Degré : Second. 2e cycle
Temps requis : 3 h
DOSSIER DE L’ÉLÈVE
« SUR LES TRACES DES PREMIERS OCCUPANTS »
OU
Objets, récits et rituels :
un dialogue avec le monde vivant
Raquettes
Zone subarctique de l’Est, Autochtone, 1875-1900
ACC1148.1-2
SITUATION HISTORIQUE : Bien avant le contact avec les Européens, les
communautés autochtones ont développé une relation bien particulière avec
leur environnement : une relation de réciprocité qui s’appuie sur l’obligation
de donner, rendre et recevoir. Selon cette tradition, les Autochtones sont en
constant dialogue avec le monde dont ils prélèvent les ressources. Si leurs
récits en témoignent, leurs objets aussi! À partir des matériaux puisés dans la
nature, ils fabriquent des objets qu’ils ornent de motifs symboliques et
poursuivent ainsi ce dialogue avec le monde vivant. Par exemple, si la belle
allure de ces raquettes plait aux « Esprits des Animaux », la chasse sera
bonne…
Cette activité vous amènera à explorer le mode de vie et la
conception du monde de diverses nations autochtones, par l’entremise
d’objets provenant de nations présentes au Québec ou dans les
environs et de récits puisés dans la tradition orale de ces nations.
TÂCHE : À l’aide de ce dossier, documentez l’un des sept objets
autochtones proposés selon la méthode des « Clefs pour l’histoire », en
faisant ressortir comment l’objet s’insère dans un dialogue avec le
monde vivant.
Ce dossier contient :
FEUILLE DE ROUTE ......................................................................... 2
OBJETS PROPOSÉS ......................................................................... 7
ZONES GÉOCULTURELLES ET NATIONS AUTOCHTONES .................... 12
MOTIFS SYMBOLIQUES ................................................................. 15
RÉCITS ET ÉLÉMENTS DE RITUELS AUTOCHTONES ........................... 17
Bibliographie et crédits .................................................................. 24
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 2
FEUILLE DE ROUTE
POUR l’ACTIVITÉ
« Sur les traces des Premiers occupants »
Nom des élèves : Groupe :
Cette activité comprend les étapes suivantes :
1. Choisir l’un des sept objets suggérés (p. 7-10).
2. Le décrire en l’observant sur le site Web du Musée.
3. Le documenter.
4. Dégager sa signification particulière.
5. Lui associer une photographie ancienne représentant la nation autochtone
qui a produit cet objet (sur le site du Musée).
Cette feuille de route vous aide à préparer votre rapport qui prendra la forme d’un
dossier Web (une présentation visuelle et écrite) créé sur le site du Musée.
1. Choisissez un objet.
Choisissez l’un des sept objets suggérés (voir p. 7-10) et notez sa provenance et
son numéro d’acquisition.
Nom de l’objet : _______________________________________
Provenance (zone géoculturelle) :_________________________
Numéro d’acquisition : __________________________________
2. Décrivez-le en l’observant sur le site Web du Musée.
Afin de décrire votre objet, affichez-le sur le site en entrant son numéro dans la
case de recherche rapide du site. Vous pourrez agrandir l’image et l’observer.
Pour répondre aux questions, consultez aussi l’information accompagnant l’objet
contenue dans ce dossier.
Le « QUOI » ou la clef FORME/FONCTION :
Quels sont les matériaux utilisés pour produire cet objet?
_____________________________________________________________
Les matériaux ont-ils des propriétés particulières? Si oui, lesquelles?
_____________________________________________________________
Cet objet comporte-t-il des dessins, des inscriptions ou des motifs particuliers?
Si oui, lesquels?
_____________________________________________________________
La forme de l’objet évoque-t-elle quelque chose de particulier? Si oui, quoi?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 3
Selon vous, à quoi cet objet pouvait-il servir?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
3. Documentez-le.
À l’aide de l’information contenue dans ce dossier, documentez votre objet sous
différentes clefs :
Le « QUI » ou la clef PERSONNE :
Quelle nation autochtone a produit cet objet?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
S’agit-il d’une nation plutôt sédentaire ou plutôt nomade? (voir la fiche sur les
zones géoculturelles et les nations, p. 12-13).
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Qui pourrait avoir utilisé cet objet? Un enfant, une femme, un homme?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Le « OÙ » ou la clef LIEUX :
Dans quelle zone géoculturelle vivaient les membres de cette nation
autochtone qui ont fabriqué cet objet?
_____________________________________________________________
D’où proviennent ces matériaux? Comment la personne qui a fabriqué cet
objet a-t-elle pu se procurer chacun des matériaux?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Le « QUAND » ou la clef TEMPS :
Quand cet objet a-t-il été fabriqué?
_____________________________________________________________
Était-il utilisé quotidiennement?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Était-il utilisé lors d’une activité saisonnière ou cyclique? Si oui, laquelle?
Exemples d’activités saisonnières ou cycliques :
au printemps, la pêche;
en été, la cueillette;
en automne, la chasse;
en hiver, la trappe.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 4
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Cet objet aurait-il pu être utilisé lors de cérémonies ou de rituels particuliers?
Si oui, comment? (voir les récits suggérés, p. 17-24).
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
4. Dégagez sa signification particulière.
En consultant le répertoire de quelques motifs symboliques et en lisant un récit de
la nation autochtone qui a produit l’objet (inuite, iroquoise, innue, attikamek,
abénaki ou mi’kmaq), dégagez la signification possible de cet objet.
