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FICHE DE TRAVAIL
THEME : Pôle 1 – Emergence des problèmes sociaux : le processus de l’exclusion
OBJECTIFS : Etre capable de
repérer des facteurs d’exclusion, au travers d’un exemple,
de comprendre ce qu’est un processus
DUREE : 1h 30
DEROULEMENT :
ANNEXE
Un matin du mois d'avril, Chantal a trouvé la porte de son appartement grande ouverte. Plantés au
beau milieu de son salon : un huissier de justice, un commissaire de police et le représentant de
l'organisme de HLM contrôlent les déménageurs affairés à vider son trois pièces. Chantal a du mal à
y croire : sa famille est expulsée à cause de 1000 francs de loyers impayés ! Rien ne peut stopper la
procédure. Pour cette femme, ses deux enfants et Franck, son compagnon, il est déjà trop tard. La
machine infernale de l'exclusion s'est mise en marche. Le couple n'a comme seules ressources que le
Revenu minimum d'insertion (RMI). 3300 francs par mois, juste de quoi survivre. Malgré son CAP
de bobinier, Franck ne trouve pas de travail. Pour eux, c'est simple: pas d'argent, donc difficile de
payer un avocat pour contester l'expulsion. Aucune chance non plus de pouvoir louer un
appartement. La famille a trouvé refuge, à proximité, dans un immeuble muré en attente de
réhabilitation. Il n'y a pas l'électricité, mais l'eau n'a pas encore été coupée. Au moment de
l'expulsion, toutes les affaires ont été expédiées dans un garde-meuble où elles sont restées sous la
pluie. La moitié était à jeter.
Enfants et parents séparés
Les difficultés s'enchaînent les unes derrière les autres. Pour la Direction départementale des affaires
sanitaires et sociales (Ddass), le squat n'offre pas de conditions de vie assez confortables pour les
enfants. Roger et Isabelle, âgés de 17 et 15 ans, ont été séparés de leur mère pour être placés, l'un
chez un frère, l'autre dans un foyer. L'exclusion, c'est aussi ne pas pouvoir garder ceux qu'on aime
près de soi. Pas d'adresse officielle, cela signifie également l'impossibilité de chercher un travail, de
voter. "Sans toit, nous n'existons plus, nous sommes considérés comme des sous-individus", lâche
Chantal à Benoît. Ce jeune homme de 28 ans, à la tenue modeste, qui l'écoute attentivement, est
permanent à ATD (Aide à toute détresse). L'association a vu le jour en 1956 grâce au Père Joseph
Wresinski. A cette époque, la France était encore parsemée de bidonvilles. Le prêtre partage la
douleur de ce peuple du "quart monde" vivant dans la misère. Né dans une famille pauvre, le père
Wresinski a, lui aussi, connu la honte et l'humiliation. C'est pourquoi il veut fonder un mouvement
qui ne s'attaque pas aux manifestations de la misère, mais à ses racines. "Ce n'est pas tellement de
nourriture, de vêtements, qu'ont besoin tous ces gens, mais de dignité, de ne plus dépendre du bon
vouloir des autres. " Avant d'entrer à ATD, Benoît n'avait jamais côtoyé ces familles. Technicien
supérieur dans une grande entreprise, il avait l'assurance d'une carrière et d'une vie sans soucis. En
1999, avec Véronique, son épouse, ils décident de tout quitter pour s'engager à ATD. "Parce que je
ne supporte pas la misère", explique-t-il. Aujourd'hui, son couple avec deux enfants vit avec à peu
près 6000 francs par mois. Pas de quoi faire des folies, mais au moins Benoît se sent-il ainsi plus
proche des gens du quart-monde. Avec les autres volontaires de l'antenne Rhône-Alpes d'ATD,
Benoît suit le cheminement de quelque deux cents familles qu'ils accompagnent dans leurs
démarches. Il refuse les actions de charité lorsque celles-ci ne combattent pas en même temps les
causes profondes de l'exclusion. " Vouloir planter un chapiteau pour accueillir en hiver des sans-
abri mais qui, dès le printemps, pliera sa toile, c’est comme poser un plâtre sur une jambe de bois.
La grande pauvreté n'aura de chance de se résorber que grâce à un programme de très grande
envergure."
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Pauvres de mère en fille
Cette misère colle à la peau de ces familles qui la subissent parfois depuis plusieurs générations.
"Mes parents avaient déjà la vie dure", raconte Chantal qui a passé son enfance dans des greniers.
Ses traits sont tirés, son visage est usé. Chantal n'a que quarante ans, mais son corps trahit une
longue histoire de galères. Tout comme sa mère, elle s'est mariée très tôt et a eu son premier enfant
à 17 ans. Comme sa mère, elle en aura cinq autres qui suivront. Quel sera leur avenir? Chantal ne
sait pas, ou préfère peut-être ne pas trop y penser.
