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					     LA MINORITE PROTESTANTE DES PYRENEES-
       ORIENTALES D’APRES SES REGISTRES1
                  DU XIXe SIECLE


                                                                                       Madeleine SOUCHE*



        Les protestants français ont été réintégrés dans la nation par la Révolution, et les
articles organiques qui accompagnent le Concordat, en 1802, organisent leur culte
jusqu’à la Séparation de 1905.
        Il n’y avait pas de communauté protestante en Roussillon, sous l’Ancien Régime,
et il n’y en a pas encore au début du XIXe siècle2.
        Cependant quelques protestants sont venus s’installer à Perpignan peut-être dès la
Révolution, l’Empire3 et la Restauration4. Sous la Monarchie de juillet leur nombre
augmente légèrement et la Société des protestants disséminés de Nîmes commence à
s’intéresser à eux.
        Voyant leur nombre croître, ces protestants tentent de créer une Église et de faire
reconnaître officiellement leur culte, sous le Second Empire. Ils parviennent à leurs fins
au début de la IIIe République et l’Église réformée des P.-O. est officiellement organisée,
le 28 janvier 1872.
        Aux différentes étapes de leur histoire, les protestants des P.-O. ont tenu des
registres qui renferment de nombreuses listes qu’ils nomment parfois statistiques,
permettant d’étudier la naissance de cette minorité religieuse, ses origines, son
accroissement au XIXe siècle, sa composition démographique et professionnelle, son
implantation dans le département et aussi sa vie religieuse.


                                            LES SOURCES

Le registre factice de la Société des protestants disséminés de Nîmes
      Le premier registre5 est un registre factice. Les pasteurs de Nîmes, puis la Société
d’évangélisation pour les protestants disséminés de Nîmes qui veut apporter son soutien

1 Cette étude est réalisée à partir des registres de l’Église réformée de Perpignan et d’un registre factice de la
Société nîmoise d’aide aux protestants disséminés, mais non des registres paroissiaux du poste de Collioure,
créé par la Société centrale d’évangélisation, tout à la fin du XIXe siècle.
* Professeur agrégé, C.R.Hi.S.M., Université de Perpignan.
2 En 1835, le préfet des P.-O. informe le ministre des cultes que le culte catholique est le seul en exercice
dans le département. Archives départementales des P.-O. (ADPO) 7V1.
3 Sur la liste des protestants de Perpignan faite en 1838, le dénommé Astruc déclare qu’il vit à Perpignan
depuis plus de 40 ans. Archives départementales du Gard (ADG) 42 J 94. La veuve Julliot déclare, en 1863,
qu’il y 60 ans qu’elle habite Perpignan, Archives de l’Église réformée de Perpignan (AERP).
4 David Maurel est domicilié à Perpignan depuis le 15 avril 1824. Registre du Conseil presbytéral (RCP) de
l’Église réformée de Perpignan 1878.
5 ADG 42 J 94.


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aux protestants, isolés6, hors des foyers protestants, dressent les premières statistiques
religieuses des protestants de Perpignan, celles du pasteur Massé en 1838, du pasteur
Fontanès en septembre 1840, du pasteur Adrien Perier le 18 novembre 1840. La société
nîmoise soutient la création d’une Église non concordataire, et en 1846, c’est le pasteur
Charles Louis Chappuis, pasteur auxiliaire, non officiel 7, qui dresse la liste qui figure
dans le registre de la Société des protestants disséminés. Les premières listes faites par
les pasteurs de Nîmes montrent leur souci de recenser les protestants disséminés, de
connaître leur nombre, leur situation familiale et professionnelle. Ils accordent une
grande attention à la situation religieuse des individus et des familles afin que la société
nîmoise puisse les aider à garder vivante leur religion.
       Le pasteur ne fait qu’un court séjour à Perpignan et la rencontre des protestants de
la ville et la rédaction de la liste sont parfois difficiles. Le pasteur Massé écrit à la
Société des protestants disséminés : « Au lever du soleil, je me mis en recherche d’âmes :
à midi j’avais parcouru la ville, la caserne, la citadelle, à 3 heures, j’avais prêché la
repentance et le salut à 24 protestants du lieu et à autant de militaires. » Le rapport du
pasteur Fontanès au comité d’évangélisation, le 18 septembre 1840, ne relève qu’une
dizaine de noms alors que celui du pasteur Perier, en novembre de la même année, en
donne plus du double. « J’ai eu quelque peine à trouver le nommé Monteil, perruquier »
note-t-il néanmoins8. Le pasteur Chappuis, nommé en 1846, a lui aussi mentionné son
embarras à faire la liste envoyée à Nîmes en inscrivant « trois protestants indiqués par
Monteil dont il ignorait le nom et l’adresse. »

