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     AINSI SOIT


     LA MER


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AINSI SOIT


LA MER


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4
Prologue
 Il est écrit




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6
           Il est écrit qu'au seuil des mers l'homme entendra sa solitude.


Après tant de nuits d'attente où l'heure ne fut point possédée
Après tant de nuits d'errance où l'heure ne fut point consacrée
Après ces lourds silences troués de sang
Après ces feux baissés sur la montagne


Voici, immense, l'ivresse des vagues.
Voici le flux et le reflux
Les eaux en abondance
Les eaux intenses et souveraines.


Après tant de nuits d’attente où l’heure ne fut point rassasiée
Après tant de nuits d’errance où l’heure ne fut point rassurée
Après le cri des multitudes
Après le choc des servitudes


Voici soudaine l’œuvre de la félicité.
Voici l’attrait et le retrait
Les plages gavées de sable
Les plages heureuses et débonnaires.




                                                                             7
           Il est écrit qu'au seuil des mers l'homme écoutera sa solitude.


Et ses regards n'embrasseront que les ardeurs marines.
Et ses regards n'enlaceront que les faveurs divines.
Alliance ! Alliance promise !
Voici jaillir la grâce.
Voici briller l’éclat.


Dans leur regain d'écume, l'ébranlement des horizons.
La page dans le vélin du livre.
Le vent dans la voilure du vivre.
Il est écrit.
Il est écrit.


Voici le sel.
Voici le sang.
Voici l’écume volontaire.
Il est écrit qu'au seuil des mers, l'homme connaîtra son évidence.


              Il est écrit cela, et nous savons qu'il est urgent de vivre.


Sans trêve ni repos, nous contemplons
Ô Mer
Ta face étincelante !

Vers toi le roulement muet du plus profond de nos cœurs.
En toi le sel heureux de toute substance.
Ô Mer inspiratrice
Ô Mer divulgatrice




                                                                             8
L'homme à genoux qui te découvre est
Submergé par tes vagues impatientes.
Ton rire fond comme un frisson sur la chair démunie.
Ton corps charrie son récit prophétique.


         Il est écrit qu'au seuil des mers l'homme comprendra sa solitude.


Laisse-moi, Mer sublime
Laisse-moi commenter une à une tes puissantes syllabes.
Laisse-moi proclamer cette libre élégance.

Les accents imprimés sur ta peau
M'ouvrent les lèvres aux lèvres de l’amour.
Je me veux étourdir de passion
Je me veux chavirer sous ta fièvre et ta joie.

Que déferlent au creux de mon âme
Tes prochaines marées !
Car je ne suis ombre à soustraire au Soleil.
Car je ne suis souffrance à calmer de mensonges.


            Il est écrit qu'au seuil des mers l'homme aimera sa solitude.




                                                                             9
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  Première Partie

Mer-Femme entre
   mes Bras




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                           A bout de larmes

A bout de larmes, de chairs arides, de continents,
Et tout regard usé vers le Levant,
Voici au ras des solitudes mêmes l'immense nuit humaine.
Voici humaine l'immense nuit des solitaires.


Quelle fin commande l'enfoncement des corps ?
Quel jeu, quelle métamorphose dans ce désert intranscriptible ?
L'astre banni s'étrangle sur l'horizon désaffecté.
Le ciel est jaune désespéré.


A bout de larmes, de chairs arides, de continents,
J'ai vu ce que l'écume n'a pu couvrir.
J'ai vu flotter au vent la longue robe gorgée de sable.
J'ai vu la peau désemparée.
Et sur l'autel ensanglanté, la vierge mourir brûlée d'indices.


Montent la Mer, la houle et ses oracles !
Et ce hasard de l'or au gré de ses marées.
Mille saisons, mille parfums encensent l'heure,
Et c'est moment du plus grand geste.
Ce doigt tendu vers la disgrâce
Ce doigt tendu pour l'indulgence
Ne tremble ni ne sévit.
L'esclave bientôt tiendra son dividende.




