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Conditional inactivation of gene function in the mouse a

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Conditional inactivation of gene function in the mouse a
Conditional inactivation of gene function in the mouse:

a general introduction



Charles Babinet



Since the early nineties, it is possible to introduce at will null (K.O.) mutations in the germline of the

mouse. It is estimated that about 10% of the ~ 25000 mouse genes have now been knocked out,

leading to insights into almost all the aspects of mammalian biology and allowing the generation of

mouse models of human disease. However, there is an inherent limitation to this approach due to the

presence of the null mutation in all the cells of the developing mouse. This is true in particular in two

situations: 1) When the targeted gene has a complex pattern of expression, rendering difficult the

phenotypic analysis; 2) When gene disruption leads to lethality, precluding analysis of gene function

beyond the time.

Methods have therefore been designated which allow to circumvent these limitations. I will describe

the principles of these methods, based on conditional gene expression or inactivation and the use of

which will be illustrated later in the workshop.





Three recent reviews on conditional gene expression /inactivation





- Lewandoski, M. (2001). Conditional control of gene expression in the mouse. Nature Reviews

Genetics, 2, 743-755.

- Kwan, K.-M. (2002). Conditional alleles in mice : practical considerations for tissue-specific

knockouts. Genesis, 32 : 49-62.

- Gossen, M. and Bujard, H. (2002). Studying gene function in eukaryotes by conditional gene

inactivation. Annu. Rev. Genet., 36 : 153-173.









Atelier 157• 21-22 octobre 2004 / 21-22 October 2004

Contrôler l’expression des gènes chez la souris. Mutagenèse conditionnelle, expression inductible et RNAi

Controlling gene expression in mice. Conditional mutagenesis, inducible expression and RNAi

médecine/sciences 2000 ; 16 : 31-42









Vingt ans d’interventions délibérées

sur le génome de la souris

Une révolution dans l’approche génétique

de la biologie des mammifères

Nous présentons dans cet souris. Ainsi, l’approche

article les approches génétique de la biologie de la Charles Babinet

expérimentales qui ont été souris a été bouleversée et de très Michel Cohen-Tannoudji

développées ces deux dernières nombreux résultats ont pu être

décennies et qui ont ouvert la obtenus, éclairant la fonction des

C. Babinet, M. Cohen-Tannoudji : Unité de

voie à la modification, délibérée gènes dans le développement et la biologie du développement, Cnrs URA

physiologie des mammifères. 1960, Institut Pasteur, 25, rue du Docteur-

et programmée, du génome de la Roux, 75015 Paris, France.

souris, un animal modèle de

l’étude des mammifères. Cela a

été possible grâce, d’une part, à

l’isolement en culture de cellules

embryonnaires totipotentes l y a fort longtemps que les généti- de montrer comment ce rêve est large-

(cellules ES) capables de

coloniser la lignée germinale

d’un embryon hôte et, d’autre

part, à la maîtrise au moins

partielle du processus de

recombinaison homologue entre

I ciens ont reconnu l’intérêt de

l’étude des mutations qui, grâce au

phénotype qu’elles engendrent,

permettent d’éclairer la fonction

des gènes au sein desquels elles se

sont produites. Cependant, chez les

organismes complexes comme la sou-

ment devenu une réalité grâce au

développement, durant ces deux der-

nières décennies, de méthodes qui

permettent de modifier quasiment à

volonté le patrimoine génétique de la

souris (Tableau I). L’obtention de sou-

ris porteuses de modifications géné-

une séquence d’ADN nu ris, un modèle de choix pour l’étude tiques programmées par l’expérimen-

des mammifères, les mutations obte- tateur a littéralement révolutionné

introduite de l’extérieur et l’ADN nues ont été longtemps limitées à l’étude de quasiment tous les aspects

chromosomique. Depuis 1987, celles repérées au hasard des élevages de la biologie de cet animal et de ses

date de la première et concernaient pour l’essentiel des différents systèmes (immunitaire, ner-

démonstration d’une mutagenèse modifications visibles du phénotype veux, hématopoïétique, etc.) (pour

« ciblée » sur un allèle résidant (couleur du pelage, morphologie, revue, voir [2]). En outre, elle permet

comportement, etc.) ; en particulier, la création de modèles murins de

des cellules ES, le spectre des très peu de mutations entraînant des maladies génétiques humaines (pour

mutations que l’on pouvait créer défauts de développement ont pu être revue, voir [3]) qui sont précieux pour

s’est considérablement élargi, à collectées de cette façon. Face à cette l’étude de leur physiopathologie et

tel point que quasiment tous les situation, la possibilité de créer de éventuellement la mise au point de

manière délibérée et contrôlée des thérapeutiques appropriées. Comme

types de modifications génétiques modifications génétiques constituait nous le verrons, cela a été rendu pos-

peuvent maintenant être obtenus une sorte de rêve déjà énoncé il y a sible grâce à la rencontre heureuse de

(mutations nulles et ponctuelles, plus d’un demi-siècle par Avery et al. deux approches très différentes : l’une

délétions, translocations, etc.). [1], dans une étude fameuse dans a abouti à l’isolement in vitro de cel-

laquelle ces auteurs démontraient en lules très remarquables, les cellules

Cet ensemble impressionnant de utilisant des bactéries que l’ADN est le souches embryonnaires (pour revue,

possibilités s’enrichit depuis support chimique des caractères héré- voir [4]) (cellules ES) et l’autre a per-

quelques années de méthodes qui ditaires : « Biologists have long attemp- mis d’identifier, chez les cellules

devraient permettre, à terme, ted by chemical means to induce in d’eucaryotes supérieurs, les conditions

higher organisms predictable and spe- nécessaires au processus de recombi-

d’induire une mutation dans un cific changes which thereafter could naison homologue entre un ADN visi-

type cellulaire et/ou à un moment be transmitted in series as hereditary teur connu et la séquence homologue

donné du développement de la characters. » L’objet de cet article est dans le chromosome [5, 6].





n° 1, vol. 16, janvier 2000 31

Tableau I fères possèdent l’appareil enzymatique

nécessaire à la recombinaison entre

QUELQUES ÉTAPES-CLÉS DANS L’HISTOIRE DE LA MUTAGENÈSE une séquence d’ADN exogène et la

DIRIGÉE IN VIVO VIA LES CELLULES ES DE SOURIS* séquence homologue présente in situ

dans les chromosomes, même s’il

1976** Souris transgéniques par infection rétrovirale s’agit d’un événement relativement

d’embryons en cours de clivage rare en comparaison de l’intégration

1980-1981** Souris transgéniques par micro-injection d’ADN au hasard de ce même ADN [5, 6].

dans le pronucléus du zygote Dans un premier temps, ces résultats

1981 Établissement de lignées de cellules souches furent mis à profit par ces deux

embryonnaires équipes pour créer – ou, au contraire,

1986 Souris transgéniques via l’obtention de chimères pour corriger – des mutations nulles

avec des cellules ES modifiées génétiquement dans le gène hprt [11, 12] : en effet,

1987 Première expérience de mutagenèse dirigée : ces deux types d’événements peuvent

obtention de cellules ES porteuses d’une mutation être directement sélectionnés après

nulle dans le gène HPRT transfection du vecteur de ciblage por-

1989 Premières souris mutantes obtenues par recombi- teur de la mutation désirée, par l’ajout

naison homologue dans les cellules ES

de drogues dans le milieu de culture.

