� SUR LES CHEMINS DU SECTEUR �

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12/14/2011
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							« SUR LES CHEMINS DU SECTEUR »

Pour commencer par les présentations, comme il se doit, je suis donc Jean Michel de
Chaisemartin, médecin responsable du 13ème secteur du Finistère pour avoir pris le relais
lors du départ en retraite de Marie-Françoise Le Roux, et après avoir travaillé plus de 25
ans avec elle.
Par-delà le rôle de maître qu’elle a tenu pour moi et quelques autres, il m’a semblé
nécessaire de l’associer d’emblée à cette journée car sans son apport et sa détermination,
l’élaboration de notre dispositif de soins ne serait sûrement pas ce qu’elle est aujourd’hui,
et nous-mêmes ne serions sans doute pas ici.

Il faut aussi expliquer pourquoi dans le programme du Diplôme Universitaire notre
intervention d’aujourd’hui ne porte aucun titre : c’est parce que nous ne savions pas
comment condenser notre proposition.
Nous voulions parler du secteur mais nous n’avions pas l’intention de faire un cours de
secteur, la promotion d’un modèle standardisé, stérile autant qu’imaginaire.
Nous ne venons pas distribuer des recettes ; mais plutôt vous proposer une sorte de balade,
« Sur les chemins du secteur », ceux que nous connaissons pour les pratiquer assidument,
ceux du secteur 13 de psychiatrie générale du Finistère. Vous parler de notre travail, en
discuter avec vous, pour, comme l’écrivait François Tosquelles dans l’introduction du n°1
de la Revue de Psychothérapie Institutionnelle en 1965, pour donc « continuer à élucider
les concepts opérationnels surgis à la lumière de notre expérience et compte tenu de celle
de nos devanciers » .

Comme les textes règlementaires le définissent, ce secteur 13 est un ensemble géo-
démographique, une population et un territoire au sein desquels une même équipe organise
un dispositif de soins articulant les outils de la prévention et des soins, qu’ils soient de
courte ou de longue durée.
En décrire « objectivement » l’ossature, comme l’étude anatomique d’un squelette, n’est
pas le plus compliqué. Albert Rolland, cadre supérieur de notre équipe, et moi nous en
brosserons les grandes lignes, pour planter le décor.

Mais ce n’est pas le décor qui fait l’intrigue, et aucune énumération ne peut rendre compte
du jeu des articulations, des complémentarités et des flux qui, comme dans tout organisme,
sont le support, l’expression du vivant, et ici l’essence même du travail.
Seuls les récits permettent d’en donner une idée.
C’est pourquoi nous avons choisi de reprendre aujourd’hui des fragments d’histoires, en
nous centrant sur l’indispensable travail de lutte qu’il faut mener de façon permanente
contre les clivages et les cloisonnements de toutes sortes.


Le secteur 13 donc, un « si joli secteur », 85 kms dans sa plus grande longueur, la carte
distribuée en situe les limites.
Il rassemble les 67 368 personnes habitant les cantons de Landerneau, Ploudiry, Daoulas,
Le Faou et Crozon, regroupées dans trois communautés de communes : les pays de
Landerneau-Daoulas, de l’Aulne maritime et de la presqu’île de Crozon.
L’accès à celle-ci suppose de passer la rivière de l’Aulne, qu’un seul pont franchit sur
notre territoire : quand il est fermé, il faut faire une boucle de 40 kms supplémentaires.
Je me suis appuyé sur un travail très documenté des services du Conseil Général, produit en décembre 2005, et je remercie les auteur-e-s de
cette étude pour avoir bien voulu nous en permettre l’utilisation.


« Le territoire de Landerneau Crozon, partie intégrante du Pays de Brest est peu
homogène. Il est doté d’une façade maritime renommée (Presqu’île de Crozon), d’un pôle
urbain majeur (Landerneau) et de communes rurales à caractère résidentiel. Malgré de
grandes différences de profil socio-économique entre les trois intercommunalités, c’est un
territoire jeune et attractif.
Il bénéficie de la proximité du bassin de Brest et d’une qualité de desserte routière qui
profite particulièrement au Pays de Landerneau-Daoulas, économiquement attractif ;
tandis que la Presqu’île de Crozon, pénalisée par sa position géographique et sa desserte
routière contrainte, avec une population plus âgée dégage un fort potentiel touristique et
affiche le taux de résidence secondaire le plus élevé du Finistère.
La proportion de professions intermédiaires et d’employés est importante, les cadres sur-
représentés en Pays de Landerneau-Daoulas, seul Pays au revenu fiscal élevé.

 L’étude du Conseil Général relève qu’EN TERME DE PROBLÉMATIQUE
SOCIALE :
   o L’insuffisance des réseaux de transports pénalise les populations les plus
       précarisées sur l’ensemble du territoire
   o Ces problèmes de mobilité sont un frein à l’insertion sociale et professionnelle
   o L’augmentation continue des jeunes au chômage sur le territoire est préoccupante.
       Le pourcentage de jeunes bénéficiaires du RMI est plus marqué sur le territoire que
       sur le reste du département.
   o La Presqu’île de Crozon a le plus fort taux de jeunes sans qualification du pays de
       Brest.
   o Sur les communautés de communes de l’Aulne Maritime et de Crozon
       respectivement 27 % et 24 % des jeunes suivis par la Mission Locale ne disposent
       d’aucun moyen de locomotion.
 Au total les jeunes les plus démunis cumulent souvent des problématiques liées à leur
faible niveau de formation, à des difficultés de mobilité et d’accès à un logement
autonome.

 La progression des demandeurs d’emploi suscite des inquiétudes : c’est la troisième plus
forte hausse des territoires d’action sociale du Finistère. Elle est particulièrement
marquée (avec un chômage des femmes notable et un chômage de longue durée
préoccupant) sur l’Aulne maritime et la Presqu’île de Crozon .

DANS LE DOMAINE DE L’INSERTION, l’offre peu développée se révèle mal adaptée
aux besoins
   o Le territoire est particulièrement démuni en structures d’insertion Des problèmes
      de mobilité importants, en particulier sur la presqu’île de Crozon, constituent là
      encore un frein

EN MATIERE DE SANTE on relève surtout
    o Une mortalité prématurée des moins de 65 ans affectant principalement le groupe
       masculin et plutôt le sud du territoire
    o Une démographie médicale préoccupante, particulièrement sur le sud du territoire
    o 11 communes ne disposent pas de médecin généraliste, 15 sur les 33 du territoire
       n’ont pas de cabinet infirmier sur place.
   o Le nombre de médecins spécialistes sur le territoire est dérisoire.
Et les enquêteurs soulignent que les difficultés de mobilité des populations les plus fragiles
sont pénalisantes pour l’accès de celles-ci aux ressources en matière de soins à l’échelle
du Pays.

EN MATIERE DE LOGEMENT
  o Le parc social reste à développer
  o Le parc privé est en partie vétuste voire insalubre. Les logements présentant un
    taux d’inconfort (sans baignoire, sans douche et sans WC intérieur) sont en nombre
    non négligeable ( 24,45 % )
  o La répartition du logement d’urgence à l’échelle du territoire reste insuffisante et
    inadaptée aux besoins repérés par les assistantes sociales. On note l’absence de
    CHRS, de CADA et de FJT sur le territoire.

