LE JOURNAL DES ENTREPRISES
2 avril 2010
Catherine Schorter-Le Bret. Dirigeante au berceau
De l'agroalimentaire aux produits de puériculture en passant par les biens de
consommation, Catherine Schorter-Le Bret est rompue aux décisions stratégiques du
monde de l'industrie. C'est chez Dorel, à Cholet, qu'elle applique aujourd'hui sa
méthode.
Aux commandes de Dorel France depuis bientôt
trois ans, Catherine Schorter-Le Bret est une
femme de responsabilités et de missions. Bercée
par le monde de l'entreprise et l'international, elle
entend aujourd'hui conforter les positions du
leader mondial des produits de puériculture.
Thomas Giraudet
C'est une spécialiste du marketing et du management que Dorel France a recruté en
novembre2007. Rôdée aux postes de direction et aux missions. Son CV en atteste.
Son ascension professionnelle est aussi étonnante que méthodique. Pas le choix
quand on est une femme ambitieuse, dans un monde de l'entreprise où la parité aux
postes de direction existe peu. «C'est le parcours du combattant; on doit prouver
deux fois plus qu'un homme, reconnaît-elle. Mais on apprend assez vite.» Devoir
assurer. Inlassablement. Quitte à organiser des réunions avec son deuxième enfant
sur les genoux! Il y a onze ans, Catherine Schorter-Le Bret endosse son premier
tailleur de directrice générale de la filiale française de Premier Brands (Cadbury,
Ebby, Witabix à l'époque). Cette ?quadra?, opérationnelle et pragmatique, construira
ensuite sa carrière à la recherche continuelle de responsabilités. «J'aime ça. Je suis
fondamentalement passionnée par l'entreprise. J'aime les projets, bâtir, travailler
avec les autres.»
Racines multiples
Mais pas seulement. Cette envie professionnelle demeure en effet indissociable d'un
trait de caractère, chevillé au corps, enraciné depuis sa naissance: son goût pour
l'étranger. Fille de mère anglaise et d'un père français né en Tunisie, elle a toujours
été nourrie au biberon cosmopolite. Ses lieux d'affectation ou les zones
géographiques dans lesquels elle a dû oeuvrer le prouvent: Royaume-Uni,
République Tchèque, Pays-Bas, États-Unis, Chine... Énumérer la liste serait
(presque) fastidieux. «J'ai toujours construit ma carrière par rapport aux entreprises
travaillant à l'international. J'aime la notion de changement, de diversité culturelle,
d'échange. Ceci vous amène à une remise en cause permanente.» Bien qu'en poste
à Cholet, avec le titre de directrice générale de Dorel France (poussettes, sièges
autos, etc.), Catherine Schorter-Le Bret est aussi vice-présidente marketing et R & D
pour l'Europe... Un tiers de son temps est consacré aux déplacements.
Goût de l'entreprise
C'est également dans son giron familial qu'elle a puisé sa passion non dissimulée
pour l'entreprise. Premiers stages à 16 ans, école de commerce à Nantes
(Audencia), puis entrée dans le groupe BN. Après deux années dans l'hexagone, elle
file chez Nestlé. Elle y restera huit ans. Sa plus longue expérience à ce jour. Dans
l'univers ?chocolat? de la multinationale, elle devient chef de groupe marketing puis
responsable d'enseigne. En 1997, elle part à Prague, comme directrice marketing
d'une joint-venture avec Danone. Convaincue par l'enrichissement personnel des
expériences à l'étranger, elle y effectue ses premières armes en terme de
management, entre ex-système communiste et adjonction de deux cultures
d'entreprise. Une expérience enrichissante et toujours plus aisée que celle vécue en
2007 chez le fabricant de stylos Sanford (Parker, Waterman, Reynolds). Six ans
après son arrivée, elle participe à la fermeture d'une usine de 300 personnes à
Valence. L'évocation du dossier est délicate. Des blancs ponctuent le récit. La
dirigeante a été marquée par cette période. «Ca a été dur. Humainement c'est
douloureux. Pour tout le monde.» Naturellement, c'est avec envie qu'elle replonge
quelques mois plus tard, en novembre2007, dans l'aventure Dorel «un groupe à taille
humaine avec de vrais projets européens et des marques fortes (Bébé Confort,
Babidéal, Quinny...)» Conforter les positions, faire évoluer les métiers, regrouper les
trois sites choletais, autant de missions d'entreprise qu'elle tente d'accomplir. Avant
sa propre aventure? Rien n'est moins sûr. «La création c'est encore autre chose.»
