Renouvin 1871-1914 : L�apog�e de l�Europe by CHaSnQ

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									                       RENOUVIN 1871-1914 : L’APOGÉE DE L’EUROPE




    Entre 1871 et 1914, les relations internationales sont dominées par deux grands
mouvements :

         -     L’apogée de l’expansion européenne dans le monde (au début XXe le Japon
               et les USA arrivent petit à petit)
         -     Les oppositions à l’intervention de cette Europe s’affirment sans cesse
               d’avantage (entre Etats et dans les sociétés nationales). Dès 1904, on voit
               une série de conflits diplomatiques

     Tout mène à une question pesante : Pourquoi, après 43 années où l’empire n’avait
connu que des guerres locales, les grandes puissances en sont-elles venues à s’affronter ?


                                  Premier livre (1871-1893)


     Guerre de 1870-71 :

      10 mai 1871 – traité de Francfort. Les résultats de cette guerre ont profondément
modifié en Europe les conclusions politiques, économiques et psychologiques qui orientaient
les rapports. L’empire allemand reste dominant sur ce continent et pendant 20 ans, cela
équivaut à la stabilité. Mais les changements sont énormes dans les rapports entre l’Europe
et le monde (expansion des résistances). Entre les Etats coloniaux (GB, France, Russie)
dominants, il y a des rivalités que la politique allemande met à profit pour confirmer sa
prépondérance en Europe


     Chapitre I : Les forces européennes


      La vague de prospérité économique qui a marqué la période précédente s’atténue,
mais ce ralentissement est très inégal. Des contrastes marquants apparaissent en Europe
entre la puissante force de production industrielle et la crise agricole. Le progrès des
techniques de la métallurgie demande de gros investissements en capitaux  naissance
des cartels. Les progrès des transports permet l’arrivée en Europe de la production
américaine, russe, … qui fait souffrir l’agriculture céréalière (puis viandes d’Argentine et
d’Australie ; concurrence étendue à l’élevage).
      On observe une réaction différente des Etats centraux et de l’Angleterre. L’Angleterre
reste libre-échangiste, car ceci est indispensable à la production industrielle. L’agriculture
subit et le pays est alors dépendant des denrées alimentaires importées. Les Etats
continentaux deviennent plus protectionnistes (industrie + agriculture) alors que de 1860 à
70 le libéralisme régnait (au début du siècle, on avait un très fort protectionnisme). Ce retour
au protectionnisme attise les rivalités économiques. La négociation des traités de commerce
prend une place importante dans l’action diplomatique (tarifs douaniers = œuvre de combat)
 crise entre la France et l’Italie (1887) et entre l’Allemagne et la Russie (1890). (Les
guerres bismarkiennes de 1866 et 1870 ont montré que le libre-échange n’impliquait pas
forcément la paix, c’est toujours les rapports entre Etats qui priment). La nation économique
va de pair avec la nation politique dont le renouveau a pour cause immédiate la « paix
allemande ». (seule l’Alsace-lorraine est une violation du principe des nationalités). Tous
comprennent que l’Etat n’est respecté que s’il possède et montre sa force (les clauses du


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traité de 71 rendent impossible une réconciliation franco-allemand). Tous deviennent
réaliste. C’est la fin des projets d’une Europe soudée à laquelle certains avaient cru et à
laquelle Bismark a souri ironiquement. En 1889 seulement réapparaîtra la notion de
mouvement européen sur l’initiative anglaise, coïncidant avec le déclin de Bismarck.

       Les mentalités collectives exercent une importance toujours plus grande sur la
politique extérieure des Etats (car le régime parlementaire anglais apparaît en France et en
Italie. (La liberté de la presse se trouve dans toutes les constitutions européennes, les
progrès de l’enseignement primaire joue aussi un rôle). La nouvelle politique économique et
ces tendances de la psychologie collective donne à l’ère bismarckienne sa tonalité générale.
Mais ne suffisent de loin pas à expliquer les relations internationales. C’est le rapport entre
les forces respectives qui domine (forces économiques ; forces militaires et navales liées aux
conditions démographiques et aux ressources financières ; forces morales ébranlées par les
contestations nationales)

      1) L’Allemagne

       Elle domine 41 mio. d’habitants ; connaît une explosion de la production industrielle, a
le meilleur armement du monde, mais a une faiblesse navale. L’énorme volonté de
puissance du peuple et de dirigeants (sens du devoir, de la hiérarchie, … par une liberté
politique nécessaire) et l’optimisme (après les 2 victoires écrasantes de 1966 et 1970)
orientent la politique extérieure de l’empire. Le chancelier est maître de la politique
extérieure (Guillaume 1e s’incline) et sa grande préoccupation et d’achever l’œuvre unitaire
(fédération impensable).

      2) La France

       Elle a perdu en 1871 son rôle prépondérant, mais la guerre n’a pas entamé
profondément les forces nationales et spirituelles du pays. On observe une amélioration
rapide de la production industrielle par un réarmement massif (autant que l’Allemagne). Le
sentiment patriotique s’est renforcé avec la défaite, mais avec plus de réalisme (abandon de
l’idée de fraternité universelle). On enseigne le goût du combat dans les écoles. L’armée se
veut le ciment de l’union nationale. Malgré cela, la crainte de l’Allemagne on veut récupérer
l’alsace-lorraine. La tendance nationale va alors se renforcer dans la fin des années 1880 (à
l’école, …). Il ne s’agit pas ici d’impérialisme ni de reprendre l’effort d’expansion coloniale. Le
but unique est de réparer une violation des droits de l’homme, ramener à la France les
populations françaises.

      3) La Russie

      La puissance démographique énorme (75 mio. d’habitants, 90% de paysans) contraste
avec le retrait du pays dans le domaine des relations internationales (ni xénophobie, ni
impérialisme). L’armée est relativement faible et n’a que peu de troupe et peu de matériel.
Les chemins de fer sont peu développés, rendant la mobilisation et le déplacement de
troupes très lent. L’économie agricole domine. C’est dans les années 1880 que se
développe l’industrie moderne. La Russie constitue donc un marché important pour les
produits manufacturés anglais et allemands. La politique extérieure sous le contrôle du tsar
et de son chancelier est prudente, car consciente de ses faiblesses et craint les
séparatismes (polonais).

      4) L’Autriche-Hongrie

      (Allemands en Autriche et Magyars en Hongrie). Cette solution dualiste de 1867 donne
une influence magyar à sa politique extérieure. L’influence des problèmes des minorités
(Slaves surtout, Roumains, Italiens) pèse aussi sur la politique extérieure car l’adhésion


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unanime est impossible.  Pas d’appui de l’opinion publique (35 mio. d’hab.), faiblesse
militaire, gouvernement libre dans sa politique étrangère.

      5) L’Italie

       1870 : établissement de la capitale à Rome, mais l’unification est inachevée car
l’Autriche-Hongrie détient 750'000 italiens. La cohésion nationale et l’explosion
démographique (alors 27 mio.) contraste avec la grande faiblesse économique, technique,
financière et sa dépendance au charbon étranger. La puissance militaire et navale est faible.
Les problèmes internes sont : conflit Nord-Sud, Vatican

      6) L’Angleterre

       Par sa situation insulaire, elle échappe aux grandes préoccupations européennes (pas
d’invasion depuis 1066) et conserve sa prépondérance économique depuis le XVIIIe (plus
grand producteur de : charbon, textile, métallurgie). Londres est la plaque tournante du
commerce mondial. Elle conserve son libre-échangisme depuis la ½ XIXe. C’est également
la puissance navale dominant le monde et assurant la sécurité des routes commerciales
maritimes. La politique extérieure a un horizon mondial, mais reste concentrée sur l’Europe
pour éviter toute hégémonie continentale. La GB veut rester à l’écart des systèmes
d’alliances. Son armée de terre est faible, ce qui lui interdit toute intervention sur le continent.
Elle utilise donc habillement sa diplomatie de poids pour garder un rôle important sans
moyen armé efficace (sans s’engager militairement, même par promesse). Le rôle de
l’opinion public dans la politique étrangère est actif. C’est au parlement qu’appartient le
dernier mot. Ceci est parfois pratique, car quand le cabinet s’engage, il met des bémols.


      Vues politiques après 1871 :

      a) L’Allemagne

      Tous les regards des dirigeants européens se tournent vers Bismarck qui a une
autorité sans égal, due à ses succès ininterrompus de 62 à 70. Il inspire du respect et de la
crainte. Ses préoccupations sont stables : La France souhaite une revanche pour l’Alsace-
Lorraine. Il lui faut donc l’empêcher de trouver des alliés (seule elle est trop faible). L’idée
fondamentale de la politique bismarckienne dès 1871 : établir une entente entre les 3
empires. Il est conscient de la faiblesse anglaise sans armée de terre. L’entente se réalise
en 1873. Bismarck est donc concentré sur l’Europe et non sur les colonies. Il sait que la paix
est indispensable pour accumuler les capitaux nécessaires à l’essor industriel. C’est sur ce
développement économique qu’il s’appuie pour cimenter l’unité allemande. Il se veut donc
conservateur du statu quo avant tout.

      b) La France

     On sait que la revanche n’est pas possible pour l’instant, avec ce Bismarck tant
redouté. 3 tendances guident les dirigeants :

      -   Thiers : pacifique, il ne veut pas même d’alliance avec la Russie ou la GB par
           crainte de l’Allemagne.
      -   Gambetta : pessimiste, il pense que le maintien de la paix à long terme dans cette
           situation n’est pas possible, mais encourage une politique pacifique pour le
           moment.
      -   J. Ferrey : Il prône l’ouverture sur le monde plutôt que de se lamenter sur l’Europe.
           La concurrence avec l’Italie (en Méditerranée) et la GB doit privilégier des
           politiques à court terme.


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     c) La Russie

      Elle avait favorisé la politique bismarckienne entre 66 et 70, mais en 71, ce voisin
devient trop puissant. La politique russe regarde toujours vers les Balkans et l’empire
Ottoman. Le but immédiat est d’avoir un accès à la Méditerranée (révision du statut de la
mer Noire), sans ouvrir les détroits à la GB (uniquement aux riverains de la mer Noire). Elle
encourage le déclin de l’empire Ottoman en encourageant les mouvements d’indépendance
nationale dans les Balkans (programme panslaviste).

     d) L’Autriche-Hongrie

       Elle regarde aussi vers les Balkans (seule solution après avoir été chassée de
l’Allemagne et de l’Italie en 66) afin de développer une zone d’influence mais ces intérêts
sont en contradiction avec ceux de la Russie. La solution est alors une alliance avec
l’Allemagne contre la Russie (sans perdre les Allemands d’Autriche). Bismarck est d’accord,
mais veut une alliance des 3 empires !

     e) L’Angleterre

     Méfiance et antipathie envers Bismarck. 2 premiers ministres se succèdent :
     - Gladstone ; « insulaire » et pacifique
     - Disraeli ; il veut consolider l’empire par des mesures militaires et économiques. Il
     prône un politique extérieure plus active. Pour lui, l’Asie prime sur l’Europe. Il se méfiait
     plus de la Russie que de l’Allemagne. L’opinion publique reste sereine, car l’Allemagne
     n’a pas de flotte.

       On a donc une situation de double opposition à la Russie : Dans les Balkans par
l’Autriche-Hongrie et en Asie avec l’Angleterre. C’est Bismarck qui profite de cette
configuration empêchant toute coalition contre l’Allemagne. Il utilise donc cette situation tout
en évitant que cela ne mène à un conflit armé.


     Chapitre II : L’expansion européenne dans le monde


     Dans les grands Etats européens, un large mouvement d’expansion impérialiste se
développe à partir de 78-80. En 1e en GB avec Disraeli (puis suivit par les libéraux, malgré
Gladstone), puis en France où J. Ferry donne l’impulsion (Tunisie, Afrique occidentale,
Madagascar, Indochine,…). Ailleurs :

-   La Russie se concentre sur les Balkans et l’empire Ottoman jusqu’en 1893
-   L’Italie se préoccupe de la Méditerranée, malgré sa déception tunisienne  Afrique
    occidentale.
-   L’Allemagne faible engagement jusqu’à la démission de Bismarck, malgré la pression
    des milieux d’affaires
-   Belgique : Congo sous l’initiative du roi Léopold II

       Les arguments des différents pays sont presque toujours les mêmes : L’intérêt national
lié à la situation économique vient au premier plan (débouchés nouveaux à trouver pour
maintenir la croissance industrielle). En Europe, c’est le protectionnisme qui domine (sauf en
GB). Il faut donc se tourner hors de l’Europe pour trouver ces débouchés. Les capitaux à
disposition sont considérables suite aux profits rapides des milieux industriels. C’est dans les
pays neufs (sans voies ferrées,…) que le rendement s’annonce le meilleur et permet par-là



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de se ménager des parts des marchés futurs. La recherche de matières premières est aussi
un facteur important.
      D’autres intérêts que l’économie sont aussi avancés :

-   prestige : lié au nationalisme (Anglais : sentiment de supériorité de la race anglaise,
    France : importance des colonies pour être reconnue comme puissance, Italie : moyen
    d’animer le sentiment national)
-   mission civilisatrice : Il s’agit d’apporter les Lumières de la vie moderne et les concepts
    de vie sociale et politique. La liberté politique décrit la civilisation moderne. Les idées
    humanistes sont étendues aussi avec la croisade anti-esclavagiste.
-   Les mobiles stratégiques : Besoins de points d’appui navals dont dépend la sécurité des
    communications. Les Anglais veulent maintenir leur domination des routes navales. La
    France a des ambitions plus modestes : ravitaillement,… L’Italie s’avance en Afrique
    orientale, sur la route de l’océan Indien et en Méditerranée (Russie : mêmes régions).

        Les résistances à cette nouvelle forme de colonialisme s’affirment aussi. En
Angleterre, certains libéraux, s’y opposent à causes des charges fiscales. En Allemagne,
c’est Bismarck qui dénonce l’inutilité d’une telle politique sans posséder de flotte qui pourrait
défendre les possessions. Il cédera en 1884 à la pression des milieux commerciaux. (A cette
date, il songe aussi opportun de déranger l’Angleterre). En France, l’opinion publique est
mitigée (priorité à l’Alsace-Lorraine et crainte des charges fiscales). C’est les milieux
militaires, missionnaires, commerçants qui poussent le gouvernement français à l’action. En
Italie, le parlement est très hésitant sur la politique éthiopienne et l’opinion s’y oppose. C’est
seulement en GB qu’un large mouvement d’opinion sollicite une telle intervention. Cette voie
impérialiste triomphe par la volonté de quelques hommes d’Etat. L’expansion coloniale est
facilitée par la faible résistance dans les colonies et parce qu’il ni y a aucun des
colonisateurs en Asie, Afrique, Océanie qui ne soit pas européen. En effet, les USA et le
Japon ne jouent pas encore de rôle dans le partage du monde.

      1) Les USA

      Ils sortent de la Guerre de sécession, mais cela n’influe en rien l’expansion rapide de la
démographie, de l’immigration et du développement économique. Le chemin de fer marque
le territoire. Les plaines céréalières des USA sont la plus grande région productrice de
céréales et de bétail du monde. L’industrie atteint le 1e rang mondial dès 1894. Le besoin de
s’étendre ne se fait pas ressentir (débouchés pour les céréales en Europe et pour l’industrie
sur le marché interne). On ne craint donc pas l’expansion européenne. Dès 1885, des
préoccupations nouvelles apparaissent chez les intellectuels (Roosevelt est alors étudiant),
mais sans changement politique, car les intérêts économiques ne sont pas encore
concernés. L’opinion publique est consciente d’avoir échappé à la sujétion coloniale et ne
veut pas l’imposer aux autres peuples.

      2) Le Japon

      Il vient de s’ouvrir malgré lui à la pénétration des influences occidentales. Son but
immédiat est d’adopter les techniques européennes et américaines afin d’échapper à la
Chine. Ils veulent accomplir l’œuvre de modernisation économique, sociale, politique et se
donner des moyens d’actions militaires et navals. Les 20 ans de transformations internes se
font avec une rapidité incomparable. Les transformations externes sont reportées à plus tard.
Plus précisément, le but immédiat et d’assurer la sécurité du pays (contre la Russie). Ils
créent une armée sur le modèle allemand et une marine modernes sur le modèle anglais. Le
Japon s’approprie alors les îles aux alentours pour empêcher l’établissement de bases
navales étrangères. La Corée est problématique, car trop proche pour laisser un Etat
européen se l’approprier. Les Anglais et les Russes se font concurrence sans penser que le
Japon pourrait être une menace.


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     Les Européens savent-ils que ces circonstances favorables ne sont que temporaires ?

      Non, car les USA et le Japon reçoivent l’aide efficace des Européens (surtout au Japon
où chaque secteur a l’appui d’experts occidentaux). C’est donc l’Europe qui donne au Japon
le rôle de grande puissance. Pourtant, le gouvernement nippon tient à s’assurer une
indépendance totale dès que la modernisation sera finie afin de satisfaire son désir de
puissance. Aux USA, l’aide n’est pas aussi importante mais l’Europe fournit hommes et
capitaux (immigration  mise en agriculture des nouvelles plaines, assimilation facile,
apports de connaissances,…). Les USA l’ont compris et ouvrent grandes leurs portes aux
immigrants. Les capitaux arrivent après la Guerre de sécession (67-72 surtout), par les
Anglais et sont destinés au développement des chemins de fer. C’est donc grâce à ces
capitaux que l’essor de la production et des échanges connaît une impulsion.
      L’Europe qui domine le monde, favorise la croissance des forces neuves qui
deviendront bientôt ses concurrents. L’expansion coloniale (plus qu’économique) entraîne
des tensions entre les pays européens (Egypte : France - GB ; Asie : GB - Russie ;
Méditerranée : France – Italie). Mais les litiges européens (France – Allemagne et Allemagne
– Russie) restent au 1e plan.


     Chapitre III : Les relations franco-allemandes


      Les relations France - empire allemand restent au centre de la politique étrangère de
1871 à 1893. En Alsace-Lorraine, les forces profondes sont les sensibilités nationales
françaises et l’état d’esprit allemand convaincu de la légitimité de l’annexion. (Résistance de
la population d’Alsace-Lorraine face aux Allemands).

1. 1871-75 : La politique allemande est durcie car Bismarck veut obtenir les 5 milliards de
   dette de guerre de la France. Les territoires occupés subissent. Traité de Francfort, en
   1873, les 5 milliards sont payés et le territoire français est évacué. Le but français est
   alors de reconstruire l’armée.

2. 1875 : L’Allemagne se sent menacée et parle d’une guerre préventive contre la France
   qui réplique en sollicitant un appui diplomatique de la GB et de la Russie. La GB le fait
   timidement (discours à Bismarck) sans s’engager trop loin comme à son habitude. La
   Russie fait de même, mais comme elle est alliée à l’Allemagne, l’action a plus
   d’importance. Bismarck affirme qu’il ne songeait pas à une guerre préventive. La France
   est satisfaite et peut poursuivre son réarmement. Ce fut le 1e rapprochement de la
   Russie et de la GB depuis 1871. Marqué par cette alerte, Bismarck, considère ce recul
   comme un échec personnel et une leçon pour l’avenir. La faiblesse du système des 3
   empires est marquante. (1873 : 1e DKB)
   1877 : Crise politique française gagnée par les forces républicaines (opposées aux
   monarchistes). Bismarck est content, car cela rendra toute alliance avec la Russie ou
   l’Autriche-Hongrie que plus difficile. En plus, un gouvernement républicain sera moins
   tourné vers la guerre, car il ne pourra pas obtenir la confiance des autres Etats).

3. Dès 1877, Bismark estime que c’est le moment de détendre les relations franco–
   allemandes. La politique s’adoucit en Alsace-Lorraine (dans le but d’obtenir une
   assimilation). Bismark encourage les entreprises coloniales françaises pour détourner
   l’attachement des Français à Alsace-Lorraine et attiser la compétition avec la GB et
   l’Italie (espoir de rapprochement italo-allemand). Bismark va jusqu’à parler d’une alliance
   franco – allemande pour briser l’hégémonie navale anglaise. J. Ferry est favorable a une
   « collaboration occasionnelle » dans les questions coloniales, mais pas plus. Il ne veut
   pas abandonner l’Alsace-Lorraine face à l’opinion publique et se méfie de Bismark qui
   veut seulement fâcher la France avec la GB. J. Ferry avait donc raison.


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4. 1885 : La chute de Ferry provoque l’arrêt de l’expansion coloniale. Les préoccupations
   continentales reprennent le dessus. Le Général Boulanger (membre du ministère de la
   guerre) encourage l’esprit revanchard. Une bonne partie de l’opinion le suit. Bismark,
   inquiet, demande un renforcement des effectifs de l’armée. Il est déçu des élections en
   Alsace-Lorraine (15 protestataires élus) et durcit sa politique envers cette région. La
   France se méfie.

5. Point culminant de la tension franco-allemande : 20 avril 1887. 2 Allemands ont pénétré
   en France pour arrêter un commissaire de la police française. La réaction très vive de
   l’opinion publique française fait monter la tension. Il sera libéré. Cette affaire marquera
   les esprits.

6. En mai 1887, Boulanger est éliminé du ministère de la guerre. Bismark se dit alors
   satisfait.


Chapitre IV : Les conflits balkaniques


      Depuis le début XIXe, déjà, le contrôle ottoman est précaire. Dès 1875, le réveil de la
question du Moyen-Orient se fait avec les mouvements nationalistes (populations serbe,
bulgare, grecque, roumaine). On observe le début d’un grand mouvement insurrectionnel qui
s’étend de la Bosnie-Herzégovine à la Bulgarie. Il y avait déjà eu un début de
démembrement avec la création des principautés de Serbie, du Monténégro, du royaume de
Grèce et de la principauté de Roumanie.

     -   Bosnie-Herzégovine : Les mauvaises conditions économiques et sociales et
         l’influence du gouvernement serbe crée un mouvement de masse
     -   Bulgarie : On observe un mouvement patriotique, mais sans l’intervention des
         masses. (minorités)
     -
     Ces deux mouvements ont été appuyé de l’extérieur (L’Autriche-Hongrie en Bosnie-
Herzégovine et la Russie dans les deux cas).

      Les révoltes entraînent une répression turque sauvage. La question du Moyen-Orient
entre donc dans les relations internationales autour de 1876. Tour d’horizon :

     -   La Russie : Son but est d’affaiblir l’empire Ottoman et d’étendre son influence sur
         les Balkans. Elle entend réagir, mais se demande si elle doit le faire seule ou avec
         l’accord des autres puissances.
     -   L’Autriche-Hongrie : Son but est d’établir son influence sur la Bosnie-Herzégovine,
         mais aussi d’éviter une trop grande influence russe dans la région.
     -   L’Angleterre : Elle veut maintenir l’empire Ottoman en place car elle y a une
         certaine influence. Elle veut éviter que la Russie puisse contrôler les détroits.

       En novembre 1876, la Russie lance un ultimatum : accord international sans quoi elle
interviendra seule. Une crise s’en suit. Un tel accord n’est pas possible, car les Anglais ne
veulent pas faire de menace précise au sultan. Les Russes interviennent militairement en
ayant pris soin de s’assurer de la neutralité de L’Autriche-Hongrie (contre l’occupation de la
Bosnie-Herzégovine) et d’assurer à l’Angleterre que le but n’est pas Constantinople ni les
détroits, mais bien de délivrer les populations chrétiennes opprimées. La Russie intervient
donc seule et l’armistice est signé en janvier 1878 aux portes de Constantinople : Traité de
San Stefano. Il est signé sans aucune consultation internationale, car L’Autriche-Hongrie et
l’Angleterre n’ont pas été assez menaçantes. L’autonomie de la Bosnie-Herzégovine et de la


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« Grande Bulgarie » (de fait sous contrôle russe) est acquise. L’Autriche-Hongrie et
l’Angleterre obtiennent par pression la réunion d’un congrès international à Berlin (sous la
présidence de Bismark) où le traité de San Stefano est révisé (l’armée russe affaiblie ne
supporterait pas un conflit européen). La « Grande Bulgarie » est séparée en 2 et la Russie
perd une ville stratégique sur les bords de l’Euphrate. L’Autriche-Hongrie prend le contrôle
de la Bosnie-Herzégovine. Les grandes puissances règlent donc la question sans se
préoccuper des vœux des peuples balkaniques.


     Bilan des grandes puissances :
     :
     - L’Autriche-Hongrie : situation dominante dans la partie occidentale de la péninsule
         balkanique
     - L’Angleterre : l’empire Ottoman a résisté, mais est affaibli. Elle obtient une base
         navale sur l’île de Chypre au cas où il faudrait intervenir militairement (alliance
         défensive avec la Turquie)
     - La Russie : bénéfices moraux : elle est perçue comme une protectrice par les
         populations slaves, mais a subit une défaite diplomatique face à l’Angleterre. Les
         gains tangibles sont légers si ce n’est l’affaiblissement de l’empire Ottoman.


     Interprétation de la crise balkanique :

       La Russie reproche à Bismark d’avoir favorisé contre eux une « coalition
européenne ». C’est à tort que la Russie émet ces reproches, selon Renouvin, car
l’Allemagne a toujours voulu être neutre et n’a réagit que quand la Russie voulait créer la
« Grande Bulgarie » tant défavorable à L’Autriche-Hongrie. (Certains historiens pensent que
ces reproches étaient justifiés). Ensuite, l’Allemagne retrouve son rôle de puissance neutre.


     Après 1878 dans les Balkans :

      L’Autriche-Hongrie et la Russie continuent d’essayer d’accroître leur influence, ce qui
crée des tensions entre les 2 pays. L’Autriche-Hongrie obtient entre 1881 et 1883, des
résultats importants en Serbie et en Roumanie (influence accrue, voire prépondérante). La
Russie table sur son influence en Bulgarie, mais des mouvements nationaux font échouer
ses plans. En 1887, elle ne contrôle plus rien en Bulgarie, seul avantage important qu’elle
avait acquis au congrès de Berlin. (Un homme politique soutenu par L’Autriche-Hongrie
arrive au pouvoir en Bulgarie). Pourtant, le tsar ne songe pas à une réplique contre
L’Autriche-Hongrie qui lui a « fait de cochonnerie ».


Chapitre V : Le choc des impérialismes coloniaux


      Si les intérêts économiques n’ont qu’une place secondaire dans les litiges
continentaux, ils ont un grand rôle dans les chocs des impérialismes en Méditerranée,
Afrique, Asie.

     a) La Méditerranée

     L’Angleterre était aussi intervenue dans la crise balkanique pour éviter par la Grande
Bulgarie un accès russe à la mer Egée. Mais l’Angleterre avait aussi d’autres problèmes
dans sa politique méditerranéenne : Porte de Suez contre la France  question d’Egypte ;



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Détroit de Sicile contre l’Italie  question de Tunisie. Ces 2 questions sont importantes dans
les relations internationales de 1875 à 1882.

1. Question d’Egypte : carrefour des routes qui mènent d’Asie en Afrique et d’Europe à
   l’océan Indien. (ouverture du canal  rôle mondial de la région) L’Egypte est sous
   influence ottomane, mais financée par l’Europe envers qui elle a d’énormes dettes. Par la
   pression financière, les puissances européennes imposent à l’Egypte des concessions
   politiques et économique.
2. Question de Tunisie : La GB y exerce son contrôle car elle possède une base navale à
   Malte. L’empire ottoman y a une vague influence. La dette financière importante envers
   les prêteurs européens l’affaiblit aussi.

      Dans les 2 cas, les mêmes puissances (GB, France, Italie) ont des intérêts et des
moyens d’actions (inégaux). L’Italie a beaucoup d’immigrants de ces pays (Egypte, Tunisie),
mais un faible poids économiques. La France a elle un grand poids économique dans ces
questions alors que la GB se lance gentiment. Les 2 questions vont être réglées en même
temps : L’Egypte va à l’Angleterre, la Tunisie à la France et l’Italie n’obtient rien.

      b) La question égyptienne

       Le canal de Suez est ouvert en 1869. L’Angleterre veut protéger ses intérêts
impériaux. Il faut réparer les erreurs qui ont été faites et assurer une prépondérance sur le
canal. En novembre 1875, l’Egypte ne peut pas payer les intérêts de la dette. L’Angleterre
rachète les parts égyptiennes de la Compagnie du Canal de Suez et possède dès lors la
moitié des actions. En avril 76 ; nouvelle faillite. Une caisse de la dette est créée, dirigée par
la France et l’Angleterre, qui dirige les finances égyptiennes (condominium franco–anglais
avec une prépondérance anglaise. Cela provoque une réaction nationaliste (7/8 des
dépenses de l’Etat partent pour payer la dette). Les Anglais réagissent militairement (la
France n’a pas suivi) pour rétablir la soumission immédiate et absolue de l’Egypte.
       Pourquoi la France n’a-t-elle pas réagit ? Elle ne peut pas se fâcher avec l’Angleterre
(besoin de son appui dans l’alerte franco–allemande de 1876). Elle laisse donc faire. Quant
à la situation internationale, elle ne veut pas risquer de complications. Elle craint une
réaction de Bismark. L’Angleterre dirige donc la vie politique et économique égyptienne « à
titre provisoire ». La France tentera de faire des pressions financières pour obtenir une date,
mais elle n’obtiendra que l’établissement d’un statut international du canal de Suez.

c) La question tunisienne

       La France réussit à éliminer l’Italie avec l’assentiment de la GB et de l’Allemagne.
Pourquoi cet assentiment ? Pour la GB, il s’agit d’une compensation à la France après
l’acquisition de Chypre et le condominium franco-anglais. L’Angleterre ne veut pas non plus
que les 2 rives du détroit de la Sicile appartiennent à l’Italie. Pour l’Allemagne, c’est un
moyen de détourner les préoccupations françaises de L’Alsace-Lorraine, et de provoquer un
antagonisme franco-italien. Mais la France résiste car ne veut pas se brouiller avec l’Italie
(intérêt dans sa politique continentale). L’Italie en profite pour agir en Tunisie. La France est
donc obligée de mettre tous les moyens de son côté. Elle profite d’un incident frontalier avec
l’Algérie pour intervenir en Tunisie (contrôle de la politique extérieure, puis 2 ans plus tard
elle contrôle les affaires intérieures et les finances). C’est le 1e succès notable de la France
depuis 1871. Cette acquisition a été possible grâce à la conjoncture internationale. L’Italie
comprend qu’il lui faut des alliés continentaux pour défendre ses intérêts.


      Les mouvements d’expansion coloniale dans le reste du monde :

1) En Afrique


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-   GB : Niger, Afrique orientale (non dans le Transvaal, car révolte des Boers)
-   France : Madagascar, Niger
-   Italie : Erythrée
-   Allemagne : Sud-ouest africain, Cameroun, Afrique orientale(dès 1884, quand Bismark
    cède aux intérêts économiques)

       La bataille internationale commence réellement en Afrique centrale où la Belgique
(Léopold II) possède de Congo. Mais la question de l’accès de ces territoires à l’océan
Atlantique est centrale. La 2e conférence de Berlin (novembre 1884 – février 1885) traite de
la liberté internationale du commerce dans la zone dit du « bassin conventionnel du
Congo ». Par ce principe international, les tensions entre les puissances coloniales devraient
s’atténuer. Une notification aux autres puissances est effectuée avant toute conquête
territoriale en Afrique.

2) En Asie

       Les enjeux sont : les voies d’accès terrestres au marché chinois et la consolidation des
frontières avec l’Inde. Les intérêts anglais sont menacés par la France et la Russie.
       La question d’Afghanistan en 1885 menace de provoquer un conflit entre la GB et la
Russie. Le but russe est de mettre la pression sur la politique anglaise afin d’influencer les
questions balkaniques. Pour la GB, il s’agit d’assurer la sécurité de l’Inde, « cœur de
l’empire ». Un compromis anglo-russe est privilégié ; les 2 ne voulant pas de guerre ( la GB
n’en a pas les moyens et l’opinion publique s’y oppose. La Russie sait que cela augmenterait
la prépondérance continentale de l’Allemagne).
       Les efforts parallèles de la France et de l’Angleterre en Indochine ouvrent des contacts
directs des 2 domaines coloniaux avec la Chine du Sud. Mais entre ces 2 domaines
coloniaux, le Siam forme un Etat tampon (nécessaire à l’Angleterre pour la sécurité de
d’Inde) que l’Angleterre parvient à maintenir, malgré la pression française.
       La GB a protégé ses intérêts essentiels contre la Russie et contre la France. En gros,
la priorité anglaise va à l’empire. La Russie et la France ne peuvent pas aller trop loin sans
redouter une augmentation de l’influence ou une réaction allemande. Bismark voit dans ces
questions coloniales de possibles bénéfices continentaux si des rivalités éclatent entre les
autres puissances. C’est donc à l’étude de la politique européenne qu’il faut s’attaquer.


Chapitre VI : La diplomatie bismarckienne


       Le sentiment national et l’impérialisme colonial forment la toile de fond sur laquelle se
définissent les difficultés politiques en Europe. Il faut faire attention de ne pas exagéré la
portée des « crises » internationale, car personne ne souhaite vraiment de guerre, bien que
tout le monde la redoute et s’y prépare. Au centre de l’activité diplomatique, Bismark domine.
Il sait profiter des divergences d’intérêt pour maintenir la prépondérance continentale
allemande, mais il est aussi gêné par elle, car dans les Balkans cela pourrait provoquer une
guerre russo-autrichienne. Le but de Bismark est de constituer un « système » dont
l’existence dominerait les préoccupations des gouvernements et des peuples. Ceci est
essentiel pour comprendre l’Europe de cette période.

      Mai – juin 1873 :L’entente des 3 empereurs se forme par un accord germano-russe et
un autre austro-russe auquel adhère ensuite l’Allemagne. C’est la 1e forme du système
bismarckien. Les pourparlers au sujet du payement des dettes de guerre de la France
débutent dès 1872. Bismark se déclarent alors même satisfait de l’exécution loyale par la
France du traité de Francfort, tout en travaillant à l’isoler. L’Allemagne allait perdre le
contrôle de la France. Il fallait donc renforcer ses positions. Dans cette entente, les


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motivations des autres sont différentes. La Russie veut éviter par-là un rapprochement étroit
entre l’Allemagne et L’Autriche-Hongrie. Cette dernière y voit comme une concession faite à
Bismark pour préparer l’avenir. La précarité de l’entente se confirme pendant la courte crise
franco-allemande de 1875. L’accord germano-russe ne tient pas toutes ses garanties. Le
système s’effondre suite aux crises balkaniques de 1877-78. Mais Bismark en reconstruira
vite un autre, dont les 3 pièces importantes sont :

-   1879 : alliance austro-allemande
-   1881 : traité des 3 empereurs
-   1882 : triple alliance

       Bismark craignait que L’Autriche-Hongrie isolée cherche alliance avec la France ou
négocie avec la Russie. Le traité d’alliance austro-allemande de 1879 est donc dirigé contre
la Russie (selon la volonté de L’Autriche-Hongrie qui ne voulait pas que cela puisse être
compris contre la GB ou la France). La neutralité du partenaire est donc assurée s’il s’agit
d’un conflit contre un autre pays. Le but en est donc d’isoler la Russie et qu’elle demande le
rétablissement de l’ancien système des 3 empereurs. La Duplicité fonctionne et l’ancien
système sera rétablit.
       En 1880-81 reprennent les négociations germano-russe. Bismark est d’accord pour
rétablir l’Entente des 3 empereurs, sans avoir à renoncer à l’accord austro-allemand. Le tsar
accepte, car il garantit au moins de la neutralité de L’Autriche-Hongrie et de l’Allemagne en
cas de conflit anglo-russe. Mais L’Autriche-Hongrie pose problème car elle se contenterait de
l’accord austro-allemand. Les questions balkaniques sont un autre problème. Bismark
menace de rompre l’accord austro-allemand pour faire céder L’Autriche-Hongrie. Elle cède et
l’entente se reforme ( alliance !). Il s’agit uniquement de garantir les neutralités en cas de
conflit avec une tierce partie. La consultation pour les questions balkaniques est aussi
instituée. Bismark a donc réussi à freiner la politique balkanique de L’Autriche-Hongrie et à
s’instaurer en tant qu’arbitre des différends entre L’Autriche-Hongrie et la Russie.

       L’Italie est faible et a besoin d’appuis extérieurs pour faire figure de grande puissance.
(1881 : affaire tunisienne). Elle est même prête à négocier avec L’Autriche-Hongrie qui est
encore présente sur des territoires à population italienne. Quel est l’intérêt des puissances
centrales à une telle alliance ? L’Autriche-Hongrie, malgré les événements de 1866, ne veut
avoir 2 adversaires en cas de conflit européen (Italie + Russie). L’Allemagne qui ne pourrait
compter ni sur L’Autriche-Hongrie ni sur la Russie en cas de conflit franco-allemand veut se
faire un allié italien (2e front pour la France). Il s’agit aussi ici de soulager L’Autriche-Hongrie
du souci italien. Ce traité qui fonde la Triple Alliance durera jusqu’en 1915 comme alliance
défensive

    C’est dans l’hiver 1886-87 que le système bismarckien est à nouveau menacé (1e
menace : 1875 ; tension avec la France) par

-   La crise franco-allemande
-   La tension austro-russe sur la question bulgare.

      La France risque de se rapprocher de la Russie (L’entente des 3 empereurs n’existe
alors plus que de nom !). Il faut donc montrer à la Russie les risques qu’elle encourrait :
      a). renforcement de l’alliance avec l’Italie
      b). rapprochement vers la GB
      c). accord secret de réassurance avec la Russie. Ce sera un grand succès de la
virtuosité diplomatique bismarkienne.

a. L’Italie dans une perspective de conflit franco-allemand ou austro-russe prend de
   l’importance stratégique. 2 conventions sont ajoutées au traité de 1882 : une entre
   l’Allemagne et l’Italie concernant les questions méditerranéennes et une autre entre


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   L’Autriche-Hongrie et l’Italie concernant les questions balkaniques (défense +
   compensations éventuelles à l’Italie dans les Balkans + soutien allemand si l’Italie est
   obligée d’attaquer la France dans la question de la Tripolitaine).

b. Bismark presse le gouvernement anglais de passer un accord avec l’Italie sur la
   Méditerranée et de se rapprocher de L’Autriche-Hongrie. L’Angleterre a alors des
   difficultés avec la France à propos de la question d’Egypte, avec la Russie au sujet de la
   Bulgarie (question des détroits) et des problèmes internes en Irlande. Toute action
   militaire en Orient est alors exclue ; c’est la diplomatie qui prime. Pour obtenir la
   réciprocité, la GB est contrainte de donner un appui à L’Autriche-Hongrie dans les
   Balkans et à l’Italie en Méditerranée (tout est surveillé par Bismark). L’Autriche-Hongrie
   puis l’Espagne s’associent à l’accord anglo-italien qui assure le statu quo en
   Méditerranée (contre la France). Bismark n’a signé aucun accord, mais son but est clair :
   paralyser la politique française et la politique russe. Il y arrive sans engager l’Allemagne
   directement ; là est la performance !


c. Il faut conserver avec la Russie un accord pour éviter le rapprochement franco-russe,
   mais il faut le faire secrètement à cause de L’Autriche-Hongrie. En juin 1887, est signé le
   traité secret germano-russe ; appelé par Bismark : traité de réassurance. La neutralité
   bienveillante mutuelle est assurée si l’un des 2 est en guerre contre une autre puissance
   (si l’autre puissance est L’Autriche-Hongrie ou la France, la neutralité est assurée
   uniquement si c’est la puissance tierce qui a attaqué !)

       A ce moment, en 1887, les système bismarckien atteint son apogée. Mais que voulait
Bismark ? Isoler la France ; il y a pleinement réussi. « Neutraliser » la Russie ; il obtient des
succès précaires car obtenus au prix d’engagements contradictoires. Le maintien du secret
des engagements pris est la condition de la durée du système. Quel parti prendre en cas de
conflit dans les Balkans ? Bismark compte ici sur la timidité des autres gouvernements. Mais
les faits vont apporter un démenti à cet optimisme : En août 1887, l’antagonisme austro-
russe resurgit en Bulgarie lorsque l’homme soutenu par les Austro-hongrois arrive au
pouvoir. Bismark apporte une aide politique à L’Autriche-Hongrie, alors même qu’il avait
reconnu la légitimité russe dans ce pays. Il fait pression sur la Russie et sur l’empire
Ottoman afin que celui-ci ne laisse pas la Bulgarie à la Russie. La Russie demande son
appui à la France qui lui accorde des finances. Mais en 1889, la Russie acceptera pourtant
de reconduire le traité de réassurance afin d’éviter que Bismark ne donne un appui total à
L’Autriche-Hongrie dans les Balkans. Le tsar ne croit déjà plus en Bismark. La politique
bismarkienne devient toujours plus fragile. Bismark en fait ne peu guère que retarder la crise
de son « système».


      Chapitre VII : La fin de l’Europe bismarkienne


      Le 18 mars 1890, la démission de Bismark est demandée par l’empereur. C’est la
chute ! Le gouvernement allemand renonce au traité secret avec la Russie, qui était le trait
essentiel de la politique bismarkienne. La Russie isolée se retourne vers l’alliance avec la
France. Ceci est les signe d’un grand changement dans les relations internationales en
Europe. Comment expliquer ce changement et comment en illustrer la portée ? Bismark
connaît des problèmes personnels avec Guillaume II (27 ans) sur la politique intérieure
(opposition de Bismark aux socialistes et aux syndicats) et extérieure (opposition de
Guillaume II à la politique russe de Bismark). Quand Bismark démissionne, c’est Holstein
qui joue dès lors un rôle décisif dans la politique étrangère allemande qui doit être « claire et
loyale ». La volonté est clairement de rompre avec les politiques bismarckiennes.



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       Que doit donc faire la Russie ? Le gouvernement russe est isolé et inquiet. Le
rapprochement avec la France est une nécessité. La Russie promet son concours en cas
d’attaque allemande contre la France ( convention militaire), mais ne veut pas aller plus
loin, au grand dam de la France. Les choses avancent :1891, signature du renouvellement
du traité de la Triple Alliance, évocation d’un accord méditerranéen avec l’Angleterre. Le
gouvernement russe se sent encore plus menacé (exclu de la question méditerranéenne).
Alors la Russie accepte d’entamer des négociations avec la France républicaine dont elle
déteste le régime. La position française est positive : Il faut profiter de ce moment favorable
pour obtenir une convention militaire contre les Etats de la Triplice (mobilisation immédiate
en cas de signe d’agression de leur part uniquement défensif). Il faudra 2 ½ ans pour que
la France arrive à bout de des hésitations russes. Le texte est signé par les généraux en
août 1892, puis le tsar mettra 16 mois à le signer (en réaction à la lenteur française). La
Russie et assurée contre L’Autriche-Hongrie et la France contre l’Allemagne et l’Italie. En
janvier 1894 : La France sort de l’isolement où la politique bismarkienne l’avait maintenue.
Des mouvements allemands (guerre des tarifs) contre les exportations russes + nouveaux
crédits militaires (pour mener une guerre sur les 2 fronts) ont fait pencher la balance. La
négociation de l’alliance franco-russe a évolué, sans que le gouvernement allemand en ait
pris conscience au rythme des relations germano-russes. Un tel accord militaire franco-russe
n’aurait pourtant pas abouti sans les « menaces» allemandes.


     Conclusion du livre premier (1871-1893) :


       Le rétablissement d’un équilibre entre les Etats continentaux (alliance franco-russe
contre la Triple Alliance) limite les possibilités qui s’offraient à la politique allemande. En
France, l’idée de revanche est en déclin, d’autant que les partis autonomistes (
protestataires) gagnent au parlement de l’Alsace-Lorraine. Mais l’idée coloniale reprend de la
vigueur avec cet accroissement de la sécurité sur le continent. Les grandes puissances par
l’établissement de zones d’influence économiques se sont partagé le monde.
       En Afrique, seuls restent indépendants l’Ethiopie (1889 traité d’Ucciali  protectorat
italien), le Maroc et le haut du Nil (Soudan)
       En Asie, la rivalité anglo-russe s’est déplacée vers la Perse. L’Indochine est partagée
entre la GB et la France avec au milieu le Siam comme Etat tampon. Le Turkestan va à la
Russie et l’Afghanistan à la GB. L’empire chinois est exposé à de nouveaux risques (entouré
par le Français, les Anglais et les Russes). Il y a déjà des pénétrations commerciales (ports),
mais on hésite à aller plus loin. Les archipels océaniques sont partagés entre l’Allemagne, la
GB, la Hollande et les USA.
       Ces préoccupations européennes et extra-européennes ont amené la GB a cherché
des contacts sur le continent avec l’Allemagne pour contrer dans le reste du monde la
France (en Indochine et en Egypte). L’alliance franco-russe si elle se manifestait hors de
l’Europe pourrait inquiéter les Anglais (Turkestan, Egypte, détroits ottomans) ou même si de
par cette alliance ces 2 pays se sentaient simplement plus forts. La politique anglaise
confirme donc la voie dans laquelle elle s’était engagée : accepter une collaboration indirecte
avec la Triple Alliance pour tenir en échec la Russie et la France. Mais cela n’est possible
que si l’Allemagne continue de faire primer ses intérêts européens sur ses intérêts extra-
européens. Or, Guillaume II n’est pas Bismark. Il va proclamer la Weltpolitik et provoquer
une rivalité anglo-allemande.




                                   Livre second (1893 – 1913)



                                                                                            13
     Les relations internationales évoluent pendant ces 20 années sous un double signe :

      1.        L’expansion européenne continue à se développer
      2.        L’augmentation des divergences européennes entre les grandes puissances
(pour développer la sécurité nationale, on passe des alliances militaires qui accroissent les
antagonismes).
      Il est simple et commode de dire que les intérêts économiques hors d’Europe ont aussi
mené aux tensions en Europe et à la guerre de 1914-18. Cela est-il exact ?


Chapitre VIII : les forces profondes


     Nous allons étudier les changements :

1) dans la vie économique et sociale
2) de la révolution démographique
3) dans les tendances de la psychologie du peuple.

     1) Caractères nouveaux de la vie économique et sociale

       De 1870 à 1893, on a observé une baisse des prix, mais c’est une augmentation qui a
lieu de 1893 à 1913. L’accroissement des échanges est aussi favorisé par les progrès
techniques et l’organisation du crédit. La production industrielle augmente considérablement
avec l’apparition du pétrole ( importation d’automobiles,…). L’industrie produit de plus en
plus, ce qui augmente parallèlement les importations dans les pays où ces industries étaient
déjà implantées (USA, GB, Allemagne, Belgique, France) et apparaît dans les pays où elle
ne l’était pas (Russie, Italie du Nord, Japon). Les Etats-Unis détrône alors l’Angleterre ! La
production agricole augmente aussi considérablement. Le système des communications
s’étend partout (rails, automobiles,…). Le transport maritime connaît d’énorme progrès. Le
développement des câbles télégraphiques sous-marins transforment les relations
internationales.
       L’augmentation des échanges internationaux de marchandises est facilitée par
l’adoption de l’étalon or et par la stabilité du cours des monnaies. Mais le protectionnisme est
très présent, bien qu'abaissé par les traités de commerce. Tout cela permet l’accumulation
rapide de profits. L’amoncellement de capitaux fait baisser les taux d’intérêt. On cherche
alors des débouchés plus rentables ailleurs. Le prêt aux Etats étrangers ou le financement
de projets d’infrastructures dans les colonies sont privilégiés. Les capitaux européens
assurent le financement du développement en Asie, Afrique, Amérique du Sud,… et
assurent les besoins budgétaires de la Russie, des Etats balkaniques, de l’empire Ottoman,
du Japon et des républiques sud-américaines. Ceci donne un moyen de pression
économique et politique important sur les « pays neufs ». On observe aussi des
mouvements de rapprochement entre les grandes entreprises financières,… (trusts, cartels).
       Conséquences de ces transformations dans les relations internationales :
       Tous les grands Etats industriels doivent chercher une aire d’expansion pour leur
activité économique car l’accroissement de la production est supérieure à celui de la
consommation intérieure. Ils ont également besoin de plus de matières premières. La GB le
sait depuis longtemps, mais l’Allemagne le découvre dès 1895 (en 1913, l’Allemagne exporte
1/3 de sa production). En 1898, les USA déclarent : « Nous avons été pendant longtemps le
grenier du monde. Nous aspirons aujourd’hui à devenir son usine ! » L’industrie US a sur son
territoire les matières premières dont elle a besoin. Ce n’est pas le cas de l’Europe.
L’internationalisation de la vie économique va créer de nouveaux courants d’échange et ainsi
accroître l’interdépendance entre les grands et les petits Etats. Mais l’Europe occidentale
reste au centre de ce mouvement. C’est entre les Etats industrialisés de cette Europe


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occidentale que dans le domaine économique et financier, s’affirme la concurrence. La
différence d’avec la période antérieure est que les territoires vacants (hors d’Europe)
deviennent rares. L’expansion ne recherche plus la domination politique, mais une zone
d’influence économique.
       Les rivalités entre les Etats s’affirment autour des contrats économiques avec les
«pays neufs». Bien qu’il s’agisse d’intérêts privés, la participation de l’Etat est nécessaire
pour toute expansion économique. Les liens très forts entre les grands hommes d’affaires et
les hommes politiques se démontrent ici. En Afrique, parfois, les décisions politiques ont
ouvert la voie à l’expansion économique, mais en règle générale, l’explication économique
tient un large place dans la recherche de mobiles à l’expansion coloniale. L’intervention de
l’Etat dans la concurrence commerciale aggrave inévitablement les rivalités politiques dans
les relations entre les peuples partis à cette compétition. Cette compétition entre les intérêts
matériels entretient donc les antipathies et le rancunes. Mais qui dit interdépendance
économique dit paix ? Il faut relativiser les différends liés à l’expansionnisme colonial et le
rôle de l’économie dans les décisions majeures qui sont déterminées en fait par des
préoccupations de puissance, de sécurité ou de prestige.

     2) Caractères nouveaux de la révolution démographique

       L’Europe malgré les émigrations garde sa place relative (26% de la population
mondiale), mais la population est très inégalement répartie (Russie : 1/3 de la pop.
européenne). L’Italie, la GB et l’Allemagne connaissent une explosion démographique, alors
que la population française stagne. Les USA (grâce aux immigrants européens) et l’Asie
(Japon, Inde, Chine) connaissent aussi une telle explosion. Ceci a une influence évidente sur
les relations internationales. Les USA augmentent leur influence dans la vie internationale,
alors que celle de l’Europe est relativement décroissante. En Europe, de nouvelles forces
politiques s’affrontent (mouvement ouvrier). L’augmentation démographique est aussi la
cause de problèmes internationaux graves : La pression démographique japonaise sur un
territoire où les surfaces cultivables sont restreintes, fournira bientôt un argument aux
partisans d’un expansionnisme.

     3) Caractères nouveaux dans les tendances de la psychologie du peuple

       Les courants de la psychologie collective ont une influence grandissante sur les
relations internationales. Les événements de 1905 en Russie permettent aux bourgeois de
se faire entendre par la Douma. En Autriche, en 1906, le suffrage universel est introduit
(Autriche – Hongrie). Dans l’empire Ottoman, la révolution de 1908 introduit un régime
constitutionnel. La Serbie, l’Espagne, le Portugal découvre le régime constitutionnel et
parfois parlementaire. Les opinions publiques peuvent alors jouer un certain rôle dans la
politique extérieure. Mais il faut relativiser ce rôle qui reste uniquement limité aux périodes
de crise.
       Tous ces mouvements de psychologie collective vont partout dans le même sens :
renforcement du sentiment national. Il faut certainement lier ça avec l’évolution économique
et politique (si un pays est fort industriellement, il connaît un renforcement du sentiment
national). Les progrès du libéralisme politique comme ceux du libéralisme économique sont
donc loin de servir la cause de la paix. Mais, cet état de l’opinion publique est surtout à
mettre en relation avec l’essor de la presse quotidienne qui alimente les passions
nationalistes pour augmenter ses ventes. En parallèle de ses mouvements nationalistes, des
mouvements protestataires des minorités prennent de plus en plus de force (déjà avant, les
mouvements d’Alsace-Lorraine et des chrétiens de Balkans avaient eu leur importance),.
Ceci notamment à cause de la diffusion de l’enseignement primaire (les minorités veulent
garder leur langue) et de l’activisme de certains journaux. Ces problèmes internes influent
sur les relations internationales, car l’Etat affaibli intérieurement l’est aussi sur le plan
externe (ex : Angleterre par le problème irlandais ; Pologne russe ; Tchèques, Yougoslaves
et Italiens pour L’Autriche-Hongrie, chrétiens de l’empire Ottoman pour la GB, L’Alsace-


                                                                                             15
Lorraine en Allemagne). Ce mouvement agit aussi en sens inverse : si l’Etat est affaibli sur le
plan externe, les problèmes internes resurgissent (Le problème de l’Alsace-Lorraine resurgit
en Allemagne à chaque menace de conflit franco-allemand ; augmentation des
nationalismes dans les Balkans quand les tensions entre la Russie et L’Autriche-Hongrie
s’affirme,…). Le renouveau des mouvements « minoritaires » (dans les 2 sens) est une
cause importante de troubles internationaux. Ils sont dangereux pour la stabilité des relations
internationales. Y a-t-il quelque chose pour leur faire contrepoids, pour freiner les rivalités ?

-   Les progrès des communications et la diffusion rapide des moyens d’expression de la
    pensée encourage la vie intellectuelle (scientifique, historique, philosophique). Elle
    dépasse plus largement que jamais les frontières nationales grâce aux traductions. Le
    but de ces mouvement est d’encourager un monde meilleur, de dépasser le sentiment
    national. On pense à l’internationalisation de la pensée, support au mouvement pacifiste
    international. Ce n’est plus uniquement des idées humanistes. On démontre
    sociologiquement, économiquement,… que la guerre ne paie pas. Le mouvement
    pacifiste prend de l’ampleur et s’oriente dans tous les domaines. Il s’organise. En 1899 et
    1907, se déroule les deux « conférences de la paix » de la Haye. Mais c’est un appel à la
    raison et cette raison n’a aucun poids face aux passions. Elle ne pourra jamais avoir un
    dynamisme égal à celui qu’éveille dans les masses un appel patriotique.

-   Le progrès des études géographiques permet de connaître les pensées des « peuples
    exotiques » et de leur apporter les idées politiques et sociales européennes. Le but est
    d’affaiblir les sources d’animosité entre les nations.

-   L’industrialisation provoque la concentration d’ouvriers. Des partis socialistes se créent,
    pour lesquels les ouvriers de tous les pays ont le même intérêt, opposés au capitalisme
    qui mène à la guerre. Seule exception : la Russie, où le parti socialiste n’est ni marxiste,
    ni internationaliste. En 1899, l’Internationale est constituée, mais les partis socialistes ne
    sont pas d’accord sur les moyens d’échapper à la Guerre. Ils n’ont pas tous le même
    objectif. Certains pensent même qu’une guerre pourrait faire changer les conditions
    ouvrières.

-   Les forces religieuses : L’église orthodoxe et le protestantisme solidement organisé sont
    très attaché à l’Etat national. C’est seulement parmi les non-conformistes anglais que
    s’affirment vigoureusement les tendances pacifistes. L’église catholique, elle aurait
    intérêt à agir pour empêcher qu’un conflit entre des Etats catholiques ne brise l’unité
    religieuse. Mais son pouvoir est faible dans la politique internationale (peu de partis
    catholiques) et le Vatican qui pourrait agir en influençant ses fidèles ne semble pas
    vouloir froisser la politique étrangère de L’Autriche-Hongrie (seul grand Etat européen où
    le gouvernement soit catholique). Cela n’est pourtant pas vérifiable puisque les archives
    du Vatican sont fermées aux recherches historiques.


      Chapitre IX : La Physionomie des grands Etats


      a) L’Angleterre

      En 1895, elle est encore en pleine euphorie : sa prépondérance commerciale est
incontestée, prépondérance industrielle et financière solidement établie. Elle a un sentiment
de sécurité intact de par sa suprématie navale et sa situation géographique.
      Les partis, hommes d’affaires, chambres de commerces et opinion publique ont un
désir d’expansion coloniale.
      Seulement les responsabilités de la GB hors Europe sont lourdes :



                                                                                               16
-  défendre la situation acquise, même si la protection de la route des Indes est quasi
    assurée grâce au quasi-protectorat sur l’Afghanistan et conquête de Birmanie, la
    prépondérance commerciale en Chine importante et les intérêts anglais nombreux dans
    l’empire Ottoman et en Amérique du Sud.
      acquérir de nouveaux territoires en Afrique (Niger, Soudan égyptien, Afrique du Sud) à
cause des intérêts des grands capitalistes car il faut tenir compte des nouveaux traits de la
psychologie collective comme la volonté de puissance.

      La montée des autres grandes puissances va atténuer ces traits (guerre de Boers,
Allemagne industrielle avec volonté de puissance navale, expansion coloniale française en
Afrique, expansion russe en Extrême-Orient.)
      Il faut donc faire quelques changement de politique extérieure :

     -   Entente cordiale avec la France sur le continent
     -   Resserrer liens avec les Dominions.

      L’Allemagne en créant une grande marine de guerre menace la liberté des
communications impériales et la sécurité même des îles britanniques. L’opinion publique
s’inquiète de cette montée en puissance.

     b) L'empire allemand

     Il est en plein essor :
     - démographique (seule la Russie augmente plus)
     - Industriel surtout secteur bancaire
     - commercial augmentation du revenu national

       Il y a donc des circonstances favorables au développement des moyens d’action en
politique extérieures. C’est déjà la première puissance militaire mondiale et travaille à
augmenter sa puissance navale et son expansion financière.
        L’augmentation de productivité amène expansion coloniale (Guillaume II) qui
implique augmentation de puissance navale pour déboucher sur une croissance de l’orgueil
national.

      Une petite ombre quand même : la lutte des conservateurs contre les libéraux.
L’opinion publique devient très orgueilleuse et les politiques vont prendre du mouvement
pangermanique le programme colonial pour donner à l’Allemagne sa place dans les affaires
du monde plus économiquement que politiquement.
      Guillaume II proclame donc la Weltpolitik et pour se faire développe sa flotte.
       préoccupation économique, stratégiques et sentiment national sont liés en politique
extérieure. Comme l’Angleterre, l’Allemagne est « suspendue au marché mondial. »
Seulement qqch manque à l’Allemagne pendant ces 20 ans de politique. coloniale : un grand
homme politique.

     c) la France

      Elle n’est pas dépendante du marché mondial car a autosuffisance agricole, place
industrielle modeste dans le monde, stagnation démographique. Elle n’a pas besoin
d’expansion. D’ailleurs ni psychologie collective et politique intérieure ne l’y incite. Les
moyens militaires et navals diminuent jusqu’en 1911.
       ne favorise pas politique de puissance.

      Pourtant la France garde dans les Relations intérieures une place de premier rang de
par sa situation géographique privilégiée, l’homogénéité de sa pop (pas de minorités), pop
attachée a sécurité du pays (armée de conscription), puissance financière importante


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(beaucoup d’épargne de pop) où les autres Etats viennent puiser. Ce dernier constitue une
arme importante pour la France.

      Mouvement favorable à l’expansion coloniale déjà tracée par Ferry revient après vague
d’anticolonialisme de l’époque du boulangisme.
      Seulement toute l’opinion publique ne pousse pas au colonialisme et c’est surtout le
parti colonial bénéficie d’appuis solides ce qui amènera des oppositions dès 1904
(socialisme…).

      Sur le continent, la question allemande reste au cœur des préoccupations mais entre
1893-1904, l’esprit revanchard s’apaise. Le problème de l’Alsace-Lorraine empêche pourtant
un rapprochement franco-allemand.
      2 modes de pensées s’affrontent en France :

     -   Rapprochement avec l’Allemagne et ne plus mettre Alsace-Lorraine au premier
         plan. Les tenants de cette position pensent que la GB est l’ennemi et il faut se
         rapprocher de l’Allemagne pour pouvoir être libre à l’extérieur. La priorité est
         l’expansion coloniale.
     -   Conciliation franco-allemande impossible et il faut s’appuyer sur autres puissances
         européennes comme Russie, GB et peut-être Italie.

       Ces 2 tendances s’affrontent jusqu’en 1911. Mais en 1912 on se rend compte qu’une
collaboration avec l’Allemagne est impossible. (Seuls les socialistes osent y penser).
       On peut se demander quelles sont les conséquences de ce raidissement français sur
les initiatives allemandes.

     d) L’Empire russe

      Il était resté autocratique tant que la structure sociale restait traditionnelle et que
l’économie restait agricole. Seulement ces bases sont ébranlées à la fin du 19e s. Le
prolétariat urbain augmente et il est sensible aux valeurs socialistes, tandis que la
bourgeoisie est familière du libéralisme. C’est une menace sur la politique intérieure et donc
sur politique de l’Empire de 1895 à 1898.

       Les buts de la politique extérieure sont : accès à la Méditerranée (Empire Ottoman et
Balkans à maîtriser) et expansion en Extrême-Orient. C’est vers ce 2e but que se dirige la
politique extérieure russe.
       Mais la vraie motivation est sentimentale : donner à la Russie le rôle que mérite sa
pop. L’idée qu’il faut aller en Asie car culture russe est plus proche de culture asiatique que
les autres européens est répandue. La Russie cherche donc à finir le Transsibérien (pour
protéger base de Vladivostok et faire pression sur la Chine). Cet effort d’expansion s’arrête à
la guerre russo-japonaise de 1904-05 et révolte ( ! ! !) de 1905.
       Après cette crise, les préoccupations européennes reprennent le dessus et la Russie
regarde vers l’Empire Ottoman et les Balkans. Seulement le gouvernement tsariste a très
peu de moyens à cause de sa faiblesse militaire et diplomatique. De plus la Russie est
dépendante des capitaux et techniciens étrangers. Son opinion publique n’est pas favorable
à l’expansion. Jusqu’en 1911, Russie ne peut se relever. On peut aussi noter qu’un grand
homme politique manque en Russie, Nicolas II est médiocre et ses ministres des affaires
étrangères peu brillants.

     e) L'Italie

     En 1893, cet Etat jeune est encore petit. Il connaît pourtant une grande croissance
démographique, un développement économique important (force hydraulique). Il a aussi des
désavantages :


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       - Faible force financière
       - Malaise social (disparités énormes)
       - Malaise politique (catholiques exclus de la politique )
       Ces faiblesses sont dues à un complexe d’infériorité (affaire tunisienne 1881, échec
de guerre douanière franco-italienne 1897, désavouement éthiopien à Adoua en 1896).
       Mais dès 1900 un mouvement national se développe qui voudrait mener à la fois
politique coloniale et politique européenne (libération du peuple italien encore sous le joug
de l’Empire austro-hongrois). Mener les 2 ensemble n’est pas possible. Par respect pour la
triple alliance et de par sa faiblesse militaire et navale, il choisit l’option européenne.

     f) Autriche-Hongrie

     L’A-H n’a ni les moyens ni le besoin de mener une politique expansionniste car c’est un
pays agricole aux prises avec ses minorités.
     L’A-H ne s’intéresse pas aux colonies et surtout le continent elle ne se préoccupe que
des Balkans où elle essaie d’éviter que l’attraction des nationalismes (serbe) influence ses
minorités. L’existence de l’Empire est en jeu mais on pense que tant que François-Joseph
régnera l’Empire survivra.

     g) Les Etats-Unis

     Conditions spéciales :
     - Espace ouvert à la colonisation intérieure
     - Absence de voisinage dangereux
     - Protection assurée par Océan (si expansion européenne)
     - Développement démographique, économique et stabilité des institutions politiques
      d’où psychologie collective tournée vers le pacifisme, l’isolationnisme, conviction de
supériorité morale.

     Vers 1890, nouvelles préoccupations :
     - espaces intérieurs recouvert
     - augmenter production industrielle
     - développement économique (capitaux à placer à l’étranger)
     - devoir de civilisation (peuples incapables de se gouverner)

      Les USA ne veulent pas imposer aux autres Etats un joug colonial qu’ils avaient eux-
mêmes repoussé. Ils cherchent donc à établir des zones d’influence économique et politique
(surtout en Amérique Centrale). Ainsi les USA contrôlent la législation, les ressources
budgétaires et la politique financière de ces Etats.

      Roosevelt ajoute un corollaire à la doctrine Monroe : le maintien de l’ordre dans ces
pays. C’est ce qu’on appelle la diplomatie du dollar où le rôle des institutions économiques et
financières privées est essentiel. Les USA installent un quasi-protectorat sur ces Etats.

     h) Le Japon

     En 1889, il devient un Etat constitutionnel, crée une armée nombreuse et une industrie
pour ne plus être dépendant. Il veut réaliser son désir de puissance qui est important dans la
psychologie collective du pays. L’honneur national et supériorité nippone sont très vifs au
Japon et le gouvernement essaie de le développer à l’école comme au militaire.
     esprit de sacrifice et patriotisme sont les supports du désir de domination.

     La politique d’expansion a aussi pour but :



                                                                                            19
     -   stratégique : prendre possession des régions qui pourraient servir de base à une
          attaque contre l’archipel.
     -   économique : posséder des terres productrices de riz car pop augmente ainsi que
          combler le besoin en ressources minières pour favoriser la croissance de
          l’industrie.


     Les étapes de la montée des antagonismes européens :

     - 1893-1901 : les rapports entre grandes puissances sont encore imprécis par rapport
                    à l’expansion.

     - 1901-1907 : en face de la Triple alliance affaiblie par une Italie incertaine se noue
                   l’Entente franco-anglaise et s’ébauche l’Entente anglo-russe.

     - 1908-1913 : les « épreuves de force » entre les 2 groupes rivaux.

      La tension de 1913 est le résultat de chocs survenus tantôt entre les intérêts
économiques et désirs d’expansion impérialiste, tantôt entre les courants du sentiment
national.
      Pour comprendre les relations internationales de cette époque, il faut comprendre les
influences respectives de l’économie, politique, ou sentiments nationaux.


     Chapitre X : L’Essor des impérialismes (1893-1901)


       Pendant ces 8 ans, l’effort d’expansion des grandes puissances s’accélère, provoquant
des transformations importantes dans les formes de vie économique et sociale, en Extrême-
Orient, en Afrique, en Amérique Centrale. Il est aussi le centre d’intérêt des les relations
politiques entre les grands Etats.


     Les intérets rivaux

     - La France veut s’installer en Afrique occidentale et centrale pour prestige et
     économique.
     - La Russie veut s’installer en Mandchourie et en Corée pour installer une base
         navale et exercer une influence sur le gouvernement chinois et pour s’octroyer des
         ressources minières.
     - L’Italie veut s’installer en Ethiopie pour contenter son sentiment national déçus
         après 1886 (Adoua) et 1893 dans les questions méditerranéennes.
     - L'Allemagne veut l’Asie mineure et la Chine
     - La GB est partout à la fois car elle a des intérêts économiques et stratégiques dans
         toutes les parties du monde. Elle cherche à protéger la situation acquise ou
         trouver des nouveaux champs d’action. (Chine, Egypte, Afrique Sud mais
         abandonne Amérique Centrale aux USA).

     Les rivalités s’exercent :

     1) En Afrique

     -   Bassin du Niger et au Tchad ou des incidents éclataient entre français, anglais et
         allemands.



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     -   Afrique du Sud où les desseins anglais menacent les intérêts allemands qui se
         présentent en défenseurs des Boers. Mais de 1899 à 1902, l’Angleterre domine en
         Afrique du Sud et élimine les obstacles allemands.
     -   Soudan nilotique (Nil) où l’Angleterre obtient des accords avec Italie, Allemagne et
         Congo mais pas avec la France qui par essaie d’obtenir par ce biais des accords
         sur l’Egypte (Fachoda 1898 où la France s’incline de par l’état moral du pays
         pendant l’affaire Dreyfuss et sa faiblesse navale.

     2) Extrême-Orient

       La Chine est le centre des intérêts mais elle traverse une crise administrative,
financière, économique, militaire. Les grands Etats industriels pensent au marché chinois. Le
Japon prend l’initiative en débarquant en Corée (1894), alors vassal de l’Empire chinois.
Guerre avec la Chine qui donne lieu au Traité de Shimonoseki.
       Ce Traité va à l’encontre du projet russe qui, avec Allemagne et France, fait pression.
Ils obtiennent la révision du Traité et la Corée redevient libre.
       Les grandes puissances profitent de la faiblesse chinoise pour imposer des zones
d’influences économiques (France, Russie, Allemagne, Angleterre). C’est le « break-up of
China »
       Les USA s’y opposent et prônent la porte ouverte et s’installent aux Philippines et
Hawaii.
       Fin 1899, la Chine, lente à réagir contre l’emprise étrangère, connaît la révolte des
Boxers qui va faire prendre conscience aux européens de l’esprit national chinois.

     3) Amérique Centrale

      Le but des rivalités est le canal interocéanique. Les USA essaient d’éliminer les
intérêts des Etats européens dans la région. Ils connaissent 2 succès importants :
      Cuba : mobiles économiques (canne à sucre, tabac, minerai de fer), financiers
(beaucoup de capitaux américains engagés), stratégiques (domination mer des Antilles).
L’Espagne est vaincue en 3 mois et Usa obtiennent Cuba, Porto Rico, les Philippines et l’île
de Guam.
      Les USA obtiennent aussi le droit de construire seuls le canal interocéanique (GB
occupée avec guerre des Boers) et d’y établir des fortifications, une force de police mil par le
Traité de Hay-Pauncefote de 1901. L’escadre britannique dans mer des Antilles est retirée.

     4) Empire Ottoman

     Nouvelle crise à partir de 1894 : les populations chrétiennes d’Arménie, Crête,
Macédoine, revendiquent une autonomie administrative. Cela donne lieu à des massacres.
La Russie intervient en protectrice des pop chrétiennes.
     2 moments critiques :

     - Les massacres arméniens de 1895-1896 : les anglais envisagent pour la première
     fois le démantèlement de l’Empire seulement l’Allemagne s’y oppose. Angleterre
     (Salisbury) propose une intervention navale mais Russie s’y oppose car craint
     mainmise de GB sur Constantinople.
     - Grèce veut annexer la Crête (pop chrétienne comme elle) mais perd la guerre
     contre l’Empire.

      Anglais, allemands et Etats chrétiens des Balkans attendent la réaction russe et
austro-hongroise dans la région. En 1897, Russie et Autriche-Hongrie (A-H se méfie de
grande Bulgarie) se mettent d’accord pour maintenir le statu-quo dans les Balkans.
      Pourquoi cette entente ?



                                                                                             21
       La Russie regarde à ce moment vers l’Extrême-Orient et sait qu’elle n’obtiendra pas
l’aide française dans les Balkans. Quant à l’A-H, c’est l’Allemagne qui la conseille. Les 2
puissances craignent que le mouvement macédoniens n’aboutisse à la formation de la
Grande-Bulgarie.
       Ce jeu entre les grandes puissances permet de sauver l’Empire Ottoman.


      Conclusion:

      Ces intérêts divergents ont mené à des conflit armés mais ils sont restés localisés
(guerre sino-japonaise, guerre hispano-américaine, guerre greco-turque, guerre des Boers).
Mais il faut noter ici que le choc entre les intérêts économiques des grandes puissances n’a
pas suffit et les gouvernement ont conscience que ces intérêts économiques ne valent pas
une grande guerre dont les risques seraient hors de proportion. Le seul danger réel est
Fachoda (1898).
      Pendant cette crise, les milieux coloniaux français ont pour but de rouvrir la question
d’Egypte pour des raisons de prestige. La GB a bien des intérêts économiques dans la
région (vers Soudan nilotique) mais c’est surtout les réactions de l’opinion publique qui
expliquent le mieux la réaction britannique.


Les relations politiques entre les grandes puissances

      Double relation entre les rivalités impériales et les RI continentales :
      - Expansion britannique cherche à ne pas affecter les intérêts des autres Etats
      - Les intérêts impérialistes incitent à changer les appuis qu’on les Etats sur le
      continent.
      les rivalités extra-européennes dessinent les relation entre les puissances.

       Eventualité d’une alliance continentale entre Allemagne, Russie, France. Proposition
faite par l’Allemagne dans le but d’affaiblir l’alliance franco-russe et de menacer la GB. Ceci
lorsque ces puissances exercent une pression sur le Japon après sa victoire sur la Chine et
pour menacer les intérêts anglais en Afrique Sud en 1898). Les propositions allemandes
restent sans résultat. La France le proposera après Fachoda mais c’est l’Allemagne qui est
cette fois réticente.
       Eventualité d’une alliance anglo-allemande suggérée à plusieurs reprises de 1898
à1901. C’est une initiative anglaise qui voudrait une alliance défensive seulement
l’Allemagne est prête à l’accepter que si l’Angleterre joint la Triple Alliance. Les velléités
n’iront pas plus loin.

       Les engagements contractés par les grandes puissances ne sont pas modifiés
pendant cette période de 1893-1901. Le choc des impérialismes n’a pas donné une
orientation nouvelle au jeu des alliances.

Le seul fait nouveau est l’élargissement de l’alliance franco-russe :

-   1892 : Convention militaire au cas ou guerre avec l’Allemagne (uniquement l’Allemagne).
     Cette Convention vise le maintien du statu-quo et de la Paix. Pour la France c’est
     l’Alsace-Lorraine qui est la cause de cette décision et pour la Russie c’est la question
     des Balkans et une intervention austro-hongroise (alliée de l’Allemagne) qui inquiète.
-   1899 : Nouvel accord qui n’apporte pas de changement dans les textes mais dans l’esprit
     puisque le but n’est plus le « maintien de la Paix » mais « l’équilibre des forces
     européennes ». On peut imaginer un appui français dans les Balkans si A-H veut
     changer le statu-quo et appui russe pour question de l’Alsace-Lorraine. Cependant le
     caractère défensif subsiste puisque reste prévu en cas d’agression allemande.


                                                                                            22
-   1901 : protocole additionnel qui prévoit une intervention dans le cas d‘une guerre avec
     l’Angleterre (si guerre franco-anglaise, Russie aux frontières de l’Inde ; guerre anglo-
     russe, France sur les côtes de la Manche)et prêt financiers français contre des
     exportations russes.


      Quelles sont les forces qui sont derrière ces prises de positions ?

      1) Une alliance continentale franco-allemande

-   1896 : L’offre faite de collaboration diplomatique n’était pas sincère. Le but était de faire
     peur à l’Angleterre afin qu’elle se rapproche de la Triple Alliance.
-   1897 : L’offre de collaboration faite par l'Allemagne a le même but que la première.
     L’Allemagne ne cherche pas d’alliance continentale. L’offre n’a pas été prise au sérieux
     du côté français.
-   1898 : Offre française qui suscite en réponse une condition préalable imposée par
     l’Allemagne c’est à dire la confirmation du Traité de Francfort qui a pour conséquence
     l’occupation de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne. La France refuse.
-   1899 : L’offre allemande de statu-quo territorial faite à la France et Russie ne peut être
     envisagée par la France qui même si elle a renoncé à la revanche ne peut le déclarer
     formellement.
-   Les allemands (Bulow) savaient que la question de l’Alsace-Lorraine suffisait à mettre
     obstacle à ces tentatives d’alliance.

      2) Projet d’alliance anglo-allemande

      Ici c’est la question de l’adhésion de la GB à la Triple Alliance qui a joué un rôle de
façade Mais en fait c’est dans l’état d’esprits des milieux dirigeants qui, des 2 côtés, étaient
divisés et hésitants, qu’il faut voir comme cause de l’échec.
      - Côté anglais : La guerre des Boers et menace russe en Orient font réfléchir les
           anglais. Ils consentent à demander la négociation mais ils sont réticents car le
           risque de devoir défendre les allemands contre les russes est plus grand que celui
           de défendre l’Angleterre contre la Fr.
      - Côté allemand : On craint qu’en cas de refus anglais, l’Angleterre se tourne vers la
           France ou Russie et qu’en cas d’accord, la Russie tourne le dos à l’Allemagne.
      -
      Des 2 côtés la conviction manque. Peut-être à cause de la perspective d’une rivalité
navale anglo-allemande qui s’annonce depuis 1898. Les priorités fondamentales des 2
grandes puissances sont exclusives puisque l’Allemagne veut continuer la Weltpolitik et la
GB veut affaiblir la marine allemande.

      3) Renforcement et extension de l’alliance franco-russe

      Là aussi le rôle des circonstances a été déterminant.
      - Côté russe : ils sont opposés à GB en Extrême-Orient et ont besoin d’un appui
          français au cas où A-H en profiterait pour s’octroyer une place dans les Balkans.
      - Côté français : peu de documents, peut-être que Delcassé était convaincu qu’il
          fallait se rapprocher de la Russie.


      Chapitre XI : le nouveau groupement des Etats européens (1901-1907)


      S’il y a des caractères nouveaux pendant ces années :



                                                                                              23
     Efforts d’expansion hors d’Europe entraînent la guerre russo-japonaise et menace de
guerre franco-allemande.
     Système des Ententes et Alliances est transformé par l’accord franco-italien de 1902,
accord franco-anglais de 1904 et accord anglo-russe de 1907.


      Heurts entre les impérialismes

     De nouvelles régions du monde sont atteintes et les USA et le Japon s’étendent aux
dépends des Européens.
     C’est en Perse, en Asie Mineure, Ethiopie, et surtout au Maroc que les intérêts des
grandes puissances sont aux prises.

-   Perse : La GB et la Ru se surveillent depuis la 1ère moitié du 19e s et cette situation
            affaiblit la position du gouvernement de Téhéran. Les 2 pays y ont des intérêts
            financiers mais c’est aussi une des route pour l’Inde. En 1907, les 2 puissances
            font un compromis qui consiste en un partage en 2 zones d’influence
            économique (Russie au N et Angleterre au S-W).

-   Asie Mineure : La Deutsche Bank obtient la concession d’un vaste réseau de voies
                   ferrées (Bosphore à Bagdad puis Golfe Persique). Malgré les menaces
                   que cela représentes pour les autres puissances, les résistances ne se
                   manifestent que sur le terrain financier. France, GB et Russie ne veulent
                   pas aider les Allemands à se financer, le projet est seulement retardé.

-   Ethiopie : elle toujours indépendante depuis 1896. La France y obtient la construction du
                chemin de fer mais elle est surveillées par l’Angleterre qui protège l’Egypte. La
                GB veut empêcher la France de s’imposer dans la partie occidentale de
                l’Ethiopie. L’Italie veut aussi une influence dans la région. En 1906, accord Fr,
                I, GB pour partage de l’Ethiopie en zone d’influence.

-   Maroc : la seule qui donne lieu à une grave menace pour la paix générale. Les
             préoccupations économiques, stratégiques (Gibraltar) et ambitions françaises
             (veut totalité du territoire) sont l’enjeux de cette crise. La France prend
             l’offensive et se heurte à l’Angleterre qui veut sauvegarder les routes maritimes,
             à l’Espagne qui est installée dans la partie septentrionale et à l’Allemagne qui
             ne veut pas qu’un pays encore libre soit distribué sans son opinion. La France
             obtient en 1904 le désistement de l’Angleterre mais l’Allemagne entre en scène
             en 1905, se posant en protecteur de l’indépendance du Maroc. L’Allemagne
             veut l’internationalisation (par Conférence) de l’affaire marocaine. La
             Conférence d’Algésiras de 1906 a pour résultat que la France exerce
             désormais des compétence importantes au Maroc bien qu’il reste indépendant.

      Les relations s’apaisent entre l’Italie et la France et entre la France et L’Angl. Et ceci
au moment où l’Allemagne (Asie Mineure et Maroc) affiche sa volonté d’obtenir une place
dans le partage du monde qui réponde à sa puissance économique et militaire.


      La prépondérance européenne dans le monde est menacée par le développement de
l’impérialisme américain et japonais.

-   USA : Expansion rapide en Amérique Centrale (Panama, Haïti, St-Domingue, Cuba sont
          dans le système politique américain et le Canal interocéanique est sous leur
          domination). L’influence policière, économique et financière des USA augmente
          aussi en Amérique du Sud. Ni France, ni GB ne réagissent. L’Allemagne tente


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           mais cesse vite. Les USA montrent leur opposition à toute action coercitive
           européenne dans la zone du canal interocéanique.

-   Japon : La Russie se heurte à la résistance japonaise en Asie Orientale, Mandchourie,
            Corée. Le Japon veut garder son influence en Corée et veut s’étendre en
            Mandchourie. Il est prêt à envisager la guerre pour imposer à la Ru un partage
            du territoire mandchou et l’obliger à évacuer la Corée. De plus il a un avantage
            car les combats sont proche, la Ru doit acheminer matériel par Transsibérien. Le
            Japon craint que sa marine soit remise en question par l’alliance franco-russe.
            Mais en 1902, il signe une alliance avec la GB en cas d’attaque par la Ru ou par
            une autre puissance (c’est-à-dire la France). En 1904, le Japon attaque Ru et
            parvient à maîtriser la Corée et la Mandchourie quand la Ru doit stopper les
            opérations pour faire face à une révolte interne. Les USA offrent leur médiation,
            inquiets par l’avancée nippone. Le Traité de Portsmouth est signé en 1905. Le
            Japon obtient Port-Arthur, le ch de fer du sud mandchourien, partie méridional
            des Sakhaline et protectorat sur la Corée.
            1ere victoire des Jaunes sur les Blancs depuis le début de l’expansion
            européenne. Le Japon transforme les données de la politique en Extrême-Orient
            et encourage le mouvement national en Inde dès 1905, 1908 résistance
            indochinoise contre la colonisation française. La Russie est discréditée.

       Ces rivalités n’ont pourtant pas mené à un conflit entre les puissances européennes
c’est la preuve que les grandes puissances hésitent à mener une épreuve de force.


      Les nouveaux accords entre Etats européens

-   10 juillet 1902 : accord secret franco-italien qui prévoit neutralité italienne si guerre
     franco-allemande.
-   8 avril 1904 : troc Egypte-Maroc entre France et Angleterre qui règlent tous leurs
     différends coloniaux.
-   Août 1907 : accord anglo-russe sur la Perse et liquidation des litiges afghans et tibétains.

     La Triple Alliance est affaiblie et les rapprochement franco-anglais et anglo-russes
viennent renforcer l’alliance franco-russe qui avait été ébranlée par la défaite russe contre le
Japon et la crise intérieure russe.


      Mobiles de ces décisions :

      Points 1 et 2

        - Côté français : 1 et 2 sont œuvre de Delcassé. Son but est d’ébranler la Triple
Alliance et d’apaiser les différends coloniaux franco-anglais. Cette politique augmente
l’influence de la France en Europe.

      - Côté anglais : proposition française en 1902 mais l’Angleterre est hésitante. L’échec
de la tentative d’alliance avec l’Allemagne la pousse à accepter la proposition française.
Depuis la guerre de Boers elle veut éviter l’isolement car elle a pris conscience de sa
faiblesse.

      - Côté italien : orientation politique nouvelle depuis 1896 (Adoua) avec la chute de
Crispi. Pour pouvoir obtenir la Tripolitaine, elle doit obtenir l’appui de la France. L’Italie laisse
le Maroc à la France et la France, la Tripolitaine à l’Italie. L’Italie chercher un accord politique
avec France dans le but d’acquérir plus d’indépendance à l’égard de l’Allemagne et de l’A-H.


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Seulement ces accords ne sont pas des garanties en cas de guerre (règlement colonial
avec Angleterre et neutralité italienne) car l’Italie ne veut pas perdre l’assurance de la Triple
Alliance quant à l’Angleterre elle a besoin de l’Allemagne et de plus en cas de guerre russo-
japonaise, l’Angleterre doit soutenir Japon et la France la Russie.

       - Côté allemand : veut ébranler l’alliance franco-russe et le conflit russo-japonais qui
affaiblit alliance franco-russe ouvre des perspectives favorables aux ambition allemandes au
Maroc. l’Allemagne a quelques intérêts économiques dans la région mais elle cherche
surtout à ébranler les accord franco-anglais de 1904 car si l’Angleterre ne réagit pas à une
intervention allemande au Maroc, les accords tomberont à l’eau.
       De même, elle cherche à faire tomber l’alliance franco-russe après rapprochement
franco-anglais (Angleterre alliée du Japon). Elle propose une alliance à la Russie qui hésite
mais refuse finalement.
       L’Allemagne engage donc une controverse au Maroc pour ébranler l’Entente
cordiale entre France et Angleterre. Seulement cela échoue car pour la 1e fois, la GB
envisage d’entrer dans une guerre continentale à côté de la France. Quant à l’alliance
franco-russe, elle subsiste.
       Le seul point faible du système de Delcassé est les différends qui subsistent en Asie
Centrale et dans le Proche-Orient entre la Russie et l’Angleterre (de plus l’Angleterre
renouvelle alliance avec Japon en 1905).

      Point 3 :

      - Côté anglais : cherche à consolider l’Entente Cordiale et veut éviter une alliance
         russo-allemande. Une entente entre la France, Russie et Angleterre permet de
         tenir l’Allemagne en échec.
      - Côté russe : après échec contre le Japon et Asie Orientale, cherche à reprendre sa
         politique balkanique contre l’A-H. Elle a donc besoin d’appuis diplomatiques pour
         combler sa faiblesse militaire. Elle renonce à s’opposer à l’Angleterre aux abords
         de l’Inde car elle est trop faible et de plus elle a besoin de financement anglais.
      Les préoccupations européennes dominent.


      Impacts de l’Entente entre France, Russie et Angleterre :

       Ce rapprochement n’est pas encore une alliance car des questions restent ouvertes
comme la question des Détroits.
       Mais des changements s’opèrent dans psychologie collective en Angleterre, France ou
le sentiment anti-allemand croît.
       Les intérêts économiques ont très peu été pris en compte alors que les intérêts
politiques ont été le facteur décisif.
       Le choc des Impérialismes, s’il a été l’occasion de regroupements politiques n’en a
en tout cas pas été la cause.


      Chapitre XII : Les « épreuves de forces » (1907-1913)


      Les forces profondes :

      Diminution des rivalités impérialistes et augmentation des rivalités liées aux
mouvements de nationalités. Les engagements se confirment et le rapport entre la Triple
Alliance et la Triple Entente deviennent un trait dominant des relations internationales. Entre
les peuples, les échanges commerciaux, financiers, intellectuels n’ont jamais été aussi
importants.


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     Les litiges

     Hors d’Europe toute une série de litiges a lieu :

     a) Nouvelle crise marocaine en 1911 pendant 4 mois.

      Les français dépassent les limites du traité d’Algésiras et les allemands en profitent
     pour réveiller ce litige. Pourquoi ? Intérêts économiques : selon le traité le Maroc est
     sous domination politique française mais les ressources économiques sont partagées
     entre les deux pays, et cela n’est pas fait. Politique interne de l’Allemagne : les
     élections sont proches, une politique extérieure forte est de bonne augure.
     Préoccupation de politique générale : les allemands cherchent à ébranler l’entente
     cordiale franco-anglaise.
     Les allemands vont donc occuper le port d’Agadir et vont réclamer des compensations
     contre leur retrait. Le débat sur les compensations est très âpre, il est même
     interrompu à trois reprises par des menaces de guerre. Finalement les anglais
     montrent qu’ils interviendraient militairement au côté de la France. L’Allemagne
     n’obtient qu’une partie du Congo français et une petite région sur la côte atlantique du
     Maroc.
     La question marocaine est enfin réglée, mais la France et l’Allemagne ne sont pas pour
     autant prêts à se rapprocher.

     b) La guerre italo-turque

     Il s’agit du premier acte vraiment autonome de la politique extérieure italienne. Cette
     guerre commence en Tripolitaine (Libye), se poursuit en Méditerranée orientale et
     amène l’Italie à prendre pied en mer Egée. Ce conflit se termine par le traité de
     Lausanne dans lequel l’Italie obtient du gouvernement ottoman la cessation de la
     Tripolitaine et de la Cyrénaïque. L’Angleterre s’inquiète de cette présence italienne en
     mer Egée, mais elle considère qu’il n’y a pas là de casus belli.

     c) En Extrême-Orient, il n’y a pas de difficultés sérieuses.

     On notera l’accord secret russo-japonais pour le partage des zones d’influence
     (Mandchourie, Mongolie). En ce qui concerne la révolution chinoise de 1911-1912 on
     constate la neutralité des puissances européennes et un financement commun du
     nouveau gouvernement en place. Il s’agit d’un signe d’apaisement entre les
     puissances.

      Mais on remarque une allure inattendue des initiatives européennes en Asie Mineure
et en Afrique centrale. (c’est un domaine nouveau pour les relations internationales).

     1) Asie Mineure

       L’Allemagne avait poursuivi depuis 1903 sa grande entreprise de construction du
chemin de fer Berlin Bagdad Bahn. Français et anglais sont prêts à lever leur opposition à
l’entreprise, ils sont prêt à subordonner leurs intérêts économiques et financiers aux intérêts
politiques. Le fait de donner à l’Allemagne des satisfactions sur le plan de l’expansion
économique est un pas nécessaire pour aboutir à une détente dans les relations
internationales.