                                                                  13
Grondent la Mer, la foule et ses serments !
Au seul reflux du jour, la danse a pris son pas de gloire.
Le ciel a revêtu son drap de feu
Cherchant l’issue :
Esquive de l’ombre péremptoire,
Contour du roc impénétrable,
Suicide du troupeau.
Le vase fuit par-dessous l’anse,
Et sa fêlure rend sa fraîcheur désengloutie.


A bout de larmes, de chairs arides, de continents,
Voici la folle audace poussant sa courbe déroulée.
Les rires et les chagrins forcent l'aveu brûlant la Mer.
Edifices du Présent, des femmes splendides sondent nos chairs :
Nos membres traversés prennent l'orage de leurs seins.
Ô doux baisers d'amante au bain de sa passion !
Ô pleurs du repenti dans le matin de sa prière !


Noces du Monde, noces du large
Injure si douce faite aux mortels !
A bout de larmes, nos corps ensemble ont dû souffrir le même songe.
Voici ce que la chair n'a pu résoudre,
Voici ce que la chair n'a pu calmer :


La voix de Mer frayant son chant au clair de la conscience.




                                                                      14
                         O Mer Humaine !


    Ô Mer humaine, nos peines domptées, la création au fond des yeux, nous
secouerons nos pieds figés dans l'indolence sablonneuse. Nous élèverons nos
chants d'enfance sur l'exclamation des souvenirs. Et secouerons nos drames sous
la piqûre des peaux châtiées.


 Car jamais tu ne varies et jamais tu ne mens.
 Tu restes pure, à toi semblable, et sans fin répétée.
 Aurore des humbles et conclusion des sages,
 Tu ignores ta splendeur comme tu ignores le temps.


    Ô Mer humaine, nous accuserons encore, fureur des noces blanches,
l'humiliation de ces mariages inconsommés. Dans un glissement de soie
avaricieuse, nous humerons l'espérance ronde des seins lents déployés. Osant
accompagner cette présence primitive au cœur de nos émois. Soulevant le ciel
dans le naufrage heureux des corps qui se délient.


 Car tu déverses ton corps brûlant sur nos cœurs débutants.
 Tu vis pour le partage et vis pour l’abondance.
 Tant de ferveur te compose, tant d’abandon.
 Mille douceurs annoncent les pluies charmantes de ton recommencement.


  Ô Mer humaine, sous les rayons du soir, nos bustes assaillis s'effaceront.
Les amoureuses ne seront longues à réciter l'aveu des chairs.
Les amoureuses ne seront longues à décréter l'oubli des chairs.


   Quand psalmodier nous confondra dans l'abondance.



                                                                                  15
                                Insinuation

Insinuation marine, plainte narrative
Maturité comme à l'épouse son sein de certitude,
                            son sein de plénitude - ondulation de sa douceur.
Présence, oui alchimie au cœur du premier homme.

Et cette charge de solitude
Cette chape de finitude : la vague pressant la Mer de se reprendre...

Tout cela ne tiendrait pas
Tout cela ne compterait pas
Sans ce miroitement au gré des crêtes
Sans cette divine écriture au ras des eaux immaculées !



Et ce silence qui est le gage avant l'amour
Ce grand calme sur la peau qui décide l'orage.

Oui, ce silence qui est la preuve après l’amour
Ce grand calme sur la peau qui transgresse l’usage.

Ce regard dans le sursaut des consciences
Cet envol dans le sursis des rivages.
L'émotion gronde simplement d'être et de peser sur l'existence !


   Et la beauté se lève d'une femme en pleine vague.


Un pur prodige s'opère dans l'étendue.
Ô douceur qui crépites sur la constellation des chairs !
Ô ferveur qui t’égouttes pour la consolation des chairs !



                                                                                16
Amour à soi égal
Qui durera, qui durera.
Amour à soi pareil
Qui durera autant que durera le temps !


Confluence des eaux.
Congruence des peaux.
Par le désir qui blottit
Les Amants dans une même intempérance
Plus haute la confrontation
Plus belle l'apogée.

