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A Priori 1 La peur Jean Philippe

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A Priori 1 La peur Jean Philippe
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12/12/2011
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Association : une vache dans un pré / Lutte contre les discriminations / A PRIORI / LA PEUR – Jean-Philippe Macau Page 1 sur 8









LA PEUR



Jean-Philippe Macau





Bonjour,

Je m’appelle Jean-Philippe, j’ai 32 ans, je suis

Infirme Moteur Cérébral, en abrégé : IMC. À ma

naissance, j’ai manqué d’oxygène, les cellules du

cerveau qui donnent l’ordre aux bras et aux jambes

de bouger n’ont pas été réveillées.

Je me déplace en fauteuil électrique, quand les

lieux sont accessibles.

Je peux réfléchir, parler et échanger.





LA MÉCONNAISSANCE DU HANDICAP

Dans la rue, les enfants et les jeunes viennent

vers moi tout simplement pour comprendre. Ils se

posent des questions, se demandent si je suis

malade, si j’ai toute ma tête, etc… mais parfois

les adultes les détournent de moi.

Avant, les personnes handicapées, on les voyait

peu dehors et encore moins dans une école

ordinaire. C’est pour ça que les parents ne savent

pas quoi dire à leurs enfants quand ils voient un

handicapé qui se promène. Ils n’ont pas appris à

nous connaître, ils croient que le handicap c’est

contagieux et comme ce qu’on ne connaît pas fait

peur, ils ont peur de nous et ils transmettent

cette peur à leurs enfants.

C’est l’ignorance qui déclenche la peur.





L’ÉCOLE

J’ai beaucoup aimé l’année où j’ai été intégré

dans une école maternelle ordinaire parce que je

me sentais comme les autres enfants, il n’y avait

aucune différence, j’étais heureux.

Au début, les enfants étaient très étonnés.

Ils me disaient : Pourquoi t’es comme ça ?

Pourquoi t’es malade ?

Association : une vache dans un pré / Lutte contre les discriminations / A PRIORI / LA PEUR – Jean-Philippe Macau Page 2 sur 8









Moi, je disais, je ne suis pas malade, c’est un

problème moteur.

On faisait de la peinture avec les mains, moi j’en

mettais beaucoup à côté de la feuille, mais ce

n’était pas grave, on rigolait beaucoup.

Les enfants chantaient, on partageait de bons

moments ensemble.



De 6 à 18 ans, je suis allé dans une école

spécialisée, la moitié du temps était consacré à

la rééducation :



L’ORTHOPHONIE

L’orthophoniste nous aidait à mieux parler. Je

n’arrive pas à prononcer les mots qui commencent

par le son « Ke ». Je confonds le son « je » et

« che », par exemple : jambon ou chambon, pour

moi, c’est pareil. Je me trompe entre les lettres

« v » et « f » et je prononce les sons « pe »,

« te » et « de », de la même manière.

Mais j’ai un bon vocabulaire et si quelqu’un ne

comprend pas ce que je dis parce qu’il y a des

sons que je n’arrive pas à prononcer, je trouve un

synonyme ou une autre façon de lui expliquer ce

que je veux dire.

Cela ne m’embête pas de répéter. Ce qui m’embête,

c’est les gens qui font semblant d’avoir compris

et pensent que je ne m’en aperçois pas.



LA KINESITHÉRAPIE

J’ai des contractures, j’ai les muscles tendus en

permanence, la kinésithérapie me permet de me

relaxer, de travailler la souplesse et de me

muscler.

Je suis athétosique, j’ai des mouvements

involontaires, par exemple mon bras droit se met à

bouger tout seul et comme j’ai peur de faire mal à

quelqu’un sans le vouloir, je le tiens avec ma

main gauche. Il ne faut pas avoir peur, c’est un

peu comme vous, quand vous avez le hoquet et que

vous n’arrivez pas à le contrôler et à l’arrêter.



