Objets de la "communale" by 7y35p50R

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									                      Objets de la "communale"

La communale d'antan demeure inscrite dans la mémoire collective du fait d'objets
jugés représentatifs de son temps comme les bancs d'écolier, les encriers, la craie
ou le tableau noir.


Les objets d'école sont pourtant bien plus nombreux. Ils concernent le mobilier de la
classe, les outils pédagogiques ou les divers matériels utilisés par l'élève. Les objets
présentés ci-après ne représentent qu'une infime partie des richesses que recèlent
les salles de classe bien équipées du XIXè siècle. Mais ils permettent cependant de
restituer l'univers de travail des enfants alors scolarisés.


Le mobilier

Les bancs et tables

   L'usage de la tablette, recouverte de cire remonte à l'Antiquité. Elle se pose sur les
genoux et ne nécessite pas l'usage de table. Les chaises ou bancs, sans dossier,
sont remplacés, surtout après 1750, par des bancs-tables pour 7 à 12 élèves, ou par
des pupitres en bois à charnière. Ce mobilier est rendu obligatoire le 18 janvier 1887.
   Peu à peu celui-ci devient individuel ou pour deux élèves. Avec la révolution
industrielle, le piétement est parfois en fonte. Les bancs-tables sont souvent vissés
sur le plancher de la salle de classe.
   Grâce aux soucis hygiénistes du XIXè siècle, à l'action de Maria Montessori et de
Pauline Kergomard, et aussi en fonction des idées sur les élèves et du mode de
fonctionnement de la classe, le mobilier est peu à peu adapté aux divers âges des
élèves et à leurs besoins (plateau incliné, rainure pour crayons et porte-plumes,
encrier, case sous la tablette pour le rangement des cahiers et des livres, barre
d'appui pour les pieds).

L'estrade et la chaire du maître

   Le maître dispose d'un bureau, d'un bureau-pupitre ou d'une chaire, à partir
duquel il enseigne. Le meuble dispose de tiroirs latéraux dans lesquels le maître
range ses petits matériels ou les cahiers relevés.
   Le bureau - ou la chaire - ne laisse voir que le buste du maître ou de la maîtresse,
assis sur une chaise ou debout. La domination de l'institutrice ou de l'instituteur est
d'autant plus évidente que la chaire est posée sur une estrade haute d'au moins 30
centimètres.

Le poêle

  Le poêle, alimenté au bois et/ou au charbon, sert au chauffage de la classe. Il est
généralement situé au fond de la classe, mais sa position peut parfois être centrale
pour que tous les occupants en bénéficient. Il est doté d'un tuyau d'évacuation des
fumées, plus ou moins long.
   Le poêle est entouré d'une grille de protection qui empêche l'approche des
élèves. Un plateau métallique permet de réchauffer les gamelles du déjeuner.


Le matériel pédagogique

Le tableau

  Le grand tableau noir mural, avec ou sans volets repliables, reçoit la maxime
morale du jour, les textes de devoirs ou de résumés de leçons.
  Il est parfois complété par un tableau sur chevalet, de dimensions plus modestes,
promu outil de démonstration pour l'apprentissage de l'écriture ou l'explication des
mécanismes du calcul.

Les cartes et tableaux muraux

  Les écoles françaises sont, dans le dernier tiers du XIXè siècle, progressivement
équipées de cartes de géographie et d'histoire. Les cartes essentielles - France,
Europe, Monde - sont présentes partout, même si elles ne sont pas toujours
convenablement utilisées aux dires des inspecteurs primaires. Les cartes murales
de P. Vidal de La Blache diffusées par Armand Colin ou celles de Jean Brunhes-
Kaeppelin, diffusées par Hatier, connaissent un immense succès.
  Dans chaque classe, des tableaux muraux permettent de découvrir et d'apprendre
en maniant le vocabulaire. Ils naissent dans la seconde moitié du XIXè siècle et
perdurent jusque dans les années 1960. À côté des tableaux de l'histoire de France,
on trouve des tableaux relatifs au relief, au climat, aux saisons, aux animaux, aux
poids et mesures, à l'hygiène, à la morale, à la vie quotidienne...

Le globe terrestre

  Les globes terrestres sont de petite taille et leur revêtement de plâtre assez fragile.
Leur lisibilité réduite autorise cependant l'étude des notions élémentaires de
géographie générale et l'acquisition des principaux repères terrestres.
  Le globe géographique est aussi utilisé pour montrer aux enfants la forme
sphérique de la terre, qu'ils perçoivent mal à partir de cartes planes.