     2) Afrique Centrale



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      Une négociation s’engage entre l’Allemagne et l’Angleterre, mais participation
française. L’Allemagne voit dans l’acquisition d’une partie du Congo (accord de 1911) le
point de départ d’une politique d’expansion en Afrique centrale. Les deux pays signent un
accord secret où l’Angleterre affirme qu’elle ne voit aucune objection à ce que les territoires
allemands s’étendent (notamment en direction du Congo belge et de l’Angola portugais). Le
but des anglais est d’obtenir avec l’Allemagne un accord sur les armements navals
      A chaque fois l’initiative, la volonté d’expansion vient de l’Allemagne qui cherche un
empire à sa mesure. Et à chaque fois l’Angleterre lui facilite les choses. Cela montre que les
problèmes coloniaux ne sont pas, et de loin, décisifs dans la montée des antagonismes
pendant cette période. Contrairement à ce qui est souvent avancé.


      En Europe : la cause des difficultés est le réveil du mouvement des nationalités dans la
région balkanique. A deux reprises, en 1908-1909 et 1912-1913, ce réveil provoque de grave
menace pour la paix générale.

      a)       La crise balkanique de 1908-1909

       L’origine de la crise remonte à 1903, l’augmentation du nationalisme serbe va favoriser
un mouvement de résistance en Bosnie-Herzégovine (la majorité de la population est serbe)
contre l’administration de L’Autriche-Hongrie. La Serbie appelle à la solidarité entre les
peuples yougoslaves. L’Aurtiche-Hongrie veut annexer la Bosnie-Herzégovine qu’elle ne fait
qu’administrer, afin d’abolir le foyer de révolte serbe. Le mobile est uniquement politique.
       L’Allemagne va pleinement soutenir l’Autriche-Hongrie. Mais cela pourrait être
dangereux car la Russie, pour des raisons de prestige dans la région, s’est opposée à
l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie. Cette annexion va avoir lieu en
1908. L’Allemagne fait alors le calcul que la France et l’Angleterre convaincront la Russie de
ne pas intervenir militairement et que cela affaiblira leur alliance. Et c’est effectivement ce qui
se passe, La France et l’Angleterre disent ne pas pouvoir soutenir militairement la Russie car
ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu. L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie obtiennent ainsi une
victoire diplomatique sur la Russie. La Serbie est obligée de changer d’attitude, mais cela ne
va pas plus loin. La Triple Entente ne s’effondre pas car la Russie, malgré cela, ne change
pas sa politique extérieure.
       Cette crise ne provoque pas d’énorme changement. Il s’agit juste d’un succès de
prestige pour l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Mais il ne s’agit pas d’un succès réel car il
n’y a pas d’assurance de la docilité des serbes. La Russie en sort toutefois profondément
marquée et elle n’attend que l’occasion de se venger.

      b)       La crise balkanique de 1912-1913

       Cette crise offre à la Russie l’occasion de se venger. L’origine de cette crise se trouve
dans le sentiment national des populations chrétiennes des Balkans.
       Après une période d’espoir dû à une nouvelle politique ottomane (les Jeune Turcs), les
protestations des chrétiens reprennent dès 1910 en Macédoine. Les autres Etats chrétiens
des Balkans attendent une défaite de l’Empire Ottoman pour les soutenir. La guerre Italo-
turque en Tripolitaine de 1911 va absorber les forces militaires et financières de l’Empire et
leur offrir cette occasion. Mais les Etats chrétiens ont trop de divergences (notamment sur le
partage des éventuels gains) pour s’entendre dans une alliance offensive contre les
ottomans. C’est ici que le rôle de la Russie devient décisif.
       La Russie sait que son soutien à la Macédoine contre les ottomans risque de
provoquer un conflit général. Mais contrairement à 1909, elle se sent alors prête
militairement. Son but est à la fois d’augmenter son prestige auprès des populations
chrétiennes et d’affaiblir l’Empire Ottoman afin de régler un jour la question des détroits à
son avantage.



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       L’alliance Serbo-bulgare de mars 1912 et l’alliance Greco-bulgare de mai 1912 sont
principalement l’œuvre de la Russie qui accepte le rôle d’arbitre dans un partage de la
Macédoine en cas de victoire. Le gouvernement ottoman met fin au conflit de Tripolitaine dès
le début de la guerre entre les Etats balkaniques et l’Empire, en octobre 1912. Le 3
décembre le gouvernement ottoman demande l’armistice et le 30 mai 1913 l’Empire
abandonne à ses adversaires toute la Turquie européenne (excepté une petite de la Tharce).
       Ensuite un conflit éclate pur le partage de la Macédoine. La Bulgarie n’accepte pas le
partage proposé par la Russie. Il s’ensuit la deuxième guerre balkanique qui éclate le 25 juin
1913 entre la Bulgarie et tous ses anciens alliés. Cette guerre ne dure que six semaines.
Suite à la défaite bulgare, la Macédoine va être divisée entre la Grèce et la Serbie. Mais
cette redistribution est incomplète : l’Albanie doit devenir un territoire indépendant, mais elle
n’a aucune institution ; les îles de la Mer Egée ne sont pas divisées entre Grèce et Turquie.
       L’Autriche-Hongrie sort inquiète de ce conflit. Une grande Serbie et ainsi un réveil des
populations yougoslaves dans l’empire est un grand danger. En 1912 l’Autriche-Hongrie
empêche la Serbie d’avoir un accès à la mer Adriatique, car elle a le soutien de l’Italie et de
l’Allemagne. Mais lors de la deuxième guerre balkanique elle n’est pas en mesure
d’empêcher la Serbie de s’agrandir en Macédoine (Allemagne et Italie ne la soutiennent
plus). Bilan : une diminution de l’influence de l’Autriche-Hongrie et de l’Allemagne dans les
Balkans et une forte augmentation de l’influence Russe.
       Pour la Russie, il s’agit d’une double victoire. Premièrement, la Serbie, sa cliente la
plus fidèle, a un rôle de premier plan dans toute la région. Deuxièmement l’Empire Ottoman
est très fortement diminué car il a perdu quasi toutes ses possessions européennes. Sa
partie asiatique se fait découper en zones d’influences économiques entre les grandes
puissances, sans compter les mouvements nationalistes arabes en Syrie.


      La consolidation des « blocs »

       Quelles sont les incidences de ces 4 conflits (entre 1909 et 1913) sur les alliances, les
ententes entre les puissances ? Les crises balkaniques et d’Agadir ne changent pas les
données mais compliquent les décisions intérieures des gouvernements. Des tentatives sont
faites pour dissocier les alliances.

      En 1910, alors que la France et l’Angleterre n’avaient appuyé que diplomatiquement la
Russie dans la première crise balkanique (1909), les allemands ont tenté de signer un
accord avec les russes. Mais ils n’obtiendront qu’un arrangement sur les questions relatives
aux voies ferrées en Perse et en Asie mineure. An moment où l’affaire d’Agadir pourrait
entraîner un conflit Franco-allemand, la Russie se concilierait avec l’Allemagne ! ! ! Il y a une
vive réaction en Angleterre (car l’entente Anglo-russe repose sur une politique commerciale
commune en Perse) et en France. Dans les deux pays, on suspecte souvent les
gesticulations et intentions du gouvernement russe.

       Au début 1912 s’engagent des pourparlers plus sérieux entre l’Allemagne et
l’Angleterre. L’objectif anglais est la fin de la rivalité navale. En effet, la Grande-Bretagne
s’est lancée dans de coûteuses réformes de sa politique sociale, et elle n’est plus en mesure
de suivre l’Allemagne qui cherche à augmenter son potentiel naval au moment de la crise
d’Agadir. Pour justifier une augmentation du budget naval il faudrait invoquer une guerre et
préparer l’opinion public, ce qui n’est pas envisageable. Mais quelles contreparties peut offrir
l’Angleterre alors que le gouvernement allemand veut obtenir un engagement politique qui
affaiblisse l’entente cordiale entre l’Angleterre et la France. L’Allemagne désire une neutralité
anglaise en cas de conflit continental, si l’Allemagne n’est pas l’agresseur. Les pourparlers
sont abandonnés en mars 1912, les positions sont inconciliables. La rivalité navale reprend
de plus belle.




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      Ces deux tentatives montrent l’état d’esprit des gouvernements des grandes
puissances à l’égard des grandes questions qui dominent les relations internationales. En
février 1912, l’Allemagne refuse les offres anglaises d’expéditions coloniales, les allemands
ne recherchent pas les intérêts économiques. Leur objectif est un affaiblissement de
l’Entente cordiale, les objectifs politiques restent essentiels. Les russes n’ont pas accepté les
propositions allemandes par peur de la fin de l’alliance anglo-russe. Ils craignent de se
retrouver dans une situation subordonnée face aux puissances centrales. L’Angleterre a
suivi ses intérêts propres en refusant la neutralité. L’échec de ces tentatives montre le rôle
déterminant de la politique dans le comportement des grandes puissances.

      Dès l’été 1912, les efforts de détente sont abandonnés. Le but unique et urgent devient
la consolidation des alliances et ententes.
      Le groupe des Etats centraux, dont l’Allemagne est le centre, s’affermit :
      Dans les relations entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, la question principale est
l’appui allemand dans les Balkans. L’Allemagne, dans la question des possessions serbes
en adriatique, promet qu’elle appuiera militairement l’Autriche-Hongrie en cas de guerre
austro-russe.
      En décembre 1912, l’Italie renouvelle pour 6 ans ses engagements conclus dans le
cadre de la Triple Alliance. De plus le gouvernement italien signe en 1913 une convention
navale qui entérine la collaboration navale entre l’Autriche-Hongrie et l’Italie en cas de conflit
européen.


      La Triple Entente

       La collaboration franco-russe, si médiocre pendant la crise de Bosnie-Herzégovine et
d’Agadir, reprend vigueur. La but de la France est d’éviter un nouveau flirt entre la Russie et
l’Allemagne. Elle va donc prévoir une collaboration plus précise entre les forces armées. Le
13 juillet 1912 un protocole prévoyant une intervention russe en cas de conflit avec
l’Allemagne est signé, une coordination navale est signée le 16 juillet de la même année. Les
grandes lignes d’une action concertée sont donc établies. En contrepartie la France promet
un appui aux intérêts russes dans les Balkans. En novembre 1912 la France promet une
intervention militaire en cas de conflit austro-russe si l’Allemagne intervient. Il s’agit de ne
pas décevoir le partenaire, ce qui pourrait affaiblir l’alliance.
       L’Angleterre, alors qu’avant elle n’avait voulu souscrire à aucun engagement précis,
accepte de renforcer l’Entente Cordiale. Elle le fait sur la demande de la France qui a peur
du rapprochement anglo-allemand de février-mars 1912. L’Angleterre a peur de sa rivalité
navale avec l’Allemagne. Elle veut donc que la flotte française se charge de la protection des
routes navales en Méditerranée. Le résultat de cela est un échange de lettres en novembre
1912 et une convention navale en mars 1913. L’accord naval et l’accord politique sont
intimement liés. Mais l’accord dit « Central » entre les deux pays ne donne aucune
assurance à la France d’une intervention anglaise en cas de conflit franco-allemand.

      Quelle est la cause de ces renforcements d’Alliance et Entente ?

       Il s’agit de préoccupation de puissance, de prestige, de sécurité.
       Les deux puissances centrales ont donné l’exemple : l’Autriche-Hongrie a une politique
offensive dans les Balkans à cause des mouvements de nationalités. L’Allemagne la soutient
car c’est un partenaire chancelant qu’il faut consolider. La Russie, à nouveau dans une
bonne forme militaire, veut reconquérir le prestige perdu dans la crise de 1909. La France la
soutient dans les Balkans en échange d’une intervention rapide en cas de guerre franco-
allemande (dès le 12ème jour après la mobilisation). L’Angleterre, qui n’a pas obtenu la
limitation des armements navals allemands, ce qui menace sa maîtrise des mers, soit le
pilier de la sécurité des îles et des liaisons impériales, doit s’appuyer sur la France. Bien
qu’elle ne veuille pas s’engager totalement, formellement.


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      Chapitre XIII : Les politiques nationales


       L’opposition des groupes de puissances esquissée en 1907 est un trait dominant des
relations internationales en 1913. Quelles sont les préoccupations des gouvernements ?
quelle est l’attitude des Etats qui n’appartiennent pas à un des « blocs » ?


      La Triple Entente

      On constate dans l’Entente des engagements très inégaux entre France et Russie,
France et Angleterre et Angleterre et Russie.
      La Russie et la France voudraient obtenir de l’Angleterre des engagements précis
(transformer l’Entente en une alliance défensive) afin d’éviter une guerre que n’oserait pas
déclarer l’Allemagne. Les forces terrestres franco-russes plus la maîtrise des mers anglaises
auraient à coup sûr un effet dissuasif. Mais à chaque occasion le gouvernement anglais
refuse une promesse. Même si l’Allemagne en venait à dominer l’Europe et que l’Angleterre
se retrouvait isolée, il lui faudrait l’appui de l’opinion publique pour une guerre. Cette opinion
serait d’accord si l’Allemagne attaque la France mais elle ne cotonnerait pas une opération
revancharde de la France. La préoccupation principale de l’Angleterre est d’éviter une
hégémonie sur le continent, cela explique son refus de l’accord avec l’Allemagne.
      La politique anglaise freine ainsi les prédispositions belliqueuses de la France. Car elle
sait que si la responsabilité de la rupture franco-allemande n’est pas claire, l’Angleterre
risque de ne pas intervenir (à cause de son opinion publique). Les anglais pensent ainsi
contribuer à sauvegarder la paix générale. Mais ils sont aussi inspirés par un soucis
d’indépendance et de prudence si fort que cela va finir par aggraver les risques. L’Allemagne
peut avoir un espoir de la non-intervention anglaise.


La Triple Alliance

       Autour de l’Allemagne, les positions de l’Autriche-Hongrie, de l’Italie et de la Roumanie
sont bien différentes.
       L’alliance austro-allemande n’a jamais été remise en question, c’est un point fixe des
relations internationales. Sur le problème des nationalités, qui s’est aggravé avec les guerres
balkaniques de 1912-1913, les allemands ont dû prendre position. Ils manifestent une
volonté de renforcer l’Autriche-Hongrie. C’est un fait nouveau.
       L’Italie depuis 1902 avait joué sur les deux tableaux. Mais sa politique d’expansion en
Tripolitaine et en Mer Egée l’oppose aux intérêts anglais. Elle va donc se rapprocher des
puissances centrales. L’obstacle qui subsiste est la revendication de l’Italie sur une partie de
territoire de l’Autriche-Hongrie où habitent une majorité d’italiens. Le gouvernement italien
tente un rapprochement avec la France et l’Angleterre en octobre 1913 pour faire pression
sur l’Autriche-Hongrie. L’Italie communiquait les détails du rapprochement à Berlin. Dès que
la France apprend ceci, elle suspend les négociations et se fâche avec les italiens. Cet
épisode renforce par ailleurs la méfiance de l’Allemagne envers le gouvernement italien qui
ne respecte les traités que selon les opportunités du moment.
       La Roumanie s’est liée à l’Autriche-Hongrie par un traité secret en 1883, l’Allemagne y
a adhéré plus tard. Mais depuis que la Roumanie est intervenue contre la Bulgarie (2ème
guerre balkanique) les divergences d’intérêts entre elle et l’Autriche-Hongrie sont devenus
graves. Faut-il annoncer le traité secret au grand jour pour faire changer une opinion
publique hostile à l’Autriche-Hongrie ? Non, car l’opinion publique ne changerait pas d’avis et
il serait impossible d’entraîner la Roumanie au côté de l’Autriche-Hongrie en cas de guerre
européenne. C’est une alliance morte.


                                                                                               31
     Les Etats Européens qui ne font pas partie des « blocs »

     a) Le groupe scandinave

      Le groupe scandinave est calme, bien que l’unité de la péninsule scandinave, réalisée
en 1814 au profit de la Suède, ait été rompue en octobre 1905. La Norvège a demandé à
l’Angleterre de garantir son indépendance (conformément aux intérêts navals anglais). Mais
cette question a été réglée par un accord entre Angleterre, Russie, France et Allemagne. La
Norvège ne voulait pas s’associer à la Triple Entente. La Suède, qui n’est plus protégée par
la France et l’Angleterre depuis 1905, affirme sa volonté de rester neutre en cas de conflit
européen. Mais si on l’attaque, elle se défendra. La Suède craint l’Allemagne, mais encore
plus la Russie. Le Danemark est très anxieux car son archipel commande l’entrée de la
Baltique. Il craint une invasion allemande qui empêcherait le dessin anglais d’établir une
base d’opération au Danemark en cas de guerre européenne.

     b) La Belgique

      La Belgique sait que, en cas de guerre, les belligérants ne suivraient que leurs intérêts
stratégiques et qu’elle deviendrait certainement un champ de bataille. Et cela malgré son
statut de neutralité. La Belgique se rend compte que l’Allemagne est le pays qui avait le plus
intérêt à violer cette neutralité. Mais l’opinion publique est pro-allemande et l’économie belge
se dirige en grande partie vers ce pays. La Belgique pense que ne pas se déclarer neutre
aggraverait les risques d’invasion. elle dit vouloir garantir son indépendance en cas de conflit
franco-allemand. Elle s’allierait contre l’Etat qui violerait sa neutralité et avec celui qui la
respecterait. En fait, elle sait que si l’Allemagne l’envahit, la France et l’Angleterre la
défendraient.

     c) L’Espagne

      En 1907, l’Espagne s’était rapprochée de l’Angleterre et la France et elle entend
continuer dans cette voie pour reprendre une place dans la « grande politique ». L’Espagne
offre de mettre à disposition des français ses voies ferrées ( pour amener les troupes
françaises en Afrique du nord en toute sécurité), et elle met ses ports à l’Angleterre et la
France en cas de guerre franco-allemande. Mais en contrepartie l’Espagne demande
l’annexion du Portugal si l’anarchie s’empare de ce petit pays. Les négociations sont
abandonnées car France et Angleterre ne sont pas d’accord avec cela.

     d) Les Etats balkaniques

       La paix de Bucarest (août 1913) est précaire et l’Autriche-Hongrie ne sait pas choisir
entre les vaincus (Turquie et Bulgarie) et les vainqueurs (Serbie et Grèce) pour établir un
accord. Ils ne savent pas s’il faut rattacher le Grèce à la Triple Alliance. Les dirigeants de
l’Autriche-Hongrie sont divisés sur la question.


     Conclusion du livre second (1893-1913)


      A cinq reprises en moins de dix ans, la guerre a paru probable en Europe. L’Allemagne
et l’Autriche-Hongrie, puis la Russie en ont eu l’initiative. Pendant ces années le fait que 2
grands Etats puissent se battre et les autres restent spectateurs est une impossibilité. La
guerre, si elle éclatait, serait européenne à cause des engagements dans les alliances.



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       Mais les chefs politiques ne sont pas encore prêts pour une telle guerre. En 1905, les
allemands ont préféré n’agir que par les pressions diplomatiques. En 1909, l’Allemagne et
l’Autriche-Hongrie lancent un ultimatum à la Russie, mais ils étaient certains qu’elle si
plierait. En 1911 on fait semblant de vouloir la guerre mais personne n’en veut. En novembre
1812 les russes n’opposent aucune réplique aux mesures militaires de l’Autriche-Hongrie car
ils ne veulent pas aggraver le conflit. En octobre 1913, Guillaume II lui-même reconnaît que
ni la France, ni la Russie ne veulent la guerre. A la fin 1913 la menace ne paraît pas
imminente.
       Par contre le recours aux mesures d’intimidations et aux pressions diplomatiques
destinées à intimider l’adversaire probable et à ouvrir la voie à une négociation « du fort au
faible » est devenu depuis une quinzaine d’années une méthode quasi coutumière. Voilà qui
suffit à accoutumer les peuples à l’idée de la guerre. C’est cet état d’esprit qui tend à devenir
le trait dominant dans les relations internationales. Après 40 années de paix, les hommes
admettent plus aisément l’éventualité du conflit.

                      Livre troisième : L’Europe et le monde en 1914


      Introduction du livre troisième

     Malgré les menaces de conflit en Europe, l’expansion européenne s’est poursuivie
pendant les premières années de ce siècle.
      Expansion économique : l’Europe représente 52% de la production industrielle
         mondiale, 61% des échanges économiques. La France, l’Angleterre et l’Allemagne
         sont les 3 plus gros exportateurs pour les pays neufs. Le tonnage de la marine
         marchande européenne représente 85% du tonnage mondial.
      Expansion financière : les investissements effectués par les trois grands hors
         d’Europe se situent entre 125 et 185 milliards de francs or.
      Expansion humaine : en 1913, 1'350'000 personnes émigrent vers les autres
         continents.
      Expansion religieuse : Les missions catholiques (16000 personnes) et protestantes
         (8000 personnes) diffusent la civilisation européenne, notamment les idéaux
         humanitaires et les connaissances techniques.
      Expansion intellectuelle : Les peuples européens, en dépit de leurs différences,
         présentent une unité dans leur façon d’influencer les autres peuples du monde. Et
         cela notamment avec les idées politiques qui sont à la base du libéralisme
         démocratique (qui est le de la civilisation selon les européens). Diffusion des idées
         jusqu’en Chine et au Proche-Orient.

     Mais en 1914 la guerre va déchirer l’Europe et ébranler du même coup la
prépondérance que conservait le vieux continent dans la vie générale du monde. Il est donc
nécessaire de marquer un temps d’arrêt et de saisir le situation telle qu’elle était avant cette
guerre qui va engager l’Europe sur la voie du déclin.


      Chapitre XIV : Les intérêts européens en Asie


      Sur ce continent qui contient la moitié de toute la population mondiale, les européens,
maîtres des voies maritimes dans l’océan Indien et dans le pacifique sud, ont un rôle
dominant. Sauf dans les parties occupées par le Japon, soit la Corée et la Mandchourie
méridionale.

      a) La Russie



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       En Sibérie, le Transsibérien va permettre aux russes d’y amener beaucoup
d’immigrants, de développer une industrie et de l’agriculture. Les bases de l’économie y sont
jetées mais cela est encore trop récent pour que les résultats soient importants.
       An Turkestan russe, l’administration russe est en train de modifier la vie agricole
(importance du chemin de fer Transcaspien). Le coton remplace les cultures de céréales et
l’élevage. Mais ici aussi ce n’est que le début.

     b) L’Angleterre

       L’Inde avec ses 315 millions d’habitants est le seul pays comparable à la Chine. Les
anglais y développent le chemin de fer, l’agriculture d’exportation et l’industrie. Ainsi
l’exportation de denrées alimentaires et de matières premières vont tripler en 20 ans. De
plus l’Inde est devenue un important marché pour les exportations européennes (produits
textiles et métallurgiques). L’Inde reçoit 13% des exportations anglaises et beaucoup de
capitaux anglais (9,5 milliards) sont investis pour la construction des voies ferrées, du réseau
télégraphique, des activités agricoles, industrielles et commerciales. Ainsi l’Inde va
commencer petit à petit à développer elle-même des produits qu’elle importait. Mais cela
n’est pas encore inquiétant pour l’Angleterre.
       La colonisation anglaise de la Birmanie provoque des progrès considérables dans
l’agriculture et l’exploitation des gisements de pétrole.

     c) La France

      L’Indochine est colonisée par la France. Une orientation nouvelle de la vie économique
est prise. L’exportation du riz est favorisée et il y beaucoup de capitaux investis dans le
secteur industriel. Mais le chemin de fer qui doit relier le Tonkin à la Cochinchine n’est pas
terminé. C’est un handicap pour le développement du commerce.

     d) Le grand Empire colonial néerlandais

      Cet empire s’étend de Sumatra à la Nouvelle-Guinée et comporte 50 millions
d’habitants (de religion islamique) dont 35 à Java. La population, outre les autochtones est
composée de 800'000 chinois qui tiennent le commerce de détail, 130'000 arabes et 150'000
hollandais (y compris les fonctionnaires et les soldats). On remarque des résultats
considérables du point de vue économique. Les exportations augmentent fortement dans les
denrées alimentaires et les matières premières. L’exploitation des sous-sols (pétrole et
minerai de fer) a commencé en 1880 grâce à la compétence des fonctionnaires et aux
capitaux européens (seulement 2/3 des capitaux sont hollandais). Cette région devient une
place importante du commerce mondial. Même si 85% de la population continue à vivre de
l’économie locale.

      Dans ces colonies européennes d’Asie la domination des blancs n’est pas
sérieusement menacée.
       En Sibérie une forte population russe a immigré ; au Turkestan les garnisons russes
s’imposent malgré une population musulmane réticente ;
      Aux Indes néerlandaises, depuis 1911 les musulmans réclament une participation à
l’administration, mais il n’y a rien de menaçant. Pourtant à deux endroits des réticences se
sont manifestées (avec des portées inégales) :
      Indochine française : il y a ici un appel à la résistance dès la pénétration française et
on remarque une augmentation du phénomène depuis la victoire japonaise sur les russes
(blancs). Mais ces mouvements sont rapidement réprimés. Alors que 24'000 français sont
opposés à 18 à 19 millions d’habitants locaux.
      Inde anglaise : la résistance nationale a pris en Inde une toute autre ampleur. Les
anglais avaient dus former une élite indigène et celle-ci retournée contre l’administration



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britannique avec le soutien des mouvements nationalistes. Mais, au pris de quelques
concessions politiques, l’Angleterre paraît en 1914 avoir repris les choses en main.

      Mais le rôle de l’Europe ne se limite pas aux régions qui sont sous son administration.
La Chine et le Proche-Orient sont partagés en zones d’influences économiques qui peuvent
ouvrir la voie à des influences politiques.

     1. En Chine

       l’influence européenne est décisive dans la vie économique et financière (65'000
européens vivent en Chine). 70% des échanges se font avec l’Europe ; 85% des capitaux
investis sont européens (Angleterre, Allemagne, France et Russie) ; les grandes banques
sont européennes ; dans l’industrie les européens forment les directions et les cadres
techniques ; les chemins de fer ont été l’œuvre des européens et environ 49% du réseau
leur appartient.
       Cette influence a été confirmée et même accrue après la révolte de 1911-1912 qui a
chassé la dynastie Mandchoue et établi un régime républicain (qui va dévier vers une quasi
dictature). Les européens font d’importants prêts contre le contrôle de l’économie chinoise.
La fait marquant est l’exploitation conjointe du marché chinois par les grandes puissances.
En effet, les prêts sont accordés par des consortiums internationaux. La concurrence entre
européens s’en trouve atténuée. C’est un aspect nouveau dans les méthodes d’expansion.
       Pourtant anglais et russes veulent profiter de la révolution chinoise pour s’assurer une
influence dans les zones de confins. La Russie sur la Mongolie extérieure nouvellement
indépendante et l’Angleterre sur le Tibet extérieur qui se détache ainsi de la Chine. Le Yuan
a besoin des prêts européens, il ne peut donc pas s’y opposer.
       L’influence des idées politiques, d’abord européenne (Sun Yat-sen avait étudié
Montesquieu) devient américaine. Les conseillers américains pour l’établissement des textes
constitutionnels sont d’ailleurs fort éloignés des valeurs démocratiques européennes.
L’influence de la civilisation occidentale est quant à elle modeste. Seules les missions
catholiques françaises et les protestants anglais et américains font quelque chose. Il n’y a
que 2 millions de convertis sur 330 million d’habitants en Chine !

     2. L’empire ottoman

       Il conserve en Asie une vaste puissance (en 1913, il a perdu presque tous ses
territoires européens) mais la majorité de la population dans ses territoires n’est pas turque
(sauf en Anatolie). C’est donc une situation favorable à l’expansion de l’influence
européenne. Partout dans cet empire, le développement économique a été l’œuvre des
étrangers : entreprises dirigées par des Européens et financées par des K européens, le
réseau ferré est entre les mains des Allemands, les exploitations minières importantes sont
aux mains des européens. A cela s’ajoute le contrôle européen sur la gestion des finances
publiques de l’empire ottoman (depuis 1881, quand le sultan ne pouvait plus payer la dette).
Main mise eur. est encore accentuée quand la Porte doit faire de nouveaux emprunts pour
payer les frais de la guerre de Tripolitaine et de balkaniques.

       Les Européens ont donc acquis des moyens d’action qui leur permettent de tenir
l’empire ottoman sous leur contrôle. A noter que nulle part n’apparaît le rôle des K
américains.
       L’influence des idées politique européennes n’est sensible que dans des milieux
restreints mais les missions religieuses catho. peu efficace sur les musulmans, exercent une
action efficace sur les pop chrétiennes schismatiques, tentant de les ramener au sein de
l’église catho.
       Enfin, l’expansion européenne commence à se manifester sous une forme nouvelle,
mais seulement en Palestine. Des juifs comment à immigrer là-bas, avec l’appui financier du
« fond national juif ». Leur présence ouvre de nouvelles possibilité à la vie économique.


                                                                                            35
      L’empire est faible (défaite dans les guerres balkaniques) et il faut donc se placer en
vue du prochain partage : les Russes échouent à imposer un gouverneur chrétien en
Arménie, les Allemands obtiennent le ch. de fer contre l’assurance aux Français qu’ils
pourront en construire en en Syrie et aux Anglais, en contre-partie de facilités financières,
que le ch. de fer ne dépassera pas Bassorah. L’exploitation du pétrole de Mésopotamie est
confiée par le sultan à une sté anglo-germano-hollandaise, l’Italie obtient de l’empire ott. et
de la GB la construction d’un autre ch. de fer.
      Le partage ferroviaire aboutit à l’établissement de zones d’influence économique mais
tous considèrent que c’est un jalon posé au futur partage de la Turquie d’Asie. (l’Allemagne
s’assurerait la part du lion et l’Aut-H. n’aurait rien).

     La Perse

       Influences économique et intellectuelles européennes sont moindre mais le pays est
tout de même partagé en 3 zones en 1907 : les Russes sont dans la partie septentrionale et
ont le monopole des concessions des voies ferrées de d’exploitation du sous-sol, la GB a les
mêmes droits sur le Sud-Est (essentiel pour couvrir les voies de pénétration vers l’Inde)et
entre les 2, se trouve une zone dite neutre, ouverte à la compétition étr. Mais la rivalité
russo-brit. demeure pour s’assurer une influence politique sur les milieux dirigeants, ces 2
pays faisant bloc contre toute interférence d’un autre pays occidental.
       Sur la Perse, les mobiles sont surtout politique et stratégiques puisques le dvpmt
économique est à peine commencé. L’expansion économique est modeste. Mais l’expansion
religieuse l’est encore plus dans ce pays fondamentalement musulman.
       C’est seulement dans le domaine des idées politique que l’influence européenne paraît
le plus notable avec une imitation des modèles politique européens (séparation des pvrs…)
mais cela reste superficiel. En fait l’islam domine toute la politique.


     Chapitre XV : la colonisation européenne en Afrique


        Il n’y a que 2 territoires indépendants : le Libéria (pop noire rapatriée des USA) et
l’Ethiopie où la GB, la F et l’Italie ont établit en 1906 un partage en zone d’influences
économique. La domination européenne a donc modifié les activités économique, les
structure sociales et les conceptions mentales des Africains. Mais les conditions sont très
difficiles dans les régions méditerranéenne où la prépondérance de l’Islam est éclatantes,
dans l’Afr. du Sud fortement marquée par un peuplement européen et enfin dans l’Afrique
noire.

     a) L’Afrique du Nord

     (expansion brit. et française). Région est étroitement liée à la vie économique
européenne.

     L’Egypte : les européens (surtout des Anglais qui ont postes impt) ont entre leurs
                mains les travaux pulbique, les entreprises de transopt, les industrie et le
                commerce mais ne possèdent que 14% des terres agr. (120000 européens
                exemptés d’impôts directe et bénéficiant des immunités de juridiciton).
                Cette présence européenne provoque un grand essor économique :
                progrès techniques agricoles, ch. de fer dus à l’afflux de K étr (anglais
                surtout alors que français jusqu’en 1903). Mais cette prospérité n’a pas
                amélioré le sort des paysans et il y a peu de résistance à la présence
                anglaise si ce n’est dans la jeunesse intellectuelle.




                                                                                            36
      L’Algérie et la Tunisie : Influences européennes très inégale car en Algérie, dure
                                depuis 80 ans (avec régime d’assimilation douanière et
                                admisnistrative, législation agraire qui vise à abolir propriété
                                collective et à délivrer aux indigènes des titres individuels de
                                propriétés, droits de suffrages accordés à certains
                                indigènes). En Turquie, dure depuis 30 ans (statut de
                                protectorat, législation douanière favorable aux Etats étr,
                                immigrés italiens autant que français étant avantagé sur les
                                autres étr.). Mais dans les 2 cas, l’activité économique a été
                                dvpées grâce aux K français.
      Maroc : présence fr. encore insensible au point de vu économique et social. C’est le
               tout début des projets de dvpmt économique (ports, voies ferrées, routes).

      b) L’Afrique du sud

      C’est la partie du continent qui a été le plus vite transformée par les influences
européennes. On découvre les mines de diamants puis d’or. Cela provoque un afflux
d’immigrants eur, l’encerclement des 2 Républiques boers par les nouveaux territoires brit.,
dvpmt du réseau ferroviaire, l’annexion en 1902 par la GB des 2 petits états boeurs. Il y a
aussi un afflux de K (pour les brit. presque autant qu’en Inde). Cela provoque des chgmts
sociaux car pleins de nouveaux immigrants arrivent (chinois, hindous qui revendiquent le
droits de vote sous l’impulsion de Ghandi). S’ajoute à cela les chmgts dans les mentalités
des indigènes sous l’influence des missionnaire : 300000 Noirs deviennent protestants.
      L’avenir de la domination blanche dépend de l’entente entre les brit et les boers et c’est
à cela que travaillent les Brit. En 1919, ils créent l’Union Sud Africaine qui semble, à cette
date, être une réussite.

      c) L’Afrique Noire

      Le but immédiat des européens au point du vue économique est de dvper la production
de denrées alimentaire et de matières premières (MP) destinées à l’exportation vers
l’Europe. A cette fin ils établissent une législation agraire (répartition du sol entre colons et
indigènes qui a dans l’ensemble aboutit à une véritable spoliation et à une distribution des
terres soit à des colons soit à des compagnies de colonisation fr, all ou bel qui ont abusé des
indigènes. Cela ne se fera plus, en 1914 que dans le Congo belge). Ils établissent aussi une
réglementation des recrutement de la main d’œuvre afin de garantir les intérêts de
l’employeur, une organisation des exploitations agricoles, forestières ou minières. Le but de
ces dures contraintes est de permettre la construction des routes et des voies ferrées.
Pourtant l’équipement ferroviaire est encore très modeste comparé à l’Afr centrale et l’Afr du
N. L’apport européen est difficile à évaluer dans cette économique d’Afrique Noire. Mais
l’élément positi de la colonisation européenne est d’avoir apporté la puissance dans ces
régions où la guerre était auparavant à l’état endémique.
      On assiste aussi à des chgmts énorme dans les structures sociales : déclin des
arstocraties locale et formation d’une nouvelle élite indigène avec les pensées et les
techniques européenne. Il y a également une influence religieuse sauf dans les régions
musulmans. Cela prépare la voie à l’européanisation

      Le continent africain vend 83% de ses exportation à l’Europe et achète 72% de ses
importation en Europe, tandis que la part du commerce américain n’est que de 5%. Dans le
siècle précédant, les heurts entre puissances européennes avaient été violents en Afr du N.
et du S. mais cela s’est apaisé. En ce début de siècle, c’est l’Afr centrale qui retient les
regards : les Allemands visent les territoires des 2 petits pays européens que sont le
Portugal et la Belgique.
      La GB semble l’accepter. En 1913, elle fait un accord secret avec l’Allemagne qui
partage économiquement ces territoire et visent à une future influence politique.


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      La Belgique prend peur et la France proteste en 1914 auprès du gvt anglais qui décide
d’ajourner la ratification de l’accord ango-all.
      La question de l’Afr centrale reste en suspens et en fait ce temps d’arrêt sera définitif
puisque surviendra 3 mois après la 1GM. Mais il est intéressant de constater que les brit
sont disposés à dériver ver le contient afr les desseins d’expansion all.


     Chapitre XVI : les influences européennes en Amérique latine


     C’est le champ de prédilection pour l’expansion européenne, non seulement au point
de vue démographique ou économique, mais aussi au point de vue intellectuel.

     a) L’influence démographique

        Elle est surtout importante en Argentine (mêmes droits pour les immigés que pour les
natifs, la pop se multiplie par 5 de 1870 à 1914, stt dû à l’immigration italienne et espagnole,
rôle subordonné des immigrés dans la vie sociale car ils n’ont pas de K). Au Brésil,
l’influence démographique est moins impte qu’en Argentine car le climat est moins favorable.
Ouvriers agricoles et colons arrivent, mais les immigrés espagnols, italiens et portugais sont
pauvres. Il n’y a donc pas d’influence dans l’orientation de la vie économique et politique, les
colons sont de petits proprios. Italiens et allemands deviennent ensuite influents dans la vie
économique mais le gvt all ne fait rien pour en tirer profit.

     b) L’influence financière

       Elle est partout prépondérante dans les états sud-américains. C’est stt grâce à l’afflux
de K européens (GB domine, mais aussi France dès mi XIXe puis Allemagne, Belgique,
Hollande à fin XIXe). C’est grâce à ces K qu’on a les moyens de dvper les moyens de
communication moderne, les industries extractives, les gdes entreprises agricoles.
       L’Argentine est le principal champ d’activité de ce capitalisme européen. Les gdes
banques étr et stt brit. La prépondérance brit a aussi lieu en Uruguay. Quant au Brésil, les
investissements étr ont été moins impts mais là aussi l’influence angl domine. Au Chili et au
Pérou aussi.
       Depuis 1912, se dvpe l’arrivée de K au Vénézuela (Brit stt) avec la découverte de
ressources pétrolières.
       Ni la Bolivie ni la Colombie n’offrent des occasions comparables à l’expansion
financière européenne.
       La part des investissement américains en Am.S est 10 fois moindre que celle des K brit
représentant environ 60% des K étr en Am.S. les Investissement américains commencent
seulement à apparaître au Pérou et au Vénézuela et la seule région où ils occupent une
place impte est le Chili (nitrates et minerais de cuivre).
       L’afflux de K et les techniciens européens a donc eu un rôle décisif dans le dvpmt
économique de l’Am.S, qu’il s’agisse de la construction des voies ferrée (préface
indispensable à la mise en place d’exploitation des ressources dans ces pays), de
l’exploitation minière, ou même des grandes plantation agricoles dont la production est
destinée à l’exportation.
       Les résultats de ces efforts s’inscrivent dans les relations commerciales entre ces états
et l’Europes. La GB importe plus de l’Argentine (céréales et viandes) que d’Inde ou
d’Australie par exemple et les Français et les Allemands importent aussi énormément de ce
pays. Le Chili et le Brésil exportent aussi énormément vers les pays d’Europe (Chili stt à
l’Allemagne).
       C’est seulement dans le domaine des industries textiles et métallique que l’influence
des Européens reste négligeable car elles sont peu dvpées dans la production que les
européens leur vendent pour l’instant.


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      c) L’influence intellectuelle

       Elle est très impte.
       L’Espagne, tandis qu’elle a perdu toute l’influence économique, conserve à cet égard
un rôle impt. La majeure partie de ces pays ont reçu la civilisation « occidentale » de
l’Espagne. Mais il y a pourtant un déclin
       C’est la culture française qui a dans les milieux cultivés le plus gd rayonnement.
Influence en littérature, droit, philo –école positiviste-. Elle a la première place dans les biblio
et les enseignements.
        Les Allemands sont assez influents intellectuellement au Chili, en Bolivie et en
Argentine et bien entendu au Brésil méridional.
       Les Italiens ont leurs écoles destinées uniquement ou presque aux enfants des
immirés.
       Les Anglais, dont l’influence dans la vie économique et financière est si gde, ont une
faible influence intellectuelle.
       Ce sont donc les influences latines qui dominent largement malgré quelques
exceptions allemandes. Mais dans les faits politiques, bien que ces régimes invoquent les
principes de gvt démocratiques, ces pays ne connaissement guère d’autres formes de gvt
que le pouvoir personnel. Bien que svt la constitution soit écrite selon les valeurs françaises
ou américaine, on ne les respecte pas dans les faits.

      Vassales de l’Europe au point de vue économique et financier, ces Républiques en
restent profondément séparées par l’esprit de la vie politique.


      Chapitre XVII : les concurrents de l’Europe


       A la veille de la 1GM, l’Europe ne paraît donc n’avoir rien perdu de sa force
d’expansion. Elle est l’animatrice de la vie économique dans la majeure partie du monde et
de ce rôle tire des profits directs pour sa vie industrielle (exportation vers les pays neufs). De
son rôle financier, elle tire l’avantage de pouvoirs acheter des MP et des denrées alimentaire
même si elle exporte moins qu’elle n’importe. Les pays développés et les PVD se complètent
donc et les pays dvpés dominent la relation commerciale. L’Europe est aussi un grand agent
de transformation de la vie sociale : dans les colonies par la formation d’une élite locale et
dans les pays indépendants par la présence économique favorisant le dvpmt d’une
bourgeoisie locale. De même, les nombreux K européens peuvent bouleverser le régime
agraire des PVD (ex : Mexique). L’Europe essaie aussi, mais avec moins de succès, de
diffuser ses idées religieuses et politiques. Mais l’Européen garde confiance, en dépit des
signes qui laissent présager la résistance des jeunes nationalisme dans les colonies ou les
pays neufs.
       Le rayonnement est pourtant mis en échec dans quelques régions du monde par des
forces jeunes, celles du Japon et des USA. Que représentent, à ce moment, dans les
relations internationales, au point de vue politique et économique ces concurrences ?

1) Le Japon

      Il s’est engagé depuis 1894 dans une politique de puissance et a dès le départ mené
un double effort d’expansion et de dvpmt économique : deux aspects complémentaires d’un
même dessein. L’annexion de Formose en 1895 et de la Corée en 1910 lui a permis
d’acquérir des ressources alimentaires indispensables à une population de 54 mios
d’habitants en 1914. Cela lui a aussi permis d’acquérir du charbon et du fer pour l’industrie
métallurgique afin de mener une politique d’armement indépendante. Cette annexion lui a



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aussi fournit des débouchés pour ses productions textiles, ce qui lui a permis d’acheter des
MP et des denrées alimentaires à l’étranger.
      Quel est, en 1913-14, le bilan de cet effort d’expansion ?

-   L’agriculture est encore assez traditionnelle et ne répond pas aux besoins croissants de
     la population, pour le riz notamment.
-   Les progrès de l’industrie sont inégaux : l’industrie extractive ne permet pas de répondre
     aux besoins croissants de la population. L’industrie métallurgique non plus. Les
     chantiers de construction navale ne sont pas performants car ils doivent acheter à
     l’étranger les machines industrielles. Seul le textile et le coton sont bien dvpés au Japon.
     Cette industrie moderne fait donc modeste figure.

      Pourtant, la physionomie générale du commerce extérieur tend à ressembler à celle
d’un état industriel. En 1890, il importait des produits manufacturé et exportait des MP. Mais
en 1914, il exporte des produits manuf. Et achète des MP.
      Mais les Européens ne font pas confiance à la stabilité monétaire du Japon et donc ils
hésitent à investir là-bas alors que le Japon en a besoin. Le commerce avec les Européens
reste donc faible (le Japon ne peut presque rien leur offrir) et il est un peu meilleur avec les
USA (le Japon leur vend beacoup de soie brute contre des machines, de l’acier, du pétrole).
Mais le commerce est bcp mieux équilibré avec le continent asiatique : le Japon achète des
MP et exporte des prod. manuf. C’est là que les conditions sont les plus favorables à son
essor industriel et qu’il dvpe son effort d’expansion :

      - En Mandchourie méridionale, le Japon a obtenu, par le traité de Portsmouth (1895)
      les droits et intérêts que la Russie avait avant acquis de la Chine (ch. de Fer,
      gisements miniers…). Japon acquiert aussi les droits russes dans le Liao Toung (où
      se trouve la base navale de Port Arthur). A ces avantages, s’ajoutent ceux qu’il tire de
      traités avec la Chine (1907-13) sur cette région mandchourienne. Les coréens, sujets
      japonais, peuvent s’y installer… Grâce à de nombreux K et à l’implantation de plus de
      50'000 Japonais, le Japon est en train d’organiser la vie économique de toute la
      Mandchourie méridionale où vivent alors 15 mios d’hommes. Il travaille à en faire une
      « chasse gardée » en écartant les européens et les américains.
      - En Chine proprement dite, l’activité japonaise a des formes différentes. En 1911, le
      Japon a une place impte dans le domaine économique et financier alors qu’elle était
      presque nulle en 1895, au lendemain de la guerre sino-jap. Au point de vue
      économique, il acquiert 19% du commerce extérieur chinois et 25% du tonnage dans
      les ports chinois. Dans le domaine financier, acquiert 10% des K brit et 1/5 des K all.
      Dans l’exploitation des marchés chinois. Le Japon est donc parvenu à se placer sur un
      pied d’égalité avec les puissances occidentale.
      Mais il ne s’en contente pas. C’est une influence politique qu’il recherche en Chine.
      Pour cela, les K jap. sont distribué aux différents leaders politique, prolongeant une
      crise chinoise qui ouvre à la politique nippone des perspectives favorables. Les
      européens en ont bien conscience et cherchent à limiter ces ambitions. Ils laissent
      participer le Japon au consortium international car ce n’est pas dangereux, mais ils
      veulent empêcher que le Japon obtienne parmi les 18 provinces chinoises une zone
      d’influence analogue à celle qu’il a acquise en Mandchourie.

      En Asie orientale, l’expansion est économique, financière et peut-être politique. Mais
par contre, dans les îles du Pacifiques, les Européens sont bien implanté et les Japonais ne
sont, en 1914, qu’un partenaire secondaire.

       L’expansion jap n’est donc pas limitée par les asiatiques mais par les positions solides
des européens et des américains. Son dvpmt futur dépend des moyens d’action, navals et
militaires, diplomatiques aussi, dont il dispose. Les dirigeants ne songent pas à ralentir le
rythme de croissance de leurs forces armées, bien que le seul adversaire, la Russie, ait été


                                                                                              40
éliminé en 1905. Le Japon possède donc la 4e force navale mondiale et assure une
prépondérance sur les mers d’Extrême-Orient avec la marine américaine dans le Pacifique
et la marine brit en Europe (lutte vs marine all.). Sa position diplo est quant à elle moins
favorable. Elle a obtenu la Corée sans protestation européenne et a même les bases d’un
accord, au moins temporaire avec la Russie. Mais le traité anglo-nippon a été révisé en 1910
à la demande anglaise qui craint une tp gde influence nippone en Chine et à qui les USA ont
demandé de diminuer les progrès de l’expansion nippone. Ainsi l’alliance ne fonctionnera
pas en cas de conflit entre les USA et le Japon. Mais en 1914, le Japon ne pense pas à
l’expansion par la force militaire mais par la force économique. Etdans les élections de mars,
les milieux d’affaire l’emportent sur les milieux militaires. Le japon ne menace donc pas
directement la paix en 1914.

     2) Les USA

       La place que tiennent les USA dans le monde ne cesse de s’agrandir. Ils sont 96 mios,
cad plus que tous les européens hormis la Russie.
       Le rythme de dvpmt économique est énorme. Sa puissance agricole et industrielle est
au premier rang dans plusieurs domaines (dont céréales et coton et métallurgie – 50% de
plus que l’Allemagne qui domine l’Europe).
       Les causes de cet essor sont remarquables : l’abondance des ressources des sols et
sous-sol, l’esprit d’initiatives et d’organisation, le rôle de l’Europe non négligeable (main
d’œuvre, K…)
       Les conséquences de cet essor sur les relations économique extérieures de l’union
américaine sont aussi imptes : croissance du commerce extérieur (balance commerciale
excédentaire de 600 mios de $. Ainsi l’europe reçoit 67% des exportations américaines et
ne fournit que 47% de ses importations), commerce croissant avec l’Am.S. Mais le
commerce reste encore médiocre avec l’Asie.
       Le trait le plus frappant, c’est les chgmts survenus en 20 ans dans la nautre du
commerce extérieur. En 1892, l’agriculture représentait 755 des exportation et en 1913 ce
n’est plus que 40%. L’industrie était le 18% des exportations américaines de 1892 et en
1913 c’est le 31%. Ainsi l’Amérique devient le concurrent des européens et a besoin de
l’extérieur pour sa consommation (en raison de l’expansion démographique). Les relations
ext prennent donc plus d’impce et le sentiment d’indépendance tend à s’atténuer.

       Où sont les nuages de cette prospérité ?
       Les crises économique de la du 19e avaient eu pour cause le marché les pays
européens alors que la crise économique de 1907-08 a comme cause le marché intérieur
américain. La solution est de dvper les exportation. Mais les USA sont très protectionniste
pour dvper les industries américaine. Or pour exporter il faudrait aussi importer car le
commerce se veut réciproque. En 1913, les USA baissent tout de même sensiblement leurs
droits de douanes.
       La croissance rapide de l’agriculture et de l’industrie a été possible grâce à l’arrivée
massive des européens. C’est un inconvénient pour la cohésion nationale. Il faut donc
restreindre l’immigration. Mais l’Amérique a encore besoin de monde pour un certain temps
car a besoin de main d’œuvre.
       Ce ne sont encore que des indices de difficultés qui surviendront plus tard.
       La politique extérieure de l’Union : c’est la diplomatie du $. Elle est liée aux
préoccupations économiques. Avec la croissance économique, les américains peuvent
investir à l’étranger. S’engage donc dans un politique d’expansion commerciale qui ouvre la
voie à une politique de zones d’influence souvent orientée par des intérêts stratégiques.
Mais les élections de 1912 vont changer les choses en amenant le républicain Wilson à la
présidence.
       Après la guerre hispano-américaine, il avait compris que l’expansion territoriale dans la
mer des Antilles et dans le Pacifique était le point de départ d’une ère nouvelle dans les
relations entre les USA et le monde. L’expansion économique et financière devait aboutir


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aux mêmes résultats et servir les mêmes buts : répandre les conceptions de la civilisation
occidentale et les institutions américaines. Mais Wilson s’écarte sur deux poinst de Th.
Roosvelt ou de Taft : il ne veut éviter l’expansion par la conquête territoriale car les
populations du territoire qui a été conquis doivent pouvoir disposer librement de leur sort le
plus rapidement possible. D’autre part, il ne veut pas que les K américains permettent aux
banques d’exploiter le peuple du territoire étranger. La politique commerciale américaine
cessera donc d’être guidée par l’exploitation commerciale et les intérêts d’un petit groupe
financier.
      Wilson prend donc position contre la diplomatie du $ sans renoncer à l’expansion
économique ou à l’établissement d’une influence politique. A l’intérieur comme à l’extérieur, il
veut mettre fin à l’influence excessive des puissances d’argent.
      A-t-il une intention de repliement ? Non, au contraire. Wilson croit à la mission
internationale des USA qui sont une puissance mondiale « prédestinée à dominer
économiquement le monde ». l’isolationnisme était donc périmé car le contexte intern. avait
changé depuis Washington, Jefferson…(les USA ne peuvent pas ignorer le danger
qu’impliquerait le triomphe d’une « révolution réactionnaire » dans tel ou tel autre pays). Mais
cette action extérieure, les USA doivent l’exercer en faveur de la paix. Ils doivent établir une
organisation internationale de la paix.
      Dans les relations internationales, l’influence des USA en 1914 est très inégale selon
les zones géographiques :

     - Le continent américain : un cadre de coopération économique et intellectuelle est
     établi pour préparer les voies à une solidarité politique. Mais le contenu manque
     encore. Le processus est lent car les positions acquises par les européens sont solides
     et les sud-américains critiques bcp (mais c’est sans conséquences politique car les
     gens ont trop peur de la puissance américaine et car les pays sud-am. ne sont pas
     unis contre les USA, car il y a bcp de nationalisme, de particularisme entre les pays).
     Wilson, par ses discours critiquant le milieu financier qui exploite ces pays, tente de les
     rassurer en leur promettant une totale égalité avec les USA. Son seul dessein est de
     favoriser « le dvpmt de la liberté constitutionnelle dans le monde ». Il veut donc rétablir
     la confiance entre l’Amérique latine et les USA. Or l’influence des intérêt économique
     et financier n’est pas de nature à concourir à ce résultat. Mais ces déclaration
     conciliantes n’entravent pas le dvpmt de l’expansion américaine dans les champs
     d’action déjà choisis par Th. Roosvelt : Am centrale, mer des Antilles, Mexique,
     Nicaragua où on maintient des forces amrées, Haïti où les pressions politiques sont
     fortes afin d’empêcher l’Allemagne d’y assurer une influence. Force est de constater
     que malgré la condamnation de la diplomatie du $, Wilson continue de s’en inspirer
     dans les régions où les USA ont des intérêts navals ou économique prépondérants : il
     n’est pas question d’appliquer, en ce cas, les principes d’une collaboration amicale.
     Dans ce cas, il agit dans l’intérêt national (la protection des K lui fournit l’argument et
     l’occasion.

       - Extrême Orient : 1898-99 : annexion des archipels du Pacifique (Hawaï,
       Philipines, Samoa). En 1912, les USA participent au consortium international qui
       offrait au gvt chinois un gros emprunt. Wilson dira que le consortium impose à la
       Chine des conditions incompatibles avec l’indépendance administrative de la Chine et
       donc les banques am. abandonnent l’affaire. Mais les USA ne négligent pas les
       intérêts économiques de ses nationaux en Chine. Ils reconnaissent de jure le gvt
       chinois (alors que les Européens hésitent) et obtient en contrepartie les droits sur un
       gisement de pétrole et c’est un américain qui conseille le gvt chinois. Mais en regard
       de la GB, l’influence américaine est médiocre (K am sont 10 fois moindre que les K
       brit.).

       - Le Mexique : seul terrain où l’expansion financière américaine est en rivalité aiguë
       avec l’expansion européen. Le Mexique est au 3e rang de la production mondiale de


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       pétrole en 1913 et la marine anglaise en a besoin. Leurs intérêts pétroliers sont en
       concurrence avec ceux des USA et cette concurrence amène chacun à intervenir
       dans la politique intérieure mexicaine. Chacun favorise des hommes ou partis
       politiques différents. Mais la GB finit par céder car tout le K anglais au Mexique ne
       pourrait compenser même le simple risque de perdre l’amitié américaine. En
       contrepartie, les USA promettent de réviser, au profit des intérêts brit, le tarif de droit
       de passage dans le canal de Panama.

             2)       Japon-USA

      La force d’expansion du Japon et des USA sont rivales dans le Pacifique et en
Estrême-Orient. C’est rassurant pour les intétêts européens. Les USA intimident le Japon et
finalement les deux pays signent une déclaration commune par laquelle ils promettent de
respecter mutuellement leurs possessions territoriales dans le Pacifiques et en Extrême
Orient, et de ne pas porter atteinte ni à l’intégrité ni à l’indépendance de la Chine. Mais cela
n’a pas rassuré des USA qui font pression sur la GB pour obtenir la révision du traité angol-
nippon. Ils l’obtiennent. cela montre la persistance d’une inquiétude et le dessein de mettre
en échec l’impérialisme nippon : antagonisme latent dont les Européens peuvent tirer
avantage.


     CHAPITRE XVIII : L’EUROPE AU PRINTEMPS DE 1914


      Ebranlée par la concurrence. USA et Japon, l’Europe est bien plus gravement
compromise par une menace de conflit en Europe. Les litiges marocains et balkaniques ont
reçu des solutions diplomatiques mais ces traités n’ont pas amené un apaisement durable 
début 1914 : sollicitations pressantes du sentiment national et choc des intérêts
économiques et financier sont es traits marquants  les menaces s’étendent.


     Les sentiments nationaux

     C’est le contre coup des difficultés qui opposent les grandes puissances (perspectives
de guerre donne leur chance aux adversaires du statu quo). Mais c’et aussi l’alibi des
grandes puissances pour semer le trouble.

     a) Irlande

       Novembre 1912 : Home Rule (autonomie)  répété par la Chambre des Lords mais
doit entrer en vigueur fin 1914 et cela crée des tensions entre catholiques indépendantistes
et protestants d’Ulster qui sont pour que le Home Rule Act ne soit appliqué qu’à l’Irlande
catholique  l’Angleterre protestante ne voulant intervenir, les deux Irlande se renforcent. 
Répercussions car l’Angleterre doit s’y consacrer et devient plus faible sur le continent
(prévoir des troupes au cas ou).

      La politique allemande veut exploiter cette crise Irlandaise  elle vend des armes
aux deux camps  les Irlandais favorables aux allemands ( !).

     b) Alsace-Lorraine

       Il y avait eu des progrès entre 1901 et 1910, puis en novembre 1913, incident entre les
militaires allemands et la population alsacienne  l’esprit de la résistance à la domination
allemande augmente.



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     c) Pologne

      En Prusse polonaise, la Prusse essaie d’interdire la langue et d’imposer une
colonisation allemande mais la population se révolte.
      En Pologne russe on revendique l’autonomie (la bourgeoisie) mais aussi
l’indépendance. (les forces actives du mouvement national).

       GB, All, Russie, savaient qu’il y aurait des difficultés probables en cas de conflit.
Mais ce n’est pas dans l’immédiat des causes de conflit entre les grandes puissances.


     Les litiges balkaniques :

       Dominé par le souvenir des luttes récentes (atrocités inimaginables)  risques de
conflits immédiats dangereux pour la paix générale.

     1) Macédoine

      Les populations peuvent regretter l’empire Ottoman et ses libertés religieuses et
l’enseignement car, alors que la carte des nationalités expriment un chaos total, la politique
des gouvernements et l’assimilation forcée.

     2) Principauté d’Albanie

       C’est le tracé des frontière de ce nouvel état qui pose problème avec la Grèce, après
en avoir posé avec la Serbie (Octobre 1913)  voit l’Albanie qui gagnera car l’Italie ne veut
pas que la Grèce obtienne la côte orientale du détroit de Corfou. « Rappel : avec l’appui de
l’Autriche-Hongrie, ils avaient eu l’accès à l’Adriatique qui était autrement destiné à la
Serbie »  Italie et Autriche-Hongrie veulent étendre leur influence sur ce pays placé
stratégiquement et se fait conquérir pour placer un allié au pair  crise albanaise qui met à
rude épreuve la Triple-Alliance elle-même.

     3) Les Iles Ottomanes de la Mer Egée

      conflit diplomatique entre la Turquie et la Grèce qui menace de devenir un conflit armé
(les deux pays renforcent leurs forces navales). Mais ces nationalismes balkaniques ne sont
pas les seules menaces d’un conflit général :

     4) Les détroits

       Elle en est une autre.
       La Turquie doit réorganiser ses armées (défaites de la première guerre balkanique) et
veut faire appel à un général allemand (lien Brt( Britain ?) avec le chemin de fer)  cela est
fait et conclu par un même accord : l’Allemagne : augmente ses influences politiques, le
général devant notamment garantir la sécurité de Constantinople (!)  cela ne plait pas à la
Russie qui fait pression  le général ne commandera pas l’armée de Constantinople mais
restera inspecteur général de l’armée turque  la Russie accepte.


     Les rivalités économiques et financières

      L’augmentation des relations économiques et financières entre les pays européens =
plus de rivalité que de solidarité.




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     a) Economiques

       fin 1913 début 1914 : Allemagne et GB qui ont le rythme du développement le plus
rapide sont l’un pour l’autre les meilleurs clients. Mais entre les deux, la concession sur les
marchés européens est âpre et les allemands érodent énormément la prépondérance que
les anglais avaient conservés jusqu’à la fin du 19ème siècle et même parfois la dépassent
(Belgique, Hollande, Italie, Russie, Serbie, Roumanie, Bulgarie.)

       Les causes du succès allemand ?  la situation géographique (prix de transport
bas, sauf dans les régions éloignées et atteignables par la navigation – Espagne, Portugal)
La ténacité du commerçant, les prêts bancaires facilités.



     Les relations économiques Allemagne-France :

      Il y a une compétition dans leurs exportations mais pas au point de Allemagne-
Angleterre. Ils s’échangent des Matières Premières (charbon allemand contre minerai de fer
français) et ont des parts dans les industries de l’autre.

Italie : elle achète du charbon en Angleterre (transport moins cher par la mer) et des produits
        manufacturés à l’Allemagne  banal. Mais ce qui importe c’est l’emprise des
        allemands dans les principaux secteurs dans la vie économique (ils tiennent les
        banques dont dépendent les commerces italiens).

Russie : relations commerciales très actives avec l’Allemagne (47% des importations et
          29,7% des exportations de la Russie) mais très très faible avec l’A-H. Les russes
          ont plus de relations commerciales avec la GB (trois fois moins qu’avec
          l’Allemagne ! ! !) qu’avec la France. Mais les russes aimeraient se détacher de
          l’empire allemand sur son commerce extérieur.

        Quelles influences sur les relations politiques ?
    Les mesures prises par la Russie et la France pour diminuer l’expansion commerciale
    allemande sont la conséquence des difficultés politiques ( ≠ causes).
        alors que l’Allemagne et l’Angleterre ont commencé à commercer quand ils
s’entendaient politiquement, cela a t-il fait naître des divergences politiques (la GB perd sa
suprématie industrielle) ?

Angleterre : pas de taxes. douanières (protectionniste) car les libéraux au pouvoir en
             Angleterre n’en veulent pas. Pas d’envie de conflit armé de la part des hommes
             d’affaires anglais pour diminuer le commerce allemand  en Angleterre cela
             n’a pas amené des problèmes politiques.

Allemagne : l’Allemagne dont les exportations sont dirigées pour 75% vers les marchés
              européens, est-elle menacée par une crise économique début 1914 ? Non, il y
              a une légère récession mais cela va mieux après le printemps. De même, les
              hommes d’affaires allemands ne pensent pas qu’il faut annexer du territoire
              français pour s’assurer des réserves de minerai de fer.  comment certains
              ont-ils pu affirmer que les desseins annexionnistes, qui se sont manifestés
              après les victoires allemandes de 1914 auraient pris forme avant la guerre ?


     b) Financières




                                                                                            45
       C’est à Londres et à Paris que se trouvent les 2 grands marchés financiers européens.
La GB est depuis longtemps le centre commercial (flotte) et financier (les 50 banques hyper
organisées de la city)  Le total des investissements anglais au dehors est en 1914 de 4
milliards de Livres = les 2/5 de la fortune nationale. Et ses flux financiers qui avantageaient
l’Empire, les USA, l’Amérique Latine et le Moyen-Orient vont partout.

       La place financière de Paris, elle doit sa place à l’esprit d’épargne qui caractérise la
population française dans ce début du XXème siècle.  Investissements à l’extérieur = 45
milliards de francs = 1/6ème de la fortune nationale. Ces flux financiers vont à l’Empire
colonial mais surtout vers l’Europe (les 2/3), surtout la Russie (11,5 milliards), l’Empire
Ottoman, les Etats ibériques et balkaniques. Les politiciens français utilisent pleinement
l’arme financière. Les prêts à l’A-H sont interdits ! (entente avec la Russie) et ceux à l’All.
aussi !

     A côté de ces deux marchés financiers, le marché financier allemand n’a qu’un rôle
modeste, les bénéfices industriels sont pourtant considérables. Mais les allemands les
placent en Allemagne même (investissement à l’étranger = 1/10ème de son capital financier).
      Les préoccupations politiques amènent début 1914 des débats sur ces mouvements
de capitaux.

       En Russie, les capitaux étrangers (GB, Fr, All.) ont une part très importante dans
les développements économiques et industriels et la Russie avantage les français, à
condition qu’ils donnent plus.

   Les plus gros demandeurs sont les états balkaniques (couvrir les guerres de 1912-13,
   reconstruction, et réarmement)

      Serbie : capital A-H qu’elle veut remplacer par des capitaux français (chemin de fer
en construction)  controverse encore au déclenchement de la 2ème GM

       Bulgarie : là, le caractère politique de ces tractations financières est très marquées,
elle est censée se tourner vers l’A-H (conséquences du Traité de Bucarest) et la Russie
réagit. Elle incite la France à faire un prêt à la Bulgarie à condition qu’elle change
d’orientation politiquement. De l’autre côté, l’A-H fait pression sur l’All. pour qu’elle fasse un
prêt. Mais en 1914 : l’affaire atteint le point critique, l’emprunt se fera en direct de l’All. (les
Russes exigent trop).

        Le gouvernement Ottoman : ils cherchent en février 1914 un appui financier et
l’obtient de la part de la France contre des commandes de natures militaires et navales.à
l’industrie française et trois postes important dans l’administration des affaires économiques
ou financières.

       Les Français, bien que conscients qu’il faudrait garder une partie du capital, au
pays pour les besoins du réarmement, utilisent très bien l’arme financière, qui est en bonne
place dans l’arsenal des moyens


      Chapitre IXX : Les états et les peuples devant la menace de la guerre


       Les états sont tous en face du même problème  les réactions psychologiques des
masses et des gouvernements permettent de comprendre dans quelle atmosphère survient,
en juillet 1914 la crise finale.




                                                                                                 46
     La psychologie collective

       Tensions I  montée de la politique d’armement terrestre  montée effective militaire
(très importante alors)  résonance dans la psychologie nationale. Tous les grands états
européens se réarment depuis le début de la crise balkanique de 1912. Mais à rythmes
inégaux.

     L’Allemagne : Elle en a pris l’initiative (victoire Etats balkaniques sur Empire Ottoman
                    diminution de la puissance militaire de l’A-H contre la Russie car il
                   faudrait aussi des troupes à ses frontières méridionales).Stratégie
                   allemande en cas de Guerre générale : la presque totalité de ses forces
                   contre la France et il faut qu’en 6 semaines ce soit fini  puis viendra le
                   tour de la Russie.  cela implique la rapidité de la mobilisation et donc
                   l’All. augmente ses effectifs. (facile, car tous les conscrits aptes n’étaient
                   pas jusque là incorporés) (820'000)

     L’Autriche-Hongrie : Pas d’efforts militaires énormes demandés à la population  on a
                          voulu changer ça après la 1ère guerre balkanique, mais en 1914
                          cela n’est pas encore dans les faits (administration très lente). Les
                          efforts des puissances centrales ont entraîner une riposte de la
                          France et de la Russie (160'000)

     France : réplique immédiate  projet de loi en mars 1913, votée en août. On prévoit
               de devoir faire face dès le début de la guerre à une offensive allemande
               massive. Et on ne veut pas avoir une attitude défensive  il faut avoir
               beaucoup d’hommes prêts et le seul moyen est d’augmenter la durée du
               service militaire puisque la situation démographique ne permet pas
               d’augmenter le nombre de recrues. L’opinion publique n’y voit uniquement
               un moyen de défense s’il y a une attaque. (750'000)

     Russie : réplique plus lente. Fin 1913 on décide d’augmenter les effectifs en tant de
               paix, mais la réforme prévoit ses effectifs sur trois ans  1917 (et encore,
               elle n’utilise pas beaucoup le potentiel démographique). Plus de volonté de
               construire un chemin de fer ( prêt français en décembre 1913) (1'500'000)

     Ni l’Italie ni la GB ne prennent part à cette course aux armements terrestres.

     L’Italie : Situation budgétaire ne permet pas un effort militaire (100'000)

     Angleterre : Obligation du service pas dans les traditions  il faut favoriser la marine
                  car rivalité navale avec l’All.  la conscription compromettrait la
                  supériorité économique de l’Angleterre (6 divisions)

   Les petits états riverains de la Mer du Nord et de la Mer Baltique prennent des
   précautions (Hollande, Suède). De même que le gouvernement belge qui réclame
   une ??? en cas de violation de son statut de neutralité.

      Dans tous les états ou elle se développe, cette course aux armement entretient une
inquiétude dans l’opinion publique. Il faut justifier l’augmentation des effectifs et les impôts
qui en découlent  on insiste sur le risque de la guerre  débats parlementaires et
campagnes de presse développent dans l’opinion publique la conviction que la tension
mènera vraisemblablement à la guerre. Cette conviction ne peut-elle pas finir par entraîner
une sorte d’acceptation ?
    Les effets sont différents sur l’opinion selon les pays.



                                                                                              47
      France : l’augmentation des charges militaires se heurtent à des résistances tenaces
                les élus au parlement en avril 1914 sont ceux qui sont pour la suppression
               de programme « des trois ans »  majorité parlementaire mais pourtant on
               est pas prêt à renoncer à l’Alsace-Lorraine.

      Russie : les paysans sont passifs. L’armée et la bourgeoisie libérale sont pour une
                expansion dans les Balkans, les ouvriers suivent les socialistes
                révolutionnaires et sont contre cette guerre impérialiste.

      GB : rivalités économiques et navales  l’opinion publique est méfiante à l’égard de
            l’All. (pas forcément les milieux politiques libéraux).

      Italie : elle est secouée par des problèmes intérieurs. Depuis que le suffrage universel
               a été instauré en juin 1912.

      L’Autriche-Hongrie : elle est aussi secouée par le regain de vigueur de l’agitation des
                        minorités nationales dû au succès des mouvements nationaux dans
                        la péninsule balkanique (Croates, Serbes, Bosniaques, Slovènes,
                        Tchèques,)  l’opinion publique n’a pas d’idées sur la situation
                        intérieure et c’est la faiblesse fondamentale de l’A-H sur le plan
                        intérieur.Dans tous ces états on ne peut pas discerner un large
                        courant d’opinions qui soit favorable à la guerre.

      Allemagne : les campagnes belliqueuses ne trouvent pas en face d’elles une
                   résistance sérieuse (différence avec la France ). Même le parti socialiste
                   qui a le plus grand nombres de sièges au Reichstag accepte de voter la
                   loi militaire de 1913, qui déclenche la course aux armement terrestres.
                   Les partis bourgeois, eux, s’intéressent à l’empire colonial et
                   revendiquent à l’All. sa « place au soleil ». L’opinion publique accepte
                   plus aisément que dans les autres états l’éventualité d’une guerre.


      Les desseins des gouvernements

      a) Russie :

       Deux tendances s’opposent
       1) les artisans d’une politique de prestige et d’expansion au dépend de l’empire
Ottoman ne sont pas contre une guerre qui pourraient les avantager (plus régler la question
des détroits) contre Ottomans et allemands dans l’empire Ottoman  il faudrait pouvoir agir
vite pour s’emparer des détroits de Constantinople. La Russie pour l’instant, n’a pas les
moyens militaires et navals.
       2) Les milieux de droite ont peur de la Guerre car ne sont pas prêts au niveau des
chemin de fer, de l’industrie et militaire, et la masse risque de suivre la propagande
révolutionnaire.

     Dans le milieu du Tsar, on est assez favorable à l’All. qui a abandonné son régime
parlementaire. Mais pourtant tous ces milieux sont d’accords sur les objectifs à court terme :
une guerre serait la catastrophe pour la Russie, et l’All. le sait.

      b) France :

       R. Poincarré, Président, Lorrain (!) a le sens de la grandeur nationale  il veut
défendre les intérêts de la France. Il sait que la division de l’Europe en 2 blocs antagonistes
est inévitable, et dès lors, son but est de renforcer l’alliance franco-russe et l’entente franco-


                                                                                               48
anglaise. Il semble penser qu’une guerre contre l’All. est inévitable. Pourtant les
observateurs étrangers sont d’accords pour penser que les dirigents français veulent le
maintient de la paix (Angl., Russie, All.).

      c) Autriche-Hongrie :

     elle ne s’intéresse qu’aux Blakans. Buts = l’augmentation de l’influence de l’A-H en
s’appuyant sur la Bulgarie et la Turquie et en faisant pression sur la Roumanie  Isoler la
Serbie !

      d) Italie :

       Attitude peu uniforme  affaires étrangères sont sceptiques sur l’avenir de la Triple-
Alliance et l’état-major travaille à la renforcer. La collaboration avec l’A-H devient plus difficile
car baisse de l’empire Ottoman  augmentation de l’importation de la G. de l’Adriatique. Les
allemands redoutent cette divergence. Mais ces difficultés n’empêchent pas l’état-major
italien de proposer à l’All. une aide militaire en cas de guerre contre la France et de mettre
cela noir sur blanc.
       (Rappel : accord France-Italie de 1902 avait rendu précaire la relation Italie-
Allemagne).

      e) Allemagne :

       En décembre 1912, l’Empereur admet l’idée d’une guerre nécessaire contre la Russie
et la France.
       En nov. 1913, l’Empereur dit que la France est hantée par la revanche et que la guerre
est inévitable. Il dit de même a propos de la relation entre l’A-H et la Serbie.
       Mais il ne faut pas attribuer grande valeur à ses paroles échappées dans l’intimité, par
un homme aussi impressionnable.
       Mais les choses changent quand la Douma vote le réarmement russe, sur 3 ans.
        Les All. font partager à l’A-H leur désir d’envisager comme prochaine la guerre, car
leur avantage militaire ne sera durable (l’Etat-major dit ça). Et, ils leur promettent (Guillaume
1er) un appui inconditionnel dans les Balkans.

      f) Angleterre :

       Malgré son orientation depuis 1904, la GB peut encore jouer le rôle d’arbitre entre les
deux alliances. Elle souhaite la paix, car l’opinion publique, intérêts économiques et financier
dans le monde entier, la question Irlandaise.
       Dans ce printemps 1914, elle retente une négociation avec l’All. sur l’armement naval.
Et elle refuse que la Triple Entente devienne Triple Alliance. C’est certainement dans le but
de cette négociation que les Anglais laissent l’expansion allemande vers l’Asie Mineure et
l’Afrique centrale. Mais les All. refusent. Pourtant cet échec ne change pas la position de
l’Angleterre, qui dans son rapport avec la Russie et la France veut garder le choix en cas de
guerre, ne pas s’engager (l’opinion publique et parlementaire ne le veulent pas).

       Rivalités  tentative de renforcer les alliances, crainte des dirigeants de ne pas être
fermes, la course aux armements, causes et conséquences de la montée des tensions
internationales ; inquiétude de l’opinion publique, menaces de conflits par l’All et A-H, puis
par Russie ; les plans des états-majors qui voulaient attaquer avant que l’autre soit prêt ; les
réactions personnelles des hommes d’état qui croient le conflit probable : voilà ce qui
contribue à former une atmosphère favorable à l’appel aux armes, à entretenir une
« psychose de guerre ». Et c’est en All. que ces facteurs sont les plus présents.




                                                                                                  49
      Le 20 mai l’état-major demande aux affaires étrangères de préparer une guerre
prochaine.
      Le 20 juin en France, on pense que le danger n’est pas immédiat, pas menaçant.


     La crise de juillet 1914

      Le 28 juin l’archiduc héritier d’A-H, François Ferdinand est assassiné à Sarajevo par un
jeune bosniaque. C’est un épisode dramatique du conflit des nationalités et du mouvement
nationaliste yougoslave.  Pourquoi cela entraîne une « épreuve de force » qui mène à la
1ère GM, alors que dans d’autres moments critiques, la paix est sortie indemne ?  il y a bien
sûr le souvenir d’une menace récente, des rivalités et des heurts dans les courants du
sentiment national, plus dans ce cas précis une série d’actes et de décisions (tout ce qu’on a
vu).

     Ces actes et décisions :

      L’A-H y voit l’occasion de faire face au danger yougoslave  elle veut entamer une
guerre préventive que l’All. approuve
       ultimatum le 23 juillet et déclaration de la guerre austro-serbe le 28
       le 29, la Russie mobilise les troupes prévues en cas de conflit austro-russe et l’A-H,
qui pourrait alors arrêter, continue sa progression. La France affirme qu’elle soutiendra la
Russie si l’All. rentre en guerre, et le 29, l’All. annonce qu’elle mobilisera ses armées si la
Russie continue à la faire.
       le 30, les russes décident la mob. générale de leurs forces armées.
       le 31, l’All. lance un ultimatum à la Russie, mais aussi à la France. Et le lendemain,
elle décide la mob. générale
       le 1er août, la France décide la mob. générale elle aussi.
       le 4 août, l’All. viole la neutralité belge (ultimatum le 2) et  la GB déclare aussitôt
sa volonté de défendre la neutralité belge  le soir même elle entre en guerre.

      Le sens des politiques nationales :

     Autriche-Hongrie : il faut régler le problème du mouvement serbe car il menace de
                        disloquer l’état s’il réussit et entraînera les autres mouvement
                        nationaux.  mieux vaut risquer une guerre avec la Russie
                        maintenant que dans 3 ans.

     Russie : question de prestige après l’échec de 1909, et question essentielle pour les
               intentions stratégiques et économiques de l’empire (influences sur les
               populations chrétiennes des Balkans = moyen de pression en vue d’obtenir
               une modification du statut des détroits et l’accès à la Médit. Et la
               prépondérance de l’A-H dans les Balkans favoriseraient les desseins all. à
               Constantinople).

      Mais ni l’A-H ni la Russie ne peuvent envisager cette guerre sans avoir obtenu l’accord
de leurs alliés respectifs :

     Allemagne : elle a toujours promis tout appui à l’A-H. Sa seule hésitation s’est faite
                 sentir le 30 juillet car le chancelier craignait l’intervention anglaise. Mais
                 l’état-major ne pouvait plus reculer.

     France : elle ne peut reculer non plus car si elle laisse l’All. écraser la Russie, elle ne
               pourra ensuite se défendre.



                                                                                             50
      Angleterre : ils auraient pu menacer de prendre part au conflit avec la Russie et la
                    France et cela aurait certainement eu de l’effet. Mais ils n’ont pas osé
                    prendre parti, quand il était encore temps (l’opinion publique + ne pas
                    encourager les russes et les français à l’intransigeance).
       Elle dut pourtant entrer en guerre quand la guerre continentale était certaine, car elle
       ne pouvait courir le risque d’une victoire allemande, c’est-à-dire, d’une hégémonie
       continentale qui, appuyé par la force navale, menacerait la sécurité anglaise. Le 2
       août, promesse d’appui naval à la France et ensuite, c’est la question belge,
       essentielle pour les intentions anglaises, qui est venue assurer à cette politique
       l’adhésion des masses.

   Il n’y a pas eu de volonté délibérée d’entrer dans une guerre europ.

      Allemagne et A-H se seraient contentées de leur objectif immédiat : briser le
mouvement nationaliste yougoslave si les anglais n’étaient pas entrés en guerre. Pourtant,
ils envisageaient le risque d’un conflit europ. Et l’acceptaient. Lorsqu’ils ont rencontré des
résistances, ils ont préférés la guerre générale à l’abandon de leur plan.
      Les adversaires Russie et France, ont accepté la guerre, car autrement, concession ou
abandon, n’aurait fait que retarder le conflit.
      Nulle part les gouvernements ne s’arrêtaient à l’idée que l’ajournement du conflit
permettrait de chercher un compromis.

     Mais à ces intentions de sécurité, prestige, puissance, qui ont guidé les décisions du
gouvernement, ne faut-il pas ajouter l’opinion publique ?
     Réponse : NON. Ces mouvements de l’esprit public n’ont nulle part exercé une
impulsion vers la guerre et ont rarement cherché à freiner les initiatives (les socialistes, sauf
un peu en Russie, font passer en 1er plan les préoccupations nationales et renoncent à l’idée
d’une solidarité prolétarienne).

       Le consentement de l’opinion publique, accoutumée depuis des années à la guerre
probable, a confirmé les gouvernements dans la voie de la fermeté.
       Les tendances de la psychologie collective ont été à l’unisson des mobiles politiques
qui ont orienté les décisions des hommes d’états.


      Conclusion du livre 3ème :


       L’entrée en guerre en 1914 a été le commencement du déclin de l’Europe. Les
contemporains s’en sont-ils aperçus ? Ni les hommes d’états, ni les maîtres de la pensée
politique ne semblent en avoir pris conscience. Car les préoccupations extra européennes
étaient secondaires.. Tout au plus, craignait-on un recul moral, bien plus que matériel (seuls
les niveaux financiers de la City ont eu peur pour leurs affaires).

       Dans les pays extra européens non plus, on ne pense pas que cette guerre
européenne va être leur grande chance pour leur affirmation niveau international. Tout au
plus, le Japon songe t’il à plus d’influences en Chine, mais prudemment ?

     Rien de plus naturel, car on était partout convaincus que la guerre durera tout au plus
quelques mois.

      Les conséquences mondiales du conflit ne commenceront à se dessiner qu’au moment
ou s’affirmera, après 6 mois passés, la perspective d’une longue lutte.




                                                                                              51
      Conclusions générales

      Pendant toutes ces années d'apogée, mais qui marquent aussi les premiers indices de
son déclin, les conflits diplomatiques ne prennent leur sens que dans le cadre des
transformations économiques et sociales:

      -   développement industriel;
      -   augmentation du capital financier;
      -   émigration transatlantique;
      -   augmentation de l'enseignement primaire;
      -   puissance de la presse;
      -   augmentation militaire

       les RI ont des allures nouvelles.
     Quelle influence respective de ces causes profondes et des initiatives diplomatiques?
      Il faut distinguer la période bismarkienne, où ce personnage a une influence
considérable sur les RI et les psychologies collectives, et la période qui suit, qui est pauvre
en Hommes d'Etat (pas de clairvoyance à long terme).

      Alors dans cette période bismarkienne plusieurs milieux influent sur les décisions
(diplomatiques, militaires), mais il n'en reste pas moins que les initiatives individuelles ont été
loin de tenir, au début du Xxème siècle, un rôle comparable à celui qu'elles avaient joué
entre 1850 et 1870 (c'était la conclusion du tome V). Cela est peut-être différent au Japon et
aux USA sous Roosevelt.
      En Europe, les Hommes d'Etat sont dépassés par des conditions qu'ils sont incapables
de maîtriser. C'est donc l'action de ses forces que l'interprétation historique doit essayer
d'évaluer.

        Pourquoi l'Allemagne impériale, les USA et le Japon prennent-ils des places nouvelles
dans le monde?
        Essor démographique. Oui, mais n'est pas une condition suffisante, car la Russie,
l'Italie et la Chine aussi  il faut ajouter un développement de la production économique, de
la puissance financière et de la structure sociale (tous absents en Russie, Italie et Chine),
susceptibles de fournir des cadres aux forces armées.

       L'action des forces économiques et financières s'est manifestée à chaque instant 
mobile puissant dans l'expansion de l'Europe vers les autres continents et donc des rivalités
qui en ont été le résultat: la concurrence européenne pour la conquête de nouveaux
marchés ou de réserves de matières premières, et pour le contrôle des voies de
communication terrestres et maritimes, a presque constamment pesé sur les relations
politiques  influence sur l'augmentation des forces armées et rancunes, rivalités
Allemagne-Angleterre.

      Valeur de l'explication économique confirmée. Mais il ne faut pas négliger les
constatations qui la corrigent ou la limitent: Afghanistan, Fachoda, etc.  les
gouvernements, conscients que des intérêts matériels ne valaient pas une guerre, ont
toujours reculé devant la menace d'un conflit  la concurrence entre les économies
nationales ne semble pas non plus avoir été déterminante. Exemple: Angleterre-Allemagne,
pourtant les milieux financiers anglais ne veulent pas la guerre.
      Sans doute la compétition entre les intérêts nationaux a contribué à former la
conscience collective, a augmenté la méfiance mutuelle et le désir de puissance,
augmentant ainsi les risques de guerre générales, mais elle ne pourrait pas en avoir été la
cause directe.




                                                                                                52
      Les influences spirituelles et sentimentales ont eu une influence très inégale: le rôle du
sentiment religieux est resté secondaire dans les RI. Exemple: missions sur les autres
continents, chrétiens dans les Balkans, etc. mais pas décisif.

      De même, l'influence des idéologies politiques, des conceptions relatives à
l'organisation du gouvernement ou de la société n'ont pas été plus importantes.
      La Russie aristocratique et la France parlementaire se sont alliées et la force de la 2e
Internationale a été négligeable.

      Par contre, l'affirmation vigoureuse du sentiment national est un trait essentiel de
l'époque  les minorités nationales (Balkans); la volonté nationale de prestige, de puissance
(Grands Etats européens, Japon)  on prend alors les moyens économiques ou financiers
(prêts, politique douanière) comme instrument de l'action politique en vue de satisfaire notre
désir de puissance.

       oui, les transformations économiques ont joué un rôle dans la préparation à la
première guerre mondiale, mais le conflit n'est survenu qu'à l'heure où se sont heurtés
violemment les desseins politiques: souci de sauvegarder la sécurité ou désir de puissance.
Sans doute, dans ces desseins même, les intérêts économiques pourraient-ils avoir une
place car les gouvernements et les peuples n'ignoraient pas les avantages matériels que leur
vaudrait un succès. Mais ce n'est pas ce calcul qui a guidé leur résignation et leur choix.

      L'impulsion efficace a été celle du sentiment national et des mouvements de passion.

      Tome septième: les crises du Xxème siècle


      De 1914 à 1929

      Introduction

     En 1972, toutes les recherches faites sur le sujet sont loin d'être suffisantes et ce livre
a donc pour toute ambition de donner une mise au point des connaissances, sans omettre
de constater les lacunes, chercher à dégager les interprétations essentielles, suggérer des
hypothèses qui pourront orienter des recherches nouvelles.

       L'entrée en guerre de nouveaux belligérants a modifié de façon décisive la balance des
forces militaires, navales, économiques. Et dans la plupart des cas, à une seule exception
près –mais elle est essentielle-, cette intervention d'un Etat neutre a été le résultat de
longues tractations et de marchandages fort âpres (Que vais-je y gagner ? Combien de
territoire doit-on lui accorder en cas de victoire pour qu'il nous rejoigne?).
        La négociation a alors été dominée surtout par la "carte de guerre" et par les
perspectives que fait entrevoir le sort des armes : l'histoire politique et l'histoire militaire du
conflit sont en rapport étroit.

      Mais il importe aussi bien sûr de comprendre quels ont été les mobiles déterminants
dans le comportement de ces Etats neutres. Là encore, les caractères de la psychologie
collective et des intérêts économiques apportent le plus souvent les éléments d'explication.

      Enfin, pour essentiel qu'il soit, ce paysage de la neutralité à la belligérance ne doit pas
faire perdre de vue un autre aspect important de cette étude : cette guerre européenne n'a
affecté directement qu'une partie de l'humanité et il est donc légitime de se poser quelques
questions :
      Quelle incidence de cette lutte dans les Empires coloniaux, en Asie, en Afrique, en
Amérique latine ?


                                                                                                53
      Ce déchirement de l'Europe a-t-il ébranlé le prestige des Européens dans les colonies
ou compromis les bases de leur prépondérance économique dans les "pays neufs" ?
      Quelles occasions la guerre européenne a-t-elle fournie aux grands concurrents de
l'Europe ?

      Tels sont les points de vue que l'étude des RI entre 1914 et 1918 doit retenir.


      Chapitre premier : Les Forces Profondes


       Début août – fin septembre 1914 : les batailles en France, Prusse orientale et Galicie
retiennent tous les regards. Mais tout le monde croit à une guerre courte et donc les Etats
belligérants, pensant se suffire économiquement, ne cherchent pas à faire appel aux sources
matérielles des Etats neutres. Le mot d'ordre d'union sacrée lancé dans chaque pays par le
gouvernement est accepté par tous et les minorités nationales (Slaves d’Autriche-Hongrie,
Polonais de Russie ou nationalistes d'Irlande du sud) ne se manifestent pas encore. Les
contacts diplomatiques timides avec les pays neutres ne trouvent pas de réponse positive
pour une quelconque entrée en guerre (même les Turcs, qui ont pourtant signé le 2 août un
traité d'alliance avec l'Autriche-Hongrie).

      Mais après la bataille de la Marne et l'échec du plan d'opérations allemand, les
belligérants se trouvent à l'automne devant la perspective d'une longue lutte. Il n'y a dès lors
plus que les forces militaires et navales qui comptent : la sauvegarde de la cohésion morale
et les échanges économiques extérieurs redeviennent importants pour chaque
gouvernement, en même temps que les questions de coalition.


      Les Etats belligérants

      Quelle balance des forces entre les belligérants ?