Le registre du comité protestant
       Sous le Second Empire cette Église libre se donne des structures. Le 12 avril 1860,
sous la présidence du pasteur Jean Monod de Nîmes, un comité de surveillance du culte
protestant à Perpignan se constitue, c’est lui qui collecte les informations statistiques
dans un petit registre relatif à la composition de l’Église et à ses différentes activités.
       La liste du 20 décembre 1861 est courte, dressée sur une feuille volante par les
chefs de famille qui ont inscrit leur nom sous forme de signature9, celui de leur épouse, le
nom ou le nombre des enfants, leur profession, leur âge, leur domicile et leur lieu de
naissance. Ils font une nouvelle statistique, en septembre 1863, dans laquelle ils ajoutent
leur situation familiale, le nombre d’années passées depuis leur installation à Perpignan
et des « observations », rubrique où ils inscrivent les catholiques, femme et enfants, dans
leurs familles. Cette liste est recopiée par le secrétaire dans le registre paroissial et
complétée par le comptage des protestants domiciliés dans les autres communes du
département, à Ille, à Prades, à Ria. Le souci de bien compter les protestants afin que leur



6 Le règlement dit que : « Cette société a pour objet de rechercher les protestants disséminés et privés de culte
public et de satisfaire à leurs besoins religieux. »
7 En attendant nos frères de Perpignan se sont attachés M. Charles Louis Chappuis, ministre du Saint
Évangile qu’il propose à la sanction consistoriale… pour exercer en qualité de délégué du consistoire les
fonctions de ministre évangélique dans le département des P.-O. » RCP copie de la délibération du
consistoire de Bédarieux relative à la paroisse de Perpignan.
8 Les rencontres sont parfois surprenantes : « Voilà qu’en traversant une rue, après avoir quitté la place
d’armes [Guizy] me dit : « Je crois que demeure dans cette maison un étranger qui s’est jadis fait protestant
en Angleterre. Il faut nous en assurer… » Or voilà mes chers frères que cinq minutes après, j’étais en tête-à-
tête avec lui, Ce n’était pas un homme que la misère fit passer dans nos rangs. C’était avec un ministre de
Napoléon, le vicomte Sauquaire de Souligné. »
9 Tous ceux qui ont eu la liste en main signent, y compris les femmes : la couturière Rosalie Guizy, la veuve
Julliot repasseuse. La maîtrise de l’écriture est inégale. Le négociant Pierre Franc, qui dresse probablement
les listes du registre, écrit avec aisance Le pâtissier suisse Martin Faller ne peut pas suivre les lignes tracées, il
a une grosse écriture maladroite et fait des fautes d’orthographe.


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                                                                                                         MAITRISES, DEA, THESES