Bienfait de chair sous la peau éclaboussée
Bienfait de l’eau sous la Mer écartelée.

Eclats de mille rêves empruntés aux étoiles !
Ecailles de mille doigts empruntés au Soleil.


   Et la beauté se dresse d'une femme en pleine vague.


Et la perfection n’a plus d’autre raison que d’arpenter la splendeur.
Et la perfection n’a plus d’autre saison que d’achever la douleur.

Ô effusion, ô fête saline !

C’est bien de l’or !
C’est bien de l’or !


Oui c’est de l’or qu’on érafle sur l'étoffe des corps.




                                                                        17
                               Mer longue




  Mer longue et déliée, hymne qui vient se résoudre en sable, violence qui se
délite pour se recentrer,


                 une force unanime traverse tes grains de hasard.


   Et chaude l'haleine des flots dans le désordre des visages.
   Mer-femme entre mes bras, formidable gestation au confluent des possibles.


    A pleins poumons, je chante l’Amour
                     qui déclenche la Mer.




                                                                                18
                       O Mer incandescente


Ô Mer incandescente, palpitation de femme à chaque vague !
Grandiose disposition du Ciel répudiant l'ombre violacée.
Procession crue d'une ambassade de lumière.

Fièvre lucide
Ligne élargie dans l'opulence et la félicité.



Mer incrustée de ses signes
Savamment préparée à la récitation de ses sortilèges !

Ton énergie, tu la propages sur l'homme disséminé.
Ta fraîcheur, tu l’imposes
Sur toute l’étendue de ta monumentale composition.

Tout s'établit dans tes assises
Qu'une main sonde dans la pénombre dénouée.

Strates secrètes de l'humain
Nos âmes éclatent sous la rémission des chairs.



Fureur ensoleillée,
Bonheur déferlant sur la grève !
Ta hanche s’embrase à même ta peau assoupie.
Ta robe s’enflamme à même tes eaux assourdies.




                                                             19
Ô Mer disséquée dans sa plénitude
Tu nous dispenses vigoureuse ta pudeur profanée.

Encore tu nous relèveras rassasiés
Lorsque la tête nous aura baissé les yeux
Vulnérables
Et scellés
Dans la stérilité de notre réclusion.



Ô Mer incandescente,
Toi qu'encensent les houles solennelles.

Onctuosité en toute vague,
Flux et reflux de la femme palpitant de blancheur.



Nos sens s’écarquilleront
Sous la déflagration des siècles d’infirmité.

Nos âmes s’émerveilleront
Dans la transpiration des nuits d’iniquité.


Lorsque la Mer prendra son envol vers le Ciel arraisonné.




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                            A moi l'effusion


A moi l'effusion de la Mer,
En moi sa coulée chair et sang
Proche
Si proche de mon âme
Qu'elle y circule sans pouvoir l'inquiéter.

Bienheureuse quand s'épanche
Sa ferveur insoumise.



L'œuvre est si haute
Lorsque s’arroge le crépuscule les grandes armoiries du Ciel.

L’œuvre est si forte
Lorsque la masse enflammée plonge sa verve dans les vagues.



Une telle fraternité nous fera fondre
Enfin mûrs
Enfin nus

Et le cœur d'un seul coup cédera
Sous la chair rétractile.




                                                                21
Oh ! La difficulté si belle des larmes de sable !

Pressentiment de l'Aube sur la peau démaquillée.
Patience, oui présence comme
À la chair l'anonyme caresse des servitudes
Quand le sang dépassé apprivoise ses frissons.

Oh ! La difficulté si belle des larmes de sable !



Mais la Mer n'a pas de chemin fréquentable. Non !
La Mer n'attend ni labours ni vendanges
Hors cette disponibilité totale
D'une crevasse endormie sous les vagues.

Et si forte
Si claire
Cette sensation à fleur d'âme
Bruissement même de l'Être.



Car la Mer sera notre ultime récompense
Quand la mort découdra nos ombres.

Car la Mer sera notre ultime réponse
Quand la mort arrimera nos méandres à son rythme sacré.