LES PROBLEMATIQUES LIEES AUX PERSONNES AGEES repèrent
  o Des disparités de répartition importantes au sein du territoire, avec un
     vieillissement très nettement plus prononcé sur la presqu’île de Crozon et la
     communauté de communes de l’Aulne maritime, et des valeurs inférieures aux
     moyennes dans le nord du territoire.
  o Dynamique sur le plan démographique, avec une population globale en
     augmentation et un indice de vieillissement inférieur de 7 points à la moyenne
     départementale, le territoire de Landerneau Crozon se caractérise néanmoins par
     une population vieillissante entre les deux derniers recensements, et par son
     hétérogénéité récurrente : l’indice de vieillissement du Pays de Landerneau-
     Daoulas est de 57,8 quand celui de la presqu’île atteint 118,5.

Des personnes âgées souvent isolées

   o 45,2 % des ménages de plus de 60 ans sont composés d’une seule personne
   o Une différenciation est là encore à opérer : près de 85 % des personnes âgées des
     communautés de l’Aulne maritime et de Landerneau Daoulas sont nées en Finistère,
     élément indiquant la proximité potentielle d’un réseau familial pouvant être une
     aide ; la situation est plus nuancée sur la Presqu’île de Crozon, où 10% de moins
     (76 % des plus de 60 ans) sont nées en Finistère.

Des personnes âgées dépendantes :
  o La précarité des plus âgés se constate dans l’examen de leurs revenus. Dans le sud-
     est du territoire, le taux de bénéficiaires de l’APA est le plus élevé du département.
  o Facteur aggravant, le ratio aidants/aidés, est défavorable dans le sud du
     territoire et les services à la population peu développés.
Au total le secteur apparaît bien hétérogène, avec une forte empreinte rurale et une
montée des indices associés à la précarisation.
Une population peut-être pas tout à fait représentative de la moyenne nationale mais
semblable à celle de beaucoup d’autres secteurs.
La seule particularité notable du secteur c’est sûrement la longueur de son littoral :
certains prétendent que c’est le secteur qui bénéficie du plus grand bord de mer.
Nous n’avons jamais vérifié !


Albert a voulu apporter quelques commentaires à la liste de nos équipements figurant sur
le rabat des dossiers distribués.

A.R. : Notre travail s’est inscrit d’emblée et de façon volontaire, de refuser la coupure
entre l’intra et l’extra hospitalier, tant vis avis des patients que des soignants.
L’arrivée sur Landerneau nous amène à privilégier le Centre Médico Psychologique
comme étant la structure « pivot » du secteur à partir de laquelle vont s’organiser les
actions de prévention, de diagnostic, de soins, de réadaptation et de réinsertion sociale.

L’organisation sectorielle montre sa pertinence vis-à-vis des objectifs énoncés ; le lieu
d’hospitalisation à temps complet n’est qu’un service similaire aux autres, pas plus, pas
moins, dans la palette d’outils mise en place.

Le secteur 13 constitue la zone géographique d’intervention d’une même équipe médico-
sociale. Le territoire desservi comporte environ 68000 habitants répartis sur cinq cantons :
Landerneau, Daoulas, Ploudiry, Pont de buis, Crozon. L’équipe médicale et para médicale
peut être amenée à intervenir dans les différentes structures du secteur : CMP, CATTP, HOPITAL
DE JOUR, MAISONS DE RETRAITE ; un système par référence a été mis en place pou assurer la
continuité des prises en charge.
Outre la psychiatrie de liaison avec les services du Centre Hospitalier nous avons
développé les relations avec les organismes agissant dans le domaine de la santé mentale.

Pour compléter ce dispositif sectoriel l’équipe s’appuie sur une association d’aide à la
santé mentale, l’association TREIZERIEN

J.M.C. : Ces éléments doivent être éclairés par l’équipement tel qu’il était en 1978, il y a à
peine trente ans :
- 385 lits qui n’accueillaient que des femmes
- répartis dans huit services d’organisation encore très asilaire
- à 40 kms du début du territoire desservi
- une consultation hebdomadaire à Landerneau, une autre toutes les deux semaines à
   Crozon, envoyaient le médecin-chef, la psychologue, l’assistante sociale et la
   secrétaire dans les dispensaires du conseil général
- les infirmier-e-s accompagnaient de temps en temps des malades visiter leur famille.
Et pour compléter la présentation de notre dispositif, Marianne Loaëc, infirmière de
secteur psychiatrique, a choisi de présenter l’association Treizerien – dont le nom évoque
en breton « les passeurs », ceux qui faisaient métier d’être là pour aider à traverser
rivières, bras de mer et autres endroits périlleux - cette association qui cadre l’animation
de notre dispositif de soins.

M.L. : Lorsque j’ai commencé à travailler la préparation de cette journée avec vous, j’ai
relu des textes écrits par les collègues du secteur 13 de psychiatrie de Landerneau, toutes
catégories professionnelles confondues : infirmiers, psychologues, ASH, assistantes
sociales, psychiatres, ergothérapeutes, secrétaires, internes. Et, je me suis dit que j’aurai
voulu vous les lire tous, tant ils racontent de choses, sur nos pratiques de soins, aussi
variées que multiples, aussi inventives qu’innovantes et pourtant s’appuyant toujours sur
un concept pas si nouveau que ça : la psychothérapie institutionnelle. Et, qui croyez-moi
n’a rien de désuet.

Pour créer les conditions nécessaires et favoriser un climat psychothérapique, l’équipe du
secteur a créé un support institutionnel en perpétuel remaniement : l’association Treizérien
(« les passeurs » en breton).
Association loi 1901 regroupant les malades mentaux en soin et les soignants du secteur.
Elle offre un cadre juridique qui permet l’existence de clubs thérapeutiques et met en place
les conditions à la fois, de leur autonomie, de la gestion des activités socio-thérapiques, de
leur articulation.

Le C.A. de l’association délègue la responsabilité de la vie associative au comité de
secteur, composé de façon paritaire par les membres de l’équipe soignante et par des
malades représentant chaque club du secteur.

Le club est un groupement coopératif, et en sont membres toutes les personnes en soin
dans le secteur. Le bureau est l’organe du pouvoir exécutif du club. Tout projet doit avoir
l’aval du bureau du club pour se réaliser, et il faut l’argumenter.
Il met en place des commissions qui lui paraissent nécessaires : groupe cafétéria, séjours
transitoires, chantiers d’entraide, Fond de solidarité. Le bureau est aussi responsable de la
gestion du budget. Il autorise les dépenses et perçoit les recettes des différents ateliers. Le
club dispose d’un compte bancaire dont le président et le trésorier sont signataires.

Notre secteur géographique est très étendu, et pour être « au plus près » de la population
nous avons trois clubs qui couvrent chacun une partie du secteur. Chacun d’eux à son
histoire et ses histoires ; « l’historicité, condition première pour accueillir l’étranger » nous
dit Jean Oury. Le malade est plus spontanément accueilli s’il se trouve engagé dans un
ensemble vivant, ayant des lois, des coutumes, une armature symbolique.

Et alors que fait-on au club ?

« On cause » comme dit Emma
Oui, la parole est notre instrument de travail, c’est elle qui nous constitue foncièrement,
qui nous situe dans le monde.
Le langage a à voir avec le système des échanges matériels et le club a pour but de créer
ces circonstances d’échanges.
Ainsi, les réunions, les activités, les ateliers, par leur banalité quotidienne, leurs conflits,
leurs paroles inutiles, leurs décisions qui n’engagent à rien et qui engagent malgré tout,
greffe de multiples possibilités pour redonner place à la parole, à la parole qui donne du
sens, pour remettre en route le processus de symbolisation. Ils deviennent des lieux ou on
répare l’espace du dire.
« Même si c’est tout petit » comme dit Elisa.
Et la multiplicité des lieux va permettre aux patients de trouver un point d’accrochage, et à
partir de ce point souvent fragile au départ, de se consolider, se réunifier, se stabiliser, se
resocialiser.