Le boulier

    Collectif ou individuel, le boulier aide l'enfant à s'initier au calcul, avant que celui-ci
ne devienne pour lui une opération exclusivement intellectuelle. Les instructions
officielles estiment que savoir compter est aussi nécessaire que savoir lire ou écrire.
    Perfectionnement de l'abaque de l'Antiquité, ses dix rangées de neuf boules
offrent à l'élève des possibilités plus larges que celles qu'offre l'usage des dix doigts.
Il peut ensuite se livrer aux joies des exercices de calcul mental, qui sont largement
partie prenante des leçons d'arithmétique.
Les mesures

    Les séries de mesures sont très présentes dans les classes, en une époque où
l'enseignement primaire vise des objectifs pratiques. En effet, le conditionnement des
marchandises vendues par les commerçants n'existe pas encore.
    En fer blanc ou en étain, les mesures servent à mesurer l'huile et les alcools. En
bois, serti en bas et en haut d'un bandeau de tôle, elles sont utilisées pour mesurer
les céréales ou les légumes secs.
    Les classes sont aussi dotées d'une collection de solides en bois, d'une
chaîne d'arpenteur d'une balance et d'une série de poids.

Les lanternes

   Les boîtes lumineuses, ou lanternes magiques, sont créées en 1659. Les
lanternes-jouets agrémentent, après 1830, les réunions familiales de la bourgeoisie.
   L'idée d'utiliser les projections lumineuses apparaît sous Louis XVI pour
l'enseignement du dauphin. Mais l'application ne se propage qu'avec les cours et
conférences publiques pour adultes à partir des années 1860-1870. Jusqu'en 1880-
1890, les instances officielles sont rétives à l'utilisation à des fins didactiques des
lanternes magiques (appelées lanternes de projection, puis appareils de projection).
   Les images lumineuses sont peintes à la main jusque vers 1840. Peu à peu, elles
évoquent des oeuvres littéraires (La Fontaine, Perrault...), puis deviennent l'un des
supports de l'enseignement scientifique.

Les manuels

   Le manuel est le livre pouvant être tenu avec une main. Les manuels pour les
maîtres, présents dès l'Antiquité, sont complétés, à partir du XVIIIè siècle, par des
manuels destinés aux élèves. Après divers projets, la Convention lance, le 28 janvier
1794, un concours pour la rédaction d'ouvrages élémentaires dans différentes
disciplines. Ainsi est créé le manuel officiel. L'instauration de programmes officiels
dans l'enseignement primaire et secondaire au cours du XIXè siècle rend
indispensable l'usage des manuels.
   Certains manuels réédités régulièrement ont été utilisés par plusieurs générations
d'élèves, ainsi les De viris illustribus Urbis Romae a Romolo ad Augustum (1779) ou
les Élémens de la grammaire française (1780) de l'abbé Lhomond, La nouvelle
grammaire française (1823) de Noël et Chapsal, les "Lavisse" (1876), les "Malet"
(1902) réécrits par Isaac (1923)...


Le matériel de l'élève

L'ardoise

   De carton, de tôle mais surtout de schiste, l'ardoise est héritée de l'enseignement
mutuel. Elle est protégée par un cadre de bois portant parfois, outre le nom du
fabricant, des motifs décoratifs.
   L'élève fait sur son ardoise des opérations au brouillon ou des exercices
grammaticaux. Il y inscrit les résultats de calcul mental qu'il présente au maître
lorsque celui-ci en donne l'ordre.
   L'élève écrit sur l'ardoise avec une craie ou avec une mine tendre ou dure. Celle-
ci est protégée par un porte-mine en tôle rigide, dont le mors est serré sur la mine
par une bague. L'éponge ou le chiffon permettent d'effacer la trace écrite.