                                                          22
                             Ce soir encore


Ce soir encore, je veillerai la Mer
Les yeux fermés
La volupté étanchée dans sa puissance.

Ce soir
Je laisserai la Mer s'insurger sur mon visage.

Je sentirai sa brûlure laver le flanc de mes insuffisances
Chercher mes hanches
Et se corrompre sur mon ventre.

Ce soir, je sentirai les eaux pleurer tout leur poids d'amour
Lorsque la chair cédera débordée.



Obtempérant aux vagues
Ce soir encore
Je veillerai la Mer.

En moi
Plus forte que moi
Ovation même de l'Être
Dans l'ulcère des peurs inconsolées.



Son corps immense me soulèvera.
Son corps immense me délivrera.




                                                                23
En moi
Ses sortilèges ressusciteront
L'émotion de la chair transgressée.

En moi
Plus forte que moi
La Mer laiteuse et simple
Comme l'intimité en toute femme approchée.



Ce soir
Ce soir encore
Je veillerai la Mer.
Et glissant ma peau sur sa peau,
Je me loverai dans sa longue insouciance.

Sa victoire si douce me calmera.
Sa chaleur si douce me maintiendra.

Amante de mes nuits allongées
Sa forme exquise me bercera au grand conciliabule des marées.



 Ce soir, ce soir sans fin, je veillerai la Mer,
 Les yeux fermés,

 L’âme noyée dans sa magnificence.




                                                                24
 Deuxième Partie

Clair-Obscur de
     l’Être




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                          Apothéose marine


Apothéose marine - ô fluide Vigueur -
Hymne qui ploie et déploie ses octaves majeures
Mille et mille hommages étendent tes vagues additionnées.

Ta splendeur est saveur d'écume sur nos lèvres avancées.
Ta splendeur étirée au faîte de sa clarté
Comme l'ultime sourire du mourant consacré.


  Pour qui sait prêter l'oreille,
  Pour qui sait fermer les yeux,
Montent en extase les longues transes d'ordonnance divine.


Et toujours l'émerveillement
Ce tressaillement au cœur de l'infini disséqué.

Nous fûmes aimés dérisoires
Scrutant le silence dans l'épouvante.
Nous fûmes aimés provisoires
Sous nos lenteurs écartelées.

Dans nos sanglots d'amertume
Tant d'indulgence remuait
À l'envers des douleurs unanimes.



Oui, aime, Mortel, aime en secret
Toutes les victoires de la chair offensée !




                                                             27
              Cet épanchement de l'homme



   À la Mer forte nous confierons :


Cet épanchement de l'homme
Pétrifié de principes
Aggravé de soupçons.


Maintes faiblesses nous furent comptées
Quand résignés nous apprêtions nos couches pour
L'épanchement d'une paresse triste.


Maintes humiliations furent endossées
Quand sans mot dire nous accueillions
L'opprobre de nos naissances funéraires.


Que nous buvions à pleines gorgées
Le lait caillé de l'impuissance.


Lorsqu'un instinct nous enfonçait
Au plus obscur de nos mélanges.




                                                  28
   À la Mer longue nous chanterons :


Ce sang d'après l'amour
Qui verse sur nos flancs sa pureté souillée.


Mille fois la vierge nous fut livrée
Son buste fréquenté
Dans l'interdit de sa blancheur.


Sa voix de sucre répandue
Et ses caresses fomentées
Sous l'érosion de sa pudeur.



Telle est l'exception de notre race
Mêlant frayeurs et rires
                         à la ferveur des berges jumelées.


Et le songe cède à la douleur démaquillée.




                                                             29
   À la Mer chaude nous clamerons :


L'âme versée
Dans la limpidité de l'Être.


Et libres enfin
D'agir
Nous ouvrirons nos paumes.
À l'effusion des apparences.


Et libres enfin
D’aimer
Nous ouvrirons nos âmes
À l’effusion des circonstances.



Sublime la Mer imposera
                           l'apothéose d'une aube transfigurée.