Le club participe aussi à la vie collective locale, il ouvre au monde environnant d’une
façon structurée : on voit les malades qui réutilisent le système monétaire, vendent,
achètent, légifèrent, prennent avis, descendent parler de la santé mentale à Béziers,
Marseille, travaillent avec Kan Ar Louar. Quelques uns s’inscrivent en ville dans d’autres
associations (épicerie sociale, Maison Pour Tous), bref ils renouent des liens sociaux.

J.M.C. : Albert et Sylvie Dantec, infirmière du « diplôme commun » qui nous a rejoint
depuis quelques années, parleront maintenant des circulations humaines que nous
soutenons activement, de l’appui de partenaires mobilisés par les patients, les clubs et
leurs réseaux.

A.R. et S.D. : Le lièvre et la tortue ou « demain, je conduirai la voiture du Club » :
       La configuration du secteur 13 de Psychiatrie Générale du Finistère, son étendue
géographique (Landerneau – Crozon – Pont de Buis), l’éparpillement des structures de
soins, la rareté des transports en commun, etc….
       Les histoires de trajet, nous connaissons : nous avons celle du déménagement de
Morlaix pour Landerneau :

      - On ira marcher sur la lune, disait-on ; mais comment s’y rendre ! en traitant peut
        être toutes ces questions de passages, de passerelles.

     En ces temps où l’état des lieux de la psychiatrie incite au pessimisme, il nous paraît
important de donner à entendre une autre voix :
     - celle qui affirme que la qualité du travail en psychiatrie repose sur le tissage
         quotidien des liens transférentiels
     - celle qui met en avant la prévention de la violence par le travail sur l’ambiance,
         tels que les clubs thérapeutiques le permettent ?
     - celle qui privilégie le recours à la réflexion théorique plutôt qu’aux réponses
         dictées par les réactions émotionnelles
     - celle enfin qui soutient l’ambition de travailler en équipe et de cultiver ces petits
         riens qui font du lien, ces petits riens qui font du soin.
         C’est dans la continuité des lieux d’accueil variés que le psychotique a une chance
de trouver ou de retrouver le sentiment interne d’unicité, continuité du sentiment
d’existence sans cesse menacée d’effondrement ou d’implosion.
         Nous pensons donc que pour être un outil de soins, l’équipe doit remanier les
institutions existantes, le but étant comme le rappelait Lucien Bonnafé, de favoriser un
climat psychothérapique.

        Le Docteur LE ROUX le rappelait dans la fable, si le lièvre part d’un trait, la
tortue se hâte avec lenteur. C’est dans cet esprit que l’équipe soignante du secteur, à
Landerneau, œuvre pour transformer les lieux ou règnent de multiples pouvoirs en espaces
du « possible » afin de soigner des personnes qui souffrent de troubles de la relation à eux-
mêmes et aux autres.
        Les opérations menées visent à lever les obstacles : un psychotique, un névrosé
s’exerce à l’écoute, à la prise de parole ; il arrive à organiser le quotidien de son existence
à l’hôpital ou dans la cité. Le dossier une voiture solidaire « pour le club thérapeutique » à
Crozon n’a pas été sans effet de surprise quand nous avons appris la bonne nouvelle….

      La caisse d’Epargne a retenu le projet « voiture solidaire » et verse une subvention
de 14 000 euros pour l’achat d’un Grand Modus. La Fondation de France rajoutera 5 000
euros pour le fonctionnement de cette voiture. Elle décernera en outre à l’association
Treizerien en septembre 2009 le prix « s’unir pour agir ». Ce prix récompense et prime des
actions innovantes et collectives. La voiture solidaire fait partie de ces initiatives qui
favorisent la rupture de l’isolement et qui ont une politique humaine et de solidarité…

      Mais tout avait commencé en assemblée générale, ce dernier mardi du mois de
décembre 2005, l’ambiance est à la grogne. Le personnel infirmier se fait bousculer.
Personne n’est venu chercher les trois patients désignés par le club de Crozon pour se
rendre à une réunion sur Landerneau. Pourtant c’était PREVU !!!
Et contre toute attente, c’est le médecin chef qui parle plus fort en disant :
« Mais qu’est ce que vous attendez pour faire un projet pour acheter une voiture. Avec les
35 heures les infirmiers n’ont plus le temps de venir vous chercher, il faut vous prendre en
main !!! »

Ça a soufflé tout le monde.
Silence dans la salle.
Quelqu’un a demandé : « que le club s’achète une voiture ? » « Oui et vous la conduirez
vous-même. Elle serait basée ici et elle serait à votre disposition. Ce serait la voiture du
club. »

Certains souriaient trouvant l’idée folle D’autres se regardaient essayant d’imaginer
quelque chose.
Et ce jour là est née une grande idée. Mais, qui donne de l’argent comme ça ?
Personne n’avait entendu parler de sponsor capable de nous aider. Nous n’avions, c’est
vrai, jamais frappé aux portes pour demander de l’aide.

Mine de rien, ce projet intéresse. Une réunion est programmée vendredi matin pour faire
des recherches et je me propose d’y être.
Le premier vendredi
Et je me dis : « Dans quelle galère me suis-je embarquée ? » Je me rassure en me disant
« il n’y aura personne à la réunion ! ».
Mais si…, il y avait François, en début de phase maniaque, Jean Hervé était prêt à tout. Du
coup, j’ai invité Jean Hervé à venir aussi à la réunion. Il était rassurant pour moi d’avoir
Jean Hervé en réunion, il était moins bouillonnant. Je l’avoue, j’avais beaucoup
d’angoisses à l’idée d’aborder un tel projet.
Et puis, Aline est arrivée avec son sourire un peu candide :
« Moi, j’ai besoin d’une voiture. C’est dommage, j’ai personne pour faire mes courses. Il
me faut demander une aide ménagère au médecin. Je parviens à m’occuper du ménage
mais pas à porter les bouteilles d’eau qui sont trop lourdes. L’aide-ménagère ce serait
surtout pour qu’elle se charge de mes courses. J’ai le sentiment que personne ne m’aide ».

Vendredi suivant :
François est encore là. Jean Hervé aussi. Aline nous observe et Marianne vient nous dire :
« Ma mère habite Brest et ne se porte pas bien. Je suis très anxieuse et je ne sais pas
comment lui rendre visite. Je sais qu’il me serait possible de prendre le car qui part de la
Gare de Crozon à 7 h 30 du matin, (petite précision : gare routière, il n’y a pas de train à
Crozon…). Mais comment faire pour le retour ? Il fera nuit et j’ai trop peur de me
tromper de bus. Personne n’est là pour m’accompagner. »
« J’ai honte d’être incapable de rejoindre ma mère ».

Troisième vendredi :
Laurent lui, vient nous dire : « J’habite Roscanvel et je suis un adhérent du club.
Fréquemment, des réunions sont organisées sur Landerneau. Je ne peux pas y participer
parce que je n’ai pas de voiture. Ce serait pourtant de belles occasions de sortir de chez
moi, de voir du monde et de me confronter aux autres. M’occuper et me décarcasser sont
des choses qui me font du bien. Ça m’occupe l’esprit. On y pense encore à la maison. On
tape des comptes rendus à l’ordinateur. C’est vrai que les projets entretiennent nos
capacités intellectuelles ».