Le « POURQUOI » ou la clef SIGNIFICATION :
Selon vous, le choix des matériaux a-t-il une signification symbolique
particulière? Si oui, laquelle?
_____________________________________________________________
___________________________________________________
Si votre objet comporte des inscriptions, des dessins ou des motifs, quelles
sont les significations symboliques qui lui sont associées? (voir les motifs
symboliques, p. 15).
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Pouvez-vous repérer un récit autochtone qui pourrait évoquer l’utilisation d’un
objet similaire à celui que vous documentez? (voir les récits suggérés, p. 17-
24). Si oui, lequel?
_____________________________________________________________
Dans ce récit, comment fait-on référence à cet objet ou à un objet similaire?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
Quel enseignement ou leçon de vie peut-on tirer de ce récit?
_____________________________________________________________
_____________________________________________________________
5. Associez l’objet à une photographie ancienne représentant la
nation qui a produit l’objet.
Préparez votre rapport sous la forme d’un dossier Web sur le site du Musée.
Retrouvez d’abord l’objet que vous documentez et sélectionnez-le.
Entrez son numéro dans la case de recherche rapide.
Cliquez sur le lien « Ajouter à ma sélection ».
Sélectionnez ensuite une photographie ancienne représentant des membres
de la nation autochtone qui a produit l’objet.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 5
Dans la section ÉduWeb, consultez la page « Ressources selon les thèmes »1,
choisissez la nation autochtone qui a produit l’objet et cliquez sur le lien « Voir tous
les artefacts » pour consulter les images réunies pour ce thème.
Conservez les images sélectionnées en créant un dossier.
Affichez votre sélection (en cliquant sur le lien « Afficher ma sélection d’images »);
Appuyez sur le lien « Créer un dossier ».
IMPORTANT : Pour créer votre dossier, vous devez avoir un compte utilisateur «
Mon McCord » (gratuit).
Pour vous inscrire, cliquez sur « S’inscrire » et entrez l’information demandée.
Pour activer votre compte, accédez à votre messagerie et cliquez sur le lien
fourni dans le courriel que vous recevrez.
Vous pourrez ensuite cliquer sur « Créer un dossier » et entrer un nom de
dossier.
AIDE-MÉMOIRE – MON MCCORD
Notez l’adresse de
courriel utilisée et le
mot de passe pour COURRIEL: _______________________________
accéder de nouveau à
MOT DE PASSE : ____________________________________
votre dossier.
NOM DE MON DOSSIER : _______________________________
Rédigez votre rapport.
Un peu d’ordre maintenant!
o Retirez (ou masquez) les images dont vous n’avez pas besoin.
o Ordonnez vos images en leur attribuant un numéro d’apparition.
Dans l’introduction :
o Identifiez votre travail par votre nom, le nom de l’école, la province et la date.
Pour l’objet que vous avez documenté :
o Faites la synthèse des informations que vous avez recueillies pour chacune des
clefs.
En conclusion :
o Expliquez comment l’objet s’insère dans un dialogue avec le monde spirituel.
o Notez les questions qui demeurent en suspens ou les aspects que vous auriez
aimé connaître à propos de votre objet.
Sauvegardé sur le site du Musée, votre dossier sera toujours accessible.
Vous pouvez le visionner immédiatement (sous la forme d’un circuit, d’un album ou
d’une mosaïque d’images) et l’imprimer.
Pour y accéder de nouveau, allez sous l’onglet Mon McCord2, et entrez votre
adresse de courriel et votre mot de passe. Choisissez ensuite:
« Visionner »;
ou « Modifier mon dossier ».
Votre travail peut aussi être publié sur le site du Musée, sous l’onglet ÉduWeb (en envoyant
un courriel indiquant le nom de votre dossier à ClioClic@mccord.mcgill.ca ).
1
Consultez l’adresse suivante : www.musee-mccord.qc.ca/fr/eduweb/ressources.
2
Consultez l’adresse suivante : www.musee-mccord.qc.ca/monmccord
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 6
OBJETS PROPOSÉS
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 7
OBJETS PROPOSÉS
Masque
Zone géoculturelle (provenance) : Arctique de l’Est
Culture : Inuit : Nunatsiarmuit
Période : 1987
Médium : Fourrure de phoque, peau de phoque, fil à broder de
coton
Numéro d’acquisition : ME987.215
NOTES :
Les petits points marquant ce masque dévoilent les motifs usuels de tatouage
de femmes inuites, notamment chez les Nunavimiuts (au Nunavik, dans le
Nord de la province du Québec). Les tatouages faciaux servaient à indiquer
l’âge et le statut de la femme. De nos jours, cette pratique n’est plus courante
et on voit rarement des femmes tatouées au visage.
Pendant la célébration organisée chaque année en hommage à Sedna, la
déesse de la mer, le chaman et ses assistants masculins et féminins
portaient des vêtements de femme et un masque en peau de phoque blanche
orné de tatouages. Les Inuits de Qikiqtaaluk (l'île de Baffin) demandaient à
Sedna de libérer les mammifères marins afin que les humains puissent se
nourrir et se vêtir.
Contenant muni d’un couvercle
Zone géoculturelle (provenance) : Subarctique de l’Est
Culture : Autochtone : Atikamekw
Période : 1900-1950
Médium : Écorce de bouleau, racine d’épinette, bois, cuir
(poignées)
Numéro d’acquisition : ME986.219.A-B
NOTES :
L’écorce de bouleau utilisée pour la fabrication de ce panier a des propriétés
antiseptiques, c’est-à-dire « qui empêche[nt] la putréfaction en détruisant
les microbes » et hydrofuges, c’est-à-dire « qui préserve[nt] de l’eau, de
l’humidité »3.