nombre soit suffisant pour obtenir la création d’une place de pasteur marque également la
liste de 1870.
       Les résultats de ces comptages sont envoyés aux autorités civiles et militaires. « La
population protestante de Perpignan se compose de 70 personnes connues, chiffres très
sincères, et des officiers et les soldats de la garnison qui assistent à toutes nos réunions,
de l’avis que l’autorité militaire leur fait donner 10.» En 186811, « lecture est faite au
conseil municipal d’une lettre du secrétaire de l’Église protestante de Perpignan portant à
90 le nombre des protestants de Perpignan et déclarant que, pour les militaires en
garnison, ce chiffre s’élève presque de 150 à 200. »
       Les autorités vérifient les listes. Le ministère de la justice et des cultes saisit le
conseil municipal de l’affaire : « Le recensement de la population protestante de
Perpignan est laissé aux bons soins de l’administration municipale. »12 La préfecture
analyse aussi cette demande. « J’ai fait vérifier avec soin la liste des personnes
appartenant à la religion protestante et produite à l’appui de la requête adressée au
conseil municipal de Perpignan par le comité local. Cette liste paraît assez exacte,
toutefois je dois faire observer que sur les 109 individus qui y sont dénommés, 25 à 30
sont des fonctionnaires ou des membres de leur famille exposés par conséquent à quitter
d’un jour à l’autre le pays. Il y a beaucoup plus à dire sur la liste des militaires. Le
nombre des protestants appartenant à l’armée est porté à 225, y compris la population de
l’hôpital d’Amélie. J’ai voulu vérifier cette évaluation qui me semblait exagérée et il
résulte d’une lettre de M. le général de brigade, en date du 1 er juillet, que le chiffre des
militaires de tous grades appartenant aux diverses confessions protestantes s’élèverait, au
courant juillet, à 48 dont 28 luthériens et 20 calvinistes. La population protestante du
département, y compris la population flottante, que je porte à 40 environ, en comptant
large, s’élève à peine à 200 individus. Y a-t-il lieu, pour un aussi petit nombre de
résidents, répartis dans six ou sept localités, de créer une place de pasteur ? J’estime qu’il
y aurait des inconvénients à créer un centre de propagande religieuse dans un pays qui
compte à peine un résident appartenant à un culte dissident sur mille et où l’élément local
ne fournit pas, en tout, 80 protestants. »13
       Ce registre contient aussi d’autres listes relatives à la vie de la communauté : celle
des membres du comité de surveillance du culte protestant en 1860, sans date une liste
des souscriptions en faveur de la Société biblique de Paris, une liste des souscriptions
des protestants de Perpignan en faveur des ouvriers de l’industrie cotonnière de la Seine-
inférieure, une souscription en faveur de la veuve Julliot et une souscription pour les frais
de culte de janvier 1865.
       Ce registre est encore utilisé en 1872 et en 1873, après la création officielle de
l’Église de Perpignan, par le pasteur Trial14 qui dresse le 16 mai 1872 le relevé de la
population protestante des Pyrénées-orientales qu’il classe en 1°) anciens protestants, 2°)
nouveaux protestants, c’est-à-dire convertis, 3°) militaires protestants. Ceux du 17e de
ligne, ceux du 15e de ligne, ceux du 1er régiment du train d’artillerie sont soigneusement
inscrits, avec toute leur famille, car le pasteur fait office d’aumônier et son rôle auprès de
l’armée justifie en partie la création du poste. Le pasteur inscrit encore dans ce registre
les noms des souscripteurs de la souscription annuelle en faveur de l’Église officielle en
1872/73.

10 Lettre de Franc et Bénézech, fabricants tanneurs, au maire de Perpignan en 1866. Archives municipales de
Perpignan (AMP) P6.
11 ADPO 7V7.
12 ADPO 7V7.
13 ADPO 7V8
14 Président du consistoire de Bédarieux, ce pasteur est choisi par le conseil presbytéral de Perpignan pour
occuper le nouveau poste.


