


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