L’ERGOTHÉRAPIE

Association : une vache dans un pré / Lutte contre les discriminations / A PRIORI / LA PEUR – Jean-Philippe Macau Page 3 sur 8









On faisait des petits jeux pour arriver à

contrôler nos mouvements. Comme je n’arrivais pas

à contrôler ma main, quand j’ai essayé pour la

première fois un fauteuil électrique, je me

cognais dans les murs et dans les portes. Alors

l’ergothérapeute m’a proposé d’adapter une

commande au menton, qui fonctionne comme un

joystick et je roule comme vous marchez, sans y

penser. J’ai eu mon premier fauteuil électrique à

14 ans et cela m’a permis d’être un peu plus

autonome.



LE NIVEAU SCOLAIRE

J’ai le niveau du cours préparatoire. Je connais

l’heure. Je sais un peu compter. Mais je n’arrive

pas à lire. Pour moi un livre ce n’est qu’une

feuille de papier. Quand je lis, je ne ressens

rien du tout parce que je ne peux pas échanger

avec quelqu’un d’autre.

De temps en temps, je vais tout seul à la

bibliothèque de l’Alcazar à Marseille, au service

Lire autrement et j’écoute en cabine des livres

enregistrés sur cd audio. Ce que j’aime surtout,

c’est leur acceuil.

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EXTERNE A MI-TEMPS

Depuis que j’ai 18 ans, je vais dans la journée

dans une Maison d’Accueil Spécialisée pour les

handicapés moteurs. Depuis 6 mois, j’y vais à mi-

temps, ça me permet d’avoir des activités

personnelles.





LA DÉPENDANCE A UNE TIERCE PERSONNE

Tout petit, j’avais déjà compris que mon handicap,

c’était pour la vie, que j’aurais toujours besoin

de quelqu’un pour m’aider dans la vie quotidienne,

pour m’aider à boire, à manger, à aller aux

toilettes, à faire ma toilette, et à m’habiller.

Par exemple, j’ai un infirmier qui vient le matin

et le soir pour me laver. En 20 minutes, il me

déshabille, me met aux toilettes, me donne une

douche, me rase et me rhabille. Ça va vite. Quand

il s’occupe de moi c’est comme s’il s’occupait

d’une machine. Il n’y a pas beaucoup de contact

humain. J’essaye de me taire parce que si je

parle, je bouge et je me raidis en même temps et

c’est plus difficile pour lui. Mais c’est pénible,

quand je ne peux pas m’exprimer, je me sens comme

un objet.





LE DÉSIR AU RÉGIME

On est handicapé physique, mais on a des désirs

aussi forts qu’une personne valide. Quand je vois

des jeunes filles de mon âge, c’est dur, parce que

j’ai envie d’engager la conversation, mais c’est

délicat.

Je suis timide et dès fois, ça me fait peur parce

que je ne sais pas comment l’autre va réagir et je

me demande toujours jusqu’où ça peut aller…

Mais si je ne le fais pas, je reste avec ma

frustration.



C’est pareil qu’une personne qui fait un régime,

si elle voit un beau gâteau sur une table ou dans

une vitrine, elle a envie de l’acheter pour le

manger, pour se régaler, mais comme elle fait un

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régime, c’est interdit, donc elle reste sur son

envie.



Pour les valides, c’est moins compliqué autour du

désir de faire, que pour nous, parce que vous avez

une plus grande palette de choix, de possibilités

et d’activités que nous, avec les amis, le sport,

le boulot, les sorties, c’est plus facile pour se

changer les idées.

Le problème, c’est que je suis lucide que je

ressens la peur que les gens ont par rapport au

handicap et que j’ai tout mon temps pour y

réfléchir. Quand j’ai des idées noires, je ne peux

pas comme vous aller courir, ou jouer à un jeu

vidéo pour les évacuer. Sur la palette d’une

personne handicapée, il y a beaucoup moins de

nuances et de choses qu’on peut faire. C’est

toujours la routine.