Jean Hervé est intéressé par ce projet : il en parle à son voisin qui l’encourage et un
premier rendez-vous est pris avec le Directeur de la caisse d’Epargne à Crozon qui nous
demande d’ « être ambitieux dans notre projet… ».
Il faut reconnaître qu’il y a eu des hauts et des bas, des temps de doute.
Lorsque la demande de subventions prend forme, c’est une logique d’entraide qui se met
en place. Le Directeur nous fait rencontrer Jean-Pierre et Jean. Nous avions bien besoin de
rencontrer ces spécialistes car nous étions totalement incapables de présenter un budget
recevable pour un tel projet. L’accompagnement des délégués de la Caisse d’Epargne a
toujours été exceptionnel, c’est devenu un projet commun. Ils y croyaient au fil du temps,
et nous aussi.
Deux ans de travail, de remise en chantier, d’interrogations, d’angoisses parfois mais
l’échéance approche et nus sommes en Mai 2008, la remise des clés va avoir lieu à
Crozon. Les Présidents des clubs seront présents, les élus, les sponsors sans oublier les
marraines.
Monsieur LOUIS M. est arrivé ce matin avant les infirmiers. D’habitude, il ne réussit pas à
arriver. Il avait à la main un grand cahier à spirales. Celui-là même où il fait ses plans de
chantier.
« J’ai écrit mon discours mais ça va être dur ! »
Monsieur LOUIS M., est un grand déprimé. Il a perdu son père, charpentier de Marine, en
2000. « Il ne l’a pas vu partir » dit-il. Son père était son maître à penser, son modèle.
Monsieur LOUIS M a repris l’atelier de son père mais sa maladie le plonge dans
l’incapacité à faire. Il n’ouvre pas sa porte ; il ne répond pas au téléphone ; il est
apathique.
Monsieur LOUIS M. a toujours été partant pour la voiture solidaire. Il arrive après les
réunions et il se fait raconter ce qui s’est dit. Dernièrement, en entretien il a expliqué :
« Quand je pense à toute la structure qu’il aura fallu pour me sortir de ma dépression.
Mon comptable voulait me faire allez chez un psychiatre qu’il connaissait. Il te donnera
un traitement et tu iras mieux ! Mais moi, c’est la voiture solidaire qui m’a sortie
d’affaire ». « Et maintenant, je suis Président du Club ».

REMISE DES CLES :

Mesdames, Messieurs,
Je me présente en tant que membre du Club STEREDEN AR MOR de Crozon, celui-ci
dépendant du secteur 13 basé à Landerneau.
Depuis une année, une équipe du club travaille sur un projet d’achat de voiture.
            UNE VOITURE POUR QUE FAIRE ?

* Pour se rendre sur les lieux de balade tous les mardis après-midi,
* Pour aller à Landerneau pour les réunions de comité de secteur,
* Pour pouvoir aller en gîte d’été ou d’hiver,
* Pour prendre ou ramener des patients chez eux sur la presqu’île,
* Pour transporter quelques uns d’entre nous à l’école de conduite, pour ceux qui veulent
obtenir leur permis,
* Pour sortir de la presqu’île pour aller faire des achats sur Brest ou Quimper.

     Cette voiture est faite pour être conduite par des gens du club, ceci permettant à
chacun de prendre ses responsabilités.
       Aujourd’hui, nous venons de recevoir un chèque pour un montant de 13 700 € de la
Caisse d’Epargne que nous remercions tout particulièrement. Ce chèque nous permettant
l’achat de cette voiture. Nous remercions également les gens qui se sont déplacés ainsi que
ceux qui ont forgé ce dossier.
       Par ailleurs, bientôt, nous organiserons une tombola pour payer les frais et
l’entretien de cette voiture. Nous avons pris rendez-vous avec les différents maires de la
presqu’île afin d’obtenir de leur part des lots attrayants. Camaret nous propose un stage de
voile au club Léo Lagrange ; Crozon a suggéré également un stage de voile et dix entrées à
la piscine. Les autres communes sont également partie prenante.
       Donc, bientôt, nous serons en mesure de vendre des tickets de tombola.
      Nous tenons à vous rassurer : la voiture va être hébergée aux ateliers municipaux de
Crozon. Mardi 22, Monsieur DUPONT et Monsieur DURAND nous ont confirmé cet
accord.

      Nous continuerons nos travaux, à la prochaine réunion du bureau du club ; nous
avons encore du pain sur la planche.
      Merci de votre écoute

Réunion du bureau du club :
« Où garde-t’on les clés de la voiture ? demande Laurent.
« Au CMS », répond Gérard.
« Mais, si nous en avons besoin mercredi, il n’y aura personne au CMS…. ».

Le débat est lancé, chacun s’exprime sur le sujet.
« Peut être qu’un chauffeur peut la garder avec lui une semaine », lance Laurent.
« Oui, mais une semaine, c’est peut être trop long pour le chauffeur qui doit être
disponible toute la semaine ? » dit Gérard.
« Ben, il n’y a qu’à couper la semaine en deux et ramener les clés sur les jours de CATTP
afin qu’il y ait un relais…. ».
L’histoire des clés crée une effervescence, régulièrement, le mardi au bureau du club. Les
questionnements se bousculent sur la responsabilité de la clé. Cette notion revient très
souvent au cœur des discussions. Notamment, lorsque le club propose l’élaboration d’une
charte d’utilisation de la « voiture solidaire » afin d’instaurer des règles de
fonctionnement. Multiples interrogations viennent dans les esprits de chacun.

« Qui paie l’amende en cas d’excès de vitesse ? » demande Laurent
« Le chauffeur, comme d’habitude » répond Célestin
« Oui, mais pourquoi ça ne serait pas la personne qui demande le service qui paierait ? »
poursuit Laurent
«Et pour les contraventions de stationnement ?.... »
Une question en appelle une autre, puis une autre, et encore……

      Diverses réflexions se déversent lors de notre rendez-vous hebdomadaire le mardi
après-midi au bureau du club. D’une semaine à une autre, le cheminement de chacun s’est
élaboré. Les rendez-vous auprès des mairies se prennent également afin de rencontrer leurs
représentants. L’objectif étant la mise en place d’une tombola où les mairies nous
subventionnent par le biais de lots pour faire fonctionner la voiture.
Mardi, il est 10 h 45, et j’arrive à Crozon. A peine descendu du bus, Gérard se précipite
vers moi, m’annonçant que nous avons rendez-vous avec Monsieur le maire de Camaret.
Me voilà embarquée avec trois patients habitant Camaret en direction de leur commune.
Gérard présente le projet.

       L’espace potentiel où quelque chose peut advenir du sujet est celui de l’équipe.
Tout comme la tortue qui porte sa maison sur son dos, l’équipe le porte : elle fait de ces
petits riens du quotidien des espaces d’accueil, des espaces de possible, où peuvent se
dévoiler les manifestations transférentielles et se développer les alliances thérapeutiques
permettant à chacun de construire ou reconstruire une nouvelle trajectoire.
       La perméabilité des échanges est l’indispensable condition pour que comme l’écrit
Jean Oury, « ces lieux puissent former une véritable topographie des espaces de transfert
partiels entre lesquels la libre circulation décide des itinéraires fantasmatiques».
       C’est dans la culture ardente de passerelles que l’association Treizerien («passeurs »
en breton) développe ses actions.
       Elles sont multiples et variées permettant à chacun de s’y inscrire et de trouver un
point d’accrochage et à partir de ce point fragile, de se consolider, se réunifier, se
stabiliser, se resocialiser.
       En effet, le club aide chacun à trouver une place, sa place en tant que sujet. Cà peut
partir de pas grand-chose, mais çà alimente les émotions et c’est ainsi que s’opèrent des
bouts de transfert, des greffes de transfert comme le souligne Danièle Roulot.