      - Allemagne et Autriche-Hongrie : 120 millions d'habitants.
      - Russie, GB, Belgique, Serbie : 230 millions d'habitants.
      C'est important dans une guerre longue. Mais le niveau d'industrialisation, la structure
sociale et l'état moral du pays sont aussi déterminants.

      a) L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie

      Au début du conflit les effectifs qui combattent se valent des deux côtés et les deux
Empires centraux ont un armement supérieur. C'est seulement à la fin de 1916 qu'une crise
des effectifs commencera à se dessiner.
      La cohésion de l'effort de guerre est assurée car l'Allemagne dirige cette coalition à
tout moment. De même, l'harmonie de l'action politique n'est pas ébranlée, pendant les deux
premières années de guerre, car la pratique d'une alliance maintenue depuis trente-cinq ans
a établi des traditions solides et les buts de guerre sont faciles à ajuster : l'A-H ne s'intéresse
jusqu'à la fin de 1916 qu'aux Balkans, qui désintéressent totalement l'Allemagne. Mais dès la
fin de 1916, l'A-H s'intéresse aussi au sort des territoires polonais de l’empire russe et cela
créera quelques tensions entre les deux pays. Enfin la collaboration économique ouvre la
voie à un plan d'union douanière qui pourrait être très important par la suite.
      Les points faibles de cette alliance sont :
      - le contraste entre les forces morales des deux populations.
      - la menace qui pèse sur les relations économiques extérieures.
      Toute la population en Allemagne est animée par un patriotisme actif, un sentiment
profond de grandeur nationale, un sens inné de la discipline, un esprit de sacrifice à l'Etat et


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une vigoureuse tradition militaire. Les "minorités nationales" situées à proximité des
frontières et restent complètement étrangères à l'activité du pays (Polonais de Prusse,
Danois du Slessvig du Nord, Alsaciens-Lorains) ne représentent que 7% de la population de
l'Empire et ne peuvent inquiéter l'Etat.
       Ce n'est pas le cas en A-H où il ne peut être question de mener une guerre "nationale".
Les Slaves forment près de 49% de la population totale de la Double Monarchie ; les
Roumains de Transylvanie et les Italiens se sentent très proches des deux Etats qui se sont,
en 1914 et après 30 ans d'appartenance au système diplomatique austro-allemand, déclarés
neutres dans la guerre européenne. Ces groupes minoritaires pourraient même vouloir
profiter de la guerre pour secouer la domination allemande ou magyare.
       Des résistances se font ressentir sur les fronts (surtout de la part des Tchèques) et les
gouvernements à Vienne et à Budapest n'ont d'autres moyens que d'imposer l'obéissance
par la force.
       La GB et la France décident d'imposer le blocus aux denrées alimentaires et aux
matières premières essentielles. A ce moment, l'Allemagne a plus de difficultés que l'A-H,
qui peut se suffire à elle-même aux niveaux agricole et industriel. En temps de paix,
l'Allemagne dépendait beaucoup de son commerce extérieur pour ce qui est des produits
agricoles et industriels. Dès août 1914 est mis sur pied un Office des matières premières
dessiné à commercer avec les Etats neutres et à organiser les pays occupés. Un office
identique est mis sur pied pour les produits agricoles. Les neutres européens contribuent à
nourrir la population allemande jusqu'à la fin de 1915.
       Dès cette date, les difficultés alimentaires vont être sérieuses. Elles s'aggraveront
encore dans le courant de 1916, lorsque les méthodes de blocus deviennent plus
rigoureuses  la perspective d'une guerre longue est dangereuse et la seule solution pour
les Empires centraux est d'occuper plus de territoires, comme ils l'avaient fait pour la
Belgique et le nord-est de la France dès août 1914, puis pour la Pologne en été 1915. Ceci
leur avait procuré des ressources importantes en matières premières et en denrées
alimentaires.

     b) Le groupe des puissances de l'Entente

     La Belgique et la Serbie y ont une place à part :

     i.       La Belgique, première victime de cette guerre, continue à se battre
     uniquement pour obtenir l'évacuation de son territoire et la restauration de son
     indépendance.
     ii.      La Serbie, sauvée par la menace de l'A-H par l'intervention russe, ne peut
     fournir un effort considérable.

       Dans les deux premières années de guerre, la puissance militaire de l'Entente dépend
donc essentiellement des armées française et russe et des forces navales anglaises. Ces
trois Etats ont des forces économiques et morales fort inégales.

     iii.      La France, dès la déclaration de guerre, étonne tous les observateurs qui la
     pensaient vieillie, inquiète et incapable d'un grand effort de guerre : les militants
     antimilitaristes n'esquissent aucune réaction, les socialistes se rallient au mot d'ordre
     d'"union sacrée" et l'opinion publique méprise les jeunes hommes qui ne servent pas
     dans les troupes combattantes. Les forces morales sont donc intactes.
     Les forces économiques sont par contre gravement compromises :
     Manque de main d'œuvre car une très forte proportion d'hommes d'âge actif ont été
     appelés sous les drapeaux  menace du rendement de la production agricole.
     La production industrielle est lourdement atteinte par l'invasion allemande des
     départements du nord-est  le gouvernement français doit largement faire appel aux
     importations : la GB fournit le charbon, les USA les denrées alimentaires, les matières
     premières et du matériel de guerre.


                                                                                             55
     iv.       La Grande Bretagne se contente de recourir, jusqu'en 1916, aux
     engagements volontaires. L'industrie conserve tous les moyens de production et la
     majeur partie de sa main d'œuvre  la production économique garde, dans les
     premiers temps, une allure presque normale. [Exportation des produits manufacturés,
     textiles surtout, contre l'importation de denrées alimentaires et afin de pouvoir couvrir
     les dépenses exceptionnelles liées à la guerre].
     Mais quand la guerre se prolonge, il faut bien en venir aux pratiques de l'économie
     dirigée  dès mai 1915, l'Etat établit un contrôle sur l'industrie de guerre, la répartition
     des matières premières et les types de fabrication.
     Tant que la GB conserve la liberté de ses communications maritimes et qu'elle peut
     importer denrées alimentaires et matières premières, ses difficultés économiques ne
     compromettent pas les conditions générales de production de guerre. Ce n'est qu'à
     partir du printemps 1917 que l'Etat devra tout contrôler et restreindre la consommation
     pour les besoins de la population civile.
     La cohésion morale de l'Etat, toujours forte dans les grandes crises de l'histoire
     anglaise, est ébranlée par la question irlandaise. La résistance clandestine irlandaise
     aboutira à la "révolte de Pâques" en 1916. Bien que le mouvement soit réprimé en
     quelques jours, les nationalistes irlandais restent frémissants (le "Home Rule Act" leur
     avait promis l'autonomie, mais ils voulaient l'indépendance).

     v.        L'Empire russe est dans une situation bien plus difficile, tant 1) du point de vue
     moral que 2) du point de vue économique.
     Entre les dirigeants tsaristes et la nation russe, la collaboration n'existe pas. La masse
     paysanne reste passive et les milieux ouvriers sont orientés par l'influence des
     intellectuels socialistes [Selon Lénine, réfugié en Suisse, une défaite militaire ouvrirait
     la voie à la révolution politique et sociale]. Les milieux bourgeois critiquent les autorités
     gouvernementales et administratives qui ne savent gérer la vie du pays en temps de
     guerre. Sans oublier les groupes nationaux allogènes qui voient dans la crise
     internationale l'occasion d'échapper à la domination tsariste qui les fait souffrir (Juifs,
     Finlandais, Polonais)  le gouvernement prend des mesures pour pallier à toute
     éventualité, qui vont de la force brutale à des promesses de réformes libérales.
     L'union nationale à laquelle avait fait appel un manifeste du Tsar au début des
     hostilités reste donc une formule vide.
     De même, la vie économique est précaire car la Russie dépendait en grande partie de
     son commerce avec l'Allemagne en temps de paix. La crise du matériel de guerre, que
     connaissent tous les belligérants à l'automne de 1914, est irrémédiable en Russie. La
     maîtrise de la mer par les puissances de l'Entente ne sert à rien à la Russie, isolée du
     monde, encore plus que l'Allemagne (fermeture des détroits danois et ottomans). La
     déficience de l'industrie provoque dès 1915 une crise des transports ferroviaires qui
     compromet le ravitaillement en denrées alimentaires des grandes villes dans l'hiver
     1915-16.
     Voilà une raison de plus, pour les milieux ouvriers, d'écouter la propagande
     clandestine menée par les adversaires au régime.

     Entre les trois puissances de l'Entente, le pacte de Londres (5 septembre 1914) a
enregistré la promesse de ne pas conclure de paix séparée. Mais rien n'est dit sur les "buts
de guerre", dont l'ajustement paraît difficile :

     La France veut obtenir la libération de l'Alsace-Lorraine. Mais certains voient plus loin :
     - morcellement de l'Empire allemand
     - annexion par la France des territoires de la rive gauche du Rein
     - dislocation de l'Autriche-Hongrie
     - libération des nationalités soumises à la domination allemande ou magyare.
     - L'opinion française n'est unanime que sur la question de l'Alsace-Lorraine.


                                                                                               56
       La Russie regarde vers les détroits ottomans : il faut le libre passage de sa flotte
marchande pour exporter le blé ; de sa flotte de guerre afin d'avoir accès à la Méditerranée
et faire pression sur toutes les grandes puissances. La dislocation de l'A-H pourrait être
avantageuse mais il faudrait soutenir les minorités tchèques ou yougoslaves, alors que les
Russes ne veules donner satisfaction aux revendications de la Pologne russe. De même, un
effondrement total de l'Allemagne ouvrirait la voie à l'établissement de républiques et cela
serait un dangereux exemple présageant la fin du tsarisme.

      La Grande-Bretagne est entrée en guerre pour empêcher l'Allemagne, sa grande rivale
économique, de dominer le continent et de tenir les ports de la côte flamande qui lui
donnerait les moyens de menacer directement la sécurité des îles britanniques.
      Mais, dès lors qu'elle est engagée dans cette lutte, elle songe à ses intérêts impériaux
et à ses zones d'influence économiques hors d'Europe (éliminer la présence allemande en
Afrique et dans l'Empire ottoman). Elle n'est en revanche pas favorable à une "balkanisation"
de l'Europe centrale qui serait source de troubles politiques et économiques.

     Deux points sont inconciliables :

     a) La reconstitution d'une Pologne indépendante, qui a rencontré de longue date des
     sympathies françaises (mais pouvant disparaître devant la nécessité de maintenir
     l'alliance franco-russe).
     b) La question du détroit ottoman, où les intérêts anglais ont mis en échec depuis plus
     d'un siècle les intérêts de la Russie (et sur ce point, la GB semble fermée à un accord
     de passage de la flotte russe vers la Méditerranée).

     Ainsi se dessinent, dès les premiers mois de la guerre européenne, les faiblesses des
deux coalitions. Le champ de l'action diplomatique est facile à dessiner :
      La France et la GB doivent chercher à ébranler la monarchie austro-hongroise
         sans la détruire  elles prennent contact avec les chefs des mouvements tchèques
         et yougoslaves.
      L'Allemagne et l'A-H, après avoir isolé la Russie par la fermeture des détroits
         ottomans espèrent une "fissure" entre la Russie et la GB.

      L'arme économique est d'emblée au premier plan : la maîtrise de la mer par les Anglais
permet d'entraver le ravitaillement de l'Allemagne et de l'A-H en denrées alimentaires et en
matières premières. Dès octobre 1914, les Français et les Anglais vont plus loin en
saisissant toutes les marchandises susceptibles d'être utilisées par l'industrie de guerre
allemande et transportées par des pays neutres. Le gouvernement allemand riposte le 4
février 1915 par la guerre sous-marine, dirigée contre la navigation commerciale de l'ennemi
et même des neutres (violant d'autant plus gravement le droit international). La France et la
GB répliquent en saisissant toutes les marchandises "destinées à l'ennemi"  c'est sur le
dos des neutres que la lutte économique se poursuit.


     Les neutres européens

      Ils sont en alerte car la guerre risque de les menacer dans leur intégrité territoriale ou
de léser leurs intérêts économiques. Mais cette guerre est aussi importante car ses clauses
de paix peuvent modifier l'équilibre des forces sur le continent  buts des Etats neutres :
sauvegarde de la situation acquise pour certains et achèvement de l'unité nationale pour
d'autres [l'élan du sentiment national est le mobile essentiel].

     1) Le Danemark aurait les meilleures raisons de prendre parti contre l'Allemagne pour
        récupérer ses nationaux annexés par la Prusse en 1866 mais il se ferait attaquer


                                                                                             57
         avant de pouvoir profiter de l'appui des forces de l'Entente. Déclaration de
         neutralité avec l'Allemagne et vente de marchandises qu'ils ont acheté aux USA ou
         même à l'Angleterre.

     2) La Suède pourrait regarder vers la Finlande russe mais ce ne serait qu'un succès
        éphémère  elle n'accepte pas les offres allemandes mais elle lui vend son
        minerai de fer. (transport par la Baltique à laquelle les Anglais n'ont pas accès).

     3) Les Etats balkaniques n'ont qu'un rôle secondaire :

           Seule la Roumanie pourrait jouer un rôle car elle possède des gisements de
     pétrole. Mais les Etats balkaniques sont sortis il y a peu des guerres de 1912-13 (Etats
     balkaniques contre Turquie ; Bulgarie contre ses voisins) et les divergences sont trop
     profondes. Ils savent pourtant que quel que soit le vainqueur de la guerre européenne,
     le rapport de forces entre les Etats balkaniques sera bouleversé.
           La Bulgarie, la vaincue de 1913, voit dans cette guerre l'espoir d'une revanche
     sur la Serbie.
           La Turquie souhaite garder tous ses territoires dans la région.
           La Roumanie est d'emblée hostile à l'A-H car elle veut répondre aux désirs de
     ses nationaux. Mais ses dirigeants avaient des engagements d'alliance avec elle. Elle
     se déclare neutre le 3 août 1914.

     4) De tous ces neutres européens, l'Italie est, de loin, celui dont l'attitude future a le
        plus d'importance. Malgré le traité de la Triple-Alliance, elle a déclaré sa neutralité
        le 3 août 1914 : il fallait tenir compte des intérêts stratégiques en Méditerranée, car
        la flotte anglaise pouvait à tout moment bombarder les centres industriels de
        Gênes ou de Livourne.
        Pourtant, cette neutralité ne semblait qu'une solution d'attente car la guerre
        européenne offrait à l'Italie de pouvoir libérer ses nationaux soumis à la domination
        de l'A-H. Mais le gouvernement A-H, pour éviter de voir l'Italie entrer dans le
        conflit, se résignait peut-être à ce sacrifice. L'Italie tâte le terrain des deux côtés et
        donne la préférence au marchandage diplomatique. Cette politique est celle que
        prône l'homme d'Etat qui domine la vie parlementaire depuis douze ans : Giolitti,
        animateur du parti libéral. Il faut que cette attitude soit "payante" pour le
        gouvernement. L'attitude future de l'Italie dépend des résultats de la négociation,
        dont le principe est accepté par l'A-H en janvier 1915, sur les instances de
        l'Allemagne.

      Ces préoccupations et ces intérêts des neutres ouvrent un champ d'action à la
diplomatie des belligérants, qui multiplient efforts et promesses, en les dosant selon l'appoint
des forces militaires, navales ou économiques que chacun de ces Etats pourrait apporter.
Mais tout est subordonné à la "carte de guerre", car avant de prendre un engagement, les
neutres pèsent les chances de victoire de l'une ou l'autre coalition. Autres facteurs : la carte
des nationalités et parfois les conditions géographiques qui dominent la vie économique.
      C'est donc dans des limites assez étroites que la diplomatie peut agir et souvent les
membres d'une coalition ne sont pas d'accord sur les avantages à offrir.

     5) Les Scandinaves, résolus à garder la neutralité, ne sont importants que dans la
        guerre économique (fissures dans le blocus, bénéficiant aux Allemands).
     6) Les deux Etats ibériques sont trop éloignés des hostilités pour être intéressants, au
        début.

      L'intérêt se porte donc sur les Etats balkaniques (Bulgarie et Grèce importantes dans
le conflit entre l'A-H et la Serbie, Turquie et Roumanie importantes sur le front russe), mais



                                                                                               58
encore d'avantage sur l'Italie. Elle est la seule puissance dont l'intervention imposerait à l'A-
H les charges et les dangers d'une lutte sur deux fronts.
      L'action diplomatique reste intimement liée à la stratégie de guerre de coalition.


      Les perspectives mondiales

      - La guerre économique lèse les intérêts du plus grand des neutres, les USA.
      - La guerre entre les puissances européennes paralyse leur force d'expansion dans
      les autres continents.
      - Le déclin de l'influence européenne peut être largement expliqué par les conditions
      financières et démographiques :
      - Les exportations européennes diminuent très fortement, car toute l'industrie est
      mobilisée pour les besoins de la guerre (exception : l'industrie du textile anglaise).
      - Les capitaux sont tous consacrés au financement de la guerre.
      - La mobilisation de tous les hommes d'âge actif supprime l'émigration.
      - Le prestige européen est aussi atteint sur le plan culturel en Asie du Sud-Est et en
      pays d'Islam où la Turquie appelle à la "guerre sainte" contre les chrétiens.

     Cet ébranlement de la puissance européenne offre des possibilités aux grandes
puissances concurrentes de l'Europe et aux populations soumises à la domination coloniale.

      a) En Amérique

         le résultat immédiat de la guerre européenne est d'accroître les chances du
panaméricanisme, qui avait subit des résistances sérieuses au Mexique et en Amérique du
Sud dans les années précédentes. Les mouvements de résistance pouvaient auparavant
obtenir l'appui commercial et financier des Etats européens ; ils sont maintenant laissés à
l'influence américaine. [L'inauguration du canal de Panama le 15 août 1914 est une
coïncidence qui prend valeur de symbole].
        L'attitude des USA face à la guerre est importante, car s'ils venaient à intervenir, les
équilibres pourraient être bouleversés. Pourtant, cette perspective est étrangère aux
conceptions, aux sentiments et aux traditions du peuple américain.
        Pourquoi abandonner la politique de l'isolement ?
        Pourquoi renoncer à suivre les préceptes de Washington et de Jeffersey (se tenir à
l'écart des complications européennes) ?
        Il faudrait que l'opinion publique et le gouvernement aient conscience d'une nécessité,
or les intérêts politiques des USA ne semblent pas, à première vue, pouvoir être affectés par
le conflit.
        La guerre peut ébranler les bases de la civilisation contemporaine et il faut donc
favoriser le rétablissement de la paix. Mais ces considérations pacifiques ne sont bien sûr
pas les seuls mobiles de la politique du gouvernement : une paix rapide, qui devrait être une
paix de compromis, serait conforme aux intérêts des USA car sinon les dissensions au sein
de l'opinion publique pourraient s'accentuer.
        "Le peuple des Etats-Unis est formé de plusieurs nations, et surtout des nations qui
sont en guerre" dit Wilson, qui s'adresse à ses citoyens en leur demandant de conserver la
"neutralité morale" mais aussi l'impartialité. De même sont interdits les prêts financiers aux
belligérants car ils pourraient être donnés en misant sur la victoire d'un des Etats
belligérants. Les banques ne manqueraient pas, alors, pour soutenir les intérêts de cet Etat,
de chercher à exercer une influence sur la presse, ce qui rendrait précaire la neutralité des
USA.
        De plus, une paix rapide est souhaitable car les USA craignent une victoire complète
d'une des coalitions en Europe et une domination japonaise en Extrême-Orient.
        Les préoccupations économiques qui amèneraient les USA à être favorables à la
poursuite de la guerre (exportation de denrées alimentaires, matières premières, matériel de


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guerre  énormes profits) ne sont pas importants au début. En effet, les Européens pensent
à une guerre courte et sont autosuffisants ; de plus, le commerce international diminue
puisque les navires sont utilisés pour l'effort de guerre.
      Outre la baisse du commerce, les capitalistes européens retirent leurs fonds des USA
et cela provoqua une chute du dollar par rapport à la livre sterling : une crise économique et
financière avait été, pour les USA, le premier résultat de la guerre européenne.
      La masse de la population et les milieux économiques ne se rendent pas encore
compte des profits qu'ils peuvent retirer de la guerre et acceptent la consigne du
gouvernement. Mais dès octobre 1914, quand se dessinent les perspectives d'une guerre
longue, les données économiques de la politique extérieure des USA sont rapidement
transformées : la France et l'Angleterre commencent à se fournir sur le marché US. Le
rythme de ces achats augmente  les Etats ne sont plus capables de payer et les banques
US sont autorisées par leur gouvernement à ouvrir des crédits. L'intérêt de la prospérité
économique a ainsi pris le dessus. La neutralité des USA n'est donc plus impartiale.
      En même temps, la question de liberté des mers acquiert une nouvelle tournure : des
intérêts directes sont à défendre.

     b) Le Japon

       Il est dans une situation différente, car la guerre européenne ne lui offre que des
perspectives favorables. Il était encadré par les puissances européennes en ce qui concerne
ses visées sur la Chine (rappel: le Consortium bancaire international). Or, ces pays
européens sont occupés ailleurs et c'est une occasion à saisir pour une expansion
territoriale. Le but immédiat est de mettre la main sur le "territoire à bail" possédé par
l'Allemagne depuis 1898  le gouvernement japonais d'alliance anglo-japonais (signé en
1902 et renouvelé en 1911) et propose à la GB une collaboration militaire et navale limitée.
L'Angleterre sait que c'est un simple prétexte et qu'elle risque de provoquer aux USA un
mécontentement, dont les puissances de l'Entente auraient à supporter les conséquences 
elle refuse l'aide japonaise, tout en ne sachant comment empêcher l'exécution des projets
japonais.

     Ainsi se dessinent, dès l'automne 1914, les perspectives qui vont orienter l'évolution
des RI au cours de cette guerre.


     Chapitre II : La guerre européenne (août 1914 - février 1917)


       Pendant 30 mois, la guerre reste européenne puisque les opérations coloniales
africaines, l’attaque japonaise contre la base allemande de Tsing-Tao et la tentative de coup
de main turc sur le canal de Suez ne sont que des épisodes. En dépit de l’ampleur des
efforts et des sacrifices, la décision finale n’apparaît pas à l’horizon.

      Les USA jouent un rôle considérable car, sans ses fournitures, la Grande-Bretagne et
la France ne pourraient pas soutenir leur effort ; pourtant, cette assistance économique ne
paraît pas être suffisante pour vaincre l’ennemi.
      Or, à mesure que la guerre se prolonge, les conséquences deviennent plus lourdes
pour les intérêts européens qui sont menacés ou ébranlés dans les autres continents.

     Tels sont les deux aspects que doit aborder l’étude des relations extérieures.


     I. Les nouveaux belligérants européens




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        L’Allemagne pendant plus de 18 mois conserve l’initiative des opérations militaires.
L’année 1915 est marquée par un immense effort de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie
pour abattre les armées russes qui ne sont plus appuyées par la France et l’Angleterre, et
cela depuis l’entrée en guerre de la Turquie (et l’entrée en guerre de l’Italie n’entrave pas cet
effort).
        Le résultat militaire est considérable tant au niveau des territoires acquis (Galicie,
territoires polonais et lithuaniens de l’empire) qu’au niveau des pertes humaines et
matérielles russes (1.700.000 hommes, c’est-à-dire la moitié de leurs effectifs, et beaucoup
d’artillerie). Pendant des mois, les forces russes sont incapables de reprendre l’offensive.
Mais le résultat politique n’est pas atteint puisque le tsar reste fidèle à ses engagements
d’alliance.

      Le gouvernement allemand, après avoir réglé le sort de la Serbie en quelques
semaines (avec l’appui de la Bulgarie), reprend son effort sur le front de France.
      En février 1916, commence, devant Verdun, la grande offensive qui doit terrasser la
France ; mais les Allemands n’infligent pas aux Français plus de pertes qu’ils n’en subissent.
A partir de juillet 1916, les puissances de l’Entente reprennent l’initiative et, pour la première
fois, elles lancent des attaques en même temps (Français, Italiens et Russes, et les
Roumains qui croient qu’ils vont gagner).

       A la fin de 1916 les forces belligérantes sont en équilibre. Pourtant l’intervention de
nouveaux états est venue modifier, à cinq reprises, les forces respectives des deux
coalitions. Pourquoi ces Etats ont-ils cédé aux sollicitations des belligérants ?

       Parmi ces puissances, la Turquie est la première à entrer en ligne, mais, avant d’entrer
en guerre, le gouvernement turc avait déjà choisi son camp (traité secret d’alliance avec
l’Allemagne contre la Russie le 2 août 1914 ; le 26 septembre, il ferme les Détroits à la
navigation commerciale et empêche ainsi le matériel de guerre russe d’arriver à destination).
Le 1er novembre 1914 la Turquie entre en guerre.

      Deux raisons :
             l’empire ottoman craint une victoire russe ;
             les intérêts ottomans n’ont rien à redouter d’une victoire allemande, protectrice
              de l’Islam, et participent à la construction du chemin de fer de Bagdad.

      Les puissances de l’Entente ont-elles essayé d’obtenir une promesse de neutralité ?
L’Angleterre le voulait parce qu’elle craignait une attaque contre le canal de Suez mais les
Russes ne le voulaient pas. Puis les deux sont d’accord (défaite russe de Tannenberg) mais
alors l’Empire Ottoman se dérobe car l’Allemagne est sur le point de vaincre. Ensuite les
forces se rééquilibrent mais Enver pacha veut rester fidèle à son alliance avec l’Allemagne et
l’impose à ses collègues. Le rôle personnel de l’homme d’Etat, appuyé par les cadres de
l’armée, a été ici déterminant.

       L’intervention de l’Italie pose à l’interprétation historique des questions plus difficiles.
Les Italiens avaient commencé par une neutralité qu’ils pensaient “payante” (Giolitti) mais
l’Autriche-Hongrie n’avait finalement pas voulu céder aux revendications italiennes, par peur
d’en encourager d’autres (Roumains en Transylvanie). Le gouvernement italien prit contact
dès mars 1915 avec les puissances de l’Entente pour savoir ce qu’elles avaient à offrir.
Apprenant cela, l’Autriche-Hongrie se dit prête à discuter et l’Italie eut alors le choix. Les
deux parties offraient des territoires, l’une pour une participation effective à la victoire
(Entente) et l’autre pour la neutralité (Autriche-Hongrie). Mais les puissances de l’Entente
offraient beaucoup plus et la différence la plus importante concernait l’Adriatique dans
laquelle l’Italie se voyait offrir une position prépondérante. De plus, les propositions de
l’Autriche-Hongrie ne concernaient pas tous les territoires où il y avait des nationaux italiens ;
c’est pourquoi, le 26 avril 1915, l’Italie signe en secret – contre les avances de l’Entente - le


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traité de Londres par lequel elle s’engage à entrer en guerre contre l’Autriche-Hongrie dans
un délai d’un mois. Des résistances se feront mais le 20 mai le Parlement se résigne : il vote
les crédits destinés à la mobilisation des forces armées. Un autre mobile que la position
promise en Adriatique a peut-être été décisif pour entrer dans une guerre que l’on savait
forcément très coûteuse : le gouvernement italien devait certainement se demander si
l’Autriche-Hongrie, si elle sortait victorieuse de la guerre générale, tiendrait les promesses
faites à une heure où elle luttait pour la vie.

        Pourquoi le peuple italien suit-il le gouvernement ? Il est influencé par la jeunesse
intellectuelle, les professeurs et les fonctionnaires mais aussi par certains milieux ouvriers : il
faut “résoudre le problème national” et achever l’unité italienne et démontrer au monde que
l’Italie est encore capable d’un grand sacrifice. C’est cet ardent réveil de la conscience
collective qui balaie la timidité du Parlement.

     L’intervention de la Bulgarie se présente dans des conditions tout à fait différentes.
Lorsque, le 25 mai 1915, trois jours après le vote de crédits de guerre en Italie, le
gouvernement d’Autriche-Hongrie offre à la Bulgarie, si elle reste neutre, l’acquisition de la
Macédoine serbe, le roi Ferdinand ne retient pas cette proposition, qui lui paraît illusoire.
Dans la situation qui est alors celle de la péninsule balkanique, la seule chance pour la
Bulgarie de réaliser ses aspirations nationales est de prendre part au conflit général.

       Dans quel camp va-t-elle aller ? La réponse va de soi. Les puissances de l’Entente ne
peuvent faire qu’une seule promesse ferme : la Bulgarie récupérera ce qu’elle avait conquis
en 1912 et perdu en 1913. Les autres perspectives ne sont indiquées que sous conditions.
Au contraire, les puissances centrales peuvent d’entrée de jeu offrir beaucoup, toute la
Macédoine serbe tout de suite et une rectification de la frontière avec la Turquie. Quelques
résistances se font sentir contre le choix d’une entrée en guerre aux côtés des puissances
centrales (historiquement c’est grâce à la Russie que l’Etat bulgare a été crée en 1879 et il
ne faut pas la trahir) mais les défaites russes contre les troupes allemandes de l’été 1915
mettent fin aux hésitations. C’est pourquoi, le 21 septembre 1915, le roi Ferdinand lance
l’ordre de mobilisation. La politique bulgare s’établit en fonction de la “carte de guerre”, plus
encore que des desseins personnels du roi.

       L’attitude de la Grèce est, en grande partie, dominée par des circonstances de
politique intérieure liées à des intérêts dynastiques. Le roi Constantin entend que la politique
extérieure reste son œuvre propre et estime imprudent de lancer l’état grec dans
l’”expansionnisme”. Etant le beau-frère de Guillaume II et un ancien élève de l’Académie de
guerre prussienne, il est convaincu du succès final de l’Empire allemand, alors que le
président du conseil, Venizelos, est acquis à la “grande idée” grecque. Pour lui il faut à tout
prix s’opposer à une tentative de revanche bulgare pour agrandir le pays. C’est avec
l’assentiment, non pas de la Russie certes, mais de la Grande-Bretagne, peut-être de la
France, qu’il entend la réaliser. Donc, conflit de tendances et de personnes très intense.

      Venizelos, au moment de l’entrée en guerre de la Bulgarie, voit en secret les Français
et les Anglais et autorise le débarquement à Salonique d’un corps expéditionnaire franco-
anglais afin de soutenir la Serbie. Le débarquement a donc lieu et le roi, mécontent,
acquiesce non sans dissimuler qu’il interviendrait s’il le pouvait par la force pour les faire
repartir. Les Français et les Anglais vont donc constamment surveiller les agissements grecs
et, en juin 1917, vont imposer l’abdication du roi et la formation d’un gouvernement
républicain “vénizéliste”.

     Dans le cas grec comme dans celui de l’intervention bulgare, c’est la stratégie qui
commande. La France et l’Angleterre avaient besoin d’une tête de pont dans les Balkans
pour protéger la Serbie et établir les bases de ravitaillement pour leurs troupes et elles ont



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imposé un homme d’état qui leur était favorable. Les sentiments de la population grecque
n’ont joué, dans ces calculs politiques, aucun rôle appréciable.

       L’entrée de la Roumanie dans la guerre est, en revanche, une décision prise librement
par le gouvernement roumain, dont le chef, Bratianu, tient en main le parlement et domine
même la Couronne. Les conditions dans lesquelles se présentait l’achèvement de l’unité
nationale suffisent à fixer l’orientation de la politique roumaine : une défaite de l’Autriche-
Hongrie et les populations roumaines de Transylvanie, de Rukovine et du Banat sont libres
(trois millions d’hommes) alors qu’une défaite russe et, tout au plus, les Roumains de
Bessarabie sont libres. Ils s’engagent donc aux côtés de l’Entente.

       L’Autriche-Hongrie n’a rien voulu faire pour l’éviter et la diplomatie de l’Entente a donc
la voie libre et promet simplement à la Roumanie l’annexion future de vastes territoires
austro-hongrois. Pourtant, les négociations piétinent pendant 18 mois. Pourquoi ? Le
gouvernement roumain veut être sûr que les puissances de l’Entente l’emporteront. Donc il
refuse pendant l’été 1915 et accepte pendant l’été 1916. Mais cela sera encore retardé de
quelque temps car les Russes veulent que les Roumains interviennent contre l’Autriche-
Hongrie et les Français qu’ils interviennent contre la Bulgarie. C’est Bratianu qui tranchera et
dirigera ses troupes sur l’Autriche-Hongrie (Transylvanie). Traité d’alliance et convention
militaire sont donc signés le 17 août 1916 (là encore seules les considérations militaires ont
compté et non les désirs de la population). Cependant, la Roumanie a trop attendu et les
Empires centraux ont repris le dessus. C’est ainsi que les divisions allemandes décident du
sort de la Roumanie, dont le territoire, en deux mois, tombe presque entièrement aux mains
de l’ennemi.

      Dans toutes ces situations, la diplomatie des puissances belligérantes n’a eu qu’une
importance secondaire ; elle n’a fait qu’exploiter des conditions dont les données essentielles
étaient hors de son atteinte.
      Les gouvernements des Etats qui ont décidé d’intervenir dans la guerre ont été
presque toujours déterminés par des mobiles politiques (aspiration nationale ou désir de
renforcer la puissance ou le prestige de l’Etat) ;
      les masses paysannes balkaniques ont été passives ;
      les milieux cultivés et la bourgeoisie n’ont pas pesé sur les décisions
gouvernementales. Chaque fois, c’est le gouvernement qui forme, par sa propagande, les
courants d’opinion sur lesquels il pourra ensuite s’appuyer.
      Sauf en Italie, où la manifestation d’une opinion “populaire” (population urbaine) a
exercé une impulsion vigoureuse, ce sont les calculs des hommes d’état qui ont été
essentiels. Mais, de ces interventions, aucune n’a eu des résultats décisifs pour le cours des
opérations militaires jusqu’à la fin de 1916, (même l’entrée en guerre de la Turquie, qui n’a
pas empêché la Russie de continuer à se battre, ou l’entrée en guerre de l’Italie, qui a
sérieusement soulagé la situation des armées russes pendant l’été 1915, mais qui n’a
obtenu en tout et pour tout qu’une victoire sans conséquence).

       Il y a, cependant une conséquence importante à ces interventions : les grands
belligérants se sont engagés à beaucoup de promesses territoriales qui sont autant
d’obstacles à la recherche d’une paix de compromis avec l’un des Etats ennemis (les
puissances centrales quand elles veulent une paix séparée avec la Russie alors qu’elles ont
des arrangements avec la Turquie et la Bulgarie ; les Etats de l’Entente dont les promesses
faites à l’Italie et à la Roumanie exigent un démantèlement total de l’Autriche-Hongrie).

       C’est dans le même sens que jouent les engagements pris, au sein de l’une et l’autre
coalition, en vue de définir un “but de guerre”. (En mars 1915, la France et l’Angleterre
doivent promettre à la Russie l’annexion d’une partie des Balkans (et Constantinople) ; en
mars 1916, elles établissent un plan de partage des territoires asiatiques de l’Empire
ottoman ; en février 1917 la France promet à la Russie de la laisser libre de déterminer sa


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frontière occidentale, sous certaines conditions ; l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie annoncent
qu’à la fin de la guerre elles reconstitueront un Etat polonais indépendant (but :
engagements volontaires en Pologne occupée), donc promesse de paix = difficile avec la
Russie ; l’Allemagne veut garder la haute main sur la Belgique occupée, donc aucun accord
diplomatique avec la Grande-Bretagne.)

     Ainsi, en dépit des forces militaires, les programmes des deux camps restent
annexionnistes.


      II. Le recul des influences européennes dans le monde

     Le recul des influence s’aggrave à mesure que le conflit se prolonge. En Chine, en
Asie occidentale, en Amérique latine, les positions acquises depuis longtemps sont
ébranlées.

      a) Extrême-Orient

       La concurrence japonaise qui menace les intérêts européens. Au début, les Japonais
ne se sont attaqués qu’aux territoires allemands, et les ont obtenus, mais jamais ils n’ont
pensé à envoyer des troupes en Europe ! Donc la Chine est menacée par le Japon de même
que les positions des puissances de l’Entente (même si, au premier abord, on pourrait
penser que les Japonais sont leurs alliés car belligérants de l’Allemagne). Le Japon est un
rival.

       En janvier 1915 : le gouvernement chinois reçoit les “21 demandes” du Japon :
   échange de territoire avec le territoire allemand acquis ; zone d’influence économique ;
   les territoires acquis en Mandchourie méridionale (Port-Arthur) devront l’être pendant 99
    ans (contrairement aux 25 ans prévus alors) et possibilité de colonisation ;
   avantages pour les sociétés japonaises dans l’industrie ;
   la Chine ne doit plus accorder un territoire sans l’assentiment du Japon ;
   admission de conseillers et fonctionnaires japonais dans la politique, l’administration,
    l’armée ;
   ouverture d’écoles japonaises

      Les “21 demandes” semblent destinées à préparer un protectorat larvé. Le
gouvernement chinois sait qu’il ne peut résister par les armes et sa réponse dépend donc de
l’appui que pourront lui donner les grandes puissances.

      L’Allemagne veut que le Japon continue sa progression (assurance qu’il n’enverra pas
de troupes en Europe). Alors que les puissances de l’Entente n’ont pas une attitude
cohérente (trop concentrées sur l’Europe), elles ne peuvent rien promettre à la Chine. Seuls
les USA pourraient intervenir mais ils ne se montrent pas plus rassurants pour la Chine. Le
gouvernement chinois se voit donc obligé de céder aux demandes du Japon, mais il obtient
que le Japon renonce, au moins provisoirement, aux demandes du “groupe des cinq” (qui
menaçait le plus la souveraineté chinoise). Tel est le résultat qu’enregistrent les accords
sino-japonais du 24 mai 1915.

     Pourquoi les Japonais n’ont-ils pas voulu aller plus loin ? Peur des USA, pas d’opinion
parlementaire unanime (les milieux financiers veulent profiter sans aller jusqu’à la guerre).

      Quel bilan provisoire de cette politique japonaise ? Vastes perspectives qui ont un
revers : réaction nationale dans l’opinion publique chinoise” (qui se manifeste pour la
première fois) et des appels à la résistance. Le gouvernement japonais n’est donc pas



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assuré de l’avenir et craint toujours les USA. Il essaie donc d’obtenir le consentement des
puissances européennes et y parvient sans peine, grâce à la guerre européenne :
- accord secret de coopération en Extrême-Orient avec la Russie, en juillet 1916, qui a
    besoin de l’industrie japonaise et de concentrer toutes ses troupes à l’ouest, donc les
    deux états prendront les mesures nécessaires “pour sauvegarder la Chine de la
    domination d’une tierce puissance”’ (Allemagne, USA) ;
- en février et mars 1917, preuve de bon vouloir de la France et de l’Angleterre qui ont
    besoin de l’appui des navires de guerre japonais pour se battre contre les sous-marins
    allemands (assurance de soutenir les revendications japonaises, lors de la conférence
    de paix, sur les territoires allemands (dirigé contre des pressions américaines
    éventuelles).

      Sous le poids des nécessités de la guerre européenne, les puissances de l’Entente
contractent des engagements dont le résultat le plus clair est d’entraver en Extrême-Orient la
résistance qui pourrait opposer les USA à la prépondérance japonaise.


      b) Proche-Orient

      L’Allemagne étant paralysée et les USA pas encore présents, ce sont les puissances
de l’Entente qui prennent les initiatives importantes pour l’avenir.


Deux buts :
- paralyser le gouvernement ottoman qui peut attaquer le canal de Suez ou la Russie à la
   frontière du Caucase ;
- établir à travers le territoire persan une voie afin de ravitailler la Russie l’hiver (lorsque les
   ports de la Russie septentrionale - Arkhangelsk et Mourmansk- ne peuvent être
   atteints). Il faut donc favoriser la révolte des “nationalités” contre la domination
   ottomane. Les Russes soutiennent les Arméniens et les Anglais le nationalisme arabe.
   Les Anglais et les Français négocient avec le shérif de la Mecque, Hussein. Ils
   envisagent le développement d’une unité politique musulmane qui serait indépendante
   du sultan. En mai 1916, Hussein fait une déclaration d’indépendance et rompt avec
   l’unité de l’Islam. C’est un avantage important pour les puissances de l’Entente.

       En Perse, où les Européens dominaient depuis 1907 (Grande-Bretagne, Russie),
l’entrée en guerre ottomane encourage la résistance nationale. En été 1915, les Russes
marchent sur Téhéran mais ce n’est qu’au printemps 1917 que l’Angleterre et la Russie
assurent la domination des puissances de l’Entente (la révolution russe viendra
compromettre cet acquis).

      Cette politique adaptée aux nécessités immédiates sera mauvaise à long terme : dès
1919-1920, le mouvement arabe se tourne contre les intérêts européens et le nationalisme
iranien se renforce avec l’occupation étrangère.

      c) Amérique latine

      C’est ici que les répercussions économiques et financières de la guerre européenne
sont les plus sensibles : la demande des produits sud-américains pour l’Europe fait un bond
phénoménal (besoins alimentaires) alors que les importations venant de l’Europe déclinent
très rapidement (charbon, produits industriels et capitaux).Les USA prennent en partie la
place laissée par les Européens (aussi bien financièrement que commercialement) et cela
s’accompagne de pressions politiques (diplomatie du dollar). La tentative d’influence échoue
au Mexique mais réussit en Haïti (quasi-protectorat dès 1915). Mais cela n’est qu’un aspect
des profits que tirent les USA de la guerre européenne. Ce qui importe davantage, c’est


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l’élan que donne la guerre européenne à toute la vie économique des USA, à partir de
l’automne 1914 (énorme demande européenne d’où boom de la production industrielle et
céréalière et du revenu national US). C’est un boom sans précédent dans l’industrie
métallurgique (matériel de guerre), dans la production des matières premières et des
denrées alimentaires.

     Ainsi commence le déclin du rôle mondial de l’Europe. C’est un fait dont les milieux
économiques et politiques, à Tokyo comme à New-York, mesurent l’importance mais les
Européens, perdus dans les batailles, ne s’en rendent pas compte.


     Conclusion chapitre II : La guerre Européenne


       A la fin de 1916, l’effort militaire commence dans les deux camps à s’essouffler. En
même temps, les difficultés économiques s’aggravent : crise du ravitaillement en denrées
alimentaires et en matières premières. Cela est surtout sensible en Allemagne (bien que la
conquête du territoire roumain la soulage quelque peu) mais aussi en Russie (population des
villes) et même en France et en Angleterre qui peuvent pourtant être ravitaillées par la voie
maritime. Cependant les prix ne cessent de monter et les salaires ne suivent que de très
loin. Voilà qui peut déterminer dans le prolétariat un mouvement de protestation sociale et
ébranler le mot d’ordre d’union sacrée. Des petits groupes socialistes résolus à placer la
solidarité de classe au-dessus du devoir national tiennent réunion en Suisse (septembre
1915 et avril 1916 et où Lénine est très influent) : il faut contraindre les gouvernements à
conclure la paix “sans annexions ni indemnités de guerre”’. Cette doctrine révolutionnaire ne
peut inquiéter les gouvernements des puissances mais elle pourrait trouver un terrain
favorable dans des populations qui ne voient pas de récompense à tous ces sacrifices.

      C’est par hasard à ce moment-là que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie font une offre
de paix, non pour l’obtenir réellement mais pour améliorer leur image auprès des pays
neutres et surtout des USA (13 décembre 1916) ; elle est reprise huit jours plus tard par
Wilson, qui les invite aux USA. Les puissances de l’Entente publient leur réponse : toute la
carte de l’Europe doit être remaniée pour laisser la place aux aspirations des mouvements
nationaux (elles passent sous silence leurs accords secrets en vue de partager l’Empire
ottoman). Le gouvernement allemand n’indique ses conditions qu’au président Wilson (et
non pas publiquement) : agrandissement de son territoire à l’ouest (Lorraine) et
agrandissement du territoire de l’Autriche-Hongrie à l’est (Pologne). Il n’y a donc pas
d’entente possible et la suggestion américaine n’est pas suivie.

       En fait, les gouvernements des deux camps sont conscients de la fatigue de leurs
peuples, mais ils pensent pouvoir obtenir des résultats décisifs dans les prochains mois
(l’Entente peut encore accroître ses effectifs (innombrables en Russie et service obligatoire
en Grande-Bretagne) ; les puissances centrales pensent pouvoir obtenir des décisions sur
les mers (avec leurs sous-marins) dans le but d’affamer les Anglais qui demanderont la paix
car ils ne sont plus ravitaillés). L’imagination exerce sa séduction dans les milieux dirigeants
et fait oublier la lassitude qui s’aggrave.


     Chapitre III : L’entrée en guerre des Etats-Unis


     A l’heure où la fatigue morale s’aggrave et où le régime tsariste se fait renverser (15
mars 1917), les conditions générales de la lutte sont transformées par l’intervention des
USA. En janvier 1917, Wilson, fraîchement réélu avec des slogans de neutralité, affirme que
le peuple américain ne veut pas intervenir. Or, en février 1917, il rompt les relations


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diplomatiques avec l’Allemagne et, en avril, il demande au Congrès de voter la déclaration
de guerre : accueil enthousiaste du peuple et grande majorité au sénat. =]Quelles sont les
causes immédiates ou profondes de cette intervention ? Quelle en est la portée, non
seulement pour la guerre européenne, mais aussi pour les relations extérieures dans le
monde entier ?


      I. Les causes de l’intervention

       Elles sont faciles à dessiner. Wilson reçoit du gouvernement allemand une note (31
janvier 1917) qui lui indique que la guerre sous-marine (commencée en 1915 mais
suspendue depuis mai 1916) va être reprise et sera menée “sans restrictions” (but : blocus
des côtes françaises et anglaises). Wilson réplique par la rupture des relations diplomatiques
et dit qu’il espère que cela fera revenir l’Allemagne à la raison. Mais les armateurs
américains ne sont pas satisfaits car leurs exportations ne sont plus en sécurité et ne
peuvent atteindre leurs destinataires. Ils font donc pression et Wilson adopte une position de
“neutralité armée” : les navires marchands reçoivent l’autorisation le 12 mars 1917 de sortir
des canons et de répondre aux attaques allemandes. Si les Allemands ne veulent pas
prendre le risque de l’entrée en guerre des USA, ils devront abandonner la guerre sous-
marine : perspective “inadmissible”, dit Guillaume II, “si Wilson veut la guerre, laissez-le faire
et laissez-le l’avoir”. Le 19 mars, le steamer Virginia est coulé avec son équipage et le 2 avril
le Congrès, convoqué par Wilson, vote la déclaration de guerre.

       Telles sont les causes immédiates de l’intervention des USA (nous connaissons aussi
le télégramme Zimmermann). Mais il faut aller plus loin et en rechercher les causes
profondes : quelle part faut-il faire aux sollicitations des intérêts matériels ou aux courants de
l’esprit public ? Comment les intérêts ou les sentiments de la population des USA avaient-ils
évolué en 1915 et 1916, et comment le gouvernement avait-il pratiqué la neutralité ?

     Le rôle de fournisseur de la Grande-Bretagne et de la France avait amené une
prospérité sans précédent mais il avait été lié à la liberté des mers et à celle du financement
des exportations, c’est-à-dire à la conception même de la neutralité.

       Le blocus de l’Entente autour de l’Allemagne empêchait les USA de faire profit d’un
commerce avec ce pays alors que le blocus allemand autour de la France et de la Grande-
Bretagne en faisait de même pour le commerce avec ces pays ; la guerre sous-marine
coûtait des vies. La réponse à ces deux blocus ne fut pas la même de la part des USA. En
effet, ils ne pouvaient répondre au blocus de l’Entente par un embargo sur les exportations
puisque cela aurait stoppé les profits faramineux qui y étaient liés. Mais la décision du
gouvernement allemand de reprendre la guerre sous-marine en janvier 1917 (alors qu’ils
s’étaient entendu ensemble en mai 1916 pour la stopper contre les navires de commerce
américains) atteignait non seulement les intérêts américains mais plus encore le prestige des
Etats-Unis.

      La question du financement des exportations avait d’autres conséquences, non moins
importantes. Au total, entre novembre 1914 et novembre 1916, les états de l’Entente avaient
reçu, sous forme de crédits ou d’emprunts, 1925 millions de dollars, tandis que l’Allemagne
en avait reçu tout au plus 5 millions ! En fait, cela était la simple conséquence de la situation
économique car, sans prêt, pas de maintien du boom économique américain.

     Les USA donnaient les moyens aux puissances de l’Entente d’échapper aux difficultés
économiques que connaissait l’Allemagne, et cela malgré leur neutralité.

      Pourquoi cette préférence ? parenté anglo-américaine ; conscience de la solidarité de
fait qui unissait l’Ancien et le Nouveau Monde ; crainte d’une hégémonie allemande en


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Europe ; désir de sauvegarder les principes politiques libéraux et démocratiques dont se
réclamait l’Europe occidentale. Tels étaient les mobiles de ces comportements. Et les
préventions éprouvées à l’égard de l’Allemagne, déjà renforcées en août 1914 par la
violation de la neutralité belge, avaient été confirmées en 1915 par les méthodes de la
guerre sous-marine et les attentats à la vie des peuples.

       Ces tendances jouaient seulement au profit de la Grande-Bretagne et de la France et
non de la Russie autocratique. A ces tendances s’opposaient des groupes avec une forte
cohérence morale (même si minorité numérique) : les Germano-Américains, les Irlandais, les
immigrés récents qui avaient vécu sous le joug du régime tsariste (Juifs, Polonais). Pourtant,
s’il y avait des partisans actifs et des adversaires déterminés, la grande masse de la
population avait conservé à l’égard des “querelles européennes” la réserve ou la méfiance
des pères fondateurs de l’union américaine.

       Dans les milieux gouvernementaux, les tendances n’étaient pas unanimes. En somme,
rien n’indiquait dans les deux premières années de guerre que les USA pouvaient
abandonner leur neutralité politique. Mais la solidarité d’intérêts matériels établie avec la
Grande-Bretagne et la France n’était-elle pas de nature à préparer cet abandon ? En fait,
cette solidarité ne fut pas à toute épreuve puisqu’il y eut un épisode fâcheux pour tous qui se
passa à la mi-1916 : la Grande-Bretagne interdit à ses nationaux d’avoir des relations
commerciales avec 85 firmes américaines qui étaient suspectées de ravitailler les Allemands
à travers des neutres européens. Les USA répliquèrent en interdisant tout crédit aux pays
européens qui durent payer avec leur or les importations américaines, mais ils ne pouvaient
tenir longtemps comme cela. (Le président avait suivi ses conseillers avec d’autant plus de
complaisance que l’état de l’opinion publique l’invitait à renforcer la position de neutralité.)

      En automne 1916, l’élection présidentielle donne lieu à deux campagnes identiques
promettant la neutralité et la poursuite des relations commerciales avec les pays de
l’Entente. Wilson sera réélu de justesse, face à Hughes. La seule constatation certaine de
cette élection, c’est l’approbation donnée par la grande majorité des citoyens au maintien de
la neutralité.

       Entre la volonté “neutraliste” et le coup de frein donné par le gouvernement aux
relations économiques et financières avec les belligérants, ne faut-il pas constater une
harmonie ? Ces tendances restent pourtant précaires puisque, dans les deux camps
politiques américains, chacun affirme la volonté de protéger la sécurité des communications
maritimes nécessaires au commerce et aux exportations. On l’a dit, les Allemands
reprennent la guerre sous-marine à outrance fin janvier 1917 et Wilson attend deux mois
pour déclarer la guerre afin de pouvoir compter sur l’opinion publique qui n’est pas encore
“mûre”.

       Pourquoi et comment cette opinion publique se rallie-t-elle à l’idée d’une participation à
la guerre ? Les intérêts économiques et le sentiment de l’honneur national ou du prestige
des USA sont convergents. Tout le monde ressent les conséquences de la reprise par
l’Allemagne de la guerre sous-marine à outrance, en février 1917. Et voici que, quelques
jours plus tard, survient l’affaire du “télégramme Zimmermann” (les services anglais de
renseignements ont pu capter et déchiffrer un message adressé par le secrétaire d’état
allemand aux affaires étrangères à son représentant diplomatique à Mexico : si les Etats-
Unis entrent en guerre, offrir au Mexique l’alliance allemande, en lui faisant espérer la
reconquête des territoires annexés par l’Union en 1848 et conseiller au président mexicain
de prendre contact avec le gouvernement nippon). Le télégramme est communiqué au
président Wilson qui, le 1er mars, le fait publier dans la presse. Le mouvement d’indignation
s’exprime presque partout dans la presse (et surtout dans les zones menacées). Ainsi, en
quinze jours, les populations qui jusque là étaient les plus attachées au “neutralisme” ont pris



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conscience du danger allemand. Le gouvernement se sent donc plus libre de préparer
l’intervention qu’il tient maintenant pour inévitable.


     II. La portée de l’intervention

      Alors que tous pensaient que l’intervention américaine serait limitée (facilités
financières accrues et aide aériennes et navales) le président Wilson annonça dans son
message du 2 avril 1917 au Congrès que les USA interviendraient dans la guerre « avec
toutes leurs forces » (décidé depuis 10 jours seulement avec l’accord du cabinet).
       Comment mesurer, pour le destin de la guerre européenne, au-delà du bénéfice
moral, la portée pratique de cette intervention des USA ?

       Le bénéfice immédiat, et il est d’importance, est de mettre en échec la guerre sous-
marine allemande. En avril 1917, les sous-marins allemands coulent 874’000 tonneaux de
navires marchands, y compris les navires neutres mis au service du ravitaillement anglais.
       À ce rythme la GB capitule dans les 6 mois ( !)
       L’entrée en guerre des USA fausse tous les calculs allemands : la flotte commerciale
US est mise à la disposition des organismes de transports interalliés et la plupart des Etats
d’Amérique latine entrent dans la guerre (même s'il n’y ont pas le dessein) en confisquant les
navires marchands allemands qui étaient depuis 1914 réfugiés dans leurs ports. Enfin, les
navires des Etats neutres sont forcés de naviguer, sans quoi les USA les menacent de ne
plus livrer leurs marchandises.
       La guerre sous-marine allemande échoue aussi pour d’autres raisons mais dès la
rentrée en guerre US la capitulation anglaise est exclue (dès que l’augmentation du tonnage
disponible est réalisée).
       L’Entente obtint encore, à bref délai, d’autres avantages considérables :
        efficacité accrue du blocus car les USA colmatent les fissures en surveillant les
           neutres.
        Fin de l’angoisse des difficultés financières pour les gouvernements français,
           anglais et italiens.

       Les perspectives militaires sont à plus long terme mais elles n’en sont pas moins
décisives. Service obligatoire dès le 13 mai 1917 : nombre des troupes supérieur à tous les
autres Etats, sauf la Russie. Mais il faut mettre cette armée en place (en 1918, 1 million de
soldats alignés, en 1919, 2 millions). Et l’industrie leur fournit toutes les ressources
nécessaires en matériel dont les armées ont besoin. Comment douter du résultat ?
       Les puissances centrales ont 2 choix possibles :
       i)      une paix générale qui serait une paix de compromis et répondrait à l’attente des
               opinions publiques des Etats belligérants
       ii)     essayer d’obtenir, avant l’entrée en guerre des troupes US, une victoire
               décisive. Mais comment atteindre cet objectif militaire qui, jusque-là, leur a
               échappé ? C’est la crise intérieure de la Russie qui leur en donne l’espoir car
               l’armée russe est, au printemps 1917 désorganisée et menacée de
               « dissolution ».
       Aussi, le gouvernement allemand donne-t-il à Lénine toutes facilités pour passer de
Suisse en Russie, à travers le territoire allemand.
       L’influence des socialistes augmente en Russie et la fidélité de cette Russie à ses
engagements d’alliance est compromise puisque le gouvernement reconnaît qu’il est
paralysé par les tendances de l’esprit public.
       Paix générale ou paix séparée entre les Puissances centrales et la Russie, tel est
l’objet du désordre diplomatique entre le printemps et l’été 1917.
       Quel est le sens des initiatives essentielles ?




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        L’Autriche-Hongrie pense que les USA amèneront les puissances de l’Entente à la
victoire et il faut donc signer rapidement la paix car la défaite signifierait la dislocation de
l’Empire (par le mouvement des nationalités). L’Empereur, à l’insu de ses ministres et de
l’Angleterre propose une paix générale généreuse (Alsace-Lorraine, etc. et statu quo ante) et
s’engage à peser de tout son poids sur la décision de l’Allemagne et de la Bulgarie. Le
gouvernement allemand ne peut bien sûr pas être d’accord (Alsace-Lorraine) mais, tout en
refusant de tenir compte des préoccupations de l’Autriche-Hongrie, il n’écarte pourtant pas
l’éventualité d’une paix négociée. Mais, même au lendemain de l’entrée en guerre des USA,
il reste annexionniste dans ses propositions. Le Reichstag le 19 juillet se déclare en faveur
d’une « paix de réconciliation durable entre les peuples », mais ni le chancelier, ni les chefs
militaires ne tiennent compte de ses vœux. C’est l’état d’esprit de ces dirigeants qui explique
l’attitude de la diplomatie allemande pendant l’été de 1917. [C’est en août 1917 que la
proposition de paix la plus sérieuse voit le jour : l’Autriche-Hongrie propose une paix
générale avec la libération totale de la Belgique et le règlement des questions d’Alsace-
Lorraine et du problème « italien » par des compromis raisonnables. Les Anglais, pour qui la
question primordiale est celle de l’indépendance de la Belgique, se montrent très favorables
à cette proposition et les Français et Italiens sont obligés de suivre (comment faire la guerre
sans l’Angleterre ?) Mais l’Etat-major et l’Empereur allemand voudront garder au moins un
certain contrôle sur la Belgique et de ce fait la proposition de l’Autriche-Hongrie restera sons
réponse.
        Il n’est jamais fait allusion à la Russie dans les « démarches de paix » entreprises par
les puissances centrales auprès de la France et de la GB. Pourtant, la perspective d’une
paix séparée avec la Russie reste au centre des préoccupations austro-allemandes pendant
l’été 1917. Et c’est cet espoir qui explique l’état d’esprit des milieux dirigeants allemands :
pourquoi feraient-ils des sacrifices à l’Ouest, puisqu’ils peuvent escompter la défection de la
Russie ?
        A cause de la révolution russe, l’intervention américaine n’a donc pas tous les résultats
politiques qu’elle aurait pu comporter.

       Mais pour apprécier la portée de cette intervention, ce n’est pas seulement vers
l’Europe qu’il faut regarder. La participation des USA à la guerre européenne donne aux
affaires d’Extrême-Orient un aspect nouveau.

      Jusque là, les USA n’avaient fait qu’émettre des manifestations d’intention à l’encontre
du gouvernement nippon pour ses activités en Chine. Mais dorénavant les USA vont
développer leurs forces navales et créer une armée qui leur donneront, une fois les conflits
terminés, des moyens d’action dans le Pacifique et en Extrême-Orient. Et les USA sont
désormais assurés de jouer un rôle déterminant dans la future conférence de paix où seront
décidés le sort des territoires et des intérêts allemands en Chine. Il n’est donc pas étonnant
que la politique américaine en Asie orientale devienne plus ferme. Cette politique offre 2
aspects complémentaires :
       i)     un effort pour consolider la position internationale de la Chine
       ii)    une tentative pour freiner le Japon et limiter ses ambitions.

      Comment y arriver ?

      i)     pour que la Chine ait le droit de siéger à la conférence de la Paix, où le
             différend sino-japonais se trouvera soumis à l’arbitrage des grandes
             puissances, il suffit qu’elle entre en guerre contre l’Allemagne au moins
             nominalement comme le Japon. Après un coup d’Etat en Chine, le
             gouvernement déclare, le 14 août 1917, la guerre à l’Allemagne. Mais ce coup
             d’Etat mènera à une guerre civile dont les causes profondes sont à trouver
             dans la révolution de 1911. L’espoir de consolider la Chine est donc plus
             lointain que jamais.



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      ii)    Les USA n’arriveront qu’à un accord signé le 2 novembre 1917 avec le Japon,
             dont le contenu est objet à des interprétations différentes. C’est un simple
             ajournement des différends nippo-américains au sujet des affaires chinoises
             (Mais pourtant les USA ont nettement indiqué leur volonté de contenir les
             ambitions japonaises).

      Le gouvernement américain entend remplir son nouveau rôle dans les relations
internationales sans prendre d’engagement écrit envers les puissances de l’Entente, dont il
n’est pas l’allié, mais l’ « associé » (il n’adhère pas au pacte de 5 septembre 1914, c'est à
dire qu’il garde de droit de se retirer quand il le souhaite de la lutte). Les moyens de pression
qu’il possède sont redoutables. Or les idées de Wilson (avantages pour les minorités
nationales -pas forcément indépendance -, destruction du militarisme austro-allemand mais
pas de leur présence politique et économique, une paix durable grâce à une organisation
nouvelle des rapports internationaux) sont très différentes des idées des dirigeants français
ou anglais. Mais Wilson n’entend pas les imposer avant la fin de la guerre, pou ne pas
provoquer de désaccords.

       S’il définit son programme de paix, ses « 14 points » (dont les principes généraux -
condamnation de la diplomatie secrète, atténuation des barrières économiques, réduction
des armements- sont formulés volontairement vaguement pour ne pas être gênants), avant
la fin de la guerre, c’est pour agir sur l’opinion publique principalement, pour ébranler le
moral de l’adversaire et pour affaiblir les résistances des « nationalistes » français ou
anglais. Pourtant 3 idées sont essentielles :
       i)       volonté d’assurer l’absolue liberté de navigation sur les mers
       ii)      désir d’établir un règlement des litiges territoriaux sur la base du principe des
                nationalités (de l’Alsace-Lorraine à la Pologne, de l’Adriatique et de la
                Macédoine à l’Empire Ottoman)
       iii)     établissement d’une Société des Nations, qui donnera à tous les Etats, grands
                et petits, des « garanties mutuelles d’indépendance politique et d’intégrité
                territoriale ».


      Chapitre IV : Les Effondrements


       Tandis qu’à l’été les belligérants avaient semblé sincèrement vouloir discuter, ce
« flottement d’espoir » disparaît dans les milieux dirigeants allemands et austro-hongrois à
l’automne 1917. Ils affirment à nouveau vouloir aller jusqu’au bout.
       Pourquoi ce renouveau de fermeté, au moins apparent ? La cause directe, c’est la
situation russe (politique et militaire). Les puissances centrales peuvent maintenant espérer
dissoudre la coalition adverse. Et elles n’ont aucune peine à atteindre leur but puisque
Lénine dès qu’il saisit le pouvoir en novembre 1917 annonce qu’il va conclure la paix ; quatre
mois plus tard la défection russe est acquise. Les puissances centrales peuvent maintenant
escompter qu’elles arracheront la victoire militaire en France, avant l’entrée en ligne des
forces américaines. Elles échouent pourtant lorsqu’elles tentent d’obtenir, au printemps de
1918, la « décision ». Puis l’heure où, le 15 juillet, la 4e offensive allemande est brisée par
l’armée française, est aussi celle où les divisions américaines s’apprêtent à entrer en ligne.
Dès lors, l’équilibre des forces militaires est rompu en faveur des Alliés et associés dont la
marge de supériorité va s’accroître encore de mois en mois. En 15 jours, l’exécution des
plans offensifs établis par Foch le 24 juillet 1918 suffit à faire sentir aux dirigeants des
puissances centrales l’imminence de la défaite.
       Ils prolongeront la lutte pendant 3 mois encore en espérant lasser l’adversaire et
obtenir une paix de compromis. C’est en vain qu’ils s’y efforcent.
       Seules les péripéties militaires sont donc décisives. Il est pourtant nécessaire ici de
chercher, dans la série de ces effondrements – défection de la Russie, Armistice austro-


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hongrois, Armistice allemand – quelle a été la part des conditions économiques et sociales,
des calculs politiques, des défaillances morales ou des erreurs individuelles.


      La paix séparée de la Russie

      Dès le 4 mai 1917, le soviet de Petrograd avait déclaré qu’ils n’approuvaient pas les
« buts de guerre ». L’opinion publique écoutait le mot d’ordre de paix lancé par Lénine et les
bolcheviques : paix « sans annexions, ni indemnités de guerre », mais surtout paix
immédiate.
      L’armée était désorganisée par le départ de nombreux officiers refusant de servir le
régime républicain et par la désertion des paysans qui ne songeaient qu’à être au village le
jour de la redistribution des terres. Il n’y avait aucun moyen d’obliger les troupes à se battre.
Enfin, la Russie était en proie à une crise économique et monétaire qui incitait les paysans à
restreindre leurs ventes ce qui augmentait les difficultés du ravitaillement urbain. En somme,
une décomposition de l’Etat, dont la rapidité s’explique si l’on songe que la population n’avait
jamais compris les motifs de la guerre et que l’administration, bien avant la chute du
tsarisme, s’était montrée incapable d’organiser le ravitaillement de la population urbaine.
C’est l’influence de ces forces profondes qui prépare et qui annonce la paix séparée.

       Quelles résistances rencontrent-elles ? Le gouvernement provisoire est dessiné par
Kerenski, SR et donc pour un socialisme russe (et non pas international), qui est opposé à
cette paix séparée ; mais sa position est difficile. Comment faire admettre à la masse du
peuple que l’Etat doit continuer la guerre par simple fidélité à des engagements pris par un
gouvernement déchu, et destinés à consacrer des revendications françaises ou italiennes ?
Sa thèse de fidélité aux alliances ne trouve qu’un très maigre écho.
       L’anarchie monte en octobre 1917. Le gouvernement provisoire en a conscience, mais
il veut tenir jusqu’aux élections de l’assemblée constituante – le 6 décembre – qui devrait le
renforcer. C’est ce délai que les bolcheviques ne veulent pas lui laisser.
       La révolution du 7 novembre (25 octobre) 1917 abat le gouvernement, grâce à la
« neutralité déclarée par les grands chefs militaires ».
       La première décision du nouveau gouvernement est d’annoncer qu’il va faire la paix.
Sans annexions ? Oui, mais le décret « des nationalités » donne aux peuples de Russie le
droit à l’indépendance (abandon des territoires sous domination allemande et peuplés de
minorités). De cette défection de la Russie, les seules causes ont été internes, russes :
crises économiques, désordre administratif, désarroi moral, clairvoyance des chefs
bolcheviques qui pour assurer à leur révolution la victoire ont promis au peuple ce qu’il
attendait : la paix. Les autres puissances belligérantes, adversaires ou alliées, n’ont eu qu’un
rôle presque passif. Les Allemands ont certes facilité la rentrée de Lénine au pays, mais ils
n’ont pas souhaité la révolution, car la paralysie de l’armée russe leur suffisait. Les Alliés,
eux, n’ont rien fait parce qu’ils n’apercevaient aucun moyen de maintenir la Russie dans la
guerre.

      Cette paix « immédiate », il faut pourtant 4 mois pour l’obtenir. Le 15 décembre, la
convention d’armistice est signée, sans difficultés sérieuses. Mais c’est au travers de rudes
débats que la discussion du traité de paix se poursuit, à la Conférence de Brest-Litovsk
jusqu’au 3 mars 1918 (en apparence conflit sur la façon de concevoir le droit de « libre
disposition des peuples, au fond conflit sur la question des territoires occupés par les
puissances centrales qui seront annexées ou non en majeure partie). Les Soviétiques
veulent forcer les Austro-Allemands à déclarer ouvertement qu’ils n’acceptent pas la « paix
sans annexions », dans l’espoir que cela provoque dans les classes ouvrières austro-
allemandes des mouvements de résistance contre le gouvernement et l’Etat-major. C’est
donc l’espoir de la contagion révolutionnaire qui explique le comportement de la diplomatie
soviétique.



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       Au fond, les Soviétiques, par la convention d’Armistice, ont obtenu le résultat qui leur
était immédiatement nécessaire : pourvoir employer les forces armées sur les « fronts » de
la guerre civile. Ils peuvent donc sans inconvénients différer la signature de la paix. Les
Austro-Allemands, au contraire, s’impatientent car ils ont besoin de mettre toutes leurs
troupes sur le front occidental et lancer la grande offensive avant que les troupes
américaines n’entrent en ligne, mais ils ont aussi besoin des céréales et du bétail russe afin
de palier aux crises de ravitaillement innombrables.
Quelle est, dans ces conditions, la politique des gouvernements ?

       Allemagne et Autriche-Hongrie décident des territoires qui seront détachés de la
Russie et partagés entre eux (Courlande, Lituanie, territoires polonais).
       Que faire si la Russie résiste ? L’Autriche-Hongrie a impérativement besoin de
céréales et l’Ukraine, qui remet une déclaration d’indépendance à la conférence de Brest-
Litovsk lui en donne l’occasion sans avoir à attendre sur les Russes. Il suffit de signer la paix
avec l’Ukraine. Ce qui est fait le 9 février. Mais les Soviétiques, déjà à Kiev, rétorquent que
cette paix ne vaut rien. Pour défendre l’Ukraine, les puissances centrales vont dès lors
rouvrir les hostilités contre les bolcheviques. La délégation russe se retire des discussions de
paix, mais se garde bien de dénoncer l’Armistice, si importante à ses yeux.
Les Austro-Allemands désirent soumettre les Russes très rapidement car le front occidental
n’attendra pas. C’est une simple « marche militaire » que les troupes des puissances
centrales effectuent en direction de Petrograd. Et cela suffit à provoquer le retour à Brest-
Litovsk d’une délégation russe qui déclare s’incliner devant la force et qui signe, sans même
vouloir examiner les détails du texte, le traité de paix.
       Les régions cédées par la Russie (Pologne, Courlande, Lituanie) ou celles devenues
indépendantes (Ukraine, Finlande) sont celles ou se trouvaient les 2/3 des ressources en
houille, et la moitié des aciéries. Les Soviétiques s’engagent aussi à ne pas entraver le
commerce avec l’Allemagne (faible droit de douane). Deux jours plus tard, le gouvernement
roumain, plus protégé par les Russes, signe les préliminaires de paix de Buftea, c’est le
traité de Bucarest le 7 mai où il perd une partie de son territoire au profit de la Roumanie et
son indépendance économique. Ainsi, la guerre prend fin sur le front oriental.
       [ Le gouvernement soviétique, avant de se résigner à la capitulation, a été divisé
jusqu’à la dernière heure : Lénine tentait de gagner du temps dans l’espoir d’une crise
politique et sociale à Berlin ou à Vienne mais ne voulant à tout prix pas risquer le salut de la
révolution ; Boukharine voulait se battre contre la bourgeoisie allemande et résister à tout
prix ; Trotsky, entre ces 2 thèses, propose de refuser les conditions de paix allemandes sans
dénoncer l’Armistice. Mais en cas d’attaque allemande, capituler mais non pas
immédiatement comme le suggère Lénine – après avoir subi une épreuve de force, afin de
donner la preuve que le gouvernement bolchevique n’est pas « complice de l’Allemagne ».]
       C’est la politique de Trotsky qui sera suivie jusqu’à ce que l’Allemagne attaque. Puis
Lénine, à une très grande majorité, arrivera à imposer ses vues de paix immédiate. Ces
conditions de paix aggravées (par rapport aux négociations de Brest-Litovsk) sont « une
humiliation inouïe pour le pouvoir soviétique », mais elles évitent pourtant la débâcle
complète de ce pouvoir et par là, la révolution. Les concessions ont été faites au nom du
« salut de la révolution ». Nous devons, conclut Lénine, « conserver nos positions en
attendant le soulèvement du prolétariat international ».

      Les Alliés ont-ils tenté de « retenir » le gouvernement soviétique ?
      A plusieurs reprises les USA font des tentatives pour parvenir à une révision des buts
de guerre, dans le sens d’une paix sans annexions. Mais à chaque fois Français et Anglais
ne sont pas d’accord de revenir au statu quo ante. Puis des offres d’aide militaire viennent
des Alliés, une fois par la proposition d’envoi de troupes françaises, une autre fois par la
proposition de l’envoi de troupes japonaises. Mais ces troupes ne pourraient jamais
intervenir avant que le pouvoir soviétique eut été balayé par les troupes allemandes. Donc,
dès lors qu’il voulait « sauver la révolution », le gouvernement soviétique n’avait d’autre
issue que la conclusion de la paix.


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       Quelle portée effective cette paix sur le front oriental eut-elle sur la guerre ?
       Il y a eu des résultats positifs ( baisse des difficultés alimentaires, augmentation du
pétrole pour les troupes militaires ) mais aussi des résultats négatifs pour les puissances
centrales (augmentation de la propagande communiste, des résistances nationales en
Autriche-Hongrie après les débats sur la question à Brest-Litovsk) . Mais sur le plan militaire,
elle a été bien loin de donner tous les résultats escomptés, car le gouvernement allemand a
laissé des troupes pendant les 4 mois suivants ( obligé les paysans ukrainiens à alimenter
l’Autriche-Hongrie, empêcher la propagande des bolcheviks, empêcher un revirement de
position de la Russie). Or s’il avait lancé ces troupes dans la bataille aux heures critiques, il
aurait largement accru ses chances d’arracher la « décision ». Mais les Alliés veulent
empêcher que les troupes allemandes soient rapatriées du front oriental au front occidental.
Que vont-elles faire ? Elles chercheront à faire intervenir les forces nippones depuis la
Sibérie, mais coopérer pour cela avec la Russie c’est reconnaître le gouvernement
bolchevique, ce que les Français ne veulent pas.
       Après un incident entre une légion tchèque de prisonniers libérés et un bolchevique,
les Alliés prennent position pour les 1ers.
       Le 5 août 1918 commence, en Sibérie, l’expédition « interalliée » - en fait japonaise –
qui, tout en ayant pour but de « fixer » les forces allemandes encore stationnées en Russie,
devient un acte d’intervention dans la guerre civile russe. Il n’est donc pas étonnant que la
Russie se tourne vers l’Allemagne au moment où celle-ci a subi la défaite du 8 août sur le
front de France
       accord germano-russe (27 août) qui prévoit une assistance allemande au
gouvernement soviétique dans sa guerre civile contre l’abandon de la souveraineté russe sur
la Lituanie et l’Estonie.
       En pratique, le principal résultat est le transport en 3 mois de 5000'000 soldats vers le
front de France. Mais ces renforts, qui auraient pu être décisifs lors de l’offensive du
printemps, viennent trop tard. N’est-ce pas au rythme de 250'000 hommes par mois que
s’accroissent maintenant, par l’apport américain, les effectifs des Alliés et associés ?
       En somme, ni dans un camp, ni dans l’autre, les relations avec le gouvernement
soviétique n’ont été traitées de façon « réaliste » (les Allemands auraient du faire plus
rapidement une paix de conciliation alors que les Alliés auraient du chercher un accord avec
le gouvernement soviétique). A aucun moment, la portée de la « question russe » n’a été
appréciée à sa juste valeur.


      La dislocation de l’Autriche-Hongrie

       Dans l’effondrement de la Russie, les causes sociales avaient été prépondérantes [état
d’esprit de la population paysanne, succès de la propagande des socialistes extrémistes
dans les milieux ouvriers et intellectuels et indifférence d’une partie de la bourgeoisie avaient
été à l’origine des événements de 1917]. Ce sont des caractères tout différents qui
apparaissent dans le cas de la Monarchie danubienne.
       Le gouvernement austro-hongrois avait voulu la guerre européenne en 1914 parce qu’il
pensait que seule une victoire militaire pourrait enrayer les menaces de désintégration de
l’Etat. Mais pendant cette guerre l’empereur François-Joseph n’a jamais trouvé un appui
dans la majeure partie de la population.
       Les symptômes de crise étaient apparus à partir du début de 1917. Les causes
profondes étaient liées à la situation économique et à l’attitude des minorités nationales.
Dans les progrès de cette crise austro-hongroise en 1917-1918, quelle part est-il possible
d’attribuer à chacune de ces causes ?
       La pénurie de denrées alimentaires devient grave à l’automne 1917 dans toute la
partie autrichienne de la double monarchie. Ceci entraîne des troubles sociaux qui prennent,
au milieu de janvier 1918, une allure menaçante ( appel à la grève générale afin de forcer les
paysans à livrer leurs denrées). L’empereur prévoit un mouvement révolutionnaire si la crise


                                                                                              74
de ravitaillement n’est pas conjurée. Quel espoir peut-il avoir de la surmonter ? C’est par le
traité ukrainien et par le traité roumain que sera trouvée une solution pour écarter des
craintes, et cela malgré les conséquences qu’ils peuvent entraîner par la suite. [« Le
gouvernement préfère une mort possible à une mort certaine » dira Czernin].
       Donc ce ne sont pas les difficultés économiques qui jouent un rôle décisif dans la crise
où sombre, en octobre 1918, la double monarchie.
       Le mouvement des nationalités présente une bien autre importance. La protestation
tchèque est divisée en 2 camps puis divisée sur le but à obtenir dès la chute du tsar. Ce
n’est qu’en janvier 1917 que les 2 tendances se réunissent pour réclamer l’indépendance, la
formation d’un Etat souverain et démocratique, comprenant ses pays historiques et son
rameau slovaque.
       Le mouvement yougoslave, ébranlé par l’intervention italienne (mai 1915) et étouffé
par la défaite serbe (fin 1915) reprend vigueur au début de 1917 [ les méfiances entre serbes
orthodoxes soutenues par la Russie tsariste et la Croatie catholique s’estompent après la
révolution russe ] le but commun est la création d’un Etat yougoslave. Ce n’est que le 2 mars
1918 que les Slovènes se rallient à la revendication d’indépendance. Mais cette adoption
d’un vrai programme par les 2 plus importants mouvements nationaux au début de 1918
n’est pas dû uniquement au fait qu’on en parle à Brest-Litovsk. Il faut chercher d’autres
explications :
       i)      dans la politique des gouvernements autrichiens et hongrois
       ii)     dans l’activité diplomatique des adversaires de l’Autriche-Hongrie.

      i)     Les tentatives politiques de donner un statut d’autonomie aux minorités, faite
             tant par le gouvernement hongrois que par le gouvernement autrichien,
             échoueront car elles ne sont pas acceptées unanimement. Les mouvements
             nationaux en viennent à revendiquer l’indépendance, dès lors qu’ils ont perdu
             l’espoir d’obtenir un statut d’autonomie.
      ii)    Les Etats associés et alliés devaient naturellement songer à profiter de
             l’avantage que représentaient les mouvements nationaux. Mais leur politique ne
             pouvait être cohérente tant que les intérêts italiens s’opposaient aux intérêts
             yougoslaves et tant que les intérêts russes s’opposaient aux intérêts polonais.
             Malheureusement, lorsque l’occasion se présenta, avec la première révolution
             russe, de favoriser les mouvements nationaux, les puissances alliées firent le
             mauvais choix en essayant d’amener l’Autriche-Hongrie à conclure une paix
             séparée. Et pour cela, il fallait lui promettre de ne pas toucher à ces territoires.
             Ainsi la seule chose réclamée par les Alliés en faveur des mouvements
             nationaux fut une autonomie au sein d’une Autriche-Hongrie que certains ne
             voulaient pas disloquer (Wilson).

        Mais on le sait, ces tentatives de négociation échoueront (fin 1917) et alors seulement
les mouvements nationaux revendiqueront l’indépendance et seront soutenus par la France
et l’Angleterre qui souhaitent la destruction de l’Autriche-Hongrie ( un de leur but de guerre)
et même par Wilson (29 mai 1918).
        Dans les origines de l’effondrement de l’Autriche-Hongrie et dans la crise intérieure qui
s’accentue en juin et juillet 1918, quelle part faut-il faire au caractère de l’empereur (Charles
qui a succédé à François-Joseph ) ? Opposé à ses ministres et généraux, il comprend que
l’entrée en guerre américaine signifie la défaite et est donc prêt à signer la paix, même
séparée. Mais pouvait-il l’imposer ? Non, car il n’a pas l’indépendance nécessaire, ni à
l’intérieur de son empire, ni vis-à-vis de son allié allemand.
        Aggravation de la situation en juin et juillet 1918 et qui prend un tour critique en août,
au moment où apparaît la perspective d’une défaite militaire prochaine. Fin septembre, lors
de l’effondrement de l’armée bulgare, les chefs des groupes minoritaires font des
déclarations révolutionnaires. Ce qui amène l’empereur à annoncer que l’Autriche va se
transformer en Etat fédéral. Trop tard, répond Wilson, car l’autonomie est maintenant
insuffisante à satisfaire les aspirations des peuples. Le 24 octobre, l’armée italienne lance


                                                                                               75
l’offensive qui disloquera l’armée austro-hongroise. L’empereur demande alors l’Armistice, le
29 octobre est proclamée la République tchèque et la sécession des Yougoslaves ; Le 30
est formé l’Etat allemand d’Autriche. La destruction de la double monarchie est un fait que la
conférence de la paix ne fera qu’enregistrer.
       Dans cet effondrement de l’Autriche-Hongrie, c’est le mouvement des nationalités qui a
été la cause profonde.


     La défaite de l’Allemagne

      L’effondrement de l’Empire allemand se présente sous des traits tout à fait différents et
ne se dessine qu’à partir du début d’août 1918. Dans un premier temps, l’Allemagne voudrait
réaliser un compromis lui permettant de conserver les avantages acquis à Brest-Litovsk et
ne lui imposant que l’évacuation des territoires belges, français, italiens. Mais 6 semaines
plus tard (29 septembre), la décision est prise d’adresser, sans plus attendre, au président
des USA une demande d’Armistice et de paix. C’est l’aveu de la défaite. Réponse de
Wilson : i) une paix telle que l’Allemagne ne puisse reprendre les hostilités
           ii) une paix conforme aux « 14 points » (abandon des territoires annexés et
      renoncement à l’Alsace-Lorraine et aux territoires polonais iii) une paix négociée avec
      les « représentants du peuple allemand » (et non ceux qui en ont été jusqu’ici les
      maîtres).
      Le 27 octobre le gouvernement allemand accepte sans conditions. La guerre est finie.
La seule question qui reste est politique : le régime impérial survivra-t-il ? Il s’écroule le 9
novembre sous la poussée du mouvement populaire qui le rend responsable de la défaite.
Dans cet effondrement, quelle part faut-il faire aux causes
      i)        militaires
      ii)       diplomatiques
      iii)      politiques ?

     i)        Après l’offensive allemande de juillet 1918 ( le 15 juillet) qui échoue et la
     bataille de Montedidier le 8 août qui montre la supériorité de l’armée alliée, Ludendorff
     se sait vaincu et ne fait qu’attendre avec anxiété l’offensive que Foch s’apprête à
     lancer.
     La situation sur les autres fronts de guerre aggrave bientôt les craintes de l’Etat-major.
     Le 14 septembre, les Austro-Hongrois se déclarent à bout de souffle (avant même la
     dernière offensive italienne) ; le 15 septembre, le front bulgare est rompu par une
     offensive franco-serbe ; le 19 septembre les Anglais enfoncent le front turc en
     Palestine. Le haut commandement allemand est désemparé. Le 29 septembre, l’Etat-
     major fait pression sur le gouvernement pour qu’il demande l’Armistice. Mais dans
     leurs esprits, l’Armistice n’est pas la paix, et il sera toujours temps de défendre plus
     tard des territoires si l’ennemi veut les annexer. Aussi lorsque Wilson pose ses
     conditions, Ludendorff affirme qu’il ne faut pas céder et secrètement il espère que les
     divergences dans le camp adverse entre l’Angleterre et la France qui exigent des
     conditions très dures et les USA qui paraissent plus modérés amènent très bientôt à
     des fissures profondes. Tel est l’espoir qu’il exprime le 23 octobre. Le lendemain, la
     publication de la 3e note américaine coupe court à cette illusion. Le gouvernement
     allemand écarte alors Ludendorff qui déclare toujours que c’est inacceptable (après
     avoir voulu signer l’Armistice il se dérobe de ses responsabilités) et le 27 octobre,
     l’Allemagne adresse à Wilson une réédition sans conditions.
     C’est donc bien la défaite militaire qui impose la capitulation : le gouvernement est
     convaincu que toute tentative de résistance à outrance serait illusoire.

     ii)       Les gestes diplomatiques n’ont ces 3 derniers mois de guerre pas
     d’importance car il est trop tard pour négocier. Le seul moment où la diplomatie aurait
     pu être encore bénéfique à l’Allemagne fut en juin 1918, après que l’armée allemande


                                                                                             76
      eut été de succès en succès pendant 6 mois. Mais alors que le gouvernement anglais
      se disait prêt à ne « fermer la porte à aucune démarche de paix, pourvu qu’elle
      s’appuie sur des bases solides », L’Etat-major se refuse à toute possibilité de paix de
      compromis qui amènerait à l’indépendance totale de la Belgique. Cet Etat-major a cru
      pouvoir dicter la paix et écarter l’éventualité d’une négociation ( en écrasant l’ennemi
      qui demandera l’Armistice) ; il a préféré lancer sur le tapis, le 15 juillet, ses derniers
      atouts, et il a subi un échec total.

      iii)      De la crise politique intérieure enfin, qu’elle a été la portée réelle, dans
      l’origine de la défaite ? C’est en avril 1917 qu’apparaissent les 1ers symptômes d’une
      dépression du moral dans les milieux ouvriers. Cela correspondait avec la propagation
      des mots d’ordre de la 1ere révolution russe (paix sans annexions) et avec
      l’aggravation de la situation alimentaire. Mais rien ne se passa en 1917.

       Le malaise social et politique reparu au début de 1918 avait comme mot d’ordre paix
« sans annexions » et réformes électorales. Mais les décisions du gouvernement sont
dominées par l’Etat-major militaire et celui-ci s’oppose à toute concession aux ouvriers et
maintient un programme « annexionniste » dans la question polonaise.
       Mais ces méthodes autoritaires ont besoin d’être soutenues par la victoire car tant
qu’ils gagnent, le rôle politique des généraux est toléré par l’opinion publique et même par le
Reichstag. Mais il cesse de l’être lorsque viennent les échecs militaires. Alors que les
militaires s’effacent, voyant qu’ils ne peuvent plus rien faire, et laissent la place à plus de
stabilité, la note américaine du 24 octobre ouvre la crise des régimes. En déclarant que la
paix ne pourra être négociée avec ceux qui ont été jusque-là « les maîtres » de l’Allemagne,
Wilson veut donner à penser que la présence de l’empereur est un obstacle à cette paix. Il y
réussit. L’empereur abdique le 9 novembre parce qu’il en est accusé et la République est
proclamée à Berlin sous la poussée des ouvriers. [L’armée déclare qu’elle ne peut intervenir
avec les troupes du front dans une guerre civile.] La révolution est accomplie, sans effusion
de sang.

      Quelle cause a été la plus importante dans cet effondrement allemand ?
      Le blocus n’a pas entraîné une crise des armements dont l’armée allemande ne
manquait pas. En revanche, la crise du ravitaillement a provoqué, en 1917 et au début de
1918, des difficultés graves qui ont été à l’origine de troubles sociaux dans les grandes villes.
Pourtant ces souffrances ont été atténuées après la paix de Brest-Litovsk et celle de
Bucarest. Il est vrai que les opérations militaires ont été parfois dirigées en fonction de cette
pénurie alimentaire ( Ukraine puis maintient des troupes). Le blocus a contribué à ébranler le
moral de la population et il a pesé, en certaines occasions, sur les actes du haut
commandement ; mais il n’a pas eu des conséquences telles que les difficultés économiques
aient rendu nécessaire la demande d’Armistice.
      Les mouvements révolutionnaires : ceux-ci ne semblent pas avoir entravé la bataille
défensive, comme le dit souvent la polémique politique. Et la décision d’accepter les
conditions posées par Wilson a été prise par le gouvernement allemand le 27 octobre, avant
les premiers troubles révolutionnaires. Il est vrai que l’opinion publique avait auparavant
donné des signes de désarroi. Mais depuis quand ? Depuis que la situation militaire, en
septembre, était devenue critique, non seulement pour les initiés mais aussi pour la
population. Cette dépression du moral national n’avait été que le résultat de la défaite.
      C’est donc à l’explication militaire qu’il faut revenir : seul le sort des armes a été décisif.
Ludendorff n’a-t-il pas constaté, dès le 8 août 1918 que la guerre était perdue ? N’a-t-il pas
dit au gouvernement, le 29 septembre que l’armée était à la veille d’une « catastrophe » ? Le
6 novembre, Gröner, qui avait remplacer Ludendorff constatait qu’il était grand temps de
mettre bas les armes.