Mais ATD veut changer ces destins avec, pour seule arme, le droit. "Ces familles n'ont pas
conscience d'avoir des droits, parce que précisément, ceux-ci ont toujours été bafoués!", s'exclame
Benoît. Alors, ATD milite à leurs côtés pour l'accès au logement, au travail. Ce jour- là, dans le
local de la Croix-Rouge, Benoît a organisé, après moult coups de fil auprès des travailleurs sociaux,
un rendez-vous entre Chantal et Isabelle. Pour que la mère et la fille se rencontrent ailleurs que dans
le squat. L'après-midi, il va sillonner la région lyonnaise pour visiter des familles suivies par ATD.
Autre activité de l'association, la Maison des métiers qui a permis à certains de reprendre une
activité comme aide-ménagère, ou comme ouvrier dans l'entreprise Tefal. Lorsque ATD s'implante à
la fin des années 1970 dans le quartier de la Duchère, à Lyon, c'est pour ouvrir une bibliothèque de
rue, "pour que les enfants accèdent au livre et à la lecture". Pour les adultes, l'association organise
des formations à la prise de parole. "Cet exercice les aide à argumenter leurs propos lorsqu'ils se
retrouvent en face d'autorités", explique Benoît. Au moment de son divorce, Brigitte, une jeune
femme brune au visage rebelle, n'a pas trouvé les mots pour dire sa souffrance à ce juge qui avait
décidé de lui enlever la garde de ses enfants. Alors, c'est toute la violence contenue en elle qui a
parlé, et elle n'a pas su réagir comme il l'aurait fallu... "Tous mes voisins me confient leurs mômes,
pourquoi le juge ne me fait-il pas confiance?" demande-t-elle en souriant.
Verdict : jugés indésirables
Détruire la misère, casser tout cet engrenage de l'exclusion est un combat difficile. Les points
marqués par ATD et les familles sur la pauvreté peuvent du jour au lendemain être anéantis. Les
mille francs d'impayés par Chantal n'ont été qu'un prétexte à son expulsion. La véritable cause, c'est
la série de plaintes adressées par les voisins à l'organisme de HLM. "Nous avons toujours été
indésirables", regrette Chantal. Indésirables parce qu'elle et Franck récupéraient de la ferraille qu'ils
revendaient pour pouvoir joindre les deux bouts. Indésirables parce que la famille ne voulait pas se
séparer de ses trois bergers allemands. "Lorsque je me suis retrouvée sans rien, à la rue, mes chiens
ne m'ont jamais abandonnée. Alors je ne veux pas les trahir à mon tour", explique Chantal.
Indésirables tout simplement, peut-être, parce que cette famille était trop étrange. Après leur
expulsion, Benoît a réussi à rassembler autour d'une table les représentants de l'organisme de HLM,
de la Préfecture et de l'administration sociale. Une solution est envisagée : la réquisition d'une
maison vide, où Chantal pourrait vivre avec ses enfants, ses chiens et sa ferraille. Une nouvelle
bataille gagnée contre l'exclusion. Mais aussitôt, Benoît pense à ces mots du père Wresinski : " Un
seul se sortira de la misère quand tous s'en seront sortis." Une histoire aussi de solidarité.
Frédéric Rey
Extrait de la revue Phosphore, numéro inconnu
1. Au cours de la lecture de l’annexe, vous repérez les différents facteurs de
vulnérabilité ayant à contribué à l’exclusion sociale de Chantal et sa famille. Vous
faites ressortir leur enchaînement en complétant le schéma ci-contre.
2. Distinguez par des couleurs différentes ce qui relève de l’exclusion affective,
professionnelle, économique, sociale. Ajoutez une légende.
3. Expliquez pourquoi on parle d’un processus de l’exclusion (revoir la définition du
mot) ?
4. Présentez en quelques lignes l’objectif poursuivi par l’association ATD dans le
domaine de l’exclusion sociale et ses activités.
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EXEMPLE D’UN MECANISME D’EXCLUSION
Ressources
insuffisantes : RMI
Elisabeth BAUMEIER
Isabelle COUCHEVELLOU
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EXEMPLE D’UN MECANISME D’EXCLUSION
Manque de
qualification
Chômage
du père
Ressources
insuffisantes : RMI
Famille « étrange »
considérée indésirable Peut pas payer un Loyer
par les voisins avocat pour se impayé
défendre
Expulsion du Ne peut louer un
logement appartement
Hébergement dans un immeuble
muré sans électricité
Pas de droit de Enfants retirés de la Pas d’adresse
vote famille (conditions de
vie non acceptables)
LEGENDE :
exclusion affective,
exclusion professionnelle,
exclusion économique,
exclusion sociale