1994 à aujourd’hui Création de remaniements chromosomiques. Créa-

tion de mutations conditionnelles

Malgré la fréquence variable et géné-

ralement faible des événements de

* Le lecteur intéressé par les travaux jalonnant cette histoire pourra se reporter à un numéro spé- recombinaison homologue, ces expé-

cial de la revue International Journal of Developmental Biology (1998 ; vol. 42, n° 7), qui contient les riences ont pu être étendues par la

références appropriées.

** Concerne les souris transgéniques par ajout de gènes (micro-injection d’ADN dans le pronu-

suite à des gènes dont les mutations

cléus du zygote) qui sont exclues du domaine du présent article. Le lecteur intéressé pourra consul- nulles ne sont pas sélectionnables,

ter le livre Transgenic Animals : generation and use, édité par Louis-Marie Houdebine, Harwood grâce à différentes astuces soit de

Academic Publishers, 1997.

sélection, soit de criblage (figure 2). A

ce jour, plusieurs centaines de gènes

Les cellules souches de modifications génétiques rares dans ont été invalidés de la sorte et les sou-

embryonnaires (ES) : les cellules ES, puis l’obtention des ris mutantes correspondantes créées

des véhicules souris mutantes correspondantes. [13]. L’analyse des phénotypes engen-

extraordinaires drés par ces mutations a apporté de

pour la création Recombinaison très nombreuses lumières sur la fonc-

homologue tion des gènes concernés. Dans cer-

de souris mutantes dans les cellules ES : tains cas, elle a en outre permis de

En 1981, deux laboratoires rappor- création de mutations révéler l’influence du fonds génétique

taient l’isolement, à partir de la culture nulles (souris knock out) sur l’expression d’une mutation don-

de jeunes embryons de souris, de née (pour revue, voir [14]), ou d’exa-

lignées cellulaires ayant les propriétés Des études effectuées dans les années miner d’éventuelles relations géné-

de cellules embryonnaires totipotentes 1980, en particulier par les groupes de tiques entre des gènes appartenant,

[7, 8] (Tableau II). Ces cellules, appe- Smithies et de Capecchi, avaient par exemple, à une même famille

lées cellules ES, étaient capables, après démontré que les cellules de mammi- (pour revue, voir [15]) [16].

injection dans un jeune embryon, de

coloniser tous les tissus y compris sa

lignée germinale, donnant ainsi nais- Tableau II

sance à des chimères. Le génotype des

cellules ES pouvait alors être « recyclé » LES CELLULES SOUCHES EMBRYONNAIRES DE SOURIS

in vivo et transmis aux générations sui-

vantes. Il fut ensuite démontré que ces 1. Propriétés

cellules pouvaient être modifiées géné- • Totipotence

tiquement in vitro, par exemple par • Croissance (quasi) illimitée in vitro avec maintien de la totipotence

l’introduction d’un transgène mais sur- Sélection possible de modifications génétiques rares

tout que les souris transgéniques cor- • Différenciation in vitro en différents types cellulaires

respondantes pouvaient alors être • Colonisation des tissus d’un embryon hôte y compris sa lignée germi-

obtenues [9, 10] (figure 1). Ainsi était nale

ouverte une voie entièrement nouvelle Transfert à l’animal des modifications génétiques introduites dans les

d’obtention de souris transgéniques, cellules ES

qui élargissait considérablement les

2. Modifications génétiques créées par recombinaison homologue

possibilités de la transgenèse par

• Mutations nulles (knock-out)

micro-injection d’ADN dans le zygote. • Mutations subtiles (ponctuelles, microdélétion, micro-ajout, etc.)

En effet, il devenait possible pour • Remaniements chromosomiques (délétions, inversions, translocations)

l’expérimentateur de mettre en œuvre • Mutations conditionnelles

des procédés permettant la sélection





32 n° 1, vol. 16, janvier 2000

évidemment du but recherché. Par

exemple, il peut s’agir de la séquence

Transfert d'ADN

(rétrovirus, transgène,

codante d’un gène rapporteur comme

vecteur de ciblage, …) la β-galactosidase d’E. coli dont l’acti-

vité est aisément repérable, y compris à

Sélection et isolement d'un clone l’échelle cellulaire. Ainsi l’expression

porteur de la modification

génétique désirée de la β-galactosidase mime-t-elle

l’expression du gène ciblé, ce qui est

Cellules ES Cellules ES très précieux pour la détermination de

génétiquement modifiées son profil d’expression [17], mais peut

également être très utile pour suivre le

destin des cellules exprimant normale-

ment le gène cible dans le contexte

d’un animal porteur de la mutation à

Souris

l’état homozygote [18, 19]. Une autre

normale x utilisation de la stratégie de knock-in

particulièrement intéressante concerne

le cas de gènes appartenant à une

Souris chimères Micro-injection famille multigénique ayant un profil

pelage gris-jaune : ES dans un blastocyste

pelage noir : embryon hôte d’expression différent et dont l’invalida-

Analyse du phénotype engendré tion respective entraîne des phénotypes

par la modification génétique

chez les animaux chimériques, contrastés. Les protéines codées par ces

hétérozygotes ou homozygotes gènes apparentés ont-elles une fonction

Souris porteuse équivalente ? Une réponse positive à

de la modification

génétique cette question indiquerait que c’est le

changement de profil d’expression qui

Figure 1. Les différentes étapes de la création de souris génétiquement est à l’origine des phénotypes observés

modifiées via les cellules ES. et non une fonction différente des pro-

téines codées par ces gènes. De fait,

Un raffinement phase avec la séquence codante du d’après les quelques études publiées à

du knock-out : gène ciblé, d’un ADNc d’intérêt ce jour (Tableau III et [20-26]), c’est

(figure 2). Une fois la recombinaison généralement ce type de situation qui

le... knock-in homologue effectuée dans le gène est observé, ce qui souligne l’impor-

Une variante intéressante des vecteurs cible choisi, l’allèle modifié exprime tance des régions régulatrices d’un

de ciblage pour l’obtention de muta- l’ADNc inséré en lieu et place du gène gène comme cibles d’évolution et de

tions nulles résulte de l’introduction, en endogène. Le choix de l’ADNc dépend diversification fonctionnelles.