      La thérapie s’élabore à partir de ces contrats passés au club
      - tenir la cafétéria du club
      - assurer la préparation repas
      - participer à la permanence du club
      - être poisson pilote
      - accueillir l’autre, celui qui d’habitude ne veut rencontrer personne car isolé et
         retiré dans son monde.

       C’est dans ce contexte que Jean Hervé a appris à déjouer les symptômes produits
par la maladie et l’angoisse, qu’il a accédé à un mandat lors des élections au club, qu’il a
dépassé les revendications nées de la peur. Demain, il aura la possibilité de conduire la
voiture du club thérapeutique (être utile et passer le permis de conduire dit-il). Et par là
même, en reprenant les mots de Tosquelles, il redevient « homme qui parle, homme qui
marche, sujet désirant ».
       De ces petits riens du quotidien, on peut penser l’existence : chacun permet à l’autre
que quelque chose se joue pour lui ; faire émerger le désir et entraîner dans une
dynamique, dans des projets.
       Créer des lieux pour faire émerger l’inattendu, mais pour cela nous avons besoin
d’un agencement collectif : le club est un des outils du collectif, il nous donne les moyens
de proposer une ambiance propice à la culture de l’inattendu, source de rencontre,
rencontre du lièvre et de la tortue dans la fable de La Fontaine.
               « Dis moi, le lièvre, si tu veux je te porte… » lui dit la tortue.

J.M.C. : pour nourrir la discussion, nous avons souhaité, Marianne et moi, évoquer aussi le
nerf de la guerre, les circuits monétaires du secteur et leurs avatars. Nous avons choisi de
reprendre une intervention travaillée pour les Journées Nationales de formation Croix
Marine à Toulouse :
      AU RISQUE DE QUELQUES SOUS-CI...
      Ce fut comme un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages, l’un et l’autre rares en
Bretagne : 750 E avaient disparu du compte bancaire du Club thérapeutique «Stérédenn Ar
Mor»! Une petite somme dans l’absolu, mais relativement aux finances du Club, un
montant colossal ! Le compte à sec, une fois payées toutes les factures à venir !
            C’est l’incompréhension à Crozon, en ce 4ème jeudi du mois, traditionnel jour
du groupe « compta ». Les patients réunis avec Marianne, l’infirmière conseillère
technique du Club thérapeutique, auscultent fébrilement les pièces comptables. Pas de
doute, sur le relevé bancaire, 7 chèques non répertoriés égrènent le détail de la somme
manquante, dévolue à quoi, par qui, comment ?
              Le lendemain, au « dispensaire », CMP pour les modernes, c’est la fièvre. Il y
a les patients : ceux qui viennent de chez eux pour la journée, pour une activité, une
consultation, faire un tour, dire bonjour, s’assurer de la permanence du lieu repère et du
soignant pas vu depuis longtemps, celui qui se risque pour la 1ère fois, ceux qui,
hospitalisés à Landerneau, viennent prendre contact avec la structure de soin proche de
leur domicile ... Il y a aussi les soignants qui arrivent de Landerneau. Autour de la
cafétéria, dans la salle d’attente, ça fuse dans tous les sens. Difficile pour les infirmiers et
l’ergothérapeute de calmer le jeu : faire que la colère s’exprime, en modérer les éclats,
susciter la parole et l’avis de chacun, repérer l’angoisse que la situation génère là où elle
pointe. D’autant qu’il y a de nouveaux arrivants, vite mis au courant, et ça repart !
       Il faut dire que le Club, c’est l’affaire de tous. S’il n’y a plus d’argent, comment
continuer les activités ? Le cheval, les séjours thérapeutiques†? Bon d’accord, on peut
chanter sans, manger avec la contribution financière de chacun mais payer le repas au
Foyer logement de Camaret ? Et le fonds de solidarité ? C’est une ligne comptable
importante, et un outil thérapeutique précieux. Le club prête de l’argent, qui peut être
rendu sous forme de service aux autres : tenir la cafétéria, participer à un chantier
d’entraide … ou à soi même, encouragement à se soigner.
       Mais, il faut quand même élaborer le menu de l’atelier cuisine, aller faire les
courses, s’inquiéter de l’absence de Jean, aller chercher Paul à domicile … Et Richard qui
vient pour son injection retard ! Heureusement qu’il n’y a pas de consultation ce matin.
Reste que les mesures d’urgence, discutées avec le bureau de l’Association Treizerien sont
à mettre en œuvre :
       Visite à la gendarmerie : 2 patients s’y rendent avec Marianne. L’adjudant conseille
de rencontrer le banquier, de différer le dépôt de plainte, et d’envisager un règlement à
l’amiable si le détournement est interne.
       Rendez-vous à la banque : l’infirmière se fait interpeller sur la légitimité de sa
présence à l’entretien par le banquier . Le Club thérapeutique fonctionne comme une
section d’association : Président et trésorier ont la signature du compte, pas la conseillère
technique qui tire sa légitimité de son rôle de soignant, mais n’a pas d’existence légale au
regard du banquier. Explications nécessaires, d’autant que Cyrille est prêt à fuir, submergé
d’angoisse.
       A 31 ans, Cyrille vit chez ses parents, qu’il tyrannise au quotidien. Il a poursuivi des
études brillantes, malgré un problème de vue handicapant jusqu’à un BTS d’électronique.
Il a dix-huit ans quand une déception amoureuse provoque une décompensation brutale
sous forme de délire hallucinatoire . Cyrille a du mal à sortir de chez lui, la clinophilie
calme les voix, et il s’y adonne activement.
       Il vient au dispensaire voir le médecin et les infirmiers qui le suivent à domicile. Il
est curieux et intellectuellement performant : une fois convaincu, après moult discussion et
quasiment forcé, il est élu au bureau du Club où il exerce une vigilance féroce sur tous les
aspects financiers. Il accepte difficilement d’aller à la banque avec Marianne, alors si elle
n’est plus là !
      Le compte est fermé par mesure de protection . Le banquier se montre coopérant,
d’autant que les photocopies des chèques inconnus révèlent un signataire mort depuis plus
d’un an. L’histoire se recompose : Patrice, le trésorier est passé à la banque chercher le
carnet de chèques du Club, en a pris deux et gardé un pour lui. Il a dépensé l’argent, mais
sans mettre le compte du Club à découvert ; il sait les factures à venir …
       Patrice a 37 ans, nous le connaissons depuis sa 1ère hospitalisation à Morlaix,
maniaque, agité, délirant, quand il en avait 20.
       Des préoccupations corporelles multiples, particulièrement intestinales, nourrissent
un délire riche de sensations kinesthésiques . C’est un personnage autoritaire qui terrorise
son entourage. Il vit chez ses parents, se passionne pour la moto, joue, pas très bien, de la
guitare et se rêve un avenir de star, une fois mis en musique les textes de chanson qu’il
fredonne sur pas d’air. Il aime aussi la poésie, mais n’écrit plus depuis longtemps.
       Son père est très malade, et Patrice s’en occupe activement. La situation génère
chez lui une angoisse qu’il a du mal à juguler. Il développe une idée fixe : s’acheter une
moto (frime, liberté, virilité) ..., or il a de gros soucis d’argent, car il dépense beaucoup.
Patrice est réticent aux soins, « puisqu’il n’est pas malade »; c’est toujours après un
refus, puis une longue négociation très ritualisée autour d’un café imbuvable, que Liliane
ou Cathy en visite à domicile, arrive à lui faire son injection retard ; et Patrice sait
argumenter !
       Il a du mal avec les autres. Au dispensaire, il arrive à saluer les personnes
présentes pour sortir aussi vite de la salle d’attente. Il attend sa consultation dans le
couloir, fumeur parmi d’autres et ne contient pas toujours son impatience ; il est là et il
n’y est plus. Il a, peu à peu, déserté les réunions du bureau du Club. Il ne va plus en
séjour thérapeutique, tout l’insupporte, seule accroche restante : il continue à s’occuper
des comptes et de l’argent. Il monopolise la parole, et l’attention du groupe compta.
Mais c’est un bon trésorier : il a suivi avec Jacqueline, conseillère technique de l’époque
et trois autres patients un stage de formation à la comptabilité avec des bénévoles
d’autres associations de la presqu’île . Formation payée par le club . Ses compétences
techniques sont reconnues et il a la confiance des soignés et des soignants. Il lui arrive
même de porter seul l’argent à la banque.
La dernière fois qu’on l’a vu, il est venu en moto ! Ca fait un moment déjà !
Ca barde côté soignants.
        - Il y a ceux qui exigent réparation, Patrice doit être mis face à ses responsabilités, le
Club doit porter plainte, c’est inadmissible. D’autant plus inadmissible que la relation
transférentielle est forte.
        Le médecin-chef ose une question : « avec qui Patrice se soignera t-il si, nous aussi,
le laissons tomber ? Il a déjà épuisé tant de monde ». Elle rappelle, décidément
provocatrice, que « l’argent c’est fait pour être volé ! ». En tout cas pour être l’objet d’un
échange, pas pour dormir. Et puis « c’est toujours le trésorier qui part avec la caisse ».
        Alors ? Si nous pouvions envisager cet acte d’un point de vue psychopathologique :
l’argent a servi de médiation et le Club de scène à l’expression de la souffrance de Patrice.
Le vol du carnet de chèques prend l’allure d’un acting-out, interprétable comme un
symptôme. Symptôme par lequel Patrice alerte – bruyamment - l’équipe et les gens du
Club sur l’étendue de sa détresse. Ca lui a peut-être évité un passage à l’acte autrement
plus grave : il n’a pas braqué une banque, ni une grand-mère de la presqu’île ! C’est le
club qu’il a agressé !
       - Il y a ceux pour qui l’évènement active une opposition soudainement virulente :
« Quand ils ont la signature du compte, ils le vident. La psychothérapie institutionnelle, tu
parles! Moi j’ai travaillé ailleurs, il n’y avait pas de Club, ça n’empêchait pas les activités
et les ateliers, ni les malades de se soigner ». Ben oui ! et heureusement.
       À partir de là, on discute, on s’explique : des années qu’il a fallu au secteur, et un
déménagement de l’hôpital de Morlaix à celui de Landerneau, pour que la prise en
compte de la parole des patients dans un milieu asilaire aboutisse à une reconnaissance
effective de leur responsabilité … y compris sur le plan financier.
       Des années qu’une élaboration patiente avec les soignants, faite de bricolages, de
réunions, d’activités autour de fragiles boutures de désir … Des années d’un travail
institutionnel soutenu de décloisonnement et d’ouverture vers l’extérieur .
       De « café-commères » ( l’ancêtre de l’assemblée générale du club ) en « voyage en
entre-terre », du club des Quatre Vents ( promesse d’ouverture ) aux poules comme
médiatrices du début de la mixité dans le service… Autant de jalons dans la construction
de cette « micro-société », où l’étayage des soignants et des autres soignés permet
d’exister au monde, fût-ce en pointillés .
        « Micro-société », pas pour de faux, même pour les sous .
       La nouvelle fait sensation au bureau du club thérapeutique, le mardi suivant. La
colère domine :
Gilbert : « c’est dégueulasse. Il faut porter plainte. »
Madame D. : « c’est du vol. Il y a des tribunaux pour ça ».
       Coupable, punition, comment a-t-il pu faire ça ? Reviennent dans le débat.
Réactions d’autant plus violentes que, peut-être, certains y avaient pensé ...
    Les infirmiers présents rament : « pourquoi a-t-il fait ça ? Il ne devait pas être bien ».
Pour une fois tout le monde est dans la salle d’attente. Même Monsieur J. s’est décidé,
après sollicitation . Il est là, petit vieux assis dans son coin. Peut-être ailleurs, car il ne dit
rien, les yeux fermés, absent comme à son habitude. Jusqu’à ce que sa voix résonne dans
un silence soudain : « et comment il va faire pour s’en sortir après ça ? »
        Cette phrase fait déclic thérapeutique. On se souvient : « il n’allait pas bien, son
père non plus... ». Chacun trouve des arguments prouvant l’attachement de Patrice au club,
sa compétence et son souci pour les affaires budgétaires, le gouffre qu’à dû ouvrir en lui
l’acte posé.
       La tonalité de la réunion change, envisager l’avenir devient possible . Le souci de
l’état de Patrice amène à chercher des solutions pour reprendre contact avec lui, qu’il
puisse « vivre avec ça ». Il est proposé de lui écrire collectivement une lettre. Prétexte
pour une reprise de contact. Car Patrice a disparu de la circulation, ne vient pas au rendez-
vous avec le médecin. Il fuit les visites à domicile. La rédaction du courrier est un moment
difficile : Que mettre dans la lettre ? L’antagonisme est vif entre deux positions plus ou
moins nuancées : dramatiser ou minimiser la malversation ? Comment exprimer aussi
l’inquiétude à son égard ? En lui reconnaissant finalement la possibilité de réparer, à
travers un calendrier d’échelonnement de la dette.
        Ca inquiète Monsieur J. : « il faudrait pas qu’il fasse une connerie » . L’idée surgit
alors de lui apporter le courrier, c’est Monsieur J et Liliane qui se chargent de cette
démarche délicate.