      Conclusion du Livre Premier


                                                                                                  77
       Au moment où la Turquie à Moudros, le 30 octobre 1918, l’Autriche-Hongrie à Villa-
Giusti, le 3 novembre, l’Allemagne à Rethondes, le 11 novembre, capitulent, la solidarité
entre les puissances victorieuses est déjà ébranlée. Chacun étant persuadé qu’il a été plus
important que l’autre ( France en troupes ; Angleterre en navale ; Italie dont l’effondrement
sur son front a été total, USA décisif) et donc doit recevoir beaucoup.
       Les Français voulaient imposer des conditions terribles afin que la reprise des hostilités
soit impossible, l’Angleterre craignait la diffusion du bolchevisme en Allemagne, Wilson ne
voulait pas imposer au peuple allemand des souffrances superflues.
       Quelles clauses politiques ? Pourquoi donner aux 14 points de Wilson une
consécration qui ouvrira la voie à des difficultés d’interprétation et à des surprises ?
       Wilson : « Je ne puis pas consentir à prendre part aux négociations d’une paix qui
n’inclurait pas la liberté des mers, parce que nous nous sommes engagés à combattre non
seulement le militarisme prussien, mais aussi tout militarisme, en quelque lieu et de quelque
manière qu’il se manifeste. Je ne pourrais pas non plus participer à un règlement qui ne
comprendrait pas une société des Nations, parce que, avec une paix de ce genre, toute
garantie de sécurité disparaîtrait au bout de quelques années : chaque nation devrait encore
recourir à des armements, et ce serait désastreux ». A ce moment-là la paix n’est pas encore
signée et les USA font pression en affirmant que si la France et l’Angleterre ne sont pas
d’accord avec ces principes, ils feraient une paix séparée avec les puissances centrales.
         GB, FR et IT acceptent, sous 2 réserves, de prendre les 14 points comme base de
la paix. C’est une « victoire diplomatique » des USA, mais c’est aussi le présage des
désaccords futurs. Les USA disposent, pour le proche avenir, des moyens de pression que
leur assure la puissance financière.
                      Livre second : Le règlement de la paix (1919-1920)


       L’effondrement de l’Allemagne, la dislocation de l’Autriche-Hongrie, la paralysie de la
Russie (guerre civile), laissent aux vainqueurs une entière liberté d’action pour établir les
traités de paix.
       L’œuvre est immense, non seulement parce que les hostilités ont touché plusieurs
régions du monde (Extrême-Orient, Méditerranée, Afrique centrale), mais parce qu’elles ont
déterminé dans les institutions politiques, dans la vie économique et sociale, dans la
mentalité même des peuples, des changements profonds, et qu’elles ont modifié l’équilibre
des forces entre les continents.

        Les vainqueurs doivent régler les questions territoriales, économiques et financières
que posent, en Europe surtout, leurs relations avec les Etats vaincus. Mais la FR, la GB et
l’Italie doivent, en même temps, rétablir leur vie économique et sauvegarder les intérêts
qu’elles possédaient, en 1914, dans les autres continents. Etats-Unis et japon, qui n’ont pas
engagé toutes leurs forces, ont eux une toute autre liberté d’esprit.

       Dans notre étude du règlement de la paix, établi par les traités de Versailles, de St-
Germain, de Trianon et de Neuilly, et celle des réactions de la psychologie collective devant
ce règlement nous ne devrons donc pas négliger la toile de fond, c’est-à-dire les atteintes
portées, dans le monde, aux intérêts européens.


      CHAPITRE V : LE DÉCLIN DE L’EUROPE


      Quelle place conserve l’Europe dans le monde en 1918 ?




                                                                                              78
       1) l’Etat des forces européennes

       La guerre a coûté aux Etats européens 8,5 mio d’hommes (!) qui appartenaient
presque tous aux générations actives ; La FR, l’Allemagne et la Russie sont les Etats les
plus touchés.
        manque de main d’œuvre, moyens de production partout insuffisants, le rendement
agricole a baissé (pas d’engrais ou terre détruite), baisse de l’activité industrielle
(épuisement du stock des Matières premières, pénurie de charbon), transports ferroviaires
désorganisés, la flotte marchande ne représente plus que 70% du tonnage mondial (85% en
1914).
       Dans ces aspects du désastre, le trait dominant est la sous-production. Il faut faire
appel aux autres continents, mais la crise financière paralyse ces achats. La dette publique a
partout augmenté dans des proportions considérables. L’inflation monétaire qui a permis de
faire face aux dépenses exceptionnelles de la guerre, freine les possibilités d’importation.
Les créances que les Etats européens possédaient, avant la guerre, sur les autres
continents ont en grande partie disparu.
       En face de cette Europe pantelante, les grands Etats extra-européens ont prospéré [la
guerre  hausse production industrielle et amélioration de la balance commerciale]

    les Etats sud-américains qui étaient avant 1914 dans la sphère d’influence économique
     de l’Europe [produits fabriqués contre matières premières et denrées alimentaires] ont
     créé de l’industrie textile et métallurgique et ont développé leur production de produits
     alimentaires, engrangeant des bénéfices qui ont permis la formation de capital
     « indigène »  premier espoir d’indépendance économique.
    Le Japon a vendu dans sa région (Chine, Inde, Indochine) les produits fabriqués que
     l’Europe ne faisait plus et a exporté du matériel de guerre (à la Russie surtout). hausse
     de la production industrielle multipliée par 5 et balance commerciale largement
     excédentaire (bénéfices immenses).
    Les USA ont augmenté leur puissance économique et financière [houille, acier, flotte
     marchande multipliée par 4 (85% alors de la flotte anglaise alors qu’en 1913 : 23%),
     balance excédentaire de 9,5 mia de $ en 4 ans (autant qu’avant en 125 ans), ils ont la
     moitié du stock d’or mondial (!) et sont grand exportateurs de capitaux, surtout en
     Amérique du sud]

       Au moment des discussions de paix, l’opinion publique européenne est plus
préoccupée par les difficultés matérielles immédiates que par des questions internationales.
Il ne faut pas le perdre de vue dans l’étude du règlement de la paix.
       crise de sous-production mais aussi crise morale : elle doute des principes qui
avaient dominé, avant 1914, les formes de la vie politique et sociale.

i)      crise des institutions libérales et démocratiques : n’apparaît pas tout de suite et les
        nouveaux Etats adoptent un système politique qui a fait ses preuves pendant la
        guerre puisque les puissances démocratiques ont vaincu. Mais c’est un succès
        précaire.
        De cette précarité, la cause première est l’influence de la guerre sur l’esprit public. Le
        respect des Droits de l’individu, fondement du libéralisme, avait été ébranlé par les
        mesures d’exception (censure, propagande). Ce doute est aggravé par l’influence
        des idées nouvelles qui, venues d’horizons opposés, sapent les fondements de la
        démocratie libérale. L’Etat, selon Lénine est et ne peut être qu’un instrument de
        contrainte, de domination. L’idéologie fasciste aussi est exprimée en 1918 déjà
        (Oswald Spengler) : la démocratie n’est qu’une illusion, car le suffrage universel ne
        comporte « aucun droit réel », la masse n’a pas de pouvoir réel.




                                                                                               79
ii)     Crise sociale : Dans tous les Etats belligérants, la guerre a eu pour conséquence un
        vaste transfert de richesses. Les paysans, qui ont eu à supporter le plus lourd
        sacrifice en hommes, sont ceux qui ont profité de la situation économique (hausse de
        la demande de denrées alimentaires) et ceux qui, à la sortie de la guerre, bénéficient
        des réformes politiques (réformes agraires afin de contrer les influences des
        communistes). Mais les ouvriers dans les Etats belligérants se trouvent dans une
        situation plus difficile à la fin des hostilités, car leur baisse de salaire ( ? ? ? il manque
        un bout).
        protection sociale printemps et été 1919 en GB, Italie, France. (3 pays qui n’ont pas
        adhéré à l’Europe communiste). Les gouvernements savent que ces mouvements ne
        sont pas révolutionnaires mais pourtant ils sont inquiets de cette agitation : ils devront
        rapidement conclure les traités de paix, afin de pouvoir penser à la reconstruction
        économique.

iii)    Exaspération des nationalismes : le « principe des nationalités » a été utilisé pendant
        la guerre dans les deux camps comme arme de propagande. [les Etats de l’Entente
        appuient dès mars 1917 (tsar ) les mouvements tchécoslovaques, serbes, croates,
        polonais ; les puissances centrales encouragent dès 1916 les mouvements irlandais,
        baltes et finlandais] Mais le plus dur au moment d’élaborer la paix est de décider des
        lignes de frontière entre tous ces peuples qui comprennent après l’armistice que c’est
        le dernier moment pour faire entendre leur voix.

        Au moment où les conceptions politiques et sociales du XIXème et du début XXème
sont ébranlées, voici que s’affirme, dans l’esprit des hommes d’Etat et dans le sentiment des
masses, une conception nouvelle des rapports internationaux. [Etats-Unis d’Europe ou SdN
déjà étudiés mais jamais pris au sérieux. Les organisations pacifistes ne perdent pas espoir
avec la guerre et des initiatives en vue de promouvoir une organisation garante de la paix
voient le jour, d’abord dans les pays neutres (USA, Suisse, Hollande) puis dans les pays
belligérants (GB, FR, Allemagne) ]
       Wilson parla de la façon de voir une future organisation au début de la guerre et trouva
écho. Mais c’est seulement après l’entrée en guerre des USA, lorsque le Président a pris
position d’arbitre de la paix future, que l’idée s’est implantée : une « association générale des
nations » était comprise dans son message du 8 janvier 1918.
       Il est naturel que ces idées trouvent un large écho dans l’opinion publique en 1919, qui,
comme après chaque grave crise internationale, espère qu’un ordre nouveau assure aux RI
stabilité et sécurité (afin que ces souffrances n’arrivent plus). L’idéal wilsonien répond, à ce
moment, à leurs aspirations profondes.
       Encore faut-il remarquer l’orientation réellement universelle que prennent ces
conceptions [avant 1914 : « Etats-Unis d’Europe » au centre du mouvement]. N’est-ce pas là
encore un trait qui confirme le « déclin de l’Europe » ? [cette Europe qui a besoin des USA
pour assurer, dans l’avenir, l’organisation de la paix].

       2) Le sort des impérialismes européens

     La prépondérance que l’Europe avait possédé sur les autres continents jusqu’en 1914
est maintenant mise en question. Pendant la guerre ils ont :
     i)     stoppé leur effort d’expansion économique
     ii)    perdu leur prestige
     iii)   vu les fondements de l’impérialisme ébranlé par des nouvelles pensées qui ont
            eu beaucoup d’écho chez les intellectuels de ces colonies ou zones d’influence.

i)      baisse des exportations car tout est produit pour les besoins militaires, donc
        augmentation des exportations des USA et du Japon.




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ii)    espoir pour les populations colonisées d’échapper à la mainmise européenne +
       développement de leur raison au contact des autres populations colonisées et des
       socialistes en Europe (énormément d’habitants des colonies enrôlés dans les armées
       européennes : 943’000 Indiens, dont 687’000 combattants, 928’000 « français » dont
       690’000 combattants) ; la GB a dû encourager un mouvement nationaliste arabe
       (contre Ottomans et qui lui a permis le succès de la campagne en Palestine) mais
       problème en fin 1918 car les promesses qui leur ont été faites sont en contradiction
       avec les accords secrets franco-anglais (force encombrante et même menaçante) ;
       FR et Anglais, après avoir traité la Chine comme inférieure depuis 1842 (traités
       inégaux) ont souhaité et obtenu son entrée en guerre en 1917  elle réclame
       l’abrogation des traités inégaux lors de sa participation au règlement de la paix.

iii)   Mais leurs aspirations à l’émancipation sont surtout encouragées par la diffusion des
       idées wilsoniennes et par la doctrine communiste (points de convergence entre les 2
       dans la condamnation du « colonialisme »).
       Wilson veut appliquer le principe de « libre disposition des peuples » à l’action
       coloniale (domination possible pour imposer l’ouverture d’un pays au commerce mais
       elle doit être transitoire car dès que le pays sera mûr pour le self-government il doit
       pouvoir revendiquer ses droits). BUT= éviter d’étendre à de nouveaux territoires la
       domination coloniale, remettre les territoires coloniaux à un Etat mandataire et confier
       à la SdN le soin de contrôler la gestion de ces mandats. Wilson, il est vrai, veut
       appliquer ses idées avec ménagement, afin de ne pas se heurter de front aux intérêts
       de la France et de la GB, mais les intellectuels indigènes retiennent uniquement la
       doctrine, c’est-à-dire le droit de libre disposition des peuples.
       Les intérêts européens dans le monde sont encore plus menacés, directement, par la
       propagande communiste. Lénine publie en sept. 1917 L’impérialisme, stade suprême
       du capitalisme (hausse de l’importance du capital naissance de rivalités nouvelles
       entre les grandes puissances au sujet des territoires non-européens  guerre de
       1914 qui a été « pour le partage du monde, la distribution et la redistribution des
       colonies, des zones d’influence, du capital financier ». Mais la moitié de la population
       du monde dominée se rebelle, sent monter le sentiment national qui amènera à une
       résistance qui ne fera que croître. Ainsi c’est le capitalisme, source de ces
       résistances, qui a ouvert lui-même à ces peuples la voie à l’émancipation.  le
       programme de l’Etat communiste est exprimé en mars 1919 dans la résolution finale
       de son premier Congrès : lutter contre l’impérialisme colonial ou « semi-colonial »,
       encourager les « mouvements d’émancipation », ruiner cet impérialisme, qui est
       indispensable à la stabilité des régimes capitalistes. Bien au-delà de la critique
       wilsonienne, ce programme s’attaque donc à toutes les formes de l’expansion
       économique européenne.
       Pourtant, les recherches historiques en 1972 ne permettent pas de dire quel poids
       ont eu ces 2 influences, US et russe, dans les mouvements d’émancipation qui
       ébranlent en 1919 les résultats acquis par l’expansion européenne. Mais ces critiques
       de l’impérialisme ne pouvaient pas dépasser les milieux intellectuels. Dans les
       masses, les réflexes élémentaires du sentiment xénophobe, les difficultés ou
       souffrances provoquées par la situation économique, enfin les forces religieuses
       étaient, sans doute, les mobiles profonds.

      C’est la physionomie de chacun de ces mouvements de résistance à l’Europe, dans les
colonies ou dans les zones d’influence, qu’il importe d’esquisser.

a) Angleterre

      L’Inde est le « joyau » de l’Empire britannique. Dans cette énorme masse humaine
(320 mio d’hab. en 1919) la présence anglaise est mineure (60’000 soldats, 25’000
fonctionnaires, 50’000 colons techniciens ou hommes d’affaire) Pourtant, depuis la grande


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révolte de 1857, la domination anglaise n’avait pas été menacée, grâce aux divisions
internes des milieux indigènes (religion, langue, social). Mais la guerre mondiale a donné au
mouvement national un nouvel essor car les Musulmans, opposés à la division de l’unité
islamique voulue par les Anglais, ont accepté de collaborer avec les hindous (juin 1956) 
l’Angleterre promettra des réformes politiques et cela suffit pour que l’Inde reste tranquille
pendant le printemps de 1918, c’est-à-dire à une heure critique de la guerre en Europe.
       Mais, dès le début de 1919 la protestation nationale s’affirme avec une force nouvelle.
[grève générale puis « campagne de désobéissance civile »]  cela aboutit à un massacre
le 10 avril. L’émir de l’Afghanistan en profite pour ouvrir les hostilités, dans l’espoir de
provoquer un soulèvement général de l’Inde  Il ne réussit pas mais obtient l’indépendance
de son Etat (quasi-protectorat depuis 1879).
       Pourquoi y a-t-il eu ce mouvement national ? Les circonstances économiques ont leur
rôle [ hausse des prix ind. pendant la guerre  difficulté des paysans + mauvaise récolte en
1918  famine début 1919] mais c’est surtout l’action d’une personnalité exceptionnelle :
Gandhi, qui a éveillé les masses populaires, grâce à la puissance d’attraction que lui
donnaient son dédain pour les biens matériels, son esprit de sacrifice, son désir d’établir
l’harmonie humaine et l’élan de son sentiment religieux.

       En Egypte (protectorat anglais en nov. 1914 après plus de 30 ans d’occupation) c’est
le lendemain même de l’armistice que le « parti national » demande l’indépendance, au nom
des principes wilsoniens :  refus anglais  mouvement insurrectionnel qui ne sera maîtrisé
qu’au moment où les troupes anglo-hindoues venues de Palestine arriveront.  « résistance
passive » des Egyptiens  promesse ( ? ? ?)  abolition du protectorat (fév. 19.. ? ? ?) 
(ici aussi c’est illisible…)
       Là encore les conditions économiques et sociales (réquisitions de main d’œuvre et de
denrées alimentaires en 1918 pour les besoins du corps expéditionnaire de Palestine et de
Syrie) favorisent la propagande nationaliste, qui comme en Inde touche les masses ; mais
c’est l’ascendant personnel qui donne l’impulsion.

       En Union sud-africaine la vie sociale est dominée par les antipathies raciales et les
rivalités d’intérêts économiques entre les groupes hétérogènes (5 mio Noirs, 1,5 mio
Européens -Anglais et Boers-, 200’000 hindous = main d’œuvre, 60’000 Chinois = travail des
mines)
       pas de mouvement « national » possible mais problème car les Blancs sont divisés
(le parti nationaliste Boer réclame l’indépendance du Transvaal et de l’Orange au nom des
principes de Wilson) contre des Noirs qui sont toujours plus nombreux.

         A. France :
       résistances beaucoup moins sér ieu ses, dans ses colonies et ses
protectorats [Algérie et Indochine : aucun problème, Maroc et Tunisie
inf luencés par les idées du moment mais la résist ance n’essaie pas
d’employer la f orce].

         B. Italie :
     en Libye la dom ination italienne est presque entièr emen t éliminée.
     Les nationalistes libyens ont grignoté du terrain pendant la guerre et en 1919, le
gouvernement italien ne peut pas demander à la nation, dans l’état d’épuisement
économique et de lassitude où elle se trouve, l’effort d’une campagne coloniale ; il préfère
négocier un compromis  souveraineté italienne fort réduite.

         C. Espagne :
     la présence espagnole est en très mauvaise posture dans le Maroc septentrional où
depuis 1915 la résistance indigène a restreint l’occupation militaire à la zone côtière.
     En 1919 Abd-el-Krim demande à Madrid de désigner un gouvernement civil.


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          D. Les Pays-Bas :
      diff icult és sér ieuses, dans leurs Indes. Les Hollandais à la f in 1918
veulent f aire des concessions polit iques mais « l’élite indigène » n’est pas
satisf aite. En 1919 , 2 mouvements d’opposition prennent corps ; tous deux
sont nat ionalistes, mais l’un est libéral, et l’autre communiste. La presse
hollandaise manif este la f erme volonté de tenir bon.


      Quelle influence des Européens en Chine en 1919 ?

      Au cours des crises de l’Empire chinois (1894-1895, 1900-1901, 1911-1912),
l’observateur étranger avait été frappé de la passivité de la population (le sentiment
patriotique ne s’était pas manifesté) [en 1915 la réaction populaire aux menaces japonaises
avait été présente mais passagère]. Or en mai 1919, voici que se manifeste un mouvement
nationaliste chinois d’abord contre le Japon, à l’occasion du règlement de paix, par les
puissances étrangères. A la base de ce mouvement national,
      i)      la renaissance intellectuelle et
      ii)     la sollicitation des intérêts économiques sont les forces déterminantes.

i)     La guerre civile, qui déchire de nouveau la Chine depuis la fin de 1916, n’entrave pas
       l’activité du mouvement intellectuel. Au centre de ces débats intellectuels s’affirme
       l’opposition entre les tenants de la civilisation chinoise et les partisans de la
       civilisation « occidentale », eux-mêmes divisés entre admirateurs de l’Europe
       occidentale ou des USA, et adeptes du communisme soviétique. Mais il faut dire ici
       que même les intellectuels qui rejettent la civilisation chinoise et qui aimeraient que
       soient instaurés des principes qui découlent de la civilisation européenne, le font
       dans un but uniquement national, afin que la Chine puisse assumer une totale
       indépendance.
ii)    Les conditions de la vie sociale favorisent ce mouvement national ; mais elles ne sont
       qu’une force d’opposition. A la fin de la guerre européenne, les industriels et
       commerçants chinois qui avaient profité, entre 1914 et 1918, de l’éclipse subie par
       l’influence économique européenne, font à nouveau face à la concurrence des
       marchandises venues d’Europe (+ les usines européennes en Chine remarchent). Et
       ils ne peuvent rien faire à cause des clauses contenues dans les traités inégaux
       (droits de douane 5%, exterritorialité, etc.)  c’est à ceux-ci qu’ils incombent la
       faute de leur malheur. De même les ouvriers se plaignent de leurs employeurs qui
       n’ont pas adapté la hausse du salaire à la hausse du prix de la vie [cela va autant à
       l’encontre des patrons étrangers que des patrons nationaux].

      Le trait nouveau dans cette Chine si troublée est donc la vigueur du réveil national :
entre les mouvements de mai 1919 et les mouvements xénophobes qui vont prendre tant
d’ampleur en 1925-1926, la filiation est claire.


      Dans les régions turques et arabes du Proche-Orient ?

    C’est avec plus de vigueur encore que les nationalismes s’aff irment
dans ces régions.

1) La décadence de l’Empire ottoman, selon le guide intellectuel du mouvement national
   turc, est due à la confusion entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. L’effort de
   rénovation doit donc comporter la séparation entre la religion et l’Etat, faire appel à la
   civilisation « occidentale » dans ses aspects scientifiques et techniques, construire enfin
   un système politique qui donnera le pouvoir à l’élite intellectuelle.  ils font fonder l’Etat


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   turc (régions turques de l’empire ottoman) sur l’idée de nation ( sur la foi religieuse).
   Lorsque Mustapha Kemal fonde en avril 1920 en Anatolie une République turque, il se
   fonde sur ces principes : sécularisation et occidentalisation. [le guide intellectuel est
   Gokalp]

2) Le réveil d’un nationalisme arabe n’avait pris une allure politique qu’entre 1904 et 1914,
   sans éveiller alors grande attention. C’est la guerre mondiale qui lui avait donné
   l’occasion d’un essor (intérêts de la GB de jouer contre les Turcs la carte arabe). En
   1918, la proclamation faite à Jérusalem par le général Attenby avait promis aux
   populations arabes de l’empire ottoman l’indépendance. Les Anglais avaient alors
   l’espoir que, dans ces Etats arabes indépendants, ils auraient une influence
   prépondérante. Et cela devrait se réaliser si les chefs des mouvements indigènes
   restaient en rivalité. Mais cela risquait de ne pas se réaliser si les souverains des
   nouveaux Etats étaient assez sages pour s’unir par une alliance, peut-être par un lien
   fédéral, et pour diriger un effort cohérent contre la domination directe ou indirecte des
   Européens.

       Dans toutes ces résistances à l’expansion européenne, c’est le jeu des mêmes forces
profondes qui apparaît. Difficultés économiques et financières qui ont été le résultat de l’état
de guerre, et qui ont provoqué, dans les masses, un mécontentement, parfois une
protestation violente ; mais, plus encore, éveil du sentiment national ou élan du sentiment
religieux, tantôt associés (Inde, Egypte), tantôt distincts.

      Au Proche-Orient, les aspects économiques n’ont qu’une place secondaire  c’est la
volonté d’indépendance qui anime les militants intellectuels et c’est le sentiment religieux qui
amène la masse à suivre cette impulsion. En Chine, les intérêts économiques expliquent
l’adhésion des milieux urbains au mouvement national, mais ils n’ont aucune influence sur le
comportement des intellectuels. En Afrique du Sud, le problème réside dans les différences
entre les formes de civilisations.
       Ce dosage différent donne à chacun de ces nationalismes sa physionomie
particulière. Mais les forces profondes ne deviennent vraiment efficaces que dans le cas où
elles sont animées par l’action d’un homme. Sun Yat Sen, M. Kemal, Ghandi, Zagloul en
Egypte, ne sont pas des nouveaux venus ; tous avaient déjà une large audience dans leur
pays ; c’est l’autorité morale, autant que leur esprit politique, qui les porte, en 1915, au
premier plan dans cet effort de résistance à l’Europe.


     Chapitre VI : La Conférence de paix


     Seule limitat ion aux volontés de paix : Cette paix devra avoir pour base
les Quator ze Points de W ilson. Mais ces points sont assez vagues pour
laisser la place à des problèmes d’inter prétation  les vaincus ont l’espoir
de pouvoir prof iter des divergences entre les intérêts des vainqueurs.


     I. Les intérêts en présence

     A) Le Japon

     Il n’a pas pris part à la guerre européenne et n’a donc des revendications qu’en Asie
     orientale. Mais dans ce domaine, ses ambitions sont vastes.
     Le nationalisme a toujours eu des racines dans la psychologie collect ive
et dans l’ét at d’espr it des milieux dir igeants ; entre 1894 et 1914 il était à



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l’origine d’un eff ort d’expansion qui r épondait aux nécessités de la vie
économ ique [pas dif fusion des idées socialistes ou pacif iques au Japon].
       En 1919 ces conditions ont -elles changé ?
       Les caractères de la psychologie collective ne sont pas sensiblement différents. Il y a
bien de la propagande socialiste, mais pas internationaliste (le culte de l’Empereur est trop
fort), et les militants clandestins sont immédiatement pris par la police.
        Aucune force organisée ne s’oppose au courant du nationalisme.
       Les conditions démographiques renforcent le sentiment impérialiste. 50 mio en 1914 
56 mio en 1919  problème de surpopulation (manque de denrées alimentaires ; pas assez
de terres pour tous les candidats)  le seul remède est le développement des industries [
travail à la main d’œuvre rurale en excédent et permettra d’acheter à l’étranger des denrées
alimentaires, en contrepartie des exportations d’objets fabriqués]. Mais il faut trouver à
l’extérieur des débouchés et des matières premières. Cela est plus facile si c’est soutenu par
une expansion territoriale.
       Mais pour ce qui est des délibérations concernant la paix en Europe, le Japon n’y
participe pas.

      B) L’Italie

      Elle a obtenu d’emblée, par la défaite et la dislocation de l’Autriche-Hongrie, le résultat
qui était pour elle le plus important : elle n’a plus la pression austro-hongroise, plus
d’obstacles pour récupérer ses terres. Pour compléter ces succès, elle doit évidemment
s’assurer une prépondérance dans la mer Adriatique [but : limiter l’aire d’expansion
yougoslave]. Elle peut enfin reprendre les desseins qu’elle avait formés et commencé à
réaliser entre 1911 et 1914, en Méditerranée orientale.
      Tous ces objets sont inscrits dans le traité de Londres de 1915 (avril) et il s’agit donc
avant tout d’obtenir l’exécution de ces promesses. La difficulté que rencontre la réalisation
du programme italien, c’est la formule wilsonienne [point 12 : la question de l’Adriatique sera
résolue en tenant compte de la « ligne de démarcation clairement reconnaissable entre les
nationalités »].

      C) La Grande Bretagne

       Elle n’a pas de revendication territoriale en Europe ; elle ne cherche d’acquisitions
qu’en Afrique et dans le Proche-Orient. Pourtant elle a des intérêts dans les questions
continentales : écarter le risque d’une hégémonie ; conserver ou retrouver des marchés
d’exportation pour ses produits industriels  pas de morcellement de l’Allemagne (éviter une
France hégémonique et faire que l’Allemagne redevienne le principal client européen de
l’économie anglaise). Mais il faut aussi éviter une trop grande entente (économique,
politique) entre cette Allemagne et la Russie.

      D) La France

       Elle doit porter les charges que lui impose la reconstruction de ses régions dévastées,
la destruction d’usines et le pillage de machines et des stocks de matières premières, la
ruine des installations minières (Nord et Pas-de-Calais), la démolition d’ouvrages d’art sur
les voies (… ? ? ?)
       Pourtant ces préoccupations économiques et financières cèdent le pas au désir de
sauvegarder la sécurité du territoire. Le souvenir de 3 invasions subies en 1 siècle, la
conviction qu’une revanche allemande ne peut qu’être retardée, voilà quels sont, dans la
politique française, les mobiles essentiels. Contre cette revanche il faut assurer des
garanties « physiques » (éloigner les bases de départ d’une invasion) et assurer des
garanties « diplomatiques » (éviter d’avoir à porter seule le poids d’une guerre future, car
cette fois elle a eu de la chance mais une autre fois elle pourrait être seule). Mais puisqu’elle



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n’a plus autant de poids dans les relations internationales, la France n’a pas au sein de la
coalition toute l’autorité qu’elle avait eue auparavant.


      Entre ces intérêts divergents, les USA vont-ils exercer un arbitrage ?

       Dès son entrée en guerre, la grande République a pr oclamé son
désintéressement : ni pr of its territoriaux, ni avantages politiques. But de la
guerre : baisse du militarisme allemand, victoire de la GB et de la Fr ance
(démocratiques et libérales)  Ces buts sont atteints et il n’est pas
nécessair e d’aller au -delà : la « destruction » de l’Allemagne a été
f ormellement exclue par les déclarat ions of f icielles amér icaines. W ilson a
pourtant, personnellement, un dessein plus large. Il f aut que les traités
ouvrent la voie à une concept ion neuve des relat ions entre les Etats, il veut
construire la SdN. C’e st dans ce sens qu’il entend orienter les débats dans la
Conf érence de paix et exercer un arbitrage. Ce r ôle implique une
participation directe à la sauvegarde de la paix f uture [  renoncer au x
tradit ions US et intervenir pour prot éger l’indépendance et l’ intégrité
territoriale des Etat s membres de la Société]. W ilson pense que l’opinion
publique est derrièr e lui et veut la SdN. Mais les élections du Sénat ont
accordé 2 sièges de plus aux républicains qu’aux démocrat es  W ilson ne
devrait plus avoir le droi t de par ler au nom du peuple américain (selon
Roosevelt, l’ancien président). Il en f era bien sûr autrement.
       Quelle est la position du corps électoral ? Il connaît généralement fort mal les
problèmes internationaux il prend position à leur égard en fonction de quelques idées
simples qui ont pour elles la force de la tradition et qui ont pour thème central
« l’isolationnisme », ou plus exactement le « non-empêtrement ».  l’intervention dans la
guerre européenne, en 1917, a été nécessaire pour défendre le prestige et protéger les
intérêts économiques des USA. Mais ce ne doit être qu’un remède, (il faut ensuite revenir
aux traditions valables depuis Washington et Jefferson et qui dans l’esprit des citoyens US
restent associées au développement de la prospérité des USA).
       Ces traditions répondent à des traits profonds de la mentalité collective. La sécurité du
territoire national est assurée grâce aux Océans  pourquoi s’intéresser aux querelles
européennes ? Assumer des obligations internationales impliquerait une grande armée
permanente et donc le service militaire obligatoire  c’est contre les conceptions anglo-
saxonnes. Mais cette politique, qui avait été possible et fructueuse au XIXe siècle, peut-elle
répondre aux nécessités nouvelles ? Les USA sont devenus une grande puissance
mondiale, une énorme puissance industrielle (besoin de débouchés) ; ils ont une marine
marchande présente sur toutes les mers et ont acquis une place prépondérante dans le
marché international des capitaux.  comment concilier ces préoccupations économiques et
financières avec une politique d’isolement ?
       Wilson compte sur l’appui des milieux qui aperçoivent cette contradiction (banquiers et
exportateurs de l’est des USA + universitaires) et sur son prestige personnel pour mettre en
échec le courant isolationniste.

       Le tour d’esprit et le tempérament des 4 hommes d’Etat qui mènent personnellement
tout l’essentiel des négociations aggrave, sans nul doute, les divergences entre les intérêts
nationaux. [les seuls chefs de gouvernement discutent pendant plus de 150 réunions 
solution plus rapide possible devant l’immensité du programme à suivre mais le facteur
personnel a une part trop importante].

-   Orlando (représentant italien) a un rôle effacé quand les intérêts italiens ne sont pas en
    question  c’est donc la physionomie des « trois grands » qui importe.




                                                                                             86
-   Clémenceau et Lloyd George sont 2 grands parlementaires, 2 polémistes aussi, incisifs
    et mordants, mais dont le caractère et la manière ne s’accordent guère.
    Clémenceau est pessimiste et réaliste et il ne s’accommode ni des formes de la
    diplomatie traditionnelle, ni des nuances de l’opinion parlementaire. Lloyd George est
    plus optimiste et son principal souci est de garder contact avec l’opinion publique
    anglaise et avec les tendances de la majorité parlementaire. Mais celles-ci sont instables
    et donc il s’adapte, avec toute l’aisance et toute l’autorité du grand avocat d’affaires.
-   Wilson reste marqué par son passé [professeur de science politique pendant 25 ans il
    croit à la force des idées et croit à sa mission]. Pour lui, il est supérieur car il sait les
    intérêts supérieurs de la paix dans le monde ( les autres qui ne cherchent que l’intérêt
    national). Il n’entend pas céder aux traditions ou aux préjugés de la majorité
    parlementaire US. Mais il connaît mal l’Europe et donc il est bien loin d’apercevoir les
    difficultés que les réalités linguistiques, ethnographiques ou économiques opposent à
    l’application d’un programme de paix fondé sur le principe des nationalités, sur le droit de
    libre disposition des peuples et sur la liberté des échanges commerciaux [écart entre ses
    intentions et ses moyens d’action].


      II. Le caractère des solutions

     Quels sont les trait s essentiels de cette œuvre, en Europe et hors
d’Europe ?

      1) En Europe

      L’effondrement des 3 Empires vient de libérer une force neuve, celle des
« nationalités ».
       2 mois avant l’ouverture de la Conférence de paix le sort de l’Autriche-Hongrie a été
réglé par la volonté des peuples : 7 Etats, dont deux, la Tchécoslovaquie et la Pologne, son
« nouveaux ». Les puissances ne font que définir plus exactement les frontières et portent
d’abord leur attention sur la question allemande. Ils sont pourtant bien loin de méconnaître
l’importance de l’Europe orientale où la Pologne reconstituée est destinée à former un écran
contre la Russie soviétique, en même temps qu’à soumettre l’Allemagne, le jour où elle
tenterait une guerre de revanche, à la menace d’une lutte sur deux fronts.
      Question allemande, question polonaise, question russe, voilà quels sont les grands
problèmes.

      I/ Dans la question allemande

      La volonté des USA et de l’Angleterre s’oppose vivement aux desseins français. Au
moment où commencent les délibérations de Paris, le gouvernement allemand a réussi à
maintenir l’unité. Comment donc assurer, pour l’avenir, la sécurité de la France ?
      La France veut entre les deux pays un ou plusieurs Etats « indépendants » mais
soumis à une occupation militaire interalliée. C’est impossible pour les USA et la GB car
contraire aux principes wilsoniens et car cela acculerait l’Allemagne, au désespoir, dans les
bras de la Russie soviétique.
      Lloyd George substitue à cette garantie territoriale une garantie militaire et
diplomatique : l’Allemagne aura une armée réduite à 100’000 hommes privée d’aviation,
chars d’assaut et artillerie lourde ; n’aura pas le droit de faire stationner des troupes ou
d’entretenir des fortifications dans ses territoires de la rive gauche du Rhin ; subira une
occupation militaire dans ces provinces. La France recevra l’appui armé de l’Angleterre et
des USA en cas d’agression allemande ou de violation par l’Allemagne du statut de
démilitarisation établi en Rhénanie.




                                                                                              87
       Les dangers de cette proposition : - illusoire d’imposer à la souveraineté allemande
une restriction permanente – le sénat US pourrait ne pas ratifier car contraire à toutes les
traditions de la politique US (encore plus que le Pacte de la SdN).

       L’application des principes wilsoniens se trouve encore en opposition directe avec les
intérêts français dans la question d’Autriche  la population de la nouvelle République est
tout entière de langue allemande et les élections à l’Assemblée constituante autrichienne le
16 février 1919 donnent la majorité au parti socialiste qui a pris position en faveur du
« rattachement » avec l’Allemagne. Les USA semblent d’accord [l’Allemagne, tout en
perdant l’Alsace-Lorraine, aurait pourtant sa puissance intacte, malgré la défaite] mais bien
sûr le gouvernement s’y oppose absolument. Et il est appuyé par Orlando. Mais au fond, ni
Wilson ni Lloyd George ne sont prêts à aller aussi loin, car cela serait dangereux pour le
rapport de force sur le continent.  Art 88 du Traité de Versailles et 80 du Traité de St-
Germain interdisent à la République d’Autriche d’aliéner son indépendance.
       A côté de ces 2 questions essentielles, la question de la Sarre n’a qu’une portée
secondaire. C’est elle pourtant qui donne lieu aux controverses les plus ardentes. La France
revendique l’annexion de la moitié du territoire sarrois. Mais cela est contre le droit à la libre
disposition ou le principe des nationalités. Le contraste est sensible entre l’âpreté de ces
discussions relatives aux clauses territoriales et l’allure plus conciliante des débats lorsqu’il
s’agit des clauses économiques et financières. Pourtant, la stipulation la plus importante,
celle qui concerne la réparation des dommages de la guerre, donne lieu à un désaccord
flagrant entre les puissances victorieuses.
       Le principe est accepté depuis le 5 nov. 1918 par les Alliés et associés : cette
interprétation est à la charge de l’Allemagne. Mais quel montant, alors que les dommages ne
sont pas encore évalués ? Et quels délais, quelles modalités de paiement ?
       Les Français avancent 230 millions de mark-or. Les US protestent car c’est beaucoup
trop (les Anglais sont d’accord avec eux). Une commission interalliée devra fixer le montant
de la dette. La question est ajournée.
       Les auteurs du traité de Versailles aggravent la situation en liant l’obligation de réparer
et l’origine du conflit qui selon eux est allemande. Cela est interprété par l’opinion publique
allemande dans le sens d’une responsabilité morale. Le sort allemand saura mettre à profit
cette occasion.

        Dans cette question allemande l’important est de ne pas aller trop loin avec la
culpabilité, réparation, occupation militaire, pas droit des nationalités si en faveur des intérêts
allemands (Autriche-Hongrie rattachée) mais droit des nationalités si contre les intérêts
allemands (Alsace-Lorraine) car cela augmente le sentiment national et la volonté de
revanche  le traité de Versailles il est vrai désarme l’Allemagne, prévoit un régime
d’occupation et impose le paiement de réparation, mais il est laisse subsister l’unité
allemande et la puissance industrielle du Reich.
La France aurait voulu le morcellement de l’Allemagne mais la victoire a été celle d’une
coalition et c’est une coalition qui a fixé les bases du règlement de la paix. La France ne
pouvait éviter les conséquences de cette situation.

      II/ La question des relations avec la Russie soviétique

       Bien qu’elle soit moins abordée, est constamment présente dans les esprits. Depuis
l’été 1918, les puissances alliées et associées ont mené une politique d’intervention dans la
guerre civile russe. Lloyd George affirme qu’il est vain de vouloir faire la décision par la force
alors que les soldats ne songent qu’à la démobilisation. Wilson est d’accord pour négocier.
Le gouvernement français apporte une adhésion réticente. Pourquoi cette suggestion reste-t-
elle sans résultat ? Les Alliés et associés ont 2 conditions :

-     cessation de la guerre civile sur la base du statu quo (les Russes « blancs »
      conservent leur territoire)


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-    reprise des relations commerciales entre la Russie et les autres Etats.

       Mais le gouvernement soviétique veut que les troupes alliées quittent avant que
l’armée Rouge démobilise. Wilson et George refusent et les pourparlers sont rompus.
       Pourtant cet échec n’amène pas les Alliés et associés à poursuivre leur intervention. 
Ils se retirent et ne continuent qu’une assistance matérielle au gouvernement de l’amiral
Kotchak en Sibérie, mais sans engager de troupes. (Le maréchal Foch avait proposé
d’entourer les bolcheviques en prenant appui sur la Pologne et la Roumanie, mais les
Anglais et les Américains ont refusé)  Les Alliés et associés n’ont pas réussi à définir une
politique dans la question russe.
       Leur seule chance de régler la question russe aurait été d’intervenir massivement.
Mais les troupes n’y étaient pas prêtes ; elles étaient épuisées. Ils auraient pu envoyer des
troupes polonaises mais quel intérêt avait la Pologne à favoriser la reconstitution d'une
grande Russie ? Et une Russie militaire et réactionnaire celle des généraux « blancs »,
n’aurait-elle pas favoriser un rapprochement entre la Russie et l’Allemagne.  Voilà qui
explique sans doute l’impuissance du conseil des Quatre.

     III/ Pas de solution dans la question russe

       La question polonaise ne peut être réglée que partiellement car les frontières orientales
du nouvel Etat restent en suspens. Les frontières occidentales sont plus faciles a déterminer,
puisqu’il s’agit de transférer des territoires allemands. Mais tout ne sera pas si facile  tous
les territoires où 2/3 de la population est polonaise ne seraient pas rattachés à la Pologne et
cela par la volonté anglaise : Dantzig recevra un statut ! (il y a un port, débouché des régions
pétrolifères et minières des Carpathes, qui doit rester ouvert au commerce anglais) et la
Haute-Silésie déterminera son statut par un plébiscite populaire (la pop dépend des grands
propriétaires et industriels allemands  ressources en charbon et minerai de fer nécessaire
à l’économie allemande).
        motifs économiques de l’Angleterre (Plus bien sûr éviter une hégémonie française
sur le continent).

     2) Hors d’Europe

      Il n’y a pas de difficulté sérieuse pour répartir, par le système des « mandats », les
anciennes colonies allemandes entre la GB et ses dominions, la France, la Belgique et le
Japon. (L’Italie n’a aucun rôle et préfère se concentrer sur la question de l’Adriatique, sans
réussir d’ailleurs à réaliser ses buts)  Afrique : aucun problème car consacre le résultat des
opérations militaires. Seules les question asiatiques donnent lieu à des débats assez âpres.

     i) Extrême-Orient

      Japon obtient archipel allemand. Mais problème de l’attribution des « droits et intérêts
allemands en Chine. (japon d’accord d’y céder contre avantages économiques ; F et GB liés
avec Japon par les accords secrets ; USA libres de tout engagement)  Le 30 avril 919 le
conseil des Quatre abandonne la partie : ce territoire revient au Japon et qu’il se débrouille
(c’est adopter la thèse japonaise)  la délégation chinoise refuse de signer le traité de
Versailles.
      En fait Wilson à céder aux pressions nippones qui menacent de ne pas entrer dans la
SdN.  Il a renoncé à soutenir la cause chinoise pour « sauver le pacte », où il voit
l’essentiel de son œuvre.

     ii) Proche-Orient




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       La politique anglaise veut décider du sort des anciens territoires ottomans et en partie,
elle y parvient (révision des accords anglais avec la France (1916) et avec l'Italie (avril 1917)
en faveur de l’Angleterre). Mais la question primordiale est évidemment le sort de
Constantinople et des détroits turcs. Et sur ces questions les Quatre n’arrivent pas à se
mettre d’accord. (l’Angleterre veut un statut International pour les détroits mais Wilson refuse
car les USA n’interviendront pas là-bas)  C’est seulement ………protection SdN.
       6 Mois après, lorsque les USA se sont retirés, que la GB, Italie, France reprennent
l’étude du règlement de la paix ottomane.  traité de Sèvres 10 août 1920 : Turquie garde
Constantinople et l’Anatolie centrale, GB obtient protectorat sur Egypte, mandat sur
Palestine et Mésopotamie, (= montée vers le nord de la zone de protection du canal de
Suez ; la GB vient, à Bagdad, la route terrestre de l’Inde ; plus ressources en pétrole
importante ; plus démilitarisation des Dardanelles et du Bosphore et liberté de passage
(impossible lorsque la Russie était forte et visait un accès à la Méditerranée ; la mer Egée et
sous contrôle grec)  C’est aux dépends de l’Italie surtout et de la France (l’un en
Adriatique et l’autre en Rhénanie ayant trop besoin de l’appui anglais).
       Mais tout cela est précaire car il n’est pas possible que le mouvement national turc
l’accepte.
        Dans ces négociations rien de nouveau (les formules wilsoniennes n’ont été
respectées que quand elles correspondaient aux intérêts des vainqueurs). Le seul trait
notable c’est l’abstention des USA dans les questions d’Extrême-Orient, Proche-Orient.
       La tradition US de prudence et d’isolement est plus forte que les intérêts de l’expansion
économique.

      3) Les lacunes

      La carte politique établie en 1919 est, au point de vue du droit des nationalités,
beaucoup plus satisfaisante que ne l’était celle de 1914. (Avant 60 mio de personnes
protestaient contre une domination étrangère, tandis qu’en 1919 on est passé à 30 mio
environ). Est-ce à dire que la stabilité des frontières soit mieux assurée ? En fait les groupes
protestataires, constituent dorénavant des nouvelles « minorités nationales », qui dominaient
avant l’administration, tiennent une plus grande place encore dans les relations
internationales. Plus le problème des tracés de frontières entre les nouveaux Etats 
nationalisme exacerbé. Et dans bien des cas les auteurs des traités ont laissé ces question
en suspens pour l’avenir.
      Dans ce déchaînement des rancunes et des convoitises, où sont les points sensibles ?

     i) Au nord-est de l’Europe, c’est le tracé des frontières de la Pologne reconstituée qui
pose problème.

a) Le traité de Versailles a attribué à l’Etat polonais 1,5 moi d’Allemands (parlant un
   dialecte) d’un « corridor » compris entre le Reich et la Prusse orientale ( les habitants =
   les Kachoubes)

b) La question de la Haute-Silésie est au premier abord beaucoup plus important car c’est
   une grande région industrielle
    Les 2/3 des habitants sont de langues polonaises mais les Allemands affirment que
      c’est le gouvernement prussien qui a fait se développer cette région. Et de plus les
      Allemands forment la majorité de la population urbaine et détiennent les capitaux. Et
      comment l’Allemagne pourrait-elle payer les réparations, sans cette grande région
      industrielle ?
    Le traité de Versailles a prévu un plébiscite mais celui-ci a bien des défauts car il est
      évident que les ouvriers et paysans polonais illettrés subirent les pressions de leurs
      employeurs allemands et comment déterminer une frontière qui n’entraverait pas les
      besoins économiques (M-O).



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c) Entre la Pologne et le nouvel Etat de Lituanie , c’est l’attribution de la région de Vilno qui
   donne lieu à un âpre débat. (Il y avait des Russes, des Lithuaniens, des juifs et des
   Polonais dans cette région qui fut sous domination russe jusqu’en 1918). Le traité de
   Versailles n’a pas fixé de frontières car l’Etat lithuanien n’était pas encore reconnu par les
   grandes puissances.

d) Dans les confins russo-polonais la conférence de la Paix n’a pas déterminé, on l’a dit,
   l’attribution des territoires. ( le gouvernement polonais insista sur le rôle que l’Etat
   polonais est appelé à jouer dans la nouvelle Europe : ne doit-il pas fermer barrière contre
   l’expansionnisme communiste). En décembre 1919, la conférence des ambassadeurs
   trace la « ligne Curzon »  partage de la Russie blanche qui est évidemment ignoré par
   la gouvernement soviétique et est tenue pour insuffisante par le gouvernement polonais.

      ii) en Europe centrale les traités de paix ont placé 700'000 Magyars sous la domination
tchèque et 130'000 autres sous la domination roumaine  la protection de la Hongrie est la
principale menace pour le nouveau statut territoriale. Mais elle n’est pas la seule car le tracé
des frontières entre les nouveaux Etats  litiges que la Conférence de la Paix a laissé en
suspens. (problème entre la Pologne et la Tchécoslovaquie  intérêt économique car
présence de houille  démarcation provisoire des 2 pays en attendant l’arbitrage des
grandes puissances ; entre Yougoslavie et Autriche  plébiscite en faveur de l’Autriche en
1929 ; Entre Autriche et Hongrie plébiscite ; entre Hongrie et Yougoslavie et Roumanie.

       iii) La question de l’Adriatique, âprement débattue dans les réunions du conseil des
Quatre, reste ouverte. Le gouvernement italien a obtenu les promesses du traité de Londres
de 1915  les populations de langue italienne, plus une région où vivent 210'000 habitants
de langue allemande sont à l’Italie : le principe des nationalités a donc cédé devant l’intérêt
stratégique. Mais cela ne paraît pas suffisant au gouvernement italien qui revendique la part
de Fiume, malgré les protestations de la Yougoslavie ( 2/3 sont Italiens mais la ville est
peuplée de Slaves  principe des nationalités n’est pas applicable  arguments historiques
(Italie) et économiques (Yougoslavie en a besoin)).  Wilson tranche personnellement :
Fiume sera « ville libre »  il fait échec la thèse italienne.  pendant 4 ans encore cette
question sera l’occasion d’un conflit diplomatique entre la Yougoslavie et l’Italie.

      iv) Le traité de Neuilly règle la question de la péninsule balkanique. (rappel : guerre
Bulgarie/Serbie en 1915 ; Bulgarie/Roumanie en 1916 ; Bulgarie/Grèce en 1917).  sous la
domination de l’Etat « serbe, croate, slovène » est mise une population appartenant au
groupe national bulgare + problème pour un port qui est au mains des Grecs mais dont les
environs sont peuplés par les Turcs.

       v) La question de la Bessarabie est un dernier exemple et l’un des plus typiques, des
difficultés auxquelles prête l’application du principe des nationalités (2/3 Roumains, mais
aussi Russes, Juifs, Allemands  faut-il rattacher cette région à la Roumanie, ce qui
amènerait des protestations du gouvernement soviétique qui réclame un plébiscite).

        Il y a dans cette Europe nombre de litiges auxquelles l’on ne peut trouver de
solutions valables si l’on s’en tient aux principes wilsoniens, c’est-à-dire à ceux dont se
réclamaient les auteurs des traités de paix. Il faudrait trouver des compromis. Mais comment
faire alors que les nationalismes sont si agressifs ?
       Que de belles occasions s’offrent aux vaincus s’ils veulent chercher à entretenir et à
exploiter ces foyers de troubles au profit de leur politiques !
       A ces mesures quels sont les remèdes ? Le 14ème point de Wilson pouvait conduire à
ce que la SdN protège le statut territorial établi par les traités de paix et par conséquent,



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sauvegarde la permanence au profit des Etats vainqueurs. Dans quelle mesure les auteurs
du Pacte de la SdN ont-ils souhaité ce résultat et ont-ils travaillé à l’assurer ?
      La garantie d’indépendance politique et d’intégrité territoriale données à tous les Etats
membres de la société par l’art. 10 du Pacte est de nature à fixer les frontières. Mais les
Anglais font remarquer que cela est trop définitif et que des problèmes nécessitant
modification pourraient encore intervenir.  Le compromis finalement adopté par le texte
amendé dira : « En cas d’agression, le Conseil de la SdN avisera aux voies et moyens de
remplir cette obligation. »  Toutes les interprétations sont dès lors possibles et la stabilité
des frontières n’est plus assurée.
      Contre l’Etat qui violerait le Pacte, quelles seront les sanctions prises par les Etats
membres ? (les français veulent des sanctions militaires ; les USA des sanctions
économiques et financières et éventuellement armée , les Anglais refusent les sanctions
armées.)
       L’art.16 du Pacte est un compromis entre les projets US et Anglais : les sanctions
économiques et financières sont obligatoire pour tous les Etats membres contre l’Etat
agresseur, mais les sanctions militaires ou navales restent facultatives. (il faut l’unanimité au
conseil de la société) et chaque Etat sera libre de participer ou non aux sanctions par l’envoi
de contingents (seule obligation : droit de passage pour la force internationale chargée
d’exécuter les résolutions du conseil.

       La garantie donnée par le pacte reste donc précaire. L’Etat agressé ne sait pas s’il
sera secouru par les autres Etats membres. C’est, dans le système d’organisation de la paix,
une lacune fondamentale.


      Chapitre VII : Les dissentiments entre les vainqueurs


      L’Allemagne vaincue a conservé son unité et reste un grand Etat assuré de retrouver
dans les prochaines décennies les bases de sa puissance. Elle pourra donc songer alors à
une revanche. Cette perspective s’affirme au moment de la signature du traité de Versailles.
      Après avoir dans un premier temps tenté d’atténuer les conditions de paix (les
vainqueurs se montrent alors très fermes), l’Allemagne accepte les conditions de paix sans
réserves. (Comment l’Allemagne pourrait-elle risquer l’invasion, et, peut-être, le
morcellement ?) Pourtant les discussions en Allemagne se poursuivent et 3 tendances se
distinguent (« nationaux », « populistes », « sociaux-démocrates », qui représentent la
majorité parlementaire) qui ont en commun d’affirmer au moins que le traité de Versailles
devra à bref délai être révisé. (Modification des frontières ou même du statut des Etats
nouveaux (Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne) qui se trouvent à partie immédiate.)
      Or , les gouvernements des grands vainqueurs européens (France, GB, Italie) qui sont
restés solidaires contre l’Allemagne jusqu’à la signature du traité de paix, même lorsqu’ils
avaient des point de vue différents, n’hésitent plus, dès que cette signature est acquise, à
manifester leurs dissentiments.

      1) La France

      Elle a obtenu par le traité de Versailles des avantages territoriaux importants (Alsace-
Lorraine  satisfaction du sentiment national et effacement des souvenirs de 1871 + minerai
de fer ; le domaine coloniale augmente (territoire congolais, mandat sur le Cameroun, une
partie du Togo et sur la Syrie)) + prépondérance sur le continent qui bouleverse le rapport de
force en Europe.
      Mais ces résultats positifs seront-ils durables ? Ils sont exposés à une double menace :




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        i) l’éventualité d’une revanche allemande  pas un instant les négociateurs français du
traité n’ont cessé d’y songer. Il paraît évident pour les Français que le peuple allemand,
malgré la défaite, conservera le sentiment de supériorité acquis au cours du XIXème siècle,
qu’il recouvrera bientôt la « volonté de puissance », et que les traits essentiels de sa
psychologie collective (respect de la hiérarchie, sens de la discipline) lui permettront de
surmonter rapidement la crise morale qu’il traverse. L’Allemagne qui n’a pas été envahie, a
conservé des moyens de production presque intacts.
         Sur quelles garanties la France pouvait-elle compter le jour où l’Allemagne tenterait
une guerre de revanche ? La réponse, on le sait est floue :
 les garanties directes restent incomplètes ; l’occupation interalliée rhénane prendra fin au
     terme de 15 ans, c’est-à-dire au moment où le Reich pourra commencer à préparer la
     revanche.
 Les garanties indirectes, celles qui sont inscrites dans le Pacte de la SdN, et dans le
     Pacte de garantie accepté par Wilson et L. George, seront-elles efficaces ? On sait que
     la sanction militaire n’est qu’éventuelle « Est-ce que l’armée de la SdN n’arrivera pas
     toujours trop tard ? » craint un juriste français. Quant au pacte de garantie, il faudra voir
     s’il sera ratifié par le Sénat américain.

      ii) Le déséquilibre économique et politique, dont l’ « absence » russe est la cause
principale  La France a perdu le « contrepoids » dont l’alliance franco-russe lui avait
assuré le bénéfice pendant 25 ans. Et ne faut-il pas craindre une collaboration germano-
russe ? la Russie cherchera peut-être an Allemagne les appuis nécessaire à un relèvement.
Ces 2 Etats qui sont les vaincus de la guerre peuvent même être tentés de « s’unir dans
l’espoir d’une commune revanche ».
       Après un débat prolongé pendant 5 semaines, la Cambre des députés vote le 2
octobre 1919 à une forte majorité la ratification. Pourtant cette majorité n’a « ni
enthousiasme, ni illusions ».

      2) L’Italie

       Elle a l’impression d’avoir été traitée en parent pauvre, bien qu’elle soit au nombre des
puissances victorieuse et qu’elle ait acquis par la destruction de l’Autriche-Hongrie un
avantage considérable. Elle n’a pas obtenu toutes les promesses qu’on lui avait faites : dans
l’Adriatique, dans la distribution des « mandats » sur les anciennes colonies allemandes, et
dans la Méditerranée orientale. Et cela lui paraît d’autant plus injuste qu’elle estime avoir eu
dans la défaite des puissances centrales une part très importante. (Mussolini affirmera que la
victoire italienne dépasse celle de toutes les autres armées.)
        Le sentiment national est meurtri et cela s’exprime dans la presse au lendemain
même de la signature du traité de Versailles. Pourtant l’Italie ratifiera le traité : et les troubles
sociaux expliquent, en partie, cette prudence (la guerre est désavouée par les socialistes et
beaucoup de catholiques, mouvements grévistes dans l’industrie et dans l’agriculture
pendant l’été 1919). Mais c’est surtout la situation économique et financière qui pèse sur les
décisions gouvernementales (plus de charbon et de denrées alimentaires  importations
nécessaire qui exigent un emprunt à l’étranger (USA et GB))  Quelle aide économique et
financière l’Italie pourrait-elle espérer si elle refusait, où même ajournait la ratification ?

      3) L’Angleterre

       L’opinion publique et parlementaire font au traité, au lendemain de la signature, un
accueil favorable. (bien car destruction du militarisme prussien et fondation de la SdN) 
ratification dès le 21 juillet sans commentaires animés. Mais 4 ou5 mois plus tard, l’état de
l’opinion commence à changer. De cette évolution, la cause principale est sans doute la
publication, fin novembre 1919, du livre de J.M. Keynes, « Les conséquences économiques
de la paix » (Allemagne était très importante pour l’économie européenne et était le 2ème


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partenaire économique (après l’Inde) de l’Angleterre. Le développement économique
reposait sur les matières premières allemandes et sur le commerce outre-mer. Or, le traité
de paix a enlevé tous ces attributs à l’Allemagne (colonies, houille de la Sarre, minerai de fer
de la Lorraine). Les auteurs du traité de paix n’ont pas compris que le redressement
économique de l’Allemagne est nécessaire à la reconstruction de l’économie européenne. 
Il faut réviser le traité de Versailles « qui ne peut être exécuté »). Cette thèse a un éclatant
succès et contribuera encore plus à ébranler la confiance dans les clauses du traité lorsque
l’économie anglaise traversera, en 1921, une crise sévère.
       Mais ce ne sont pas seulement les préoccupations et les tendances générales qui sont
différentes à Paris, à Rome et à Londres. Les intérêts se heurtent aussi dans l’immédiat.

i) Entre la France et l’Italie, la question tunisienne, disparue de la scène politique depuis plus
de 20 ans, menace de provoquer des difficultés nouvelles. Le gouvernement français, inquiet
du développement de la colonie italienne, veut imposer la révision des statuts. Etait-ce
vraiment opportun à la sortie d’une guerre européenne menée en commun ? I est logique
que les milieux officiels et l’opinion publique, en Italie, protestent contre cette pression.

ii) Entre la France et l’Angleterre, les politiques s’opposent dans le Proche-Orient. La GB a
tenu, dès la fin de 1918, une position dominante. (buts : assurer la protection du canal de
Suez  mandat sur la Palestine ; confirmer en Mésopotamie sa prépondérance
économique ; consolider dans le golfe Persique ses positions stratégiques, essentiellement
pour la sécurité de l’Inde). La France a porté tous ses efforts vers la Syrie.
Les arrangements franco-anglais d’avant la guerre ont été révisé dès décembre 1918 : à la
GB le pétrole de Moscou contre le mandat à la France sur la Syrie (dont des territoires
promis à l’Etat arabe crée par les Anglais pendant la guerre  ce qui pose des problèmes
sur le terrain.) l’opinion publique français prend une position critique à l’égard des
initiatives anglaises dans tout le Proche-Orient (à cause des incidents syriens) et dénonce
l’impérialisme anglais lorsque l’Angleterre obtient un quasi-protectorat sur la Perse en Août
1919.

        Ces divisions entre les alliés de la veille ne sont pourtant que des aspects mineurs
de la situation internationale. C’est le « repli » des USA qui est décisif.
       Le président soumet au sénat américain, le 10 juillet 1919, le traité de Versailles et, le
29 juillet, le pacte de garantie promis au gouvernement français.  Le 19 août a lieu une
conférence entre Wilson et la commission sénatoriale des affaires extérieures dont la
discussion tourne autour de l’art.10 du Pacte de la SdN (« colonne vertébrale « du traité pour
Wilson et contraire à la constitution selon la commission sénatoriale). Wilson pour forcer la
main au sénat fait appel directement au corps électoral, mais, frappé le 25 septembre par
une attaque de paralysie, ne peut achever sa campagne  la partie n’est pas égale : le 20
novembre 1919 l ratification du traité de Versailles est rejetée par le Sénat, car la majorité
des 2/3 requise par la Constitution n’est pas atteinte. La commission proposera de consentir
à la ratification si le texte est accompagné de 14 réserves mais Wilson déclare que c’est
inacceptable.
       Alors le Sénat vote une résolution qui, « ignorant le traité de Versailles », demanda la
conclusion d’un traité de paix entre les USA et l’Allemagne. Wilson refuse et c’est le peuple
qui tranchera : élections présidentielles (novembre 1920, où le préféré de Wilson perd) puis
élections législatives  les républicains ont une majorité solide au Sénat. Le désaveu infligé
à la politique wilsonienne est indiscutable.
       Dans l’issue de ce débat, c’est le sentiment « isolationniste »qui a été déterminant. Les
milieux politiques américains, après 3 ans d’abandon, sont revenus spontanément aux
traditions qui avaient été celles des USA depuis leur origine. Ils ne veulent pas prendre de
responsabilités directes dans l’exécution des traités et moins encore dans le maintien de
l’ordre international.




                                                                                               94
       La masse de la population partage ces sentiments (incompréhension des querelles
européennes). Mais ces courants profonds de l’esprit public ont trouvé un puissant renfort
dans l’esprit de parti et dans le comportement personnel des chefs politiques.
       Les leaders républicains ont pris le contre-pied des idées wilsoniennes : le résultat des
proches élections présidentielles américaines sollicitaient leurs intérêts plus directement que
ne pouvait le faire l’avenir de la paix du monde. (Combien de cas analogues l’explication
historique ne rencontre-t-elle pas dans l’étude des relations internationales ?)
       L’attitude du Président a fait le jeu de ses adversaires. Alors que les républicains
avaient obtenu une légère majorité au renouvellement des parties du sénat en novembre
1918, Wilson avait affirmé dès 1919 qu’il avait derrière lui « l’écrasante majorité du peuple
américain ». (il a joué un jeu classique dans l’histoire politique américaine : l’appel à l’opinion
publique contre l’opinion parlementaire ; il n’a pas pu jouer le jeu jusqu’au bout et a perdu).
       Pourquoi n’avait-il pas ensuite accepté un compromis ? Les réserves du sénateur
Lodge annulaient l’art.10 du Pacte, qui était incontestablement la pièce maîtresse du
système wilsonien. Comment être surpris que le président n’ait pas consenti à cette
capitulation ?


      CONCLUSION DU LIVRE SECOND


     Dans un coup d’œil général sur le règlement de la paix du monde en 1919, 2
constatations s’imposent :

   L’Europe occidentale a réussi, malgré son état de pénurie économique et de crise morale
    à maintenir presque partout (sauf en Libye) les positions qu’elle avait possédées en 1914
    dans les autres continents, sous la forme coloniale ou « semi-coloniale ». A la fin de
    1919 elle semble avoir maîtrisé les nationalismes qui avaient été menaçants, dans les
    colonies ; elle a même établi, par les mandats sur la Palestine, la Syrie et l’Irak, un
    « contrôle politique » sur les pays arabes, où elle n’avait eu auparavant qu’une influence
    économique et financière. Comment ce redressement a-t-il été possible ? Le succès a
    été facilité par l’état désorganisé du milieu indigène et aussi par l’attitude de Wilson qui
    n’est pas allé au bout de sa pensée, souvent sur la demande du gouvernement anglais.
    Mais l'explication la plus valable, c’est l’effort militaire. (envoi de beaucoup de troupes
    anglaises an Egypte et en Inde ; envoi de beaucoup de troupes françaises en Syrie et en
    Indochine). Les 2 puissances occidentales ont montré qu’elles n’entendaient pas
    renoncer.
   les USA, tout en évitant de contrarier les importations ( ?) françaises et anglaises, ont
    abandonné le traité de Versailles, le pacte de garantie promis à la France et refusé de
    prendre part à la SdN. Ce retrait, si grave pour le sort des traités et pour la paix générale,
    a profondément ébranlé un édifice dont l’équilibre était déjà précaire. Peut-être les
    auteurs du traité de Versailles avaient-ils pu le prévoir, et auraient-ils dû essayer d’en
    mesurer les conséquences ? Peut-être ont-ils au contraire, préféré ne pas en tenir
    compte ?

              LIVRE TROISIEME : L’EUROPE ET LE MONDE DE 1920 A 1930


      INTRODUCTION DU LIVRE TROISIÈME


      Pendant 10 ans, l’héritage de la Première guerre mondiale continue à dominer les
Relations internationales. L’application des traités est, en Europe, au centre de l’action
diplomatique. Les difficultés sont dues principalement à l’ “ absence ” de la Russie, à la



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balkanisation de l’Europe danubienne ainsi qu’aux problèmes de reconstruction (conflits
entre considérations politiques et économiques).
      La diplomatie secrète perdure, mais dans des proportions moindres car les
principes wilsoniens ont eu un large écho : les conflits sont portés devant la SDN. L’opinion
publique est donc au courant. Toutefois, cette publicité et cet appel à l’opinion publique ne
sont, dans bien des cas, pas facteur d’apaisement.
      Bien qu’en 1928-1929 les difficultés les plus pressantes soient atténuées, un sentiment
de précarité continue à régner.


     CHAPITRE VII : LES NOUVELLES INFLUENCES


      L’action diplomatique prend des formes nouvelles : les chefs d’Etat se rencontrent
dans le cadre des sessions du Conseil et de l’Assemblée de la SDN ou dans le cadre de
conférences internationales. Les résonances dans la presse de ces conférences sont plus
larges que par le passé.
      Les conditions de la vie économique et les tendances de la psychologie collective
exercent-elles une influence sur l’activité diplomatique ? Dans quel sens les politiques
nationales l’orientent-elles ?


     I. Redressement économique

 Europe
Entre 1920 et 1923, la situation économique en Europe et dans le reste du monde demeure
précaire. En Europe, où la crise de sous-production s’atténue lentement, les transformations
de la carte politique ont profondément modifié la répartition des matières premières et des
sources d’énergie entre les Etats. Les barrières douanières érigées entravent les échanges
commerciaux et rétrécissent les marchés. L’inflation monétaire décourage les
investissements de capitaux et retarde donc le rééquipement de l’industrie.
Importer des matières premières des pays extra-européens demeure difficile. Il n’y a en effet
ni moyens de paiement ni produits finis à fournir en échange. Enfin, les productions locales
qui se sont développées en Amérique du sud et en Asie durant la guerre résistent à la
reprise de la concurrence européenne. L’Europe représente 41% du commerce international
contre 61% en 1913. Les exportations anglaises sont les plus atteintes. Cela dit, l’Europe
conserve une supériorité technique, sauf à l’égard des Etats-Unis, supériorité qui constitue
un avantage décisif dans le domaine des industries complexes. De plus, les concurrents de
l’Europe, le Japon et les Etats-Unis, rencontrent également des difficultés.

 Japon
Ce pays connut un large essor durant la guerre, mais traversa une crise économique de
grande ampleur entre mars 1920 et juin 1921, crise qui se prolongea, tout en s’atténuant,
jusqu’en 1925.
La diminution des exportations de produits fabriqués entraîna la chute du prix de ces
produits. La diminution des quantités d’or et de matières premières, mobilisées pour payer
les importations, entraîna une restriction du crédit qui déboucha sur une panique bancaire.
La baisse de la production entraîna une augmentation du chômage. Il y eut diminution de la
production de riz, diminution qui fit chuter le prix des produits agricoles
Cette crise démontre l’importance décisive des marchés d’exportation pour l’économie
nippone.

 Etats-Unis
Les répercussions de la crise traversée par l’Europe se font sentir dès 1920. Une crise
sérieuse débute en octobre 1920 pour les Etats-Unis.


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La politique de déflation poursuivie par le gouvernement et la restriction du crédit causèrent
une chute des prix. Celle-ci entraîna à son tour une augmentation du chômage et une
augmentation du nombre de mises en faillite. Bien que le gouvernement ne soit pas
intervenu, la crise se résorbe à partir de l’automne 1921. Dès 1922, le retour à la prospérité
s’affirme.

      En 1923, en Europe et hors d’Europe, la crise d’adaptation est surmontée. Mais
l’Europe n’a pour autant retrouvé sa place au sein de l’économie mondiale ; le commerce
entre Etats non-européens augmente. En 1923, il représente 40% du commerce mondial
contre 25% en 1913. En 10 ans, la production européenne a chuté de 18%, alors que la
production américaine a augmenté de 41%.

     A partir de 1924, le redressement économique s’étend à la majeure partie du monde.

 Europe
En 1925, la production agricole a retrouvé le niveau de 1913. Il en va de même de
l’extraction de houille, de la production de fonte et de la filature du coton. Les échanges
commerciaux sont facilités par la politique monétaire (stabilité des changes, crédit) et par
une spécialisation accrue entre les pays.

 Japon
La reprise fut plus tardive et plus lente. Entre 1925 et 1927, on assiste à un essor de
l’économie nippone, essor interrompu en 1927, avant de reprendre en 1928. C’est pourtant
une prospérité inquiète et fragile.

 Etats-Unis
Phase d’essor économique, dont la rapidité est étonnante.
Taux de croissance dans les secteurs suivants entre 1922 et 1929 : acier, 70% / chimie, 94%
/ pétrole, 156% / production automobile, 255%.
Seules deux branches stagnent, la houille et l’industrie textile.
Taux de croissance de l’ensemble du secteur industriel : 64%
Croissance beaucoup plus faible dans le secteur agricole, mais néanmoins pas nulle – un
secteur agricole qui n’occupe qu’une petite part dans l’économie américaine.
Dans l’ensemble, cette période est caractérisée par une grande prospérité : le PNB passe de
56 à 87 milliards, la valeur de la bourse double. L’opinion publique est donc enthousiaste.
Dans cette période d’essor, l’intervention de l’Etat est limitée à la politique monétaire et
douanière. La différence entre la prospérité des Etats-Unis et la situation économique du
reste du monde choque les contemporains.
L’accroissement de la production est dû au développement économique dont les Européens
ne parviennent plus à suivre le rythme. De plus, il n’y pas en Europe le même PNB par
habitant. Il est donc plus difficile de trouver des capitaux. Enfin, les multiples barrières
douanières sur le continent créent des conditions défavorables.
Part de la production industrielle en 1929 : Etats-Unis, 45% / Allemagne, 11,6% / Angleterre,
9,3% / France, 7%, / Russie, 4,6%.
De même, dans le domaine agricole, les Etats-Unis disposent de davantage de moyens
mécaniques rapides qu’en Europe. Le marché du capital influe aussi sur la production
agricole.
Enfin, ce sont encore les Etats-Unis qui ont un rôle prépondérant dans les mouvements de
capitaux. Les conditions démographiques agissent dans le même sens. La population
européenne, qui a diminué pendant la guerre, commence à nouveau à croître. Elle croît
même plus vite qu’au début du siècle, car il y avait alors de nombreuses migrations vers les
Etats-Unis. Entre 1921 et 1924 au contraire, sont instaurées des lois visant à prévenir
l’immigration vers le continent américain (lois dont le but étaient : lutter contre la menace
d’une dégradation de la cohésion sociale, qui aurait résulté d’un afflux de Slaves et de
Latins ; protéger le niveau de vie de la population ; lutter contre l’importation d’idées


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communistes). Sur le marché européen, la demande croît donc plus vite que l’offre. D’où une
augmentation du chômage.

      Influence de ces facteurs économiques sur les relations internationales :

   Règlement de la dette de guerre entre la France, la GB et les E.-U.
   Appel des industries européennes au capital américain
   Rivalités autour des matières premières et des gisements pétroliers entre trusts anglais
    et américains
   Politique extérieure japonaise déterminée par la recherche de matières premières et de
    débouchés
   Politique continentale de la GB influencée par un désir de voir l’Allemagne retrouver sa
    place dans l’économie européenne
   Intérêts économiques français et anglais s’affrontent en raison du montant des
    réparations de guerre. Celles-ci pèsent 10 ans durant sur les relations franco-allemandes
   Souci des industries anglaises et allemandes : réouverture du marché russe. D’où
    l’introduction d’initiatives politiques
   L’opinion publique réagit très différemment aux problèmes posés par la paix, selon la
    situation économique qui prévaut – crise monétaire entre 1920 et 1924, puis relative
    prospérité jusqu’en 1929

     Ces facteurs économiques et financiers sont presque tous de nature à attiser les
dissentiments.


      II. Tendances la psychologie collective

       Les tendances de la psychologie collective sont importantes comme facteur
d’explication, qu’il s’agisse des idées politiques ou de l’élan du sentiment national. Elles le
sont d’autant plus que l’action diplomatique, dans ses formes nouvelles, s’adresse
directement à l’opinion publique.
       Les institutions démocratiques et parlementaires, qui avaient traversé la guerre sans
subir de dommages, résistent moins bien aux difficultés de l’après-guerre : Allemagne,
coalitions / France, désir de réforme des institutions / GB, machine qui grince. En raison de
crises parlementaires, il faut autoriser dans ces trois pays l’Etat à légiférer par décret-loi. Le
régime parlementaire n’a plus l’heur de plaire à l’opinion publique. Cause immédiate de ces
difficultés, le contraste entre la société politique et la société économique qui a trop de
pouvoir au parlement. Les parlementaires sont pris entre deux et n’arrivent pas à trancher.
Mais cette crise est en réalité dominée en Europe par l’émergence de régimes nouveaux qui
rejettent les conceptions du libéralisme : montée du communisme en Europe après la victoire
des Bolcheviks dans la guerre civile, qui dirigent les unités commandant les membres des
partis communistes français, italiens et allemands ; montée également du fascisme en
Espagne et en Pologne après l’arrivée au pouvoir de Mussolini en octobre 1922.
       Ces facteurs entraînent une instabilité dans les relations internationales et menacent la
paix car les conflits idéologiques aggravent les antagonismes entre les Etats qui tentent de
satisfaire leur désir de prestige et leur volonté de puissance à travers l’action internationale.

      L’application des traités contribue dans une mesure importante à l’exaspération des
nationalismes. Dans le pacte de la SDN, les Etats européens nouveaux s’engagèrent à
respecter les droits civils et politiques sans aucune discrimination et à autoriser la SDN à
exercer un contrôle. Mais ce régime est loin de répondre aux attentes de ses promoteurs.
Les doléances exprimées devant la SDN n’ont que des buts politiques et exaspèrent les
tensions au lieu de les apaiser. De plus, ce régime ne saurait être appliqué à tous les Etats,




                                                                                               98
car cela irait contre les intérêts des puissances – exemple de l’Angleterre et de la question
irlandaise.
      Grâce aux débats qui ont lieu à la SDN, la question des nationalités bénéficie d’une
large publicité. Le poids politique des minorités s’en trouve accru, bien qu’elles aient été
moitié moins nombreuses en 1919 qu’en 1914. Une option est débattue, l’échange de
minorités, option appliquée entre la Turquie et la Grèce dès 1923. Mais les souffrances
matérielles et morales subies par les populations déplacées condamnent une telle option.

      Les mouvements causés par une affirmation du sentiment national prennent, hors
d’Europe, un autre caractère. Leur portée est mondiale. Certes, la campagne de non-
coopération lancée par Gandhi en 1921-1922 demeure essentiellement une question
britannique. Mais l’émergence des mouvements nationalistes musulmans et chinois a une
très grande portée sur le plan des relations internationales. Bien qu’ils eussent émergé en
1913 déjà, ils n’intervinrent pas dans les règlements de la paix.

 Mouvements nationalistes musulmans
Ces mouvements connaissent une vigueur nouvelle dès 1920 en raison de l’indignation
provoquée par le règlement de la paix qui, en dépit des promesses de Wilson, avait étendu
le contrôle de l’Europe aux pays arabes et du Proche-Orient. Ces mouvements sont fondés
sur le sentiment d’appartenance religieuse, qui anime les masses populaires. Mais les
cadres de ces mouvements ont avant tout des objectifs politiques (Egypte, Indes
néerlandaises, Turquie). Ils se réclament d’un concept occidental, l’Etat national, et ne
s’attachent pas à coordonner leurs efforts. Il n’est pas question entre 1920 et 1926 d’un
grand élan de solidarité musulmane. Ces initiatives ne sont souvent pas soutenues par les
souverains – le souverain est même disposé à accepter la protection des nations
européennes pour renforcer son pouvoir. Le meilleur atout des chefs nationalistes réside
dans la division entre les Européens (conflits inter-étatiques ou conflits au sein d’un même
pays entre impérialistes et adversaires de l’impérialisme).

 Mouvement nationaliste chinois
Ce mouvement se manifeste en 1919, puis subit une éclipse en 1920-1921 en raison de la
grave crise intérieure qui ravage la Chine (guerre civile entre le gouvernement de Pékin et
celui de Canton ; du chaos qui prévaut, les seigneurs de la guerre tirent des profits
personnels). Deux forces de dessinent :

a) le parti du Kuomintang, réorganisé en 1923 par Sun Yat Sen, qui le dote d’une doctrine
   en 1924 : pour vaincre les impérialistes, il faut leur emprunter les éléments qui fondent
   leur puissance tout en conservant les valeurs de la philosophie chinoise. Sur le plan
   économique et politique, il s’avère impossible de s’inspirer des occidentaux car la
   situation en Chine est par trop différente. Et les révolutions en Italie et en Russie ont
   montré des régimes autoritaires. Sun Yat Sen rejette l’idée d’une “ démocratie ” dirigée
   par une aristocratie fondée sur l’intelligence
b) le parti communiste. Le parti communiste désigne Tchan Tou Siou pour organiser le
   parti chinois. A la première réunion à laquelle prend part Mao, il n’y a qu’une poignée
   d’hommes.
   Face à ces mouvements nationalistes, qui constituent une cause permanente de
   difficultés et de troubles dans les relations internationales, les forces favorables au
   maintien de la paix sont en déclin. Notons que dès 1919, il y eut scission entre la
   Deuxième internationale et l’Internationale communiste, donc entre la social-démocratie
   et le mouvement communiste. Sur le plan international, le socialisme ne peut donc plus
   exercer d’action en faveur du maintien de la paix. Dans ce domaine, les représentants
   des religions protestante et catholique deviennent en revanche plus actifs. Mais en
   réalité, le facteur qui contre le plus efficacement les forces de dissociation durant les 10
   ans qui suivent la signature du Traité de Versailles réside dans la lassitude des peuples.



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   Epuisés par un long effort, ils aspirent à la stabilité, à la sécurité des lendemains. Ils
   opposent une force d’inertie à quiconque parle de guerre.


III. Les politiques nationales

     L’orientation de la politique extérieure demeure dominée par les mêmes
préoccupations, exprimées lors des conférences de paix. Certaines tendances nouvelles se
manifestent néanmoins.

                     I.       a) Allemagne

       Le régime démocratique improvisé par la Constitution de Weimar n’a pas de racines
profondes dans l’opinion publique. L’armée, constituée des cadres de l’ancienne garde
impériale, attend le moment de revenir au pouvoir. Bien qu’elle soit mise en retrait, elle
exerce à certaines occasions une autorité réelle parce que le gouvernement ne parvient pas
à faire face sans elle aux troubles intérieurs. Dans la vie parlementaire, la position adoptée
par le parti populiste doit être mise en exergue. Alors qu’en novembre 1922, celui-ci
combattait encore les réparations, il adopte en 1923 une politique d’exécution. L’Allemagne
cesse donc de contester le principe des réparations, respecte ses obligations de
désarmements et déclare ne pas songer à une revanche.
       Quelles furent les causes immédiates de ce revirement ? – des facteurs économiques,
l’Allemagne ayant besoin de capital étranger pour reconstituer son stock de matières
premières et moderniser son équipement industriel ; - une volonté d’obtenir des avantages
sur le plan politique : l’adresse à la SDN impliquait à terme une révision du Traité de
Versailles (évacuation de la région rhénane, intérêts des populations allemandes en
Tchéquie et en Pologne, suppression du “ corridor polonais ”, rattachement de la République
d’Autriche au Reich).
       Cette nouvelle orientation politique qui dura 6 ans est une preuve de réalisme –
orientation occidentale et rapprochement avec la Russie pour faire pression sur la France et
l’Angleterre. Cependant, à mesure qu’est mise en œuvre la politique d’exécution, la
résistance du nationalisme intransigeant devient plus forte dans l’opinion publique
allemande. Ainsi, en 1930 les partis qui soutiennent la politique d’exécution perdent
2'700'000 suffrages par rapport à 1928, tandis que le parti national-socialiste, qui prône
ouvertement une politique de revanche, en gagne 5'600'000. Cette évolution ne doit pas être
attribuée à la crise mondiale qui ne toucha l’Allemagne qu’en 1931. Selon la presse
allemande, l’élan du sentiment patriotique et le désir de lever la honte nationale expliquent
ce déplacement des forces politique, les facteurs économiques ne jouant aucun rôle actif.

      b) Italie

      Dès 1919, débute une crise économique, sociale et morale qui dure trois ans. En
raison des troubles intérieurs graves, le gouvernement ne peut mener qu’une politique
extérieure timide.
    Les conditions changent à partir du coup d’Etat d’octobre 1922 et de l’avènement du
    régime fasciste. Mussolini dirige désormais la politique extérieure et ne subit ni l’influence
    des partis, ni, pendant les premières années, celle des milieux d’affaire. Dès 1919, il
    avait promis une réforme des institutions qui permettrait à l’Italie de retrouver sa place
    dans le monde. Dans ses premières déclarations publiques après la prise de pouvoir, il
    énonce ses objectifs : formation d’un bloc homogène et équilibré, l’Entente, dont les
    membres soient égaux en droit, faute de quoi l’Italie reprendra sa liberté d’action / le
    maintien d’une paix perpétuelle n’est ni possible ni souhaitable, les qualités du statu quo
    ne sont qu’un argument franco-anglais, “ les traités de paix ne sont pas éternels ” mais
    doivent être révisés dès qu’ils ne s’avèrent plus adaptés à la réalité. Volonté donc de ne
    pas trop se lier au système de la SDN.


                                                                                              100
      De ces prémices sont dérivés deux principes d’action :

1. L’Italie doit dominer la Méditerranée. Et la côte Adriatique se trouve au premier plan de
   ces buts méditerranéens.
2. La reconstitution de l’Autriche-Hongrie ou l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne
   représenteraient un danger pour l’Italie. Mussolini n’était pas prêt à accepter cette
   violation des traités que constituerait une annexion de l’Autriche par l’Allemagne.

   Mussolini savait qu’il ne pouvait mener immédiatement la politique extérieure qu’il
   préconisait car il fallait d’abord régénérer le pays sur tous les plans, politique,
   économique et moral. Or ce processus de régénération demandait du temps – la
   production industrielle demeurait dépendante de l’étranger, les moyens militaires et
   navals en Méditerranée étaient faibles. Dans un premier temps, l’Italie devait donc
   demeurer dans la SDN.

      c) Russie

        L’espoir d’assister à une révolution en Allemagne et en Hongrie fut vite déçu. En 1919,
on assista à une crise politique et militaire, lorsque entre avril et octobre les armées blanches
parvinrent à avoir le dessus. L’intervention de la Pologne du côté des Russes blancs
débouche sur une guerre russo-polonaise. En novembre 1929, les Bolcheviks ont
néanmoins définitivement triomphé. A partir de cette date, le gouvernement peut accorder
davantage d’attention à sa politique extérieure générale. Les orientations de cette politique
sont déterminées par des facteurs psychologiques et économiques. Alors qu’en 1919, la
coexistence pacifique avec l’Occident semblait impossible, elle devient concevable dans
l’esprit de certains dirigeants (Lénine, Staline) dans la mesure où les Occidentaux n’avaient
pas tenté de lutter contre le bolchevisme en Russie. Cette coexistence n’est pourtant
envisageable qu’à la condition que Moscou parvienne à diviser le front capitaliste pour
contrer la menace d’une coalition. A cette fin, il fallait rassurer la bourgeoisie européenne,
donc mettre une sourdine à l’Internationale communiste, cesser d’agiter l’étendard de la
révolution, limiter ses objectifs à l’instauration du communisme à l’intérieur des frontières
nationales, conclure des pactes de non-agression et obtenir de l’Europe qu’elle reconnaisse
de jure le nouveau régime soviétique. Si l’Etat communiste pouvait durablement être établi, il
ne pouvait manquer à terme d’ébranler le monde.
        Cette conception politique était critiquée par Trotsky pour qui renoncer à la révolution
mondiale impliquait le risque de voir un jour l’Europe capitaliste chercher à détruire le régime
soviétique.
        Les divergences d’opinion ne débouchèrent sur un conflit qu’à la mort de Lénine, à
l’automne 1924.
        Les nécessités économiques renforcèrent cette politique de conciliation temporaire :
ruine de la production industrielle, paralysie des transports ferroviaires. En 1921, Lénine fut
contraint de rétablir le stimulant du profit individuel – repli stratégique – pour obtenir une
hausse de la production. La “ nouvelle politique économique ” (NEP) fut poursuivie pendant
cinq ans. Elle repose sur l’appel à des techniciens et des capitaux étrangers, donc la reprise
de relations économiques et financières avec les Etats étrangers. La NEP fut abandonnée
en 1927 par Staline. Mais la planification économique russe met l’accent sur l’effort des
équipes mécaniques – dans le but de développer des industries lourdes et de socialiser
l’exploitation agricole. Vu l’état des usines russes, c’est encore à l’étranger que s’adressent
les hommes en charge du premier plan quinquennal. Après 1927, le maintien de relations
économiques avec les Etats capitalistes demeure nécessaire. La préoccupation essentielle
est d’assurer la survie et la sécurité de l’Etat soviétique.
    La politique russe est donc défensive en Europe. Mais en Asie, zone de domination
    coloniale ou semi-coloniale des puissances européennes, l’Union soviétique veut prendre
    l’initiative. Elle favorise le développement de mouvements révolutionnaires, en Inde,
    Chine, Iran. Il faut tendre la main aux 200 millions d’Asiatiques. En 1923, Lénine déclare


                                                                                             101
   même que la victoire du bolchevisme dans le monde dépendra du succès de cette
   collaboration avec les peuples asiatiques.

      c) France

       Elle est la seule puissance du continent européen à disposer en 1920 d’une grande
armée. Pourtant ni la victoire ni la force des armes ne suffirent à donner au peuple français
une mentalité de vainqueur. Quels sont alors les traits marquants de la psychologie
collective ? Crainte de l’avenir, car la victoire fut obtenue grâce au concours de la GB et des
Etats-Unis qui ne seront pas forcément présents à l’avenir / lassitude après un effort
écrasant dans lequel a péri 20% de la population active / désir de voir diminuer les charges
militaires, la politique de puissance est jugée trop onéreuse / préoccupation dominante :
assurer la sécurité du pays face à la menace d’une revanche allemande sans pour autant
demander à la population de prolonger l’effort militaire.
       Les difficultés économiques et financières viennent confirmer ce sentiment de
précarité. Il y a un immense déficit budgétaire ; il faut rétablir les transports, indemniser
l’industrie pour les dommages de guerre qu’elle a subi afin de lui permettre de redémarrer ; il
faut également rembourser les dettes contractées envers la GB et les Etats-Unis, pour ce
faire, il faut que l’Allemagne paie les réparations de guerre.
       Tendances de la psychologie collective et contraintes financières sont difficiles à
concilier. En effet, pour que l’Allemagne paie, il faut qu’elle se relève industriellement, ce qui
lui conférera un potentiel de guerre.
     Dans la politique extérieure, la question allemande se trouve au centre des
     préoccupations. Toutes les autres difficultés – Méditerranée, Proche-Orient – sont
     secondaires. Il s’agit de déterminer quelle est la politique qu’il faut adopter à l’égard des
     vaincus dont la faiblesse ne sera que temporaire.
       Hommes politiques, diplomates et militaires s’accordent à penser que la sécurité de la
France, en l’absence du Pacte de garantie de stabilité que les Etats-Unis et la GB ont refusé
de ratifier, doit reposer sur un système d’alliances. La convention militaire signée avec la
Belgique en juin 1920 prévoit une coopération en cas d’agression non provoquée ; il faut
signer des traités avec la Pologne et la Tchécoslovaquie. L’opinion publique ne conteste pas
la nécessité de ces alliances et les milieux d’affaire y sont favorables car la coopération
militaire entraîne une coopération économique et financière. Dans le cadre de ce système
deux tendances divergentes s’affirment cependant, aussi bien au sein de l’opinion publique
que l’élite politique (Poincaré contre Briand), ce dès 1921.

1. Poincaré : désire que la France conserve sa puissance militaire. Favorable à
   l’application intégrale des traités de Versailles. Si besoin est, la France ne devait pas
   renoncer à user de moyens de coercition. Cette position a l’appui des milieux politiques
   de droite et d’une partie du groupe parlementaire radical.

2. Briand : estime que l’Allemagne ne demeurera pas longtemps impuissante car les Etats
   n’étaient pas en mesure de la maintenir ainsi. Il fallait compter avec l’opinion publique
   britannique, hostile à une politique de contrainte pour que les liens entre les deux pays
   ne soient pas brisés. Et avec l’opinion publique mondiale, favorable à un essor
   économique en Allemagne. Briand juge que l’exécution intégrale des traités de Versailles
   est impossible en raison des désaccords, que l’Allemagne sera supérieure à la France
   d’ici deux ou trois décennies. Il prône donc une politique de collaboration, plus favorable
   qu’une politique d’hostilité, car elle permettrait de changer la mentalité du peuple
   allemand.