                                                                                                                                  3
Les registres de l’Église officielle
        Lorsque le poste de pasteur officiel est créé en 1871 et la nouvelle Église réformée
constituée en 1872, « la paroisse de Perpignan comprend le département tout entier. »15
Le pasteur tient les différents registres paroissiaux : registre des baptêmes, des mariages
des ensevelissements. Il tient aussi le registre du conseil presbytéral, les registres
paroissiaux électoraux qui renferment les noms de la population protestante des P.O,
ceux des électeurs du conseil presbytéral.
        Le pasteur Trial annonce que le registre de la population protestante contient : 1°)
les listes électorales, 2°) les listes paroissiales, 3°) les listes militaires, 4°) les listes des
convertis. Le registre contient en fait deux séries de listes : celles des électeurs du conseil
presbytéral de 1871 à 1891, treize listes, dressées d’abord par le pasteur Trial, qui a
recopié la première sur des feuilles trouvées dans un placard de la chapelle de la rue
Saint-Sauveur16, puis par son successeur, le pasteur Fourès, à partir de 1884.
        Le pasteur Trial a fait un travail moins bien organisé que son successeur : une
écriture moins belle, ni le souci de l’ordre alphabétique ni celui d’une présentation
harmonieuse. Les listes du pasteur Fourès sont les mieux présentées de toutes, claires,
bien ordonnées, écrites d’une belle écriture régulière, de beaux documents administratifs,
mais pas d’appréciation personnelle du pasteur sur les protestants dont le nombre a
augmenté.
        Les listes des électeurs ne contiennent que les noms des hommes en âge de voter,
chefs de famille, veufs ou célibataires ; elles précisent leur prénom, leur lieu de
naissance, leur profession, leur âge, leur situation familiale, leur domicile et la date de
leur établissement dans la paroisse.
        Les deux pasteurs ont aussi établi six listes de la population protestante entre 1872
et 1886.
        Les protestants sont plus nombreux dans le département que pendant les périodes
précédentes et pour pouvoir dresser ces listes le conseil presbytéral fait insérer des avis à
se faire connaître dans les journaux17. Malgré l’annonce de la table introductive du
registre, il n’y a ni liste des convertis, ni liste des militaires, les pasteurs font une colonne
pour les conversions et les militaires apparaissent sous la rubrique profession. L’année
d’installation dans la paroisse n’est pas mentionnée mais les pasteurs relèvent l’évolution
de la population : les décès et surtout les départs. Sur certaines listes ils mentionnent
aussi les électeurs.
        Certaines listes ont été établies à une date donnée : 14 mai 1872, 31 mars 1874,
avril 1886. D’autres regroupent plusieurs années : du 31 mars 1874 au 31 décembre
1876, du 31 décembre 1876 au 31 décembre 1879, du 1er janvier 1880 au 81 décembre
1883.
        Depuis qu’ils sont devenus membres d’une Église officielle, les protestants des P.-
O. doivent rendre des comptes à l’État, justifier cette création en tenant des listes de
population qui montrent qu’elle est toujours utile. Les autorités peuvent contrôler les
listes et leur demande laisse parfois penser qu’elles agissent sans intention bienveillante
à l’égard de la minorité protestante. Le 30 mars 1876 le pasteur Trial envoie, à la
demande du préfet, le rapport suivant sur la situation de l’Église Réformée dans le
département :



15 RCP, 5/04/1872.
16 Actuellement rue E. Zola, le lieu de culte des protestants y était fort mal installé avant l’attribution de la
salle des Repenties, place Rigaud, par la mairie.
17 ADPO 7V3.


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    « - Depuis 1871, époque de la constitution officielle de l’Église, la population
    civile est-elle restée stationnaire ?
    - Non, elle a fait ces derniers temps surtout de sensibles progrès. Il suffit pour s’en
    convaincre de comparer le registre paroissial de 1873 qui a servi aux élections
    presbytérales de janvier 1874 avec celui qui a été clos conformément à la loi, le
    31 décembre 1875.
    - Quel a été, à ces deux époques, le nombre des électeurs inscrits ?
    - Tandis que le 1er registre accuse 62 électeurs seulement, le second en porte 76,
    tous âgés d’après la loi de plus de 30 ans.
    - D’où vient cette augmentation ?
    - Elle s’explique, en grande partie, par l’établissement dans le Roussillon de
    familles protestantes venues des départements du Gard et de l’Hérault.
    - Où résident actuellement les familles protestantes, tant celles qui comptent des
    électeurs en leur sein que celles qui n’en ont pas ?
    - Dans quinze communes faisant partie des trois arrondissements. On en signale
    même dans cinq ou six autres communes, mais qui ont négligé, malgré les avis
    insérés dans les journaux, de se faire connaître.
    - Quel est le nombre approximatif des protestants civils dans le département ?
    - Environ 300.
    - La population militaire s’est-elle développée dans la même proportion ?
    - Non, les états nominatifs dressés en 1874 par quelques chefs de corps en
    résidence à Perpignan ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui ont été délivrés
    en janvier 1876. Ces derniers portent sept officiers (un chef de bataillon, deux
    capitaines, deux lieutenants, deux sous-lieutenants) et 158 sous-officiers et
    soldats.
    - Est-ce tout l’effectif protestant de la subdivision ?
    - Non ; car ne figurent pas dans cet état :
           a) la plupart des militaires détachés dans les places fortes,
           b) les soldats et sous-officiers du 142° de ligne,
           c) les malades des hôpitaux de Perpignan et d’Amélie-les-Bains,
           d) les prisonniers du Castillet,
           e) les femmes et les enfants des officiers mariés. »18
       Dans une lettre envoyée à la Société des protestants disséminés, le 27 octobre de la
même année, le pasteur Trial s’inquiète de ce contrôle serré et dévoile sa façon d’agir
afin qu’il ne nuise pas à l’Église protestante. « Le 3 mars 1876, le préfet M. Paul Fabre,
poussé vraisemblablement par l’évêque, adressait une lettre au pasteur de Perpignan par
laquelle il lui demandait de lui faire parvenir, sous le plus bref délai, un état nominatif de
tous les habitants du département qui professaient la religion réformée. Le pasteur,
flairant un piège, en voulant gagner du temps, car il redoutait des persécutions contre les
familles qui se sont détachées du catholicisme, se contenta, quelques jours après, d’aller
voir le préfet. Il lui dit que les protestants s’étaient répandus dans 21 communes du
département, qu’il ne possédait que des renseignements incomplets sur leurs noms, leurs
professions et âges, mais qu’il allait faire des démarches à ce sujet et que dès qu’il aurait
dressé un état régulier, il s’empresserait de le lui faire parvenir. Le préfet ne parut pas
très satisfait de cette proposition, mais heureusement, deux mois plus tard, il était envoyé