       A Landerneau, dès la nouvelle connue, le bureau de l’association avait
immédiatement décidé des mesures d’urgence : la fermeture du compte du club dans un
souci de protection mais aussi de contrôle d’un dérapage révélateur d’une baisse de la
vigilance des soignants.
       Restait une question technique : comment présenter le « trou financier » à
l’assemblée générale ? La perspective de celle-ci sert à activer les conseillers techniques
dans la recherche d’une solution. Une fois l’échéancier établi, l’association a pu l’inscrire
comme une avance du fond de solidarité.
       Patrice met du temps à venir s’expliquer avec les membres du Club, et pas au
moment prévu pour. Pas pressé non plus de rencontrer le médecin. Il sait, même dans un
état délirant aigu, que l’attend un « peguemen » d’importance à la mode bretonne.
       Il réussit à verbaliser peu à peu l’angoisse terrible de la disparition annoncée de son
père. Ce père très marqué par la guerre d’Algérie dont il ne parlait jamais. Ce père qui
prenait des cuites terribles, moments de violence qui pouvaient amener père et fils à se
battre. La seule personne qui n’ait pas peur de Patrice, qui réussisse à le contrôler.
       La reconnaissance par le club, à la foi de sa malversation et de sa capacité à la
réparer semble avoir posé des limites à sa toute puissance.

      Depuis…
      Il a remboursé sa dette et vendu sa moto. Son père est mort, sa soeur a divorcé et
déménagé, elle se retrouve seule avec 2 enfants, à une cinquantaine de kilomètres de
Crozon. La mère va souvent l’aider : Patrice se retrouve chauffeur, responsable des trajets
de sa mère, et de la maison quand il y est seul .
      La dimension hétéro agressive et destructrice de ses comportements s’est beaucoup
atténuée. Il s’est recomposé et reconnaît le club comme groupe d’appartenance dont il
partage les obligations sociales.