   Et partout ce feu
   Ce feu de femme réinventée
   Dans la jubilation de sa prochaine descendance.




                                                                  30
                            Et ces vendanges


La Mer encore
La Mer dans la protestation de ses marées
Plus précieuse en nous que nos existences mêmes
La Mer au plus intime du
Désastre sans branche
De l'équivoque humaine.

Voici que la Mer seule peut ralentir
Jusqu'à cette frousse qui tord le ventre
Cette envie de se noyer dans un regard
Vers l'horizon livide
Vers l'horizon rejeté
Au large de la circonférence.



Quelle est cette pulsation qui bat si fort
Dans les métamorphoses du Ciel en hirondelles ?
Et ces vendanges sur la Mer
Qui recueillent la promesse de ses vagues ?

Un long frisson parcourt son corps
Comme cette impudeur qui rend si belles nos femmes consentantes.
Désirables autant qu'impossibles à saisir
Sans simplifier la rose
Sans abîmer
             la part sacrée de leur fécondité.




                                                                   31
Car je vous aime dans vos silences
Vierges démaquillées
Et plus encore que vos larmes, j'aime voir
Fondre vos chairs en transhumance
Accueillir l'effusion de vos membres
Avouer mon repentir
                       à la courbe de vos rougissements.

Et si par mégarde ma hâte vous laisse nues
Si elle vous déshabille en un éclair du drame
Qu'un souffle ravive le pur noyau des origines !

Quand le Temps était encore à féconder.
Quand la femme menaçait de jaillir
Dans le mystère de son altérité.



La Mer, la Mer, la Mer
Qu'une foule immense descende dans la tourmente de son âme !
Ainsi qu'un art grisé de son propre spectacle,
Qu’une seule phrase s'élargisse
Sous le rythme qu’elle égrène.



Entre réalité et espérance
Il n'y aura qu'un long bâillement de Mer
Ce chavirement des hommes sous leur lucidité tardive.




                                                               32
                    Cette œuvre de l'amour


Et Mer encore
Cette preuve de l'amour
La transparence des âmes blessées dans leur grandeur
Pudeur livrée aux turbulences.

Délicatesse si ténue
Rosée en bord de feuille
Cent gouttes à la pointe du possible
Mille larmes aux berges de l'éblouissement.



Et Mer encore
Cette œuvre de l’amour.
Cette violence qu'on arraisonne à bout de souffle
Blancheur amadouée
Quand on se serre l'un contre l'autre dans une respiration sacrée
Lorsque la bouche folle explose contre les lèvres accostées.


Oui Mer encore
Cette preuve de Mer en l’œuvre de la Mer.




                                                                    33
   Enfin l'homme contient la femme
                                       contre son corps
   Enfin il la protège devant
                                la rade décimée.



Et tout s'explique !
Cette fournaise depuis l'aurore
Où s'abreuve le Ciel

Cette vivification de la Matière
Qui soudain croît jusqu'à s'embraser
Elle qui s'érigea en pleine souffrance
Elle qui s'écroulera en pleine lumière



   Dans ce bruissement depuis les âges appelé Mer.




                                                          34
                           Limpide douleur


  Limpide, limpide douleur !
Les mains éraflées sous l'âpreté du drame
Nous connaîtrons, Mortels,
Cette brûlure aux joues lacérées
Procession tragique sur la peau enflammée.
Comme un joyau rayé, nous connaîtrons
La sereine défaite de la femme éclairée par sa totale nudité.
En pleine blancheur
Distante autant des dieux que
                            de sa fierté immolée.



   Limpide, limpide douleur !
Lenteur de l'eau sur la peau raréfiée
Ferveur qui s’ingénie à vérifier la Mer.
La Vie éclate à chaque seconde
Dans l'épanouissement d'un baiser sur l'écorce humaine.



   Limpide, limpide douleur !
Mais, Homme, qui es-tu pour contempler tant de beauté ?
Et l'émotion est-elle ici saison de ta présence ?

Il semble que la Mer projette une lumière
Au-delà de sa propre substance.
D'un seul trait
D'un seul rai
Dans le sacre instantané de ses indulgences.