Gène d'intérêt

A B (gène rapporteur,

gène immortalisant,

paralogue,

Cassette de sélection ADNc muté, …)



Vecteur de ciblage

Cassette

ATG STOP de

sélection





Allèle endogène

ATG STOP ATG STOP









Allèle modifié

ATG STOP ATG STOP STOP



Knock-out : invalidation du gène par insertion Knock-in : gène d'intérêt synthétisé en lieu et

d'une cassette de sélection place du gène cible



Figure 2. Principe général de la recombinaison homologue. A. Knock-out. Le vecteur de ciblage comporte une cas-

sette de sélection insérée dans un exon (rectangle noir : partie codante ; rectangle blanc : partie non codante) et

entourée de régions d’homologie avec le gène cible. La recombinaison avec ce dernier s’effectue au niveau de ces

séquences homologues et résulte en la création d’un allèle nul où l’invalidation du gène résulte de l’insertion de la

cassette de sélection. B. Knock-in. Dans cette variante, outre l’invalidation du gène cible, un gène d’intérêt est intro-

duit dans le locus. Après recombinaison homologue, ce gène d’intérêt est placé sous le contrôle du promoteur et des

séquences régulatrices du gène cible et est donc synthétisé en lieu et place du gène cible.





n° 1, vol. 16, janvier 2000 33

brane receptor). Lorsque des allèles riophage P1, qui agit lorsqu’elle recon-

Des mutations nulles mutés de ce type sont créés, il est par- naît dans un segment d’ADN, une

aux mutations subtiles ticulièrement nécessaire de se débar- séquence de 34 paires de bases appelée

Si les mutations nulles sont un instru- rasser des séquences de sélection qui loxP (pour revue, voir [33]) (figure 4A-

ment d’analyse génétique très puis- pourraient interférer avec la régulation B). Lorsque deux sites loxP sont orientés

sant, il est clair que d’autres types de de l’expression du gène ciblé ou de dans le même sens, la protéine Cre

mutations plus subtiles (mutations gènes adjacents. Cela a d’ailleurs été induit la délétion du segment d’ADN

ponctuelles, petites délétions ou inser- démontré dans plusieurs études (pour situé entre eux; en revanche, si les sites

tions) peuvent être également très revue, voir [28]) et s’avère tellement loxP sont en orientation opposée, la

utiles. Elles permettent, d’une part, de vrai que des mutations hypomorphes recombinaison entraîne son inversion

raffiner l’analyse fonctionnelle d’un dans un gène ont pu être créées en (figure 4C). Notons aussi que l’activité

gène (par exemple, en changeant un introduisant la cassette de sélection de la recombinase Cre ne nécessite ni

acide aminé dans un domaine parti- aux abords de sa région 5’ [29]. co-facteur, ni topologie particulière de

culier de la protéine et en observant Plusieurs stratégies peuvent être utilisées l’ADN. De plus, la protéine Cre fonc-

les effets induits) et, d’autre part, de pour créer ce que l’on peut appeler des tionne dans les cellules eucaryotes [34].

créer des modèles murins de maladies mutations « propres » (allèle muté Comme l’indique la figure 3, ces pro-

génétiques humaines : ces dernières, dépourvu de séquences étrangères) [30] priétés du système Cre/loxP pourraient

en effet, sont rarement engendrées par (pour revue, voir [31]). Nous en décri- être mises à profit pour la création

des mutations nulles (par exemple, vons deux dans la figure 3. Nous nous d’allèles porteurs de mutations « sub-

60 % des mutations entraînant la arrêterons sur celle qui utilise le système tiles » et «propres». Notons qu’à l’issue

mucoviscidose chez l’homme sont du Cre/loxP car nous verrons qu’il a de de ce scénario, l’allèle muté porte un

type ∆F508 [27], c’est-à-dire corres- multiples intérêts au-delà de l’obtention site loxP; néanmoins, jusqu’à présent,

pondent à la délétion d’un seul acide de mutations « propres » (pour revue, aucune indication d’une interférence de

aminé, la phénylalanine, dans la pro- voir [32]). La protéine Cre est une ce site avec l’expression génétique n’a

téine CFTR – cystic fibrosis transmem- recombinase, identifiée chez le bacté- pu être mise en évidence.





Tableau III



QUELQUES EXEMPLES DE KNOCK-IN



Gène inséré ¡ Gène invalidé Phénotype du knock-out Phénotype du knock-in Réf



Cycline E ¡ Cycline D1 Défauts neurologiques Restauration complète [25]

(protéines impliquées Anomalies de la rétine d’un phénotype normal

dans le cycle cellulaire) et du tissu mammaire



Otx2 ¡ Otx1 Épilepsie Suppression de l’épilepsie et des [24]

(facteurs de transcription Anomalies du cortex anomalies de la corticogenèse

à homéodomaine) télencéphalique dorsal et des mais anomalies de l’oreille interne

systèmes visuel et auditif maintenues



Otx1 ¡ Otx2 Gastrulation anormale Gastrulation normale [26]

Absence de structure antérieure Structures antérieures normales

dès E6 à E7-E8 mais perte de la régionalisation

des structures antérieures à E9*



Myogénine ¡ Myf5 Malformation de la cage thoracique Restauration complète [23]

(facteurs de transcription Létalité périnatale d’un phénotype normal

impliqués dans la

différenciation myogénique)



Mesp1 ¡ Mesp2 Mort périnatale Restauration complète [22]

(facteur de transcription Absence de segmentation somitique d’un phénotype normal

de type b-HLH) Défauts du squelette



En2 ¡ En1 Mort périnatale Disparition des défauts cérébraux [20, 21]

(facteur de transcription à Absence de la région cerveau mais maintien des anomalies

homéodomaine) postérieur/cerveau moyen des membres

Anomalies des membres



* Cette perte secondaire est due au fait que la protéine OTX2 semble nécessaire pour la régulation de l’expression du gène otx2. Dans les mutants

Otx1 ¡ Otx2, le gène Otx2 (et donc la production de protéine OTX1) n’est pas induit dans la plaque neurale antérieure. E : jour de développement

embryonnaire.