18 ADPO 7V3.


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à Rodez et remplacé par un jeune préfet qui paraît fort bien disposé en faveur des
protestants19. »
       Le pasteur Fourès rédige la liste de population de 1886, les liste d’électeurs
jusqu’en 1891 et mentionne soigneusement chaque année le chiffre de la population
protestante dans le registre du conseil presbytéral. Après sa mort il n’y a plus de liste
dans le registre de la population protestante qui est loin d’être rempli. Le travail de
dénombrement n’est plus fait ; sans doute parce que l’existence de l’Église protestante
est désormais acceptée et parce que les protestants, minoritaires, mais plus nombreux
qu’à l’époque de sa création, sont moins sur la défensive. Les préoccupations du nouveau
pasteur Achille Araud, arrivé en 1893, sont différentes de celles de ses prédécesseurs, il
veut bâtir des temples, évangéliser dans le département et ne consacre pas de temps à la
rédaction de listes.
       Le registre du conseil presbytéral contient d’autres listes concernant la vie
religieuse : celle des élus au conseil presbytéral, pendant le ministère du pasteur Trial, la
liste des souscripteurs à l’installation du temple en 1877, différentes collectes faites à
domicile, la liste des souscripteurs à l’arbre de Noël de 1882. Une dernière liste, rédigée
sur une feuille volante, demande la fin du schisme local en 1892.

Le registre de l’Église évangélique
       En 1882, la minorité protestante de Perpignan se déchire et une partie des
protestants fonde une nouvelle Église, soutenue par la Société évangélique de Genève, Le
pasteur Bazin tient lui aussi un registre contenant une liste « noms des personnes ayant
fréquenté le culte » qui doit correspondre aux années 1883/1893. Il regroupe tous les
aspects de sa vie religieuse, liste des fidèles, baptêmes, décès, visites des évangélistes des
différentes sociétés de missions.
       Au XIXe siècle, les registres paroissiaux sont entièrement manuscrits, ce qui
semble être propice à l’expression personnelle du pasteur au sujet de ces actes. Ce
registre a été remis au pasteur Araud en 1893, quand cesse la division des protestants en
deux Églises.


                              LA MINORITE PROTESTANTE

Des origines méridionales
        Les terres protestantes faisaient figure d’archipel 20, parfois de simples îlots, au
milieu de l’océan catholique, sur la carte de France, au XIXe siècle. Le protestantisme
était avant tout un phénomène méridional, une couronne huguenote entourait la bordure
sud du Massif central. Le principal bastion protestant était les Cévennes et se prolongeait
dans la plaine du bas Languedoc nîmois. Les autres foyers étaient la Drôme avec les
Préalpes du Diois, le Tarn, la région montalbanaise et les groupements protestants du
Lot-et-Garonne et de la Dordogne, le piémont ariégeois, le Béarn. La région rochelaise,
le Poitou constituaient un foyer important. Les villes, Paris, Lyon, Bordeaux comptaient
aussi des minorités protestantes. L’Alsace luthérienne, perdue après la guerre de 1870
regroupait, surtout au nord de Strasbourg, dans l’Alsace bossue, plus de 200 000
protestants. Les protestants qui s’installent ou qui passent à Perpignan viennent de ces
foyers protestants21. C’est en 1880/83 que cette population est la plus nombreuse, sur les
listes.