Ce contenant servait peut-être à l’entreposage de la nourriture, comme de la
farine ou du pemmican, viande d’orignal séchée.
Par une technique de grattage, plusieurs motifs ont été inscrits sur cet objet.
On peut voir un orignal observant un chasseur en train d’enlever l’écorce d’un
arbre, peut-être pour en faire un appelant4.
3
Définitions : Le nouveau petit Robert 2001.
4
Un appelant est un leurre pour attirer le gibier. À partir de l’écorce d’un bouleau, on peut fabriquer un instrument
servant à imiter le cri de la femelle orignal en rut pour attirer le mâle.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 8
Tambour Recto verso
Zone géoculturelle (provenance) : Forêts de l’Est
Culture : Autochtone : Iroquois
Période : 1895-1905
Médium : Cuir cru, bois, babiche, fourrure (hermine), fibre végétale, fil de coton,
peinture
Numéro d’acquisition : M12538
NOTES :
Durant les fêtes, les Autochtones chantent et dansent au son du tambour.
Cette pratique existe depuis des millénaires. Encore aujourd’hui, leurs chants
et leurs danses illustrent des récits de chasse en mimant des animaux, et
commentent les faits et gestes de la communauté.
Ce tambour est semblable à ceux utilisés pour les « cérémonies de
remerciements » (voir p. 20).
Poupée
Zone géoculturelle (provenance) : Forêts de l’Est
Culture : Autochtone : Iroquois, Sénéca
Période : Début à la fin du 19e siècle
Médium : Tissu de laine, soie, perles de verre, enveloppe
d’épi de maïs, perles de métal, cuir, fil de coton, peinture
Numéro d’acquisition : ACC4868
NOTES :
Les Iroquois portaient une grande attention à la fabrication de jouets pour
leurs enfants.
Cette poupée datant du 19e siècle a un visage et un corps en enveloppe d'épi
de maïs. Elle porte une blouse, une jupe et des jambières perlées qui sont une
réplique exacte des vêtements traditionnels de la femme iroquoise, et devait
sûrement être chérie par une petite fille.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 9
Contenant muni d’un couvercle
Zone géoculturelle (provenance) : Forêts de l’Est
Culture : Autochtone : Abénaki?
Période : 1830-1860
Médium : Écorce, bois, cuir, racine d’épinette, castoréum
Numéro d’acquisition : ME986X.260.1-4
NOTES :
Les Autochtones chassaient le castor pour sa
fourrure épaisse, sa chair nutritive et ses
incisives coupantes (utilisées jadis comme
couteaux).
Le castoréum est une substance jaune épaisse
qui est extraite des deux glandes prépuciales
du castor et dégage une forte odeur de musc. Les trappeurs le conservaient et
l’utilisaient pour attirer le castor dans la trappe.
Les trappeurs transportaient habituellement le castoréum dans une pièce de
bois ou de corne évidée et munie d’un bouchon, qu’ils se passaient autour du
cou à l’aide d’une lanière de cuir.
Grattoir
Zone géoculturelle (provenance) :
Subarctique de l’Est
Culture : Innu
Période : Milieu du 20e siècle
Médium : Os de la jambe du caribou,
racine
Numéro d’acquisition : M998.10.46
NOTES :
Fait à partir d’os de caribou, cet outil de nettoyage servait à préparer la
peau de l’animal (« enlever les particules qui adhéraient au côté chair de la
peau ») dans le but de fabriquer des vêtements, des mocassins, des sacs, de
la literie et des recouvrements de tentes. 5
La partie inférieure de l’os est coupée en angle pour créer une extrémité
escarpée en forme de ciseau. De fines entailles sont parfois effectuées tout au
long de l’extrémité pour donner à l’outil une meilleure prise. Une lanière de
saule sert de poignée.
Les Innus utilisent toutes les parties du caribou, soit sa viande, ses os et son
cuir. « En raison de sa forme singulière, l’os peut facilement être transformé
en scie munie d’un ciseau et d’une gouge. » 6
5
Turner (1979, p. 130).
6
Turner (1979, p. 130).
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 10
Couteau croche
Zone géoculturelle (provenance) : Forêts de
l’Est
Culture : Autochtone : Mi’kmaq
Période: 1880-1890
Médium : Bois, métal, corde de coton
Numéro d’acquisition : M995.19.4
NOTES :
Cet outil de finition complémentaire à la hache servait notamment à prélever
l’écorce des arbres et à fabriquer divers objets en bois, comme des
pagaies, des pelles, des louches, des cuillères, des arcs, des flèches, des
hameçons, des bilboquets et des cadres de raquettes.7
Le couteau croche était utilisé assis, en tirant la lame vers soi. 8
L’extrémité de la poignée de ce couteau est de forme spirale et munie de fines
entailles décoratives. Les artisans mi’kmaqs mettent un soin particulier à
fabriquer et à décorer leurs outils. Les Mi’kmaqs croient qu’un couteau bien
fabriqué coupe mieux et est signe de respect envers l’arbre qui procure le bois
à l’artisan.
7
Clermont (1977, p. 67-68, 76).
8
Clermont (1982, p. 36).