34 n° 1, vol. 16, janvier 2000

d’accumuler des mutations, mais éga- vaut à un taux de mutation par locus

Délétions via le ciblage lement de les localiser de manière pré- d’environ 1,5 x 10– 3, et est considé-

dans les cellules ES : cise. Ainsi, les gènes correspondants rable). L’action de l’ENU résulte la

vers une analyse pourraient être éventuellement identi- plupart du temps en la création de

génétique globale fiés et clonés et faire à leur tour l’objet mutations ponctuelles. Reste évidem-

du génome de la souris de mutagenèse ciblée. ment, une fois les mâles traités par

La mutagenèse dirigée via les cellules Au cours des quinze dernières l’ENU et donc porteurs de mutations

ES est, comme nous l’avons vu, une années, ont été développées des dans leurs spermatogonies, à mettre

technique précieuse pour l’analyse de méthodes de mutagenèse chimique en œuvre une approche pour le repé-

la fonction des gènes. Cependant cette (non dirigée et au hasard) très effi- rage et la collecte des mutations.

approche est limitée aux gènes déjà caces chez la souris : ainsi, l’utilisa- Ceux-ci seraient grandement facilités,

connus et clonés. Dans une perspec- tion du N-éthyl-N-nitroso-urée (ENU) dans le cas des mutations récessives,

tive d’analyse fonctionnelle globale du [35] (pour revue, voir [36]), un agent si l’on disposait de délétions discrètes

génome de la souris, cette démarche mutagène extrêmement puissant, per- réparties sur l’ensemble du génome :

de génétique inverse doit être néces- met-elle, chez la souris mâle, d’obte- en effet, le croisement entre individus

sairement complétée par des stratégies nir une mutation dans un gène donné porteurs d’une délétion dans une

qui permettraient non seulement dans un gamète sur 700 (ce qui équi- région donnée et d’individus porteurs



A C Mutation ponctuelle

Cassette de sélection

* «floxée»

hprt









ATG STOP ATG STOP

Sélection pour l'intégration

du minigène hprt

*

hprt



ATG STOP ATG STOP







B D

hprt



ATG Mutation ponctuelle STOP



* *

Vecteur de ciblage

secondaire

ATG ATG STOP

Sélection pour la perte

du minigène hprt Cre

* *

Allèle muté dépourvu

de cassette de sélection

ATG STOP ATG STOP





Double remplacement Système Cre/loxP





Figure 3. Mutations « propres ». La persistance, dans l’allèle modifié, d’une cassette de sélection avec son propre pro-

moteur et des séquences activatrices fortes peut avoir des effets sur le locus cible et les locus avoisinants. S’agissant

de la création de mutations subtiles (mutations ponctuelles, petites délétions et insertions) il est préférable d’éliminer

les cassettes de sélection. Les deux stratégies les plus utilisées pour créer ce type de modification sont schématisées

sur cette figure. À gauche : la stratégie de double remplacement. Cette approche nécessite l’utilisation d’une lignée de

cellules ES hprt–, mutée pour le gène hprt. La première étape (A) consiste en l’introduction dans le gène cible d’une

cassette d’expression pour le gène hprt. La sélection des cellules recombinantes (hprt+) s’effectue en présence de HAT.

Dans un deuxième temps (B), ces cellules sont transfectées avec un deuxième vecteur de remplacement présentant

une mutation subtile et dépourvu de cassette de sélection. L’événement de recombinaison homologue, qui aboutit à

la perte de la cassette d’expression hprt, est sélectionné en présence de 6-TG. L’utilisation d’autres vecteurs de rem-

placement portant des modifications différentes permet de créer rapidement plusieurs allèles pour le même gène

cible. À droite : utilisation du système Cre/loxP (voir figure 4). Dans un premier temps (C), le gène cible est modifié à

l’aide d’un vecteur de ciblage comprenant une mutation subtile et une cassette de sélection «floxée », c’est-à-dire

entourée de 2 sites loxP dans la même orientation. Dans un deuxième temps (D), l’expression transitoire de la recom-

binase Cre dans les cellules recombinantes induit la délétion de la cassette de sélection. En dehors de la modification

subtile souhaitée, seul un site loxP de 34 pb persiste dans l’allèle modifié final. La position de ce site loxP est choisie

de manière à ne pas interférer avec l’expression du gène cible (en général dans un intron).





n° 1, vol. 16, janvier 2000 35

A B



loxP loxP Cre









ATAACTTCGTATAATGTATGCTATACGAAGTTAT loxP

TATTGAAGCATATTACATACGATATGCTTCAATA









C Recombinaison en cis D Recombinaison en trans



Sites loxP dans la Sites loxP en 1 site loxP intégré Sites loxP sur deux Sites loxP sur deux

même orientation orientation inverse 1 site loxP porté par chromosomes chromosomes différents

un plasmide homologues



Gène X Gène X Chr4 Gène X Gène Y Chr1 hp







+ Chr4 Chr19 rt



Gène X









Cre Cre Cre Cre Cre





Gène X t(1;19) hp rt

Gène X

Gène X + +

+ Gène X

Gène X Gène Y Gène Y t(19;1)



Délétion Inversion Insertion Délétion/Duplication Translocation









Figure 4. Le système Cre/loxP et ses applications. Le site loxP, symbolisé ici par un triangle, est une séquence de

34 pb composée de deux séquences palindromiques de 13 pb séparées par une séquence de 8 pb (A). La recombi-

nase Cre reconnaît spécifiquement cette séquence, provoque la coupure de l’ADN (flèches rouges, A) et induit la

recombinaison de l’ADN de part et d’autre des deux sites loxP de la manière illustrée en B. Cette réaction est réver-

sible. Plusieurs types d’événements de recombinaison peuvent être produits suivant que les deux sites loxP sont

portés par la même molécule d’ADN (recombinaison en cis) ou par deux molécules d’ADN différentes (recombinai-

son en trans) et suivant l’orientation respective des deux sites loxP (l’orientation d’un site loxP est donnée par la

séquence de 8 pb non palindromique). Recombinaison en cis (C). Si les deux sites loxP sont dans la même orienta-

tion, la région d’ADN située entre ces sites est délétée lors de la recombinaison. Ce type de configuration est utilisé

pour créer des mutations « propres » (élimination de la cassette de sélection, voir figure 3), des mutations condition-

nelles (voir figure 5) et des délétions. Si les deux sites loxP sont en orientation inverse, la recombinaison conduit à

l’inversion de la région comprise entre les sites. Recombinaison en trans (D). Dans le cas où un site loxP est intégré

dans le génome et l’autre site est porté par un plasmide circulaire, il peut y avoir insertion des séquences portées par

le plasmide au niveau du site loxP intégré. Néanmoins, l’insertion étant défavorisée par rapport à la délétion (c’est-

à-dire la réaction inverse), ce type d’événement nécessite l’utilisation de sites loxP mutés (voir conclusions/perspec-

tives). Dans le cas où les sites loxP sont tous les deux intégrés dans le génome, la recombinaison en trans induit des

remaniements chromosomiques : délétions, duplications ou translocations. Ces événements de recombinaison sont

rares et doivent être sélectionnés pour être observés. Pour ce faire, il est possible d’utiliser des cassettes de sélec-

tion tronquées et non fonctionnelles hp-loxP et loxP-rt. Après recombinaison entre les sites loxP, et seulement dans

ce cas, une cassette hp-loxP-rt fonctionnelle (le site loxP restant est situé dans un intron) est reconstituée, permet-

tant de sélectionner le remaniement chromosomique désiré. Par ailleurs, l’orientation relative des sites loxP par rap-

port à l’axe centro-télomérique des chromosomes est importante. En effet, dans le cas d’une mauvaise orientation

relative, l’événement de recombinaison aboutirait à la formation de chromosomes acentriques ou dicentriques qui,

du fait de leur grande instabilité, seraient éliminés de la cellule.