19 RCP27/10/1876.
20 R. FABRE, Les protestants en France depuis 1789, Repères, La découverte, p31.
21 Quelques exemples : la modiste Léocadie Fuster est née à Lyon en 1827. La couturière Joséphine Bey est


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       Les départements d’où ils sont venus en plus grand nombre sont l’Alsace à l’est, le
Tarn, l’Hérault et principalement le Gard, au sud.




       Quelques Alsaciens se sont installés pendant le Second Empire, c’est le cas
d’Auguste Kopp et de sa famille. Il est le directeur de l’usine métallurgique de Ria que
possèdent Dorian et Holtzer, et le régime impérial le fait maire de Ria. Il y aussi des
militaires alsaciens en garnison à Perpignan22. Charles Sauër, lui, a fui la domination
allemande23. Les Alsaciens sont une bonne dizaine sur chaque liste entre 1872 et 1883, 7
seulement en 1886. Certains se fixent avec leur famille dans le département : Kopp et
Sauër y meurent, le commandant en retraite Hochapffel aussi. Le domestique Auguste
Schmidt s’installe à Perpignan et devient ouvrier puis employé liquoriste. D’autres
partent24.




née à Saintes. Le propriétaire Etienne Flouch est né à Bordeaux en 1811, le tonnelier Pierre Rougeol à Agen
en 1839, Philippine Peyrot au Mas d’Azil 1826. Le coiffeur Jean Jacques Fontès est né à Calmont et le
comptable Fürst à Toulouse, le commis négociant Louis Bouché à Paris en 1855, le conducteur des ponts et
chaussées Eugène Weber à Rouen.
22 Weinberger, sous-chef de musique et sa famille, le capitaine Grimmeissen et son épouse, Kleikhecht, chef
de fanfare.
23 « Père de famille, ancien sergent à l’armée, cité plusieurs fois pour actions d’éclat à l’ordre du jour de son
régiment, il avait opté après la conclusion de la paix pour la nationalité française. » RCP 17/04/1879 .
24 Le receveur des domaines Kuss, le maître d’hôtel Clemens, le professeur Sigwalt, l’ouvrier Lauthamer ou
l’ingénieur Schuler de l’usine de Ria.


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Protestants originaires du Tarn

                années   1838      1872      1874      1874/76       1876/79      1880/83       1886
      Berlats                                                                         1
      Castres               1        1                      1           4             4           4
      Labessonié                               1            1                         1           1
      Lavaur                                                                          1
      Mazamet                        7         5            8           9            12           8
      Pont de Larn                   1         1
      Puylaurens                                                        2             2           2
      S-Amans                        1         1            1                         2           2
      Vabre                                                             4             3           1
            total           1        10        8            11          19           26          18


       Il y a davantage de protestants du Tarn que d’Alsaciens à Perpignan et dans les
Pyrénées-Orientales. L’un des premiers installés est une femme, la mère du pâtissier
Philippe Boyer, elle était née à Castres et avait épousé un pâtissier suisse du canton des
Grisons, avant 1838, puisque son fils Philippe était lui né à Perpignan.
       C’est Mazamet qui fournit le plus fort contingent, devant Castres, Vabre et Saint-
Amans Ils sont artisans ou domestiques : le papetier Jean Cavaillès et sa famille viennent
de Mazamet ainsi que le photographe Camille Cabibel, le pâtissier Numa Boyer vient de
Castres, le liquoriste Alexis Fosse et son épouse de Puylaurens 25, Quelques-uns ont une
plus grande qualification : Emilien Pelet, de Puylaurens, qui devient ingénieur à Ria,
Jules Sers de Castres qui est inspecteur des eaux et forêts. Le profil professionnel des
Tarnais est assez proche de celui des Cévenols, avec une place plus importante de
l’artisanat. Les artisans se fixent assez bien dans les Pyrénées-orientales, le papetier
J. Cavaillès, le lithographe E. Cavaillès, le photographe C. Cabibel. E. Pelet, lui aussi,
s’installe à Ria et épouse une fille d’A. Kopp.




25 Il y a aussi dans ce groupe un menuisier, un tailleur de pierre, un chaudronnier, la domestique Marie Camp
de Labessonié, le garçon de café Jean Gleizes de Mazamet.