                                                                35
                           Ô Mer essentielle


Ô Mer essentielle
Transe fluide de mon âme
Tendre dans tes outrances mêmes
Dans tes colères à chaque lunaison.

Et cette transparence édifiée au décor de ta grâce
Cette brillance lovée dans tes méandres
Aisance sur les eaux simplifiées.

Le sel est naissance sur la Mer élargie.



Etrange stupeur bleue
Confiance entre toutes éclairée
Adorable qui a su préserver la marge.
Bienfaisance qui lentement se substitue au martyre.

Deux êtres s'aiment sous les peurs unanimes
Deux corps l'un contre l'autre frottent leurs solitudes.

Leurs effusions bientôt enseveliront la Mer.




                                                           36
Ô Mer essentielle
Ta fraîcheur déferle sur nos sens pétrifiés.

Ah ! Communier à tout cela !
Communier sans comprendre
Sur le sein de l'épouse essoufflée.

Quand ses hanches se fondent en caresses
Quand sa beauté se laisse saisir sous les larmes.


Présence adulée
Désir fécondé par l'illusion qu’il argumente.



Quel homme se rassasierait de son horizontalité ?



    Quand les vagues capturent le Ciel dans le sang des orages.




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                                Fulgurance


Fulgurance irréductible
Mystère extraverti où surnage l'Amour.
Et toute, à la fois confiance et souffrance d'épousée
En nos chairs écorchées
En nos âmes éreintées
S'est déployée la Mer incandescente dans ses marées.



S'effaçant toujours
Pour l'œuvre immense qui commença en nous
pour l'œuvre ultime qui se fera sans nous.
Et brassant sans cesse cette patience au son des vagues.
Poussant le corps au large incorruptible.
Et rattrapant l'homme en plein vertige.
Oui poussant l'homme à sa divinité
portant l’homme à sa totale vraisemblance.



Et dans sa naïveté d'écailles
Cette cadence qui est la rumeur de l'Essentiel.
Alliance inouïe
Cri aux larmes émerveillées
Cri à l’aube du ressenti
Amour inépuisable sous l'amorce des doigts.



Et partout la Mer
Au clair-obscur de l'Être
La Mer douce et chaude dans sa longueur déshabillée.

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  Troisième Partie

Grandeur Sacrée




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                     Universelle délivrance


Universelle délivrance
Résurgence de ma propre espérance
Tu es preuve qui ruisselle en s'épanchant.

Mer simple du saisissement
Mer chaude de l'engouement

Tu déchires le spasme qui agrège mes peurs.

Mes sens dépassés
Mes sens empêtrés d'ignorance
Tu les secoues formidable et les remodèles.



Ô toi qui explores sur ma peau
Le complet dénuement
Toi qui enfles mon devenir
Quel fléau me priverait de tes sources premières ?



Ah ! Je suis né pour la Mer transportée !
Je suis né pour la Mer révélée !

Son murmure en mon cœur préfigure l'outre-monde à venir.




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Te voici enfin fécondée
Te voici infusée dans ma chair

Ô cours de la fluidité

Schisme en moi de la passion toujours renouvelée.
Brûlure qui s'articule au ventre
Baptême comme au novice l'affleurement d'un lent baiser.

Tant de science te laboure
Tant de houle se laisse composer.



Cette ferveur savamment cadencée,
C'est l'alchimie - ô bonheur ! - d'une clairvoyance à récolter.



Les vents s'effondrent en splendeur mortifiée.
Sur toute la Mer par mille ports délestée
Sur toute la Mer de mille vagues exhaussée



Corps de martyr fut embaumé pour un gala de noces et de lumière.




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                       Au for de nos silences


Au for de nos silences
Trop brève la lumière
Trop faible l'espérance.
Et ce corps qui se renferme - mais qu'il se forge un rêve parmi les larmes !



Entre les lèvres du gisant, cette souffrance à peine audible :


      "Je suis cet apôtre épuisé par la parole qu'il transporte".