LA BONNE DISTANCE AVEC LES VALIDES

Pour nous, c’est difficile de trouver la bonne

distance. Comme il faut nous aider pour tout, on a

peur que l’ami se sente obligé de faire ce qu’on

lui demande, qu’il se sente comme un objet, qu’il

n’ose pas refuser et qu’il se sente étouffé. Mais

quand on ne demande rien, le valide croit qu’on

l’ignore et il ne comprend plus l’attitude à avoir

par rapport à nous.



Des amis valides quand ils se voient, ils en

profitent tous les deux, mais quand c’est un

valide et un handicapé qui se voient, comme le

valide est obligé d’aider l’handicapé pour tout,

au bout d’un moment, il se dit : « C’est épuisant,

il y a trop de boulot et pour moi, il n’y a pas de

plaisir » et la relation amicale s’arrête.





LA SOLITUDE

La solitude, je la ressens plus fort quand je suis

entouré de personnes qui m’ignorent, qui font

comme si je n’étais pas là, qui sont hypocrites.

Par exemple, quand on est à table et que les

personnes choisissent de parler de choses que je

n’arrive pas à suivre, du travail, du sport,

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d’endroits où je ne peux pas aller parce que ce

n’est pas accessible. Ils font comme si je

n’existais pas. Ils ne me posent jamais de

questions, même simples comme : « Qu’est-ce que tu

as fait cette semaine ? » ou bien

« T’as regardé quoi à la télé ? »

Dans ces moments, je ressens que pour eux, je ne

suis pas intéressant et c’est lourd à supporter,

je préfère être seul.





L’ACCESSIBILITE

Quand je veux sortir, je ne peux pas improviser,

décider d’aller me promener parce qu’il fait beau

ce jour-là. Je dois commander un car aménagé deux

semaines à l’avance. Tout doit être prévu parce

que s’il y a des marches pour entrer dans un

magasin, dans un cinéma, je ne peux pas y aller.



Dans Marseille, on peut aller dans certains grands

magasins, au Centre Bourse, au Grand Littoral, au

Vieux Port, au parc Borély et c’est tout. Les

pistes cyclables, si elles s’arrêtent parce qu’on

a oublié de construire un plan incliné ou que le

trottoir est trop haut, ou qu’il y a une moto

garée en plein milieu, je ne peux pas les

utiliser.

Association : une vache dans un pré / Lutte contre les discriminations / A PRIORI / LA PEUR – Jean-Philippe Macau Page 7 sur 8









Ça m’arrive de rester coincé parce que le fauteuil

ne peut pas franchir un trottoir mal aménagé et

d’attendre longtemps avant qu’un piéton me demande

si j’ai besoin d’aide et pousse le fauteuil. Si

une voiture se gare sur un bateau et que je dois

faire un grand détour, j’arrive en retard chez

moi, l’infirmier qui m’aide à faire ma toilette

est déjà reparti et je dois attendre le lendemain

pour prendre ma douche.





LE PROJET DE SENSIBILISATION AU HANDICAP

Les seules occasions où j’arrive à oublier mon

handicap, ce sont les moments que je partage avec

les valides, où on parle de tout, sauf du

handicap.

Mais je sais que pour partager de bons moments, il

faut prendre le temps d’expliquer le handicap et

répondre aux questions que chacun se pose, sans

tabou.

Dès qu’on arrive à faire connaissance, la peur

disparaît, on s’apprécie ou pas, mais le rapport

devient naturel.

Ce sont les jeunes et les éducateurs qui pourront

faire évoluer les mentalités de leur entourage.









Si vous voulez nous faire part de vos réactions et

suggestions à propos de ce texte et de notre

intervention dans les classes, ou commander le DVD

du film : « Y’a pas de quoi en faire une histoire,

N°2 », vous pouvez nous écrire :

Association : une vache dans un pré / Lutte contre les discriminations / A PRIORI / LA PEUR – Jean-Philippe Macau Page 8 sur 8









Association : une vache dans un pré

Cité des Associations – BP 114

93, La Canebière. 13001 Marseille - FRANCE

unevache.dansunpre@free.fr

http://www.unevachedansunpre.fr


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