36 n° 1, vol. 16, janvier 2000

de mutations introduites par l’ENU manière extrêmement spécifique au Pour tenter de dépasser ces limitations

permet, en principe et grâce à cours de la prophase de la première de la mutagenèse dirigée in vivo, dif-

l’haploïdie fonctionnelle de la région division méiotique des cellules germi- férentes équipes ont cherché dans les

porteuse de la délétion, d’identifier nales mâles, à un moment où l’apparie- années récentes à mettre au point des

le(s) gène(s) responsable(s) des phéno- ment chromosomique débute et où les stratégies permettant la survenue

type obtenus, puisque, par hypothèse, crossing-over sont donc facilités [40]. Si conditionnelle d’une mutation chez

les mutations seront confrontées à une l’on croise des souris porteuses de sites l’animal en cours de développement

délétion sur l’autre chromosome. Ce loxP sur des chromosomes homologues ou chez l’adulte (pour revue, voir

type de scénario, dont l’utilité pour avec ces dernières, on obtient, chez les [31]) [42]. Ici encore, ces stratégies

l’approche génétique a été démontrée mâles doubles-transgéniques issus de reposent sur les propriétés remar-

de manière spectaculaire chez la dro- ce croisement, des spermatozoïdes quables du système Cre/loxP. Il s’agit

sophile, apparaissait difficile à étendre contenant des délétions ou des duplica- (figure 5), dans un premier temps, de

à la souris, du fait de la relative rareté tions de la région génomique située créer des souris porteuses d’un allèle

des délétions répertoriées chez cet entre les sites loxP (figure 4D). Cette dans lequel deux sites loxP encadrent

animal. A cet égard, le ciblage par approche constitue potentiellement un une partie essentielle du gène d’inté-

recombinaison homologue dans les outil puissant d’analyse fonctionnelle rêt sans pour autant perturber son

cellules ES combiné aux propriétés du de régions génomiques complexes: par fonctionnement, en les plaçant par

système Cre/loxP ouvre de toutes nou- exemple, la question de la signification exemple dans les introns (on parle

velles perspectives (pour revue, voir fonctionnelle du regroupement des alors d’allèle « floxé »). S’agissant d’un

[37]) (figure 4C-D). Cette stratégie a gènes Hox en complexes peut être gène dont les mutations nulles sont

été validée en 1995 par l’obtention de abordée, en variant leur nombre ou létales à l’état homozygote, on véri-

souris porteuses de délétions de plu- leur position au sein de ces complexes fiera que les souris homozygotes pour

sieurs centimorgans (cM) [38]. Par (m/s 1999, n° 4, p. 560) [41]. l’allèle floxé sont parfaitement viables.

une stratégie différente, You et al. ont On les croise alors avec une souris

également obtenu des délétions de La mutagenèse transgénique exprimant la recombi-

dimensions variables autour d’un conditionnelle : nase dans un type cellulaire particu-

locus donné [39]. Dans le futur, une une nouvelle dimension lier grâce à l’emploi de séquences

collection de délétions pourrait être de l’analyse fonctionnelle régulatrices appropriées dans le trans-

accumulée et donc servir, en combi- du génome gène (la recombinase entraîne l’exci-

naison avec la mutagenèse par l’ENU, sion des séquences situées entre les

à la réalisation d’un projet à long Le système Cre/loxP : sites loxP et donc induit une mutation

terme d’analyse fonctionnelle globale ciblage de la protéine Cre nulle dans le type cellulaire dans

du génome de la souris. L’enrichisse- par un transgène de fusion lequel le transgène s’exprime). Cette

ment constant des cartes génétiques stratégie est d’une très grande puis-

de la souris et de l’homme permet de Nous avons indiqué l’intérêt considé- sance, car elle permet non seulement

plus d’orienter le choix vers des rable pour l’analyse fonctionnelle du de contourner le problème de la léta-

régions génomiques qui sont riches en génome de la création programmée lité embryonnaire qui se produit

gènes et/ou correspondent à des de souris porteuses de modifications lorsque toutes les cellules de

régions candidates pour des maladies génétiques variées (mutations nulles, l’embryon portent la mutation, mais

génétiques humaines. mutations discrètes, remaniements encore d’examiner l’effet de cette

chromosomiques...). Cependant, ces mutation, en principe dans n’importe

L’obtention situations, dans lesquelles les souris quel tissu, pourvu que l’on dispose

de remaniements mutantes portent la mutation dans d’une lignée de souris transgéniques

chromosomiques facilitée toutes leurs cellules, ont aussi leurs exprimant la protéine Cre dans le tissu

par l’expression limites notamment pour deux types en question (Tableau IV et [43-47]).

de la protéine Cre dans de raisons : (1) dans le cas où la

mutation entraîne à l’état homozy- Systèmes inductibles

la lignée germinale mâle gote une létalité embryonnaire (un

L’expression récemment démontrée de cas extrême est celui où la mutation Un raffinement supplémentaire

la protéine Cre dans la lignée germi- entraîne la mort cellulaire), il devient consiste à contrôler l’induction de la

nale mâle de souris transgéniques per- impossible d’étudier la fonction mutation, non seulement dans

met de simplifier le processus permet- éventuelle du gène, au-delà du l’espace comme nous venons de le

tant de créer des remaniements moment où les embryons meurent et voir, mais également dans le temps.

chromosomiques chez la souris en donc pendant toute la vie adulte ; (2) Pour ce faire, la protéine Cre est

effectuant une partie des opérations un gène peut avoir un profil d’expres- exprimée sous la forme d’une pro-

directement in vivo ; en effet, des souris sion très large et son invalidation téine de fusion avec le domaine de

transgéniques pour un gène de fusion entraîner un phénotype complexe qui fixation au ligand d’un récepteur des

Sycp1-Cre (dans lequel les séquences affecte de multiples tissus. Il serait stéroïdes (LBD) [48, 49] ; cette pro-

régulatrices du gène Sycp1 codant pour alors utile, pour simplifier l’analyse, téine de fusion ne présente pas d’acti-

la protéine 1 du complexe synaptoné- de créer des souris porteuses de la vité Cre (figure 6). En revanche, en

mal gouvernent l’expression de la pro- mutation seulement dans l’un ou présence d’un ligand approprié, un

téine Cre), expriment la protéine Cre de l’autre de ces tissus. changement de conformation se pro-





n° 1, vol. 16, janvier 2000 37

tetO et le gène rapporteur n’est pas

exprimé. En l’absence de tétracycline,

la protéine de fusion peut se fixer et

le gène rapporteur est exprimé. Une

variante utilise une protéine de fusion

construite avec une version mutée du

répresseur tetR et qui ne peut alors se

fixer aux séquences tetO qu’en pré-

sence de tétracycline : l’activation du

gène rapporteur peut donc être

induite par l’ajout de l’antibiotique.