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 11
QUELQUES ZONES GÉOCULTURELLES ET NATIONS AUTOCHTONES
PRÉSENTES AU QUÉBEC OU DANS LES ENVIRONS
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 12
QUELQUES ZONES GÉOCULTURELLES ET NATIONS AUTOCHTONES
PRÉSENTES AU QUÉBEC OU DANS LES ENVIRONS9
Les « zones géoculturelles » sont des divisions imaginées au début du 20e siècle
par des anthropologues qui voulaient classifier des collections d’objets provenant
des nations autochtones de l’Amérique du Nord.
Une zone géoculturelle désigne avant tout un environnement écologique.
Elle se définit par un climat, un relief, une faune et une flore qui lui sont
propres. D’une zone à l’autre, on retrouve différentes cultures autochtones qui
se distinguent par des technologies, des croyances, des langues et des modes de
vie complexes, bien adaptées aux caractéristiques de l’environnement,
notamment sur le plan des sources de nourriture et des autres ressources
naturelles utilisées dans la vie quotidienne (pour leurs vêtements, outils,
moyens de transport, habitations, etc.).
Voyez, sur le site du Musée,
la carte interactive des zones géoculturelles de l’Amérique du Nord10.
Veuillez noter que ces zones et nations se rapportent au passé des nations
autochtones11.
ZONE DES FORÊTS DE L’EST :
La zone géoculturelle des Forêts de l’Est comprend les vastes forêts qui
s’étendent de Terre-Neuve à la région des Grands Lacs, en passant par les
provinces maritimes canadiennes, de même que par le Sud du Québec et de
l’Ontario. Au sud du fleuve Saint-Laurent, cette zone s’étire jusqu’en Caroline du
Nord à l’Est et jusqu’à la jonction de la rivière Missouri et du fleuve Mississippi à
l’Ouest. La composition des forêts est très diversifiée et le territoire est ponctué
de nombreux lacs, rivières et marécages. Ces forêts attirent un grand nombre de
cerfs et, à certains endroits, servent d’habitat aux orignaux. On y trouve
beaucoup d’espèces de poissons et un nombre considérable d’animaux à
fourrure, comme des castors, des lièvres, des lynx et des martres. Des baies
poussent en saison et les secteurs du Sud se prêtent bien à l’agriculture.
Dans la famille des Algonquiens (s’exprimant dans des langues
algonquiennes), voici quelques exemples de nations généralement
nomades, vivant de la chasse, de la pêche et de la cueillette :
les Algonquins;
les Anishnaabes (Ojibwés)
les Atikamekws;
les Malécites;
les Mi’kmaqs;
les Abénakis
9
Cette liste n’est pas exhaustive; elle a pour objet de supporter le travail de l’élève. Toutes les nations ont été
validées sur le site de L’Encyclopédie canadienne (en ligne), ainsi que les zones géoculturelles dans l’ouvrage
Encyclopedia of Native American Tribes de Waldman (1999).
10
www.musee-mccord.qc.ca/fr/clefs/interactif/cartes/geoculturelle
11
Le concept des zones géoculturelles continue d’être utilisé dans les musées comme outil de classification, bien
qu’il soit désormais jugé désuet.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 13
Dans la famille des Iroquoiens (s’exprimant dans des langues
iroquiennes), voici quelques exemples de nations semi-sédentaires
vivant traditionnellement d’agriculture (dont la culture du maïs), en plus
de la chasse, de la pêche et de la cueillette :
les Hurons-Wendat;
les Mohawks (Iroquois).
ZONE SUBARCTIQUE DE L’EST :
Le Subarctique de l’Est est une sous-région de la vaste zone géoculturelle du
Subarctique qui s’étend de la côte du Labrador sur l’océan Atlantique jusqu’à
Cook Inlet (Alaska, É.-U.) et au-delà sur le Pacifique. Plus précisément, le
Subarctique de l’Est englobe la majeure partie du Québec et le Labrador. Cette
région est caractérisée par une forêt boréale ou de conifères, qui se transforme
graduellement en toundra à ses extrémités Nord. Les peuples des régions
subarctiques vivaient principalement de la chasse, de la pêche et de la trappe. Le
caribou, les oies, les castors et les phoques étaient des ressources importantes.
Les habitants de ces régions se nourrissaient de beaucoup d’autres mammifères
et animaux à fourrure. Ils chassaient le lagopède à la fronde et attrapaient le
poisson à l’aide de filets en été et de trous dans la glace en hiver.
De la famille linguistique algonquienne du Québec, voici des exemples de
nations nomades vivant traditionnellement de la chasse, de la
pêche et de la cueillette :
les Atikamekws;
les Cris;
les Innus (Montagnais)
les Naskapis.
ZONE ARCTIQUE DE L’EST :
L’Arctique de l’Est est une sous-région de la vaste zone géoculturelle de
l’Arctique qui s’étend sur plus de 7 000 kilomètres carrés dans les parties les
plus septentrionales du Canada, de l’Alaska (É.-U.), de la Sibérie (Russie) et du
Kalaallit Nunaat (Groenland). Plus précisément, l’Arctique de l’Est englobe le
Nunavik, le Nunatsiavut (Labrador) et la moitié est de Qikiqtaaluk (île de Baffin),
de même que le Kalaallit Nunaat (Groenland). Les populations de cette région
vivaient principalement de grands animaux marins et mammifères terrestres,
surtout le phoque et le caribou. Ils chassaient la baleine et le morse en bateau.
L’ours polaire et le bœuf musqué fournissaient de la viande, de la fourrure et de
la corne.