     L’opinion publique française, en raison de son besoin de quiétude, suit Briand.
Poincaré se ralliera à cette politique de conciliation en 1928.

      e) Grande-Bretagne


                                                                                              102
       Dès la fin de 1919, la politique est à nouveau dominée par des préoccupations
traditionnelles : crainte d’une hégémonie continentale en Europe et souci de maintenir la
sécurité des voies maritimes, condition d’existence de l’Empire britannique et condition
préalable à toute augmentation de l’influence de l’économie anglaise. Dans les relations
avec le continent, il n’est plus question de revenir à la politique d’isolement, car cette
politique compromettrait sa sécurité.
       Il s’agit là des tendances générales. Notons en sus que l’opinion publique – milieux
parlementaires et masse – est influée par trois constats :

1. La puissance maritime allemande est sur le déclin ; l’Angleterre jouit d’une supériorité
   navale absolue sur les mers européennes. Les îles sont donc à l’abri d’une invasion.
2. L’équilibre des forces sur le continent n’est pas assuré car la seule puissance à disposer
   d’une armée, la France, cherche à établir un système d’alliances. Crainte de velléités
   hégémoniques
3. La politique française contrarie l’Angleterre car elle retarde l’instauration d’un règlement
   européen stable, condition de la restauration des activités économiques sur le continent.
   Conviction britannique : l’Allemagne doit être indépendante et forte économiquement.
   Toutefois, les milieux politique admettent la nécessité de tenir compte, dans une certaine
   mesure, des préoccupations françaises. Sous quelle forme ? – Deux solutions paraissent
   possibles :

   Conclusion avec la France d’un “ pacte de garantie ”, qui entrerait en vigueur en cas
    d’attaque ou même de remilitarisation de la Rhénanie. Solution proposée par L. George à
    Clémenceau en 1922. En contrepartie, la France devait participer indirectement à un plan
    de reconstruction économique de l’Europe par une diminution de ses exigences par
    rapport au paiement des réparations.

   Octroi d’une garantie à la France et à l’Allemagne. Solution adoptée par Chamberlain
    en 1925. La GB ne choisit pas son camp et demeure impartiale. Cette garantie devait
    être limitée à la Rhénanie sans englober l’Europe orientale et centrale car le couloir ne
    devait pas perdurer à terme. Ce qui sous-entend que si la France voulait garantir le
    maintien du statu quo, elle devait conserver des moyens militaires suffisants. Cette
    conception est fondée sur la conviction que l’Allemagne s’en tiendra à des moyens
    diplomatiques pour obtenir une révision des frontières. Cette appréciation fut vérifiée par
    les faits pour les dix années qui suivent la signature des traités de paix.

     La politique britannique ne saurait être réellement européenne, ce qui constitue la
cause profonde des divergences avec la France.
   Dans les relations de la GB avec les autres pays, deux aspects méritent d’être
   remarqués :

1. Puissance de la GB avant 1914 fondée sur sa prépondérance navale, qui se trouva
   consolidée en Europe mais disparut dans le reste du monde. La GB fut dès lors privée de
   l’un de ses atouts majeurs dans la conduite de sa politique extérieure.
2. Les nouvelles formes de statut impérial obligent le cabinet de Londres à tenir compte des
   gouvernements des dominions, qui ont des préoccupations régionalistes. Des problèmes
   surgissent avant tout dans le domaine de la sécurité collective : les besoins du
   Commonwealth se trouvent en contradictions avec ceux du système de la SDN.

    Ces préoccupations maritimes et navales poussent la diplomatie britannique à accorder
    une importance croissante à l’amitié avec les Etats-Unis : solidarité morale qui prévalait
    avant la guerre, besoin la flotte américaine dans le Pacifique, volonté de ménager les
    intérêts financier américains concurrençant les intérêts britanniques, souci de limiter



                                                                                           103
    l’influence exercée par les E.-U. sur l’Australie et le Canada. La GB veut bien se montrer
    docile, mais se refuse à choisir entre les E.-U. et la SDN

      f) Etats-Unis

       C’est la tendance isolationniste qui s’y affirme avec l’administration républicaine issue
des élections présidentielles de 1920, même si l’application de ce principe n’est que partielle.
       Pour conserver une position indépendante, le gouvernement de Washington décline
toute offre venant de l’Europe. Mais cette indépendance, souhaitée dans le domaine
politique, n’apparaît pas nécessairement judicieuse dans le domaine économique. Les
banquiers, industriels et agriculteurs ne peuvent en effet se désintéresser des marchés
européens. Pour qu’il y ait une augmentation des exportations américaines à destination de
l’Europe, il faut que les E.-U. lui accordent les capitaux dont elle a besoin. Le gouvernement
fédéral favorise donc le développement des investissements américains en Europe.
       Ce qui frappe, c’est la contradiction entre l’attitude d’isolement politique et le
comportement en matière d’économie : les E.-U. participent à toutes les réunions
économiques et financières dans le monde. L’administration ne chercher pas à résoudre
cette contradiction en adaptant, dans ses relations extérieures, les moyens politiques aux
préoccupations économiques.
       Cet isolationnisme ne s’applique ni à l’Extrême-Orient, ni à l’Amérique latine :

   Volonté de faire échec aux velléités impérialistes du Japon. La Chine représente 400
    millions de consommateurs potentiels. Les Etats-Unis veulent conserver leur position
    dans le Pacifique. A cette fin, il est nécessaire qu’ils prennent leurs responsabilités dans
    cette partie du monde et qu’ils s’entendent avec la GB, ce qu’ils sont d’accord de faire,
    mais uniquement sur le plan diplomatique, non sur le plan militaire.
   Les buts stratégiques des Etats-Unis en Amérique latine avaient été atteints avant la
    guerre. Il suffisait qu’ils conservent la position acquise grâce à la “ diplomatie du dollar ”.
    Les préoccupations économiques jouent désormais un rôle décisif. Pendant la guerre,
    l’Europe avait perdu des marchés au bénéfice des Etats-Unis. Les buts de la nouvelle
    politique américaine en Amérique Latine sont : acquérir une position dominante sur tout
    le continent et augmenter l’influence économique de cette région qui comporte beaucoup
    de matières premières. De fait, les intérêts économiques en Amérique latine déclinent
    progressivement.

      g) Japon

      La position internationale du Japon demeure orientée par les facteurs économiques et
démographiques, qui poussent à une politique d’expansion. Les milieux dirigeants nippons
sont divisés sur la méthode à suivre :

1. Expansion pacifique. Le Japon se contenterait d’avoir recours aux procédés habituels
   de pénétration commerciale : rapprochement avec la Chine en proclamant le respect de
   sa souveraineté et de son intégrité territoriale, développer des relations commerciales
   avec des Etats qui en cas de guerre ne seraient pas des adversaires, trouver de
   nouveaux débouchés pour les produits japonais dans les colonies européennes. Cette
   conception est celle des milieux d’affaire, qui ont un grand poids dans la politique
   nippone à travers les subventions accordées aux partis, le contrôle des journaux et le
   paiement des élections.
2. Expansion armée. Les tenants de cette conception jugent l’expansion pacifique
   dangereuse car elle fait courir au Japon le risque de manquer de matières premières ou
   de se voir infliger un boycott. La domination directe ou du moins l’influence politique sur
   les territoires, apparaît essentielle. L’idée d’une mission revenant au peuple nippon,
   appelé à diriger et unifier les populations asiatiques, légitime cette conception.
   L’expédition devait débuter en Mandchourie et se poursuivre en Chine du Nord – certains


                                                                                               104
   extrémistes proposent même d’attaquer les territoires placés sous la souveraineté de
   puissances européennes. En tous les cas, cette expédition militaire exigerait un gros
   effort d’armement et un effort fiscal. Cette vision est défendue par les états-majors de
   l’armée, de la marine, de la haute administration et de certains milieux universitaires.

     De 1920 à 1930, la conception de l’expansion pacifique prédomina. Que la politique
manifeste pour un temps des tendances conciliantes et prudentes, voilà bien dans le monde
contemporain un trait inattendu.


     Chapitre IX : La question allemande


       Français et Anglais ne sont pas d’accord sur le sort à jeter à l’Allemagne. La GB veut
une Allemagne forte économiquement, alors que la France veut une Allemagne croulant
sous les dettes afin d’assurer sa propre sécurité. Les milieux politiques allemands avaient
espéré, fin 1919, de profiter de ces divergences pour obtenir une révision progressive du
traité de Versailles. Dès 1920, la politique GB les confirme dans cet espoir.
       La politique française oscille entre deux tendances : imposer par la force l’exécution
intégrale du traiter en dépit des réticences anglaises ou une politique de conciliation avec à
court terme, une révision des clauses du traité. La première sera appliquée de 1920 à 1923,
et la seconde de 1924 à 1930.

     1) Les conflits franco-allemands (1920-1923)

       Le gouvernement allemand tente pendant ces 3 années d’échapper à la limitation des
armement et au paiement des réparations en invoquant une crise sociale et politique. Alors
que l’opinion publique anglaise l’accepte, l’opinion publique française rejette cet argument.
       En 1920, de graves troubles révolutionnaires obligent le gouvernement du Reich à ne
pas respecter les clauses du traité de Versailles. 200’000 hommes sont sous les drapeaux
(100’000 autorisés et assistés par des milices paramilitaires de plusieurs centaines de
milliers d’hommes).
       Les troupes alliées doivent pénétrer dans la zone démilitarisée de Rhénanie. Les
Français occupent Francfort et Darmstadt malgré les protestations anglaises.
       Au printemps 1921, le gouvernement français, en accord avec GB, exige de
l’Allemagne que les clauses du traité soient respectées puisque les troubles ont été
réprimés.
       La question des réparations pose des problèmes en France et GB (le montant est
déterminé et l’Allemagne ne peut pas payer). Ceci entraîne l’occupation de la Ruhr en
janvier 23 par les Français mais n’amène aucun résultat. Une conférence est mise en place.
       La politique de contrainte a fonctionné en 20/21 pour le désarmement mais n’a donné
aucun résultat en 23 pour la question des réparations. : pourquoi ? Les Français pensent
que les All. sont de mauvaise volonté. Ils occupent la Ruhr afin de les étouffer
économiquement. Mais les risques sont sérieux (résistance armée de l’Allemagne et
opposition déclarée de la GB) et le gouvernement le savait. Ce fut une décision purement
politique sans pression des milieux économiques ou de l’opinion publique. Cela entraîne
une résistance passive (grève) des Allemands. L’attitude de la GB est alors décisive. Elle a
toujours dit que l’occupation ne sera pas bonne pour l’économie européenne, et l’Allemagne
comptait sur son appui mais reste neutre. Et ceci malgré la pression de son opinion publique
qui commerce avec l’Allemagne + qui a peur d’une industrie française trop forte + mauvais
pour ses intérêts économiques et financiers. Mais la GB reste neutre car pour sa position
mondiale, il faut qu’elle reste en accord avec la Fr.
       La capitulation allemande survient le 26 Sept. 1923 et entraîne une catastrophe
monétaire, qui fait plonger l’industrie allemande et augmenter le taux de chômage et pourrait
même mener à la décomposition. Mais la Fr. ne prendra pas d’initiative diplomatique et c’est


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la GB qui proposera une enquête pour déterminer le montant des réparations. La France
accepte alors qu’elle est en si bonne position. Pourquoi ?

   le gouvernement Fr. sait que l’All. est à terre, du moins économiquement et
    financièrement mais ne peut prendre l’initiative d’une réduction du montant exigé, c’est la
    GB qui peut le faire. Il faut attendre la fin politique de l’Allemagne (mouvements
    Indépendantistes et révolutionnaires en forte augmentation) pour lui imposer les
    conditions (intérêts politiques > intérêts financiers).
   une occupation prolongée de la Ruhr accentue la mésentente Fr.-GB (intérêts
    économiques GB) et pose un problème monétaire à la Fr., qui a besoin d’un prêt que les
    marchés New-Yorkais et londoniens, ne veulent lui accorder car ils exigent la paix.

      Le gouvernement Fr. finit par céder à la pression anglaise.
      Ainsi s’achève l’expérience d’une politique qui voulait obliger l’Allemagne à exécuter
toutes les obligations du traité de Versailles. ( Les Fr. acceptant une proposition qu’ils
avaient refusée 2 mois plus tôt !).

      2) la tentative de conciliation (1924-30)

      mai 1924 en France : élections générales et le corps électoral se prononce contre une
augmentation des charges fiscales (besoin car baisse monétaire) et contre les méthodes de
contrainte à l’égard de l’Allemagne

       L’Allemagne annonce son intention de respecter les clauses du traité de Versailles et
la France des contreparties : révisions progressives des clauses, siège à la SDN, octroi de
crédits... car elle connaît les risques du recours à la contrainte. (réponse allemande et
opposition GB).
       Les Allemands reprennent le paiement des réparations et reconnaissent explicitement
les frontières établies en 1919 entre l’Allemagne, la France, et la Belgique. En échange les
Fr. promettent l’évacuation du territoire rhénan dans les 3 ans. Pourtant, l’échec de cette
politique de conciliation devient évident en 1930. Pour quelles raisons ?
       Le comité allié d’expert (GB et US surtout) décide en 1924 de la planification des
réparations allemandes pour les 5 prochaines années. C’est le plan Dawes qui est accepté
par l’Allemagne (espoir de l’évacuation des territoires rhénans + aide US et GB).
L’Allemagne respecte le plan. ( 25 milliards d’aide étrangères ; US (2/3), GB, Hollande et 7,5
milliards de paiements de réparation beaucoup plus facile à respecter). Mais Keynes montre
la précarité de ce mécanisme d’échange et il aura raison : la crise économique d’automne
1929 aux USA provoque la paralysie du paiement allemand des réparations de guerre.
       Les traits généraux du « système de Locarno » sont posés en 1925. (non-agression et
délimitation frontières entre Allemagne, Fr., Belgique avec contrôle anglais et italien et
accord entre la France, la Pologne, la Tchécoslovaquie car l’Allemagne ne leur permet
aucune garantie. Mais quel en est la portée ? L’Allemagne obtient l’assurance de récupérer
la Rhénanie sans esprit de revanche de la part de la France (qui a besoin de l’aide financière
US) mais l’Allemagne renonce à l’Alsace-Lorraine .(elle obtient que ces frontières au Sud ne
soient pas fixées). La Fr. obtient la promesse d’une intervention armée anglaise si
l’Allemagne l’attaquait mais elle renonce à tout emploi de la force pour faire respecter les
clauses de Versailles. Briand a voulu favoriser une conciliation avec l’Allemagne et éviter un
rapprochement Germano-Russe. L’opinion publique française est d’accord. La GB est
satisfaite du rôle qu’elle a joué dans la négociation et de l’assurance du renforcement de la
situation du statut-quo. La GB ne s’est mouillée que pour garantir les limites territoriales
dans la région rhénane.


LA QUESTION DE L’ÉVACUATION ANTICIPÉE DES TERRITOIRES RHÉNANS :



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1. Echec de la demande allemande en 1926
2. Succès en 1928 (aux 2 dates l’Allemagne est entrée à la SDN) ? ? ?Pourquoi ?

           Proposition allemande : évacuation anticipée et suppression du contrôle sur
            l’armée allemande ainsi que la restitution de la Sarre contre un versement
            anticipé d’une partie du paiement et les réparations afin de stopper la crise
            monétaire française. Résultat : pas de négociation car le franc remonte, la
            France n’est pas pour une évacuation anticipée et l’Allemagne ne peut payer ce
            qu’elle a promis.
           Evacuation anticipée des territoires rhénans : (droit moral de l’Allemagne contre
            règlement définitif de la question des réparations, plan sur le long terme et non
            sur 5 ans). La France accepte, car elle a des problèmes dans ses relations avec
            les USA mais aussi parce que le gouvernement s’adapte à l’opinion publique
            qui est trop lasse pour souhaiter un retour à une politique de contrainte à l’égard
            de l’Allemagne et trop consciente des charges qu’implique une politique de
            puissance.

     1929 (accords de La Haye) : plan Young qui est un plan de paiements des réparations
sur 59 ans mais qui réduit de 17% la créance franç. + évacuation anticipée des territoires
rhénans en juin 1930 ?

      A cette date, quel est le bilan de la politique de conciliation menée depuis 1924 ?

      La France doit payer pour 3/5 sa reconstruction nationale et n’a plus le moyen de
pression que représentaient les territoires rhénans. De plus, elle n’a pas obtenu une
orientation nouvelle de la mentalité allemande. Les Allemands pensent que les concessions
françaises ne sont que le début d’une réalisation plus large du traité de Versailles. Ils
veulent la restitution du territoire de la Sarre, la limitation générale des armements prévus et
l’abrogation du statut de démilitarisation de la Rhénanie. En sept. 1930, élections générales
en Allemagne et le parti national-socialiste très hostile à l’égard de la France, progresse
considérablement à 6,4 millions de voix et 109 sièges face au centre catholique et aux
sociaux-démocrates.
      Pourtant, en 1930, une guerre contre la France n’est pas encore envisageable vu l’état
des forces armées. Tout au plus, une guerre contre la Pologne serait possible (hypothèse
invraisemblable sauf si la Pologne prenait l’initiative). Avec l’URSS des relations secrètes
sont maintenues qui permettent de tester le matériel militaire, chose interdite sur le territoire
allemand.
      La France se plaint des cris de haine qui montent en Allemagne et constate qu’elle ne
peut plus faire confiance aux tentatives de maintien de la paix au travers des organisations
internationales (SDN) et qu’elle doit désormais compter sur ses propres moyens pour
défendre ses frontières. Le climat des relations franco-allemandes donne donc à la politique
de Briand un indiscutable démenti.


      Chapitre X : la Russie et l’Europe (1920-1929)


       La formation d’un bloc capitaliste est l’éventualité que redoute le gouvernement
soviétique. L’Allemagne vaincue se trouve donc à même de jouer un rôle essentiel dans les
relations entre la Russie et l’Europe (Allemagne appuie la Russie ou tout du moins fait
semblant pour faire pression sur la France et l’Angleterre). L’esquisse d’une étude des
relations entre la France, la GB et la Russie est inséparable de ces relations germano-
russes.

      1) l’échec du cordon sanitaire


                                                                                             107
      La Russie est en conflit avec ses voisins dès 1918. En 1920, un traité de paix est signé
avec les Etats balkaniques. Mais les autres conflits territoriaux subsistes : avec la Roumanie
sur la question de la Bessarabie qui est roumain depuis 1918, avec la Pologne (guerre en
1920), avec la Finlande.
       Quelle attitude ont les puissances occidentales face à ces conflits ? Pratiquent-elles la
politique du cordon sanitaire suggéré par Foch (appui à ces Etats afin qu’ils deviennent
solidaires) ?
   litige russo-roumain : les puissances occidentales donnent raison à la Roumanie ( aide
    diplomatique sans envoi de troupes)
   question polonaise : en juillet 1920 l’Angleterre et la France décident d’un appui matériel
    et en conseils en faveur de la Pologne ( pas d’envoi de troupes). Débouche sur le traité
    de Riga (18 mars 1921) qui voit une partie de la Russie blanche aller à la Pologne.

      Malgré l’appui diplomatique et matériel, les puissances occidentales n’arrivent pas à
faire s’entendre les Etats limitrophes de la Russie à cause de l’exacerbation des
nationalismes (problème de frontières) qui les empêche de se mettre d’accord (conflit de la
Pologne avec les pays Baltes, Lituanie et Tchécoslovaquie). Ainsi, le projet de cordon
sanitaire est en ruine.
      Mais il faut aussi souligner que la FR et la GB ont des intérêts divergeants en Europe
orientale et que cela ne facilite pas les choses. La GB a un accord commercial avec la
Russie alors que la France a un accord politique et des conventions militaires limitées avec
la Pologne.

      2) La reconnaissance de l’état Soviétique

       A l’automne 1921, le gouvernement soviétique essaie de sortir de son isolement
politique et économique .
      Economique : la NEP annoncée en mars 21 impose des relations extérieures. Le traité
de Rapallo en avril 22 annonce la reprise des relations diplomatiques et commerciales
germano-russes. Puis idem en 24 avec la France et GB (échec en 22). Le gouvernement
soviétique est reconnu par les grandes puissances européennes.
     Comment a-t-il fait ? Il a profité des désirs de ses états de trouver en Russie un
marché d’exportation mais aussi des rivalités politiques. Ceci mérite explication.
       i/ La décision allemande a été prise sous l’initiative des diplomates. Les milieux
d’affaires (reprise des relations commerciales) et les milieux militaires (essais sur le territoire
russe) y étaient certainement favorables, mais ce sont les mobiles politiques qui ont orienté
les choix : montrer que l’Allemagne peut reprendre une initiative diplomatique ; menacer la
France et la GB de mettre à disposition de la Russie les qualités d’organisation qui sont
celles des Allemands. Voilà les buts immédiats. Dans ce contexte, les accords de Rapallo
ont été efficaces car ils ont provoqué de vives inquiétudes dans le camp angl.
       Une collaboration germano-russe plus étendue ? Les milieux dirigeants allemands
sont divisés et une politique sage prévaudra (éviter bloc FR/GB et que les GB refusent un
réarment allemand futur). Les milieux dirigeants soviétiques sont eux aussi très hésitants
(bourgeoisie allemande mais aussi échec des mouvements révolutionnaires en Allemagne).
       Les deux parties se méfient l’une de l’autre et les perspectives d’accord dans l’avenir
sont médiocres. Mais la Russie a obtenu un résultat appréciable en rompant le bloc
économique dirigé contre elle.

       ii/ L’attitude des deux grandes puissances n’est pas moins hésitante d’autant plus que
leurs intérêts ne sont pas toujours en harmonie.




                                                                                               108
      En 1922, l’Angleterre est prête à des concessions, car elle a besoin du marché
économique russe. Mais la Fr. est moins pressée et exige la reconnaissance par les
Soviétiques des dettes contractées avant 1917 par les tsaristes. Les Russes sont d’accord
sur certains points mais cela est jugé insuffisant et la négociation échoue (les USA
influencent les puissances occidentales.)
       En 1924, reprise des relations commerciales grâce à un effort particulier de la Russie
(négociations séparées). C’est l’Italie de Mussolini qui prend l’initiative en février 1924 (traité
de commerce). En août 24, accord commercial avec GB. En novembre 24 accord
commercial avec la FR. Ce sont les intérêts économiques qui déterminent ces décisions. En
GB dépression économique chronique et chômage en hausse ; Italie : besoin en matière
première ; les FR ne veulent pas se laisser distancer. De plus, tous ces pays ont peur que
l’Allemagne ne prenne une avance considérable sur le marché russe.
       Ces relations commerciales et la reconnaissance de Jure qui va avec, sont faites sans
la contrepartie qui était exigée en 1922. Pourquoi ce succès ? Car le traité de Rapallo a
affaibli la position FR-GB à l’encontre de l’URSS mais le facteur principal a été le
redressement intérieur de l’URSS (crise économique surmontée et ouverture du marché
NEP qui ont permis d’avoir de meilleures conditions de négociation qu’en 22) dont les
gouvernements FR, GB et IT ont tiré les conséquences.

      3) Les difficultés nouvelles

       Ces résultats sont pourtant presque aussitôt remis en question. Entre 1924 et 1927,
survient une grave crise interne (combat Trotsky-Staline) et sérieuses difficultés de la
politique européenne de l’URSS. Pourquoi ? En GB retour des conservateurs au pouvoir qui
ont toujours dénoncé l’accord comm de 1924. En FR position incompatible sur la question
du règlement des dettes dès février 1925.
       Signature en oct. 1925 des accords de Locarno (l ‘All se rapproche des puissances
occidentales. ) et signature d’un traité franco-roumain en 1926. De plus, il y a rupture des
relations diplomatiques anglo-russe à la suite de la grande grève des mineurs anglais
(encouragé par l’ennemi communiste).
    La parade recherchée par le gouvernement russe se trouve dans une négociation avec
    l’Allemagne qui s’apprête à rentrer dans la SDN et à signer les accords de Locarno. Ainsi
    un traité germano-russe est signé en 1926 et porte sur la promesse allemande de rester
    neutre en cas d’agression contre la Russie par une tiers puissance. En somme, le
    gouvernement allemand. se refuse à opter entre l’est et l’ouest (l’URSS fait avec
    l’Allemagne. en 27/28, 27% de son commerce extérieur. Et de plus lui offre une
    collaboration militaire secrète).
       Dans son comportement à l’égard de l’Europe, le trait le plus surprenant de la politique
russe est la persistance des inquiétudes que provoque une coalition possible entre les états
capitalistes. Ces inquiétudes ont incité les milieux officiels russes à la modération dans leur
politique extérieure. La doctrine stalinienne qui entend se borner à construire le socialisme
dans un seul pays, s’inspire de cette prudence ( la défaite de Trotsky, expulsé du part en 27
et déporté dans le Turkistan, laisse la voix libre à cette politique que les circonstances
rendent nécessaires).

      Chapitre XI : L’aire danubienne et balkanique


   Au contact de cette Russie qui conserve les bases de sa puissance et à portée de cette
   Allemagne, dont le relèvement éco a été rapide entre 1924 et 29, l’Europe danubienne et
   balkanique est une aire morcelée politiquement (Balkans : Turquie, Albanie, Bulgarie,
   Grèce ; régions danubiennes : Hongrie, Rep. D’Autriche, Rép. Tchécoslovaque ;
   Roumanie, Yougoslavie sont à la fois balkaniques et danubiennes). Partout, le tracé des
   frontières nouvelles à surexcité les nationalismes et aggravé les difficultés économiques.


                                                                                               109
    Ce morcellement équivaut à une faible résistance qui est une condition favorable à
    l’expansion économique des grands états. Mais l’URSS n’est pas un état, l’Allemagne est
    prudente et GB n’entend assumer aucune responsabilité directe. Seuls la France et
    l’Italie sont actives pendant les années 23 - 30 (Italie intérêt dans les Balkans de par sa
    position dans l’Adriatique et satisfaite de la disposition de l’Autriche/Hongrie dans
    l’espace danubien ; l’intérêt français dans la politique (éco et fin.= moyen uniquement)
    éviter l’expansion allemande et établir des alliances de revers en cas de heurts entre ces
    deux pays dans les deux régions.


    La politique de la Petite Entente (la région danubienne)

    Dislocation de l’Autriche-Hongrie, il y a deux solutions :

   Fédéral entre tous les Etats successeurs, y compris la Hongrie et l’Autriche (
    collaboration entre les gagnants et les perdants)
   Système d’alliances entre la Tchécoslovaquie la Roumanie et la Yougoslavie afin de
    maintenir le statu quo établi en 1919-20. (=Petite Entente).

       Dans le choix entre ces deux orientations, quelle part faut-il accorder aux initiatives des
grandes puissances ? Et quelle a été la solidité de cette barrière ?
       C’est la crainte d’une restauration monarchique qui amène la Tchécoslovaquie,
Yougoslavie, Roumanie à conclure leur alliances. ( Traité Tchéco.-yougoslave en août 20,
Traité Roumano-tchèque en avril 21, Traité Roumano-Yougoslave en juin 21).
       Entre ces 3 Etats les traités sont logiques. Ce sont les initiatives françaises,
protectrices de la Petite Entente dès 1922 qui méritent un examen critique. Cette politique
française. a oscillé pendant plus d’un an entre des conceptions divergentes (Printemps 1920
on tend vers une orientation d’un plan de confédération danubienne et espoirs laissés au
gouvernement hongrois qu’il y jouera le rôle de pivot) ; Fin sept.1920, les négociations avec
la Hongrie sont abandonnées mais les dirigeants fr. ont des opinions divergentes, liées à la
conception du rôle que peuvent jouer en Europe les Etats danubiens, notamment contre
l’Allemagne ; dès oct.1921 la pol.fr. s’engage dans la voie à laquelle elle restera fidèle
pendant 15 ans).
       La formation de la Petite Entente n’a donc pas été une œuvre française, elle a été
réalisée par les 3 Etats contractants ( contre restauration monarchique et pour maintenir le
statu quo territorial.) C’est seulement ensuite que la PE a reçu l’appui de la diplo.fr. et est
devenue un des moyens d’action du « syst.fr. » en Europe ( traité séparé avec les 3 états
entre 1924 et 1927) qui reste menacé par :

1. Le rattachement éventuel de la Rép. d’Autriche au Reich all., et par :
2. Le révisionnisme hongrois.

1. Interdit par les Traités de Versailles et de St-germain ( sauf si autorisation de la SDN) les
   gouvernements autrichiens et allemands insinuent que l’Anschluss devrait se faire dans
   l’avenir mais la France et l’Italie répliquent catégoriquement.
2. La révision des frontières que l’opinion publique magyare revendique est catégoriquement
   refusée par la PE. Le Duce soutient la Hongrie ( contre la France qui s’impose dans la
   région) et passe des accords ( économiques et d’amitié ) avec elle. Mais ces
   manifestations restent vaines ( pour le moment).

     Donc la politique fe la PE a été efficace, et ces 3 Etats alliés à la France paraissent
représenter une force militaire sérieuse. Mais la vitalité du système n’est pas bien assurée. (
Yougoslavie pas de garanties contre les revendications italiennes ; Roumanie pas de
garanties contre la Russie qui veut la Bessarabie , Tchécoslovaquie pas de garanties contre



                                                                                              110
l’Allemagne sur la question de la minorités des Sudètes + pas d’entente économique totale)
Donc l’avenir de la PE est précaire.


      La Politique Italienne dans les Balkans :

       Dans l’aire balkanique, les initiatives italiennes ont une toute autre importance ( terrain
favorable car 2 grandes puissances qui avaient une influence politique avant 1914, la GB et
l’Allemagne , sont maintenant hors de cause). But essentiel = établissement d’un contrôle
sur l’Adriatique ( mobiles politiques et stratégiques dominent : si paix dans cette région,
liberté d’action plus large en Méditerranée ; mobiles économiques présents mais
secondaires ; désir de consolider le prestige du régime ( effacer les abandons de 1920 et de
1921).
       Buts immédiats : régler la question de Fiume ( contre les intérêts yougoslaves) - établir
une influence prépondérante en Albanie et sur les rives orientales du canal d’Otrante, porte
de l’Adriatique (contre intérêts grecs) De 1923 à 1927 s’échelonnent les réalisations de ce
programme. (janv.1924 : convention de Nettuno ->ville de Fiume à l’Italie et banlieue à la
Yougoslavie. ->exp. d’une influence politique et économique possible de toute la Dalmatie ;
été 1924 :succession de coups d’Etat en Albanie et l’Italie en profite -> collaboration
économique et financière obtenue, préface à l’action politique qui aboutira au pacte de
Tirana le 27 nov. 1926 puis alliance défensive (novembre 1927) et convention
complémentaire (juillet 1928) -> le nouveau roi accepte de se placer sous tutelle italienne).
       Cela inquiète la Yougoslavie qui se tourne vers la France (traité en novembre 1927),
ce qui augmente la tension entre l’Italie et la Yougoslavie..
       C’est la résistance yougoslave qui incite la diplomatie italienne à jeter les bases d’une
politique dont le but essentiel est de « neutraliser » les Etats balkaniques , en prévision d’une
guerre dans l’Adriatique. Les contestations ou les conflits qui opposent ces Etats
balkaniques ouvrent aux intérêts politiques italiens des perspectives favorables (Grèce
contre Turquie, Grèce contre Yougoslavie; Bulgarie contre Yougoslavie contre Macédoine)
l’âpreté de ces discordes balkaniques tourne au profit du gouvernement italien.
(rapprochement diplomatique entre la Roumanie et l’Italie entre sept 1926 et le printemps
1927, engagement de neutralité de la Grèce au cas ou l’Italie serait l’objet d’une agression «
non provoquée » ; terrain favorable en Bulgarie pour la diplomatie italienne)
       Donc en ces années où l’influence allemande n’a pas encore récupéré ses moyens
d’action, ce sont les intérêts opposés de la Fr. et de l’Italie qui ont orienté le cours des litiges
dans l’aire danubienne et balkanique.
       (Europe danubienne : politique française (patronage donné à la PE ; traité franco-
yougoslave) -> réaction italienne (appui au révisionnisme hongrois, élargissement de la
politique balkanique italienne) ; Europe balkanique : politique italienne « offensive », sans
autres desseins pourtant que d’encercler la Yougoslavie et de la surveiller) -> en fait un
succès diplomatiques français et italiens ont été compensés. Les inconvénients qui
résultaient du morcellement politique et économique n’en ont pas moins persisté, car la
rivalité entre les 2 grands Etats a paralysé tout effort constructif.


      CHAPITRE XII : LA MÉDITERRANÉE ET LE PROCHE-ORIENT


      La Méditerranée : « lieu d’échange et de rencontres entre les pop. et les civilisations de
3 continents » était aussi devenue , depuis l’ouverture du canal de Suez, une grande route
maritime mondiale. A la veille de la guerre de 14, cette route était dominée par la GB qui
tenait les 2 portes essentielles ( Gibraltar et Suez) qui ( par sa base navale de Malte) gardait
le passage du détroit de Sicile, et qui avait réussi à maintenir fermée la porte septentrionale :
les détroits ottomans, malgré la pression russe. Les Etats riverains de la Médit n’avaient pas
sérieusement cherché à ébranler cette prépondérance anglaises. Les résultats de la GM


                                                                                                111
paraissent confirmer cette prépondérance. ( Russie paralysée en 1919 par la guerre civile,
démembrement , entreprise allemande. Du chemin de fer s’est effondrée) Si la Méditerranée
occidentale n’est pas directement affectée par ces résultats, la médit orientale l’est
profondément (malgré la présence française en Syrie et l’occupation italienne en Anatolie
méridionale, le gouvernement anglais : protectorat sur l’Egypte, mandat sur la Palestine,
possession de la base navale de Chypre, conserve sa maîtrise.
        Pour les Anglais la Médit est liée aux problèmes du Proche-Orient, de la route terrestre
de l’Inde ( Syrie ou Palestine) et aux intérêts GB dans le golfe persique. Or ici encore, la GB
domine : en 1919 du Bosphore aux confins de l’Inde, tous les points stratégiques sont sous
contrôle britannique.
        Mais les positions acquises par les Européens se trouvent menacées entre 1920 et
1927 surtout par les nationalismes musulmans. Ces mouvements offrent aussi aux politiques
rivales des puissances européennes, des occasions dont elles ne manquaient pas de tirer
profit.

     1) Les nationalismes musulmans ( mouvements de résistance à la domination
européenne)

       Ces mouvements ( turc, arabe, aspiration nationale de l’Iran et de l’Afghanistan) ne
cherchent pas encore à établir une collabo -> ils existent marquées par des caractères
différents.

A) nationalisme turc : trouve son expression dans ce mouvement dirigé par Mustapha Kemal
   ( volonté de révision du traité de Sèvres (août 1920)) -> que les pop. Turques ne soient
   plus sous dominance étrangère ( GB / Grèce/ Italie/ France) -> par la force M.Kemal obtint
   tout ce qu’il veut + reprend en main l’administration de Constantinople et chasse le sultan
   -> confirmation par la révision du traité de Sèvres ( traité de Lausanne 24 juillet 1923) ->
   les Détroits : libre-passage mais fermés à l’Etat qui serait en guerre contre la Turquie).

   Donc comment le gouvernement khémaliste a-t-il réussi ? Appui diplomatique donné par
   la Russie soviétique pas suffisant. En fait cela est dû au fait que les Etats vainqueurs sont
   divisés ( GB ne voulait pas la révision du traité de Sèvres mais France et Italie ne
   pouvaient s’engager dans une nouvelle guerre 3 ans après 1918 et cela pour les int
   anglais principalement ; la GB ne pouvait agir seule car soucis graves dans son empire (
   Egypte -> volonté indépendance, Dominions ne voulaient pas s’allier à une guerre, Grèce
   non docile)).
   Ce sont aussi les mouvements nationaux qui au Proche-Orient menacent les intérêts
   britanniques.
B) En Afghanistan, l’émir a obtenu en 1919 la suppression du quasi-protectorat anglais.

C) En Iran ( 1907 zone d’influence anglaise ; 1914 majorité. des actions de l’anglo-Persian ;
   pendant GM : occupation militaire dans sa zone d’influence ; 1919 traité assurant la
   prédominance anglaise dans les domaines administratifs et militaires) Mais pourtant la
   mise en train est lente car elle rencontre la résistance du sentiment national iranien -> juin
   1920 le shah décide de suspendre l’application du traité. Les mouvements nationaux
   arabes dominent la scène, du Maroc à l’Irak, pendant 4 ans surtout, de 1922 à 1926.

D) En Egypte, protestation nationale -> le gouvernement anglais lâche du lest : déclaration
   du 28 février 1922 qui proclame l’indépendance de l’Egypte, mais réserve des droits au
   gouvernement anglais (défense nationale, Sécurité du canal de Suez, etc.)-> La GB
   conserve effectivement la haute main sur l’Egypte. Mais les réactions en Egypte sont
   vives ( victoire temporaire)




                                                                                             112
E) Au Maroc, la République ind. du Rif ( Abd-el-krim) tente de sauver le Maroc fr.-> Contre-
   offensive fr. (158000 hommes dont 130000 indigènes) et capitulation d’Abd-el-Krim en
   avril 1926.

F) En Tunisie, le parti national n’obtint que des réformes partielles pas satisfaisantes.

G) En Tripolitaine et en Cyrénaïque, l’Italie qui avait reconnu un statu d’autonomie à tout
  l’intérieur du territoire en 1920, passe à l’offensive en 1923 ( Mussolini) et reconquiert
  toute la Lybie en 1928 seulement.

H) En Palestine , les anglais tentent de tenir la promesse faite aux Juifs en novembre 1917 (
   établissement d’un « foyer national juif » )-> conflits violents en 1920 et 21 entre les
   arabes et les angl. Mais en 1925 cette résistance arabe paraît s’apaiser.

I) En Syrie, l’ex. du mandat fr. se heurte à des obstacles plus graves ( mouvement
   d’indépendance arabe + conflit inter-éthnique dans le pays) -> à 2 reprises le
   gouvernement français doit s’engager dans des opérations militaires de grandes
   envergures ( 1929 et 19259. Voilà des mouvements d’indépendance mis en échec pour
   10 ans.

J) En Irak, le mandat limité aux routes terrestres et fluviales de la Mésopotamie et aux
   gisement de pétrole de Mossoul avait été accepté en 1919 par les fr. -> les anglais
   envoient en août 1920 100000 hommes pour briser le mvt d’indép. Et écarter les turcs de
   toute vol d’influence.

K) L’Arabie, enfin est le théâtre d’une lutte entre 2 Etats musulmans -> la GB intervient en
   reconnaissant l’ind de l’Arabie saoudite, contre une promesse de non-agression envers
   les traités où la GB possède soit une influence dominante, soit un traité de protectorat.

      Donc d’une extrémité à l’autre de ce monde arabe, où la France , la GB et l’Espagne
ont entre 1920 et 1925, mené 3 guerres (campagne du Rif (Maroc), campagnes de Syrie,
expédition d’Irak). Les mouvements de résistance nationale ou religieuse ont donc échoué
(les mouvements arabes n’ont pas été coordonnés et n’ont pas reçu l’appui des autres
forces musulmanes -> c’est cela que voudront corriger les promoteurs des congrès
islamiques.

      2) Les rivalités entre intérêts européens

   Pour faire face à cette effervescence des pays islamiques, l’entente n’a jamais existé
   entre puissances européennes ( Maroc Syrie Irak -> irritants mais secondaires). Les
   dissentiments les plus importants sont ceux qui opposent :
     A) en Méditerranée occidentale les intérêts français et italiens ou
     B) dans le Proche-Orient les intérêts anglais et russes.

      A) dès l’avènement du fascisme, le gouvernement italien avait affirmé les droits de
         l’Italie à posséder en Méditerranée une situation prépondérante. Mais les moyens
         militaires sont très limités et donc les buts à court terme le sont aussi :

             i) question de Tanger : Statut International du port de tanger (accord en 1923
                                    entre la France, la GB et l’Espagne) et situation
                                    privilégiée, au moins administrativement pour la France,
                                    l’Italie proteste et obtient dès 1926 l’appui du gvt
                                    espagnol (contre l’avantage français) ->révision du statu
                                    en 1928 qui n’est qu’un succès symbolique (Italie place
                                    égale à la GB mais prépondérance fr maintenue).


                                                                                            113
             ii) statut des italiens établis en Tunisie:L’opinion publ it proteste    contre les
                                                        mesure prises en Tunisie      par le gvt
                                                        français.    Pourtant          les     2
                                                        gouvernements restent         sur leurs
                                                        positions.

 Contraste frappant entre ces tensions franco-it et la cordialité des relations anglo-it. Le gvt
  fasciste , au fond, n’ose pas encore abandonner la ligne de conduite que ses
  prédécesseurs avaient presque constamment suivie depuis 1861 et heurter de front les
  institutions britanniques.

      B)    Rivalités économiques et stratégiques apaisées entre 1907 et 1914 et champ
            libre à la politique brit en 1918-19 dans le Proche-Orient (guerre civile en
            Russie). Mais dès la fin de 1919, le gvt soviétique (en même temps qu’il rétablit
            l’autorité russe sur le Caucase et l’Azerbaïdjan) annonce qu’il va aider les
            populations asiatiques à lutter contre l’impérialisme anglais.

                    L’Internationale communiste choisit Bakou pour y réunir, en 1920, le
                premier congrès des peuples opprimés.

                     C’est en Iran que cette pol dirige d’abord son effort -> propagande,
                pression armée, échange éco -> en oct 1920, le nouveau ministère iranien ,
                après avoir suspendu l’application du traité conclu en 1919 avec la GB,
                accepte d’entrer en négociation avec le gvt soviétique.un mouvement
                national se développe alors en Iran contre cette pression russe, tout comme
                avant contre la pression anglaise, et un coup d’état amène au pvr un gvt de
                type « khémaliste » en Iran. Ce nouveau gouvernement passe un accord
                avec la Russie soviétique en Fév 1921 (5 jours après son arrivée au pouvoir)
                puis en 1925 cherche un rapprochement avec la GB (puis traité de non-
                agression avec la Russie Sov en 1927).
                En somme, la nouvelle dynastie iranienne a réussi, pendant ces 10 années,
                à échapper aux pressions anglaises et russes, qui menaçaient
                l’indépendance nationale. Ce succès a été obtenu surtout parce que ni la
                Grande-Bretagne ni l’URSS ne voulaient s’engager dans un conflit ouvert, à
                propos des affaires iraniennes. Pourtant l’indépendance économique et
                financière, condition nécessaire de l’indépendance politique, n’est pas
                acquise. Les perspectives d’avenir restent donc précaires.

                     L’Afghanistan, qui a recouvré en 1919 son indépendance, devient un
                autre champ de rivalité pour les intérêts de la Russie et de la Grande-
                Bretagne, progrès de sécularisation et de modernisation qui s’inspire de
                l’exemple turc, a besoin des techniciens et des officiers (pour organiser
                l’armée) envoyés par l’URSS et le pacte de non-agression en avril
                1927 :pénétration de l’influence russe qui devient très sensible. Mais le
                changement de pouvoir en octobre 1929 provoque l’élimination des experts
                russes et la suspension du programme de réformes. Or la presse soviétique
                dit que cette révolution afghane a été l’œuvre de la Grande-Bretagne.
                Pourtant le nouveau souvenir n’accepte pas un patronage britannique et
                refuse même l’assistance financière proposée par les Anglais. Il essaie, à
                l’exemple de son prédécesseur, de maintenir une politique de l’équilibre. Et
                les Anglais se contentent, pour le moment d’avoir mis en échec l’influence
                russe.




                                                                                             114
        Le trait marquant, dans le développement de ces jeunes nations et de ces rivalités
internationales, c’est la solidité des vieilles positions anglaises, la politique britannique en
mer Egée et en Perse, a échoué losqu’elle s’est lancée dans les aventures nouvelles ; mais
elle a réussi à sauvegarder ‘essentiel des résultats acquis, dans le Proche-Orient comme en
Egypte, malgré les mouvements musulmans et malgré la menace soviétique. Certes ce sont
des succès temporaires. Ils témoignent pourtant d’une continuité dans les dessins et d’une
souplesse dans les méthodes, qui montrent comment l’action diplomatique peut parfois
réussir à retarder le jeu des forces profondes.


      Chapitre XIII :Les nationalismes en Extrême-Orient


     La 1ère GM avait ébranlé les influences occidentales (éco. et pol.) en Asie, laissant le
Japon acquérir une prépondérance en Extrême-Orient. Cette prépondérance, ajoutée aux
mouvements nationalistes, avait annoncé un ’’réveil ’’ de l’Asie.
     Les années suivent immédiatement les traités de paix et sont marqués par 2 traits :le
temps d’arrêt marqué par l’impérialisme nippon ; les tentatives d’émancipation en Chine.

      1.       Le ’’coup d’arrêt ’’ au Japon

    Le gouvernement nippon avait obtenu en juin 1919 une victoire diplomatique (le traité de
    Versailles lui accorde les territoires allemands du Chantoung). Mais cette victoire est
    précaire (réactions dans les milieux ......)
      Le sénat US, en refusant de ratifier le traité de Versailles, délie les US des
engagements souscrits par le présidant Wilson au sujet de l’Extrême-Orient (beaucoup ont
protesté contre la politique de Wilson) ; il encourage, par-là même, la résistance de la Chine
à la politique japonaise. Cette direction est accentuée par l’arrivée au pouvoir des
républicains en mars 1921 qui va menacer le Japon et une course aux armements navals
ou les USA, grâce à leur supériorité, auraient aisément l’avantage ; afin d’arrêter cette
compétition, mais à condition que le Japon renonce à étendre ses assises territoriales sur le
continent asiatique, telle pourrait être la tactique.(but final :révision des bénéfices de guerre
réalisés par le Japon entre 1914 et 1918, selon la presse)
      Le succès de cette action US dépend de l’altitude que prendra la GB (alliance anglo-
jap.conclue en 1902 et renouvelée pour 10 ans en juillet 1911) la GB est partagés entre la
continuation de cette alliance (afin que le Japon ne donne pas appui au mouvement
nationaliste hindoue) ou sa non-continuation (les Russes ne sont plus dangereux, la politique
nippone en Chine lèse les intérêts économiques anglais). Mais ce qui est déterminant c’est
l’avenir des relations anglo-US (pression des USA au sujet de l’appui ou non au mouvement
d’indépendance en Irlande du sud selon la politique asiatique anglaise). La GB décide de ne
pas renouveler l’alliance.
      Le gouvernement nippon, qui fait face à une instabilité économique, financière et
sociale dans le pays, n’a d’autres choix, sous la pression US et après l’abondons anglais,
que de se résigner à accepter une conférence internationale (12 nov. 1921- 6 fév. 1922,
question sur l’Extrême-Orient, le Pacifique, les armements navals, la Russie est laissée de
coté) :

       i)      Pacifique :’’ traité à quatre’’( Japon ,GB, USA, FR)qui promet le respect
               mutuel pendant 10 ans du statut quo dans les possessions insulaires

       ii)     Question chinoise :’’ traité des 9 puissances ’’= respect de la souveraineté, de
               l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’administration de l’état chinois
               et le principe de la ’’porte ouverte’’ du domaine économique




                                                                                               115
         iii)        armements navals ’’ traité à cinq ’’= proportion des forces fixées ( 3 pour le
                     Japon, 5 pour USA, GB, 1,75 pour FR et IT )


         iv)         Le Japon renonce au Chantoung (retour à la Chine) et à la Sibérie et aux
                     droits à la Chine d’investir dans les chemins de fer transmandchourien


Que conserve le Japon des avantages de la GM ?

         - avantages en Mandchourie méridionale
         - les 3 archipels du Pacifique(stratég. et matières premières)
         - supériorité navale dans les mers d’Extrême-Orient ( USA partagés entre Atlantique
         et Pacifique)

Qu’aura-t-il perdu ?

         - la possibilité de réaliser son plan d’expansion en Asie orientale

       En somme, les USA grâce à la collaboration de la GB, lui ont infligé, par une simple
pression diplomatique, un coup d’arête.
       Au Japon les résistances à cette politique sont rares car les gens sont préoccupés par
les difficultés internes (exception les milieux militaires et navals). Le coup d’arrêt du Japon
durera 10 ans.

     2.              Les mouvements nationalistes en Chine

       Les positions acquises par les occidentaux sont menacées, en Chine, par les
mouvements de résistance à la de... directe ou indirecte de l’étranger. Ce ’’ réveil de la Chine
’’ est un des grands moments de l’homme du monde contemporain.
     Quels en sont les traits essentiels ?

     -          printemps 1922 jusqu’à mars 1925 (mort de Sun Yatsen) :collaboration temporaire
                entre les forces du Kuomintang et celles du parti communiste dont le but est de
                restaurer l’indépendance de la Chine, c.-à-d. obtenir l’abrogation des ’’ traités
                inégaux ’’ et des privilèges reconnus aux étrangers. Abondons de cette tactique par
                les nouveaux chefs du Kuomintang (Tchang Kai-Chek) car elle ouvre à l’influence
                russe des possibilités dangereuses. Mais les 2 partis conservent un même dessin,
                qui est de secouer la tutelle étrangère, incidents de 1925 à 1927 contre les
                positions européennes, US, Jap.( Ces mouvements sont soutenus par un grand
                mouvement d’opinion des sociétés sécrètes (Boxers), et c’est.... pour les positions
                étrangères.(luttes du gvt de Canton-Kuomintang contre le gvt de Pékin)

     -          Le gouvernement soviétique avait favorisé la collaboration du parti communiste
                chinois avec le Kuomintang et renonça aux traités inégaux, en geste de sympathie
                pour le mouvement d’indépendance nationale dirigé par Sun Yat-Sen (+ aide des
                conseillers soviétiques dans les domaines milit., éco, pol.).’’La libération de la
                Chine peut devenir une étape essentielle de la victoire du socialisme en
                Chine’’(Lénine en 1923).

     -          En 1927 le Kuomintang (Tchang) décide de rompre avec le PC et avec l’URSS.
                La Russie crie à la trahison ; en fait elle constate l’échec de la politique menée
                depuis 5 ans en Chine par l’URSS.




                                                                                               116
     -    Les USA et la GB ont, dans cette crise chinoise, des intérêts parallèles, mais
          inégaux (les intérêts éco mais la GB+ de commerce avec la Chine que USA qui
          commence à augmenter les intérêts contre futurs à protéger) Les USA sont très
          prudents (il faut privilégier les positions éco). Les Anglais sont tout aussi prudents
          car ils voient à très long terme, la rupture avec l’URSS est une bonne chose et
          Tchang aura besoin des capitaux occidentaux.
       Les US et GB misent sur le rétablissement de l’unité politique de la Chine, sous la
direction des éléments modérés du Kuomintang (contre comm. et seigneurs de guerre ), leur
espoir est confirmé :8 juin 1928 prise de Pékin par les troupes du gouvernement ’’national’’
qui obtient aussitôt des USA, GB, FR la restauration de l’autonomie douanière.

     -   L’aspect le plus inattendu de cette crise : le comportement du Japon. Malgré les
         a...., le gouvernement japonais affirme que le Japon s’abstiendra de toute
         intervention dans la guerre civile chinoise :coexistence pacifique, rapprochement
         éco., tels sont les principes qu’il proclame.( le mouvement national chinois pourrait
         éloigner les influences occidental et laisser la place à la pénétration éco. jap.) Mais
         les problèmes apparaissent entre les 2 pays en Mandchourie méridionale
         (l’influence jap. mais arrivée massive de pop. chinoise ou les intérêts jap. sont
         énormes, émigration, matières premières), les milieux militaires et économiques
         préconisent l’emploi de la force afin de liquider l’administration chinoise ; les
         partisans de l’expérience ’’pacifique’’ ne veulent eux envisager que des moyens
         diplo. La population japonaise oscille entre ces 2 tendances et dans la question de
         Mandchourie, il n’est guère permis de croire à un apaisement durable.

     -   Les USA/GB ont réussi à mettre en échec l’imp. jap. et à rétablir leurs positions
         éco. en Chine (malgré les problèmes entre 1925 et 1927)

     -   La Russie sov. A vu s’effondrer ses espoirs formés en 1925 (diminution de
         l’influence US/GB en Chine et augmentation de la sienne). Le Kuomintang après la
         prise de Pékin fait appel aux capitaux anglo-saxons pour reconstruire et
         moderniser la Chine.(les GB regagnent ce qu’ils avaient perdus en renonçant aux
         avantages que leur avait donnés le régime douanier chinois)

      De ce résultat, la cause principale est sans doute la ligne de conduite suivie par les
milieux d’affaires chinois (demandent l’assist. à la Russie sov. Puis de même à la GB). Mais
le Kuomintang qui a besoin des capitaux des USA/GB ne se croit pas tenu à la même
prudence à l’égard du Japon : ils affirment en Mandchourie, les droits de la souverenaité
chinoise. Dès 1929, les risques de conflits augmente entre ces 2 pays (le Japon sait qu’il ne
faut pas attendre que la Chine se consolide, car c’est mauvais pour l’expansion jap.)


     Chapitre XIV : La position internationale de l’Amérique latine

    85 mios.d’hab. en 1925 et un ’’dénominateur commun’’ : la religion catholique, les
    mêmes traditions intellectuelles chez les élites. Mais à tous les autres points de vue que
    de contraste ! (contraste dans démogr.,condition géo., ressources éco., langue, maturité
    pol.) La de... avait été l’influence europ. Jusqu’en 1914 (exception Am.centrale mais la
    GM avait amené un recul des influences europ. et l’augmentation du commerce US et
    des capitaux US.( + avantages pol.qui viendraient avec)
      Avec la rentrée de l’Europe dans la vie éco.du monde, l’Am.latine est une zone de lutte
entre les influences US et europ., des rivalités éco et financières, surtout mais aussi pol.

     1. LES RELATIONS ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES




                                                                                            117
      Il faut distinguer l’Amérique Centrale (positions US très solide) et L’Amérique du sud
(effacement temporaire influence européenne pendant la guerre)

a) Am. Centrale : l’emprise du USA est à peu près totale après 1919.
- Domaine fin. (besoin de banque) seule : le Mexique et Costa Rica continuent de s’adresser
aux banques européennes.
- Domaine économique : l’augmentation des capitaux de US et développement de relations
commerciales avec USA (fruit pétrole, or, chemin de fer, etc.) Et cela même aux Mexique où
économie US >> économie anglaise.

b) Am. du sud. : La vie éco est marquée entre 1920 et 1928, par le développement des
industries de transformations et par l’exploitation du sous-sol, besoin de manœuvre
industrielle, de techniciens et de capitaux...presque partout c’est aux USA qu’on s’adresse( !)
(Avant 1914 tous les états sud-am. plaçaient leurs empruntes ext. sur les marchés fin.
europ....en 1919 certains pays ne font appel qu’aux USA et certains autres emprunteurs aux
USA qu’en Europe. – exception : les chemins de fer qui restent le champ d’action des
capitaux europ.)
L’augmentation de cette influence financière US ouvrent la voie au dev. de relation
commerciale.

      En somme le rôle éco et fin. des Européennes est partout en stagnation ou en déclin,
tandis que l’influence d’USA progresse « à pas de géant ».

      2. Les relations politiques

       Dans quelle mesure l’influence éco et fin. US en Amérique Latine ouvre-t-elle la voie à
leur influence politique les US possèdent les moyens d’action sur le gouvernement des ces
états par la voie des empruntes. (les gouvernements de Washington ont montré en 1922
qu’il entendait exercer une surveillance sur ces op.)
       L’influence politique, en accordant ou refusant aux états d’Am. Latine les ressources
dont ils ont besoin. Mais en dehors de ce cadre général, il faut voir une distinction entre
l’allure des relations politiques en Am. Centrale et celle en Am. du sud.

       a) Am. centrale : C’est la «diplomatie du dollar » qui continue à être en usage. (Int.
Mat. et initiative politique associée : parfois les GP fin. déterminent l’action dipl. ; parfois, les
gr. fin. servent d’instruments aux dessins étatiques) Mise en applic. Surtout à St. Domingue,
Honduras, Nicaragua. (nombreuses interventions armées des USA)
       Diff. ? les pratiques d’avant 1914 ? Dans la forme les USA disent renoncer à utiliser la
méthode du «quasi-protectorat »mais dans les faits partout les USA ont maintenu leur
contrôle pol. et leurs droits d’interventions.

       b) Am. du sud : les USA n’essaient pas d’appliquer les méthodes de la « diplomatie
du $ » les moyens utilisés sont directs, le gvt. US dans le domaine de l’influence politique
mise sur ce It. (ex :programme panaméricain)

       Les mouvements de résistance existent mais ces mvts. qui aimeraient s’appuyer sur la
SDN négligent le fait que la SDN espère plus que tout obtenir un jour l’adhésion des USA et
ils ne savent pas non plus que la préoccupation essentielle de la politique anglaise est de ne
se mettre à aucun prix en opposition avec le gvt. US.

       - USA ou Europe : Est-ce devant la SDN (c.à.d. au fond la GB et la Fr.) ou devant la
conf. Panaméricaine (dominée par les USA) que seront portés les litiges entre les Etats sud-
américains ? Et qu’elle interprétation la doctrine de Monroe pourra-t-elle recevoir ?




                                                                                                 118
-   « Traité Gondra » en 1923 : les conflits seront réglés devant une commission
    panaméricaine, mais cela n’est pas suivi rigoureusement dans les faits (conflit Chili-Péru-
    Bolivie : sous surveillance US ; conflit Bolivie-Paraguay : la SDN intervient très
    timidement car autrement les Etats de Am. du sud menacent de ce retirer de la soc. de
    Genève (en fait la diplo. US conserve l’avantage) ...ce conflit montrera comment les USA
    disaient tenir à l’écart les puissances europ. et combien la SDN avait le souci de
    ménager le govt. US.
    Les Etats d’Am. Latine constatent que la SDN est incapable de jouer un rôle dans les
    questions américaines, cessent presque tous (à l’exception du Chili) de prendre une part
    effective aux réunions de Genève....les USA ont peu de peine à éliminer une intervention
    de la SDN dans les questions américaines.

-   les USA ont moins de succès lorsqu’ils essaient de faire accepter par les Etats de l’Am.
    Latine leur tutelle (les résistances augmentent). Devant les oppositions, les USA
    constatent un état de fait. (les méthodes employées sont différentes en Am. Centrale, où
    il faut protéger la sécurité du canal interocéanique, en Am. du sud) et confirme la crainte
    des opposants en sous-entendant que la doctrine est «élastique ».
    De même des tentatives de codification, dans droit américain protégeant l’intégrité
    territoriale et l’égalité des Etats américains sont rejetées par les USA : il est nécessaire
    d’avoir les droits d’intervenir au moins à titre temporaire. « pour assurer la stabilité, afin
    de maintenir l’indépendance, » au surplus comment le gvt. US pourrait-il admettre que
    les biens ou crit ? US soient menacées par une G. civile ? Pourtant, l’opinion publique
    peut changer les choses, elle qui se rend compte que la «diplomatie du dollar » n’est
    peut-être pas efficace (l’augmentation de l’emprise éco et fin. mais l’influence pol. du plus
    en plus discuté) et cela à cause de la pol. d’intervention US...il faut rassurer les Etats
    sud.-am. En 1928, la nouvelle administration US fraîchement élue déclare que la
    doctrine Monroe est purement défensive (désaveu à Roosevelt et sa «politique » Int.)...il
    ne faut plus utiliser la force blah blah blah blah...


      Chapitre XVI : L’organisation des rapports internationaux


    Pendant les 10 années qui ont suivi la Ière GM, les grands litiges ont été réglé par des
    compromis. Cet esprit de conciliation, certainement du à la lassitude et à l’amélioration
    de la situation éco qui tempère les impotentes, incline à l’optimisme. Mais crée un
    optimisme précaire : car une inquiétude se fait ressentir dés que l’on essaie de voir plus
    loin que l’immédiat. De cette précarité, la cause profonde est, sans doute, l’échec des
    tentatives faites pour organiser les rapports entre les Etats, au domaine économique
    comme au domaine politique, et pour assurer la résistance à l’agression.

      1) L’insuffisance de la sécurité collective

       Pacte SDN : assistance mutuelle entre les Etats membres ; mais par organisation
sérieuse des sanctions, militaire contre l’agresseur – pas ratification sénat US : plus autorité
morale dans la SDN, inefficacité des sanctions éco.---but : compléter l’armature juridique et
attirer les USA (il faut à tout prix protéger ce statut territorial établi en 1919-1920) A la
reprise, les efforts entrepris par la SDN ont échoué – pourquoi ces échecs ?

-   La CPIJ n’a qu’une compétence facultative (il faut lui déférer les litiges expressément –
    compromis pour aller devant la Cour) et les USA ne sont pas partisans au statut (« ce
    serait nous mettre dans la SDN ») – on tente de les faire signer mais c’est un échec.

-   volonté des Fr. de compléter le Pacte par un «protocole pour le règlement pacifique dans
    conflits int. » qui obligerait les membres à participer loyalement et efficacement à une op.


                                                                                              119
    de maintien de la paix décidée par le Conseil de la Soc. (pas recommandation prévue
    dans le Pacte) les Anglais étaient d’accord mais ne le sont plus après le retour des
    conservateurs au pouvoir (nov. 1924).
    Avril 1927 : les Etats de SDN, Fr. en tête, veulent signer un pacte avec les USA qui
    mettraient la guerre hors la loi (difficile car rendrait impossibles toute action militaire USA)
    dans sa version définitive : recours à la guerre restera licite contre tout état violateur du
    Pacte de la SDN....signature de tous les états, y compris All ,URSS, Japon.
    Quelle est sa portée pratique ? – pas de définition de «légitime défense » ni de guerre
    d’agression. – pas obligation aux USA de s’associer à «une guerre de défense » de la
    SDN. En fait cette signature US a plus répandu à l’opinion publique intérieure qu’à des
    considérations int. Et les USA entendent n’assumer aucune obligation.

-   Volonté de Briand de constituer une «union » ou «fédération » européenne. (les USA ne
    participeront pas à la défense de la paix et la SDN semble inefficace) - ce projet éveille
    la méfiance des grands états européens (l’All, ne veut pas que les frontières en Europe
    orientale soient définitives ; l’URSS y voit un bloc ? ? ? ? ? ? ?

-   Sécurité collective = désarmement. Application partielle des limitations aux vaincus de
    l'armement naval en 1922, mais l'armement terrestre n’est pas encore abordé. En 1925,
    seulement la SDN établit une commission préparatoire du désarmement (Allemagne,
    URSS, et USA y sont aussi représentés). Sur chaque question les intérêts Fr et
    Allemands sont en opposition (USA, GB sont plutôt du côté Allemand.)

    Après 5 ans de travail, établissement d’un simple cadre qui laisse « en blanc » toute
    question essentielle (chiffre de l’indemnité et désarmement) et ne prévoit pas
    l’organisation d’un contrôle international. Et même ce modeste résultat n’a pas été
    accepté ni par l’URSS (craint une procédure d’impérialisme capitaliste) ni par l’Allemagne
    (par l'égalité des droits des Etats en matière d’armement) ni par la Pologne, Roumanie,
    Etats baltes (attendent l’adhésion de la Russie à la SDN).

     Bilan de 10 ans de la SDN :
   Pas de consolidation de la « sécurité collective »
   Pas d’accords sur les principes d’une limitation des armements

    Raisons : Au sein de la SDN, la GB et la Fr n’ont jamais accordé leurs vues quand aux
    principes d’une organisation de la paix internationale, et, nulle part, les courants d’opinion
    destinés à soutenir l’oeuvre de la SDN n’ont eu un large rayonnement

      2) L’échec de la coopération économique et financière

    Dans l’esprit des promoteurs de la SDN, cette coopération économique et financière
    devait être un moyen d’établir la confiance mutuelle et de consolider la paix (éviter les
    rivalités commerciales)
       Dès 1924 les conditions économiques et financières s’améliorent et c’est alors
possible, à condition de trouver le concours des USA, grand fournisseur des matières
premières et de capitaux.
       Dans quel esprit ces relations économiques et financières ont-elles été envisagées par
les gouvernements et par l’opinion publique ?

    Le règlement des dettes des gouvernements alliés envers les USA a été pendant 6 ans
    l’occasion de violents débats. Accord entre 1923 et 1926 avec les Etats européens qui
    diminue sensiblement cette dette contre le paiement planifié. C’est entre la Fr et les USA
    surtout que les discussions restent difficiles (Moyen de pression USA : refus de tout
    emprunt nouveau de la Fr, tant que ce n’est pas accepté (le remboursement)) ==>
    Accord de 1926 sera ratifié par le parlement français en 1929. (Fr et GB voulaient lier le


                                                                                                120
   règlement de cette dette aux remboursements allemands des réparations de la Guerre.
   Mais les US ne le leur ont pas accordé. La diplomatie US a donc réussi à imposer sa
   volonté à ses débiteurs européens, exception faite de l’URSS. Mais c’est une victoire
   précaire : le règlement effectif des dettes de la Guerre reste associé, quelle que soit la
   lettre des accords, à l’exécution des paiements des Réparations.

       Le désordre entretenu dans les relations commerciales entre les Européens par le
nationalisme économique et l’inégalité des ressources en matières premières ou en
combustibles avait été dénoncé par la doctrine wilsonienne comme une cause profonde des
difficultés politiques. La SDN ne semble pas en avoir tenu compte.

   Pourquoi l’Europe est-elle, malgré l’amélioration récente, très largement distancée par
   les USA, où la prospérité est éclatante ? La cause principale parait être l’existence des
   barrières douanières qui entravent les échanges. Et les efforts pour y remédier ne
   donneront que peu des résultats, car les gouvernements européens craignent de baisser
   ces barrières douanières (augmentation du chômage, baisse de production
   indispensable à la survie national, opinion publique indifférente aux théories libre-
   échangistes). Mais c’est l’attitude des USA qui a été décisive. Ils ont du songer à
   augmenter leur tarifs douanier à l’égard de l’Europe. Comment les Européens auraient-ils
   peu accepter d’ouvrir plus largement leur territoire aux produits US, sans recevoir une
   contrepartie ?


      Conclusion du livre troisième


      Les traités de paix, au dire de leurs adversaires, avaient établi, sur le continent
européen, des conditions d’existence intolérables : clauses territoriales en contradiction avec
les principes wilsoniens (nouveaux conflits rapidement), clauses économiques qui allaient
achever la crise que la guerre avait commencé (Keynes). A l’exp.( ?), que reste-t-il de ces
prévisions en 1929 ?

        Le révisionnisme a souvent mené à des manifestations verbales, a donné lieu à des
incidents répétés aux séances du Conseil de la SDN, il continue de s’affirmer dans des
déclarations de principes qui réservent l’avenir. Pourtant il a fait long feu : La PE a neutralisé
les revendications magyares, le gouvernement français a arrêté les projets de l’Anschluss,
les litiges sur Dantzig n’ont pas dépassé le stade des controverses juridiques. Sans doute,
les vaincus n’ont pas renoncé, mais il ont bien conscience qu’ils n’obtiendront pas une
révision amiable et qu’ils sont hors d’état d’agir par la force. Le gouvernement allemand ne
songe pas, en 1929, à une Guerre contre la France ou contre la Pologne, et il respecte
encore les clauses militaires du traité de Versailles.

      La critique économique a été partiellement confirmée puisque le montant des
réparations allemands a été 2x réduit ; mais elle a été totalement erronée concernant les
prévisions sur l’avenir de la vie économique allemande: En décembre 1928, on constate que,
grâce aux investissements de capitaux étrangers et aux ouvertures de crédits consenties par
les banques US et GB, l’Allemagne est remise sur pied. C’est un aspect essentiel dans
l’oeuvre de la reconstruction économique de l’Europe. La propagande communiste n’a pas
réussi a entraîner des révolutions en Europe (l’Allemagne stable depuis 1924) et Staline,
arrivé au pouvoir, critique la révolution mondiale, chère à Trotzky et affirme que la
construction du « socialisme dans un seul pays » est possible : ces déclarations ont mis,
pour un temps, une sourdine à la propagande du Komintern.

     En dépit de ces constatations, 3 signes de précarité sont à relevé dans l’Europe de
1929 :


                                                                                              121
   Point de vue économique = L’Allemagne reste à la merci du mouvement des capitaux,
    elle dépend des capitaux US. La Russie n’est pas intégrée à la reconstruction
    économique du continent (160 mio de consommateurs restent à l’écart)
   Point de vue social = Augmentation du chômage en GB et en Allemagne ==> le ministre
    français des affaires économiques est inquiété.
   Point de vue politique = La « coupure » de l’Europe en trois types d’Etats : Dictature du
    prolétariat, dictature fasciste et démocratie parlementaire, entretient la méfiance entre les
    peuples et entre les gouvernements et aggravent les divergences entre les intérêts
    nationaux (de plus, dans les Etats, la population n’a pas la parole).

    C’est pourtant la paix que penche, sans nul doute, la balance, en 1929, si l’on s’attache à
    l’état de l’opinion publique (car la prospérité économique est revenue, accords de
    Locarno, pacte de renonciation à la Guerre ==> désir d’une politique de conciliation). Ces
    tendances de la psychologie collective paraissent être le meilleur gage de la paix
    européenne.


      Conclusion générale du tome septième : 1919 – 1929


     Dans la perspective mondiale, le « déclin de l’Europe » avait été, en 1929, le trait
dominant. Dix ans après, dans quelle mesure l’Europe a-t-elle retrouvé son rôle mondial, et
dans quelles conditions, les relations entre les continents se développent-elles ?

         L’EU en 1929, continue, pas à pas, à reconquérir sa place dans la vie économique
          du monde.
         Extrême orient : "coup d'arrêt à l'expansion japonaise" dont le gouvernement US a
          été le principal auteur, mais dont les Européens ont été les bénéficiaires
          immédiats.
         En Chine, le mouvement national a eu peur de l’URSS et cela a profité à la GB qui
          a, certes redonné son autonomie douanière à la Chine mais qui a sauvegardé
          l’essentiel de son importance économique (politique soviétique( ?) en déclin depuis
          1926).
         Inde : le mouvement très important en 1920-21 est affaibli depuis 1924 par les
          scissions intervenues en son sein (antagonisme entre Hindou et Musulmans). Le
          statut de 1919 a pu entrer en vigueur en 1926 : c’est un répit).
         Afrique du nord : les mouvements de résistance à la domination Européene ont
          tous été brisés. En 1929 le Maroc et la Tunisie sont calmes, la reconquête de la
          Libye par l’Italie est achevée. En Egypte des modérés dirigent ; la Fr en Syrie et la
          GB en Irak ont réussi, après des années difficiles, à imposer un régime mandataire.

      Dans cette consolidation des intérêts européens, les raisons ont été diverses : Emploi
de la force armée (Maroc, Libye, Irak, Syrie) ; divergences au sein des mouvements
nationalistes (Inde, Egypte) ; résistance des nationalistes à la propagande communiste
(Chine=Tchang ; Inde=Ghandi ; Egypte=Zaglous).
    Démenti des pessimistes qui avaient annoncée en 1925 le « crépuscule des nations
    blanches » et réconfort à ceux qui n’avaient cessé de croire à la vitalité de l’Europe.

      En face de ces réalisations, quelles sont pourtant les causes d’inquiétudes ?

     Dans les relations entre les continents, les intérêts européens sont menacés par les
USA (pas immédiatement par le Japon) dont la politique économique ne plaît pas à bien des




                                                                                             122
Européens (l’expansion politique des USA n’est crainte que par l’Amérique latine). Plusieurs
problèmes :

i)     La Question de la liberté des mers : si la GB devait faire un blocus contre un Etat
       violateur du Pacte de la SDN, les USA l’autoriseraient-ils ?
ii)    L’impérialisme économique et financier US : Comment les USA peuvent-ils exiger le
       paiement des dettes de la guerre, alors qu’ils ferment leurs frontières aux
       importations européennes, principale source de revenu des Etats européens ? Une
       solution était le projet « européen » d’Aristide Briand et sa baisse des tarifs douaniers
       en Europe : un échec déçoit cet espoir.

    Enfin, les tentatives faites pour organiser la paix restent inachevées. Le pacte de la SDN
    a été complété par 2 grands « arrangements régionaux » (Traité de Washington et pacte
    de Locarno) ; oui le pacte de renonciation à la Guerre a été signé par les 2 grandes
    puissances dont l’abstention avait affaibli la SDN. Mais le système de la SDN est fort
    critiqué à Paris, à Berlin (intangibilité des frontières( ?)) et à Londres.
       Et ce qui est encore plus grave, c’est l’embarras dans lequel se trouve le Conseil de la
SDN à chaque fois qu’apparaît une crise (sanctions militaires ou morales). En cas d’épreuve
sérieuse, quelle serait la valeur de la protection offerte par le système genevois ? Ce doute
est « le grand obstacle » sur la voie du désarmement.
       La SDN « n’est rien par elle-même » (H. Spender), car le succès de ses initiatives
dépend uniquement de la bonne volonté que manifestent les Etats membres à « conformer
leurs politique extérieure aux principes du « convenant ». Une satisfaction inquiète, une
volonté d’optimisme qui ne parvient pas à dominer une sentiment de précarité, telle est la
marque de l’heure. Mais nul ne prévoit une crise à brève échéance. Or à l’automne 1929, la
secousse commence au lieu ou la stabilité paraissait être le mieux assurée : la crise
économique qui éclata aux USA ? ? ? ?




                  Tome huitième : Les crises du XXe siècle : 1929-1945



     Dans les relations étatiques, le « déclin de l’Europe » avait été, au lendemain de la
première GM, le trait dominant. A cet égard, la seconde GM a achevé l’oeuvre de la 1ère.


                  LIVRE PREMIER : LES SIGNES DE LA SECONDE GM


       Dès 1930-1931, des signes inquiétants réapparaissent : la grande crise économiqe
ébranle aussi les régimes parlementaires, le système de sécurité collective subit, en
Extrême-Orient, un échec grave. Pourtant, c’est seulement après le succès du mouvement
national-socialiste en Allemagne que les menaces s’étendent (dès octobre 1933 combat
contre Versailles et Locarno ; dès 1934 volonté d’expansion aux dépens de l’Autriche,
Tchéquie, Pologne, en obtenant l’appui de l’Italie et, avec réserves, celui du Japon).==>
Crise finale qui déchire de nouveau l’Europe et précipite son déclin.
       Pourquoi le dessein allemand d’expansion a-t-il trouvé des auxiliaires ? Pourquoi les
Etats qui désiraient s’y opposer n’ont-ils pas su former à temps, un barrage efficace ? Il
faudra étudier enjeux diplomatiques, mais aussi les forces profondes, économiques ou
spirituelles.




                                                                                            123
CHAPITRE PREMIER : LES CONDITIONS NOUVELLES


      1.   La crise économique de 1929 – 1933

     A la fin d’octobre 1929 éclate aux USA une crise économique et financière d’une
exceptionnelle gravité ; elle se propage en 1930–1932 en Europe (excepté en URSS) et en
Extrême-Orient ; par son ampleur, par sa durée (dans plusieurs pays jusqu’à 1935), elle est
sans précédent dans le monde contemporain :

i)     Principaux aspects
ii)    Conséquences dans les tendances générales de l’opinion publique.

i)     La crise économique est à l’origine un fait « US », dont les causes sont sans relations
       avec les circonstances politiques. La prospérité entre 1926–1929, pas aussi
       solidement assurée qu’entre 1922–1926 : l’Europe a retrouvé en 1925 un niveau
       analogue à celui de 1913 dans les productions agricoles et industrielles. Tendances à
       la baisse des exportations des produits US (trop bonne récolte en 1928 ce qui a fait
       baisser les prix ==> diminution des achats des produits industriels de la population
       rurale. Pour répondre à cette baisse de demande, les banques US favorisent le crédit
       ce qui fait augmenter des spéculations et provoque une hausse boursière sans
       rapport avec l’activité économique réelle.
               Mi-octobre 1929, les statistiques montrent que dans les 3 derniers mois, la
       courbe de production avait baissé légèrement. Certains observateurs vendent leurs
       valeurs industrielles ce qui provoquait déjà une baisse boursière et le 24 octobre les
       cours s’effondrent ==> « Crash » du 24.10.29 à la bourse de New-York. Une perte de
       valeur des titres bancaires faisait baisser les cours des entreprises industrielles ce qui
       faisait baisser les productions (car plus des crédits). Les acheteurs n’achetaient pas
       (savaient que les prix allaient encore baisser) ==> crise dans les domaines industriels
       en 1er, puis à partir de l’été 1930 elle s’étend à l’agriculture (les paysans ne peuvent
       plus rembourser les intérêts de leurs crédits) ==> renouveau des difficultés bancaires
       dans tous les USA.

               La crise va se propager en Europe centrale et occidentale, d’une façon très
       brutale à cause de l’importation des investissements des capitaux US (depuis 1919,
       en Allemagne surtout, mais aussi en Autriche et GB).
               L’Autriche était le 1ere touchée : Débâcle bancaire en mai 1931 ==>
       catastrophe financière qui influe sur l’Allemagne.
               En Allemagne, une baisse des banques en juillet 1931 qui entraîne une baisse
       industrielle (malgré l’aide financière des US et de la GB) ==> Un contrecoups en
       Roumanie et en Hongrie puis en GB (car investissements capitaux GB en Allemagne).
               En GB : crise monétaire en septembre 1931 qui ébranle la structure financière
       de 20 Etats, en Europe et en Amérique latine (Finlande, Bolivie, Colombie par ex.)
               Enfin la France est touchée réellement en 1932.

              Ces aspects financières sont les plus spectaculaires. Mais les aspects
       économiques sont sans doute plus importants encore. (Crise bancaire ==> baisse de
       production industrielle ==> baisse des rentrées fiscales ==> baisse des achats et
       augmentation de la paralysie des affaires)

               Des ruines matérielles et des souffrances qui forment le cortège de cette crise,
       quels sont les traits essentiels ?
               Baisse des prix, baisse de la production industrielle (USA, Allemagne), baisse
       des échanges commerciaux. Les conséquences sociales : Endettement des
       agriculteurs donc augmentation du chômage (Allemagne : 43.7 % en 1932). La


                                                                                             124
        secousse est si grave, si prolongée que les bases même de l’ordre économique et
        sociale paraissent menacées (individualisme, libre initiative, équilibre des prix par la
        concurrence). Faut-il défendre un système qui laisse 30 mio habitants miséreux et au
        chômage alors que les produits alimentaires, en masse considérable, restent
        invendus ==>  uniquement une crise économique et sociale, ni uniquement une crise
        morale, c’est une crise de la psychologie collective (remise en question des idées de
        base sur lesquelles étaient établies la civilisation depuis le 16e siècle). Lorsque la
        crise s’atténue, le sentiment de précarité et d’insécurité subsiste, et la question des
        destinées du régime capitaliste continue de dominer l’horizon des économistes
        (Keynes,1936 : Théorie générale de l’emploi, et de la monnaie ; cette théorie
        keynésienne remue tous les fondements de la doctrine économique)


ii)     Ce sont les conséquences de cette crise dans les régimes européens qu’il faut
        essayer d’évaluer (conséquences sur : a) la vie économique mais aussi sur b) la vie
        politique.

      a) Dans la vie économique, le nationalisme triomphe. Il faut protéger l’intérêt immédiat
         des producteurs nationaux et augmenter le niveau de l’emploi (pression des groupes
         de pression patronaux et ouvriers énormes). Chaque Etat augmente ses barrières
         douanières (diminuer les importations) pour diminuer la monnaie afin d’augmenter les
         exportations et ainsi d’augmenter la balance des paiements.

        USA : Roosevelt annonce en 1933 le NEW DEAL (une économie dirigée avec une
              inflation monétaire pour augmenter les prix). L’intervention gouvernementale
              sur les productions des secteurs faite par une répartition des moyens de
              production contrôlée (politique des grands travaux). Le pouvoir d’achat va dès
              lors monter par la fixation d’un salaire minimum (programme d’assurance
              sociale) dont les deux éléments essentiels sont la :
               dévaluation du dollar (augmentation des exportes vers l’Europe et la
              diminution de l’endettement des fermiers)
               l’aggravation du protectionnisme douanier.
              Cela sera conduit jusqu’en 1936.

        Fr :   Dès 1936 : dévaluation du franc et mesurés semblables au NEW DEAL.

        GB :    Abandon du libre-échange traditionnel et installation d’un système de
                « préférences impériales » (1932 : Accord d’Ottawa). Puis les capitaux seront
                dirigés vers la démocratie nationale ( sur le marché mondial).

        Allemagne en 1933 et l’Italie en 1934 : tendance extrême dont le but est l’autarcie
              économique pour « le maximum d’autonomie ».

        Etats danubiens : régime douanier préférentiel entre eux (1932) pour stopper la
                          baisse de la production agricole.

            En fait, presque partout en Europe, le désordre monétaire et le désordre dans le
      mouvement des prix se prolongent ==> dévaluation de la monnaie et contrôle des
      changes établis dans la plupart des pays d’Europe en 5 ans : diminution du commerce
      international, diminution des mouvements internationaux de capitaux (car les capitaux
      investis à l’étranger dépendent du solde créditeur de la balance commerciale).
            En vain, une conférence économique européenne se réunit en juin 1933 mais les
      US surtout pensent que leur problème serait mieux réglé par des moyens nationaux que
      par la coopération étatique. Les Etats confirment ou aggravent les mesures « d’isolement
      économique». Fin 1936 une nouvelle tentative est faite en vue de stabiliser les dangers


                                                                                            125
       mais alors qu’ils sont sous l’accord l’Allemagne refuse. Le développement du
       protectionnisme douanier entraîne une baisse dans le volume d’échange ==> déclin des
       liens économiques internationaux. Et ce déclin frappe l’US tout autant que l’Europe.

       b) Dans la vie politique des Etats, les conséquences de la crise économiques sont
          lourdes. Les tendances autarciques incitent à étendre le territoire national : pour
          mieux assurer l’indépendance économique (espace vital). De plus, les pratiques de
          l’économie dirigée nécessitent des compétences plus élevées pour l’exécutif (par
          rapport au législatif) ==> régime des décrets-lois (suspend l’exécution des
          prérogatives parlementaires) appliqué aux US, pendant le NEW DEAL, en Fr en
          1933-34, en GB en 1935. Mais partout le contrôle de la représentation nationale
          continue à s’exercer sur l’orientation et les décisions prises. Mais en Allemagne, les
          difficultés politiques consécutives à la crise économique et sociale prennent une
          autre allure : elle aboutissent à l’arrivée de Hitler au pouvoir en janvier 1933, à la
          destruction du régime constitutionnel et à une dictature qui peut mener sans contrôle
          sa politique extérieure comme elle veut. Pourquoi cette différence ? L’Allemagne était
          plus dépendante des autres des capitaux étrangers et elle avait donc subit plus
          gravement la crise économique et sociale, qui ruinait totalement les classes
          moyennes, le taux de chômage énorme, désarroi très profond dans l’opinion car
          années 1925 à 1929 avaient donnée d’espoir. Le régime parlementaire n’avait pas pu
          éviter la crise et les gens pensaient qu’un régime autoritaire le ferait mieux.

 Dans les relations internationales, on ne pense plus à la coopération entre les Etats et la
  SDN en subit le contrecoup. Voilà qui pourrait attribuer aux facteurs économiques un rôle
  déterminant dans l’évolution des relations internationales. Pourtant n’est-il pas nécessaire
  de nuancer cette conclusion ? La crise économique n’a pas eu partout les mêmes
  conséquences, pas seulement parce que l’intensité a été différente mais aussi parce que
  la mentalité des peuples est différente (1er succès du nazisme en 1929 lorsque
  prospérité économique).

       Sans doute le nationalisme économique a été une conséquence de la crise. Mais en
       arriver à sa forme extrême, qui est l’autarcie est due non à la crise mais à une volonté
       politique du pouvoir subvenir à son besoin en cas de Guerre. Et cette autarcie
       économique peut être un mobile pour faire la Guerre, car elle impose à la population des
       contraintes et charges financières qu’il est difficile de prolonger pendant des années.
       Mais là encore, la décision est dictée par la volonté de puissance.


        2.       Les Etats et leur politique

        Trois attitudes se manifestent avec évidence à partir de 1931-1932 :

i)       les Etats « nantis » d’une part Fr et GB, bénéficiaires du règlement de paix de 1919 et
         donc sans revendications importantes
ii)      les Etats prolétaires qui s’estiment lésés soit parce qu’ils sont été vaincus en 1918,
         soit parce qu’ils n’ont pas obtenu ce qu’ils attendaient de la victoire et qui pensent
         mériter, par leur puissance démographique ou par le besoin d’expansion économique,
         une place qui soit à la mesure de leur état vital. (Allemagne, Italie, Japon)
iii)     En face de cette opposition latente, puis patente, l’attitude des US et de l’URSS
         présente une importance primordiale.

a) C’est l’Allemagne qui retient les regards : L’orientation nouvelle de sa politique extérieure
   depuis janvier 1933 constitue la menace la plus directe et la plus grave pour la paix du
   monde : De ce programme national-socialiste, publié dans « Mein Kampf » (dès 1924),
   les idées générales se dessinent clairement :


                                                                                            126
   « redressement national », condition préalable à une politique de puissance. Les moyens
    d’assurer un Etat fort : assurer la pureté de la race (cohésion nationale), briser les forces
    socialistes et catholiques (afin que l’intérêt du groupe > intérêt personnel), fin des libertés
    individuelles et former une raison nationale (endoctrinement) ; empêcher les
    manifestations de l’opposition ; refuser tout pouvoir au corps électoral (la masse
    incapable d’organisation) ; réserver le commandement à une élite qui conduira le peuple ;
    organisation de la vie économique et sociale sous le contrôle du gouvernement.
   l’action extérieure (afin de conserver, nourrir et développer notre peuple) : c’est l’esprit du
    peuple qui est la question importante : « Il faut que cet esprit le rende capable de porter
    les armes » (une politique d’expansion territoriale, réalisée par la force est donc d’emblée
    le dessein hitlérien).
        Buts : se libérer des obligations de Versailles (limitation des armements et
        démilitarisation des territoires rhénans) ; puis élargir le territoire qui assurera à la race
        allemande ses moyens d’existence (réunir au Reich tous les peuples Allemands
        (Autriche visée) puis espace vital (aux dépens de l’URSS et les pays limitrophes) il
        n’est pas question d’une expansion hors d’Europe (l’accent est mis sur l’URSS :
        prendre l’initiative dans la lutte contre la « bolchévisation mondiale juive »).
        Les moyens : principe des nat., pression économique sur les Etats ; propagande chez
        l’autre ; la diplomatie (les autres ne doivent savoir avant que nos forces soient
        reconstituées) ==> obtenir l’alliance avec l’Italie, accord de neutralité avec la GB,
        détruire la Fr afin d’acquérir ensuite l’espace vital à l’est.

 tels sont les grands thèmes de Mein Kampf


      Ce plan a bien sûr été largement amendé dans l’action politique pratique (grandes
modifications au contact des réalités, surtout dans la politique extérieure ==> entente
impossible avec la GB par exemple. Mais deux traits essentiels ont dirigé le politique
allemande : le refus de toute autre puissance militaire sur le continent Européen, et le désir
d'expansion territoriale à l'est. De plus, Mein Kampf témoigne d'un tempérament et d'un état
d'esprit qui restent les éléments essentiels dans l'étude de cette politique Hitlérienne.

   Hitler = orgueil, passion du pouvoir, ambition frénétique, audace, goût du risque, volonté
   de puissance, imagination ardente, démesure, aspiration à réaliser, dans le monde une
   « révolution ».
      + ses dons d’homme d’action : obstination, intuition, talent de dissimulation, rapidité de
décision, fermeté implacable dans l’exécution.
      + rayonnement, force suggestive, qu’il exerçait sur ses interlocuteurs, + mépris des
hommes, volonté d’intimider l’adversaire par la brutalité des décisions.
      Mais cette analyse, psychologique n’a pas su répondre à la question décisive : « était-il
malade, possédé ou grand acteur étonnamment maître de ses ? ? ? ? de son personnage ?
Ces dons n’auraient pas eu la même importance si les masses allemandes n’avaient pas
subi cette force de rayonnement.

     « pourquoi les gens ont-ils adhéré à la doctrine nationale-socialiste et pourquoi ont-ils
eu confiance en son chef en 1933 ? voilà ce qu’il faut chercher à expliquer

       Le Führer sait ce qu’il faut dire à une population qui, après la crise économique et
          sociale, a cessé de croire aux valeurs morales et spirituelles traditionnelles ; il sait
          mettre à la portée de tous, des idées déjà profondément enracinées dans, l’âme
          allemande (racisme Chamberlain, élite politique Nietzsche, espace vital
          Ratzel), il sait, réveiller des traits profonds de la mentalité collective (instinct,
          sentiment, passion). Tout cela est exact, mais ne suffit pas.