Le porte-plume et l'encrier

   La plume d'oiseau - et plus particulièrement d'oie - est utilisée depuis le Vè siècle.
Vers 1830, elle est remplacée en Angleterre, par suite de la révolution industrielle,
par la plume métallique. Le monopole anglais est concurrencé en 1846 par les
Établissements Blanzy-Poure et Lebeau, devenus Baignol-et-Fargeon en 1875,
situés à Boulogne-sur-mer.
   La variété des plumes correspond à celle des écritures (anglaise ou cursive,
ronde, bâtarde, gothique). L'écriture fait l'objet d'un long apprentissage : formation
des lettres, alignement sur des cahiers lignés, posture influencée par les soucis
hygiénistes.
   La plume est fixée à l'extrémité d'un porte-plume, remplacé au Xxè siècle par un
stylo-plume à remplissage direct, puis par le stylo-plume à cartouche de verre créé
par la société Jif-Watermann. Les porte-plumes sont rangés dans des plumiers en
bois.
   L'encre, violette pour l'élève, rouge pour le maître, est livrée en bouteilles ou
fabriquée par l'instituteur à partir d'encres solubles dans l'eau. L'encre noire est
destinée à la correspondance administrative.
   L'encrier, en porcelaine, puis ultérieurement en verre ou plus rarement en plomb,
occupe le coin droit de la place de chaque élève. Il est rempli par le maître ou un
grand élève en début de semaine. Aux vacances, il est débarrassé de ses impuretés
ou des corps étrangers déposés par les élèves et nettoyé.

Le cahier de devoirs

   Jusqu'en 1850 environ, le cahier de devoirs est un ensemble de feuilles dépourvu
de couverture dans lequel l'élève recopie les exercices faits en classe. L'enfant en
assure la réglure et la couverture. Les années 1840-1870 voient la floraison des
couvertures lithographiées produites en série par les ateliers d'imagerie, puis celles
de cahiers entiers munis de leur couverture, issus de papeteries, maisons d'édition...
   Aux illustrations dues à la main de l'enfant, succèdent des images montrant les
travaux agricoles, le monde, des faits historiques, des scènes quotidiennes, l'histoire
naturelle, les merveilles de la nature ou de la science, la vie des animaux...
   Le protège-cahier apparaît plus tardivement (années 1920 ?). Souvent offert par
des marques, il fait une place plus ou moins importante à la publicité tout en
apportant des connaissances : tables de calcul, système métrique, cartes...

Le buvard

   Le buvard, lié à l'écriture à l'encre, naît en 1828 et connaît une formidable floraison
sous les IIIè et IVè Républiques, jusqu'à l'apparition et à la diffusion de masse des
stylos bille. Il permet à l'enfant d'élargir ses connaissances.
   En effet, le buvard - comme le protège-cahier - est souvent illustré : histoire
naturelle, histoire, régions, transports, soldats, aviation... Il comporte souvent de la
publicité, avant tout pour l'alimentation et les produits de nettoyage. Chocolat,
chicorée, flans et pâtes voisinent avec des lessives, produits d'entretien et d'hygiène.
La réclame peut aussi concerner l'automobile, les chaussures, les bicyclettes, etc...

Le bon point et l'image

    Attesté dès 1783 à Hambourg, le bon point accompagne la faute et entre dans une
stratégie d'émulation. À partir de quelques bons points, une image est donnée,
destinée éventuellement à figurer dans un album. La pratique du bon point et de
l'image perdure jusqu'aux années 1950.
    Bons points et images peuvent être vierges de réclame ou, au contraire, devenir
des supports publicitaires. Les produits pharmaceutiques et alimentaires sont les
plus représentés. On trouve aussi des publicités pour des fournitures scolaires, des
journaux ou des produits d'hygiène...
    Bons points et images, par leurs illustrations, apportent des connaissances aux
enfants : animaux, soldats, monuments, techniques, objets, bateaux, etc.


Notices rédigées par Guy Baron, responsable du Musée aubois d'Histoire de
l'Éducation de 1996 à 2002, et Jean-Louis Humbert, président des Amis du
Musée aubois d'Histoire de l'Éducation depuis 1996.
Ces notices ont été publiées dans la revue La Vie en Champagne (n° 32,
octobre-décembre 2002) sous le titre : "Objets d'école du XIXè siècle".


Pour en savoir plus

   LERCH (D.),"L'écolier et l'imagerie (vers 1850, vers 1960). Première approche",
Les Cahiers aubois d'Histoire de l'Éducation, n° 22, octobre
2002.
   ROUET (G.), L'invention de l'école, Nancy, PUN, 1993.
   SOURDON (J.), "La promotion de l'ardoise en 1885", Les Cahiers aubois
d'Histoire de l'Éducation, n° 18, octobre 2000.
   Le Patrimoine de l'éducation nationale, Charenton-le-Pont, Flohic
Éditions, 1999.

								
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