Exemples de nations plutôt nomades, vivant traditionnellement de
la chasse et de la pêche (allant d’un campement à l’autre, selon les
saisons) :
Inuits présents au Québec : les Nunavimiuts;
Inuits présents sur l’île de Baffin (territoire du Nunavut) : les
Nunatsiarmuits.
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 14
QUELQUES MOTIFS SYMBOLIQUES
PRÉSENTS DANS DES OBJETS AUTOCHTONES
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 15
QUELQUES MOTIFS SYMBOLIQUES
PRÉSENTS DANS DES OBJETS AUTOCHTONES
Voici quelques interprétations possibles de motifs décoratifs que l’on retrouve
dans certains des sept objets proposés dans cette activité. Remarque : ces
motifs ne sont pas nécessairement utilisés par toutes les nations autochtones.
Cercle : Symbolise plusieurs choses, telles la lune et les astres.
C’est aussi le cercle de vie qui rappelle qu’il n’y a pas de
commencement ni de fin12.
Il symbolise « l’interdépendance des différents aspects
de la vie et l’interrelation perpétuelle entre tous les êtres,
qu’ils soient animés ou inanimés »13.
M18199
Croix : Par le croisement des lignes horizontale et verticale, symbolise la
rencontre.
Ce sont aussi les quatre directions (ou les points
cardinaux : Nord, Est, Sud, Ouest).
La croix représente aussi l’harmonie de la Terre et du
Ciel et ses quatre éléments : Air, Terre, Feu, Eau.
ME984X.59 Lorsque la croix est intégrée dans un
cercle, cela fait référence à la création
qui prend place dans un ordre cosmique. La cosmovision
des Autochtones (leur compréhension de l’univers) est la
source des règles sociales et politiques14.
M2204
Fleur : Symbolise plusieurs choses : l’abondance de nourriture, la joie, la
chance, la santé (lorsqu’il s’agit de plantes médicinales) et les bontés de la
Terre-Mère.
La fleur peut être associée à des feuilles, des tiges grimpantes, des
bourgeons et des fruits dans une composition plus élaborée.
Cependant la fleur seule peut aussi signifier l’âme d’un chasseur.
M986.147.7A-B
Triangle : Symbolise plusieurs choses, tels l’apprentissage et la sagesse15.
Le triangle évoque aussi les montagnes et les collines, tout
comme les hauts et les bas de la vie.
M1083.0-1
12
Contré Migwans (2003, p. 5-6).
13
Québec, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MÉLS) (2006, p. 46).
14
Ces règles sont basées sur l’égalité, le partage et le respect.
15
Contré Migwans (2003, p. 5).
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 16
QUELQUES RÉCITS ET ÉLÉMENTS DE RITUELS AUTOCHTONES
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Exercice de documentation d’un objet autochtone 17
QUELQUES RÉCITS ET ÉLÉMENTS DE RITUELS AUTOCHTONES
Dans la tradition orale des Autochtones, on retrouve des récits de chasse, des
légendes et des récits d’origine ou mythes. Ils servent à rappeler les
enseignements et les leçons de vie, « transmettre une vision globale des choses,
favoriser le bon développement de la personnalité » des enfants, et aussi divertir
durant les longs mois d’hiver!16
Certains récits évoquent des éléments de rituels, par exemple des gestes répétitifs
posés en accord avec une certaine croyance.
LÉGENDES
Récits d’événements s’étant déroulés dans un endroit précis
qui mettent en scène des êtres humains ou surnaturels17
SEDNA ou LA DÉESSE DE LA MER (légende inuite)
« Sedna (Taleelayo, Nuliajuk), esprit marin inuit ou
déesse de la mer […] est l'être le plus puissant de la
mythologie inuite. Elle contrôle les animaux et veille à
une bonne chasse pour les Inuits. Le chaman a la
responsabilité difficile d'apaiser Sedna pendant les
périodes de faim. »18
« Sedna est encore aujourd’hui une légende très connue
des Inuit, et il existe autant de versions que de villages.
« Une jeune fille vivait solitaire avec son père, veuf. Par
ruse, elle fût séduite et se maria (là, les versions sont
variées, avec un chaman, un homme-oiseau ou un
homme-chien). Après quelques temps sur son île
lointaine, son père entendit des plaintes au delà de la
mer: c’était sa fille qui était maltraitée. Il embarqua sur
son kayak pour aller la chercher et il reprit la mer avec
sa fille. Son mari voyant Sedna s’enfuir et doté de
pouvoirs surnaturels ordonna à la mer de se déchaîner.
« Voyant la mort arriver, le père sacrifia Sedna en la
jetant à la mer, mais celle-ci, s'agrippant au bord mit
l'embarcation en péril. Le père coupa alors les doigts de
Sedna et ils devinrent poissons, les pouces et les mains
et ils devinrent phoques, baleines et tous les animaux
marins. Sedna coula au fond de l'eau où elle réside
encore comme déesse de la mer. Quand la chasse n’est
pas bonne ou que la mer est démontée, la croyance est
16
Conseil de la nation Atikamekw (en ligne).
17
Adapté de Bascom (1981).
18
Centre d’art contemporain canadien (en ligne).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 18
que Sedna est en colère car ses cheveux sont emmêlés
et, n’ayant plus de mains, elle ne peut les peigner. C’est
alors que les chamans, par leur magie, arrivent à aller
peigner Sedna et ainsi reviennent le calme et les
animaux 19. »
Cette légende rappelle aux chasseurs l’obligation
de respecter les femmes et la mer, ainsi que les
règlements de clans20.