                                                                                                 127
       Les raisons fondamentales de cette adhésion, ce sont les ardeurs du sentiment
          national et l’espoir de voir le nouveau gouvernement allemand restaurer la
          puissance allemande (54% de la population est pour la suspension des garanties
          ( ?) en mai 1933  90% est pour le réarmement en décembre 1933).
          Cette adhésion massive n’est pas totale, pourtant, la résistance ne se manifeste en
          1933-34 que par la diffusion de tracts clandestins. Dès 1935, il y a une faible
          mobilisation des mouvements opposants et le 1er plan concerté (qui voudra la chute
          du régime) ne sera établi qu’en 1938 !

      b) Italie :

     le gouvernement fasciste avait déclaré dès la prise de pouvoir, vouloir mener en
Europe, une « grande politique ». 3 directions marquées d’emblée :

      -   maintenir les résultats acquis en Europe danubienne (soit empêcher la restauration
          d’un grand Etat et l’empire du germanisme)
      -   faire nôtre la Méditerranée (tout en ménageant les Anglais)
      -   agrandir le domaine colonial (reconquête immédiate de la Lybie)

      Le gouvernement s’était déclaré pour une révision des traités de paix (selon art. 19 du
pacte de la SdN) mais ne voulait utiliser la force, et voulait agrandir le domaine colonial car la
crise économique lui avait fait mal , mais n’agissait pas dans cette direction.

       Le régime hitlérien apporte un renfort à ces aspirations et à ces desseins du fascisme
italien (quant Hitler est élu, le gouvernement italien pense que cet homme est venu pour
obtenir de la France + Angleterre, une révision des traités).
       Projet du « Pacte à quatre » établi par Mussolini (mars 1999) : rectification du statut
territorial de la région danubienne, non par le Conseil de la SdN, mais par les 4 grandes
puissances européennes : FR, GB, ALL, IT. Mais échec de ce projet principalement à cause
du gouvernement français, sensible à l’inquiétude des Etats de la PE ( ?) et de la Pologne
(sans son système d’ « alliances à revers », le gouvernement français ne pourrait offrir
qu’une moindre résistance à une future pression italienne ou allemande). La GB estime qu’il
faut, en pareil cas, tenir compte des objections françaises. Un texte sera toutefois élaboré,
mais il faudra prendre en compte les avis des Etats concernés ? ? ? ? ? ? ? ? (révision).
       Le pacte à 4 est donc mort-né (de plus que le gouvernement FR ne se donnera pas la
peine de le faire ratifier par le Parlement car les Allemands s’étant retirés de la SdN, rendent
le fonctionnement du Directoire ( ? ?, 4) impossible)
       Mussolini estime que l’échec du projet est grave, car dès lors que la « révision
pacifique » est écartée, comment éviter le recours à la force ?
       Mussolini y pense réellement, dès ce moment et les programmes d’armement
terrestre, naval et aérien sont poussés plus activement. La préparation « morale » de la
jeunesse est aussi à l’ordre du jour : refonte des programmes d’enseignement de la Géo et
de l’Histoire (faire entrer la « culture militaire »). Enfin, la politique de restriction de
l’émigration reçoit une application rigoureuse (établir une pression démographique qui
légitimera l’expansion ? ?). Ces mesures semblent converger vers la préparation aux
« épreuves des force).

      La difficulté majeure pour la politique italienne entre 1933 et déc. 1935, c’est le choix
de l’objectif : expansion en Méditerranée ou expansion coloniale au risque de voir se
développer dans l’Europe danubienne une influence FR fondée sur la PE ou une
hégémonie allemande dont le plan a été tracé dans « Mein Kampf ».

      c) Japon :

      politique extérieure 1922-1929 : prudence (démenti ( ?) des 20 années antérieures).


                                                                                              128
     Ils ont subi le coup ( ?) d’arrêt sans réagir, et se sont contentés d’une expansion
commerciale.
     Pourquoi à l’automne 1931 cette politique a été abandonnée ? Pourquoi après la
démission de Shidehara, le Japon revient-il à un dessein impérialiste ?

      crise économique mondiale : plus rapidement subie que les Européens car les
          exportations vers les USA étaient de la soie brute, un produit de luxe rapidement
          frappé par la baisse du pouvoir d’achat américain.
          Diminution d’achat de matières premières ( ?) à l’extérieur et augmentation du
          chômage ; agriculture très touchée, car ? ? ? ? US (coconsoie) et ? ? ? ? interne
          (riz) diminue.

          si expansion territoriale sur un territoire avec minerai de fer, charbon, denrée
            alimentaire :  déficit de la balance des paiements.
         il faut aussi acquérir de nouveaux débouchés pour la production interne
            japonaise (la Chine favorise les importations japonaises, mais c’est encore
            mieux de se rendre maître des ces territoires chinois (clientèle réservée)
         besoin du monde rural :  démographie , il n’y a donc pas assez de terres
            cultivables (les chômeurs viennent dans les champs +  démographie), 
            besoin de terres nouvelles (+ emploi pour les industries)

      C’est ainsi que la majeure partie de l’opinion publique nippone souhaite une politique
extérieure active.

      Cela est exploité entre 1932 et 1936 par le parti fasciste du général Araki. Mais il y a
        beaucoup de tensions entre les milieux d’affaire (qui ne prennent les politiques
        d’expansion territoriale que pour une nécessité temporaire – car aujourd’hui, la
        politique d’expansion économique ne satisfait pas les besoins) et Araki & le milieu
        rural pour qui l’expansion territoriale est un but à poursuivre avec continuité.
        La politique japonaise oscillera entre les 2 tendances vis-à-vis de la Chine et les
        intérêts ( ?) de l’Europe en Extrême-Orient.

     Cf. Cours de Hammer sur le structural et le conjoncturel :

     Evénement = fusion du conjoncturel (temps moyen, court) et du structural (temps long)
     structural : fondements de la mentalité au Japon : ? ? ? ? d’inviolabilité, notion de
       race japonaise, mission sacrée à remplir : messianisme du pouvoir impérial, origine
       divine.
     conjoncturel : ? ? ? ? politiques, économiques et sociaux


     i ) contre les revendications de ces impérialistes, quelles sont les réactions des Anglais
         et des Français ?

     a) France :

     Politique extérieure dominée depuis 1918 par la crainte d’une revanche allemande.
     Avec l’arrivée de Hitler au pouvoir, cette menace redevient actuelle.
     Que faire ?
      Consolider le système d’ « alliances de revers » : assurer le respect de la
         démilitarisation en Rhénanie.
      Réorganiser l’armée FR : armement offensif  renoncer à la conception de la ligne
         Maginot ( ?)
      Diplomatie :  système d’alliances et « neutraliser » l’Italie


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        Etablir une barrière devant ces revendications allemandes et riposter à la force par
la force.
       Une autre optique était prônée par certains ministres FR (Laval, Flandin ( ?)) : politique
de « repliement » et de rapprochement avec l’Allemagne ; la laisser obtenir son « espace
vital » au sud et à l’est afin qu’elle collabore aussi et n’attaque pas la FR (abandon de la PE
alors oblige)

       Entre ces deux conceptions, le contraste s’affirme réellement en 1935 (« la FR ne peut
jouer sans cesse le rôle de « gendarme de l’Europe », c’est une erreur de croire qu’une fois
l’Allemagne consolidée, elle s’arrêtera sur ses acquisitions et ne nous attaquera pas »)
       De ce contraste entre les courants d’opinion publique, quelles sont les causes
profondes ?

          Crise économique : rôle de gendarme difficile à assumer en car coûteuse. Mais il
          s’agit là d’une explication mineure.
          Ce qui compte : les préférences politiques (ici, la politique extérieure dépend
          énormément de la politique intérieure).
                - partis de gauche : opposition à Hitler, mais pacifisme et nécessité de
                censurer une entente étroite avec la GB
                - partis de droite : pour un rapprochement avec Mussolini (la gauche
                désapprouve, car la Duce ne doit pas se sentir appuyé)

      Il n’y aura donc pas de prise de position en politique étrangère due à cause de ces
divergences. La masse sait qu’après la 1ère Guerre Mondiale, la FR ne pourrait affronter une
nouvelle guerre sans courir de risques graves, elle aspire donc au repos.

      b) Angleterre :

      Depuis la crise de la fin de l’été 1931et jusqu’à la fin de 1936, ce sont surtout les
questions internes et impériales qui préoccupent la majorité du Parlement, et les membres
du Cabinet.
      Dans l’immédiat, la politique économique et financière domine tous les autres aspects
de l’activité gouvernementale (réorganisation fiscale, régime préférentiel pour l’empire,
baisse du prix par la fusion industrielle ( ?) et subsides à la production agricole).

       abandon du « laissez-faire » et obtention de résultats importants ( hausse de la
      production industrielle, hausse des exportations, baisse du déficit de la balance
      commerciale, baisse du chômage) même si tout n’est pas réglé (industrie textile et
      houillère en difficulté et du chômage demeure).
      Le corps électoral prend confiance en ses dirigeants : en nov. 1935, les conservateurs
      sont confirmés par les élections générales.
       cela va-t-il favoriser une action extérieure continue et cohérente nécessaire depuis
      l’avènement d’Hitler ?
      Il n’en n’est rien. Jusqu’en mars 1936, les Anglais ne pensent pas qu’Hitler soit
      convaincu de vouloir une expansion territoriale en risquant une guerre européenne. Le
      Cabinet pense, au fond, qu’il faudrait « pacifier les esprits » en faisant aux Allemands
      quelques concessions (Europe danubienne et orientale) et en et en refusant de
      s’engager dans une politique de coalition qui pourrait effrayer les Allemands (conforme
      à l’opinion publique qui veut « tendre la main » à l’Allemagne.

     Le seul changement dans la politique anglaise depuis avant 1933 : les relations avec
l’URSS dont l’entrée à la SdN est jugée opportune car alors ce pays devient moins
dangereux pour la paix du monde.



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       C’est à partir d’avril 1936 seulement que la politique britannique se montre plus ferme
(promesse d’assistance à la Belgique et à la France en cas d’agression allemande).
Pourtant, dès que Chamberlain arrive à la tête du gouvernement, on revient à la politique
« d’ apaisement » (c’est-à-dire, donner satisfaction aux revendications allemandes et
italiennes si elles sont « raisonnables »)  révision des traités ?
       Les Anglais sont unanimement d’accord pour ne vouloir faire aucune concession quant
au territoire colonial. Mais ils sont divisés quant aux concessions à faire en Europe. Les
Conservateurs sont pour afin de n’avoir rien à se faire reprocher ensuite ou afin de gagner
du temps dans la perspective d’une guerre. Winston Churchill, conservateur, y est opposé
car il faut construire un bloc européen contre l’Allemagne, mais peu nombreux sont ceux qui
le suivent et en mars, lors de l’occupation de la Rhénanie, personne ne se manifeste. Les
Travaillistes, eux, sont contre car ils sont favorables (?) à la SdN et à la politique des
sanctions.
       C’est en 1938 seulement que les coups de force allemands en Europe centrale
ébranleront les partisans de l’apaisement.

      ii)

      a) les Etats-Unis :

Les élections de 1932 marquent l’arrivée au pouvoir des Démocrates, cela signifie-t-il un rôle
nouveau des USA au sein des Relations Internationales ? ( ce parti aurait soutenu les idées
wilsoniennes en 1919-20 ainsi que la SdN).
       Le nouveau président Franklin Roosevelt prend position en le 4 mars 1933, 5
semaines après Hitler en Allemagne et 5 jours après l’invasion de l’armée japonaise dans la
province chinoise du Jehol. Roosevelt va-t-il abandonner la politique isolationniste
américaine ou accepter de prendre des responsabilités dans l’organisation de la sécurité
collective ?
       La politique ? ? ? US (orientée par la conjonction entre opinion publique, Congrès et
Président) est dominée par les préoccupations immédiates qui sont les résultats de la crise
économique de 1929 (jusqu’en 1935 , quelles sont les positions des influences ?
        L’opinion publique qui a élu les Démocrates l’a fait car les Républicains n’ont pas su
mettre fin aux conséquences de la crise de 1929, et non pour briser la politique isolationniste
américaine - même si la paix européenne était menacée par Hitler, les USA n’auraient rien à
craindre.
       Il faut donc surmonter des difficultés économique et sociales afin que le régime
démocratique perdure (pas menacé par la contagion des régimes autoritaires). Certains
contesteront en prônant un rapprochement avec la Grande-Bretagne contre les
impérialismes allemand, nippon ou russe, suivant la voie tracée 40 ans auparavant par A.
Mahan et T. Roosevelt ; mais leur effort restera vain.
       Le Congrès, sensible au comportement des électeurs, contribuera à renforcer ce
sentiment isolationniste par ses initiatives (1917 avait été préparé par la propagande des
Etats belligérants, par les fabricants de ? ? ? ? ou les grands banquiers qui exerçaient une
influence sur la presse américaine).
        Dans une perspective de guerre européenne, il ne faudrait pas fournir aux Etats en
guerre, ni armements, ni crédits bancaires. Il s’agissait de la liste des « Lois de Neutralité »,
c’est-à-dire, une diminution du commerce avec les Etats belligérants en cas de guerre.
C’était donner inconsciemment un encouragement à la politique hitlérienne, car ni la
Français, ni les Anglais n’allaient pouvoir sur l’économie et le financement US en cas de
guerre, alors que l’Allemagne ne le pouvait pas de toute façon (si blocus GB & FR).
       Le Président souhaitait associer les USA à l’organisation de la sécurité collective, mais
il ne pouvait pas réaliser une politique durable à l’encontre de l’opinion publique. De plus, les
problèmes économique et la politique du New Deal, paraissaient inconciliables avec
l’esprit ? ? ?. Il dut donc se résigner aux décisions du Congrès.



                                                                                             131
      C’est à la fin de 1937 seulement qu’il se décidera à prendre plus nettement parti, mais
cela restera à peu près vain. A aucun moment, entre 1933 et 1938, les USA ne jouent, dans
les Relations Internationales, le rôle que devrait leur assurer leur primauté économique.

     b) l’Union Soviétique :

      1920-1930 : Ayant une politique extérieure très active en Asie, elle échouera dans le
domaine essentiel, la Chine. En Europe, elle avait été prudente (besoin capitaux et peur
d’une coalition entre l’Allemagne et puis l’Occident), mais elle n’avait pas voulu participer à
l’organisation de la sécurité collective, la SdN.
      Entre 1930 et 1933, 2 faits nouveaux pourraient changer sa politique étrangère :

     -   L’expansion japonaise (dès l’automne 1931) menace son influence économique en
         Mandchourie du Nord et son influence politique en Mongolie extérieure.
     -   Hitler, dont le programme met au premier plan la lutte contre le communisme et la
         conquête de l’espace vital (l’Allemagne pourrait proposer à la Pologne, en échange
         de l’abandon du « corridor », la perspective d’une extension vers l’Ukraine).

       Ces deux menaces pourraient s’associer, car en cas de guerre russo-japonaise,
l’Allemagne n’en profiterait-elle pas pour attaquer l’URSS ?
       C’est pourquoi il faudrait nouer des relations diplomatiques avec les Etats européens
exposés aux même menaces et adhérer aux principes de la sécurité collective.
       Quels sont les traits de cette nouvelle politique ?

     - Un plan de réarmement : hausse des effectifs, amélioration des cadres et
        restauration de l’autorité
     - Une action diplomatique : traité de non-agression avec l’Italie, reprise des relations
        diplomatiques avec les USA, entrée dans la SdN et siège au Conseil, pacte franco-
        soviétique
     - Une      révision des méthodes de l’Europe communiste : tactique du « Front
        populaire », c’est-à-dire le droit de coopérer entre communistes, socialistes,
        « bourgeois et démocrates », contre les menaces fascistes
     - Une action de propagande intérieure (changement dans l’enseignement de
        l’Histoire : distinction entre les guerre « justes » et les guerres « injustes ») dans le
        but de réveiller la conscience nationale et de montrer quel a été, dans le passé, le
        rôle européen de la Russie. Voilà qui prépare l’opinion publique à comprendre les
        nouveaux devoirs de la politique extérieure.

      Pourtant, jusqu’au moment où Hitler engage sont la Russie une « guerre des nerfs »
(automne 1936), les relations germano-russes resteront « correctes », voire actives dans le
domaine économique.


     Chapitre II : les échecs à la sécurité collective


       C'est à partir de l'automne 1931que les Etats "prolétaires" commencent à ébranler le
statu-quo et à réaliser un effort d'expansion territorial. Par exemple, le Japon en
Mandchourie : ??? très sensible à la SdN et aux principes de la sécurité collective ; l'Italie
(membre de la SdN) en Ethiopie : même problème ; l'Allemagne rétablit une grande armée
avec le service militaire obligatoire : la SdN est impuissante face au réarmement de
l'Allemagne.
       Le non-acte de la SdN ouvre des perspectives favorables aux Etats "prolétaires". Mais
elle n'est pas la seule responsable. La cause profonde est le comportement des 2 grandes
puissances dont l'influence est dominante au sein du Conseil de la Société : les politiques de


                                                                                             132
la FR et de la GB, leurs méfiances mutuelles ou leurs divergences de vues, voilà qui
explique la carence du système.

      1) Les initiatives japonaises

       18 septembre 1931:
        Une bombe est placée sur la voie ferrée du Sud-Mandchourien placée sous
administration japonaise. L'Etat-major établi dans la zone prend cette occasion pour
engager, sans même attendre les instructions du gouvernement, une action militaire dont le
premier objectif est l'occupation de Mukden; cette occupation s'étendra en quelques
semaines à toute la Mandchourie.
       Le gouvernement, débordé, couvre les initiatives prises sur place. Il déclare que le seul
but est la protection des intérêts japonais en Mandchourie et que l'intervention ne cessera
une fois qu'une fois ce but atteint. Le gouvernement nippon demandera des négociations
sino-japonaises afin d'obtenir des privilèges sur tout le territoire des 3 provinces
mandchoues.
       Mais la Chine refusera toute négociation tant que l'occupation japonaise durera, elle
boycottera les produits japonais et fera appel à la SdN, supposée protéger l'intégrité
territoriales de ses Etats-membres.
       Le Japon ripostera en débarquant des troupes à Shanghaï. Pourtant, après 3 mois de
combats, le gouvernement nippon acceptera une médiation anglaise et retirera ce corps de
débarquement : l'intervention japonaise restera donc limitée, pour le moment, à la
Mandchourie.
       Une assemblée représentative proclamera le 1er mars 1932 l'indépendance de la
Mandchourie. Le gouvernement japonais reconnaît le "Mandchoukuo"(Etat fantoche mené
par les Japonais) et déclare en garantir le territoire contre le droit d'y entretenir une garnison,
il s'agit donc d'un quasi-protectorat. D'ailleurs, 6 mois plus tard, ces troupes étendent
l'occupation à la province du Jehol (à proximité de la Grande Muraille). Le gouvernement
chinois n'ayant pas les moyens de résister, il subira la volonté de son adversaire.

     Quelle sera l'attitude de la SdN ?
      L'affaire marque une date dans l'histoire de la "faillite de la paix". En effet, la Chine
adressera un appel à la SdN fin septembre 1931.

      -   En 1931, la question qui se pose concerne le traitement à accorder aux Japonais,
          une fois que les troupes japonaises auront quitté le territoire ( on ne veut pas
          toucher aux privilèges japonais en Mandchourie) et non les mesures à prendre
          contre l'agression japonaise, le but de SdN étant de ménager le gouvernement de
          Tokyo.
      -   La proclamation de l'indépendance du Mandchoukuo n'est pas reconnue par la
          SdN. Cette dernière affirme que les provinces doivent avoir un statut d'autonomie
          administrative au sein de la Chine et que les troupes japonaises & chinoises
          doivent partir (même les troupes chinoises, alors qu'elles sont sur leur territoire !!).
          La SdN ne propose donc pas de rétablir l'extension normale de la souveraineté
          chinoise en Mandchourie. mais le point important est la condamnation du fait
          accompli.
      -   Ceci conduira à l'ouverture d'un débat à Genève entre les 4 parties et aboutira le
          27 mars 1933 au départ de la délégation japonaise de la SdN
      -   Pour faire exécuter les résolutions prises par l'Assemblée, le Conseil de la Société
          ne prendra que des mesures anodines et dérisoires.

       La SdN se sera donc bornée à une action platonique. Elle a en pratique abandonné
toute tentative pour imposer le respect de ses décisions. En effet, elle n'a pas déclaré le
Japon coupable d'agression pour ne pas avoir à appliquer contre lui les sanctions prévues
par l'art. 16 du Pacte.


                                                                                               133
      L'aveu d'impuissance est total et le système de la sécurité collective subit là une
atteinte quasi irrémédiable.

       De cette carence, c'est la politique anglaise qui pouvait porter la principale
responsabilité, car l'Angleterre était la puissance la plus qualifiée pour indiquer une ligne de
conduite et pour prendre des initiatives. Au lieu de ça, le gouvernement anglais a pris une
attitude timorée; l'opinion publique ne le poussait pas non plus l'action: les milieux d'affaires
n'avaient que peu d'intérêt en Mandchourie et les parlementaires avaient gardé un mauvais
souvenir du mouvement xénophobe chinois de 1925-27; on invoquait des arguments de
nécessité ou d'opportunité: les sanctions économiques et financières ne seraient efficaces
que dans le cas d'une participation américaine, de plus, les répliques japonaises pouvaient
mener à un conflit armé pendant lequel il serait dur de protéger les grands centres d'activité
commerciaux anglais en Extrême-Orient (Hong-Kong et concessions de Shanghaï) sans
l'appui des USA.

       Que fera Washington? Les USA, non-membres de la SdN mais ayant des intérêts
économiques et financiers en Extrême-Orient sont-ils disposés à nouveau à mettre un coup
d'arrêt à l'expansion japonaise?
       Il faut une déclaration de non-reconnaissance qui dit que les USA sont contre toute
atteinte à l'intégrité territoriale chinoise et au principe de la "porte ouverte". Mais ces
menaces à terme peuvent-elles amener le Japon à abandonner son entreprise en Chine? La
fondation de l'Etat du Mandchoukuo montre que non.
       Les USA envisageront-ils donc de prendre des sanctions contre le Japon? Ou
participeront-ils à celles que la SdN pourrait prendre? Non (sanctions militaires ou navales
exclues et sanctions économiques non favorables car les USA ont besoin du commerce
avec le Japon, mais aussi car une riposte japonaise pourrait mener à une guerre, ce que les
USA ne veulent pas).
       Cette prudence du gouvernement US répond aux vœux de la grande majorité du
public. Les réticences US n'ont pas été décisives dans les premiers mois du problème et
dans les derniers mois, elles n'ont peut-être été qu'une excuse à la passivité britannique.

      La preuve était faite que la SdN se montrait incapable d'exercer une coercition
lorsqu'elle se trouvait en face d'un acte d'agression commis par une grande puissance.

      2) les initiatives italiennes en Afrique Orientale

        Dès l'automne 1923, le gouvernement fasciste réveille l'activité coloniale italienne en
Afrique Orientale.
        L'administration est réorganisée afin d'assurer la sécurité de l'occupation et de
préparer l'expansion (garnisons et rectifications de frontières accordées par la GB en
Somalie et route construite en Erythrée) économique ou politique vers l'Ethiopie qui pouvait
offrir à l'économie italienne des Mat. 1ères et à l'émigration italienne un débouché.
        A ces avantages immédiats pouvait s'en ajouter un autre de portée mondiale: obtenir
sur le flanc d'une des grandes routes maritimes du globe, une position solide.
        Pour donner à son action une base juridique, le gouvernement italien invoque l'accord
du 13 décembre 1906, qui , établi entre l'Italie, la France et la GB, avait tout en affirmant le
respect de l'intégrité territoriale de l'Empire éthiopien, tracé, au profit des 3 contractants, des
zones d'influence.
        En décembre 1925 (?), l'Italie obtient un arrangement avec la GB (sans demande
l'assentiment de la France) pour une pénétration économique plus exclusive dans sa zone
d'influence.

       Comment et pourquoi la diplomatie italienne en vient-elle à envisager une domination
politique?



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     Le principal motif est la résistance opposée par le gouvernement éthiopien aux projets
économiques italiens:
     - les concessions de ch. de fer prévues par l'arrangement anglo-italien ne sont pas
        acceptées
     - les importations japonaises sont favorisées par rapports aux italiennes
     - les capitaux américains sont aussi préférés aux italiens

      La politique italienne décide dès 1932 de régler ce conflit latent par la force. Mais
l'empire éthiopien est membre de la SdN (depuis septembre 1923) et est donc au bénéfice
de la protection que l'art.10 du Pacte accorde à tous ses membres de la Société (dès 1926,
le gouvernement éthiopien avait déclaré que l'arrangement anglo-italien constituait une
"menace pour l'intégrité territoriale et l'indépendance politique de l'Ethiopie" et il avait
invoqué l'art.10 du Pacte).
      Un incident se produit à Val-Val entre l'Italie somalienne et l'Ethiopie et le
gouvernement fasciste en profite pour demander des excuses et des indemnités. Le
gouvernement éthiopien propose lui de recourir à une procédure arbitrale (à qui appartient
Val-Val?) et fait appel à la SdN.

       Quelle sera la portée de l'entreprise italienne dans les relations entre les grandes
puissances européennes?
       La politique italienne heurte les intérêts de la France (économiques et financiers: ch.
de fer franco-éthiopien de Djibouti à Addis-Abeba qui facilite la pénétration éco) et surtout
ceux de la GB (intérêts anglais essentiels: a) la prospérité de l'agriculture égyptienne –
source du Nil bleu en territoire éthiopien, b) pas de danger maritime tant que le Canal de
Suez reste sous contrôle anglais – de ce point là, la politique italienne ne dérange pas)
       Mais avec la France, l'Italie peut trouver un terrain d'entente puisque depuis la tentative
hitlérienne en Autriche, le gouvernement français cherche à obtenir la garantie de la
protection du statu-quo danubien par l'Italie.
       La GB, qui n'attache pas d'importance à l'indépendance de l'Autriche n'a pas les
mêmes raisons de ménager l'Italie. C'est donc de ce côté que l'entreprise italienne peut se
heurter à une résistance. Mais les moyens d'action anglais sont faibles (armée négligée
depuis 1919, la marine a diminué de 40% depuis 1914, les forces aériennes sont inférieures
aux forces italiennes). Cette période ne sera que temporaire et donc les intérêts italiens
commandent d'agir avant le réarmement anglais.

      3) Les initiatives allemandes

        La politique extérieure de l'Allemagne nationale socialiste ne doit pas être isolée des
efforts qui lui avaient préparé les voies. En 1931et 1932, les cabinets allemands successifs
avaient poursuivi, dans 3 directions, une action diplomatique orientée non seulement par les
conditions économiques, mais aussi par les préoccupations de la politique intérieure
(recherche d'un succès extérieur pour reprendre des voix au parti d'extrême droite, mais
aussi pour tenir compte des vœux de l'Etat-major, car un appui de l'armée serait peut-être
nécessaire contre un coup de force des partis extrêmes). Pour apprécier l'importance des
initiatives hitlériennes sur les décisions politiques, il faut étudier les derniers mois de la
République de Weimar.

      a. Crise économique: l'Allemagne demande l'ajournement puis l'annulation des
         paiements des réparations, ce qu'elle obtient car la France, principale bénéficiaire,
         est isolée (accord de Lausanne de juillet 1932). La France gardait à sa charge 70%
         des dépenses qu'elle avait engagées pour la reconstruction des régions dévastées.
      b. Crise économique: établissement d'un projet d'union douanière avec l'Autriche
         (mars 1931) qui aurait assuré à l'économie allemande un rôle dominant dans toute
         l'Europe centrale et aurait préparé le "rattachement" politique de l'Autriche au Reich
         allemand (la France et la PE sont résolument contre; la GB a demandé au


                                                                                              135
           gouvernement allemand d'y renoncer – en effet, la Reichsbank avait besoin du
           concours de la Banque d'Angleterre pour surmonter la crise financière – et à porter
           l'affaire devant le CPIJ. Le 3 septembre 1931, l'Autriche et l'Allemagne annoncent
           l'abandon du projet (2 jours plus tard, la CPIJ déclarait que c'était contraire aux
           engagements pris en 1932 par le gouvernement autrichien indépendant). C'est un
           échec incontestable de la politique allemande.
        c. La politique allemande a obtenu un 1er succès dans la question du désarmement
           (conférence internationale convoquée à Genève). L'Allemagne reçoit, dès 1932, la
           promesse de "l'égalité de droit dans un régime qui comprendrait pour toutes les
           nations, la sécurité" (les termes sont flous et les Français et les Allemands ne la
           liront pas de la même manière). Le gouvernement français a certainement cédé par
           crainte d'apporter de l'eau au moulin national socialiste et de précipiter l'arrivée de
           Hitler au pouvoir (mais aussi parce que la GB la pressait).

       Ces expériences ont montré une fois de plus que la voie du succès s'ouvrait à
l'Allemagne lorsque la GB était en désaccord avec la FR (effort anglais pour alléger les
charges financières allemandes et pour consolider les forces démocratiques allemandes
contre le nazisme). Mais les efforts anglais pour consolider la République de Weimar sont
restés vains.
       L'avènement d'Adolf Hitler va-t-il rétablir une solidarité franco-anglaise? Telle est, pour
la politique hitlérienne à ses débuts, la question majeure.

       Cette politique extérieure du gouvernement nazi, pendant les 2 premières années du
régime, s'engage dans la 1ère voie tracée par "Mein Kampf", avant d'entreprendre la
conquête de l'espace vital: le "rattachement au Reich" des Allemands qui vivent hors de ses
frontières (cela se fera péniblement) et la reconstitution des forces armées (allure rapide et
brutale).
       En mai 1933, le gouvernement allemand revendique l'application immédiate de
"l'égalité des droits" dans le domaine de l'armement et reçoit le refus de la France. Il décide
en octobre 1933 de quitter la conférence du désarmement et la SdN.
       La question du réarmement sera ajournée pendant 15 mois. Entre temps, c'est la
question des "Allemands à l'étranger" qui vient au premier plan:
       i.      Allemands de Pologne
       ii.     Allemands d'Autriche
       iii.    Allemands du territoire de la Sarre

      A chaque fois, la politique hitlérienne se réclame du droit des nationalités, mais adopte
en pratique des positions différentes.

  i.        A la veille de l'arrivée de Hitler au pouvoir, on pense que c'est la question des
            Allemands de Pologne qui est la cause la plus probable de conflits immédiats
            (statut de Dantzig pas accepté par les Dantzicois ou les Polonais; "corridor"
            intolérable pour les Allemands; conflits entre les minorités allemandes et les
            autorités polonaises). Hitler propose en septembre 1933 une négociation sur la
            base des traités en vigueur. On signe en 1934 une déclaration des 2
            gouvernements (valable pour 10 ans) ou les 2 ne se permettent aucune
            intervention armée pour régler les litiges (pas reconnaissance des frontières). Cela
            rassure les Européens car Hitler ne veut pas engager de conflit armé, du moins
            pour un temps.

  ii.       La politique hitlérienne travaille par contre à réveiller la question des Allemands
            d'Autriche, question à laquelle "Mein Kampf" avait réservé la priorité (avant 1933,
            la majorité de la population autrichienne était pour un rattachement à l'Allemagne,
            des difficultés économiques motivaient leur choix, mais elle ne l'était plus depuis
            janvier 1933, communistes, juifs, syndicats et démocrates-sociaux s'y opposaient).


                                                                                              136
             Hitler au pouvoir en Allemagne, le parti national socialiste monte en flèche en
             Autriche alors que les chrétiens-sociaux et socialistes sont divisés sur les
             questions économiques et sociales. La politique allemande, quant à elle, supporte
             le parti national socialiste autrichien. En février 1934, une bataille armée de 3 jours
             prend place entre socialistes et chrétiens sociaux (!), les national-socialistes
             tentent un coup d'Etat en assassinant le chancellier Dolfuss. Mais celui-ci
             échouera en raison du manque de soutien de l'armée : Schurchnigg (chrétien
             socialiste) rentre en fonction, et l'opinion publique est contre d'autant plus que
             Mussolini fait mettre ses hommes à la frontière. C'est un faux pas pour la politique
             hitlérienne.

  iii.       La politique hitlérienne poursuit aussitôt un autre dessein, dont la réalisation est
             beaucoup plus aisée: il s'agit du règlement de la question des Allemands du
             territoire de la Sarre (territoire détaché de l'Allemagne depuis 1919 et placé sous
             administration de la SdN) dont la population devait voter en 1935: soit
             rattachement à la France, soit restitution à l'Allemagne, soit maintien du régime
             international. Mais le rattachement à la France étant exclu, les ind…. qui profitaient
             du statut international se rabattent sur la solution allemande et même les chrétiens
             font pareil (alors que Hitler est au pouvoir). C'est le sentiment patriotique qui guide
             le peuple. En janvier 1935, 90% de la population se prononce pour un retour à
             l'Allemagne (le sentiment de la race a triomphé). Après ce succès, Hitler affirme
             que le Reich n'exigera plus aucune concession territoriale à la France.

       Il s'agit d'une modération temporaire dans la question polonaise, un succès en Sarre
dans des formes qui respectent les obligations internationales, échec en Autriche, mais sans
s'impliquer directement: cela donne l'impression que, dans ces revendications fondées sur
les "droit des nationalités", la politique hitlérienne est encore patiente parce qu'elle connaît
les limites de ses moyens.
       Il n'en n'est pas de même sur la question du réarmement: 2 mois après le plébiscite de
la Sarre, le réarmement "clandestin" devient "public" (mars 1935). Hitler annonce:
       - la reconstruction d'une aviation de guerre
       - le rétablissement du service militaire obligatoire
       - la formation d'une armée de 36 divisions (la France en possède 30)
       L'Allemagne invoque son droit de réarmer puisque les autres puissances ne respectent
les obligations de Versailles.

      La décision du gouvernement allemand n’était certes pas inattendue, mais pourquoi
cette date ?
      Le projet de loi militaire français invoqué n’est qu’un prétexte. Le vrai motif est sans
doute le désir de couper court à une initiative de la GB qui souhaite une nouvelle règle en
vue de la limitation de l’armement  le gouvernement allemand montre qu’il est libre de ses
décisions militaires. Or personne (des signataires de Versailles) n’envisage une riposte
vigoureuse (seulement notes diplomatiques et remise de la décision à la SDN). La politique
allemande n’aurait pas pu espérer un résultat plus favorable. Pourtant les Etats occidentaux
auraient alors pu, sans courir le moindre risque, se montrer fermes et profiter de la grave
crise du parti national-socialiste (printemps 1934) pour essayer de le faire tomber.

         Points qu’il importe d’expliquer :

1) pourquoi le gouvernement polonais a-t-il accepté de négocier le pacte du 26 jan 1934 ?
2) pourquoi le gouvernement italien a-t-il été seul à prendre, au moment de l’assassinat du
   chancelier autrichien, une attitude menaçante ?
3) comment le gouvernement français a-t-il mené l’affaire sarroise ?
4) quels ont été, surtout, les motifs qui ont permis le succès de la politique allemande dans
   la montée du réarmement ?


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1°) buts de la proposition allemande : désarmer la méfiance de l’opinion publique
européenne (Mein Kampf) ; « désarticuler » le système français d’alliance (la Pologne a
signé sans en avertir la fr). les raisons de la Pologne : le gouvernement polonais n’avait
pas confiance dans la valeur de l’alliance française, notamment car le chef d’Etat et le
Ministre des AE n’estimaient pas les démocraties parlementaires); divergences depuis 2 ou
3 ans de l’interprétation des engagements mutuels ( la fr avait accepté le pacte à quatre,
l’opinion publique française est divisée sur la question du corridor, par automatisme des fr
dans le fonctionnement de l’alliance) ; le gouvernement polonais avait intérêt dans certaines
conditions à diriger l’armée allemande vers l’Europe danubienne (gagner du temps et peut-
être même que Hitler ne reviendra pas) ; le gouvernement polonais était rassuré par
l’antagonisme persistant entre l’Allemagne et l’URSS car dès lors une alliance contre la
Pologne était impossible.(la Pologne ne pense pas à collaborer activement avec l’alliance
contre le bolchevisme mais quand l’Allemagne se dirigera vers l’Europe centrale, la Pologne
sera complaisante car elle espère obtenir un avantage de territoire aux dépens de la
Tchécoslovaquie.)

2°) le gouvernement fasciste avait depuis plusieurs années déclaré sa volonté de protéger
l’indépendance de l’Autriche (la parenté de régime allemand et italienne n’y changera rien).
Cela est réaffirmé avec vigueur en jan 1934 (cf. le protocole signé à Rome en mai 1934
entre l’Italie, l’Allemagne et la Hongrieaccords commerciaux et politiques, i.e promesse
mutuelle de consultation). La presse italienne affirme ensuite qu’elle approuve la politique du
chancelier Dollfuss qui a le devoir de résister aux tentatives du national-socialisme
avertissements répétés et fermes à la politique allemande. A la nouvelle de l’assassinat du
chancelier, les journaux constatent la responsabilité de l’Allemagne nazie et soulignent les
mesures de précaution prises à la frontière : c’est par les armes que l’Italie se montre
résolue à défendre l’indépendance de l’Autriche.
Mais à cette construction du gouvernement fasciste, les 2 puissances occidentales évitent de
s’associer directement (alors qu’ils avaient déclaré ê avec l’Italie en ce qui concerne
l’indépendance de l’Autriche, fév 1934)pourquoi pas de réaction le 25 juillet ? Décision pas
surprenante de la part de la GB (volonté de ne pas prendre de responsabilité en Europe
centrale) mais surprenante de la part de la F (tant d’effort entre 1919 et 1922 pour empêcher
l’Anschluss). C’est du côté de sa PE qu’il faut trouver les origines de sa décision (la PE se
méfie des desseins italiens qui viennent influencer prépondérance dans l’Europe
danubienne). La F ne se présentera pas en partenaire de l’Italie dans l’affaire autrichienne).

3°)… ?

4°) la politique allemande avait, pendant les délibérations de 1933 sur la question des
armements, bénéficié des divergences de vue entre l’Italie, la GB et la F.
- le gouvernement italien appuyait les revendications allemandes des « égalités de droit »
car il souhaitait un contrepoids à la prépondérance militaire française.
- le gouvernement GB estimait que la discrimination imposée au Reich par le traité de
Versailles devait cesser : l’armée française ne devait pas avoir en Europe plus d’effectif que
l’armée allemande (mais l’armée allemande pouvait garder ses troupes coloniales). Pour
satisfaire la France, il avait accepté l’institution d’un contrôle des armements, mais il
n’acceptait pas de prendre des engagements en vue du maintien du statu quo dans l’Europe
danubienne.
- le gouvernement français avait consenti au principe de l’égalité de droit dans l’espoir
d’éviter l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Dès lors que cela est resté vain, il veut restreindre
l’exécution de sa promesse en mettant l’accent sur le contrôle international (d’autant plus
que l’armée allemande augmente « clandestinement »). Les Français veulent imposer
l’ajournement de l’égalité de droit jusqu’à la mise en place du contrôle.




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       C’est ce point (la «période d’essai» de 4ans) qui devient en octobre 1933 la pierre
angulaire de la conférence sur le désarmement. L’Allemagne, un mois après avoir annoncé
qu’elle quittait la conférence, propose au gouvernement français une négociation directe
(une armée de 300'000 hommes et les forces aériennes limitées à 50% des françaises +
l’acceptation d’un contrôle …( ?), mais refus de « la période d’essai »)en avril 1934 le
gouvernement français refuse d’admettre tout réarmement allemand, même limité, et déclare
inutile de poursuivre les pourparlers (avis de l’Etat-major de l’armée, pour qui signer une
convention serait « consacrer juridiquement » le réarmement clandestin, et des commissions
parlementaires qui pensaient que l’Allemagne ne la respecterait pasargument fondé sur
les expériences récentes). Mais le refus n’avait de sens que si les milieux officiels français
étaient résolus à s’opposer aux de ce réarmement. Or le gouvernement français ne fera rien
et ne daignera même pas réorganiser activement ses forces armées, ce que l’Etat-major
réclame à grands cris (il ne s’y résoudre qu’en mars 1935) le comportement des milieux
officiels français en face de la décision allemande du 16 mars 1935 (rétablissement du
service militaire obligatoire et formation d’une armée de 36 divisions) n’est pas moins
surprenant. Le réarmement allemand, directement annoncé, va bien au-delà de tout ce que
les dirigeants français avaient voulu éviter en refusant la proposition allemande un an plus
tôt. Hitler avait en toute conscience des risques qu’il courait « si la France avait des hommes
d’Etat ». Or la protestation française reste platonique : elle se borne à envisager un recours à
la SDN.
        L’Allemagne a donc retrouvé, par le décision du réarmement, les moyens de mener
une politique extérieure vigoureuse (c’est le résultat essentiel des 2 premières années du
régime hitlérien). Mais pour apprécier la portée des clivages survenus entre 1933-4 dans les
relations entre les Etats européens, il ne faut pas négliger le développement de l’influence
économique allemande dans les pays danubiens.la politique allemande leur proposait de
vendre en all leur denrées alimentaires et leurs matières premières à des prix stables plus
élevés que sur le marché mondial ; de leur fournir des produits industriels, chimiques et des
machines en contrepartie ; d’organiser relations dans le cadre d’un système de licences
d’importations et d’exportations ces Etats acceptent (Bulgarie, Hongrie, Roumanie –traité
de comm. en 1935, Yougoslavie –traité de comm. 1935).
       Ces Etats agricoles tendent donc à entrer dans « l’espace économique allemand ». Or,
dans le même temps, la Roumanie, la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie - partenaires dans
la PE- n’ont entre elles que des relations économiques médiocres.

     La pénétration économique allemande dans cette Europe danubienne n’a pas encore
en 1935 de résultats politiques, mais n’en obtiendra-t-elle pas à la longue ? (C’est une
question qui commence à retenir l’attention).

       Les 3 menaces d’expansion qui se dessinent, indépendantes les unes des autres (en
Mandchourie et en Chine du nord, en Ethiopie, en Autriche) mettent en question le système
de la sécurité collective (échec de la SDN dans l’affaire du Mandchukuo, situation difficile à
propos de l’Ethiopie, non-saisie de la SDN –à son grand soulagement- dans la question
d’Autriche, ce qui encourage à l’agression). Mais alors que les 2 litiges extra-européens
n’affectaient que les intérêts économiques et financiers des grandes puissances (intérêt
politique) , l’action allemande en Europe centrale est une menace directe pour la paix, parce
qu’elle brave une interdiction édictée par le traité de Versailles et surtout parce qu’elle a pour
but de réaliser une modification profonde de l’équilibre au profit du Reich.


     Chapitre III : Le « tournant » de 1935


     C‘est contre la menace allemande que les Etats favorables au statu quo devaient
songer à établir une barrière  la France veut non seulement resserrer les liens avec la PE



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et obtenir de la GB une participation directe à l’effort de réarmement, mais aussi rallier dans
le « système français» l’Italie (dont l’affaire autrichienne éveillait l’inquiétude) et l’URSS
(victime désignée de l’expansion du germanisme). printemps 1935 : accords franco-
italiens (de Stresa) ; mai 1935 :pacte franco-soviétique. Mais 6 mois plus tard l’assise
italienne s’effondrait et la …( ?) était chancelante la voie était libre pour l’Allemagne.
Quelles causes et quelle portée de ces changements ?


     La formation du « front de Stresa »

2 actes diplomatiques :

1) déclaration du 16 avril 1935 : l’Italie est d’accord avec Fr et Gb pour s’opposer à toute
   répudiation unilatérale des traités susceptibles de mettre en danger la paix en Europe
2) traité d’assistance mutuelle du 2 mai 1935 URSS-France : promesse d’aide
   immédiate si un des 2 est victime d’une agression non provoquée qui est en violation du
   pacte de la SDN

     dans quelles circonstances et dans quel esprit ces engagements ont-ils été conclus ?

     1) entretiens en janvier 1935 où la question d’Autriche est essentielle, mais il faut au
        préalable régler les différends franco-italiens dans le domaine colonial et
        méditerranéen abandon territorial de la France (Tunisie, Somalie + participation
        dans le chemin de fer franco-éthiopien) contre l’abandon progressif du statut
        privilégié des Italiens en Tunisie (fin en 1965). accords du 7 jan 1935. (en fait les
        Français laissent les mains libres aux Italiens en Ethiopie, économiquement et
        certainement politiquement). Mais cette collaboration franco-italienne n’a de valeur
        pratique que dans la mesure où la GB accepte de s’y associer la GB est d’accord
        dès la décision de réarmement allemand mais agissent par des sanctions
        économiques et financières (militaires et navales) solidarité incomplète entre les
        3 puissances. (les questions coloniales, sources de difficultés, ont été
        volontairement laissées de côté).

         Mussolini dans un discours en mai 1935 marque pourtant clairement que
         l’exécution de ses engagements européens est liée à l’expansion en Afrique
         orientale (que les autres doivent s’abstenir d’entraver). Mais cela tombe à l’eau
         quand la GB affirme qu’elle n’acceptera de voir en Ethiopie l’Italie n’obtenir que des
         avantages économiques sans quoi elle ferait appel à la SDN (25 juin).  L’Italie
         accepte le 25 juin un projet de convention militaire précisant les engagements en
         Europe centrale (avec la Fr) et tente en août de convaincre la Fr et la GB sur la
         question éthiopienne. Mais la Fr et la GB sont dans une impasse : comment agir de
         concert avec l’Italie dans l’Europe danubienne sans accepter l’exception italienne
         aux dépends d’un Etat membre de la SDN qui …(désolé, bas de page plutôt
         indéchiffrable) … les précédents au système de la sécurité collective.
2) le pacte franco-soviétique répondait à l’échec des pourparlers sur la limitation des
   armements et aux intérêts immédiats de l’URSS (contre la menace allemande).Fr et
   URSS toutes deux directement visées par Mein Kampf. Du point de vue de la Fr, il
   s’agissait en fait de diminuer (par une révision alors possible de la position de la Fr à
   l’égard de l’Europe centrale, i.e Pologne et PE) une charge jugée trop lourde tout en
   maintenant le contrepoids  alliance de revers. Ms cette alliance rencontrait dans les 2
   pays des résistances ; elle est incomplète (car pas assortie d’une convention militaire qui
   préciserait les engagements) surtout car les Français ont peur de trop inquiéter
   l’Allemagne (cela dépasse le cadre du «système locarnien»).




                                                                                           140
       les 2 actes du printemps 1935 sont-ils complémentaires ? Ils indiquaient en fait
l’intention d’intimider l’Allemagne, mais sans aller au-delà. ce n’est pas un système
diplomatique.


       La dislocation du « front de Stresa ».

à l’automne 1935, presque tout est effacé :

      GB et Fr sont opposées à l’entreprise italienne en Ethiopie et l’Italie en tire les
conséquences qu’elle avait annoncé.
      Le gouvernement soviétique demande à la Fr la conclusion d’une convention militaire
et se heurte à un refus  quelles explications ?

      sept-oct 1935 : hostilités anglaises manifestes (tentatives de compromis abandonnées
car Mussolini entend clairement obtenir la « domination » sur l’empire éthiopien). 
tentatives d ‘intimidation anglaises : la majorité des forces navales anglaises se placent
devant Alexandrie, ms cela échoue : le 2 octobre 1935 le gouvernement italien entre en
guerre contre l’Ethiopie et les Anglais ne ferment pas le canal de Suez mais invoque la
sécurité collective (SDN)  blocus dont les mesures nécessaires à son bon déroulement ne
sont pas prévues (et ne comprend que la vente d’armes). Les Fr s’associent aux Anglais ma
avec réticences (ok pour sanctions mais allégées et appui armé promis si It la flotte angl.). 
Les Fr ne peuvent se séparer de la GB (besoin d’appui naval en cas de guerre fr-all) mais
doivent ménager l ‘Italie (le Duce pourtant mécontent). Il reste à la Fr et à GB la possibilité
d’augmenter les sanctions en empêchant le ravitaillement italien en pétrole, mais il faut alors
l’accord du principal fournisseurs, les USA non-membre de la SDN. Les USA ne le
donneront pas  le dernier obstacle qui aurait pu entraver les opérations militaires italiennes
est ainsi abandonné (une médiation avait été tentée mais n’avait pas trouvé l’accord de la
chambre des Communes).

      C’est le caractère de cette politique fr-angl qui mérite un examen critique. Application
des sanctions  le gouvernement dénonce les accords fr-it et les engagements pris à Stresa
(déc.1919).  Fr et Angl ont gâché la politique d’Europe centrale pour sauver le maintien
d’une paix future en respectant le pacte de la SDN. Ont-ils eu raison de s’attacher ces
principes ? La question de ces deux pays est alors au centre des discussions.

       1) France

       … du front Stresa et risquer de jeter l'Italie dans les bras de l'Allemagne ; chute de la
        place de la France en Europe; tout cela pour un état qui ne devait pas faire partie de
        la SDN car pas civilisé.
       (radicaux, social, communistes) l'affaire éthiopienne a eu pour but de défendre la
        sécurité collective. (comment la faire respecter si les puissances abandonnent l'un
        des petits états membres ?)Ce qui importe pour la sécurité de la France, c'est
        l'alliance avec la Grande-Bretagne, avec l'URSS et l'appui de l'opinion publique US
        car « les forces économiques et morales sont irrésistibles quand elles sont
        unies»(L:Blum)

      A l'arrière plan de ce débat se dessinent les préférences "idéologiques" dont le rôle est
ici important.( favoriser le régime fasciste ayant barré la route au communiste; enlever au
Duce l'occasion d'un succès colonial dont le régime fasciste bénéficierait)

       2) Angleterre




                                                                                             141
      Poids moins lourd car la théorie internationale de la question danubienne et le principe
de la sécurité collective s'accordent avec les intérêts anglais(c'est pour beaucoup l'opinion
publique qui incite le gouvernement à appliquer les sanctions et à refuser la médiation).
      Or en fin de compte, la politique des sanctions se solde par un double échec :
dislocation du front de Stresa + déroute du principe de la sécurité collective.
      (la France est restée entre 2 chaises et a porté atteinte à la sécurité collective sans
satisfaire le gouvernement fasciste; l'Angleterre a voulu imposer des sanctions économiques
mais sans fermer le canal de Suez ni déclarer un embargo sur le pétrole  elle a ignoré les
nécessités qui sont celles d'un dictateur (Mussolini ne pouvait reculer sans perdre son
prestige)


Le destin du Pacte franco-soviétique

        La proposition de convention militaire faite par les Russes pendant les préliminaires est
reprise en juillet 1935 mais le gouvernement français se dérobe.( il ne veut pas couper des
ponts avec l'Allemagne qui se résignera à accepter un tel Pacte si unique diplomatiquement
(ce n'est pas un Pacte militaire); ne pas céder à l'URSS qui souhaite entraîner la France
dans un conflit général dont il résulterait la victoire du communisme en Europe.) la FR.
ratifie l'accord en février 1936 pour ne pas montrer ses hésitations aux allemands mais
insiste sur le caractère des engagements assumés dans le cadre de la SDN. La valeur
pratique de l'accord se limite dans l'immédiat au "…" opéré par le PCF qui vote les crédits
militaires.
        Pourquoi les français ont-ils choisi cette voie moyenne qui volontairement restreignait
l'efficacité du Pacte franco-sov.? Troubles qui se sont manifestés à l'automne 1935 dans
l'opinion publique française car la droite même si elle ne veut pas …..aux dépens de la
Russie et de la Pologne devient de + en + réservée à l'égard de l'alliance russe ( alors qu'en
mai tous étaient d'accord). A cette évolution significative, les positions prises par la Pologne
et la Roumanie ( qui refusait le passage sur son territoire des troupes russes même si c'était
dans le cadre de l'article 16 de la SDN.) fournit une occasion (cela pourrait paralyser le pacte
franco-sov.)

      Mais les commentaires de l'époque font penser que la politique interne a été
déterminante , la droite craignant de voire cette collaboration facilité la formation en France
d'un front populaire où les communistes seraient associés aux socialistes et aux radicaux (ce
Pacte du 2 mai 1935 serait un instrument entre les mains de l'Italie)
       en dépit de la ratification par la France l'alliance a du plomb dans l'aile


                      II.      La réoccupation de la zone rhénane

       "la guerre italo-éthiopienne a fait de Hitler l'arbitre de la paix et de la guerre en Europe"
(journaliste français )
       explication : perspective conflit diplomatique italo-anglais  le cabinet anglais accepte
un réarmement naval allemand (accords de juin 1935  révision du traité de Versailles sans
la consultation du gouvernement français = dangereux précédant pour les futures questions
militaires ) afin de pouvoir en toute sécurité envoyer ses navires près du canal de Suez (
Hitler y voit la possibilité d'une mésentente franco-anglaise.)
       Hitler prend comme prétexte le pacte franco-soviétique ( en contradiction avec les
traités de Locarno ) pour mettre fin au statut de démilitarisation de la Rhénanie ( très
aventureux car alors les français avaient pris les armes à cause de la violation du traité .
l'Allemagne aurait été hors d'état de faire face ( réorganisation de l'armée commencée
depuis 1935 seulement et l' aviation de bombardier pas suffisante ) l'état major allemand
est contre mais Hitler compte sur sa perception de la France , car sans l'appui anglais et
italien elle n'interviendra pas.)


                                                                                                142
        son coup de dés réussit  la France tolère une fois de plus une violation du Traité
de Versailles et perd des garanties importantes de sécurités .
       l'Allemagne peut maintenant établir librement un système fortifié dont l'existence
paralysera une action offensive de l'armée française au profit de ses alliés d'Europe centrale
et orientale : toutes les données de la politique continentale sont donc transformées. C'est un
moment essentiel.
       Pourquoi la France n'a t'elle rien entrepris à un moment où elle pouvait encore le faire
à peu près sans risque ? Pourquoi avoir laissé passer cette occasion de freiner le
réarmement allemand et peut-être même de porter au régime Hitlérien un coup fatal?
       C'est l' attitude des états amis et alliés de la France (Pologne –UK.) qu'il faut d'abord
examiner:

   a) le gouvernement polonais même si il avait signé avec l'Allemagne un accord en
      janvier 1934 n'avait pas abandonné l'alliance avec la France. Mais il déclare que la
      récupération de la Rhénanie a été une réplique au Pacte franco-soviétique ( il adopte
      la théorie allemande) , tout en demandant aux français une "…"  double jeu (la
      Pologne sait que la France hésite et que l'Angleterre est réservée) qui éveille des
      doutes en France sur le fonctionnement de l'alliance de revers en cas de guerre
      franco-all.

   b) Angleterre: le comportement des milieux politiques et de l 'opinion n'est pas plus
      ferme (cabinet dirigé alors par les conservateurs qui appelle le gouvernement
      français à la résignation et lui propose d'accepter l'offre allemande de conclure un
      pacte de non-agression.(l'opposition libérale a le même point de vue et attend une
      réunion du conseil de la SDN sur ce sujet.) L'Angleterre constate la violation du
      Pacte rhénan de Locarno mais refuse d'en tirer les conséquences et demande à la
      France de ne pas intervenir militairement (passer outre ce serait risquer une crise
      franco-anglaise au moins aussi grave que celle à laquelle avait donné lieu
      l'occupation de la Ruhr)  les français ont bien sûre été influencés mais cela ne
      constituait pas pourtant un obstacle absolu car peut-être la UK aurait elle fini par
      suivre. Constatation principale c'est la timidité du gouvernement français qui na pas
      voulu agir d'emblée sans être sûre de recevoir l'appui armé de la Pologne et de la
      Grande Bretagne. Pourquoi ? Le ministère est divisé + l'état major hésitant + l'opinion
      publique démoralisée .


       1. Le ministère divisé : il avait déclaré dès le 27 fév. qu'en cas d'occupation de la
          Rhénanie, il n'agirait pas seul. L'esprit d'acceptation domine dans le milieu
          parlementaire et dans la presse. (les socialistes veulent convoquer la SDN et la
          responsabilité incombe au gouvernement qui a renoncé à la sécurité collective en
          Ethiopie, encourageant ainsi les agresseurs ; la droite est contre toute
          intervention ) il faut avant tout garder une solidarité avec la Grande Bretagne
          qui paraît encore une garantie suffisante + il faut penser aux élections qui
          approchent et ne pas troubler le cours des élections + il faut compter avec la
          lassitude de l'opinion public  le pays n'est pas moralement prêt à agir par les
          armes et la majorité du Conseil en tient compte.

       2. Etat major hésitant: il faudrait l'accord du gouvernement anglais ; pas la force
          d'intervention disponible immédiatement  si les all. résistaient il faudrait décréter
          une mobilisation générale et de toute façon il fallait tout de suite faire appel aux
          réservistes (ce que les politiques ne pouvaient se permettre pour ne pas
          émouvoir l'opinion publique ) mais certainement ces troupes à disposition
          auraient elles été suffisantes car il faut dire que l'Etat-major français était très mal
          informé du fait que l'Allemagne n'aurait pas du tout été prête à faire la
          guerre(mauvais fonctionnement des services de renseignement).


                                                                                              143
   Mais le gouvernement n'est pas le seul responsable, la défaillance a été collective et les
   dirigeants du parlement ou de la presse n'ont rien fait pour réveiller l'opinion publique.

       Il faut revenir à la question fondamentale : la crise italienne de 1935-1936 a porté an
coup très grave à la SDN et au principe de la sécurité collective  Norvège et Belgique
exprimaient des doutes quant à l'avenir la SDN; les états déclarent qu'ils ne tiennent pas
pour obligatoire le système des sanctions prévu par l'Art.16 du pacte de la SDN.; la
désintégration de la petite entente est évidente en nov.1936 (la Tchécoslovaquie critique la
Roumanie et la Yougoslavie). La formation de l'axe Berlin-Rome publiquement annoncé à
l'automne 1936 a ouvert la voie à la politique hitlérienne qui va mener à la 2ème guerre
mondiale.
       Fr. et UK auraient elles pu éviter cela en laissant les mains libres à l'Italie en Ethiopie?
       Il est permis d'en douter car le front de Stresa n'était sans doute que la couverture
diplomatique de l'opération en Ethiopie et la politique fasciste aurait dû s'opposer un jour ou
l'autre aux positions acquises par les français et les anglais ( but de l'Italie = expansion en
Méditerranée )
       Et sur la question du l'Autriche le gouvernement Fasciste, après avoir tant affirmé ses
besoins d'expansions n'aurait certainement pas pu envisager sans compromettre son
autorité interne d'adopter une voie conservatrice ouverte vers le maintient du statut quo.


      Chapitre IV : les premières menaces de guerre générale


       Alors que durant les 3 années antérieures les guerres locales n'avaient pas entraîné la
menace d'une grande guerre (Ethiopie ;hostilité du Japon envers la Chine à Shanghai) les
périls montent durant l'été 1936 et cette menace domine les relations internationales (guerre
civile en Espagne, guerre sino-jap., actes de force de l'Allemagne en Europe centrale).


      1.       La guerre civile espagnole

        Dans cette nouvelle crise internationale les causes sont uniquement espagnoles
         En avril 1931: la monarchie s'effondre et la république vit dès lors une existence
difficile (menacée par une opposition faite de l'aristocratie terrienne, cadres de l'armée,
clergé catholique)  élections en fev.1936 couronnent le succès de la coalition des
socialistes, communistes, anarchistes et radicaux bourgeois: le Front populaire a un
programme anticlérical les groupes d'opposition fascistes de la Phalange et les
monarchistes du mouvement Rénoval avaient préparé un coup de force dont le plan de
soulèvement était l'œuvre des milieux militaires avec des subsides de certains hommes
d'affaire.
        17 juillet 1936: l' insurrection militaire dirigée par le général Franco éclate dans le
Maroc Espagnol et s'étend le lendemain au territoire métropolitain.(en 6 semaines
domination de la moitié du pays puis arrivée devant Madrid en mars 1936. Pendant 2 ans le
gouvernement républicain ne perd que lentement du terrain (replis à Barcelone)  contrôle
encore 1/3 du terrain en été 1938) en décembre 1938 Franco grâce à la supériorité de ses
forces aériennes envahit la Catalogne : après 2 ans et 8 mois de résistance le gouvernement
républicain est obligé en mars 1938 d'abandonner la lutte.
        Pourquoi cette guerre est-elle un événement grave dans les relations internationales ?

- Place de l'Espagne en Méditerranée et son rôle dans une éventuelle guerre général
- Les 2 armées en présence cherchent des aides à l'extérieur (matériel militaire +
spécialistes) et en trouvent (4 états européens y participent à des degrés divers) ce qui
menace de dégénérer en conflit général)



                                                                                               144
        Quels sont les intérêts des grandes puissances au moment où commence la guerre
civile ?
        Cette affaire est l'un des aspect des conflits idéologiques qui opposent en Europe les
régimes politiques (fasciste, communistes, démocratiques) + stratégiquement important
(contrôle des routes maritimes en Méditerranée et en atlantique et passage du détroit de
Gibraltar)
     Point de vue économique: beaucoup de matières premières sont nécessaire pour
     l'armement  très utile pendant la course aux armement qui s'engage en Europe.
        Quelle sont les positions des puissances au début du conflit ?

      Italie: appui au mouvement nationaliste espagnol afin d'obtenir en contrepartie des
       avantages stratégiques et politiques (bases navales et aérienne, détroit de Gibraltar,
       Maroc espagnol, avantage commerciaux) et cela a été fixé de longue date  accord
       avec le mouvement monarchiste et fasciste avant le guerre civile

      Allemagne : favorable à l'insurrection militaire espagnol car solidarité de conception
       politique (mais pas de dessein méditerranéen) Ce qui importe à Hitler ce sont les
       perspectives stratégiques et économiques qu'il envisage dans le cadre du futur conflit
       européen (un deuxième front pour la FR, matières premières pour la construction
       d'armement) contact avec l'insurrection (aide de l'aviation allemande pour le
       transfère des troupes du territoire marocain à la métropole)

      Angleterre/ France: décadence espagnole XIX et XXème siècle  Méditerranée
       libre : pas intérêt à voir un gouvernement fort s'installer à Madrid qui voudrait modifier
       le statut quo (le gouvernement populaire de Léon Blum en FR veut sauvegarder la
       sécurité des communications entre l'Afrique du Nord et la Métropole  contre une
       entente italo-espagnole en Méditerranée; le cabinet conservateur anglais ne veut pas
       … les revendications espagnoles sur Gibraltar)  l'affaire espagnole est un nouvel
       aspect des rivalités méditerranéennes annoncées depuis 15 ans par la politique de
       l'Italie fasciste. Ni la FR ni la GB n'ont le moindre rôle dans les origines de la guerre
       civile espagnole

      URSS: elle souhaite que le fascisme espagnol soit mis en échec. Préoccupations
       stratégiques: base pour Méditerranée et l'atlantique (mais aucun document ne le
       confirme) pas de rôle dans le déclenchement de la guerre

    Mais dès les premiers jours de la Guerre civile tous les grands états européens doivent
    prendre parti.
        assistance italienne et aide à l'insurrection nationaliste immédiate
        assistance russe au gouvernement républicain envisagé dès le 28 juillet;
        la France hésite (peur d'une guerre général) et les Anglais sont prudents  signent
avec les autres puissance un accord de non intervention mais celui-ci sera constamment
violé.
       En fait les 2 armées reçoivent de l'aide de l'extérieure. Quelle en est son ampleur?

   1. assistance italienne = de loin la plus importante (appui militaire +entente
      économique étroite; collaboration politique en Méditerranée occidentale; neutralité
      bienveillante en cas de guerre générale )

   2. Allemagne: appui militaire mais pas d'accord politique aussi poussé que l'Italie (dans
      le domaine politique: engagement de neutralité et promesse de consultation) c'est sur
      la coopération économique qu'il met l'accent : aide militaire, matières premières et
      vivres (ça marche bien pour l'Allemagne durant ces années)

   3. URSS: quelques avions et quelques centaines d'hommes  cela reste faible


                                                                                             145
     4. France: divergence au sein de l'opinion publique  les communistes sont pour une
        assistance armée mais pas les milieux de droite favorable à Franco (ne pas laisser le
        champ libre à l'influence italienne et allemande car Franco va gagner; il faut
        sauvegarder les capitaux français) pour des raison économiques et financières. Les
        radicaux socialistes sont pour une politique de non intervention (car risque de guerre
        générale + il faut s'aligner sur la GB), motifs analogues pour le président du conseil
        qui décidera. Mais devant l'aide italienne et allemande, la FR envoie discrètement
        des hommes et du matériel

     5. GB: divisée aussi dans son opinion publique  les conservateurs sont favorables à
        Franco, les autres sont contre Franco mais pas non plus en faveur des républicains
        non intervention décidée par le cabinet (ne pas provoquer l'avalanche qui étendrait le
        conflit en dehors des frontières espagnoles. c'est la seule puissance qui respecte le
        principe de non-intervention

      Quelle est l'importance de ses effectifs étrangers dans la guerre ?
      Début 1938= moment où les 2armées espagnols sont les plus nombreuses=12%des
forces sont extérieures mais les fournitures de matériel de guerre semble avoir été décisive (
Franco avait une aviation bien supérieurs grâce à l'aide all. et italienne . la politique de
non-intervention a favorisé la victoire du gouvernement nationaliste.

     Dans quelle mesure l'Italie et l'Allemagne en retour ce qu'ils espéraient ?

        L'Italie a obtenu des assurances en Méditerranée. De la part des anglais: promesse de
respect du statut quo en Méditerranée occidentale et de l'intégrité territoriale espagnole (par
appui naval dans les baléares ) contre la reconnaissance de sa souveraineté sur l'Ethiopie,
assurance que le passage de Suez resterait libre "en tout temps" et que la liberté de transiter
en Méditerranée ne serait pas entravée . le gouvernement de Franco n'a concédé ni à
l'Italie ni à l'Allemagne de bases navales ou aérienne en Méditerranée. Il n'a pas d'avantage
lié l'Espagne à l'axe Berlin-Rome (27 mars 1939 : adhésion au pacte anti-komintern et 31
mars traité d'amitié avec l'all mais neutralité en cas de guerre européenne durant 15ans.)

      Dans le domaine des relations internationale , les résultats directs de la guerre
espagnole sont modestes: pas de menace en cas de guerre sur les Pyrénées ou sur les
routes navales entre l'Algérie et la France  il serait exagéré de voir dans cette guerre un
prélude à la guerre européenne mais dans l'opinion des puissances européennes une
tension morale a été entretenue ; Hitler et Mussolini se sont rendu compte que les grandes
puissances FR et GB étaient prêtes à faire bien des sacrifices pour éviter une guerre
générale.


2.      LA GUERRE SINO-JAPONAISE

   Pendant la guerre d'Espagne, l'impérialisme nippon commençait en Chine un nouvel
   effort de vaste envergure. Après avoir, en 1932, établit de fait un protectorat en
   Mandchourie, le Japon voulait maintenant organiser, sous sa direction, la vie politique et
   économique de la chine  mission d'assurer la paix en Asie orientale. Résistance du
   gouvernement nationaliste chinois  les milieux dirigeants nippons décident de faire la
   guerre (1937-1945).
     Pas possible de comprendre sans parler de la crise interne que traverse le Japon de
1932 à 1936 (lutte pour le pouvoir entre nationalistes intransigeants et modérés).
     1932 = assassinat du 1er ministre le général Araki domine pendant 2 ans
(augmentation des forces militaires et navales). En 1934, Araki se retire et un amiral modéré



                                                                                           146
prend sa place puis démissionne en février 1936 sous la menace des ultras. dès mars
1937 ce sont les nationalistes intransigeants qui sont au pouvoir (général Ayashi)
       Les partisans d'une expansion armée outre une volonté insatiable ont bénéficié des
difficultés sociales et des circonstances économiques qui ont renforcé leur thèses (la chute
des exportations nipponnes s'aggrave encore en 1932 à cause de la chute de la livre
sterling, nouvelle politique douanière anglaise et boycott chinois  en 1936 les x sont plus
petites qu’en 1929.
       Aussi chute de l’agriculture par suite de la crise us.(+ chute de la soie brute) et baisse
de la consommation interne de riz + baisse des ouvriers en ville  la politique pacifique
prônée par les grands hommes d’affaire ne peut résoudre des difficultés économiques et
sociales. Le Japon est trop dépendant de l’étranger. seule solution possible = établir une
hégémonie politique du Japon sur toute l’Asie orientale.(sud-est asiatique = pétrole,
caoutchouc, étain) les officiers de l’armée sont des fils de paysans qui connaissent des
problèmes et sont prêts à faire la guerre.
       Mais cela n’aurait pas suffit sans une volonté des dirigeants d’effacer le coup d’arrêt
infligé en 1932 au Japon par les usa. tactique de grignotage jusqu’en 1937 (province du
Jehol, administration de la Mandchourie dès 1933 ;1935 Mongolie intérieure + administration
autonome des 5 provinces de la chine du nord. Mais le gouvernement restait hésitant c’est
l’état-major qui agissait.

       En juillet 1937, un incident médiocre est exploité (échange de coup de feu) non
seulement par l'état-major mais aussi par le gouvernement nippon qui adresse au
gouvernement chinois un ultimatum  26 juillet : les hostilités sont engagées (attaque contre
Pékin et quelques jours plus tard, débarquement à Shanghai.
       En 18 mois, l’armée japonaise démontre partout une supériorité écrasante (fin 1938, le
Japon tient les régions les + importantes pour le développement économique) mais il n’a pas
réussi à briser le mouvement de résistance nationale (Tchang + les communistes ont
suspendu leur guérilla pour faire front unis contre les japonais on se rend compte de la
difficulté de l’entreprise.

Pourquoi avoir déclaré une guerre totale alors que le grignotage marchait très bien ?
 Augmentation de la production industrielle et besoin de nouveau débouchés  la chine
   n’accepte pas de baisser ses tarifs et demande les capitaux américains et britanniques
   pour développer sa production industrielle.
 Tchang veut monter une armée moderne avec du matériel anglais et us et des
   instructeurs européens. il veut augmenter le sentiment national et en finir avec les
   communistes + avec les russes paralysés par la crise inférieure ; GB et FR sont inquiets
   des conséquences de la guerre espagnole et de la formation de l’axe il faut agir vite.
    But de l’intervention armée = placer à la tête de la chine un dirigeant arrangeant c’est
    le destin de l’Extrême-Orient qui est en question (organisation de l’Asie orientale sous la
    direction et le contrôle japonais)

    Comment les européens et les américains cherchent-ils à sauvegarder leurs intérêts
    économiques, financiers et politiques ? (en décembre 1934, le Japon déclare qu’il veut
    faire de la chine un domaine réservé et qu’il revendique l’égalité d’armement qui lui
    assurerait une suprématie dans le pacifique sur les forces navales us réparties entre 2
    océans)

   USA : rien que de vague protestations diplomatiques (commerce avec le Japon doit être
    préservé)
   GB: elle envoie des conseillés au gouvernement national chinois mais rien de plus
   URSS: est inquiète de l’initiative japonaise mais elle est contre le gouvernement de
    Tchang avec lequel elle a rompu les relations diplomatiques depuis 1927




                                                                                             147
    Allemagne: nov. 1936 elle signe avec le japon le pacte anti-komintern (collaboration
     politique contre l’URSS) mais sans collaboration militaire envisagée (cela effraie aussi les
     intérêts GB et us en chine )
     réplique des anglais : ( 1937 ouverture des crédits à la chine pour construire des
     chemins de fer ) et des soviétiques (amènent le PCC à collaborer pacifiquement avec le
     parti de Tchang.)

      En nov.1938, le gouvernement nippon annonce aux occidentaux que le principe de la
porte ouverte en chine a vécu. Pourtant la réaction est insignifiante (l’Assemblée de la SDN
condamne sans déclarer le Japon agresseur (pas de sanction); protestations diplomatiques
anglaises, USA affirment qu’ils ne reconnaissent pas la situation de fait acquise par les
Japonais ; l ‘URSS est la seule à intervenir militairement ( pendant 10 jours en 1938) mais
lorsqu’elle envisage des sanctions économiques. l’Angleterre se dérobe.

       la politique japonaise garde les mains libre et c’est surtout dû à la situation
européenne.
      L’URSS trop préoccupée par les projets allemands En Europe centrale ; Angleterre dit
devoir garder ses forces "pour faire crise à toute crise qui pourrait se produire"


3.      L’EXPANSION ALLEMANDE EN EUROPE CENTRALE

ALORS QUE LA GUERRE ESPAGNOLE NE MODIFIERA PAS PROFONDÉMENT LA
SITUATION INTERNATIONALE, L’EUROPE EST SECOUÉE EN 1938 PAR L’EXPANSION
ALLEMANDE : LE RATTACHEMENT DE L’AUTRICHE (13 MARS) ET L’ANNEXION DES
SUDÈTES AUX DÉPEND DE LA TCHÉCOSLOVAQUIE(30 SEPTEMBRE)
LA POLITIQUE HITLÉRIENNE AVAIT DÉS L’AUTOMNE PRÉCÉDENT FIXÉ SES BUTS
(RÉGLER LA QUESTION DE L’AUTRICHE ET DE LA TCHÉCOSLOVAQUIE POUR
ÉLARGIR L’ESPACE VITALE DÉS QUE L’OCCASION SE PRÉSENTAIT) LES
INITIATIVES DIPLOMATIQUES IMPORTENT PAS SUR LE RÉSULTAT.)

DANS LES DEUX CAS LES ALLEMANDS INFILTRENT LE POUVOIR ÉTRANGER EN
PLAÇANT AUX POSTES DIRIGEANTS DES PERSONNES CHOISIES. DANS LES 2 CAS
QUAND IL Y A RÉSISTANCE LE GOUVERNEMENT ALL. MENACE D’EMPLOYER LA
FORCE. DANS LE 2 CAS IL FAIT CELA CAR IL SAIT QU’IL NE SE CONFRONTERA
PAS À L’INTERVENTION D’UNE AUTRE PUISSANCE, DANS LES 2 CAS LA MENACE
MARCHE .

   RÉSULTAT : FORMATION DU GRAND REICH (80 MIO. D’HABITANTS,
AUGMENTATION DE LA ZONE INDUSTRIELLE, DÉMANTÈLEMENT DU SYSTÈME
FRANÇAIS DES ALLIANCES DE REVERS.) + AUGMENTATION DE L’INFLUENCE DE
L’EUROPE DANUBIENNE ET BALKANIQUE (HONGRIE, ROUMANIE, BULGARIE
CONSIDÈRENT L’ALLEMAGNE COMME L’ARBITRE DE LEUR S DIFFÉRENTS) 
L’AUTRICHE ET TCHÉCOSLOVAQUIE ONT CÉDÉ DEVANT LA MENACE CAR TROP
FAIBLES (ET ELLES SAVENT QUE LES GRANDES PUISSANCES N’ INTERVIENDRONT
PAS)
 POURQUOI LES PUISSANCES EUROPÉENNES ONT-ELLES LAISSÉ L’ALL.
HITLÉRIENNE RÉALISER LES PREMIÈRES ÉTAPES DU PROGRAMME DE MEIN
KAMPF , EN AUGMENTANT LARGEMENT SES POTENTIELS DE GUERRE ET L'ONT
LAISSÉ PRENDRE EN EUROPE CENTRALE UNE POSITION DOMINANTE ?


A. LA QUESTION AUTRICHIENNE

       GB : volonté de ne pas prendre la responsabilité annoncée depuis 1919


                                                                                             148
      FR : avait déclaré qu’elle ne tolérerait pas que l’Anshluss

      Italie ne s’était déjà pas en 1934 opposée très clairement contre cette idée
      De 1934-1938 l’Italie change de camps progressivement (sur la guerre d’Espagne puis
sur la question autrichienne elle lâche peu à peu du lest si l’All. veut bien prévenir de tout
changement .mais l’all. ne la prévient pas et l’Italie ne peut alors pas changer de camps.

      FR elle est hésitante car elle ne veut pas prendre de position sans l’avis anglais

      GB (cabinet conservateur (Chamberlain) 18 feb.1938 : entretien anglo- italien
      Accord sur la question de l’Autriche si en contrepartie l’Angleterre reconnaît l’annexion
de l’Ethiopie et satisfait les intérêts Méditerranée de l’Italie  pourtant la négociation italo-
anglaise reste en suspens de part l’inertie du cabinet britannique  le 11 mars les anglais
disent à l’Autriche qui ne la défendront pas et ils donnent la même opinion à la France ( les
milieux dirigeants comme l’opinion publique pensaient que cette question ne valait pas une
guerre.
      Mais ils auraient pu tenter les moyens diplomatiques (accord anglo-italien et
reconstitution du « Front de Stresa ») qui auraient pu empêcher peut-être l’Anschluss.
L’échec serait alors dû au comportement italien qui a exigé des compensations en
Méditerranée alors que la France (dont l’Angleterre avait besoin) pensait que l’indépendance
de l’Autriche était déjà un avantage important pour les Italiens. Mussolini se rapprochait
toujours plus de l’Allemagne (rappel : axe Rome-Berlin proclamé en janvier 1937).


      B. La question des Sudètes

       Ici, la politique russe a de l’importance.
       Le gouvernement de Prague a abandonné les Sudètes car il a subi une pression de la
France et de la GB (mais la GB n’avait jamais voulu les défendre, alors que la France avait
signé un traité d’alliance avec la Tchécoslovaquie (octobre 1925)). L’URSS avait signé un
traité d’alliance avec la Tchécoslovaquie en 1935 dans lequel elle s’était engagée à donner
une assistance armée si la France le faisait avant elle. C’est donc l’attitude de la France qui
est au centre des débats.

      i) La France

      Alors qu’elle avait toujours promis un appui armé en cas d’attaque allemande, la
France avertit le gouvernement tchèque (20-21 sept) qu’il faut lâcher les Sudètes et qu’il
importe à tout pris d’accepter « toute solution de la question tchèque pour éviter la guerre ».
Le 27 septembre le gouvernement déclare qu’il ne faut pas accorder à la Tchécoslovaquie
un appui armé. Accord du cabinet et du parlement (575 voix contre 75, dont 73
communistes, approuvent les accords de Munich) sur cette question, ainsi que de l’opinion
publique (mais ces 2 derniers auraient suivi le gouvernement si il avait choisi l’intervention.
C’est sur le gouvernement qu’il faut se concentrer).

   Les trois raisons à la décision gouvernementale :

a/ Faiblesse des moyens militaires et aériens français
b/ Froideur des autres grandes puissances
c/ Hésitation des dirigeants tchèques eux-mêmes

      a/ Cela paraît avoir été décisif (les avis des chefs de l’Etat-Major )
      b/ Quel est le comportement des Etats dont la France devrait obtenir l’appui ?



                                                                                             149
-   La Pologne : le gouvernement polonais a signé en janvier 1934 un accord avec
    l’Allemagne et voit que les Allemands ont attaqué de l’autre côté, il est rassuré. La
    France ne peut pas compter sur la Pologne qui veut croire aux promesses hitlériennes.

-   L’URSS : affirme s’engager si la France le fait. Les Anglais n’en croient pas un mot, car
    l’armée russe est disloquée (problèmes internes) et car il faudrait que la Pologne et la
    Roumanie la laissent passer, or ces deux pays sont résolument contre cette éventualité.
    (La GB l’affirme à la France).

-   L’Angleterre : n’a jamais voulu prendre d’engagements et est lente à abandonner cette
    ligne de conduite (printemps 1938, seulement 33 % des électeurs pensent qu’il est
    nécessaire d’intervenir ; la France pense que les Allemands veulent détruire la
    Tchécoslovaquie. Réponse anglaise : nos forces ne sont pas assez grandes pour l’éviter
    et cela mènerait à une guerre générale. Pourtant le cabinet anglais modifie son
    comportement à mesure que les Allemands des Sudètes augmentent leurs
    revendications (essai de médiation en août-septembre qui échouent).
    Mais en réponse à la question essentielle à savoir quelle attitude adopter si la France
    entre en guerre avec l’Allemagne ? Elle est évasive. L’intervention armée est possible
    mais à terme ne l’est pas si la France intervient contre l’Allemagne mais l’est si la France
    s’écroule. Elle serait alors en « danger ».
    Enfin, le 27 sept, la GB abandonne ses réticences : en cas de guerre franco-allemande,
    la GB serait certainement aux côtés de la France. Une seule préoccupation des Anglais :
    éviter la guerre car leur armée est faible et celle des Français insuffisante et l’opinion
    publique française réticente. Cela a eu des influences sur les décisions françaises mais
    leurs hésitations ont aussi eu des influences sur la décision anglaise.
-   Les Etats-Unis restent spectateurs.

      contre le président du conseil semble avoir voulu éviter la guerre à tout prix, afin
d’éviter un conflit général. Tous les dirigeants tchèques n’étaient donc pas pour vouloir tenir
tête à l’Allemagne (cela arrangeait les dirigeants français qui ne voulaient pas respecter les
engagements d’alliance). Mais le gouvernement tchèque aurait-il pu résister si il avait pu
compter sur l’appui français et anglais ?

    La politique de Münich, œuvre franco-anglaise, a été déterminée par la conviction qu’une
    guerre générale se présenterait en 1938 dans des conditions très incertaines et difficiles,
    et qu’il fallait donc l’éviter. De plus, ils pensaient que passer un accord avec Hitler
    promettrait une paix durable (Chamberlain) ou que de toute façon il fallait gagner du
    temps (Daladier, Bonnet).
       Mais cette politique a mis de côté les valeurs morales et n’a pas voulu voir combien il
était dangereux d’affaiblir les réactions nationales.
       Le répit pouvait-il être utile ?
        Oui dans le domaine des forces aériennes (anglaises et françaises) et il l’a été.
        Oui dans le domaine des forces terrestres si il y avait eu une augmentation de la
           production, mais il ne l’a pas été.

       Non, car le potentiel de guerre allemande bénéficiait, par l’annexion d’une grande
         région industrielle d’une énorme augmentation.
       Non, car la disparition de l’armée tchèque enlevait au système militaire français une
         trentaine de divisions.
       Non, car l’incorporation de la Tchécoslovaquie dans la zone économique allemande
         augmentait l’influence allemande sur la région danubienne et balkanique
         (dépendance économique de ces pays).




                                                                                            150
         Non, car l’URSS avait été mise à l’écart et pouvait dès lors se méfier de la politique
           française (après Munich, « Qui croira encore à la parole de la France, qui restera
           son allié ? » Pourquoi la France respecterait-elle le pacte franco-soviétique ?).

      Il semble que les dirigeants n’aient pas pensé à tout cela, mais qu’ils aient pensé
qu’Hitler en 1938 irait jusqu’au bout. Ils avaient raison.



CHAPITRE V : LA COURSE AUX ARMEMENTS ET LA FORMATION DES BLOCS


      Entre les partisans (puissances nanties) et les adversaires (puissances prolétaires) du
statu quo territorial, l’antagonisme s’était manifesté au cours de chaque crise qui, de
l’automne 1935 à l’automne 1938, avait menacé la paix générale en Europe.
      Quelles avaient été les conséquences dans la politique d’armement et dans les
engagements diplomatiques.

        1.       La politique d’armement

       Dès 1936, les perspectives de la politique internationale ont engagé les Européens à
développer leurs armements. Le gouvernement allemand en premier. Les autres ont dû en
tenir compte.

                      III.     L’Allemagne

        Le but du régime est de reconstituer les instruments d’une politique de puissance.
        Il y a eu un rythme de réarmement énorme qui a continué après les annexions de
1938.
       Cette armée possède une nouvelle doctrine, différente de celle de la première guerre
mondiale, augmentant le rôle de l’aviation et des chars de combat. Dès février 1938, les
généraux sont écartés et Hitler commande personnellement les forces armées. Tout est
planifié car le développement de la production d’armement est le premier devoir pour
préparer la conquête de l’espace vital (plan de 4 ans).
       Enfin, le gouvernement réalise l’encadrement et l’éducation militaire de la jeunesse,
dès 14 ans.
       A quelle échéance Hitler envisage-t-il la guerre ? Il faut qu’en 1940, l’armée et
l’économie soit prête à faire face à une guerre car après 1943 il sera trop tard car les autres
rattraperont leur retard.

                      IV.      L’Italie

      Après la victoire acquise en Ethiopie, le régime fasciste remplace les hommes qui ne
lui conviennent pas et assure aussitôt son pouvoir (1938). Jamais le pouvoir n’a été aussi
concentré et jamais le pays n’a pesé un poids aussi lourd dans la balance des forces. Et le
Duce affirme que toutes ces forces militaires ne resteront pas sans emploi.

        L’URSS

      Accomplissement d’un grand effort d’industrialisation depuis 1927, transformation du
potentiel de guerre (production industrielle russe = 5% mondiale en 1929 et 17% en 1938,
augmentation de la fabrication d’armement et d’avion).
      Mais le gouvernement soviétique est aux prises en 1936-37 avec une nouvelle crise
interne (beaucoup de grands procès politiques, révocation des officiers supérieurs de



                                                                                            151
l’armée qui laisse à penser que l’armée russe n’est pas prête, mais cela sera vite démenti
par les faits).

      La France

       Crise intérieure depuis 1934 (1936 : Front populaire à direction socialiste au pouvoir)
       Projets de réarmement freiné jusqu’à 1935 (conséquence de la crise économique)
mais en 1936, le Front populaire tient compte de la situation nouvelle (réarmement allemand,
remilitarisation de la Rhénanie, « changement de Front » effectué par l’Italie) et prévoit un
réarmement sur 4 ans. Mais les difficultés liées à la situation économique, sociale et
financière dont il faut certainement trouver l’origine dans l’état de l’esprit public (tensions
nationales  les français sont plus préoccupés par le danger bolchévique que par les
menaces allemandes ou italiennes, cela jusqu’à la fin 1937 (dislocation du Front populaire)).
       Cette paralysie de l’Etat est essentielle pour comprendre les initiatives allemandes ou
italiennes et le comportement du cabinet anglais de la question tchécoslovaque. Mais la
psychologie collective n’est pas seule en cause : L’Etat-major français a des conceptions
stratégiques trop ancrées dans les leçons de la 1ère guerre mondiale (confiance absolue
dans la puissance de la fortification ; méconnaissance de l’apport nouveau des blindés).
Cette doctrine défensive ne s’accorde pas avec les obligations assumées par la France dans
le cadre de son système d’alliances : comment pourrait-elle donner à ses alliés le secours
promis si elle ne possède pas une armée capable de prendre l’initiative des grandes
opérations ? Ce divorce entre la politique militaire et la politique extérieure est une cause
essentielle de faiblesse.

      L’Angleterre

      Stabilité politique et sociale pendant cette période (l’inverse de la France) mais pas
dans l’empire colonial (troubles en Palestine, montée du nationalisme hindou).
      Appuyé par les ¾ des voux à la chambre des communes, le Cabinet conservateur
britannique dispose d’une large liberté d’action. Mais le pays ne pense à se donner les
moyens d’une politique plus active sur le plan militaire qu’en novembre 1936. Pourtant, le
programme de réarmement ne pourra pas recevoir une application efficace avant 1939 ou
1940.


       Inégalités dans le réarmement, voilà donc, à l’automne 1938, le trait essentiel. Les
Etats autoritaires (All, Italie, URSS) ont obtenu des résultats bien supérieurs dans cette
politique de réarmement. Mais entre imposer et faire attention à ne pas choquer l’opinion
publique, la partie n’était pas égale. Il reste pourtant que l’avantage pris par l’Allemagne, et
dans une moindre mesure par l’Italie, n’assure à ces Etats qu’un avantage temporaire (il est
montré qu’avec un plein effort du potentiel de guerre des Etats européens, la situation
pourrait être retournée en 2 ou 3 ans). Encore le facteur essentiel reste-t-il la puissance
industrielle des USA, dont la production représente 41,7% de la production mondiale. Les
Etats fascistes savent que cette puissance ne jouera pas à leur profit.