       Lorsque je rencontre Patrice, quelques années après, il vient sourire aux lèvres, la
main tendue, volontaire : « alors ça va ? » « ça va et vous ? ça fait longtemps que je n’étais
pas venue sur Crozon » « Ah oui, on ne vous voit plus. Quand vous étiez au club, ... oh la
la qu’est-ce que j’allais mal à l’époque, c’était dur », et on se serre la main
chaleureusement.

       A Landerneau, dès la nouvelle connue, le bureau de l’association avait décidé des
mesures d’urgence : la fermeture du compte du club, dans un souci de protection, mais
aussi de contrôle d’un dérapage révélateur d’une baisse de la vigilance des soignants.
       Restait une question technique : comment présenter le « trou financier » à
l’assemblée générale ? Sa convocation proche active les conseillers techniques dans la
recherche d’une solution .
       Une fois l’échéancier établi, l’association a pu inscrire la dette, comme une avance
du fond de solidarité .



J.M.C. : Dans notre besace, nous avons aussi apporté une histoire forte de café que Michel
nous a apportée, comme un cadeau de départ, pour rappeler l’indispensable vigilance vis à
vis des détails les plus ordinaires de la vie quotidienne, tenant compte de l’économie du
désir. Et donc, pour rouvrir les échanges cet après-midi, nous projetons l’enregistrement
de Michel Couill, désormais à la retraite, lisant le 17 octobre à la journée de
psychothérapie institutionnelle de Landerneau « la ballade du café » :
                  BALLADE DU CAFÉ OU « UN CAFÉ NOMMÉ DÉSIR »…

       J’ai essayé de me souvenir comment « ce petit rien de café » était servi dans les
différents lieux de ce secteur ; et j’ai pu remarquer par exemple, qu’en séjour
thérapeutique, qu’aux activités du club, qu’à la cafétéria, qu’aux appartements associatifs
communautaires, patients et soignants utilisaient des tasses à café en faïence, voire en
porcelaine pour le servir ; rien de plus ordinaire me direz-vous ?
       Mais à l’hôpital, lieu d’hospitalisation temps plein ça se complique… Ici pour le
service de table, préalable du repas thérapeutique en usage, il manque toujours des verres,
des couverts, des petites cuillères (Ah … les petites cuillères) … à croire qu’on les
mange ! Manquent encore serviettes de table et bien évidemment les « fumeuses » tasses à
café ! ?
       C’est un problème récurrent, qui revient toujours à l’ordre du jour des réunions
collectives soignants-patients, dénoncé par l’intermédiaire de Pierre, Paul ou Jacques, qui
ne parlent pas beaucoup mais signalent sans coup férir le manque de verres, petites
cuillères, tasses à café, ou le dysfonctionnement des douches ou des ampoules…
grillées… En passant, c’est intéressant de pointer cette emprise des patients psychotiques,
généralement absents des choses de la vie quotidienne, sur ces manques ou
dysfonctionnements.

       Cependant, ces petits problèmes ainsi repérés n’émergent que rarement dans les
réunions des soignants, les « réunions d’équipe » comme on dit ; et puis ça ne présente pas
grand intérêt, faut bien le dire, que ces disparitions de petites cuillères ou de tasses à café
dont tout le monde conviendra que si ça disparaît, c’est bel et bien parce que les malades
les jettent, les cassent, ou les accumulent dans leur chambre pour en faire des cendriers,
« c’est évident parbleu » ! et ce n’est pas très scientifique que de parler de cela …
       Pourtant, en creusant un peu cet aspect du problème, en dehors des réunions
traditionnelles, on s’aperçoit en fait qu’il arrive aussi, et peut être plus souvent qu’on ne
pense, que les soignants eux-mêmes, lorsqu’ils « tombent » sur des tasses à café, des
verres, imprégnés de cendre de tabac, eh bien ils les jettent bien souvent à la poubelle !!
Ah bon … (encore un effet collatéral des réunions d’hygiène et de sécurité, sans doute ?
c’est une autre forme d’intoxication soit dit en passant …) ; et, conséquence directe de ces
effets de bris de vaisselle… l’administration ne manque pas, elle, de le signifier aux cadres
du service : « comment est-ce possible ces suppléments de vaisselle en Psychiatrie ? « ça
coûte cher ». « Vos commandes vaisselles sont trop fréquentes … soyez vigilants » …
       Evidemment, le fait de prendre le café dans un verre est toujours rationnalisé par le
« ça fera moins de vaisselle », eh puis, « nous sommes à l’hôpital, pas à l’hôtel », et
encore … « chez moi je fais comme cela » … chez moi … chez moi … Propos relayés à
coup sûr par les psychopathes de service, eux qui pourtant savent très bien s’éclipser au
moment de la vaisselle …
       Il me souvient, qu’à l’hôpital, il n’y a pas encore si longtemps les couverts réservés
au personnel étaient marqués d’une inévitable croix rouge indélébile et rangés dans un
placard attitré. Ici c’est la peur sans doute, peur de la contagion de la folie qui est à
l’œuvre ? Fantasme ? On en subit les effets actuellement avec la grippe NHBC … ; peur,
réflexe quasi-conditionné consécutif d’un enseignement essentiellement basé sur les soins
généraux et leurs maladies contagieuses ? ou tout simplement vieux réflexe sociétaire de
mise à l’écart du fou ? Les deux sans doute ?
       On ne peut non plus, dans cette problématique du « ça fera moins de vaisselle et
donc un gain de temps », faire l’impasse d’un besoin nécessaire de reconnaissance de la
part d’une partie du personnel, reconnaissance d’un travail invisible quotidien
généralement réalisé consciencieusement ici comme le précise Lise GAIGNARD, travail
qui n’est repéré et reconnu que lorsqu’il n’est pas fait ?
       Autre effet remarquable, lorsque la psychologue du service ou le médecin prennent
leur repas avec les autres, en commun, eh bien les tasses à café seront de sortie !! ; Faut
sans doute y voir ici un effet de hiérarchie, car les week-ends, psychologue absente, les
tasses ne sortent pas des buffets !!.
       Mais le comble dans ces observations, vient peut-être avec l’introduction, les soirs
de repas grillades ou lors de réceptions diverses, des couverts en plastique… Toujours
« pour avoir moins de vaisselle » bien entendu. Alors faut voir quand même certains
psychotiques exploser leur verre de jus de fruit servi dans ces gobelets impraticables, qui
plus est lorsque le café chaud arrive et ramollit à tous les coups le misérable plastique en
brûlant les doigts au passage ; quant à couper sa tranche de jambon avec un couteau en
plastique….je ne vous dis pas…. Sans oublier le malaise perceptible, bien que finement
caché des tremblotants de tous ordres en manque de ce que vous savez…. Non vraiment,
ici ça frise l’indécence.
       Mais on n’y pense pas, heureusement. Pourtant ça serait oublier que les
psychotiques qui ont déjà fait l’effort d’être là, se tiendront à table bien plus autour et avec
un verre, une tasse solidement agrippée à leur main, alors qu’autrement le corps physique
semble parfois flotter bizarrement dans l’espace car relié à rien. C’est bien plus la tasse, le
verre ou le couvert qui tiennent, maintiennent le personnage debout et présent dans une
espèce « d’agrippement », au sens de J. Schotte, que ce dernier ne tient la tasse ou le verre
comme on pourrait le penser ; mais pour cela, faut des points d’agrippement solides,
palpables qui sont d’un grand recours. Pas de plastique mou, déformable qui brûle et
déclenche la colère du proche voisin pour cause de renversement avec les répercussions
qu’on imagine bien sur l’environnement et sur l’ambiance.