LA POUPÉE SANS VISAGE (légende iroquoise)
« Les trois sœurs des Iroquois, Maïs, Fèves et Courge,
sont les trois esprits de maintien de la vie. Au début,
l’Esprit-Maïs était si heureuse de pouvoir maintenir la vie
qu’elle désira obtenir du Créateur d’autres façons d’aider
son peuple. Le Créateur confectionna donc une poupée à
partir de l’enveloppe de son épi, lui façonna un joli
visage et la remis aux enfants des Iroquois. Mais allant
d’enfant à enfant et de village en village, la poupée ne
cessa de proclamer sa beauté. Sa vanité devint telle
qu’elle suscita rapidement la désapprobation du
Créateur, qui lui demanda de cesser son comportement
narcissique. Il l’avertit également qu’elle serait punie si
elle n’obéissait pas.
« La poupée obtempéra et tenta de se comporter de
façon plus humble. Un jour, cependant, en longeant un
cours d’eau, elle porta son regard vers l’eau et
s’immobilisa pour admirer la beauté de sa réflexion. Le
Créateur ne fut pas impressionné; il envoya du ciel une
chouette géante au cri perçant pour voler à l’eau sa
réflexion. Lorsqu’elle tenta à nouveau d’admirer sa
beauté, elle ne la vit plus se refléter dans l’eau. Elle ne
pouvait plus voir son visage ou se glorifier de sa beauté
supérieure.
« Depuis, quand une mère iroquoise donne une
poupée à son enfant, elle lui offre habituellement
une poupée sans visage et lui raconte la légende
de la poupée faite d’une enveloppe d’épi de maïs.
Les Iroquois veulent que leurs enfants apprécient les
dons uniques qu’a légués le Créateur à chacun d’eux,
sans pour autant se juger supérieurs aux autres ou
insister sur l’apparence physique au détriment des
valeurs spirituelles ou communautaires. »21
19
Source : Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones (2007).
20
Pasquet (2004).
21
Yupanqui (en ligne).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 19
WENEBOJO ou LE CHASSEUR D’ORIGNAL (légende anishnaabe,
également connue des Atikamekws)
Wenebojo, connu comme le « grand oncle », est un
personnage légendaire chez les Anishnaabes et d’autres
nations algonquiennes, notamment les Atikamekws.
Plusieurs légendes racontent ses méthodes de survivance
sur le territoire22. Ce récit humoristique décrit les
péripéties de Wenebojo lorsqu’il trouve une tête
d’orignal (qui, soit dit en passant, est réputée pour être
la meilleure partie de l’animal!).
« Wenebojo trouva le crane de l’orignal et se demanda
s’il restait de la viande à l’intérieur. Il fouilla et trouva un
petit morceau de viande dans la cavité du nez. Il aurait
pu briser le crane pour atteindre la viande, mais ne le fit
pas. Wenebojo voulait absolument ce bout de viande. Il
se dit : "Je me transformerai en petit serpent et je
pourrai atteindre la viande cachée à l’intérieure du
crane."
« Wenebojo se transforma donc en petit serpent. Il se
glissa à l’intérieur du crane de l’orignal et se mit à
manger la viande. La viande était très bonne et
Wenebojo l’appréciait beaucoup. Mais avant d’avoir tout
avalé, Wenebojo retrouva sa forme normale et sa tête
resta coincée à l’intérieur du crane de l’animal. Il essaya
en vain de retirer le crane, mais cela lui faisait trop mal.
Pensant qu’il trouverait une autre façon de s’en
déprendre, il décida de se mettre à marcher. Puisque le
crane de l’orignal l’empêchait de voir où il allait, il fonça
bientôt dans un arbre. Il toucha l’arbre pour en
déterminer l’espèce, mais n’y arriva pas. Il demanda
donc : "Frère, quelle sorte d’arbre es-tu?" Et l’arbre lui
répondit : "Je suis un érable."
« Puis Wenebojo poursuivit : "Tu t’élevais jadis près de
la rivière. Y a-t-il une rivière à proximité?" L’arbre
répondit : "Non, Wenebojo, il n’y a pas de rivière près
d’ici."
« Wenebojo se mit à foncer dans toutes sortes d’arbres
et à leur demander s’il y avait une rivière tout près. Tous
les arbres répondirent "non". Enfin, Wenebojo se heurta
à un arbre qu’il ne connaissait pas. Il demanda : "Frère
qui es-tu? Quelle sorte d’arbre es-tu?" L’arbre répondit :
"Je suis un cèdre."
« "Un cèdre!" s’exclama Wenebojo. "Tu te tiens toujours
au bord de la rivière. Y a-t-il une rivière à proximité?" Et
le cèdre répondit : "Oui, il y a une rivière tout près,
Wenebojo. Longe mon bras et tu y arriveras."
22
Source : Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones (2007).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 20
« Wenebojo longea à tâtons le bras du cèdre puis
continua dans la même direction. Il y avait une haute
montagne et une rivière plus bas dans la vallée, où se
retrouva Wenebojo. Il longea la montagne, perdit pied et
roula jusqu’en bas. Lorsqu’il atterrit, le crane de l’orignal
se fendit et il en fut enfin libéré. »23
Un des enseignements possibles qu’on peut tirer de ce
récit est qu’il faut se méfier des trop grands désirs,
et que c’est parfois par hasard qu’on arrive à
découvrir des choses plutôt que par la force de sa
volonté!