      2.       Les engagements diplomatiques

        Les gouvernements européens sont amenés à prendre des initiatives diplomatiques,
soit pour soutenir, soit pour entraver les efforts d’expansion. Ces initatives augmentent les
tensions internationales.
        Le trait le plus important de cette nouvelle situation diplomatique, c’est la formation de
l’Axe Berlin-Rome, qui trouve un prolongement vers le Japon et la Yougoslavie (collaboration
germano-italienne prévue dans le programme hitlérien et qui pouvait sembler génant pour
l’Italie dans sa politique danubienne destinée à empêcher la reconstitution de l’A-H). En
septembre 1936, Hitler se rapproche de l’Italie en invoquant le danger bolchévique et en


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voulant attirer la GB (si cela échoue, il faudra penser à la guerre). En 1937, Hitler s’engage à
fond contre la GB. Après l’assentiment italien au sujet de l’Anschluss (13 mars 1938), Hitler
parle d’une alliance, mais le duce se dérobe.
       Mars 1937 : rapprochement italo-yougoslave (annonce la dislocation de la PE). En
novembre 1937 : le Japon, un an après avoir signé avec l’Allemagne le pacte anti-Komintern,
devient aussi l’associé de l’Italie (contre URSS et USA dont le Japon menace les intérêts
dans le pacifique).
       Il est logique que l’Italie et l’Allemagne veuillent fixer l’attention des USA vers le
pacifique (loin de l’Europe) et détruire en Europe centrale le système français. Mais quelles
sont les motivations japonaises et yougoslaves ? Le gouvernement nippon s’est engagé
dans la guerre avec la Chine et a intérêt à trouver en Europe un nouveau point d’appui afin
d’intimider la Russie. Le gouverment yougoslave oriente sa politique extérieure selon les
difficultés de sa politique économique (la yougoslavie a participé aux sanctions économiques
de la SDN contre l’Italie et ne vend plus beaucoup. L’Allemagne vient à son secours et la
Yougosalvie pense alors à développer des relations communes avec le Reich dans les 2
sens).
       Ainsi, l’Axe a assuré ses arrières, en prévision d’une guerre générale. Mais il n’y a
aucune alliance militaire entre eux, pas même entre l’Italie et l’Allemagne. Et même si la
collaboration diplomatique italo-germanique reste incomplète, les 2 pays ont leurs propres
directions encore en 1939 : Hitler veut rallier la Pologne à son système; Mussolini ayant vu la
passivité française à Munich, veut encore agrandir son domaine colonial en Tunisie ou à
Djibouti. La réplique française est catégorique : ils ne céderont pas un pouce de territoire, et
feront la guerre si il le faut ; la GB promet un appui immédiat à la France en cas de conflit
italo-français.
       Quelle est la réaction des USA contre lesquels le nouveau système est dirigé ?

      La protection que la SDN devait assurer aux partisans du statu-quo a pratiquement
disparu. La SDN, gravement ébranlée après les affaires du Manchoukouo et d’Ethiopie, est
impuissante. Cela implique le retour aux méthodes traditionnelles, càd la conclusion
d’accords directs entre les Etats désireux de maintenir le statu quo territorial.
      A cet égard, c’est l’affirmation publique d’une solidarité franco-anglaise qui est le fait
important. (accords de Locarno : en mars 1936, les anglais les interprètent dans le sens le
plus restrictif. En automne 1936, ils se montrent plus fermes avec la volonté de commencer
le réarmement afin de défendre la France et la Belgique contre une agression non-
provoquée.
      Mais quelle est l’étendue de ces engagements ? Les anglais refusent de s’engager
dans des responsabilités en Europe centrale ou orientale mais interviendraient si le territoire
français était menacé (confirmé pendant la crise de tchéc.). Mais le gouvernement anglais
n’abandonne pas l’espoir d’un apaisement (Hitler s’arrêtera lorsque la question des
allemands à l’étranger sera réglée) et jusqu’au dernier moment il croira dans les
négociations avec l’Allemagne.
      Le gouvernement français a signé une déclaration le 6.12.1938 avec le gouvernement
allemand qui fixe leurs frontières communes. Mais les français observent que les allemandes
n’y voient qu’un moyen de se couvrir à l’ouest afin de continuer à préparer des entreprises
dans d’autres directions, alors que la déclaration affirme que les 2 états doivent se consulter
sur toute question qui intéresse les 2 pays. L’opinion parlementaire française insiste sur le
maintien des alliances à l’est (2ème front) sans lesquelles elle serait la victime des agressions
allemandes. La GB et la France doivent donc mesurer la valeur des appuis sur lesquels ils
pourraient compter en cas de guerre contre l’Allemagne seule ou l’Allemagne et l’Italie:

-   La Tchécoslovaquie est décapitée et n’a plus d’armée valable

-   La Belgique avait conclu en 1920 un accord de défense avec la France et la collaboration
    militaire restait acquise. Mais le remilitarisation de la Rhénanie (menace constante sur le
    territoire belge) a changé les choses : le gouvernement belge a renoncé à l’accord


                                                                                             153
    franco-belge (la France n’ayant pas réagi) et il ira plus loin en signant un accord avec
    l’Allemagne en oct. 1937 : promesse du respect de l’inviolabilité et de l’intégrité
    territoriale belge en échange d’opposition à tout passage de troupes sur le territoire belge
    (même si la France évoquait l’art 16 du pacte de la SDN en cas d’agression contre la
    Tchéc.) Cette politique extérieure répond en fait à des difficultés intérieures (accord
    franco-belge de 1920 bcp critiqué).

-   Méditerranée orientale : Egypte et Turquie sont beaucoup plus conciliantes (après 15
    années de méfiance) mais au prix de concessions françaises et anglaises importantes.
    La victoire italienne en Ethiopie est inquiétante pour l’Egypte d’où une alliance
    perpétuelle avec la GB (qui accorde à l’Egypte en contrepartie l’indépendance) qui peut
    maintenir pendant 20 ans une occupation militaire dans la zone du canal de Suez.
    La guerre d’Ethiopie a permis un rapprochement anglo-turc : accord en juillet 1936 où la
    Turquie récupère le contrôle des Détroits. Rôle important de la question méditerranéenne
    et signature d'un traité d'amitié franco-turc en juillet 1938 (collaboration diplomatique en
    Méditerranée orientale).

-   L'URSS avait pris position depuis 1934 en faveur de la sécurité collective et avait éprouvé
    de l'inquiétude et de la méfiance à Munich (tenue à l'écart); elle avait craint dans la
    déclaration franco-allemande (décembre 1938) un "renversement de alliances". Mais les
    Russes sont très pragmatiques et dès février 1999, propose une entente avec la France et
    la Grande-Bretagne (ils ont peur de perdre l'Ukraine). Les Franco-anglais affirment que si
    les Allemands attaquaient l'Ukraine sans aller plus loin, ils n'interviendront pas. Que de
    fissures dans le dispositif franco-anglais

-   Les USA pourraient jouer un rôle essentiel, par le poids de leur puissance économique.
    Mais dès les premières manifestations de la crise européenne, l'isolationnisme a marqué un
    succès ("Loi de neutralité économique"). Mais cette politique peut-elle rester valable, dès
    lors que les risques d'un conflit européen augmente?
    A l'automne 1937, Roosevelt déclare que la "Neutralité à tout prix" accroît le danger de
    guerre en Europe (discours d'octobre contre la politique isolationniste, car les violations des
    traités internationaux menacent "Les bases mêmes de la civilisation") et en Extrême-Orient.
    Et de cette guerre les USA ne pourraient ressortir indemnes, il faut donc rétablir le respect
    des traités et de la morale internationale, et participer à l'effort pour sauvegarder la paix. En
    fait, Roosevelt entend maintenir la politique de non-entanglement, mais en promouvant la
    paix. La presse isolationniste le fera se rallier à la politique d'apaisement de Chamberlain
    (c'est aussi pour des raisons de politique interne que les USA abandonnent la possibilité
    d'un arbitrage dans la crise tchèque).

     La guerre est-elle imminente?
     L'opinion publique anglaise voit là une période de tranquillité, mais des experts anglais
pensent à une attaque imminente de l'Allemagne à l'Est. Une proposition est faite d'une
rencontre avec la France, qui répond que la seule mesure urgente à prendre est l'établissement
du service militaire obligatoire en Grande-Bretagne, ce que l'opinion anglaise ne pourrait
supporter. La Grande-Bretagne et la France, une fois de plus, se montrent une fois de plus
incapables d'établir en temps utile un plan d'action commun.


      Chapitre VI: la crise finale (1939)


     La politique allemande allait plus loin que la conquête du territoire où se trouvaient des
populations allemandes, ou s'engagerait-elle vers la conquête de "L'espace vital"? L'Italie, mise
en échec dans ses plans méditerranéens par la France, en février 1939, allait-elle se résigner



                                                                                              154
ou accroître ses chances de succès en acceptant l'alliance avec l'Allemagne, à laquelle elle
s'était jusque-là dérobée.


      1.       La lutte diplomatique

       En mars et en avril 1939, deux actes d'agression (l'un allemand, l'autre italien), sonnent, à
trois semaines d'intervalle, le glas de la politique d'apaisement.

       Le gouvernement allemand se décide à détruire la Tchécoslovaquie (13 mars: il pousse
les séparatistes slovaques à proclamer l'indépendance et autorise le gouvernement hongrois de
s'emparer de la Russie subcarpatique; 14 mars: le président tchèque est contraint de signer
une convention qui "remet entre les mains du Führer du Reich allemand" le destin du peuple
tchèque; 15 mars: occupation de Prague et proclamation du protectorat allemand sur la
Bohême et la Moravie; 21 et 26 mars: affirmation des revendications concernant la Pologne (22
mars: ordre d'occupation du territoire de Menes); imposition à la Roumanie de la signature d'un
accord économique (pétrole) dont le succès doit être assuré par la force).
       Le Duce décide l'annexion de l'Albanie afin de consolider sa position dans l'Adriatique et
de faire pression sur la Yougoslavie pour qu'elle respecte ses engagements (la possession
militaire de la rive albanaise de l'Adriatique est pour l'Italie une question de vie ou de mort dans
l'éventualité d'une guerre générale). Annexion faite le 7-8 avril (influence économique et
politique depuis 1926). Ceci constitue une violation de l'accord de Munich par l'Allemagne et de
l'accord méditerranéen par l'Italie.

       On assiste à des réactions diplomatiques immédiates et rigoureuses de Paris et Londres,
le compromis n'étant plus possible. L'Allemagne et l'Italie répliquent par la signature d'un traité
d'alliance. La guerre est souhaitable pour les uns et irréductible pour les autres.

      Entre mars et avril, la Grande-Bretagne et la France promettent une réponse militaire
immédiate en cas d'agression de la Hollande, Belgique, Suisse, Pologne, Grèce, Albanie,
Roumanie ou Turquie. Quelles sont les circonstances à l'origine, quelle est la qualité de ses
engagements? C'est l'annexion de la Tchécoslovaquie qui est la cause directe de ces
décisions. Les Anglais pour une fois se montrent fermes: la politique d'apaisement n'a plus de
sens puisque Hitler a attaqué des territoires à population non allemande contrairement aux
promesses faites en septembre 1938. Le but de l'Allemagne étant la domination continentale, il
menace la situation mondiale de la Grande-Bretagne. L'Allemagne veut neutraliser les états
européens pour ensuite attaquer une puissance occidentale. Il semble que le gouvernement
anglais est tout à coup plus ferme car il suit l'opinion publique. (Réunion franco-anglaise du 21
au 23 mars dans laquelle la France demande le service militaire obligatoire, accueil alors
favorable des Anglais).

      Le barrage est-il solide? La Belgique, par exemple, ne veut pas prendre d'engagements et
veut rester indépendante. Pourtant cela n'est pas grave, les défauts majeurs sont l'absence de
l'URSS et l'indifférence des USA.

       -       La participation soviétique au "Système diplomatique" anglo-français serait
       primordiale, par ex. pour protéger la Pologne. Mais la Russie s'y prêtera-t-elle? En fait,
       c'est la Pologne qui avait été contre une déclaration de protection de la part de
       l'URSS, une fois rentrée, elle ne pourrait en sortir, accepteriez-vous, comme la
       France, de faire garder l'Alsace-Lorraine par les Allemands? Mais la négociation avec
       l'URSS pouvait se faire sous une autre forme. Il y a un essai d'accord anglo-français-
       sov. mais ils ne sont pas d'accord sur les ^conditions qui entraîneraient le soutien des
       deux autres pays au pays agressé par l'Allemagne. La négociation en reste donc là
       pour le moment. De ce premier échec, la politique polonaise a porté une large part et
       ni la France ni l'Angleterre n'ont su convaincre le gouvernement polonais que cela


                                                                                             155
        était dans ses intérêts. Mais elle n'était pas la seule en cause, car, ni à Londres, ni à
        Moscou, l'attitude des gouvernements n'avait été claire. Les milieux dirigeants anglais
        n'ont pas su manifester un grand désir de réaliser l'accord avec l'URSS, dont la
        politique extérieure est "invariablement opportuniste"; l'URSS avait déjà tous les
        avantages qu'elle pourrait retirer de la conclusion d'un traité d'alliance (protection
        contre une attaque allemande puisque les territoires polonais et roumains sont
        protégés par la France et l'Angleterre) et peut-être voulait-elle se laisser la possibilité
        de pouvoir un jour se rapprocher de l'Allemagne.

   -     Les USA ne veulent jouer aucun rôle dans la négociation engagée dans la France,
       l'Angleterre et l'URSS. Ils se bornent à proposer, le 14 avril, une conférence sur le
       désarmement et l'accès au AP, à Hitler et Mussolini. C'est une offre vaine et dès lors
       Roosvelt aimerait réviser les "lois de neutralité" afin de faire peut à Hitler (ravitaillement à
       la France et l'Angleterre en cas de guerre, de matériel de guerre, AP, denrées
       alimentaires), mais comment convaincre le Congrès? Roosvelt pense qu'une victoire
       allemande permettrait le contrôle allemand sur les forces navales françaises et anglaises
       et constituerait une menace pour les USA. Mais le Congrès pense que l'armée allemande
       n'est pas prête à la guerre et la décision est donc ajournée.

   -    Le "Pacte d'acier" est signé le 22 mai 1939 (Soutien total en cas de guerre et intervention
       unie germano-italienne pour assurer leur "espace vital"). L'idée était présente dès 1939 et
       est devenue une alliance "offensive", quant aux obligations, elles sont devenues
       "automatiques".

      Pourquoi le Duce a-t-il:
   a) admis le principe en janvier
   b) hésite durant cinq mois, puis
   c) souscrit à des engagements énormes en mai ?

       a)          Il avait des craintes après la déclaration franco-allemande et besoin d'être
            épaulé par le Reich dans la lutte contre la France en Méditerranée. Son but était de
            forger un instrument de pression contre Paris.

       b)           L'annexion de la Tchécoslovaquie s'est faite sans que l'Italie ait été consultée,
            alors que la conférence de Munich avait été une initiative italienne. L'Italie craint une
            politique allemande trop expansive en Europe danubienne puis sous l'Adriatique. Mais
            Mussolini pensera en mai qu'il est temps de "S'allier avec le gagnant", pour autant que
            celui-ci promette de ne pas prendre d'initiative en Adriatique.

       c)           Pourquoi souscrire à des clauses qui peuvent permettre au gouvernement
            hitlérien d'entraîner l'Italie dans un conflit? La décision n'était pas prise en fonction de
            l'intérêt national, ce sont des considérations de prestige et d'amour propre qui
            déterminent les décisions du gouvernement italien.

       Mais l'Italie et l'Allemagne ne sont pas d'accord sur l'imminence d'une entrée en guerre,
l'Allemagne la voulait le plus rapidement possible, et l'Italie n'était prête que pour 1942, ils n'en
parleront donc plus, de peur de faire échouer le projet.
       L'effort diplomatique de la France et de la Grande-Bretagne n'a donc obtenu que des
résultats partiels et insuffisants.


       2.         La crise polonaise de l'été 1939

      Entre les deux blocs, c'est le sort de la Pologne qui devient le nœud du conflit. Le 28 avril,
Hitler précise ses revendications et la tension monte. La presse et les dirigeants polonais


                                                                                                 156
répliquent que la Pologne "se battra pour Dantzig", car ce port est "le poumon" de l'organisation
économique du pays. L'attitude de la France et de la Grande-Bretagne encourage cette
résistance. La France renouvelle à la Pologne ses promesses et avertit par trois fois le
gouvernement allemand; la Grande-Bretagne affirme que si Dantzig est attaquée, elle
interviendra par les armes. Les deux Etats raniment leurs négociations avec l'URSS. Cette
guerre des nerfs s'achève par un coup de théâtre: la conclusion le 23 août du pacte germano-
soviétique, qui établit une collaboration contre la Pologne entre les deux Etats, dont l'inimité
profonde avait été, depuis l'avènement d'Hitler, une constante de la politique internationale.

-   Le gouvernement allemand est résolu d'aller jusqu'au bout dans la question polonaise, car il
    s'agit d'étendre l'espace vital à l'Est, d'assurer le ravitaillement et de régler le problème de la
    Baltique. La politique de la France et de l'Angleterre semblent claire et déterminée, mais si
    elle est réellement à l'image des ponts de vue français, les dirigeants anglais sont en fait
    moins fermes sur la question. Chamberlain tente toujours d'amener Hitler à la table des
    négociations, et si cela échoue, il n'y a "plus qu'à rouler vers la catastrophe". Cela a fait
    peut-être penser à Hitler qu'une nouvelle fois la Grande-Bretagne se désisterait, comme
    durant l'offensive tchèque.

-   De la politique russe seuls les faits sont connus (en 1972):
   l'URSS est sollicitée par la Fr./GB (mi-mai) afin de poursuivre les résolutions et cette fois
    les 3 parties semblent d'accord sur les modalités d’alliance réciproque .Une discussion
    d'Etat-major est donc décidée et prend place mais est stoppé car ici les soviétiques
    savent qu'ils ne pourront obtenir le passage de leurs troupes à travers le territoire
    polonais (la Pologne s'y refuse toujours).
   l'URSS a reçu, dès juin, une offre allemande de négociation. Celle-ci devient active le 17
    août et le 23 est signé un pacte de non-agression entre les 2 puissances (l'annexe
    secrète prévoit un partage de la Pologne en 2 et place les Etats baltes dans la zone
    d'influence russe à l'exception de la Lituanie et de la Bessarabie).

    Comment expliquer        que    l'Allemagne    (anti-soviétique)   et   l’URSS    (antifasciste)
    collaborent?

- les mobiles allemands ne sont pas douteux (alliance GB/Fr/URSS empêcherait d'attaquer
la Pologne; accord germano-russe ferait peut-être abandonner à GB/Fr. la Pologne; guerre
stratégique plus facile; guerre économique plus facile (blocus fr-angl. presque inefficace))
mais cette politique comporte 2 inconvénients graves: contact territorial direct entre
Allemagne et URSS (ce que les traités de 1919 avaient supprimé) et remise à l'URSS des
territoires qu'on lui avait enlevés en 1918; cela peut déconcerter les militants du national-
socialisme car le Führer désavoue la doctrine de "Mein Kampf"). Certainement Hitler a-t-il fait
avancer les choses plus vite quand il a appris la réunion des Etats Majeurs GB/Fr./URSS

- Les mobiles de la politique soviétique sont plus difficiles à discerner (peu de documents en
1972). L'URSS avait soupesé les 2 négociations et favoriser l'Allemagne car la Pologne ne
répondait pas aux pressions, légères, de la GB/Fr.; les avantages immédiats d'une
collaboration avec l'Allemagne sont considérables (récupération des territoires perdus en
1918 et suppression de l’écran qui depuis Versailles, séparait l'URSS de l'Europe centrale)
et la GB/Fr. n'avaient jamais pu lui offrir autant. Mais il y a un risque: l'augmentation des
chances de victoire de l'Allemagne sur GB/Fr. et ensuite retour de Hitler au programme de
"Mein Kampf": conquête de "l'espace vitale" en Europe orientale.

    Pourquoi l'URSS accepte de signer le pacte du 23 août 1939?
    Il semble que voir la guerre s'engager "à l'ouest" plutôt qu'à l'est, soit le désir du
    gouvernement soviétique. Staline pense que l'URSS, le moment venu, soit imposer son
    arbitrage, soit trouver des conditions favorables à la révolution mondiale. De plus l'URSS
    n'est pas prête à faire la guerre avec l'Allemagne. L'intérêt donc de conclure temporaire


                                                                                                157
    (ce qui évite en plus l'extension de la domination allemande en Pologne tout entière
    écarte le risque de voir l'Allemagne accorder son appui à une pression japonaise en
    Extrême-Orient).

    Fr./GB/Pologne ont-elles fait tout leur possible pour éviter le revirement de la politique
    soviétique, alors qu'elles étaient en train de soupçonner l’existence d'un rapprochement
    germano-soviétique ?

-   La Fr. paraît l'avoir compris et a tout tenté pour convaincre la Pologne; elle a même
    donné ce droit à l'URSS sans l'accord polonais.
-   La GB a été plus hésitante (rapprochement All-URSS pas sérieux; sous estimation des
    forces armées russes) mais a pourtant participé aux dernières pressions faites sur la
    Pologne.
-   La Pologne était placée dans une situation dramatique: à choisir mieux valait tomber
    devant l'Allemagne que devant l'URSS ("Avec les Allemands, moins de risques de perdre
    notre liberté; avec les Russes, nous perdons notre âme"). Le pire arrivera: la
    juxtaposition d'une domination allemande et d'une domination russe (même s'ils avaient
    cédé Dantzig pour gagner du temps cela n'aurait rien changé car le but d'Hitler n'était
    pas Dantzig mais la conquête de l'espace vitale).


      3.       La décision allemande

       La conclusion du pacte germano-russe ouvre la phase finale de la crise. La politique
allemande veut profiter immédiatement de ce succès pour régler la question polonaise, non
par une pression diplomatique, mais par les armes. (Le pacte germano-russe fera peur à
GB/Fr. qui ne réagiront pas militairement (un blocus serait inefficace avec l'aide des russes),
et si elles réagissent il n'y aura de s'en alarmer (tension franco-italienne en Méditerranée et
difficultés impériales anglaises font que la situation est favorable). Et il faut prendre des
risques avant que les appuis externes sur lesquels l'Allemagne peut compter (Italie. Japon,
Espagne) soient ébranlés. Bref, il vaut mieux déclencher la guerre sans plus attendre).

       Mais les prévisions, que Hitler tenait pour vraisemblable, sont vite démenties: la France
décide le 24 août de soutenir la Pologne en cas d'attaque allemande; la GB signe le 25 août
avec la Pologne un traité d'alliance; Mussolini déclare ne pouvoir entrer en guerre et
souhaite une solution politique à la question polonaise. Tout cela (surtout l'alliance anglo-
polonaise) provoque un mouvement de recul du Führer qui veut négocier avec les Anglais.
Cela sera fait de suite, mais les points de vue sont trop divergents.
    Le 19 août Hitler exige que la négociation polonaise se présente le lendemain munis du
    plein pouvoir (~ultimatum). Le gouvernement polonais ordonne le 30 la mobilisation
    générale. Une dernière tentative de négociation échoue et l'Allemagne annonce la
    rupture le 31 août.
       Le 1er septembre les troupes allemandes entrent en territoire polonais. 2 jours après,
la Fr. et la GB entrent en guerre.

   Au cours de cette dernière semaine, comment la politique hitlérienne a-t-elle été
   conduite?
       Le gouvernement allemand en ouvrant les hostilités avec la Pologne, a provoqué une
guerre générale et il a pris sa décision uniquement pour réaliser un désir d'expansion (les
chefs militaires réticents en 1938 n'ont fait aucune objection et l'opinion publique ne s'est pas
manifestée, elle était résignée).
       Quels intentions exactes du Führer? Hitler a eu des réactions contradictoires: volonté
de guerre, hésitation, volonté de guerre, effondrement à l'annonce de l'ultimatum anglais (3
septembre) qui semblent avoir été déterminées par l'attitude de la GB, ou plus exactement
par l'opinion qu'il s'en faisait( il semble jusqu'au dernier moment s'être accroché à l’espoir


                                                                                             158
d'une neutralité anglaise).

       Fr./GB n'ont pas accepté un "second Munich"; leur fermeté a démenti les prévisions
hitlériennes. A quels mobiles ont-elles obéit?
 Le gouvernement français n'a pas été unanime à adopter d'emblée cette fermeté. Mais
     Hitler, après avoir envahi la Pologne, aurait attaqué la France. Et les Etats-Major
     affirmaient qu'ils étaient en état de faire la guerre.
 Le cabinet anglais paraît avoir été beaucoup plus résolu, à ce moment, qu'il ne l'aurait
     été avant la conclusion du pacte germano-russe, car la politique hitlérienne voulait
     "dominer l'Europe".
 Le gouvernement polonais, appuyé par l'opinion publique et réconforté par la signature
     du traité d'alliance avec la GB, a maintenu sa position sans défaillance.


      Conclusion Du Livre Premier


      Ce dont on est certain: la 2ème guerre mondiale a été déterminée par les actes du
gouvernement hitlérien; ces actes ont été l'expression d'une politique définie de large date
dans "Mein Kampf"; jusqu'au dernier moment cette guerre aurait pu être évitée si le
gouvernement allemand l'avait voulu.
      Hitler dès l'origine de cette guerre, à chaque instant, affirme la volonté d'un chef de
gouvernement et un groupe d'hommes (leur dessein est servi par un élan de passion dont ils
ont été les promoteurs et par une organisation qui étouffe toute manifestation d’oppression.
Les agents diplomatiques sont relégués au second plan depuis que l’avion permet aux chefs
d’Etat de se rencontrer ; les chefs militaires laissent faire ; la masse de la population qui
remercia le national socialisme d’avoir restauré la puissance allemande, s’inquiète quand la
guerre s’approche, mais ne réagit pas)
      Mais est-ce suffisant comme explication ?
      Ne faut-il pas accorder une place, dans ces causes de conflits, à la sollicitation, des
besoins économiques ou des intérêts économiques ?
      Les GP économiques n'ont pas d'influence: l'économie allemande avait-elle besoin de
s'expandre pour trouver de nouveaux débouchés et répondre à une crise intérieure?
      A l'état de l'information historique (en 1972) les contraintes économiques, cause de la
guerre, n'ont pas été démontrées et ne paraissent pas valables. Les nécessités
économiques n'ont jamais été invoqués par le gouvernement hitlérien (même lorsqu'il s'agit
de conquérir l'Autriche et de démembrer la Tchécoslovaquie qui leur rapportèrent tant du
point économique) et le besoin d'expansion économique aurait pu être satisfait sans avoir à
recourir aux armes (la GB avait proposé à Hitler une augmentation de l'influence
économique allemande en Europe et hors Europe dans l'été 1939 à condition qu'il refuse de
recourir à la force, mais le Führer l’a rejeté, sans même l’examiner).
      La politique allemande a donc été semble-t-il uniquement orienté par le désir de
puissance et par la volonté de mettre à profit la suprématie temporaire qui lui donnait la
rapidité de son réarmement. Attaquer rapidement avant que l’équilibre des forces ne se
déplace (dès lors que la GB a adopté le service militaire obligatoire).

      Pourquoi mettre en doute cette explication?
   L'affirmation de volonté de puissance n'a été possible, il est vrai, que grâce à la longue
   passivité des grands Etats démocratiques. La France aurait pu, dès 1935 (réarmement
   allemand), soit adopter une politique destinée à contenir l'Allemagne (alliance avec la
   Russie), soit se rapprocher de celle-ci, dans l’espoir que l'expansion allemande ne se
   fasse qu'à l'est. Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait?
   C'est l'état de la psychologie collective, les divisions de l'opinion publique qui en portent
   une large part de responsabilité (les milieux dirigeants, la presse n’ont pas cherché à
   l’éveiller et à lui faire prendre conscience des risques et des possibilités). Mais il ne faut


                                                                                             159
     pas perdre de vue que la Fr. n'avait que ce seul atout militaire (par les moyens
     économiques d'une "grande politique" (dépendante des USA pour les matières premières
     : besoin de la liberté des mers; besoin de l’assistance de la marine de guerre britannique)
     et que donc elle devait dans ses décisions capitales être sûre que la GB la suivrait.
     Or, en GB, ni l'opinion publique, ni les milieux politiques (excepté Churchill), ni le
     gouvernement n'avaient adopté une attitude qui encourageait une initiative française. En
     différant jusqu'à la fin de 1936 son effort de réarmement, la GB s'était mise dans
     l'incapacité de s'opposer aux initiatives allemandes en Europe centrale (on préférait
     croire que Hitler saurait limiter ses ambitions et ensuite il était trop tard).
         L'attitude des USA a pesé lourdement sur celle de la GB (isolationnisme affirmé depuis
1935 par le vote des "Lois de neutralité" sous la forme la plus inquiétante pour la vie
économique anglaise). Roosevelt ensuite n’y avait rien changé.
         Ces longues hésitations des grands Etats démocratiques, après avoir permis à
l'Allemagne d'accumuler les succès, ont affaibli la portée des décisions fr-angl. du printemps
de 1939, et Hitler a longtemps continué à croire que la politique de fermeté annoncée restait
verbale.
         Il en aurait été autrement, selon toute vraisemblance, si cette tardive fermeté aurait été
appuyée par l'URSS. Hitler n'aurait alors certainement pas pu provoquer la guerre. C'est le
pacte du 23 août 1939 qui a décidé du sort de la paix. Mais là encore il ne faut oublier les
hésitations des grands Etats démocratiques (la GB/Fr. l'avaient mis de côté à Munich, alors
pourquoi ne laisseraient-ils pas l'Allemagne attaquer à l'est; la seule solution était peut-être
de s'assurer alors que cette Allemagne attaquerait à l'ouest).
         Dans ces erreurs ou dans ces calculs, ce ne sont pas les intérêts économiques qui
dominent, ce sont les courants de la psychologie collective, les méfiances entre les peuples,
ce sont surtout les dessins politiques, animés tantôt par le désir de sécurité et tantôt par la
volonté de puissance.



LIVRE SECOND: LA SECONDE GUERRE MONDIALE


       Sept. 1939: guerre européenne Allemagne contre Pologne, France, GB dans laquelle
l'Allemagne est placée dans une bien meilleure position qu'en 1914, grâce à la neutralité
russe.
       La Pologne est faible et écrasée en 3 semaines (front oriental). Printemps 1940 toutes
les forces allemandes sont concentrées à l'ouest: l'armée française est abattue. Fin 1940:
GB seule en guerre ( avec les contingentes de la Fr. libre et de la Grèce). L'Italie prend alors
part à la guerre anglo-allemande. 1941 la guerre devient mondiale (l'URSS en juin et les
USA en décembre entrent dans ce conflit). Dès lors l'Allemagne ne peut plus vaincre.
Pourtant il faudra encore 2 ans et demi pour que les défaites allemandes, italiennes,
japonaises soient totales.


      Chapitre VII : Les forces en présence au début de la guerre


      1.       Les belligérants

      Quelles forces respectives des belligérants en septembre 1939?

   Allemagne : 54 divisions blindées, 4000 avions de combats (56 divisions en plus dans les
    2 semaines). Presque tout sera engagé dans une "offensive éclair" contre la Pologne
    tandis que le front occidental sera couvert dans la "ligne Siegfried" par un simple rideau
    défensif. Dans l’esprit de tout commandement allemand, la Pologne sera très rapidement


                                                                                               160
    écrasée.

   Pologne : 30 divisions, 20 fois moins de chars que l'Allemagne, 7 fois moins d'avions.
    BUT: tenir jusqu'au moment où une offensive française obligerait le commandement
    allemand à rapporter vers le front occidental la majeure partie de ses forces.

   GB : armée insignifiante (2 divisions) mais 1700 avions de chasse.

   France : vu la situation anglaise, les forces fr. sont les seules à entrer en ligne de compte
    sur le front occidental. 55 divisions, 1600 avions. Forces très supérieures à celles du
    rideau défensif allemand (même si quelques divisions sont en Afrique du nord et dans les
    Alpes). Le haut commandement est convaincu, après la signature du pacte germano-
    russe , que la Pologne est condamnée à une défaite rapide. Aussi n’envisage-t-il pas de
    lancer l'offensive prévue par le protocole du 15 mai, avec la Pologne.

       En 3 semaines l'armée polonaise est écrasée. L'intervention russe est surtout destinée
à empêcher les troupes allemandes de pénétrer dans la zone attribuée à l'URSS par l'accord
secret du 23 août 1939. L'accord complémentaire germano-russe du 28 septembre réalise
ce partage de la Pologne
       Fin sept. l'armée allemande a donc atteint ses objectifs et Hitler se déclare prêt à faire
la paix, à condition d'avoir "les mains entièrement libres" dans la question polonaise. La GB
et la Fr. s'y refusent sans la moindre hésitation: elles avaient admis d’entrée que la défaite
polonaise était certaine, et que la guerre avait pour but de mettre un terme au plan allemand
d'hégémonie continentale.
       La guerre va se poursuivre, mais l'Allemagne n'a plus à la faire sur 2 fronts.
       De longs débats entourent le début de la grande offensive contre la France (des
généraux ne le souhaitent pas) mais Hitler impose sont point de vue (la supériorité
allemande en aviation et en divisions blindées sera moins forte dans 6 ou 8 mois ;
(réarmement anglais et croissance aide matérielle US à Fr. et GB); l'offensive permettra
d'établir en Hollande et en Belgique des bases de départ pour frapper la GB par les
bombardements aériens et la pose de mines flottantes). Pourtant, il ajourne la date de
l'offensive (hésitant): mi-mars la décision est définitive.

      Comment se dessine, au printemps 1940, la balance des forces?

      I/       Forces armées:

      L'armée allemande est supérieure aux 2 autres (croissance des divisions plus rapide),
      l'Etat Major a dépassé les leçons de la 1èreGM en comprenant l'utilité des avions et
      des chars et en érigeant une nouvelle doctrine, les troupes sont entraînées.
      A ces forces allemandes, concentrées entre Suisse et Pays Bas (139 divisions, 3500
chars, 5200 avions), que peuvent opposer les autres puissances occidentales?
 l'armée fr. a sensiblement augmenté ses moyens en 8 mois (101 divisions dont les 15
   meilleures tiennent les ouvrages fortifiés de la ligne Maginot, sans compter celles en
   Afrique du Nord, Syrie, Alpes, 2800 chars, 1000 avions environ); les hommes ne sont
   pas motivés, le haut commandement voudrait pouvoir ajourner les efforts jusqu'à ce que
   la GB puisse donner une aide importante.
 or l'armée anglaise reste extrêmement faible (10 divisions et 1700 avions) et comme la
   française, l'aviation anglaise n'est pas adaptée pour appuyer les forces terrestres.
 les forces belges et hollandaises auraient pu rétablir l'équilibre mais les premières vont
   être éliminées, les autres désorganisées dès le premier choc.

      II/      Forces économiques




                                                                                             161
       - le potentiel industriel allemand est excellent (essor entre 1929 et 1939 beaucoup plus
important qu'en Fr. et même en GB; techniques nouvelles; équipements les plus modernes),
mais cette supériorité est menacée par le blocus des communications maritimes (plus
d’accès aux matières premières).
       Le second "plan des 4 ans" avait pour but l'indépendance économique de l'Allemagne
pour les matières premières et denrées alimentaires, mais les résultats n'ont été que
modestes. Ces difficultés sont pourtant atténuées dans la mesure où elle peut maintenir ses
relations commerciales avec tout le continent européen, sauf la Fr. (Suède, URSS,
Roumanie, Yougoslavie). Situation moins grave qu'en 1914-1918. Mais l'Allemagne reste
très vulnérable économiquement si la guerre devait être longue.

      Ni la Fr. ni la GB ne possèdent un potentiel industriel égal à celui de l'Allemagne
   en France : production industrielle 1938 encore mineure qu'en 1928 et industries
    métallurgiques largement distancées par l'industrie métallurgique allemande (acier).
   en GB: dès 1934 on retrouve le niveau industriel de 1928 (avant la grande crise
    économique) et la croissance se poursuit surtout dans l'industrie métallurgique mais
    même ici plus petite que celle de l'Allemagne.

       Les 2 Etats sont dans une dépendance plus grande que l'Allemagne à l'égard du
commerce extérieur. Mais cela est secondaire dès lors que les relations commerciales
extérieures restent libres. Or la GB et la Fr. maîtrisent beaucoup mieux les mers qu'en 1914
(flotte allemande plus faible). Cette prépondérance navale (tant que pas d'accroissement des
sous-marins allemands) assure aux puissances occidentales la liberté des communications
maritimes. Cela signifie accès aux matières premières et denrées alimentaires des USA,
Amérique Latine, Indes néerlandaise, Moyen-Orient.

      III/     Forces morales

      (esquisse car documents manquent)

   GB: solidité du moral incroyable (éveil lent mais ensuite volonté ferme de mettre en
    échec l'impérialisme allemand). Octobre 1939 : presse Parlement et opinion publique
    approuvent l'entrée en guerre dans le but de détruire le régime hitlérien; janvier 1940 :
    pas de paix possible avec Hitler (Churchill a été mis au pouvoir car Chamberlain a été
    dépassé par les événements). La fermeté anglaise est d'autant plus significative que la
    GB a des buts de guerre très modérés (ni de volonté d'accroissement du territoire pour
    elle-même ou pour l’empire - ni volonté de transformer la carte de l'Europe à dépenses
    de ses ennemies - Pologne et Tchécoslovaquie indépendantes, oui mais pas forcément
    avec les même frontières, Allemagne non-démembrée qui doit conserver sa place éco.
    dans le monde).

   Allemagne : guerre sans merci du gouvernement national-socialiste contre ses ennemis
    internes (communistes, Eglise, "bourgeois", syndicats, militaires) et contre la population
    réticente + la politique économique a supprimé le chômage + succès en politique
    extérieure (+ reconstruction de la puissance allemande et des traditions militaires). Le
    sentiment national est satisfait (attendu et espéré depuis la défaite de 1918). Une large
    partie de l'opinion publique soutient au moins passivement le gouvernement. Mais elle
    n'est pourtant pas pour l'entrée en guerre (elle l'était en 1914). Sur ce point la population
    est résignée. La résistance interne allemande a conscience qu'elle restera impuissante
    tant que les perspectives de victoire seront favorables. Mais elle pourra devenir influente
    quand se dessinera la perspective de la défaite (elle est très hétérogène).

   France : la déclaration de guerre contestée ni dans la presse ni au Parlement. Le
    sentiment de résignation paraît donc être celui de la masse de la population dans tous
    les pays belligérants. Mais cette similitude n'est que de surface. En Allemagne, la


                                                                                             162
    population est partagée entre inquiétude et fierté nationale; en GB sens du devoir civique
    et du respect des décisions gouvernementales (ni fascisme ni communisme); en Fr.
    l'opinion publique est marquée par les conditions qui ont dominé la vie politique intérieure
    dans les 5 années précédentes: présence de 2 oppositions dirigées contre le fondement
    du régime (opposition ouverte des communistes et cachée de certains milieux de droite
    pro-franquistes, pro-fascistes). Par consentement quasi-unanime qui avait existé en
    1914, au temps de "l'union sacrée" et même hésitations énormes de tous les partis
    politiques au moment où l'état de guerre a suspendu la liberté de presse et ne permet
    pas au Parlement de jouer son rôle normal (état d’esprit analogue dans l'opinion publique
    (consentement sans conviction ou volonté diplomatique avant les grandes opérations). Il
    faut trouver les causes de ces défaillances dans les tendances profondes de la
    psychologie collective (manque de dynamisme dans l'activité industrielle, sentiment
    pacifiste très répandu, plans militaires uniquement défensifs, épuisement
    démographique, moral et économique car le pays n'est pas capable de fournir le même
    effort à 20 ans d'intervalle)).

    Ces conditions générales (militaires, économiques, morales) dominent la politique de la
    guerre et les plans stratégiques des Etats belligérants. GB et France ne croient pas à la
    victoire militaire à court terme car l'Allemagne est supérieure, mais croient à l'efficacité du
    blocus à long terme ; c'est une stratégie défensive jusqu'au moment où l'Allemagne sera
    affaiblie. L'Allemagne au contraire doit agir par l'offensive, car crainte des conséquences
    économiques d'une guerre longue, afin de vaincre ou au moins acquérir de vastes
    territoires ennemis dont les ressources industrielles et agricoles permettent de faire
    partiellement échec au blocus.


      2.       Les neutres

    Dans ces conditions, les ressources économiques des pays neutres retiennent l'attention
    de tous les belligérants. (Dans une guerre longue, GB et Fr. sont conscientes qu'elles
    doivent recevoir des USA le plus large appui économique (matières premières, denrées
    alimentaires, produits fabriqués); l'Allemagne doit compter sur son ravitaillement en
    minéral et pétrole et sur ses achats en URSS, Roumanie, Suède).
       Pourtant c'est l'intervention armée des grands Etats neutres qui, seule, peut changer la
balance des forces.
       Quels sont les perspectives à cet égard?

      i)      L'Italie:

             Elle a fait une déclaration de "non-belligérance" en sept.1939.

   L'armée: beaucoup d'hommes à disposition mais potentiel industriel très moyen (18
    divisions stationnées en Albanie, Libye, Afrique orientale et mer Egée); printemps 1940:
    71 divisions mais seulement 70 chars; la flotte par contre est nombreuse et de qualité;
    1800 avions. Les forces armées italiennes peuvent donc tenir une place bien supérieure
    dans la guerre que cela n'avait été le cas pendant la 1ère GM.
   Forces économiques : elles sont médiocres (l'industrie est dépendante de l'étranger,
    comme la vie agricole). L'Italie reçoit de la voie maritime (Gibraltar surtout) la presque
    totalité de ses importations. Comment pourrait-elle supporter le blocus si elle devenait
    belligérante? (Beaucoup d’importations des USA): la guerre longue serait pour elle
    encore plus difficile que pour l'Allemagne.
   Forces morales: le système fasciste a réalisé un encadrement des travailleurs et des
    employeurs qui lui donne des gages de stabilité, plus de satisfaction donné au sentiment
    national (Afrique orientale, Adriatique). Les oppositions existent (aristocratie, bourgeoisie
    d'affaire, intellectuels, officiers supérieurs de la milice (différent de l'armée), sans être


                                                                                               163
    dangereuses pour le pouvoir, mais il reste que le gouvernement ne peut compter sur une
    adhésion active de l'opinion publique à un grand effort national. Mussolini est pourtant
    résolu à passer outre.

      ii)      URSS:

      170 millions d'habitants: ressources en hommes supérieures à celle de tous les autres
Etats (comme pendant la 1ère GM) mais en plus la politique économique du gouvernement
lui donne maintenant les moyens d'armer et d'équiper cette masse humaine.

   Forces économiques : croissance de l'agriculture et de l'industrie (1er plan quinquennal
    (1928): industrie lourde; 2ème plan quinquennal (1933): bien de consommation et
    réarmement (petit à petit, l’industrie lourde car guerre proche); 3ème plan quinquennal
    (1938): industrie de l'armement à l'abris des risques de guerre (territoires éloignés)).
    L'indice global de la production industrielle se multiplie par 4 entre 1928 et 1938. Mais
    c’est encore relativement plus faible que Allemagne et GB.
   Forces armées: dés le début de la mobilisation: 165 divisions, 5000 avions, plus de chars
    que l'Allemagne
   Forces morales: dès 1940 le régime a surmonté la grave crise subie 2 ans auparavant
    (l'armée dont les cadres avaient été "épurés" en 1938 a retrouvé son équilibre et il n'y a
    en URSS ni opposition, ni critique (pas l'occasion de se manifester laissée par le
    gouvernement). Le gouvernement soviétique a donc une large liberté d'action dans sa
    politique extérieure et son comportement dans ce conflit européen est une question
    majeure (le partage de la Pologne peut-il protéger les intérêts nationaux de la Russie
    contre la politique allemande dans "l'espace vital" en Europe orientale? Pourtant ses
    préoccupations majeures en 1940 sont la menace que l'empire nippon fait peser sur la
    Province maritime.

      iii)     USA :

       C'est la puissance économique qui leur donne une position exceptionnelle (plus que sa
population de 130 millions d'habitants: ils ont pris la tête de la production industrielle
mondiale (34.8% en 1938) et cela s’accélère encore avec le début de la guerre en Europe
(avril 1940 l'indice de la production industrielle dépasse celui de 1929, c’est-à-dire avant la
grande crise).
       Les USA sont les grands fournisseurs de l'Europe en matières premières et denrées
alimentaires (ils détiennent la plupart des métaux nécessaires à la fabrication des armes
disponibles sur la surface terrestre (aux USA et en Amérique latine).
       La législation destinée à restreindre les relations commerciales avec les belligérants en
cas de guerre (lois de neutralité votée en 1935) est partiellement levée en octobre 1939 (car
besoin de ces débouchés pour la production US + volonté d'aider Fr. et GB). Les USA
vendent aux belligérants (c’est-à-dire Fr. et GB puisque blocus autour de l'Allemagne) mais
cela est encore limité par la clause "cash and carry" qui impose aux acheteurs français et
anglais l'obligation de payer cash et d'assurer par leurs propres moyens le transport des
marchandises (l'opinion publique début '40 hésite encore à abandonner la neutralité
économique, car elle permet d’éviter l’entrée en guerre des USA, à coup sur)

   forces armées : les moyens considérables en hommes et en économie ne sont pas
    employés au profit du développement des forces armées ( +/- 150000 h. ; plan de
    construction de 5500 avions vient d’entrer en application ; ni modernisation du matériel ni
    recherche scientifique). Seules les forces navales sont en meilleure situation. Car
    l’expansion japonaise menaçante dès 1933 pour les possessions territoriales et les
    bases navales US dans le Pacifique.
   forces morales :c’est l’état de l’opinion publique qui est la cause essentielle de cette
    déficience des forces armées. L’opinion publique isolationniste malgré les appels de F.


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    Roosevelt -> mission strictement défensive détournée et donc hostilité face à tout effort
    de réarmement.

      iv) Japon

      Grande entreprise de conquête depuis juillet 1937 (occupation de toutes les régions
agricoles importantes, minières les plus riches, industrielles en Chine) qui n’a pourtant pas
su briser la volonté du gouvernement chinois de résister.
      L’incident chinois est devenu une guerre longue, qui pourtant est loin d’absorber toutes
les ressources militaires japonaises. -> possibilité de profiter de la guerre européenne pour
réaliser un programme d’expansion dans le Pacifique ou dans les mers du sud.

   Forces armées : excellentes (100 mio hab., marine de guerre forte, 2700 avions mais de
    faible qualité).
   Forces économiques : plus difficile. Oui la production industrielle s’accroît mais place
    modeste à l’échelle mondiale. Oui augmentation de la production agricole mais aussi
    accroissement démographique. Pas suffisants par rapport aux besoins (cela va mieux
    depuis l’occupation de la Chine : augmentation d’importations). En dépit de ces efforts,
    les points faibles de l’économie nippone subsistent (matières premières achetées aux
    USA, industrie métallurgique insuffisante). Le Japon en a conscience et commence dès
    1940 à constituer des stocks de pétroles et de matières premières.
   Forces morales :aussi solides que lors des guerres antérieures :fidélité au devoir
    national, sens de la discipline, esprit de sacrifice (« la mobilisation spirituelle de l’Etat-
    major a été efficace). Et il y a pourtant une opposition des hommes d’affaires, mais son
    efficacité reste médiocre (oppositions aux volontés belliqueuses).

    Le rôle essentiel que sont appelés à jouer les « grands neutres » de la guerre est déjà
    reconnu dans l’hiver 1939-1940. Il va encore s’imposer davantage après la victoire
    allemande en France.


     CHAPITRE VIII : LES NEUTRES EUROPÉENS PENDANT LA CAMPAGNE DE
1939-1940


       Dès le début des hostilités les Etats en guerre surveillent l’attitude des Etats neutres
européens, avec autant de soin que pendant les premiers mois de la 1GM.
       La Turquie, qui contrôle désormais le Bosphore et les Dardanelles, est un pays
important (Français/Anglais signent une alliance avec elle le 19/10/39-> assistance si
Turquie attaquée ou si France/Angleterre attaquées en Méditerranée ou tenues de respecter
les engagements pris envers la Grèce et la Roumanie (excepté si cela oblige le
gouvernement turc à entrer en guerre avec URSS), mais c’est l’attitude des Etats
scandinaves, de la Belgique et de l’Italie devant les perspectives stratégiques qui, à la veille
de l’offensive allemande de mai 1940, est au centre de relations diplomatiques.

          1.   Les Etats scandinaves

      Finlande, Norvège, Danemark, Suède annoncent à l’issue d’une conférence commune
( 19/10/39) leur volonté de s’en tenir à une « stricte neutralité » (mais collaboration germano-
soviétique = danger pour eux (contrairement à la 1GM où All et Russie étaient ennemis). Fin
nov 39 : l’URSS profite du conflit européen pour exiger une large rectification de frontière en
Finlande. Cela amène à une guerre russo-finnoise.

      i) Déclaration de neutralité de la Suède , puis condamnation par le Conseil de la SdN
de l’agression russe. La Suède affirme qu’elle ne participe pas à d’éventuelles sanctions


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militaires contre l’URSS mais elle fournit du matériel de guerre et des capitaux à la Finlande,
puis cherche une solution diplomatique -> politique de « non belligérante » (pas même chose
que neutralité ) réaliste vu le rapport de force de ses voisins (peur d’être entraînée dans le
conflit).
       Cette non-belligérance laisse la possibilité à la Suède d’être le fournisseur (beaucoup
de minerai de fer) des pays en guerre en Europe (à l’Allemagne surtout (la marine de guerre
anglaise ne peut se risquer à pénétrer dans la Baltique)).

        ii)      La sécurité de la Norvège n’est pas directement menacée par la guerre russo-
finnoise. Mais le maintien de la neutralité dans la guerre euro (All-France/Ang) est très
difficile à cause de la situation géographique et des intérêts économiques. (une partie de la
marine marchande norvégienne à la disposition de la GB ; accord commercial avec l’All en
février 40 (s/ le minerai de fer surtout) c’est en jouant sur ces 2 tableaux que le
gouvernement d’Oslo réussit, pendant l’hiver 39/40, à garder la neutralité.
        En mars 40, la France demande à la Suède de lui accorder le droit de passage (50000
hommes) pour aller porter secours à la Finlande. La Suède refuse malgré l’obligation à la
laquelle elle est liée par l’art.16 de la SDN (cela l’entraînerait dans la guerre générale). La
même demande est adressée simultanément au gouvernement norvégien qui oppose le
même refus. La Finlande esseulée accepte les conditions de paix de l’URSS (12 mars). Mais
les puissances occidentales veulent intervenir maintenant en Scandinavie pour stopper
l’approvisionnement en minerai de fer à l’Allemagne.
        Au moment où les puissances occidentales commencent à agir en Norvège (5 avril),
l’offensive allemande survient, foudroyante. Est-ce une riposte ?
        En fait, l’Etat major avait depuis octobre 39 souligné l’importance stratégique de la
Norvège et la décision avait été prise le 1er mars (avant la décision fr-angl).
        Motivations : établir en Norvège des bases pour la guerre aérienne et sous marine
contre la GB et baisser le tonnage angl. (marine norvégienne). Mais en avril 1940 c’est la
question du minerai…………………….ne se limite–t-elle pas à la côte norvégienne. La
Suède maîtresse des gisements miniers, se trouve aussitôt aux prises avec les exigences
rivale des belligérants, elle réaffirme sa neutralité (ne pas être engagée dans la guerre
générale) qui avantage le gouvernement allemand ( car fr/ang pas autorisé à venir sur le
territoire suédois)

      Les différences entre Norvège et Suède montrent que ce sont les volontés des
belligérants qui décident de l’entrée en guerre ou non et non le gouvernement de ces petits
Etats(Norvège : grand intérêt stratégique)

     Dans cette politique des grandes puissances en Scandinavie, 2 aspects méritent un
examen critique :
      Français et Anglais auraient pu faire débarquer des troupes ailleurs pour aider la
         Finlande, mais l’URSS ne l’aurait pas toléré et donc cela n’a pas été fait (peur
         d’être engagé en guerre contre l’URSS).
      L’Allemagne a suivi ses intérêts économiques et stratégique -> conquête de la
         Norvège pour intérêt stratégique. Elle n’est pas allé au bout pour les intérêts
         économiques, se contentant des garanties suédoises (sans l’envahir) car la
         neutralité suédoise était pour l’URSS un « intérêt vital » (affirmé par les soviets le
         13 avril).
     C’est donc l’entrée de l’URSS qui a, de part et d’autre, modéré les impatiences des
grands Etats belligérants, dans ces questions scandinaves.

     2.       l’URSS

       Le comportement du gouvernement soviétique à l’égard de l’Allemagne reste indécis.
Hitler pense que l’URSS va profiter de la guerre euro pour augmenter son influence dans les
Balkans et au Proche-Orient. Mais il pense aussi que cela sera lent car l’armée russe « ne


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vaut pas grand chose » et restera faible pendant « encore 1 ou 2 ans ». En attendant, Hitler
veut profiter des accords économiques signés (23/8/39) et veut même les élargir : le 11
février 1940 est signé un nouvel accord (matières premières russes (veut baisser les effets
du blocus) contre production métallurgique, un croiseur, du matériel de guerre et divers
avions ( !)).

     3.       La Belgique

    La neutralité belge est au centre des perspectives stratégiques, car le territoire belge est
    exposé cette fois encore, à devenir champ de bataille. Le roi Léopold a, depuis 1936
    confirmé la neutralité (aux dépens des principes de la sécurité collective) mais ces efforts
    ne peuvent changer les données fondamentales : les armées allemandes ne veulent pas
    risquer une attaque directe contre la ligne Maginot( ?) et les armées françaises n’osent
    pas davantage tenter de rompre la ligne Siegfried.
       Les 2 Etats, dès le début des hostilités, avaient étudié la possibilité d’une action
offensive à travers la Belgique (All pour contourner la ligne Maginot et pour occuper les ports
de la mer du nord (baisser collabo fr-ang) ; France pour soulager la Pologne en menaçant la
Rhénanie) Le 26 août l’Allemagne (s’apprêtant à attaquer la Pologne) avait déclaré vouloir
respecter la neutralité belge, mais la Belgique avait conscience que cela serait provisoire
       Quel est le comportement du gouvernement belge pendant cette période ?………….
Les Fr/Ang sollicitent la Belgique afin de déterminer les conditions d’aide en cas d’attaque
allemande. Cette dernière refuse car cela serait contraire à sa neutralité (mais en fait à
chaque menace allemande, novembre 39, janvier 40, avril 40 elle recherche un contact avec
l’Etat-Major français. Ces conversations ont toujours le même sujet : les troupes françaises
une fois la frontière belge violée par l’Allemagne, pourrait-elle venir occuper, dans les 48
heures, le canal Albert (la ligne de défense belge) ?
       La France répond par la négative, ce qui implique que les troupes françaises devraient
pouvoir entrer en territoire belge « préventivement ». Léopold refuse. Le 10 mai 1940, l’appel
à la FR et à la GB n’est lancé qu’après la violation de la frontière par les Allemands : en
refusant de lancer l’ « appel préventif », le gouvernement belge a entravé les initiatives du
commandement français ; il a aussi aggravé la situation dans sa propre armée (il a
certainement fait cela, car après plusieurs alertes sans lendemain il avait cru pouvoir ainsi
saisir une dernière chance de ne pas engager l’Ouest dans le conflit général(répondant aux
faibles espoirs de sa population)).

     4.       Italie

      Elle n’a pas proclamé le 2 septembre 1939 sa neutralité ; elle a seulement fait
connaître qu’elle n’était pas belligérante (elle n’applique pas le « pacte d’acier » mais désire
affirmer sa solidarité avec l’Allemagne afin de reconstruire l’Europe ( ? quand l’acte ? lui
paraît nécessaire aux côtés de l’Allemagne, jamais le contraire n’a été envisagé)). En fait le
gouvernement italien voudrait réaliser les buts de sa politique méditerranéenne, mais ses
moyens sont insuffisants. Il s’agit donc d’une neutralité temporaire, provisoire et annoncée
comme telle.
      Dans quelles conditions, après 10 mois d’attente, le gouvernement italien y met-il fin ?
      Le fascisme avait dès 1922 affirmé la primauté des questions méditerranéennes mais
n’avait obtenu des résultats importants (en 16 ans) que dans l’Adriatique (Méditerranée
orientale :consolidation des positions ; Méditerranée occidentale :échec par la politique
française).
       Les préoccupations défensives : l’accord Turquie-Ff/Ang ; la guerre russo-finnoise
          (pourquoi pas aussi Russie plus influente dans les Balkans ?)
       Desseins offensifs : vers la Croatie et vers les revendications aux regards de la FR
          (ms pas question d’employer la force, jusqu'au bout de mai 40).




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       Cette prudence est conseillée par les difficultés économiques (dépendance pour les
Matières premières qui viennent par les voies maritimes ( ! ! !blocus ! ! !), il faut emmagasiner
avant d’entrer en guerre par l’insuffisance des moyens militaires (novembre 39 : programme
pour moderniser l’armée -> en avril 40 ce n’est réalisé qu’à 40% ) et surtout par l’état de
l’opinion publique (la masse est profondément attachée à la non-belligérance (les risques
d’une guerre), les milieux dirigeants sont divisés).
       Pourtant, cette opposition à une politique d’intervention s’affaiblit au printemps 40, dès
que les premières victoires allemandes en Norvège rassurent tout ceux qui avaient peur
d’entrer en guerre. L’appréciation des intérêts et des risques dépend de la volonté
personnelle du Duce et dans les milieux dirigeants et dans les masses, nul ne tente de
s’opposer à cette volonté. Mais Mussolini hésite entre le désir d’affirmer son prestige et la
nécessité de ne pas imposer au pays un effort qui excéderait ses moyens.

       Pendant les 5 premières semaines de la guerre européenne, il espère que le conflit
sera de courte durée. (Ang/Ff devraient accepter de négocier après l’écrasement de la
Pologne car le blocus ne marche pas contre l’Allemagne (URSS) et car ils ne peuvent forcer
la ligne Siegfried). Quand Fr/Ang refusent les négociations, c’est la perspective d’une guerre
longue qui se dessine (octobre 39). Mussolini réaffirme alors sa politique de « non-
belligérance armée » (décembre 39), car il conserve des doutes sur le sort des opérations
militaires (il le dit à Hitler en jan 40).
       Mais l’attitude change dans le courant de mars 40, à petit pas ( victoire allemande en
Norvège fait accélérer un peu les choses) (mais la presse ne fait pas allusion à une entrée
en guerre).
       Lorsque le 10 mai 40, la grande bataille s’engage, Mussolini en vient à penser que cela
sera imminent. Mais il attend que les forces alliées soient coupées en 2 (26 mai) pour fixer la
date. (l’Etat-Major avertit des défaillances militaires, mais Mussolini répond que ce n’est pas
grave car les opérations dureraient tout au plus « quelques semaines »).
       Il faut dire ici que Mussolini était à ce point décidé qu’entre avril et mai 1940 il refusa
les propositions de négociation fr/angl.
       But de Mussolini :des gains territoriaux. Il ne faut agir que lorsque la victoire allemande
sera certaine (car les forces armées italiennes sont médiocres), mais avant qu’elle soit totale
(car l’Italie obtiendrait alors une partie moindre des bénéfices).
       Quel élément a été décisif pour précipiter l’entrée en guerre de l’Italie qui avait requis
un délai de 3 ans au moment de la conclusion du Pacte de Acier ?
       Certainement la situation militaire générale (mars 40 : Hitler annonce à Mussolini que
« la grande offensive à l’ouest » est proche, il demande l’intervention de l’Italie tout en lui
laissant le choix du moment. Voilà le Duce contraint d’abandonner la tactique d’attente, mais
il veut le faire quand les armées fr/angl commenceraient à s’écrouler, et il le dit au Führer).
       La volonté fasciste a été tempérée par un souci de réalisme :exaltant de l’énergie
nationale, certes, et que l’Italie allait pouvoir, aux moindres frais, s’assurer une place à la
conférence de la Paix .


      CHAPITRE IX : LA DÉFAITE FRANÇAISE


      Le dessein d’hégémonie continentale, annoncé dans Mein Kampf, a été en voie de
réalisation dès l’été 1940, lorsque s’est effondrée la seule grande force militaire envoyée
contre l’armée allemande. C’est en 15 jours (10-25 mai) que la défaite française est acquise.
Le 10, l’offensive allemande est lancée là où elle était attendue (à travers Holl. Et Bel.)
contre l’offensive française. Le 18, les forces alliées sont coupées en 2 : l’armée belge
capitule et le corps expéditionnaire anglais est acculé à Dunkerque avec quelques divisions
françaises. Le 25 le Conseil des Ministres français a conscience que la guerre est perdue. 15
jours plus tard, après l’évacuation de Dunkerque et la rupture du nouveau front de défense,
le général Weygand, qui a remplacé le général Gamelin ( ?), estime que la défaite est


                                                                                              168
irrémédiable. Le 17 juin, le gouvernement, après 4 jours de discussions, se résigne à
demander l’armistice, qui est signé le 22. Quel est le sens du débat qui a eu lieu, du 12 au
16 juin, au sein du gouvernement ? pas possible de résister sur le territoire métropolitain.
      3 solutions envisagées :

   demander l’armistice.
   transférer le gouvernement en Afrique du Nord et continuer à combattre avec la flotte de
    guerre, les forces aériennes, les forces terrestres (transférer à travers Médit.).
   demander à l’Allemagne ses conditions de paix, sans cesser les hostilités dans l’espoir
    que ces conditions ne soient pas inacceptables.

[le gouvernement en Afrique du Nord. impliquerait de laisser la population dans les mains
ennemies et les troupes transférées ne suffiraient pas à défendre l’Afrique du Nord, car
l’Allemagne pourrait certainement traverser l’Espagne (France) et l’Italie attaquer depuis la
Lybie.
     Poursuivre la lutte serait impossible et mènerait de toute façon à l’armistice, signer
     l’armistice sans l’accord de l’Angleterre serait trahir la parole qu’on leur a donné. Mais
     même l’appui anglais ne suffirait pas à protéger l’Afrique du Nord ; Les FR lancent un
     appel à Roosevelt pour connaître sa position.]

       Quelle est la position des autres puissances ?
       Le gouvernement anglais tient pour inévitable la défaite française dans la métropole (il
n’engage pas son aviation de chasse dont il aura besoin ensuite pour protéger les îles
britanniques) mais tergiverse à maintes reprises sur une autorisation ou non à la France de
demander l’armistice ou sur une collaboration à mettre en place. La réponse US est négative
: les USA ne soutiendront pas la France s’ils continuaient la guerre, car l’état de l’opinion
publique ne le permettait pas. La réponse négative des USA et le refus anglais d’envoyer
l’aviation de chasse dans la bataille de France renforcerait la thèse des partisans français de
l’armistice. C’est la solution qui fut choisie.

       Pourquoi le gouvernement allemand l’a-t-il acceptée, alors qu’il aurait pu sans peine
pousser ses troupes jusqu’en Méditerranée ?
       Le refus de l’armistice aurait eu peut-être pour conséquence certaine l’installation du
gouvernement en Afrique du Nord et la France restée belligérante, aurait mis ses forces
navales à la disposition de la GB. Certes le gouvernement allemand ne pouvait obtenir par
l’armistice, l’obtention des navires (sinon pourquoi le gouvernement français aurait-il eu à
cesser les hostilités), mais il voulait obtenir la neutralité de ces forces (qui représentaient une
importance considérable pour la guerre contre la GB., où les opérations navales étaient
appelées à jouer un rôle essentiel).
    But : que ces forces soient désarmées et restent sous contrôle allemand ou italien dans
    les ports français, tels étaient les points que Hitler indiquait, le 18 juin, à Mussolini. C’est
    donc le sort de la flotte française qui, dans le dessein allemand. est le centre d’intérêt, au
    cours de la négociation d’armistice. Contre sa neutralité, le gouvernement allemand
    renonce à l’occupation des côtes françaises de la Méditerranée et c’est interdire l’accès
    en Afrique du Nord (qui pourrait devenir un « tremplin » pour l’adversaire) . En juin 1940
    Hitler croit qu’il pourra briser la résistance anglaise par une attaque directe et ne songe
    pas à une bataille en Méditerranée, encore moins envisage-t-il l’importance stratégique
    que pourrait représenter l’Afrique du Nord française, c’est seulement en septembre après
    l’échec de l’offensive contre la GB et l’abandon du projet de débarquement, que les
    perspectives méditerranéennes prendront leur pleine valeur et que l’amirauté allemande
    estimera nécessaire de protéger l’Afrique du Nord-Ouest, afin d’éviter de voir la GB y
    établir ultérieurement une base de départ pour une offensive contre l’Italie.

     C’est le 17 juin que la demande d’armistice est remise au gouvernement allemand.
Dans l’après-midi du 18, à Londres, au moment où Winston Churchill vient de déclarer que la


                                                                                                169
GB continuera à se battre, De Gaulle adjure les Français de ne pas accepter un armistice qui
serait un « asservissement ». Le 30 juin, 8 jours après, la signature de l’armistice, il annonce
la formation d’un Conseil de défense des colonies françaises, et il proclame la volonté de «
remettre la FR dans la guerre ». Le mouvement de la « France libre » obtient le ralliement de
la plupart des territoires français de l’Afrique occidentale et centrale, ainsi que celui des
petites colonies du Pacifique et des 5 comptoirs de l’Inde. Il va bientôt marquer sa place
dans le développement des.............,dans la guerre ; mais il a surtout, d’emblée, une haute
portée morale : « la flamme de la résistance fr. ne doit pas s’éteindre, ne s’éteindra pas. »


      Chapitre X : la résistance de la GB


        Au moment de la défaite française, Hitler avait escompté que GB se prêterait à des
négociations : 1 mois plus tard, il est obligé de constater que la volonté de résistance de la
GB n’est pas brisée, grâce à l’ardeur du PM et à la fermeté d’âme de la population. Le 16
juillet, il donne l’ordre de préparer un débarquement sur les côtes anglaises de la Manche,
mais l’aviation allemande, engagée à fond le 2 août 1940, n’obtient pas les résultats
suffisants qui auraient permis le débarquement. Le 17 septembre, l’exécution de cette
grande opération est ajournée. C’est par d’autres moyens qu’il faut combattre l’Angleterre :
………Bataille de l’Atlantique afin de paralyser, par l’armée sous-marine, l’arrivée vers GB
des fournitures US, la bataille de la Méditerranée afin de couper les routes navales par où la
GB reçoit le pétrole du Moyen-Orient. Ainsi au cours de cette année où la GB reste seule
face à l’Allemagne et à l’Italie de juin1940 à juin 1941, ce sont les positions, prises par
l’Espagne, par le gouvernement du maréchal Pétain, établi à Vichy, et par les USA, qui
doivent retenir l’attention.

      1) La Bataille de la Méditerranée

       Tant qu’il existe une perspective de débarquement en Angleterre, la Méditerranée,
n’est pas importante pour l’Allemagne, on y pense en septembre 1940 : suggestion dans une
action contre Gibraltar et surtout d’une expédition depuis la Libye contre le canal de Suez. [si
Gibraltar allemand : pas d’intervention alliée possible contre l’Italie depuis l’Afrique du Nord].
Hitler pour la question de la Méditerranée recherche l’appui de la France ou de l’Espagne,
car sinon la flotte angl. dominerait (beaucoup + forte que la flotte italienne et les sous-marins
allemands, ne peuvent venir en Méditerranée). [La Turquie avait signé un pacte (octobre
1935) avec la GB prévoyant toute assistance en Méditerranée si l’Angleterre était attaquée
(sauf si URSS), mais le gouvernement turc se déroba. Hitler sait qu’il n’a rien à craindre de la
Turquie, et il comprend vite (tentative de traité classifié) qu’il ne peut rien en attendre].


Etude de l’action diplomatique allemande à Madrid et à Vichy

      A.       L’Espagne

      Forte position stratégique dans la bataille de l’Atlantique et de la Méditerranée [ses
ports = bases potentielles pour les sous-marins allemands, menace espagnole contre
Gibraltar affaiblirait l’Angleterre, territoire espagnol = voie de passage pour amener des
troupes italiennes et allemandes en Afrique du Nord pour attaquer l’Egypte depuis Libye].

      Les Allemands pensent que la France y a intérêt [récupérer Gibraltar, expansion
coloniale en Afrique, choix dépend de la France vaincue, victoire anglaise = fin des régimes
autoritaires]. Et en face les Anglais n’ont que la pression économique et financière [mais ils
ne peuvent empêcher le ravitaillement espagnol ni leur prêter de l’argent...c’est le
comportement US qui importe et les USA soutiennent l’Angleterre Mais serait-ce suffisant ?].


                                                                                              170
Pendant 5 mois la diplomatie de l’axe tente d’obtenir l’entrée en guerre de l’Espagne, mais
Franco refuse et demandera même à Pétain d’appuyer son refus.
      Pourquoi Franco refuse-t-il ? C’est la crainte de troubles intérieurs qui paraît avoir été
déterminante. [après la guerre civile, besoin tranquillité, entrée en guerre = blocus anglais,
guerre = tout le monde armé, même les opposants...nouvelle guerre civile ?], mais il y a
aussi le refus par les dirigeants de l’armée de se mettre aux ordres du commandement
allemand et enfin les bénéfices d’une intervention qui restent aléatoires. [les Italiens ne
veulent-ils pas aussi aller en Afrique du Nord et Hitler n’en a pas parlé explicitement (peur
que la France le sache)]. Hitler ne cherche pas à forcer l’Espagne par les armes (et si elle
entrait en guerre, les Anglais pourraient s’emparer des archipels espagnols de l’Atlantique et
y établir des bases contre la guerre sous-marine allemande...pas bien).

        B.      La France

    A 3 reprises le gouvernement allemand engage des négociations avec le gouvernement
   de Vichy, entre juillet 1940 et mai 1941. Le caractère et la portée de ces tentatives
   varient selon l’état des opérations militaires ou navales et selon les perspectives
   stratégiques, c’est dans le cadre de la conduite générale de la guerre qu’il faut les
   étudier.

   i)      la 1ère tentative se place 15 jours après la signature de l’armistice et est en relation
         directe avec l’action de force menée par l’escadre anglaise de la Méditerranée contre
         les navires de guerre français Mers-el-Kébir [les navires français désarmés sous
         contrôle italo-allemand, mais comment les Anglais pouvaient-ils être sûr que ces
         navires ne seraient pas utilisés par l’armée allemande ? Les Français avaient bien
         assurés qu’ils se saborderaient si les All/ital voulaient les utiliser mais pourraient-ils et
         voudraient-ils le faire ? Les Anglais décident de détruire quelques unes des grandes
         unités françaises, avant qu’elles viennent se placer sous contrôle allemand. : c’est le
         début de l’attaque menée le 3 juillet à Mers-el-Kébir]. Les Français demandent
         gouvernement allemand de revoir l’art.8 sinon toute la flotte serait détruite. Le
         gouvernement accepte (la flotte anglaise est trop puissante) et le gouvernement
         français recouvre donc le droit de disposer de sa flotte de guerre. Mais le
         gouvernement allemand escompte une contrepartie. [base aérienne au Maroc, droit
         d’utiliser en Méditerranée les navires marchands français, car dans le cadre du
         débarquement prévu contre les côtes anglaises de la Manche, il faudra envoyer une
         action contre toutes les routes navales anglaises car les Anglais voudraient ramener
         toutes leurs forces dans la Manche]. Les FR refusent car cela serait mettre l’Afrique
         du Nord sous influence allemande.

    ii)    le 24 octobre, 3 mois plus tard, la tentative allemande est remise car les Allemands
    ne peuvent plus débarquer en Angleterre et ils n’ont pas obtenu l’entrée en guerre de
    l’Espagne. Assurance de garder l’empire colonial en cas de victoire allemande si la FR
    retourne cet Empire colonial (sous le contrôle de De Gaulle) contre l’Angleterre [invitation
    à faire intervenir dans la guerre contre la GB les forces militaires et navales françaises (
    !)]. La France refuse car, dit-elle, son armée n’est pas prête à une nouvelle guerre.
        Les choses s’arrangent au cours des mois suivant pour l’Allemagne, car l’amiral
Darlan grand collaborateur est placé aux affaires étrangères. La négociation franco-
allemande redevient donc possible.

      iii)    Elle n’est pourtant reprise qu’en mai 1941 : Darlan accepte de mettre à la
disposition allemande le port de Beyrouth et les aérodromes français de Syrie et laisse
entendre qu’il fera de même avec Dakar contre des compensations politiques et
économiques à définir : Le Conseil des ministres français ne ratifiera jamais. 6 mois plus
tard, début décembre, Darlan paraît disposer à reprendre les négociations. Mais l’entrée en
guerre des USA donne de nouvelles perspectives.


                                                                                                  171
      Tels sont les faits = Quelles motivations de part et d’autre ?


      Les motivations allemandes

      La politique allemande a oscillé entre 2 objectifs

   participation directe de la FR contre l’Angleterre.
   participation indirecte (utilisation de bases aériennes et navales).

     Mais dans les 2 cas n’a obtenu que des résultats très limités. Pourquoi n’a-t-il pas
employé les moyens à sa disposition [occupation de la zone libre ou formation à Paris d’un
gouvernement pro-all]. pour imposer sa volonté ?

    i)     juillet 1940 la Méditerranée pas essentielle pour Allemagne et si elle rompait
    l’armistice la flotte française (pas encore en métropole) passerait presque toute entière
    en GB.

       ii) automne 1940 : l’entrée en guerre de la FR contre la GB est devenu un objectif
dans les plans allemands et dans la bataille de la Méditerranée engagée, l’Afrique du Nord
est essentielle (contre De Gaulle). Pourtant Hitler ne presse pas à fond sa tentative [il aurait
pu demander que les troupes françaises interviennent avec des troupes allemandes pour
récupérer l’Afrique du Nord et ainsi mettre aux FR le doigt dans l’engrenage] il aurait pu
menacer d’occuper immédiatement la zone libre, mais il craint certainement de voir alors le
ralliement de toute l’Afrique du Nord française aux côtés du général De Gaulle. Ce qui serait
dangereux dans la perspective de la bataille en Méditerranée. Hitler ne veut pas s’engager
dans une grande aventure car il commence à cette date à préparer la guerre contre la
Russie (besoin de toutes ses troupes) [il serait aussi dangereux d’engager une politique qui
irait à l’encontre des intérêts italiens en Médit.]

    iii)   Un accord devient plus pressant afin d’empêcher la GB, ou plus tard, les USA, de
    prendre pied au Maroc ou en Algérie, et aussi afin de neutraliser Gibraltar. Mais il faut en
    échange offrir au gouvernement de Vichy des avantages... lesquels ? L’assurance de
    garder la Tunisie...cela va contre les intérêts italiens. C’est abandonné (mars 1941) mais
    repris 2 mois plus tard car politique intérieurs et entrée des troupes anglaises en Crête
    qui donne une valeur inattendue aux aérodromes français de Syrie. Le but n’est plus
    d’engager la FR dans une guerre contre la GB, mais même les objectifs restreints
    échouent, sauf en Syrie. Pourtant Hitler ne cherche pas plus loin car il est résolu à
    commencer, le 22 juin, la guerre à l’Est. La Méditerranée est alors placée au second
    plan, jusqu’à ce que les armées allemandes aient triomphé en Russie. Volonté de ne pas
    engager des troupes en France, de ne pas rompre avec le gouvernement FR « fantôme
    » car il fallait se battre à l’Est, volonté aussi de ne pas mécontenter l’Italie, voilà ce qui
    explique les réticences allemandes à forcer la décision française.


Les motivations françaises

    L’interprétation de la politique du gouvernement de Vichy est beaucoup plus difficile à
        définir [beaucoup d’opposition et plus de choses crédibles].

    a) le refus est décidé par Pétain et si l’Allemagne occupait la zone libre, la flotte française
    rejoindrait l’Afrique du Nord. Le gouvernement français n’envisage pas ...... de faciliter les
    opérations allemandes contre la GB. Le seul qui se prononce alors en faveur d’une
    collaboration loyale avec l’Allemagne, c’est Pierre Laval qui pense que la défaite anglaise



                                                                                               172
   est proche (il faut bien se placer). Pourtant, il n’envisage pas de s’associer avec
   l’Allemagne contre la Grande-Bretagne.

       b) Pétain a-t-il changé d’avis en octobre 1940 ? En fait, Pétain semble avoir espéré
obtenir, en donnant une adhésion de principe à la « collaboration », un allégement des
charges de l’occupation. Mais en même temps, Pétain s’empresse (novembre-décembre
1940) de rassurer le gouvernement anglais : il ne s’engagera pas contre la Grande-
Bretagne, ni ne livrera à l’Allemagne sa flotte de guerre, ni lui cédera des bases aériennes
ou navales, ni recherchera à rétablir par les armes son autorité sur US territoires, passés à la
dissidence : volonté de garder l’équilibre.
       Mais cette politique est combattue par Pierre Laval qui veut croire « acquise » la
victoire allemande et pour qui la collaboration avec l’Allemagne et une « chance
magnifique ». Plan drack (?) militaire en Afrique, etc. Cette divergence est réglée
provisoirement avec l’arrivée de Darlan aux affaires étrangères. Celui-ci s’empresse de
déclarer à Hitler (24 décembre) qu’il désire continuer la politique de collaboration, mais il
ajourne, dans les faits (?), le plan était de Laval.

       c) Comment donc Darlan en vient-il, au printemps suivant, à accepter un protocole de
Paris ?
       Il se rallie aux arguments de Laval (6 mois avant) : collaboration = espoir de « sauver
la nation française » (but : alléger des conditions de paix désastreuses) mais lui n’est pas
prêt pour cela à engager des hostilités avec la Grande-Bretagne (bases navales et aériennes
+ coopération économique : OK). Mais le gouvernement français ne ratifiera pas (il y aura
été encouragé par le commencement du conflit germano-russe notamment).
       La politique française, pendant la période décisive où la Grande-Bretagne restait seule
en face de l’Allemagne, n’a pas été « pro-allemande », mais elle a été résolument
« neutraliste ». Mais ce comportement n’a été possible que dans la mesure où la politique
hitlérienne avait craint la sécession de l’Afrique du Nord. C’est donc l’existence du
mouvement de la France Libre qui, au fond, avait permis au Maréchal Pétain de pratiquer
« l’attentisme ».

     2) La bataille de l’Atlantique et la neutralité des USA

   La bataille de l’Atlantique avait été engagée dès l’automne de 1940. C’est au printemps
      de 1941 qu’elle bat son plein (40 sous-marins allemands constamment qui adoptent
      une tactique nouvelle : une attaque de nuit, en surface). Beaucoup de pertes
      anglaises de début mars à fin mai 1941. Les liaisons avec les USA seront pour le
      gouvernement anglais une préoccupation majeure et c’est pour consolider la
      résistance anglaise dans cette guerre économique et navale que les USA abandonne
      peu à peu la neutralité.

     - Septembre 1940 : accord USA/Grande-Bretagne : 50 destroyers américains contre
       des bases aériennes ou navales.
     - Octobre 1940 : promesse américaine de fournir à l’aviation anglaise 12'000
       appareils.
     - 11 mars 1941 : vote par le congrès VI de la loi « prêt-bail » (fabrication de matériel de
       guerre et mise à disposition aux Etats dont la protection « présente un intérêt vital
       pour la sécurité des USA ». = Vente, prêt ou même don, si les USA peuvent en
       recevoir « un autre bénéfice, direct ou indirect ».

      […] qui continue de se voir interdire la navigation dans les « zones de combat » ; au
cours des mois suivants, le gouvernement des USA intervient pour maintenir des relations
maritimes dans l’océan (signalement aux Anglais de la présence des sous-marins
allemands ; protection des navires marchands anglais ; promesse aux Danemark de
maintenir le statu quo dans le Groenland.)


                                                                                            173
       En même temps que cette participation indirecte à la bataille de l’Atlantique, le
gouvernement américain veut assurer des positions qui lui permettront d’intervenir
militairement (contact avec l’Afrique du Nord qu’il faut garder hors du contrôle allemand car
cette région a une importance stratégique « cruciale » (contact avec le représentant du
gouvernement de Vichy : le Général Weygand  De Gaulle). Garantie française contre une
aide économique indispensable car l’Afrique du Nord est coupée de la métropole (accord 26
février 1941) ;
       Conférence entre Etat-Major US et anglais, entre l’Etat-Major US et brésilien, urugayen
et portugais ; le Congrès prend des décisions qui préparent une participation à la guerre
(crédits votés pour juillet 1941 : 1'400'000 hommes et 6'000 avions)
       Toutes ces mesures sont l’expression d’une politique bien déterminée : Roosevelt a
compris, dès la défaite française, qu’il ne fallait pas laisser succomber la Grande-Bretagne
(sécurité américaine en jeu). C’est sous son influence qu’ont été votés les actes législatifs et
c’est lui qui a décidé seul les mesures destinées à assurer les transports maritimes dans
l’Atlantique.
       Il a conscience que les intérêts nationaux ne pourront être protégés sans le recours
aux armes. Mais pourquoi la démarche est-elle si lente ? Pourquoi Roosevelt hésite-t-il à
franchir le pas décisif ? C’est l’état de l’opinion publique qui donne l’explication de ces
réticences. (F. Roosevelt, comme W. Wilson en 1916-1917, se sent contraint d’adapter sa
politique aux tendances de la mentalité collective). Et cette opinion publique est sollicitée par
trois courants à l’automne 1940 :
       - isoliationniste (pas d’intervention quoi qu’il arrive)
       - abstentionniste (rester neutre aussi longtemps que possible et aide économique),
       - interventionniste (au nom de la sécurité ou la morale).

      C’est l’abstentionnisme qui domine à l’automne 1940 (et Roosevelt est en pleine
campagne électorale [(pas d’intervention, sauf si l’on est attaqué : idem Wilson en octobre
1916, six mois avant l’entrée en guerre des USA)], et c’est seulement après sa réélection
(3ème mandat en nov. 1940) que Roosevelt s’efforce plus activement de modifier la tendance
(grands discours).
Arguments en :
- décembre : sécurité américaine.
- janvier : morale et annonce de la loi prêt-bail,
- mai : les intérêts économiques et financiers américains menacés (si Allemagne..?.. a le
contrôle des 2 océans).

       Est-ce la seule cause de l’évolution de l’opinion ? Non, les interventions présidentielles
ne sont pas seules (il y a aussi pression des productions agricoles pour la loi prêt-bail ;
progrès de la guerre sous-marine allemande qui effraie), mais pourtant l’opinion publique
n’est toujours pas prête à entrer en guerre.
       En somme, un but clairement aperçu, mais une grande prudence dans l’exécution,
voilà le caractère de cette politique. (Il faut intervenir pour éviter la défaite anglaise, mais si
on force l’opinion publique, on risque ce compromettre l’avenir).
       Au moment où la guerre sous-marine allemande dans l’Atlantique atteint les résultats
les plus considérables, au moment où les victoires allemande et italienne dans les Balkans
et en Cyrénaïque ouvrent à la bataille des perspectives favorables, la Grande-Bretagne sait
qu’elle ne pourra résister longtemps si elle reste seule.


      Chapitre XI : Les forces neuves


     En juin 41, le dessein et l’hégémonie continentale annoncé de Mein Kampf est en voie
de réalisation. L’Allemagne annonce un « ordre nouveau » et prévoit la formation d’une


                                                                                               174
« Union Européenne » qu’elle dirigerait. Mais entre les rigueurs de la politique de guerre et
les ménagements qui devraient préparer l’Union européenne (ménagements des
populations), l’antinomie est évidente. C’est pour l’ « ordre nouveau », une menace à terme.
Mais, dans l’immédiat, aucune force ne paraît capable d’ébranler la victoire allemande. Et
pourtant, en six mois, toutes les perspectives sont transformées, lorsque d’une part l’URSS
et les USA, d’autre part le Japon entrent dans la guerre.


Le conflit entre l’Allemagne et l’URSS

      L’entrée en guerre de l’URSS a été déterminée par l’initiative allemande, le 22 juin
1941. La décision du gouvernement hitlérien s’était formée peu à peu aux cours des mois
précédents et les étapes de cette décision sont connues dans leurs grandes lignes.
      Dès la fin juillet 1940, Hitler y pense. Fin août-dès sept. 40 : il demande aux généraux
de « réfléchir à une guerre contre la Russie ».
      18 décembre 1940 : il signe le plan Barbarossa (ce n’est pas une décision ferme, mais
donne consigne à l’armée allemande de se préparer, même avant la fin de la guerre contre
les Anglais, à « abattre la Russie par une rapide campagne »; il faudra faire en sorte
d’achever les préparatifs pour le 15 mai 1941 et l’ordre d’offensive sera envoyé 8 semaines
avant la date fixée pour l’exécution).
      En février 41, Hitler dit à Goering que sa résolution est prise.
      Le 20 avril, il fixe au 22 juin le début des opérations.

C’est en dépit de nombreuses objections qu’Hitler s’est lancé dans cette entreprise. (victoire
rapide impossible, guerre sur 2 fronts impossible sans perdre beaucoup de force du côté
anglais + fabrication de matériel pour la campagne de Russie et non pour des sous-marins
dans l’Atlantique).

     Quels sont les motifs qui ont poussé Hitler à passer outre ces objections ?

       Le premier, c’est l’antagonisme entre URSS et Allemagne, depuis juin 1940, dans la
répartition des zones d’influence respectives (l’URSS a eu peur de l’effondrement trop rapide
de la France. Elle avait annexé toutes les régions comprises dans sa zone d’influence (juin-
août 40) ; l’Allemagne décide, en accord avec l’Italie, d’enlever des territoires à la Roumanie
pour les attribuer à la Hongrie et à la Bulgarie, sans consulter l’URSS (août 40), ce qui est
contraire au pacte germano-russe ; une visite germano-russe (novembre 1940) avait
aggravé la situation : les Allemands veulent orienter les Russes vers la Perse et l’Océan
indien (contre la Grande-Bretagne) en voulant avoir les mains libres dans les Balkans (la
Grèce est importante contre les Anglais) mais les Russes ne sont pas d’accord.
       Cela détermine le gouvernement allemand à mettre l’URSS devant le fait accompli : en
janvier et février 1941, les troupes allemandes entrent en Roumanie puis en Bulgarie ; en
mars, alors qu’Hitler s’apprête à mettre la main sur la Yougoslavie, un coup d’état à Belgrade
porte au pouvoir un gouvernement anti-allemand qui signe presque aussitôt un traité d’amitié
avec l’URSS. Mais les troupes allemandes entrent en Yougoslavie qui, en 10 jours, est
totalement envahie. (la Russie proteste diplomatiquement).
       Cet antagonisme est-il la cause directe de la rupture ?
       En fait, le gouvernement russe, en ne réagissant pas fermement, a fini par abandonner
les Balkans à l’influence allemande, car il se sentait incapable de résister par les
armes. Mais Hitler sait les Russes hostiles. De cette conviction à l’idée d’une guerre
préventive, il n’y a qu’un pas. (Le Führer désire « liquider » l’URSS pour n’avoir pas à mener,
si les USA entrent en guerre, une « guerre sur 2 fronts ». Pourtant, la décision allemande est
inspirée par d’autres mobiles encore.

      Hitler ne croit pas pouvoir obtenir en Méditerranée un succès décisif sur les Anglais
(car pas le soutien attendu de l’Espagne, la Turquie, la France) et donc il devra engager un


                                                                                           175
jour toutes ses forces aériennes contre les îles anglaises. Il ne pourra le faire s’il craint d’être
attaqué au même moment par la Russie. De plus, la Grande-Bretagne ne continue la guerre
que dans l’espoir que les USA ou l’URSS interviendrait. Ne pouvant éliminer les USA, il faut
éliminer la Russie. Finalement, la défaite de l’URSS permettra au Japon d’élargir son action
sur le Pacifique et de faire pression sur les USA (les détourner directement en Europe).
Perspectives favorables pour l’ensemble des conditions stratégiques. Et pour l’avenir, cela
permettra de créer des états tampons en Ukraine et en Russie blanche.

       L’explication économique a aussi sa part : l’occupation du territoire russe c’est les
ravitaillements en Mat. Premières et denrées alimentaires. A l’idée de « guerre préventive »
(i) vient donc s’ajouter la perspective d’avantages immédiats, qui allégeront la situation de
l’Allemagne. Mais, vu ce que les Allemands pensaient des forces armées russes, il est
probable que le Führer prenait la « guerre préventive » comme prétexte pour couvrir le
dessein d’expansion « à l’Est », auquel il songeait depuis près de 20 ans.

       Le plan de guerre allemand prévoyait une victoire rapide et totale (4 semaines de
combats violents et en 4 mois l’offensive se serait étendue de la Volga à Arkhangelsk.
       En fait, pendant l’été 41, les succès allemands sont éclatants (Staline, pourtant averti 1
mois avant, n’avait pas préparé ses troupes, ne croyant pas l’information) et les troupes
avancent dans plusieurs directions et atteignent la banlieue de Moscou (novembre 1941).
Mais le 4 décembre, Hitler n’a pas mis l’adversaire hors de combat, et va se trouver obligé
de soutenir « la guerre sur 2 fronts ».
       De cet échec les causes sont, avant tout, stratégiques : Hitler a dirigé d’abord les
opérations vers les zones industrielles du nord et du sud, pour détruire le « potentiel de
guerre » de l’adversaire, alors que Moscou était l’objectif immédiat le plus important.
       Mais les causes politiques et économiques sont loin d’être négligeables : l’effort
allemand de propagande n’a pas suffi à rallier la population russe du côté allemand
(traitement économique trop dur), mais a, au contraire, renforcé le régime bolchévique.
       Faut-il faire place, dans cet échec allemand, à l’assistance en matériel donné à l’URSS
par les USA et la Grande-Bretagne ? Non, car cette part a été, au cours des premiers mois
de la guerre germano-russe, très modeste. C’est seulement en août que le gouvernement
iranien laissera passer le matériel anglais par son territoire et c’est le 30 septembre que les
USA promettent de fournir, chaque mois, 400 avions et 500 chars d’assaut. (trop tardif pour
décider du sort la de bataille de Moscou).