La réalité du contrôle transcriptionnel

obtenu à l’aide de ce système binaire

a pu être démontrée aussi bien dans

des cellules en culture que chez des

souris transgéniques. Ainsi, cette stra-

tégie peut être utilisée pour le

contrôle temporel et spatial de

l’expression de la Cre [51].

Les stratégies de mutagenèse condi-

tionnelle que nous avons brièvement

décrites restent malaisées à mettre en

œuvre ; elles présentent néanmoins un

Figure 5. Le système Cre/ loxP in vivo. Il est possible de faire fonctionner le

intérêt exceptionnel pour l’analyse des

système Cre/ loxP directement dans la souris. Les applications les plus cou- fonctions géniques et de nombreuses

rantes de ce type d’approche sont représentées sur cette figure et nécessitent équipes cherchent donc à en améliorer

l’utilisation de deux types de souris. La première souris (lignée A), obtenue les différentes étapes. Deux conditions,

après recombinaison homologue dans les cellules ES, comporte dans son en particulier, doivent être impérative-

génome une séquence (exons, séquences régulatrices, promoteur, cassette de ment satisfaites pour que les résultats et

sélection...) « floxée ». L’autre souris est une souris transgénique exprimant la leur interprétation ne soient pas biai-

recombinase Cre sous le contrôle d’un promoteur donné. Si ce promoteur sés : (1) toute la population cellulaire

dirige l’expression de Cre dans la lignée germinale femelle (lignée C), les ani- sur laquelle on veut mesurer l’impact

maux issus d’un croisement entre une femelle C et un mâle A seront porteurs de la mutation doit exprimer la pro-

de la délétion dans toutes leurs cellules, l’événement de recombinaison ayant téine Cre ; (2) l’expression de la pro-

eu lieu dès le stade zygote grâce à la recombinase accumulée dans l’ovocyte. téine Cre doit être strictement contrô-

Dans le cas où le promoteur dirige l’expression de Cre dans un ou quelques lée et limitée à la population en

types cellulaires (lignée B), les animaux issus d’un croisement entre une sou- question. Ces conditions sont difficiles

ris A et une souris B seront mosaïques : les types cellulaires exprimant la à remplir, en partie du fait que

recombinase porteront un allèle délété alors que les autres cellules de l’animal l’expression de la protéine Cre est

porteront un allèle « floxé ». SNC : système nerveux central ; P : promoteur. obtenue par la création de souris trans-

géniques conventionnelles. Or, on sait

duit qui permet la restauration de des approches développées en vue de que l’expression des transgènes est

l’activité Cre. Ainsi chez les souris l’obtention de mutations condition- soumise à un effet de position qui peut

transgéniques portant les deux allèles nelles, il faut mentionner la possibi- perturber la spécificité de leur expres-

« floxés » du gène d’intérêt, et le lité de contrôler l’expression de la sion. Un moyen de tourner la difficulté

transgène exprimant la protéine de recombinase en utilisant les systèmes est de procéder à l’insertion par knock-

fusion LBD/Cre sous la dépendance qui permettent d’induire ou de répri- in (voir ci-dessus) de la protéine Cre

d’un promoteur spécifique d’un tissu mer la transcription d’un gène rap- dans un gène dont la spécificité

donné, l’induction de la mutation porteur. Le système le plus docu- d’expression correspond aux types cel-

nulle dans ce tissu peut être obtenue menté utilise les propriétés du couple lulaires où l’expérimentateur souhaite

par l’injection, au moment voulu, du opérateur/répresseur de l’opéron bac- que la mutation soit induite [47, 52].

ligand approprié (figure 6). Une alter- térien tetracycline (tet) [50]. Il com-

native intéressante à l’utilisation des prend, d’une part, un gène rapporteur Conclusions/perspectives

protéines de fusion LBD/Cre a été mis sous la dépendance d’un promo-

récemment illustrée : elle consiste en teur minimal lié à un concatémère de Si l’on observe le paysage actuel de la

l’injection, dans un tissu de la souris séquences de l’opérateur tet (tetO), mutagenèse programmée in vivo chez

porteuse du gène « floxé », d’un vec- d’autre part, un gène exprimant une la souris, plusieurs réflexions d’ordre

teur adénoviral capable d’exprimer la protéine de fusion entre le répresseur différent viennent à l’esprit pour tenter

Cre ; ainsi, seules les cellules infec- tetR et le domaine activateur de la de cerner les difficultés présentes et

tées localement par le virus expri- protéine VP16 (protéine tTA). En pré- les développements futurs.

ment la mutation (Tableau IV et [44]). sence de tétracycline, la protéine de 1. Tout d’abord, il est saisissant de

Pour terminer cette description rapide fusion ne peut se fixer aux séquences constater que, parmi les mammifères





38 n° 1, vol. 16, janvier 2000

Tableau IV



QUELQUES EXEMPLES DE MUTATIONS CONDITIONNELLES



Gène cible Phénotype Mode de ciblage Tissus hôtes Phénotype Réf

de la mutation nulle de la Cre de la recombinaison de la mutation

conditionnelle



APC Mort embryonnaire Infection Épithélium colo-rectal Polypes intestinaux [44]

(E 6,5) par adénovirus (site d’inoculation)



β-caténine Mort embryonnaire Knock-in (Krt1-19) Épithélium intestinal Polypes intestinaux [47]

(E 7,5) ou Tg (Fabp)



IR Acidocétose diabétique Tg (Ins) Cellule β du pancréas Diabète de type II [45]

(récepteur Létalité périnatale

de l’insuline)



BRCA1 Mort embryonnaire Tg (WAP) Épithélium de la Tumeurs et développement [43]

(E 8,5) glande mammaire anormal de la glande

mammaire



NMDAR1 Létalité périnatale Tg (αCaMKII) Hippocampe (cellules Défauts d’acquisition [46]

Anomalies multiples pyramidales de la de la mémoire

du SNC région CA1) spatiale



Tg : souris transgéniques pour un gène de fusion entre les séquences codantes de la recombinase Cre et les séquences régulatrices (incluant le pro-

moteur) des gènes indiqués (Fabp : fatty acid binding protein ; Wap : whey acidic protein ; αCa MKII : α calcium calmoduline dependent kinase II) ;

Krt1-19 : cytokératine 19 ; SNC : système nerveux central.