RÉCITS D’ORIGINE ou MYTHES
Récits sur l’origine du monde et des humains, sur la création de la Terre ou de
l’univers (la « cosmogonie »), sur les saisons, la mort, etc.24
LES CÉRÉMONIES DE REMERCIEMENT
selon les QUATRE DIRECTIONS (récit iroquois) :
« OKWIRASEH fabriqua le Premier Être Humain avec de
la terre rouge et lui prodigua tous les bienfaits de la
création afin de le rendre heureux dans son
environnement.
« De plus, OKWIRASEH lui enseigna qu’il devait
apprendre à être reconnaissant envers le Créateur
pour tous les dons et les bonnes choses qu’il avait
reçus et qu’il ne devait jamais tenir pour acquis les
ressources de la Terre car elles pourraient lui être
enlevées.
« Mais les humains oublient les mots du Créateur, et la
plupart ont perdu le respect de la Terre et des autres.
Alors, le Créateur est retourné sur la Terre par
l’intermédiaire de son Messager et a institué les quatre
cérémonies de remerciement en guise d’action de
grâce.
« Ces quatre cérémonies permettent aux gens de se
rassembler quatre fois durant l’année :
1. durant la récolte vers l’équinoxe d’automne;
2. durant la froidure au solstice d’hiver;
23
Milwaukee Public Museum (en ligne).
24
Adapté de Bascom (1981).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 21
3. durant le temps des sucres vers l’équinoxe du
printemps;
4. durant les pousses vertes au solstice d’été.
« Elles ont pour but de rappeler aux humains
l’importance d’avoir de la gratitude, c’est-à-dire,
de ne pas abuser des ressources naturelles et
d’adopter ainsi une attitude de respect envers la
Création par des remerciements envers leur
Créateur. »25
TABALDAK (récit abénaki) :
Ce récit présente la façon de remercier le Créateur pour
les ressources qu’on a prélevées de la forêt, par la
cueillette, la chasse et la trappe26.
« Il y a de ça très longtemps, Tabaldak (le Créateur), se
promenait sur la Terre qu'il avait conçue. C'était un
endroit où il faisait bon vivre. Le Créateur voulait
entendre rire et chanter, mais l’endroit semblait vide. Au
lieu d'utiliser la terre glaise, comme il avait fait jusqu'ici,
il prit des pierres qu'il façonna en êtres humains et les
anima de son souffle. Bientôt, ces créatures se mirent à
bouger. Tabaldak s'aperçut avec tristesse qu'elles étaient
négligentes. Elles se déplaçaient avec raideur et lenteur,
écrasant les plantes qu'elles foulaient de leurs gros
pieds. Elles avaient l'esprit rigide, le cœur dur et froid,
car telle était leur nature.
« Afin de réduire leurs dégâts, Tabaldak décida de les
écraser. Parce qu'elles contenaient toujours le souffle du
Créateur, elles prirent la forme de petits êtres que l'on
appelle "Manôgemassek" ou petits hommes. Tabaldak
leur donna comme mission de protéger la Nature contre
ceux ou celles qui lui voudraient du mal.
« Alors Tabaldak regarda autour de lui en cherchant la
meilleure façon de faire les humains. Il vit de
magnifiques frênes, hauts et droits. Il sculpta les formes
d'hommes et de femmes dans les troncs de ces arbres.
Puis, Il tira des flèches sur chacun des troncs, leur
donnant ainsi la vie. Ces humains pouvaient danser
gracieusement dans le vent comme le faisaient les
grands frênes. Ils étaient beaux et fiers. Leurs cœurs,
comme les arbres, étaient chauds, grands et pleins de
vie. Ce furent les premiers Abénakis.
25
Source : Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones (2007).
26
Idem.
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 22
« Les Manôgemassek étaient méfiants des Abénakis. Les
Abénakis cueillaient les fruits des arbres et ramassaient
les plantes dont ils disaient qu'elles avaient le pouvoir de
guérir. Ils tuaient aussi les animaux de la forêt.
Afin d'assurer que la paix règnerait dans la forêt,
les Abénakis offrirent aux petits êtres du tabac
avec la garantie qu’ils ne prendraient que ce qui
leur serait nécessaire pour vivre. Les petits êtres
étaient très friands du tabac. C’est pourquoi on offre
toujours du tabac par terre avant d’entrer dans la
forêt, afin de rappeler aux petits êtres le pacte
conclu avec eux. »27
GLUSKAP LE TRANSFORMATEUR (récit mi’kmaq et malécite) :
« De loin le plus important d’entre eux chez les Mi’kmaqs
et les Malécites fut le héros culturel du nom de Gluskap.
De nombreux mythes racontent comment il transforma
divers animaux en leur forme actuelle et comment ses
activités donna au paysage certaines caractéristiques
particulières. Après avoir appris aux humains
comment fabriquer des outils et des armes, il
quitta en promettant de revenir quand son peuple
aurait besoin de lui. »28
« Lors de la création, Kchi-Manideget (le Créateur)
travaillait de concert avec Kchiniwaskw (le Grand-Esprit).
Ainsi, pour chaque plante, arbre, animal ou humain que
Kchi-Manideget créait, Kchiniwaskw (prononcé
tsiniwask) leur donnait un esprit.
« Après chaque création, Kchi-Manideget se secouait
les mains. Un peu de la terre glaise qu'il utilisait tombait
alors par terre. Une fois que le Créateur donna vie aux
humains, toute la terre glaise qui était répandue par
terre se mit à prendre la forme d'un être humain. De
toute cette glaise sortit Gluskap. Il s'assit et dit "Me
voici!" […]
« Puisque Gluskap connaissait l'esprit de toutes les
plantes et de tous les arbres, animaux et humains,
Gitche-Manitou lui donna comme mission d'instruire
les êtres humains. Kchi-Manideget lui attribua le
pouvoir de se transformer lui-même et celui de changer
les choses, mais non la sagesse qui accompagnait ces
pouvoirs.