L’entrée des USA dans la guerre

      Ils le font au moment même où le plan de campagne allemand contre la Russie est mis
en échec devant Moscou. Mais le gouvernement américain n’était alors plus vraiment neutre
puisqu’il jouait un rôle dominant dans la Guerre économique et tenait même, indirectement,
une place dans la bataille de l’Atlantique. (7 juillet 41 : extension de la « zone de sécurité »
jusqu’à l’Islande. (établissement d’une base navale américaine) ; 21 juillet : nouvelle loi pour
maintenir 900'000 hommes de l’armée ; 29 juillet : accord avec les Portugais ; 30 juillet :
début de la mobilisation économique ; 11 septembre : autorisation aux navires de guerre
américains d’ouvrir le feu si menacés ; 9 octobre : autorisation aux navires marchands d’être
armés (en 1917, cette décision avait précédé de quelques jours l’entrée en guerre).
      11 août 41 : signature de la Charte de l’Atlantique (USA-Angleterre)  volonté de voir
s’organiser, « après la destruction finale de la tyrannie nazie », un système de sécurité
collective, un régime de collaboration économique et une volonté de restaurer les « droits
souverains » des peuples. Confirmation avec éclat de la position américaine : il n’était donc
plus question ni de neutralité économique, ni de neutralité navale, ni de neutralité morale.
Néanmoins, F. Roosevelt ne pouvait franchir ce pas car l’état de l’opinion publique ne le lui
permettait pas (sauf dans le cas où le territoire américain serait directement attaqué).



                                                                                                176
        C’est le Japon que met fin à ces perplexités, lorsque le 7 décembre 1941, sans
déclaration de guerre, il engage les hostilités contre les USA par l’attaque aérienne dirigée
contre Pearl Harbor. La guerre du Pacifique jette immédiatement les USA dans la guerre
européenne. L’initiative de la déclaration de guerre est prise le 11 décembre, par l’Allemagne
et l’Italie, qui ne font que devancer le dessein des USA. Sans doute, l’intervention américaine
en Europe se serait-elle produite même sans guerre du Pacifique, mais elle aurait été plus
tardive, et n’aurait pas eu les mêmes conséquences sur le cours des hostilités. Ce sont donc
les origines du conflit nippo-américain qu’il faut examiner.
        Le conflit diplomatique entre les 2 puissances durait depuis mai-juin 1940 (montée de
l’Allemagne en Europe : le japon profite pour étendre ses ambitions vers les « mers du
Sud ». Le gouvernement américain veut s’y opposer : « pression économique » pendant 15
mois (le gouvernement japonais impose au gouvernement de Vichy l’installation de bases
nippones en Inde, etc. Fin des exportations américaines de produits métallurgiques vers le
Japon) et accorde à la Chine la loi « prêt-bail » ( !) (matériel de guerre).
        Juillet 41 : le Japon envahit l’Indochine française  USA : embargo total sur les
exportations (y compris pétrole) et gel des avoirs japonais aux USA. A ces pressions, le
gouvernement japonais n’oppose pas de réplique immédiate, mais il ne pense pas renoncer
à la politique chinoise : il décide donc de faire la guerre).


    Quels ont été les buts et les caractères de la politique suivie à Tokyo et à
Washington ?

      i) Japon

      La politique nippone est fixée dès juillet 1940 : la priorité est la question chinoise. (= la
couper du monde extérieur : occupation de l’Inde française, détroit Malacea, Birmanie) 
circonstances favorables puisque la France est vaincue et la Grande-Bretagne paralysée et
l’opposition américaine ne sera qu’économique. Pourtant, il ne faut pas croire que tout a
toujours été clair. Il y a eu des divergences au sein des dirigeants (hommes d’affaires
prudents, les militaires pour la « grande Asie orientale », l’Etat-Major de la marine se veut
prudent car il craint une guerre contre les USA) En somme il y a ceux qui n’osent pas aller
jusqu’à la guerre avec les USA (et veulent aller le plus loin possible avec la diplomatie) et il y
a les autres qui veulent réaliser intégralement le programme d’expansion, même s’il faut faire
la guerre aux USA. C’est dans la période de juin à novembre 1941 qu’il faut suivre de près, à
Tokyo, le jeu des forces.
      La rupture germano-russe libère le Japon du « danger russe ». Il faut une action dans
les mers du Sud et attendre encore pour occuper la Sibérie orientale (quand toutes les
troupes russes à l’ouest). Le Japon étend son occupation jusqu’à Saïgon. Sanctions
économiques américaines : la marine veut éviter la guerre (pas assez de réserves de Mat.
Prem.). Le Japon veut la négociation, mais les USA refusent. Les militaires veulent la guerre
immédiate mais l’Empereur s’y oppose.  Négociations nippo-américaines (septembre-
octobre) qui bute sur la question chinoise. Novembre : négociations et préparatifs de guerre.
29 novembre : sûr que les USA n’accepteront pas les conditions nippones, la décision est
prise et l’ordre est donné le 1er décembre
      7 décembre : Pearl Harbor.
      Raisons : Les japonais, s’ils sont prêts à limiter leur programme (Drad ?) en mers du
Sud, ils ne veulent ni renoncer à établir un « ordre nouveau » en Extrême-Orient, ni
abandonner les résultats acquis en Chine au prix de 4 années de guerre.  Faire la guerre
sans tarder car les USA développent leurs forces navales et les stocks nippons diminuent.
L’Allemagne ne les a pas influencés.

      ii) USA




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       Vives controverses sur la politique américaine à l’égard du Japon pendant ces années
car il y a les partisans et les adversaires de la théorie « rooseveltienne ».

     Les faits : Le gouvernement américain est parfaitement renseigné des plans
d’expansion nippons (il capte les informations), notamment de ceux en mers du Sud.
     Roosevelt veut s’y opposer afin de protéger les positions anglaises (intérêts
américains).

      Stratégie globale : aider la Grande-Bretagne sur le continent (matériel de guerre) mais
aussi dans les mers (voies de communications). Mais la politique américaine ne s’en tient
pas là puisqu’elle veut aussi entraver les desseins japonais en Chine (car intérêts
commerciaux en financiers américains à It (?) en Chine).

        Principal moyen de pression : l’arme économique. Mais les USA ont longtemps hésité
à en faire un usage complet (de juin à juillet 41 encore vente de pétrole). US expliquent (?)
que ça sert à trouver dans les préoccupations stratégiques et dans l’état de l’opinion
publique. [Stratégie : La guerre dans le Pacifique empêcherait de tenir sa place dans la
guerre de l’Atlantique (moins de bateaux) et dans la perspective de l’entrée en guerre
américaine, l’effort de guerre serait porté sur l’Atlantique ; l’opinion publique : préoccupation
utilitaire (les produits américains explorté vers le Japon)]. Mais ces motifs qui influencent le
gouvernement américain jusqu’au début de l’été 1941, cèdent alors devant d’autres
considérations : allure nouvelle de la guerre en Europe (rupture URSS-Allemagne). Japon
plus libre dans les mers du Sud (car action russe paralysée en Extrême-Orient) et Grande-
Bretagne moins menacée par la bataille de l’Atlantique (toute l’aviation allemande engagée
contre l’URSS). Les sanctions économiques et financières (fin juillet) qui ont pour but de
contraindre le Japon à négocier mais qui prend vite une allure différente car le gouvernement
américain est intransigeant.

Pourquoi cette raideur ? Il y a 2 moments-clé :

i)     Fin août Roosevelt reçoit une demande de négociations et s’y oppose car il sait que
       le Japon continuera ses Imports dans les mers du Sud (écoutes) et surtout car une
       entrevue entre 2 vues si opposées pourrait mener à la rupture, alors qu’il faut gagner
       encore 3 mois (réarmement naval).
ii)    Fin novembre, les USA savent que la guerre est certaine mais il vaut mieux que le
       Japon prenne l’initiative de la guerre (opinion publique américaine plus réarmement
       en cours) Dans les dernières négociations ils restent intransigeants (abandonner
       Indo. Française et le gouvernement placé en Chîne occupée) tout en avertissant les
       Etats-majors d’une guerre imminente (mais sans se douter que la menace se portera
       sur Pearl Harbor, si loin des bases japonaises ; ils pensent à une attaque sur les
       Philippines).

      Le gouvernement américain, sans consulter son Etat-major, a pris des positions aussi
fermes car les protestations chinoises et les objections anglaises ne lui permettaient pas de
chercher un accord autorisant le Japon a continué son expansion (sans aide américaine les
Chinois abandonneraient et alors les Japonais pourraient utiliser dans le Sud-Est asiatique
toutes leurs troupes  augmente les difficultés anglaise).

      L’attitude des USA pendant cette période a été déterminée par les décisions du
Président. C’est ce comportement de F. Roosevelt qui a donné lieu à des interprétations
contradictoires :
i)      Roosevelt a poussé le Japon a déclaré la guerre car il voulait entrer dans la guerre
        européenne et l’opinion publique ?




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ii)       Roosevelt a suivi des préoccupations stratégiques, liées au destin de la Grande-
          Bretagne (dans les mers du Sud et en Chine). Pourtant il ne souhaitait pas la guerre
          avec le Japon ; il en acceptait seulement les risques.
         Renouvin écarte la 1ère thèse.

       Entre l’échec de la « guerre-éclair » engagée par l’Allemagne en Russie et l’ouverture
des hostilités par le Japon dans le Pacifique, la coïncidence (ils ne se sont pas concertés)
est fortuite : les porte-avions japonais destinés à l’attaque de Pearl Harbor quittent leur base
drop.(?) le 1er décembre, donc avant le début de la contre-offensive russe qui dégage
Moscou. Pourtant, dans la perspective du conflit mondial, cette coïncidence est
d’importance. L’Allemagne avait voulu « éliminer » l’URSS pour décourager la Grande-
Bretagne, mais aussi être libre de faire front à l’ouest si les USA entraient en guerre. Cette
entrée en guerre américaine intervient à l’heure même où disparaît l’espoir d’une victoire
rapide en Russie (Hitler voulait la retarder afin d’en avoir auparavant fini avec la Russie.
Différentes recommandations à ses alliés jusqu’en septembre, où Hitler sait que les USA
entreront en guerre (Roosevelt donne l’ordre de tirer)  Alors il encourage même le Japon).
       Pourtant, cette intervention américaine n’est pas, dans l’immédiat, inquiétante pour
l’Allemagne, car le Japon vole de victoire en victoire, obligeant les USA à concentrer toutes
leurs forces dans le Pacifique. C’est seulement à la fin mai 1942 que l’offensive japonaise
est ralentie, après la bataille de la mer de Corail. Alors seulement les USA peuvent
envisager une large participation aux opérations de guerre en Europe.


        Chapitre XII : le maintien de la "Grande Alliance"


       La coalition fermée, à la fin de 1941, par la GB, l'URSS et les USA disposent de
ressources en hommes et forces économiques qui doivent lui assurer la supériorité. Pendant
près d'un an, l'Alliance remporte encore de nbreux succès en Russie et le Japon établit sa
domination dans le sud-est asiatique. Mais à l'automne 1942, sur les principaux théâtres
d'opération , la renversement stratégique s'accomplit. Le 8 nov., le débarquement anglo-us
en Afrique du nord prépare la victoire alliée en Méditerranée et l'offensive en Europe. Le 19
nov., la contre-offensive russe à Stalingrad marque l'échec des plans de guerre hitlériens.
Enfin, en février 1943, la bataille navale des îles Salomon ouvre l'ère de la contre-offensive
US dans le Pacifique.
       Désormais si les 3 puissances restent solidaires, l'Axe sera acculé au désastre. La
coalition survivra-t-elle ? C'est, pendant 3 ans, pour l'avenir de l'Europe, la grande question
et c'est aussi pour la politique hitlérienne qui guette les chances d'une dissociation, le grand
espoir. La collaboration entre l'URSS et les 2 puissances anglo-saxonnes, difficile dans la
conduite des opérations, sera encore plus difficile dès qu'il s'agira de tracer les bases de la
paix future. Dans ce débat, la décision n'appartiendra qu'aux trois grands (Churchill,
Roosevelt, Staline), les autres ayant été laissé de côté (comité français de libération national
– qui dès mai 43 conduit toute la France d'outre-mer, gvt polonais de Londres, gvts exilés de
Grèce, Yougo, PB, Norvège).Or, dans la relation entre les membres de ces coalitions, la
méfiance est mutuelle ( USA-GB se souviennent su pacte germano-sov du 23 août 1939 ;
l'URSS craint que USA-GB ne lui laisse porter le poids principal de la lutte, en retardant la
formation du "second front" de combat ).

        Les étapes de ces difficultés sont à étudier.


      i) Entre juin 1941 et nov. 1942, la question primordiale est celle de la conduite
      stratégique le la Guerre. Pendant les première semaines après la rupture germano-
      russe, la collaboration entre URSS et USA-GB avait été restreinte à des fournitures de
      matériel. Pour l'ANG, c'est un répit car elle était "soulagée" en Médit, tant que l'aviation


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   allemande était concentrée sur le front russe. Les USA interviennent sous l'initiative de
   Roosevelt, mais l'opinion publique était d'accord, car il y avait danger d'hégémonie
   allemande sur le continent et d'hégémonie japonaise dans le N-O du Pacifique. Mais
   Staline comptait d'emblée sur la création d'un "second front" et il désirait obtenir des
   assurances sur ces "buts de guerre". Quels résultats obtient-il ?

       La question des buts de guerre, souvent traitée dans les entretiens anglo-us, n'est
traitée avec l'URSS que par allusion. Août 1941 : Charte Atlantique USA-GB sans
consultation russe…en déc 1941, le gvt russe réagit en faisant connaître ses revendications
territoriales dans la perspective du règlement de paix, ce qui est difficilement compatible
avec la Charte Atlantique.
       La formation du "second front" reste, au contraire, l'objet des préoccupations
constantes du gvt soviétique. Staline pense en sept 1941 qu'une opération de débarquement
serait possible dans le Nord de la France ( Churchill dit que c'est impossible, comme l'envoi
d'hommes en Russie). En janv. 1942, des experts anglo-us estiment qu'un "second front" en
Europe est impossible avant 1 an au moins. Pourtant, au printemps, lorsque l'armée
allemande reprend l'offensive, USA-GB craignent que l'URSS se décourage et demande une
paix séparés : les Anglais signent alors un pacte d'assistance avec l'URSS (mai) et les USA
lui accordent le bénéfice de la loi "prêt bail" et le projet d'un débarquement en Afrique du
Nord ( qui ne plaît pas à Staline car les Allemands n'auraient pas à ramener des troupes
comme si 2ème front en Europe ). Staline soupçonne donc les USA et GB de faire en sorte
que les forces russes s'épuisent. Mais dans la situation dramatique qui est celle du front
russe, comment éviterait-il de se résigner ?


      ii) Le succès de la contre offensive russe, le 19 nov. 1948, à Stalingrad ( dont toutes
les conséquences apparaissent 2 mois et demi plus tard lorsque l'armée (?) capitule ) ouvre
une étape nouvelle dans les relations entre l'URSS et les puissances de l'Atlantique. Le gvt
sov. obtient plus de poids dans les discussions (moins besoin urgent de fourniture de
matériel ; renversement de la sit. militaire grâce aux seules forces russes)…il peut réveiller la
question des buts de guerre et exiger un second front ; il peut aussi se rapprocher de l'All (ou
en tous cas faire semblant) puisqu'alors la carte géo est plus favorable. La crainte de voir
l'URSS aller vers cette paix séparée explique, pour une large part, les décisions des gvts
angl et us pendant le cours le l'année 1943.

       En janv. Roosevelt et Churchill, en conférence à Casablanca (Staline à refusé de
venir), ont pour préoccupation immédiates d'apaiser le mécontentement russe (ne pouvant
promettre la formation d'un "second front" prochainement, ils annoncent la volonté d'imposer
à l'All une "capitulation sans conditions"…convaincre Staline qu'une paix de compromis est
absolument exclue). Mais le gvt sov. continue pourtant, en fév., à réclamer le "second front"
qui devra être établi "dans le nord de la France". Cette insistance reste vaine
       Pour "briser la glace", USA-GB envisagent enfin d'engager avec l'URSS les
conversations ajournées depuis 18 mois au sujet des buts de guerre. Les conditions en
Europe : la défaite italienne imminente entraînera la défaite allemande…l'URSS aura une
chance accrue de dominer le continent européen. A Téhéran, 28-29 nov., malgré les
oppositions du gvt polonais à Londres : 1ère Conférence où se trouvent réunis Staline,
Roosevelt et Churchill : les revendications de l'URSS sont alors exposées dans leur
ensemble et elles obtiennent un premier succès ( promesse que le débarquement effectué
en sept.43 en Italie sera suivi, en mai 44, d'une opération de grande envergure en
Normandie ; dans les Balkans indication sans objection du dessein d'annexer les pays baltes
; USA-GB d'accord pour que les limites de la Pologne aillent de la ligne Curzon à la ligne
(?)…la Pologne gagnerait la Prusse orientale, la Silésie en compensation des territoires à
l'est qui seront ceux décidé par le Pacte germano-sov. …mais l'Ang subordonne son
acceptation définitive à l'assentiment du gvt polonais établi à (?). ). Donc, USA-GB, sans



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engagement formel, ont admis l'essentiel du plan russe. En fait, ils espèrent que la ligne
Curzon deviendra la limite de l'influence soviétique à l'ouest.


   iii) Dans la dernière étape de la guerre, parallèlement aux succès des débarquements
   en Normandie et en Provence, la situation militaire donne à la pol. sov. de nouveaux
   arguments. En avril 1944, les troupes russes pénètrent dans la péninsule balkanique ; en
   juillet, elles entrent en territoire polonais. Ces faits accomplis dominent la situation
   diplomatique : l'URSS n'aurait plus rien à y gagner à conclure une paix séparée avec
   l'All. mais se trouve en situation favorable dans la négociation des buts de guerre.
   Négociation anglo-soviétique : la GB a "les mains libres" en Grèce mais l'URSS a une
   influence exclusive en Bulgarie, Roumanie et partielle en Yougoslavie…la carte de la
   guerre devient dangereuse car trop en faveur de l'URSS : il faut rapidement délimiter les
   zones d'influence. "Sauver l'Europe du bolchevisme", c'est le but US-GB à la Conférence
   de Yalta ( fév. 45 ). A ce moment, les troupes us, fr., angl., s'apprêtent à franchir le Rhin ;
   mais les russes occupent déjà tous les territoires de l'Etat polonais d'avant 1935.

     Quels sont les aspects essentiels de cette Conférence de Yalta ?

      Accord sur les affaires allemandes, les détroits ottomans, les questions d'Extrême-
Orient (à chaque fois règlement provisoire prévu) : Allemagne séparée en zone d'occupation
russe, angl., us., éventuellement fr. ; statut des détroits ( Bosphore, Dardanelles ) sera
modifié afin que les intérêts soviétiques ne soient pas dépendants du contrôle turc ; UESS
entrera en guerre contre le Japon une fois que l'All. aura capitulé et retrouvera ses (?) et
intérêts de 1904. Mais sur la question polonaise, cet accord de principe est impossible (GB-
URSS) : GB-USA veulent démocratie sans influence sans influence soviétique ; URSS veut
sécurité (en 1915 et en 1941, c'est par la Pologne que l'Allemagne a attaqué) et le gvt
polonais de Londres y perçoit comme un abandon anglais : les concessions anglo-us avaient
été très larges. Donc, un mois plus tard, le gvt soviétique commence à se dégager des
engagements pris. L'effondrement militaire de l'All. ouvre la voie à un changement radical
dans les relations entre les 3 Etats, restés solidaires seulement parce qu'ils avaient à vaincre
un ennemi commun.

      A la lumière des évenements survenus entre 1945 et 1948, les concessions faites par
Roosevelt à l'URSS en fév. 1945 ont été vivement critiquées aux USA. Et les défenseurs de
Roosevelt n'ont répondu qu'en soulignant l'impuissance où se trouvaient, en fév. 45, les 2
grands Etats angl. et us. Ainsi, en All. orientale et en Pologne, la carte de guerre n'avait
laissé aux USA + ANG aucune chance de mettre en échec la domination soviétique. En
Extrême-Orient, le fallait l'appui de l'armée soviétique, sans quoi la résistance japonaise (en
Chine et en Mandchourie où il y a bcp de son armée) aurait pu être très longue (et tant pis si
l'URSS pourrait ensuite augmenter son influence dans la région).

   Quelques remarques : l'appel à l'intervention russe en Europe de l'Ouest a été superflue
   puisque le Japon a capitulé après l'emploi de la bombe atomique. Roosevelt ne pouvait
   en être sûr (et Truman, au milieu de juin encore, répétera que l'assistance soviétique est
   nécessaire).
   La carte de la guerre en Europe ne permettait plus à la GB-USA de faire obstacle, en fév.
   45, à l'expansion russe, à moins de songer à un 3ème conflit mondial, envisagé par
   personne. (exiger des zones délimitées fixes dès l'automne 43, à la Conférence de
   Téhéran, alors que la carte de l'Europe était moins mauvaise ? Le risque que l'URSS
   signe un traité séparé avec l'Allemagne était alors trop grand. Puisque le "second front"
   n'était pas encore ouvert (dès qu'il le fut l'URSS avait bcp plus à gagner de la poursuite
   de la guerre) (la politique d'apaisement a donc été, semble-t-il, la contrepartie du retard
   apporté à la formation de ce "second front". C'est pour avoir voulu limiter leurs risques



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   que les USA-GB ont été placés, à l'égard de l'URSS, dans une situation diplomatique
   défavorable.


Chapitre XIII : la défaite des puissances de l'"Axe"


      Il suffit que la coalition adverse soit maintenue pour que le sort de l'All. et de ses
associés soit certain. Ce destin, ce sont les armes, et elles seules, que en décident ( l'HRI
(?) se borne à examiner quand et comment les gvts ou les peuples des Etats vaincus ont
pris conscience de leur défaite, et en ont tiré les conséquences.


       V.      1) L'armistice italienne

        Le 25 juillet 1943, la chute de Mussolini annonce la défection de l'Italie ( le nouveau gvt
cherche aussitôt l'armistice mais n'y réussit que 6 semaines plus tard). Et l'Italie, au moment
où elle se retire de la guerre, devient champ de bataille ( Pourquoi le régime fasciste s'est-il
effondré ? Pourquoi cet effondrement n'a-t-il pas épargné à l'Italie les épreuves de la guerre
? La chute du fascisme est la conséquence directe de l'allure nouvelle prise, depuis nov.42,
par les oppositions à la guerre en Méditerranée ; mais les difficultés de la collaboration entre
l'Italie et l'All. et la lassitude de l'opinion publique italienne avaient, de longue date, préparé
l'événement.
        Dès l'automne 1940, les relations germano-italiennes avaient subi une première
épreuve : l'Italie attaque dans les Balkans (Malte comme voulu par l'All.) afin d'éliminer
l'obstacle grec…opérations malheureuses. Mussolini doit demander l'aide allemande (fév.
41) et donc sa politique balkanique n'est plus libre. Dès lors le but sera de rester aux côtés
de l'All. afin de gagner le plus possible à la fin de la guerre. Mais des problèmes intérieurs
apparaissent pendant la guerre : la population italienne n'avait pas souhaité l'entrée en
guerre et un an plus tard elle ne la comprenait toujours pas. Pourtant, l'opposition active était
limitée à deux foyers, tous deux réduits à une activité clandestine (le parti communiste, fort
dans les régions industrielles ; le "parti d'action"). L'attitude des hauts fonctionnaires
serviteurs du fascisme non plus n'était pas sûre.
        Que cette opposition de développe, à partir de nov. 1942, lorsque le débarquement
anglo-us en Afrique du Nord fait peser une menace directe sur l'Italie, il n'y a rien là de
surprenant. Les premiers à se rendre compte du fait que l'Italie va bientôt être envahie sont
les chefs militaires (la navigation devient très difficile, le ravitaillement chute. Pour maintenir
le front de Tunisie et protéger la Sicile, il faudrait que l'armée allemande stoppe ses efforts
en Russie et déplace des troupes vers la Méditerranée…mais Hitler s'y refuse. Des militaires
influents (Badoglio) demandent "un changement de la situation intérieure" et les anciens
parlementaires libéraux vont dans le même sens.
        C'est au milieu de mai 1943 que le roi incline à donner son appui aux desseins de
l'opposition : Badoglio met en place un coup d'Etat, avec le chef de l'Etat Major, puis
rencontre les membres du "parti d'action" au sujet de la composition du futur gvt. En même
temps, les fissures s'élargissent au sein du parti fasciste (deux ministres sont mis de côté car
ils ne sont plus pour vaincre les Alliés). Ces signes sont assez alarmants pour que Mussolini
admette qu'il faudra bientôt chercher la paix (il conseille à Hitler une paix séparée avec
l'URSS et tente, après avoir perdu la Tunisie, un rapprochement avec la Roumanie).
        Cette crise latente devient imminente lorsque la situation militaire s'aggrave : 10 juillet,
débarquement anglo-us en Sicile ; 19 juillet, 1er bombardement sur Rome (demande d'aide
à l'All. qui refuse car elle ne peut pas). Le roi estime qu'il faut laisser la lutte mais Mussolini
refuse de laisser tomber l'All. Coup d'Etat sous l'initiative du Grand Conseil qui vote pour le
"rétablissement des prérogatives du roi et du Parlement" (24 juin). Le 25 juin, Mussolini
démissionne et est arrêté (les généraux n'ont été mêlés en rien à l'initiative du Grand
Conseil). Pourquoi Mussolini n'a pas résisté ? Il avait certainement conscience que la


                                                                                                182
situation italienne était inextricable, que la milice fasciste était incorporée dans l'armée, sans
résistance (elle aurait été battue d'autant plus que le peuple approuvait le coup d'Etat). (Le
régime est tombé parce qu'il n'avait pas d'appui. Et la chute du Duce apparaissait comme la
préface nécessaire à une négociation de paix. C'était l'intention immédiate du gvt du
maréchal Badoglio…mais pourquoi 6 semaines ?

       Le gvt italien ne pouvait abandonner le "Pacte d'Acier" sans être balayé par les troupes
allemandes postées en Italie il fallait attendre que les troupes anglo-us soient assez fortes
dans le pays : il fallait donc jouer un double jeu : déclarer au gvt allemand que l'Italie
continuait la guerre et prendre contact, à son insu, avec les Anglo-US = situation scabreuse
car le gvt allemand pouvait percevoir la manœuvre italienne (mais les Allemands n'auront
que des doutes ; ils refuseront pourtant de rapatrier les divisions italiennes engagées sur le
front russe ou dans les Balkans), et les gvts anglais et us pouvaient ne pas faire confiance à
un ministère formé de hauts fonctionnaires qui, la veille, étaient encore au service du régime
fasciste ( la négociation secrète avec les USA-GB réserve au gvt, aux troupes italiennes
engagées en Sicile contre les Alliés et à la population qui subit les bombardements aériens
de lourdes épreuves : le gvt italien est mis sous pression, dès le 11 août, afin de signer une
capitulation « sans conditions ». Il s’y résignera 3 semaines plus tard. (menacé d’un
bombardement de Rome) et le 3 septembre 1943, il signe l’armistice, accepte un
débarquement et s’engage à exécuter toutes les conditions politiques et économiques qui lui
seront notifiées ( cette convention reste secrète  entrée en vigueur uniquement le jour de
l’opération).
       L’étape qui sépare la signature et l’exécution est un cauchemar : il faut regrouper les
troupes italiennes qui sont encore mêlées aux troupes allemandes, et protéger Rome  le 8
septembre, les Alliés avertissent Badaglio que l’armistice sera déclarée le soir même (et le
gouvernement italien est obligé de faire la même annonce, sinon il devrait faire face à
l’hostilité allemande et alliée)

       Débarquement allié au sud de Naples, le soir mais déjà les troupes allemandes
tiennent Rome, tandis que le gouvernement se réfugie à Brindisi.  le 15 septembre,
Mussolini forme en Italie du Nord un gouvernement « fasciste républicain » sous contrôle
allemand  l’Italie va être pendant 18 mois un champ de bataille.échec total du nouveau
gouvernement [négociation de l’armistice  capitulation sans conditions ; débarquement au
nord de Rome sud de Naples (200 km plus bas)]. Aurait-il pu éviter ce désastre en
adoptant une attitude nette (soit neutralité, soit contre Allemagne). Il semble que non car la
situation était très délicate. Les promoteurs de la politique italienne n’avait pas su prévoir
combien il était difficile de sortir de la guerre.

      2) La défection des « satellites »

        « L’ordre nouveau » établi dans l’Europe danubienne et balkanique par l’Allemagne et
l’Italie victorieuses, avait eu pour instrument le gouvernement qui avait préféré la vassalité à
la destruction. (Hongrie se mettre du côté du vainqueur ; Roumanie : récupérer des
territoires ; Bulgarie dépendance économique et récupérer des territoires ; Grèce et
Yougoslavie, dont les souverains avaient ralliés Londres, étaient protégées par les autorités
de l’occupation, mais Grèce restait un Etat, alors que Yougoslavie démembrée). Avant
même le retournement stratégique de novembre 1942, la précarité de ce système était
manifeste (opposition en Yougoslavie –Tito ; guérilla en Grèce ; mouvement libéral en
Albanie ; Hongrie et Roumanie se détachent après l’échec de l’offensive allemande sur
l’URSS et se rapprochent de la Grande-Bretagne) pas étonnant que larges remous avec la
défection italienne (augmentation de l’opposition en Yougoslavie, Grèce, Slovaquie ;
Bulgarie se rapproche de Russie, Roumanie veut s’aligner sur la politique extérieure de
l’Italie ; Hongrie négocie avec Angleterre / USA car elle ne veut passer de l’ingérence
allemande à la russe).



                                                                                              183
        « La carte de la Guerre » ne va pas tarder à accélérer ces menaces de dislocation :
entrée en Pologne de l’URSS fait peur  volonté de les tourner vers l’Angleterre/ USA.
[Roumanie ; Bulgarie ; Hongrie, mais Hitler est mis au courant  il envahit les pays sans
résistance (19 mars 1944)]. Mais les pays réalisent qu’ils ne pourraient échapper à
l’influence russe.  dans les derniers jours d’août seulement, les satellites se décident enfin
à se dégager de l’empire allemand et se résignent à se tourner vers l’URSS. (armistice
roumain, puis bulgare, puis hongrois qui ne se détachera du « système allemand » qu’en
janvier 1945). Au fond le comportement de ces petits Etats qui se sont bornés à subir les
événements, a été sans influence sur le développement du conflit mondial. Ce ne sont là que
des épisode secondaires.

     3) L’effondrement de l’Allemagne

       i)     Pourquoi, après le succès de la contre-offensive russe, le défection italienne
              et la formation du « Second Front » en France, le gouvernement allemand,
              malgré les souffrance de sa population civile, écrasée par le bombardements
              aériens et la paralysie des industries de guerres, a-t-il poursuivi jusqu’à ces
              limites extrêmes une lutte dont le résultat a été d’aggraver le désastre
              national ?

              Reprendre l’ascendant dans les opérations de guerre grâce à l’emploi d’armes
              nouvelles (fusées et avions sans pilotes) ?  But = désorganiser les Anglais
              dans leur préparatif du débarquement de Normandie. Mais les premiers
              engins ne sont lancés que le 12 juin 1944 sur LHR (London) et le
              débarquement a déjà eu lieu. Hitler croira en l’efficacité des V2 jusqu’à
              « quelques semaines avant la fin » alors qu’il n’y a plus aucun espoir depuis
              longtemps.
              Trouver une fissure dans la coalition adverse et obtenir une paix séparée à
              l’Est ou à l’Ouest. Hitler ayant toujours refusé la négociation (même lors des
              débarquements en Afrique du Nord ou de la capitulation de l’armée ……… à
              Stalingrad) mais il change d’avis au lendemain de la chute de Mussolini 
              c’est vers l’URSS qu’il regarde en premier, mais les conditions territoriales
              russes (juillet 1943) ne sont pas conformes à ce que l’Allemagne peut
              attendre du terrain. En septembre, les Allemands cherchent à nouveau la
              négociation ( leurs troupes évacuent l‘Ukraine) mais cette fois les Soviétiques
              se dérobent. Ensuite Hitler ne voudra plus en entendre parles (malgré les
              appels nombreux de Goebbels et Ribbentrop)  une négociation avec
              l’Angleterre / USA depuis que Roosevelt / Churchill ont annoncé en janvier
              1943 qu’ils exigeraient une « capitulation sans condition ». Pourtant, à
              plusieurs reprise cela semble possible : décembre 1943 - volonté allemande
              de négocier et puissances refuses ; mars 1944 - les chefs militaires
              occidentaux mais Hitler refuse ; débarquement de Normandie  plus d’illusion
              , dès 1945 Hitler cherche un contact avec les puissances occidentales. [La
              contre-offensive dans les Ardennes a échoué et les bombardements sur LHR
              ont fait long feu (armes secrètes)]  réponse négative (tant que Hitler au
              pouvoir) ; mars 1945 – volonté de « capitulation sans condition » sur un seul
              front (italien ou Angleterre / USA)  rencontre sans lendemain (protestation
              soviétique contre Angleterre / USA).  Il apparaît que le gouvernement
              hitlérien, assuré de ne pas pouvoir survivre à la défaite, a joué jusqu’au début
              de 1945 le tout pour le tout.

       ii)    Et pourquoi le peuple allemand, l’armée allemande vont-ils laisser faire ?

              La seule tentative qui a été faite pour imposer une autre attitude, a été
              l’attestation dirigée contre Hitler le 20 juillet 1944, à laquelle ont été associés


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               des généraux, de nombreux officiers,…, des universitaires, des hommes
               d’affaires. [Conservateurs (traditions prussiennes) nationalistes ont la volonté
               de négocier la paix]. Pourquoi aussi tard ? Ils avaient esquissés des projets
               dès le printemps 1943, mais ils pensaient que l’élimination de Hitler ne
               pourrait pas être comprise par l’opinion publique et par l’armée, tant que l’une
               et l’autre n’avaient pas acquis pleine conscience de la défaite. Et c’est
               seulement après le débarquement de Normandie que ces conditions leur
               paraissaient être réalisées.  Cela montre à l’historien que le régime hitlérien
               conservait encore, à leur avis, une assise solide de la masse de la population.
               Une population qui après le coup d’état manqué, n’a pas tenu à marquer sa
               volonté de changer les choses  le peuple allemand, en juillet 1944, n’était
               pas prêt à soutenir, ou même à accepter, une action dirigée contre le Führer :
               entouré depuis 10 ans par les organisation national-socialistes, la masse
               populaire continuait a croire que ce chef allait accomplir le miracle de
               redresser la situation militaire. De même dans l’armée, si les grands chefs
               avaient perdu toute illusion, les cadres subalternes conservaient au Führer
               leur admiration  la psychologie collective n’était pas à l’unisson du « complot
               du 20 juillet ».

      4) L’effondrement du Japon

       1942 : Maître non seulement des régions les plus riches et les plus peuplées de la
Chine, mais de toute la partie occidentale de l’Océan Pacifique, de toute l’Indochine et des
Indes néerlandaises, le Japon a pour dessein de rétablir un « ordre nouveau » en Asie
orientale ;  février 1943 (bataille navale des îles Salomon)  sécurité des communications
maritimes avec Indes néerlandaises (MP) menacées.  Dès l’été 1944, les signes
précurseurs de la défaite étaient apparus [lourdes pertes dans marines marchandes et flottes
de guerres (bataille de Philippines)]  hiver 1944-45 : ville bombardée, pénurie alimentaire,
diminution production industrielle (conséquences de la paralysie des transports maritimes).
 1er avril 1945 : succès USA dans une ville proche de l’archipel nippon qui est désormais à
portée d’une opération de débarquement  5 semaines plus tard, capitulation allemande 
Angleterre / USA sur Extrême-Orient (fin relations maritimes entre le Japon et les troupes
japonaises en Chine)  Truman déclare que le Japon devra « capituler sans condition ».
Pourtant la résistance nippone se prolonge  Les USA décident de tester, puis utiliser la
bombe atomique (épargner les troupes américaines si débarquement et empêcher l’URSS et
d’avancer en Extrême-Orient).
        26 juillet : ultimatum sans réponse  6 août Hiroshima et 9 août Nagasaki [le même
jour l’URSS dénonce le pacte de neutralité russo-nippon (1941) et déclare la guerre]  10
août : le gouvernement nippon demande la paix, le 14 il accepte les conditions USA.  2
septembre : la capitulation est un fait accompli.

A) Pourquoi le gouvernement japonais n’a pas cherché, avant l’effondrement allemand une
   paix négociée ?

      Des hommes politiques importants semblent avoir dès le départ douté de la victoire,
cela s’accentue avec le « tournant » stratégique de la guerre européenne en novembre 1942
et le début de la contre-offensive américaine en février 1943, mais leurs opinions n’ont
jamais été affirmées au sein du gouvernement où le Premier Ministre et les Chefs militaires
affichaient une confiance imperturbables. C’est en juillet 1944 seulement, que le succès du
débarquement en Normandie, qu’une initiative est prise : changement de Premier Ministre.
Mais cela ne changera rien, tout comme le nouveau changement après la victoire US de
1945. Pourtant le personnel dirigeant perçoit les signes de la défaite prochaine. Mais il hésite
à en tirer les conséquences, car il a peur d’une réaction violente de la peur des chefs armés.
Le parti militaire reste donc maître de la situation, il pense que l’ennemi, pour en finir, testera
…


                                                                                               185
B) Pourquoi après cet effondrement, n’en a-t-il tiré immédiatement les conséquences ?
   Est-il possible de maintenir cette position après la capitulation allemande (mai 1945) ?

        Le gouvernement tout en essayant de prendre contact avec les USA, affirme qu’il
continuera la lutte « jusqu’à la victoire ».  réponse US : la négociation en pourra avoir
d’autre issue que la capitulation.  Conférence Impériale (8 juillet) : état catastrophique du
pays, mais nous attendons de pied ferme le débarquement US, dont l’échec ouvrira à une
paix « honorable ». Mais cette apparente fermeté n’est que provisoire  le Japon tente
d’obtenir la médiation de l’URSS. But = une paix « négociée » avec les USA.  le 26 juillet à
la conférence de Postdam, l’URSS accepte la position prise le 8 mai par les US, c’est-à-dire,
l’exigence d’une capitulation sans condition.
         Hiroshima  Conseil des ministres (9 août) qui affirme que la capitulation est
inévitable mais qu’il faut imposer 3 conditions (dont dynastie impérial sauvegardée) sur
lesquelles le Conseil n’est pas unanime (sauf sur la question de l’Empereur)  c’est donc à
l’arbitrage de l’Empereur qu’il faut recourir  Conférence Impériale (9-10 août) à laquelle
l’Extrême-Orient affirme qu’il faut continuer la résistance  l’Empereur prend cette fois parti :
il faut arrêter la guerre (destruction de la nation)  le 10, le gouvernement fait savoir aux
Alliés qu’il est prêt à accepter la déclaration de Postdam, si la question dynastique est
réservée  les Alliés acceptent. Les Chefs du parti militaire exige une nouvelle condition,
mais à nouveau l’Empereur leur barre la route en affirmant que la note des Alliés est
acceptable car elle permettra à tous la restauration du Japon  c’est donc l’Empereur qui, à
2 reprises, a fait échec à l’intransigeance des Grands Chefs militaires. Mais pourquoi a-t-il
attendu si longtemps pour exprimer sa volonté ? Il craignait, à raison, d’être balayé par un
coup d’état militaire  il a attendu l’heure où l’autorité des Chefs militaires seraient assez
affaiblies par l’évidence du désastre pour que leur élimination puisse être effectuée sans
grand risque  par cette prudence il a laissé s’aggraver les erreurs de la nation contre
l’intérêt général.
        Dans toutes ces critiques, à Rome, Budapest, Bucarest, Berlin, Tokyo, c’est la volonté
de quelques hommes qui a décidé de l’orientation politique. Nulle part l’opinion publique n’a
exercé une impulsion efficace, nulle part non plus, semble-t-il, les milieux dirigeants de la vie
économique.


Chapitre XIV : le monde en 1945


       Pendant cinq ans et demi , la guerre a mis des Etats et des empires dont la population
globale tenait les 2/3 de l’Humanité (l’Europe sauf la Suède , l’Irlande , la Suisse , la
péninsule ibérique, Asie jusqu’à l’Insulinde et jusqu’aux confins de l’Inde (la première guerre
l’avait à peine effleuré ; toute l’Afrique du nord et du Moyen orient y compris l’Ethiopie ) ; elle
a fait prés de 40 Mio. De victimes (uniquement conséquences direct des opérations
militaires, navales ou aériennes) Bilan .


Le destin de l’Europe

    PRINCIPAL THÉÂTRE DES OPÉRATIONS  ELLE A SOUFFERT PLUS QUE
TOUTES LES AUTRES RÉGIONS DU MONDE ET A PERDU PLUS DE 25 MILLIONS
D’HOMMES ET BAISSE DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE [BEAUCOUP
DESTRUCTION DE CENTRES INDUSTRIELS ( 7 PENDANT LA PREMIÈRE GUERRE
MONDIALE )] , BAISSE DE LA PRODUCTION AGRICOLE , LE DÉFICIT GLOBALE DE LA
BALANCE COMMERCIALE A TRIPLÉ , TRANSPORT TERRESTRE DÉSORGANISÉS,
TRANSPORTS MARITIMES PARALYSÉS , POPULATIONS DÉPRIMÉES -> BAISSE DE
PRODUCTIVITÉ DE LA …, PÉNURIE DE $ IL FAUT FAIRE APPEL À DES CRÉDITS


                                                                                               186
AMÉRICAINS POUR FINANCER LES … INDISPENSABLES. MAIS LES CONDITIONS
POSSIBLE DE RELÈVEMENT SONT BIEN DIFFÉRENTE D’UN PAYS À UN AUTRE .

a) Allemagne

       tout son territoire a été un champs de bataille et reste occupée par les puissances
étrangères  elle a perdu 5,5 millions d’habitants, grande baisse de la production industrielle
, elle n’a plus de stock . L’Etat n’existe plus ( pas de gouvernement centrale mais direction
régionale du E-M russe contre les anglais, français dans leurs zones respectives.)

b) Italie

       pas de perte humaine comparable à l’Allemagne, de loin mais crise politique et morale
très grave ( pendant l’occupation). Pourtant elle a restaurée son unité nationale (
prépondérance des modérés – libéraux, démocrates chrétiens au dépend des communistes )
 elle a échappé au désastre ( même si elle a perdue l’Ethiopie et l’Albanie ). Mais la
situation économique est grave : transports ferroviaires désorganisés et baisse de
l’agriculture , seul point rassurant les industries du nord de l’Italie n’ont pas été beaucoup
touchées  encore stock de M-P (matières premières)

c) Etats méditerranéens

     C’est la Grèce qui a le plus souffert : grande baisse de la flotte maritime, baisse de
denrées alimentaires ( famine de l’hiver 1941- 42), baisse de l’agriculture. Nulle part dans de
1945 la pénurie alimentaire n’a été plus grave.

d) France

       Elle a connu les pires déchirements et les menaces les plus lourdes pour son
indépendance et son unité (début 1943 : tout le territoire sous le gouvernement de Vichy est
occupé par les troupes allemandes et italiennes ; Tunisie : devenue champs de bataille ;
Maroc-Algérie : sous contrôle USA ; le mouvement de la France combattante , maître de
l’Afrique centrale, de Madagascar et de la Syrie, mais tenue à l’écart des affaires de l’Afrique
de nord ) De Gaulle l’a fait participé à la victoire finale et la France … :500 000 morts (1300
000dans la première guerre mondiale), production industrielle moins touchée que pendant la
1 GM, mais la situation est pire que le système des transports, baisse des produits
industriels et surtout le désarroi morale est profond. Pourtant le gouvernement provisoire, en
quelques semaines, rétablit l’autorité de la France et reprend en main l’administration.

e) la Grande Bretagne

       Elle a eu la plus grande part dans la victoire. Sans doute, elle n’aurait pu vaincre sans
USA, URSS qui ont eu le rôle décisif dans la défaite allemande mais c’est sa ténacité qui a
permis la formation de la coalition. Et l’action personnelle de Churchill a été soutenue par
une opinion publique résolue à accepter les sacrifices nécessaires  place sans égale du
peuple anglais dans l’histoire de cette guerre. Pourtant bien que les pertes humaines sont
plus faibles que pendant la 1GM (570 000), les bases de la puissance anglaise sont
profondément atteintes. Grande baisse de l’industrie textile, baisse de l’élevage
(augmentation céréale), grande baisse du tonnage de la marine marchande (1933 : +50 %
sur les USA  1945: -62 % sur les USA), la marine de guerre a perdu la maîtrise des mers
(!), dette extérieure énorme ……

f)   l’URSS




                                                                                            187
       Ses armées ont porté le poids le plus lourd des efforts de guerre et pertes humaines :
10 % de la population totale. Mais grâce au rôle prépondérant que ses armées ont joué dans
les opérations militaires  augmentation considérable de sa puissance. Elle est le seul
grand Etat qui a étendu sa domination directe ou indirecte bien au-delà des frontières de
1939 (!). [direct : annexion des pays baltiques, de la Russie blanche, Bessarabie, Bucovine,
rectification des frontières au dépens de la Finlande ; indirecte : sur tous les Etats occupés
par ses troupes : Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie (gouvernement
pro-soviétique) ; elle tient la moitié de l’Allemagne (sauf l’îlot de Berlin-Ouest) et une partie
de l’Autriche ; elle étend son influence jusqu’à l’Adriatique (gouvernement yougoslave
communiste depuis 1944)].  Le « système russe » s’impose à la moitié de la population du
continent. L’économie soviétique a été gravement touchée : zone industrielle ravagée par
des opérations militaires. Cependant, dés que les troupes allemandes sont repoussés le
remise en état des régimes dévastés est entreprise, en même temps que se développe le
potentiel industriel déplacé à l’est ( Oural, Sibérie). en 1945, c’est l’agriculture qui dans la
situation la plus précaire , alors que la production industrielle, au moins dans les secteurs qui
a participé à l’effort d’armement, est en meilleure condition (meilleure même qu’en 1938).
       La situation économique des pays satellites, est plus difficile que celle de l’URSS .
C’est en Yougoslavie et en Pologne surtout qu’elle est la plus grave .

g) Yougoslavie

      principale théâtre de la « guerre de maquis », elle a perdue 17000000 hommes soit
10,8 % de la population d’avant guerre, beaucoup de dommages matériels direct baisse
de l’agriculture, baisse de la production industrielle, grande baisse des matériels ferroviaires
.
h) Pologne

      Deux fois ravagée par les opérations militaires , soumise dés Septembre 1939 à un
régime d’occupation implacable (exploitation du pays jusqu'à’ l'épuisement) , elle a perdu
prés de 6 millions d’hommes, les forces de production sont ruinés (céréales, industries), le
matériel de transport a disparu au 2/3, les destructions immobilières sont plus lourdes que
toute ailleurs .

       entre les deux parties du continent européen (dominée et non – dominée par
l’URSS), l’opposition s’affirme en 1945, au point économique, sociale et politique (le
communiste bénéficie à la fis du rayonnement que lui donne la victoire des armées
soviétique et de la crise de confiance que traversent les peuple de ‘Europe occidental) .La
désintégration économique est plus profonde encore que en 1939 .La ruine de l’Allemagne
qui , en 1945, a « virtuellement disparu » des échanges et entrave la reprise de l’activité
économique dans les pays de l’Europe occidentale et septentrionale dont elle était , en 1938
, un des principaux clients et fournisseurs .


      La prospérité américaine

      En face de le cette Europe pantelante, la prospérité et l’optimisme rayonnent dans les
2 Amériques où la 2GM a accentué le recul des positions économique et financière que
l’Europe tenait encore en 1939.

      - Ce sont les USA qui sont les grands bénéficiaires  bien que participation plus active
que pendant la 1GM en Europe et qu’ils aient en porter seuls le poids des opérations dans le
Pacifique, ils n’ont pas perdu plus de 300'000 hommes ; leur marine marchande = 66% du
tonnage mondial (presque 3x tonnage anglais) ; aviation commerciale (gonflée par la
« reconversion » de 1500 avions de guerre) est omniprésente (presque seule à avoir des
avions transatlantiques) ; augmentation des la production alimentaire ; augmentation de MP ;


                                                                                             188
la production industrielle a doublé [potentiel énergétique (charbon, pétrole, éléctricité) US =
50% du potentiel mondial] ; excédent balance commerciale énorme (40 Miads) ; stock d’or=
50 % du stock mondial ; augmentation des investissements à l’étranger.

      - les Etats d’Amérique latine, fournisseurs de denrées alimentaires et de MP, ont
acquis dans les relations économiques de gros avantages : augmentation des industries
extractives ; augmentation de l’agriculture ; augmentation de l’industrie textile en Argentine et
au Brésil (comme pour 1GM) ; augmentation de l’industrie sidérurgique ; augmentation de
l’excédent commercial. (grâce aux exportations vers les USA et surtout GB)  accumulation
de réserves d’or ou devises étrangères  développement industrie possible (acquisition de
l’équipement nécessaire) position financière de ces pays transformées (+ encore que la
position économique). Mais de cette prospérité, les masse rurales et le main-d’œuvre
ouvrière ne tirent presque aucun bénéfice.

     - Le Canada a été une source de ravitaillement non seulement en denrées
alimentaires, mais en augmentation dans la production de l’acier ; augmentation de la
production industrielle ; augmentation de l’excédent de la balance commerciale, bien que le
Canada ait été obligé d’importer du charbon, du minerai de fer et du pétrole.

Dans cet essor économique du continent américain, ce sont les USA qui portent, donnent
l’impulsion.

      - Au Canada, ils ont été les fournisseurs de MP et dès 1945 augmentation du
commerce entre les 2 pays = augmentation de l’état de dépendance économique dans
lequel le Canada se trouve à l’égard des USA.

      - En Amérique latine (140 Mio hab. en 1945), les USA avaient acquis, depuis près d’un
demi-siècle une influence économique et financière au Mexique ; mais pas encore
prépondérance en Amérique du Sud à la veille de la 2 GM cal les progrès réalisés par leur
commerce et leurs investissements de capitale entre 1914 et 1929 avaient cessé entre 1929
et 1926, en raison de la crise économique. Mais au cours de la 2 GM, les USA ont beaucoup
développé leurs achats en MP et en denrées alimentaires ; ils ont accru aussi (à un rythme
plus lent cependant), leurs ventes de produis industriels vers ce vaste marché où la
concurrence européenne était paralysée  augmentation des liens de dépendance. Ces
liens s’élargissent en 1945, lorsque se développent les mouvements de capitaux que la
guerre avait ralentis. C’est le prélude à l’hégémonie financière qui va s’établir à partir de
1947.

      Mais ce qui importe plus encore que ces signes de la puissance économique,
financière et politique, ce sont les tendances de la psychologie collective aux USA. Tandis
qu’en 1919, les traditions de l’ »isolationnisme » avaient repris le dessus dès la fin de la
guerre, infligeant un désaveu retentissant aux principe wilsoniens , l’opinion publique, en
1945, ne mettent plus en doute la nécessité où se trouvent les USA de prendre des
responsabilités directes et même dominantes dans les relations politiques et dans
l’organisation de la paix.


Les perspectives nouvelles

       Au lendemain de la 1GM, l’empire établi par les Européens sur la majeure partie de
l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie avait été ébranlé par des mouvements d’émancipation.
Qu’il en soit de même en 1945, mais à une échelle bien plus vaste, ce ne peut être une
surprise. L’occasion est, comme 20 ans auparavant, la paralysie des forces européennes
d’expansion pendant les 6 années où les belligérants ont été obligés de consacrer aux
opérations de guerre tous les moyens militaires et navals, économiques et financiers. Des 2


                                                                                             189
grands Etats à vocation impériale, la France a été partiellement, puis totalement, dans son
territoire métropolitain, sous occupation ennemie ; la GB a gardé l’indépendance de ses
décisions, mais a dû consacrer toutes ses forces à la défense de la métropole et des
grandes routes maritimes, sans pouvoir exercer un contrôle militaire effectif sur toutes les
parties de son empire  les 2 ont dû changer de politique coloniale, donner des promesses,
afin de préserver la fidélité des colonies [ + de pouvoir représentatif dans l’Empire
britannique ; établissement de l’Union française en 1945 (suite de promesses de De Gaulle)].
Voilà qui indique dans ce domaine une orientation neuve.
       L’élan du sentiment national dans les colonies est soutenu souvent par le sentiment
religieux, même dans les pays (Inde, Chine, certains pays de l’Islam) où s’affirme une
tendance à la sécularisation de la jeunesse intellectuelle, car ces jeunes, comptent sur la foi
religieuse des masses pour soutenir leurs actions politiques. Et ces forces profondes
reçoivent des impulsions qui, au cours de la 1GM, n’avaient pas en la résonance :

     a) appel de la propagande communiste
     b) influence de la tradition « anticolonialiste » des USA
     c) et surtout, en Asie, rôle essentiel de l’occupation japonaise.

a) en 1919, l’Etat bolchevique, vaincu par les armées étrangères, ravagé par la guerre
   civile, ne disposait pas d’une force militaire cpable de soutenir les mouvements de
   résistance nationale # 1945 : 27 années de régime soviétique qui a réussi à résoudre les
   problèmes de l’industrialisation (alors qu’avant retardataires) et qui élude les
   discriminations raciales, qui est devenu la plus grande puissance européenne, a le
   prestige des victoires militaires et dispose de la plus forte armée du monde.

b) en 1919 les principes wilsoniens n’avaient eu que peu de portée pratique (sénat pas
   aventureux) # 1945 volonté de mettre sur pied un système de « mandat », sous le
   contrôle d’une organisation, par le gouvernement et le sénat  but économique et
   stratégique (réseau de bases navales et aériennes dans le Pacifique ; pétrole au Proche-
   Orient car insuffisance dans quelques années si 3GM)

c) conséquences énormes des victoires japonaises de 1941-43 (en 1905 déjà premières
   victoires de Jaunes sur le Blancs avaient encouragé les mouvements de résistance en
   Inde et en Indochine) car sous le régime d’occupation japonais (même si très dur et
   soulagement quand ils se retirent) les mouvements nationaux indigènes ont été tolérés et
   même encouragés (contre possession françaises, GB, holl)  ils sont prêts, en 1945, à
   s’opposer au retour des Occidentaux].

      Quelle place dans les relations internationales des Etats ou territoires coloniaux en
Asie, en Insulinde, en Afrique ?

     1.       Extrême-Orient

Sort bien différent des 2 belligérants jusqu’en 1944:
- Japon  prospérité économique (surtout augmentation indutrielle métallurgique)
- Chine  dures souffrances: déplacement de 42 Mio. de personnes (!), baisse de la
marine marchande, baisse du réseau ferroviaire, baisse de l’agriculture.

      Mais la dernière année de guerre amis fin à la prospérité du Japon par les
bombardements et la crise des transports maritimes: grande baisse de la production
industrielle, baisse de la flotte marchande presque entièrement détruite ( 3e mondiale en
1935)  ravitaillement em MP paralysé  grande baisse de la production textile.

     2.       Sud-Est Asiatique



                                                                                           190
       Difficultés similaires des colonies françaises, anglaises, hollandaises entre 1919 et
1939 [intellectuels pour + de Droit législatif ; masse rurale xénophobe ; Chinois dans les
villes sensibles aux progrès des mouvements nationaux chinois ( 1945 : impression
d’appartenir au peuple vainqueur)]. Toutes ces colonies ont vécu sous le régime
d’occupation japonaise, constaté la défaite des Blancs et trouvé dans le marché japonais les
débouchés que la pénurie des transports maritimes ne leur permettait plus d’avoir en
Europe.

  i) Indochine française  mouvement nationaux augmente mais la bourgeoisie riche a des
       intérêts économiques liés à l’existence du régime français. 1941: occupation japonaise
       mais le contrôle reste français  promesse d’un statut politique nouveau à la fin de la
       guerre (dès 1943) par le Comité français de libération nationale  mars 1943: coup de
       force japonais qui ouvre au mouvements nationaux de nouvelles perspectives  29
       août fromation d’un gouvernement provisoire  2 sept. proclamation d’indépendance et
       avénement d’une République, avec l’assistance de l’Etat communiste. C’est donc une
       reconquête que vont avoir à effectuer les troupes françaises (effort de réoccupation
       militaire dès décembre 1945).

ii)    Birmanie  régime colonial assoupli : déjà depuis 1923  1937 : un indigène devient le
       premier ministre.  conquête japonaise qui laisse en place le même dirigeant  août
       1943 : proclamation de l’indépendance à l’égard de la GB  retour des troupes
       britanniques au début 1946 et cette fois revendication d’indépendance, avec l’appui des
       communistes.

iii)   Malaisie  la résistance s’était formée pendant la guerre non contre le gouvernement
       anglais mais contre l’occupation japonaise à Singapour (grands dommages
       économiques car paralysie du système des transports) puis fin de la guerre et retour
       GB  résistance contre la GB.

  iv) Indes néerlandaises  mouvement émancipation en 1919 qui avit 2 impulsions :
      associations musulmanes et partis communistes  1939 : seule la 1ère (nommée parti
      national indonésien ») profite des circonstances pour revendiquer des réformes
      politiques  PB veut gagner du temps  début 1942 : occupation japonaise 
      capitulation nippone  indépendance proclamée en août 1945  avril 1946 les PB
      doivent accepter.

       3.       Inde

       1935 : augmentation des pouvoirs législatifs et augmentation du coprs électoral, mais
sans aller jusqu’à établir une parité aves les Dominions. Cironstances  perspectives
favorables à l’industrie textile et surtout à l’industrie métallurgique + influence des
revendications politiques du Congrès national car l’Inde participe activement à l’effort de
guerre. Pourtant ces revendications étaient restées discrètes, faute d’harmonie ente les
chefs des mouvements nationaux [Ghandi pensait à la défaite de l’Allemagne alors que
Mehru pensait aux satisfactions immédiates à obtenir de la guerre; divergences entre les
intellectuels musulmans (volonté d’un Etat à part et l’indépendance) et ceux des Hindous
(séparation exclue)]. La domination avait profité de ces divergences  uniquement
promesse d’un nouveau statut à la fin de la guerre. Devant la menace japonaise qui
s’appochait (début 1942), les Anglais tentent cependant de s’assurer de la fidélité coloniale
en promettant la réunion d’une Assemblée Constituante afin de voter une nouvelle
Constitution (qui devrait assurer le respect de la minorité hindoue) mais les dirigeants indiens
refusent  ils furent arrêtés (les Japonais n’étaient plus alors menaçants) et la population ne
réagit pas.
       En somme, “l’épreuve de force” avait réussi. Puis, dès novembre 1942 (retournement
de la guerre), la domination GB n’avait cessé d’être consolidée. Pourquoi la GB revient-elle


                                                                                            191
alors en 1945 à ses propositions de départ, admettant que l'’nde se détache du
Commonwealth et s’engagedes la voie qui l’amener, en août 1947, à l’indépendance? Elle
espère ainsi garder une influence politique suffisante.

      4.       Iran

        La nouvelle dynastie iranienne, issue du coup d’Etat de 1921 avait réussi, malgré les
desseins GB et les sollicitations des masses, à maintenir l’indépendance politique du pays ;
elle n’avait pourtant pas pu éliminer les influences économique étrangères [Anglo-Iranian
Company (pétrole) et beaucoup commerce avec les Allemands (accord en 1935)]. Guerre 
Déclaration de neutralité  pas de problème jusqu’en juin 1941  alors GB/USA ont besoin
de passes sure le territoires pour acheminer du matériel vers la Russie  GB/USA ne
veulent plus que le pays soit neutre et lui impose la rupture des relations diplomatiques avec
l’Allemagne  traité d’alliance défensif : GB dans la région du Golfe Persique, russe au nord
et utilisation de la voie ferrée ( janvier 1942).
        Les USA en mai 1942 leur accordent les bénéfices de la loi « prêt-bail » [en 3 ans et
demi la moitié du matériel acheminé en URSS est passé par là]  conséquences pour le
pays : baisse de ………, augmentation des prix  crise économique  crise politique [
division en 2 camps (pour et contre les USA/GB) le gouvernement demande une aide
économique et financière US, qui est accordée (pas limitée à la durée de la guerre)
(décembre 1943) mais problème car les USA exigent en contrepartie des concessions.
Quand le fin des hostilités s’approche le gouvernement vote une loi qui interdit l’octroi de
concessions à des sociétés étrangères (décembre 1944) et à la fin de la guerre, il demande
le retrait des troupes d’occupation (septembre 1945), qu’il obtient en avril 1946. Mais l’Iran
reste un terrain de lutte économique entre les intérêts des grandes puissances.

      5.       Turquie

       Situation dangereuse en mai 1941, mais elle a réussi à conserver sa neutralité, malgré
les engagements d’alliance qu’elle avait pris à l’automne de 1939 envers la GB. En somme,
elle ne souhaitait ni la victoire des Alliés, qui pouvait tourner au profit de l’URSS, ni la victoire
de l’Axe, qui aurait assuré à l’Italie une prépondérance en Méditerranée orientale. Donc au
moment où la guerre s’achève, c’est la Russie qu’ils redoutent. Contre cette menace russe
(volonté territoriale), la Turquie opte sur la GB, mais plus encore sur les USA qui, après
l’avoir admise au bénéfice de la loi « prêt-bail » (1942), lui ouvre en 1945 un crédit de 500
mio de $, indispensables pour atténuer la crise économique. (pour la première fois
intervention de la politique étrangère US pour la Turquie, seulement effleurée en 1919).

      6.       Les pays arabes du Proche-Orient

      Peu touchés par les hostilités  conditions de vie toujours pastorale et agricole (#
indus.) augmentation de la production de pétrole (Irak, Arabie Séoudite, sultanat du Golfe
Persique) et augmentation économique. Et pourtant augmentation des mouvements
d’émancipation à l’égard de la domination directe ou indirecte des Européens: les nations
arabes, dispersés après 1919 ont essayé pendant la 2 GM d’établir une cohésion et ont
réussi à établir l’ébauche d’une Union (date importante de l’évolution des Relations
internationales).
      Cause de ce mouvement: désir “d’afranchissement” politique et culturelle renforcé par
le sentiment islamique et par la communauté linguistique. (propagande dès 1932 et
augmentation avec la présence des “foyers juifs” en Palestine).  2GM en Europe et ils
veulent en profiter: soulèvement de l’Irak contre le régime du mandat britannique ( mai
1941)écho chez les Arabes de Palestine, mais pas encore question d’unité politique du
monde arabe  projet d’une “ligue arabe” mis en place à Alexandrie (sept. 1944) où se
rencontrent Liban, Transjordanie, Syrie, Egypte, Irak, mais ni Palestine, ni Arabie Söoudite,
ni Yémen)  volonté d’une coopération économique, douanière et monétaire et coordination


                                                                                                 192
politique, mais sans perdre leuer souveraineté  pacte signé le 22 mars 1945 (Arabie
Séoudite en plus). [6 Etats et 28 mio. d’habitants (18 en Egypte)]  c’est important en 1945
pour la question palestinienne et dès lors la GN s’inquiète des mouvements qu’elle a enfanté
 elle veut s’y opposer avec l’appui US. Mais les USA ont beaucoup d’intérêt pétrolier dans
la région: c’est l’espoir des dirigeants de la Ligue arabe.

      7.       Egypte

       La GB a reconnu l’indépendance en 1936, mais elle a conservé de fortes présences
militaires et navales (alliance)  cela avait beaucoup servi en 1939 (sans pour autant que le
pays déclare la guerre à l’Allemagne)  politique de “non-belligérance” qui était devenue
précaire, en juin 1940, lorsque l’Italie était entré dans le conflit et avait concentré des troupes
en Lybie  le legouvernement égyptien (pression GB) rompt les relations diplomatiques
avec l’Italie mais déclare ne pas vouloir entrer en guerre. Cela devient difficile en février
1942, quand la victoire allemande-italienne semble proche  pour que l’Egypte soit fidèle la
GB lui promet qu’elle participera “sur un pied d’égalité” à la conférence de paix  c’est
efficace à ….et quand Allemagne-Italie au bord de la défaite l’Egypte acccepte même de
déclarer la guerre à l’Allemagne afin de pouvoir participer à la création des N.U.  dès la fin
des hositlités en Europe, la revendication nationale s’affirme (pas une surprise). La crise qui
va s’ouvrir en octobre 1946 trouvera son dénouement 7 ans plus tard.

      8.       Maroc et Algérie

      Le tremplin où les Alliés ont établi leur première vase de départ pour prendre pied sur
le continent européen. La Lybie, puis la Tunisie ont été des champs de bataille. Dans cette
région, les populations indigènes, directement mêlées à la lutte, en ont subi le contrecoup
dans leurs conditions d’existence.  voyant la France déchirée, ils ont cru à une “éclipse” de
la France et ont invoqué la Charte des NU  décembre 1942 volonté pour les Musulmans
algériens d’un “statut politique, économique et social”.  mai 1943 réclamation d’un Etat
algérien “autonome”  janvier 1944: reconstitution du “Parti de l’indépendance” marocain. 
1945: volonté identique en Tunisie. Et ces mouvements sont appuyés par la Ligue arabe. La
grève générale du 1er mai 1945 en Algérie est le premier soubressaut de ce mouvement
national.

      9.       Afrique occidentale et centrale

       Très peu atteintes mais pourtant profondément ébranlées [dans les territoires français
ralliés au gouvernement de la France libre (appel à la dissidence); dans les territoires belges
(augmentation de l’indutrie extractive)]. L’Islam pénètre les sociétés et cette influence est
directement orientée contre la domination des Blancs (+ présence des immigrés hindous qui
augmente le nationalisme indigène).

       Partout, cette « moitié » des peuples de couleur ébranle les position que l’Europe
tenait encore.  Les Européens sont directement visés car ils possèdent l’influence ou la
domination politique. La France par suite de la défaite de 1940, est la plus rapidement
atteinte : elle abandonne, en juillet 1945, la Syrie et le Liban (pression diplomatique
USA/GB), et voit sa position en Indochine gravement ébranlée ; mais elle conserve ses
position africaines. Les PB sont menacés, dès 1945, de perdre tout leur empire colonial, 7x
plus peuplé que la métropole. La GB est contrainte de suivre, dans L’Inde, la Birmanie, l’Irak
et la Transjordanie, la voie qui mène à l’octroi de l’indépendance.


      Conclusion du Livre second




                                                                                               193
      La grande transformation, et la plus apparente, de la 2GM, c’est le « reclassement »
qui s’est établi non seulement entre les forces respectives des grands Etats, mais aussi
entre les rayonnement des grandes civilisations.

      a)       L’Europe occidentale et centrale avaient longtemps dominés la vie politique et
économique du monde  baisse avec la 1GM puis redressement  en 1945 les intérêts
européens de la vie générale du monde sont plus profondément atteints qu’ils ne l’avaient
été 25 ans auparavant : elle est morcelée plus profondément que jamais ; elle a vu
s’effondrer les fondements financiers de sa puissance et disparaître la majeure partie de ses
forces armées, militaires ou navales ; elle est « envahie par le doute » (baisse des empire
coloniaux, baisse du sentiment de supériorité qu’avaient développé les succès de
l’expansion à la crise économique, la placent dans un état de dépendance à l’égard des
Etats dont les ressources en matière premières et les moyens de production sont …
      En contraste de ce déclin s’affirment la puissance des USA et de l’URSS.

       b)       Les USA étaient déjà la première puissance industrielle du monde, ils ont
maintenant acquis le premier rang dans presque tous les domaines qui confèrent les moyens
d’actions dans la politique extérieure : la puissance des armements (énergie atomique,
supériorité acquise sur la mer, installation de base navale et aérienne ) ; puissance de la
marine marchande, puissance financière ; force de rayonnement de la Charte de l’Atlantique.
       - L’URSS, en 1945, est encore loin de posséder tous ces avantages. Au moins
industrielle, elle a des réserves de matières premières non encore exploitées et des
ressources énergétiques considérables, mais sa capacité de production n’est pas
comparable, même de loin à celle des USA, elle possède des moyens d’influence
économiques dans les sociétés européenne qui sont devenue satellites, elle a acquis par
l’annexion de la Bessarabie, le contrôle sur les boucles du Danube ; Mais elle manque de
devises étrangères et ne dispose que d’une marine marchande très insuffisante. Pourtant
elle garde le prestige (redressement après le désastre de 1941 et 1942 ). Elle a surtout la
puissance militaire : force anglo-US largement inférieur au sienne en 1945. elle est bientôt …
dans le monde à posséder une grande armée, car les USA décident la mobilisation de leurs
forces  cette prépondérance acquise par ces deux puissances obligent les Etats d’Europe
occidentale et de l’Europe centrale à apaiser leurs défenses (la CECA fin du conflit franco-
all, UEM devenu UE, les mouvements de nationalisation sont reléguer au second plan).
C’est en raison de ce déclin qu’apparaît l’idée d’organisation européenne, « la dernière
chance de l’équilibre est- Ouest » dit Churchill. Entre ces deux grandes puissances,
l’opposition ne pouvait que s’affirmer à la fin des hostilités, (diversité fondamentale entre les
conceptions économiques, sociales et politiques, entre les styles de vie et la mentalité, entre
les formes de pensées. L’Allemagne a été l’objet immédiat de cette rivalité, lorsque ont été
tracé les zones d’occupation. La France la Belgique et les Pays-Bas et l’Italie paraissent
être l’enjeu du lendemain. Contre les dangers qu’implique l’hégémonie militaire russe, les
USA, dès la fin 1945, emploient la menace atomique, mais aussi l’assistance financière,
destinée à faciliter la reconstruction économique (la puissance d’un Etat de misère ouvrirait
le voie, dans ces Etats européens à la…)

       - L’extension du communismela préoccupation politique rejoignent les desseins
économiques, mais les dominent. (Aide en deux ans, avant que soit annoncé le 5 juin le Plan
Marshall, une aide d’une toute autre ampleur). Créer par la perspective ouverte par la rivalité
des USA et de l’URSS, que la montée des peuples en couleurs, en Asie et en Afrique, revêt
tout sa porté dans les R..
    G. a établi des points de contactes, donc frictions possible entre les ins. US et russe
    (l’extrême orient ou la Corée est partagée en deux zones d’occupations, proche orient et
    méditerranée orientale). Les peuples sont amenés à être intéressé par l’URSS et sans
    rejet des puissances occidentales ; les USA leurs donnent les moyens d’améliorer leur
    niveau de vie par le développement industriel, grâce à des moyens d’investissements de
    capitaux américain. A la fin de 1945, ce sont les besoins matériaux immédiats, qui dans


                                                                                             194
    les R., réobtiennent le regard. Mais à l’arrière-plan se profilent les grands desseins des
    puissance. L’action économique pouvait dominer, au fonds, elle est au service de la
    politique.


      Conclusion générale


       D’un regard d’ensemble sur le développement des Relations Internationales, au
          cours des 10 derniers siècles, deux traits essentiels s’imposent à l’esprit : 1) la
          permanence des rivalités et conflits entre les grandes forces, le spectacle des
          changements intervenus dans l’hiérarchie de ces Etats. 2) par l’initiative des
          Européens, le progrès des relations entre les continents, au rythme du progrès
          technique qui ont facilité les déplacement des hommes, le transport des
          marchandises et les échanges des idées. L’HRI doit chercher à marquer comment
          ces deux aspects se complètent et se pénètrent, elle étend son regard sur le
          monde entier.

   Moyen âge : l’Europe  seule continent ou les hommes sont organisés en Etats ; Asie 
    l’ère des grands empires ne s’étend pas à tout le continent, Amérique  l’empire des
    Aztèques n’occupent qu’une petite partie ; l’Afrique  les confédérations de tribus ne
    méritent pas le nom d’Etat. Les Européens n’ont aucun contact avec les empires
    d’Amérique, ils établissent avec l’empire chinois des contactes épisodiques ainsi qu’avec
    l’empire turc, mais ils ignorent l’empire du grand mongol.

   Fin XVI-fin XII : Large effort d’expansion européenne, surtout en Asie, en Afrique
    (colonisation en même temps de toute une partie du continent). Ces perspectives
    mondiales restent pourtant limiter : extrême orient fermé aux influences européennes. La
    majorité de la population, de l’humanité, fin XIXème siècle continue de vivre sans avoir
    de contacts avec d’autres peuples, avec d’autres civilisations. De l’expansion
    européenne, dans laquelle chaque Etat colonisateur comptent y gagner de la puissance
    européenne même ( Portugal, Esp., Ang. ,et au second rang la France et le Russie ),
    seule l’Ang., conserve de sa politique coloniale un bénéfice durable pour sa politique
    européenne. Les perspectives mondiales ne peuvent pourtant pas expliquer les
    changements survenus au 17ème siècle et au 18éme dans l’hiérarchie des Etats :
    Hégémonie en FR. , de Louis XIV, montée de la Russie et de la Prusse, effondrement de
    la Pologne qui s’inscrivent dans un cadre purement européen.

    Or ce sont eux qui présentent alors une importance primordiale. La grande convulsion,
    qui de 1789 à1815 a bouleversé l’Europe, paralyse son expansion et favorise
    l’effondrement de l’empire colonial espagnol d’Amérique. Pourtant cette expansion
    européenne reprend son cours, lentement d’abord en méditerranée, puis largement, à
    partir de 1870, en Afrique et en extrême orient  fin XIX : partage du monde entre les
    grandes puissances, les grands Etats européens, à l’expansion de l’A-H, mais aussi à
    une extension considérable de toutes les formes d’influences européenne : économique
    (apogée du capitalisme) système d’échange complémentaire entre les continents et
    transformations du milieu social des pays neufs, politiques et sociales, intellectuelles
    particulièrement sensible en Amérique Latine. Dans le même temps, il est vrai se
    développent la puissance des USA et celle du Japon, l’une favorisée par l’émigration
    européenne, et l’autre attachée à l’imitation des institutions et des techniques
    européennes et aidée par les capitaux européens. Pourtant, jusqu’aux toutes dernières
    années du siècle ni l’une, ni l’autre des puissances neuves, n’entre en concurrence avec
    l’Europe. Et pourtant cette Europe est divisée plus profondément que jamais par les
    antagonismes entres les Etats (différence entres les régimes politiques contre institutions
    libérales ) ; rivalité et intégration économique (augmentent avec la révolution industrielle),


                                                                                              195
    affirmation du sentiment national (augmentation du désir d’indépendance, protestation
    des minorités dans les empires )  les peuples sont donc plus directement associés aux
    conflits entre les gouvernements, essayer d’introduire dans cette Europe un facteur
    d’ordre et de paix, c’est pendant tous le siècle, les préoccupations des hommes de
    pensée, dont les appels restent vains.

   Au seuil du XX siècle, de nouveaux horizons s’ouvrent  1895, début des expansions
    nipponnes sur le continent asiatique, 1898 : Début des expansions USA (mer des Antilles
    et pacifique). Toutes deux deviennent des concurrents de l’expansion européenne. Elles
    éveillent aussi de part le mondes des résistances à la domination et à la l’influence de
    l’Europe, augmentation du nationalisme chinois, et mouvement de protestation en Inde,
    premier effet d’émancipation arabe se manifeste entre 1905 et 1913. Les forces
    profondes qui secouent la prépondérance européenne dans le monde sont à l’œuvre.
    Mais ce sont les Européens qui précipitent l’évolution, en s’entre déchirant. A deux
    reprises, en 30 ans, l’Allemagne provoque les guerres  ruines nationales, ruine du
    prestige européen, ébranlement du capitalisme libérale, crise de la civilisation
    traditionnelle avec l’augmentation du communisme, tels sont les traits qui marquent le
    déclin de l’Europe, La 2GM élargit et achève l’œuvre de la 1GM. La nation même en
    Europe est transformée. Depuis que la moitié du continent ou presque appartient à l’aire
    de la Russie, l’horizon est Eurasiatique. Au moment ou les contacts entres les peuples
    sont facilités et facilitent les échanges, par contre les antagonismes entres les continents
    s’affirment.

      Pour comprendre les causes de l’évolution selon les lignes tracées dans l’introduction,
ou faut-il chercher les éléments d’explications :


     1. Les conditions démographiques, et économiques, mais aussi les tendances de la
psychologie collective :

a)   Conditions démographiques : ont un rôle essentiel dans le destin des peuples 
déterminant dans le rapport des forces armées entre les Etats qui avaient atteint un niveau
comparable au niveau technique
De même la notion de pression démographique a été importante car souvent invoquée
comme cause ou prétexte pour ébranler au XIX ou XXème le status quo territorial, elle a
donné un élan au développement économique et aux mouvements migratoires

b)       sentiment national  pas d’emblée un rôle comparable. Mais, c’est à l’époque de la
révolution française qu’il a pris son essor.  Pendant tout le XIXième :developpement du
nationalisme et du mouvement des nationalités vont de pair avec les progrès de l’instruction
primaire, de la presse périodique et du droit du suffrage. (le sentiment national qui n’a pas
une valeur permanente est éveillé ou ranimé par le journal, par l’école et le manuel scolaire,
par la propagande des partis politiques)  le rôle de la presse surtout est important : elle
déforme l’image des peuples voisins et accroît les méfiances.  1) l’orientation de la
politique extérieure , les réactions de l’opinion publique apportent un nouvel élément de
l’instabilité qui déconcerta les spectateurs de l’activité diplomatique.
A l’origine des conf lits, comment oublier le rôle que jouent les mouvements
prof onds de la mentalité collective, mais aussi les «déf aillances
intellectuelles et morales» de ceux qui devraient s’employer à calm er les
passions ?

c)     les divergences entre les conceptions du régime politique ou de l’organisation sociale
rôle actif dès 1789 (défi lancé par le peuple français aux institutions monarchiques).
Dans les grandes secousses révolutionnaires (1792-93 ; 1848), elles ébranlent les bases
sur lesquelles reposaient les rapports internationaux. Mais, c’est seulement après la 1ière


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GM, avec la naissance de l’Etat soviétique et l’apparition des dictatures totalitaires, que cette
opposition entre les idéologies politiques ou sociales devient un facteur essentiel.  Quelle
importance dans les relations entre les Etats ?  la cohésion morale d’un peuple et l’esprit
de sacrifice dont il est capable sont des éléments donc l’adversaire éventuel sait évaluer le
prix.
 Entre ces forces profondes, matérielles et spirituelles, l’interdépendance se manifeste à
chaque instant. Le sentiment religieux souvent augmente le sentiment national ; révolution
des transports maritimes  développement des courants migratoires entre les continents ;
voie ferrée  augmentation d’échange des idées ; radiodiffusion  augmentation de la
propagande prosperité économique renforce l’orgueil national et donne un essor à
l’impérialisme ; structure sociale favorise, dans les populations où subsistent le respect de la
hiérarchie et l’esprit de casta, l’essor du militarisme, mentalité de la haute bourgeoisie
européenne explique les efforts d’exp. ; investissements de capital liés au développement de
l’esprit d’épargne.  impossible d’isoler le jeu de chacune de ces forces : l’histoire des
relations internationales est donc inséparable de l’histoire des civilisations.


      2. L’influence des grandes crises guerrières

       Car l’étude des évolutions lentes – celle des techniques ou des formes de
l’organisation économique, celle des mentalités, comme celle des tendances
démographiques – est loin de pouvoir apporter les éléments d’une explication suffisante. En
effet, les grandes crises guerrières = accélération brutale dans l’évolution des sociétés
humaines ou des formes de civilisation. Ces crises agissent, dans l’immédiat, par les pertes
en vies humaines et en ressources matérielles, par les transformations des rapports de
forces, par l’impulsion avancée à la technique métallurgique ou chimique et aux méthodes
de la production, par l’orientation nouvelle des courants économiques ; elles provoquent, en
même temps, l’exaspération des passions et le brassage des peuples. Les constatations
faites en 1815, en 1918, en 1945 présentent, à cet égard, des traits communs.
       Elles agissent à long terme, parce que les grands conflits armés sont aussi des
révolutions, qui modifient les structures économiques et sociales, secouent les institutions
politiques et s’accompagnent d’un changement dans la mentalité collective, dans la
conception de la vie, dans les valeurs spirituelles (elles agissent aussi lorsque l’appel aux
armes n’est encore qu’une menace : préoccupations sont assez influentes sur la politique
économique ; inquiétude dans la psychologie collective  favorables à l’action des
propagandes qui fait exploser les passions). Ces conséquences sont devenues d’autant plus
lourdes que la guerre «totale» ai posé à la population civile des contraintes et des risques
plus graves. Mais, n’étaient-elles pas déjà très sensibles au lendemain des guerres
napoléoniennes ? Et faut-il oublier l’influence qu’ont eut au XVIième, les conflits armés sur le
développement du Kisme (capitalisme)?
       Essayer d’étudier les relations internationales en négligeant ce rôle essentiel des
grands conflits et ces rapports entre «la guerre et le progrès humain», ce serait faussé la
perspective historique.


      3. L’influence de l’Etat

       Dans l’étude de ces changements lents comme dans celle des grands conflits armés,
l’attestation ne doit pas se porter seulement vers les forces profondes qui se manifestent
dans les contacts entre les peuples. A chaque instant, depuis s’est effacée au XVI ième siècle
la notion de «Chrétienté», cette histoire des relations internationales a remonté l’action
déterminante des Etats, celle surtout de certains Etats qui ont réussi à sauvegarder, de
siècle en siècle, leur puissance. L’Etat exerce, dans les contacts entre les peuples et les
civilisations, une impulsion : il cherche à développer les contacts (intérêts économiques,
«missions spirituelles», puissance politique) ; il veut augmenter les moyens de forces qui lui


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permettront d’imposer sa volonté à d’autres Etats, ou à des groupes humaines dont
l’organisation politique est informée.
        Il en découle une hiérarchie : l’Etat qui détient la puissance politique en profite pour se
faire attribuer dans ses relations extérieures, des avantages pour son commerce, et possède
un prestige qui favorise le rayonnement de son influence intellectuelle même, parce que le
succès laisse penser que les conceptions dont il se réclame sont les plus efficaces ou les
meilleures.
        L’Etat impose sa marque aux forces profondes qu’il aménage ou utilise au profit de sa
puissance. Conditions démographiques ? Il tient les écluses de l’émigration ou de
l’immigration et règle, dès le XVième siècle, le statut des étrangers (+influence sur les
nationalités). Forces économiques ? mercantilisme (XVIIième) est une arme de la lutte pour la
puissance, et la politique douanière (XIXième) sert souvent les desseins de la politique
extérieure ; au XXième siècle les Etats, dans l’intérêt de la défense nationale ou de la politique
de puissance, cherchent à assurer leur indépendance économique. Forces financières ? dès
fin XIXième (investissements de capital à l’étranger) elles deviennent un instrument entre les
mains de l’Etat. («diplomatie du $», emprunts russes et balkaniques). (augmentation dès
1919 par le contrôle des changes). Dans la mentalité collective, l’influence de l’Etat est
constamment sensible -->XIXième : c’est lui qui forme le sentiment national, inculque à ses
agents diplomatiques le sens des traditions nationales, parfois s’applique à développer les
antipathies à l’égard des peuples étrangers (par la presse). -->XXième (entre deux guerres) :
l’opinion publique devient une force que les gouvernements s’appliquent à façonner
(radiodiffusion). [dans les régimes autoritaires (fascistes ou communistes) ,mais aussi parfois
dans les Etats démocratiques (USA par exemple)].
        C’est aussi à l’opinion publique des Etats étrangers – adversaires probables ou
possibles, et «pays neufs» qui peuvent servir d’instruments – que s’adresse la propagande.
La préoccupation n’est certes pas nouvelle (époque napoléonienne), mais elle s’affirme avec
une ampleur et une vigueur sans précédent. La «lutte psychologique» est à ordre du jour. -->
la psychologie collective est l’instrument d’une action politique, bien plus souvent qu’elle n’en
est le mobile. C’est encore l’Etat qui aménage les instruments de la politique extérieure :
armements et diplomatie. [un Etat ne peut œuvrer si il est en désaccord avec les moyens de
force de sa puissance ; la diplomatie publique qui se soumet au contrôle de l’opinion (elle
engage le prestige national) est parfois plus dangereuse que la diplomatie secrète (qui
facilite les replis nécessaires)]. Et faut-il oublier le rôle des institutions politiques dans la
conduite des relations extérieures ? (régime autoritaire ne peut pas perdre de face par
opposition à l’Etat parlementaire qui, au pire, peut invoquer une crise ministérielle).

       Dans l’origine des conflits internationaux, ces initiatives des Etats viennent au premier
plan. [politique d’armement --> équilibre des forces ou non ; politique d’alliance qui
décourage l’agression mais limite la liberté d’action des gouvernements (automatisme) ;
politique économique extérieure (pression sur les autres Etats qui peuvent vouloir s’en
dégager par la force) ; politique d’investissement de capital (domination économique--
>augmentation de protestations nationales)]. Pour soutenir ces efforts (sacrifices
personnelles ou charges fiscales pour les citoyens) l’Etat doit faire appel à la passion
nationale et risque de déchaîner des forces dont il aura peine à rester maître.
       Dans l’orientation de ces politiques il ne faut pas oublier le rôle de l’initiative
individuelle, de la volonté personnelle de l’homme de l’Etat ou de ses collaborateurs (grands
agents diplomatiques ou chefs d’Etat-Major).
       Encore est-il nécessaire de faire la part des changements survenus au cours du temps.
L’ambassadeur était très important quand les communications étaient limitées, puis son rôle
a diminué au milieu du XIX ième siècle (révolution des transports, télégraphe électrique) ; ce
déclin s’est accentué entre 1919 et 1939 (téléphone --> contrôle sur les agents
diplomatiques, avion --> contact entre les chefs de l’Etat). Les chefs de E-M ont vu leur
importance augmenter à mesure que la guerre a exigé des moyens matériels plus puissants,
des effectifs plus nombreux une préparation plus minutieuse. Sans doute, cette influence des
chefs militaires et navals est-elle largement éliminée par les régimes politiques autoritaires :


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ni Mussolini, ni Hitler ne s’inclinent devant l’autorité des «techniciens». Mais elle subsiste
souvent, entre 1919 et 1939, dans les démocraties, où le chef du gouvernement hésite à
passer outre à leur avis.

      L’homme de l’Etat – bien que ses initiatives soient limitées par les forces
économiques, financières, démographiques, et les ressources du «moral» national – est
capable parfois de modifier ces forces. Même dans un Etat parlementaire, il peut améliorer,
par la politique économique, la mise en valeur des ressources nationales et augmenter le
potentiel de guerre ; il peut faire prendre les mesures législatives qui facilitent ou entravent
les mouvements migratoires et qui encouragent l’augmentation du taux de natalité ; il peut,
grâce à la presse et l’école, obtenir de la population qu’elle se soumette aux sacrifices
exigés par l’Etat ; il peut s’efforcer de prendre les mesures propres à maintenir la cohésion
nationale ;il peut céder à la tentation de mettre à profil une supériorité d’armements qu’il sait
être momentanées ; il peut être imprudent dans le choix des moyens diplomatiques et,
consciemment ou non, provoquer, au cours d’une négociation difficile, l’incident qui
soulèvera les passions.
      Comment contester le rôle que la conception des intérêts nationaux, le désir de
prestige personnel, ou même le tempérament de l’homme d’Etat ont joué, de Louis XIV ou
de Frédéric 2 à Napoléon Ier, de Napoléon III et de Bismarck et Hitler, à l’origine des grandes
guerres ?
      Comment méconnaître que, par leur tempérament, leur caractère, leurs idées
personnelles, W. Churchill, F. Roosvelt et J. Staline ont imprimé leur marque à l’histoire de la
2 GM ?

       La politique extérieure est liée à toute la vie des peuples, à toutes les conditions
matérielles et spirituelles de cette vie, en même temps qu’à l’action personnelle des hommes
d’Etat. Dans la recherches des explications, qui reste le but essentiel de l’œuvre historique,
l’erreur majeur serait d’isoler un de ces facteurs et de lui accorder une primauté, ou même
de vouloir établir entre eux une hiérarchie. Les forces économiques et démographiques, les
courants de la psychologie collective et du sentiment national, les initiations
gouvernementales se complètent et se pénètrent ; leur part d’influence respective varie selon
les époques et selon les Etats. La recherche historique doit essayer de déterminer quelle a
été cette part. Elle offre ainsi l’occasion de réflexions nécessaires ; mais elle ne prétend pas
donner de recettes, encore moins dicter des leçons




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