Trop brève la lumière
Trop fragile le témoin.
Et le rapt partout de l'onde à perte de lumière.
Cette violence sous l'épilepsie des crépuscules.
L’étrange désertion des eaux en frénésie


Quand il nous faut reprendre souffle et âme
Sous l'étreinte marine.
Quand la chair s'insurge
Sous ses robes endeuillées.




                                                                               43
Et ce bond
Dans le sacré des choses
Cette respiration si haute
Aux heures domestiquées.
Cette Force incoercible
Cette Force à la montée des eaux


Quand le novice se laisse submerger
Par la douce remontrance de son corps.
Quand magnifique est l'harmonie
Entre l'appel et l'apparence.



  Car c'est le Ciel et c'est la Mer qui se répondent.
  Car c'est le Ciel et c'est la Mer qui se confondent.


  Quand lentement la Mer se déshabille et se retrouve chaste et toute à prendre.




                                                                                   44
                            Et la mer faste

Et la Mer faste contre l'oubli des Multitudes.
Mer au-delà du supplice
pénétrante, insinuante
Dans la fréquentation de nos fragilités.
Oui heurt de la conscience
Quand seul atrocement seul
On se débat face à sa masse trop grande, trop fluide.



Ah faibles les hommes clairsemés
Comme l'oiseau trop haut que l'azur efface
Comme l'oiseau
Que l'azur absorbe dans sa perfection !



Stupeur du corps coupé en deux
Et somptueuse indifférence.
Brûlure à la périphérie des peaux
Sous les rafales du Temps.

Tout s'accomplit hors cette chair dévidée.
Et ce parfum aux flancs insupportés
Cette chaleur sous notre intelligence
Où donc ce chant contre ce sein qui allaita notre confiance ?




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Et l'Être crie à pleines vagues et les femmes
Soustraient leurs corps splendides.
À la rocaille dure.
Et la douleur succombe
Dans son ultime transparence.
Amour ! Amour !

J'ai entendu la Mer pleurer au grand bonheur de ses marées insaisissables.



Des mains expertes nous ont déshabillés
Leur beauté sombre incendiait nos réticences.
Et avenantes, des Nymphes
Phosphoraient sous leur timidité.
A l'hommage de leur science
Jurons tous fidélité !



Qu'une seule s'avance, simple et sans fard !
Qu'elle jette le masque et tranche le futur !


   Et qu'elle avoue enfin :

            "J'ai trop besoin des hommes pour y cacher ma solitude " !




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                                 Parfums


Parfums d'écume, saveur au fond des gorges
Miracle - oui miracle du sédiment
Dans l'enfoncement des destinées.



Ah ! Recueillir ces vagues juvéniles
Dans la fracture où l'Aube vient s'abreuver.
Et s'incarner !
Recevoir ces longs baisers comme le miel.
Réciter le sucre des peaux sous la blondeur des piqûres
Arpenter l'extase à la conjonction des lèvres…



Puis soutenir, à en mourir soutenir
Cet effort des eaux soulevées vers le Ciel.
Ecouter l'Être craquer.
Sentir monter en soi la sève d'une germination nouvelle.



Et s'apaiser enfin
Devenir cette fluidité dans le reflux des houles,
Se fondre dans la simplicité de notre humanité retrouvée.



   La Mer en refluant nous maintiendra dans ses mélanges.




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                       Torsion des Origines


Torsion des Origines
Ô promesse éclose
Dans la souffrance
Comme deux corps sous la gangue de l'humain.


Opaque la nuit
Mais connivence
Oui résonance sous les voûtes du sensible.



J'ai vu se soulever l'intimité transfigurée dans la Matière.

Et l'homme étirant ses commencements
L'homme répudiant ses renoncements


   Que pauvre et nu il cède sa part divine et vienne s'étendre sur le sable.




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Traversé par la Vie
Traversé par l'abondance qui est Vie
Traversé oui transpercé dans son ultime vraisemblance


Traversé par cette vague sacrée sous l'averse des chair.
Traversé par cette pluie sur nos peaux infiniment au-dessus de nos rêves


   Qu'une clarté baigne ce corps traversé par la sève de son devenir !