27
Source : Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones (2007).
28
McMillan (1988, p. 48-49).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 23
« C'est ainsi que lorsque Gluskap employait ses
pouvoirs, les résultats étaient parfois désastreux.
Mais chaque fois, Gluskap réparait ses erreurs et
en tirait une leçon qu’il transmettait aux
humains. »29
RÉCITS DE CHASSE
Récits qui évoquent des expériences de chasse
UNE CHASSE AU CARIBOU (récit innu)
L’un des plus importants esprits chez les Innus est le
« maître Caribou », Kanipinikassikueu. Il s’agit d’un
homme qui, après avoir marié un caribou femelle, s’est
transformé lui-même en caribou, offrant aux Innus cette
ressource précieuse30. Dans ce récit, la famille de Shanut
chasse le caribou dans la région de Nekanakau (au
Labrador). Ce récit décrit les gestes à poser pour
respecter le caribou après l’avoir tué.
« Plusieurs jours plus tard, juste avant le coucher du
soleil, Pashin fit irruption dans la tente de Shanut, où elle
grattait une peau de castor pour la débarrasser de la
chair. "Ma cousine", s'exclama-t-il avec un grand sourire
de fierté, "j'ai tué mon premier caribou aujourd'hui au
ushakatiku près de Mishtashini. Je l'ai eu d'un seul coup
de feu".
« Shinipesht, Pien et Mishen arrivèrent au camp juste
derrière Pashin. Chacun transportait dans son sac à dos
une lourde charge de viande de caribou. "Beaucoup de
viande pour nous nourrir pendant l'automne", disait Pien
en essuyant la sueur de son front, "et nous avons laissé
huit caribous sur des teshipitakan (plates-formes) dans
le marais. Nous allons retourner les chercher demain."
« Pendant la plus grande partie de la semaine suivante,
toutes les femmes et les filles du camp firent sécher la
viande de caribou et la réduisirent en niueikanat (viande
de caribou séchée et mise en poudre) à l'aide d'un
mitunishan (pilon). Il fallait enlever la chair et les poils
des peaux de caribou à l'aide d'un mitshikun (instrument
d'écharnage) et d'un pishkuatshikan (grattoir à épiler).
Shanut restait patiemment agenouillée près de sa grand-
mère pendant que celle-ci retirait la fourrure de l'une des
peaux. "Ma petite-fille, c'est ma propre grand-mère qui
29
Source : Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones (2007).
30
Armitage (en ligne).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb
Exercice de documentation d’un objet autochtone 24
m'a montré comment faire et qui m'a donné ce
pishkuatshikan . Je ne sais pas combien de peaux de
caribou j'ai nettoyées avec cet outil, dit-elle. Un jour,
je te le donnerai en cadeau."
« Tous les os des pattes de caribou avaient été
soigneusement mis de côté sur le grand teshipitakan au
centre du camp, pour les tenir hors de la portée des
chiens. Il faut manifester en tout temps du respect au
maître caribou, Kanipinikassikueu, en traitant
correctement les os, la viande et la graisse de
caribou.
« Un matin, de bonne heure, Mishen, à titre d'utshimau-
ushkan, rassembla avec soin tous les os sur une grande
toile posée sur le plancher de sa tente. Là, il passa tout
l'avant-midi à broyer les os des pattes de caribou à l'aide
d'un mitunishan . La moelle blanche tendre et les petits
bouts d'os broyés aboutirent tous dans une grande
marmite d'eau bouillante sur le feu.
« À un moment donné, tous les jeunes se rassemblèrent
dans la tente. “Je fais attention de ne pas perdre de
moelle”, leur dit Mishen. “Mais si un peu de moelle, d'os
ou de viande tombe par terre, je les mets
immédiatement au feu par respect pour
Kanipinikassikueu”.
Plus tard au cours de la journée, Mishen retira du feu le
bouillon chaud. Il ajouta un contenant plein de neige au
bouillon pour le refroidir, afin que le gras (atiku-pimi) de
la moelle se solidifie sur le dessus. À l'aide d'une
mishtiku-emikuan (louche), il écuma le gras de la surface
et le pressa pour former des pâtés semblables à de la
cire. "Ce soir, ce sera le makushan", dit-il en souriant.
"Nous allons manger le atiku-pimi et la viande de caribou
que Kanipinikassikueu nous a donnés. Je vais jouer du
tambour, et tous ceux qui le peuvent vont danser."
Et c'est ce qui arriva. Il y eut une grande fête où tout le
monde se réjouissait » 31.
Bibliographie et crédits
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Revue Reliogiologiques, Sciences humaines et religions, no 6 (automne 1992), Traditions
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Crédits :
Du Musée McCord : Marie-Claude Larouche, Ph.D., coordonnatrice du programme éducatif en ligne
ÉduWeb; Dolorès Contré Migwans, adjointe, programmes autochtones et ressources puisées dans la
tradition orale; Julie M.-A. LeBlanc, M. Phil., assistante de recherche; Guislaine Lemay, M. Sc., adjointe
à la conservation. Collaboration : Alain Fréchette, guide-animateur (2007).
Musée McCord, Programme éducatif en ligne ÉduWeb, octobre 2007
www.musee-mccord.qc.ca/eduweb