«Cholet s'oriente vers l'innovation et les servicesà nos marques»
Entre le rôle européen donné au site de Cholet, la poursuite de la réorganisation des
métiers, le projet immobilier de regroupement des activités et les apports issus des
collaborations avec le Pôle enfant, Catherine Schorter-Le Bret évoque les différents
dossiers d'actualité de Dorel France. Entretien.
En début d'année, suite à la suppression de neuf postes chez Dorel France, vous
avez affirmé que le groupe désirait faire du site de Cholet un centre d'expertise
européen. Quelle est la signification concrète de cette expression?
Ces suppressions résultent de la réorganisation de la logistique de l'entreprise pour
l'Europe du sud. Cinq des collaborateurs ont déjà été reclassés. En 2007
, le groupe avait annoncé une évolution en terme de périmètre des responsabilités
des trois sites de Cholet (430 personnes). Dorel France veut faire de son unité
choletaise un acteur majeur de son développement en Europe. Depuis, Cholet
s'oriente vers l'innovation et les services pour accompagner le développement de
nos marques (N.D.L.R: Bébé Confort, Quinny, Maxi Cosi, Safety First...). La
recherche et développement concentrent une cinquantaine de personnes pour les
sièges autos, les poussettes, l'équipement puériculture. Une vingtaine de brevets
sont déposés par an. 40 personnes travaillent sur la qualité à travers le suivi des
normes de réglementation. Enfin, Cholet possède le centre de crash test européen
qui teste l'ensemble des sièges autos du groupe. On abrite aussi toute
l'administration de Dorel France. Tout cet ensemble de compétences démontre
l'intérêt du site pour renforcer l'innovation du groupe.
Ça veut dire qu'à terme il n'y aura plus de production à Cholet?
Quand je suis arrivée en novembre2007, le groupe achevait sa réorganisation
industrielle. La production représentait près de 100 personnes. Aujourd'hui, l'injection
sur pièces plastiques en concerne une quarantaine. Parallèlement, Depuis trois ans,
nous avons recruté 67 personnes. Notre ancrage à Cholet date de plus d'un siècle. Il
s'inscrit dans le long terme.
Comment le groupe a-t-il vécu la crise?
Au travers des innovations, on a vécu une très bonne année 2008. 2009 a été plus
difficile (NDLR: Dorel Europe: 370M€ de CA; Dorel France: 150M€). Les
consommateurs ont été amenés à prioriser leurs achats. On a souffert avec un repli
en terme de ventes mais on a continué à investir pour être prêt au moment de la
reprise. On a piloté de manière plus ajustée nos dépenses. (...). 2010 est une année
importante avec beaucoup de lancements de produits. On veut conforter notre
leadership mondial avec nos deux piliers: les sièges autos et les poussettes. Nous
représentons des marques généralistes qui veulent répondre aux besoins des
consommateurs.
Qu'en est-il du projet de regroupement des trois sites choletais?
C'est un projet comme son nom l'indique! (sourires)
L'objectif serait d'avoir une organisation cohérente des différents périmètres des
activités. Ce serait aussi l'occasion d'offrir de belles conditions de travail aux salariés.
Aujourd'hui il y a plusieurs hypothèses. Mais c'est un investissement important que
nous devons présenter au groupe. La prise de décision s'effectuera avant la fin de
l'année.
Parcours
1ermars 1963
Naissance à Saint-Germain-en Laye (75)
1985
Entre au service marketing chez BN
1990
Chef de groupe marketing puis responsable d'enseigne dans l'univers du chocolat
chez Nestlé
1997
Directrice marketing chocolat dans une joint-venture Nestlé-Danone à Prague
Avril1999
Directrice générale de Premiers Brands France (biscuits Cadbury)
Novembre2001
Arrivée chez Sanford en tant que directrice des marques ?fine writing ?(Waterman,
Parker et Rotring)
2003
Directrice générale France et Benelux de Sanford
Novembre2007