Infinité de l’Être.
Et la Mer est immense de l'énigme dans l'infime.
Par le détail qui multiplie le Tout
Par la goutte qui féconde la vague
Deux doigts se frôlent et transmettent le Monde


   Dans l'extase devenue vague sur nos simples visages.




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                           Grandeur sacrée

Grandeur sacrée
Splendeur brassée de l'Être



Mes yeux
Mes simples yeux
Fomentent-ils tant de vérité première ?



Ce cœur serré dans les étoiles
Ce cœur s'accorde-t-il au miracle qu'il active ?



Oui ce corps
Plongé nu
En plein mystère
Ce corps embrasé
Sous l'émoi
Qu'il héberge


La vague l'avivera sur la rive des Nombres !




                                                   50
Et plus vaste et plus belle
La Mer imposant ses conquêtes
Conscience au ras des flots.


Ô expansion de mon âme jamais sevrée,

Apothéose du texte adossé à ses phrases !

Discours fondateur.
À la hauteur ajusté
Où sanglote la Beauté émerveillée.



Et l'étendue flotte sur les Eaux.
Tant de douleurs terrassées
Tant de vigueur injectée dans les artères du vivant.


Maîtresse, ô Mer
Maîtresse de l'horizon.

Puissance d'étoffe divine.


Croissant du croissement même de son immense gestation.




                                                          51
             Oh ! le débordement de l'Être !


Oh ! Le débordement de l'Être !
Oh ! Le trop-plein de sa présence !


Et ces prodiges
Qui hurlent à vif
La coque brisée.



Ce Ciel s'empourprant
De merveilles
Cette majesté partout
Du culminant Réel.



Ah !
Que j'aime cette violence
Enserrant le diamant dans son cristal


Promesse toute simple d'une genèse diluvienne !




                                                  52
Aurons-nous encore assez d'audace pour tutoyer le Monde,
Dans ses odeurs de glaise et de sueur
Où perce la besogne humaine ?


Toujours l'écume du divin
S'étendra-t-elle aux proues de nos carènes ?
Et la nuit toujours tressaillira-t-elle
Du feu dans ses colères boréales ?



Ô salutaire ouvrage des siècles d'exubérance !
Et connivence à chaque marée
Sitôt que se décide
Une musique au plus profond de la Mer.



La mort déposée,
Les yeux posés sur la ligne tranquille des hommes.
Ô outrancière, ô magnifique singularité de l’Être.




                                                           53
54
   Epilogue
Dernière sommation




                     55
56
Encore et encore
Les sens écarquillés
Face à la Mer en toute vague prononcée.
Et bleue si bleue cette fertilité au ras des eaux.
Et ce besoin au plus intime de se lever intact et fort
Pour, homme neuf, réconcilier tous les contraires
       L'éternité enfin domptée
              La chair pacifiée.



Ah ! Qu'il est grand le naufrage
Où mon corps une à une relâche ses réticences !

Je te veux forte et belle
Tendre obsession de ma métamorphose !

Ah ! Reste !
Reste sincère et pure

Ivre de douceurs imbrûlées
Dernière sommation des rivages



Lévitation du Ciel !




                                                         57
Ô dureté ennoblie par l'instinct de louange
Ô pesanteur disloquée sous trop de grâce !
Par la résurrection de l'Aube
Et par l'éclair du Temps ressoudé
Voici la Mer épongeant toute souffrance
Son chant, son chant toujours exhaussé
D'harmoniques sublimes.



   Et aboli l'espace entre les corps qui follement se prennent.
         Dans la saignée de la femme ébréchée,
                 Quand l'Aimée se laisse enrober par les vagues,
                      Et glisse de toute son âme dans sa poreuse nudité,
                             Où ses larmes goutte à goutte distillent l'Amour,
                                    Où le Souffle jour à jour déborde la Vie,



                                                      Où le Verbe s'est fait Mer…




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