Inactive Active

A

Cre Cre

Domaine de fixation au ligand Agoniste

(récepteur des stéroïdes)



B

Injection de l'agoniste

à un temps donné



Séquence «floxée»

Cre Cre

Cre

X



Cre







cre - ind

Pubiquitaire

cre - ind

Pubiquitaire





Figure 6. Système Cre/loxP et mutations inductibles. A. Cette stratégie repose sur l’utilisation d’une protéine de

fusion entre la recombinase Cre et le domaine de fixation au ligand d’un récepteur nucléaire des hormones sté-

roïdes. En l’absence de ligand, l’activité de la recombinase est nulle ou très faible alors qu’en présence de ligand elle

est très rapidement induite. Le domaine de liaison au ligand est une version modifiée qui présente un affinité réduite

pour le ligand naturel (progestérone, œstrogène) mais augmentée pour des agonistes de synthèse (RU486, tamoxi-

fère). L’activité de cette recombinase Cre inductible (Cre-ind) est donc contrôlée par l’administration de l’agoniste.

B. Cette stratégie peut être utilisée in vivo, chez des animaux porteurs à la fois d’une séquence « floxée » et d’un

transgène codant pour la Cre-ind sous contrôle d’un promoteur P (ici ubiquitaire). La délétion de la séquence

« floxée » est dépendante de l’administration d’agoniste à cette souris. Il est alors possible de contrôler dans le temps

l’apparition d’une modification génétique ciblée. Si, au lieu d’un promoteur ubiquitaire, on utilise un promoteur spé-

cifique, l’apparition de la modification peut alors être contrôlée dans le temps et dans l’espace.





n° 1, vol. 16, janvier 2000 39

étudiés, la modification programmée voie de différenciation étudiée devrait d’approches pourraient rendre pos-

de la lignée germinale n’est accessible apporter de nouvelles lumières sur sible la mutagenèse dirigée in ovo, ce

que chez la souris de laboratoire. En leur fonction. Deuxièmement, cer- qui constituerait à l’évidence, une

effet, jusqu’à présent, il a été impos- tains aspects du phénotype engendré simplification considérable.

sible – malgré de multiples tentatives – par une modification génétique don- 4. Enfin, en dépit de l’intérêt de la

d’isoler des cellules de type ES, née (mutation nulle à l’état homozy- mutagenèse dirigée que nous avons

capables de coloniser la lignée germi- gote, allèle dominant négatif) peuvent souligné tout au long de cet article, sa

nale et de pousser, in vitro, chez être éclairés par la création de chi- mise en œuvre reste artisanale, en

d’autres mammifères, avec peut-être mères entre des cellules ES génétique- quelque sorte au coup par coup : clo-

l’exception de l’espèce humaine [53], ment modifiées et des embryons sau- nage de gène d’intérêt, constructions

mais, dans ce cas-là, la preuve de la vages (pour revue, voir [58]). En des vecteurs appropriés, dérivation

colonisation de la lignée germinale particulier, ce type d’analyse permet des souris mutantes correspondantes.

reste, pour des raisons évidentes et de rechercher si une mutation a un Environ 1 000 gènes ont été « traités »

jusqu’à plus ample informé, inacces- caractère cellulaire autonome ou non. de la sorte, donc une minorité par

sible. Pour être à même d’isoler des 3. Sur un plan purement méthodolo- rapport aux 80 à 100 000 gènes que

lignées de cellules ES chez d’autres gique, il faut noter qu’en dépit de contient le génome de la souris ou de

espèces, il faudrait sans doute com- l’utilisation très répandue de la muta- l’homme. Les programmes de séquen-

bler une lacune criante, à savoir notre genèse dirigée chez la souris, elle çages fourniront peu à peu ces gènes,

connaissance très limitée de ce qui reste d’un abord difficile et coûteux jusqu’au séquençage complet du

confère à une cellule le statut de cel- aussi bien en temps qu’en crédits. A génome de la souris dans peu

lule souche totipotente. Certes, des cet égard, l’émergence de nouveaux d’années. Il serait donc intéressant de

résultats spectaculaires ont été obte- scénarios devrait permettre à terme développer des outils permettant de

nus dans le domaine du « clonage » de rendre plus efficace et plus rapide « mutagéniser » n’importe quel gène,

de certains mammifères (lapins, la création de mutations. Ces scéna- en court-circuitant l’étape de clonage.

bovins et, tout récemment, souris) rios, pour l’essentiel, tirent avantage A cet égard, il faut noter une

(pour revue, voir [54]) qui permet- de l’existence de systèmes enzyma- approche en cours de développement

traient de tourner la difficulté : ainsi, tiques qui interviennent dans les pro- et qui repose sur une stratégie de

après ciblage d’un gène donné par cessus de recombinaison. L’un piège à gène dans les cellules ES

recombinaison homologue dans des d’entre eux, le système Cre/loxP, a (pour revue, voir [62]) : un vecteur

cellules somatiques, l’organisme muté été largement présenté ci-dessus. Il approprié permet en principe de pié-

pourrait être reconstitué par transfert s’agirait ici de tenter d’utiliser la réac- ger n’importe quel gène, qu’il soit

nucléaire du noyau d’une cellule tion, catalysée par la recombinase exprimé ou non ; on dispose ainsi

mutée dans un ovocyte énucléé. Cre, d’intégration d’un ADN circu- d’une banque de clones de cellules ES

Cependant, outre les rendements de laire porteur d’un site loxP dans un « étiquetées » et chez lesquels l’inser-

clonage qui restent encore très faibles, site génomique d’intérêt, également tion du vecteur de piégeage entraîne

se pose également le problème de la porteur d’un site loxP (figure 4D). l’invalidation des gènes. Néanmoins,

recombinaison homologue dans les Normalement, c’est la réaction cette approche a ses limitations :

cellules somatiques qui paraît beau- inverse (délétion intramoléculaire) d’une part, le type de mutation ainsi

coup moins efficace que dans les cel- qui est favorisée. Cependant, des obtenue est stéréotypé (invalidation) ;

lules ES (pour revue, voir [55]). « astuces » (fondées sur l’utilisation de d’autre part, il semble que l’insertion

2. Nous avons mis l’accent dans cet sites loxP mutés) permettent de favo- du transgène n’aboutit pas dans tous

article sur l’intérêt de l’obtention, via riser la réaction d’insertion [59]. Une les cas à une invalidation totale.

la mutagenèse programmée des cel- autre approche repose sur l’observa- En conclusion, il est clair que la

lules ES, d’individus mutants pour tion d’une stimulation importante de recombinaison homologue dans les

l’étude de tel ou tel problème biolo- la recombinaison au niveau de cas- cellules ES de souris a tenu ses pro-

gique. Cet intérêt est évidemment sures double-brin dans l’ADN. Cette messes. La création de mutations de

considérable. Cependant, deux autres cassure peut être obtenue en utilisant types très variés, affectant soit un

atouts des cellules ES méritent d’être une méganucléase, I-SceI, isolée de gène, soit des régions génomiques

soulignés. Le premier résulte des la levure et qui reconnaît un site spé- entières continue de fournir des

capacités de différenciation des cel- cifique de 18 bp. Ainsi, une fois créé enseignements de premier ordre sur

lules ES in vitro : ainsi, depuis (par recombinaison homologue dans la fonction des gènes et du génome

quelques années, un certain nombre les cellules ES) un allèle d’un gène dans la biologie et la physiologie de

d’équipes s’efforcent de mettre au d’intérêt porteur d’un site I-SceI, des la souris et permet également de dis-

point des conditions expérimentales modifications génétiques variées poser de modèles murins de maladies

permettant d’orienter cette différencia- pourraient être introduites de manière humaines. Les développements

tion vers telle ou telle voie (cellules itérative, et avec une grande effica- méthodologiques récents, qui repo-

musculaires, hématopoïétiques, ner- cité, par co-transfection d’un vecteur sent en particulier sur l’utilisation de

veuses, etc.) [56] (pour revue, voir d’expression pour I-SceI, permettant protéines intervenant dans le proces-