       Voyons encore une autre situation institutionnelle :
La cafétéria du club a été dernièrement le théâtre d’un curieux « passage à l’acte » à savoir
l’augmentation, pour le moins radicale, des tarifs des produits proposés… C’est vrai que le
club vendait certains produits à perte… mais de là à taxer de concert (je vous le donne
dans le mille) les prix du café, chocolat et autres Mars, il y avait une marge !!! Ça
m’interroge pour le moins, même si les membres du bureau du club, complices dans cette
affaire car validant les augmentations proposées par le groupe cafétéria, avaient été guidés
par le souci de faire des bénéfices. Eh oui, faut traiter l’aliénation sociale aussi. Ici le
« thérapeutique », la dimension du soin se sont fait doubler par l’économique. Sans doute
peut-on y trouver également une forme de sanction plus ou moins inconsciente du style :
« ces patients qui ne font que boire du café à longueur de journée, eh bien, on va leur en
augmenter le prix » ?

      Décidément, ce café a des répercussions à plusieurs niveaux mais voyons encore :
faisons donc un petit tour par le C.M.P. du secteur, situé au centre ville, comme le fait le
groupe Bric à Brac une fois par semaine après avoir déjeuné à la cafétéria Leclerc… nous
sommes à Landerneau… Ce groupe est censé y être accueilli, enfin espère tout au moins
trouver une cafétéria ouverte afin de prendre un bon café, difficilement repoussé chez
Leclerc. Hélas, la cafétéria du CMP est souvent en panne. Trop souvent aux gens du
groupe, qui menacent les soignants du coin, « si ça continue, on ira prendre notre café au
bistrot d’en face » ! C’est déjà arrivé. Les soignants rétorquent : « enfin, il n’y a pas de
patients, on ne peut donc pas ouvrir !!! Cherchez l’erreur…
       Un jour nous avons sans doute râlé un peu plus fort que d’habitude en disant que
c’était inadmissible, qu’on n’était pas accueilli etc. le phénomène est repris en écho dans
plusieurs réunions institutionnelles et total, le lundi suivant, oh miracle ! le café était prêt,
les tasses servies et même entourées de petites pétales de fleurs de couleur !!! C’était
magnifique… « Oh là ! C’était trop » me suis-je dis et je n’en ai pas fait cas. On sentait
bien en effet, en arrière-plan que c’était « téléguidé » par les soignants du jour qui avaient
pressé les patients présents (tient, y en avait donc ce jour là ?) à présenter un service
exemplaire…pour faire plaisir aux râleurs… ?
       Si c’est téléguidé comme cela, ça se sent et ce n’est pas ça non plus l’accueil…
Décidément c’est compliqué. Ben oui, « l’accueil c’est la présence avant » précise Jean
Oury, mais « si c’est téléguidé, c’est foutu » car « il n’y a pas d’autre de l’Autre » J. Oury
dixit Jacques Lacan à savoir ici, si ton discours n’est pas ton propre discours mais celui
d’un autre, ça se ressent et ça a moins d’effet parce que repéré.
       Reconnaissons au passage qu’il y avait eu « un effort louable » comme disent les
professeurs au lycée, (faire que les soignés soient là, la décoration, etc…), mais pour y
sentir un effet thérapeutique faut que ça émerge de façon non pas naturelle mais de façon
travaillée ; c'est-à-dire que si l’ambiance s’y prête, s’il y a un peu de connivence entre
soignants et soignés, des initiatives apparaîtront peut-être un jour prochain et les fleurs
pousseront alors autour du café, apportées en catimini par un ou une qui avait ouvert ses
oreilles avec les soignants qui parlaient de l’accueil. Mais ça, ça se travaille tout le temps.
       Finalement, je me suis dis que j’aurais peut être mieux fait de me taire… ? Mais si
on ne dit rien, y’aura plus rien, puisqu’il n’y pas de patients n’est-ce pas ? Heureusement,
on a pu perlaborer sur ces réflexions et on verra plus tard.
       Alors voilà, pourquoi faire grand cas de cet aspect du café ? Il m’a semblé en tout
cas, que la manière, la façon d’être et de faire avait une incidence réelle sur ce qu’on
appelle l’Ambiance. L’ambiance de la scène où se destine, dessine le soin. Le vecteur café
est un petit rien d’exemple, guère plus. Il est toujours nécessaire de déblayer le terrain, le
site, la scène avant, afin de faire tenir un souci esthétique auquel les patients les plus
démunis sont très sensibles. Il y va ici du style, de la manière d’agencer et de disposer les
choses, comme de la manière d’être et de dire en jouant sur le ton par exemple comme le
dit bien Michel Balat. Jean Oury précise volontiers, que le lieu du café, la cafétéria , est un
lieu de palabres, de rencontres qui n’est pas sans rappeler le lieu du Lavoir autrefois où
l’on y apprenait les potins du coin, les histoires et lavait le linge sale en famille « élargie ».

      Reste à pouvoir parler de tout cela en équipe, ça c’est plus difficile mais ça participe
du soin, les petits riens.
Mes références théoriques glissent parfois du côté de la télévision, la pub « try to
remember », vous l’avez vu, mais j’avoue que le feuilleton « pause-café » avec l’assistante
sociale, Mademoiselle Mazar qui travaillait dans un lycée, m’est également resté en
mémoire ; il y avait du petit rien là-dedans.

       Alors, pour terminer cette promenade du café, je me souviens encore, que ma mère
avait toujours une cafetière de café chaud sur un coin de sa cuisinière à charbon, qui
permettait, à l’imprévu de passage, de bénéficier d’un « coup de jus » comme on dit chez
nous, et servi dans une tasse bleue ornée de fleurs. Mais c’est vrai que dans son café, elle
ajoutait un peu de chicorée, chicorée Le Roux vous l’aurez deviné et c’est ainsi qu’il était
de meilleur goût.

J.M.C. : Voilà qu’au terme de cette journée il nous reste à vous remercier de votre écoute,
et remercier Pierre Delion de nous avoir invités.
 Cela nous a remis au travail et en discussion avec nos nouvelles collègues « psychistes ».
 Cela nous a permis de vous rencontrer et les échanges de cette journée enrichiront notre
 mémoire collective.
 Et puisque c’est le collectif qui se fait entendre ici, Albert ne voulait pas partir sans
 évoquer une autre association qui nous est bien utile, notre association culturelle.
A.R. : Parallèlement à la mise en place de l’association Treizerien pour les patients,
l’association culturelle du secteur 13 est créée. Elle se propose de constituer un lieu de
réflexions et de rencontres, de mettre en place une politique de recherche et
d’approfondissement théorique et pratique, de faire connaître le travail et les activités du
secteur.
       Les activités de recherche sont axées sur la théorie des psychoses, les pratiques
institutionnelles, et les facteurs de réinsertion des malades psychotiques. L’équipe
participe activement aux activités de la Fédération des sociétés de Croix-Marine ; aux
activités du mouvement de Psychothérapie Institutionnelle…
       L’association culturelle édite un bulletin : le Grain de Sel qui repend les
interventions dans les congrès, et les articles réalisés par ses membres. Elle gère également
une bibliothèque et promeut toutes les activités culturelles sur la cité.
       L’association culturelle participe à l’accueil des nouveaux arrivants, c’est un outil
indispensable pour un travail de décloisonnement des équipes.

						
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