[57]). Une fois ces systèmes mis au la cassure double-brin, et d’un vec- sus de recombinaison, ne manque-

point, l’introduction dans les cellules teur de réparation, permettant l’intro- ront pas d’élargir ces possibilités, à la

ES de mutations dans des gènes impli- duction de la modification désirée fois qualitativement et quantitative-

qués de manière présomptive dans la [60, 61]. A terme, l’un et l’autre type ment s





40 n° 1, vol. 16, janvier 2000

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Rapid colorectal adenoma formation initia- 1997 ; 25 : 868-72. recherche de gènes impliqués dans le déve-

ted by conditional targeting of the Apc gene. loppement embryonnaire de la souris : le

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gene targeting and intrachromosomal homo- 1157-66.

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receptor in pancreatic beta cells creates an

insulin secretory defect similar to that in

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Summary

46. Tsien JZ, Huerta PT, Tonegawa S. The

essential role of hippocampal CA1 NMDA Twenty years of programmed modifications of the mouse genome :

receptor-dependent synaptic plasticity in a revolution in the genetic approach of mammalian biology

spatial memory. Cell 1996 ; 87 : 1327-38.



47. Harada N, Tamai Y, Ishikawa T, et al. The ability to introduce genetic modifications in the germline of complex orga-

Intestinal polyposis in mice with a dominant nisms has been a long standing goal of those who study developmental bio-

stable mutation of the beta-catenin gene. logy. In this regard, the mouse, a favorite model for the study of mammals, is

EMBO J 1999 ; 18 : 5931-42. unique : indeed not only is it possible since the late seventies, to add genes to

48. Kellendonk C, Tronche F, Monaghan the mouse genome like in several other complex organisms but also to perform

AP, et al. Regulation of Cre recombinase gene replacement and modification. This has been made possible via two tech-

activity by the synthetic steroid RU 486. nological breakthroughs: (1) the isolation and culture of embryonic stem cells

Nucleic Acids Res 1996 ; 24 : 1404-11.

(ES), which have the unique ability to colonize all the tissues of an host embryo

49. Feil R, Brocard J, Mascrez B, et al. including its germline; (2) the development of methods allowing homologous

Ligand-activated site-specific recombination recombination between an incoming DNA and its cognate chromosomal

in mice. Proc Natl Acad Sci USA 1996 ; 93 :

10887-90. sequence (gene «targeting »). As a result, it has become possible to create mice

bearing null mutations in any cloned gene (knock-out mice). Such a possibility

50. Baron U, Schnappinger D, Helbl V, et has revolutionized the genetic approach of almost all aspects of the biology of

al. Generation of conditional mutants in

higher eukaryotes by switching between the the mouse. In recent years, the scope of gene targetting has been widened even

expression of two genes. Proc Natl Acad Sci more, due to the refinement of the knock-out technology: other types of gene-

USA 1999 ; 96 : 1013-8. tic modifications may now be created, including subtle mutations (point muta-

51. Utomo AR, Nikitin AY, Lee WH. Tem- tions, micro deletions or insertions, etc.) and chromosomal rearrangements

poral, spatial, and cell type-specific control such as large deletions, duplications and translocations. Finally, methods have

of Cre-mediated DNA recombination in been devised which permit the creation of conditional mutations, allowing the

transgenic mice. Nat Biotechnol 1999 ; 17 :

1091-6. study of gene function throughout the life of an animal, when gene inactivation

entails embryonic letality. In this paper, we present an overview of the methods

52. Rickert RC, Roes J, Rajewsky K. B lympho- and scenarios used for the programmed modification of mouse genome, and

cyte-specific, Cre-mediated mutagenesis in

mice. Nucleic Acids Res 1997 ; 25 : 1317-8. we underline their enormous interest for the study of mammalian biology.

53. Thomson JA, Itskovitz-Eldor J, Shapiro

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from human blastocysts. Science 1998 ; INTERNATIONAL AGENCY FOR RESEARCH ON CANCER

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54. Wolf E, Zakhartchenko V, Brem G.

Nuclear transfer in mammals : recent deve- POSTDOCTORAL POSITION

lopments and future perspectives. J Biotech- ON « GENOMIC INSTABILITY AND CARCINOGENESIS »

nol 1998 ; 65 : 99-110.

ONE OR TWO POSTDOCTORAL FELLOWSHIPS ARE IMMEDIATELY AVAILABLE TO WORK ON GENOMIC

55. Sedivy JM, Dutriaux A. Gene targeting INSTABILITY AND CARCINOGENESIS. THE INCUMBENTS WILL BE INVOLVED IN THE PROJECTS TO STUDY

and somatic cell genetics : a rebirth or a MICROSATELLITE INSTABILITY IN HUMAN ORAL CANCER CARCINOGENESIS IN MSH2 KNOCK-OUT MICE

coming of age ? Trends Genet 1999 ; 15 : 88- AND/OR RELATIONSHIP BETWEEN GENOMIC INSTABILITY AND GENE METHYLATION.

90.

EXPERIENCE IN MICROSATELLITE ANALYSIS, CHEMICAL CARCINOGENESIS OR ANALYSIS OF GENE

56. Brustle O, Jones KN, Learish RD, et al. METHYLATION AND EXPRESSION IS NECESSARY.

Embryonic stem cell-derived glial precur-

sors : a source of myelinating transplants. THE STIPEND IS OF THE ORDER OF US$22,000 PER YEAR (TAX-FREE) AND THE POST IS FOR ONE YEAR.

Science 1999 ; 285 : 754-6.

APPLICANTS MAY SEND THEIR CV AND NAMES OF 3 REFEREES TO MRS CHANTAL DÉCHAUX UNIT OF

MULTISTAGE CARCINOGENESIS ARC, BY E-MAIL AT : DECHAUX@ARC.FR OR FAX : (+ 33) (0) 472 73 84 42.



TIRÉS À PART DEADLINE FOR RECEIPT OF APPLICATIONS :

29 FEBRUARY 2000

C. Babinet.







42 n° 1, vol. 16, janvier 2000


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