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                                                                                                          MAITRISES, DEA, THESES

Protestants originaires de l’Hérault

                   années 1838 1840 1861 1872 1874 1874/76 1876/79 1880/83 1886
        Bédarieux              1              5      11     12        12        9       11        5
        Béziers                                                       1         1        5        1
        Cette                                                1        1         5        5        2
        Cournonterral                                                           1        1
        Graissessac                                                             2        4
        Lunel                                                                   1        1
        Marsillargues                                        3        1         11      13        1
        Montagnac                                                               1        4        4
        Montpellier            2       1      2        2     2        2         5        7        4
        Pignan                                                                  8       16        2
        Villeveyrac                                                   1         7        9        2
                total          3       1      7      13     18        18        51      76       21


       L’Hérault est après le Gard le département dont les protestants sont venus en un
nombre assez important, bien que moindre que celui du Gard, le réservoir protestant y
étant plus faible.
       Les protestants de l’Hérault viennent d’abord de Bédarieux, c’est le plus important
foyer protestant à l’ouest de ce département et le département des P.-O. est rattaché au
consistoire de Bédarieux sous le Second Empire. Ils viennent aussi de Montpellier et de
quelques villes, Cette, Béziers et villages, Marsillargues à l’est de Montpellier, Pignan,
Villeveyrac, Cournonterral, Graissessac, Montagnac, à l’ouest.
       Bédarieux a été un foyer de départ vers Perpignan dès la Restauration : le
propriétaire David Maurel de Bédarieux s’est installé à Perpignan en 1824. Plusieurs
familles sont parties de Bédarieux26. Le pasteur Trial a été pasteur à Bédarieux et ses fils
Fernand et Paul y sont nés. Quelques autres protestants viennent encore de Bédarieux
dans les années 1870 et 1880, mais avec la crise du phylloxéra, les familles partent des
bourgs et des villages de la plaine où il y a des noyaux protestants 27. Des villes,
Montpellier, Béziers, Cette, viennent des épouses d’agents de l’État, commissaire de
police, directeur du télégraphe, ingénieur ou des enfants qui y sont nés en suivant les
déplacements de leurs parents28. Pour beaucoup d’entre eux, le séjour dans les P.-O. ne
correspond pas à leurs espoirs de trouver un travail solide et ils repartent, ils sont presque
une cinquantaine sur la liste 1880/8329.




26 les Bonel, les Tongas, les Triadou, les Bompaire.
27 De Marsillargues sont venus le tonnelier Prat, le régisseur Delon, les cultivateurs Camp, de Pignan, le
chaudronnier Fenouillet, les familles des cultivateurs Poujol et Poitevin, les Brouzet dont un est cantonnier
l’autre régisseur partent de Villeveyrac
28 Osée Peyrot, né à Sète, est le fils de Léonard Peyrot né en Dordogne, dont l’épouse vient du Mas d’Azil.
29 Parmi eux des familles de cultivateurs, les Cap, les Poujol, les Poitevin.


                                                                                                                                   9
              Originaires du Gard dans la
                population protestante



                                                                                   673

                                                                       504

                                                             327                         426


                                             146     168
                                23   55



                                 4
                                      6          8    19
                       années
                                                                  58
                                                                       178                 141



                                          1840
                                                                                   249




                                                           1874

                                                                         1876/79
                                          Gard              total


      C’est du Gard que les protestants des Pyrénées-Orientales viennent
majoritairement.
      La carte protestante dressée par Samuel Mours30 montre la forte densité des
protestants dans ce département qui compte à lui seul 130 000 protestants en 1860. Ils
sont nombreux dans les Cévennes, territoire symbolique du protestantisme français,
Nîmes est la capitale protestante du bas Languedoc. Les protestants sont aussi très
présents dans les bourgs viticoles dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans la
Vaunage31, plus au sud Vauvert et Aigues-Vives ont aussi une importante population
protestante.




30 S. MOURS, les Églises réformées de France tableaux et cartes, Paris, librairie protestante, Strasbourg,
librairie Oberlin 1958, p 53.
31 La petite « Chanaan » des Camisards est restée très majoritairement une terre d’élection du protestantisme.
Les protestants représentent 88 % de la population en 1807, 84 % en 1866, 81 % en 1875. P. CHAREYRE, «
La population de la Vaunage au XIX° siècle » dans La Vaunage au XIX° siècle, collectif Lacour, Nîmes,
1996.


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                                                                        MAITRISES, DEA, THESES

Protestants originaires du Gard

                      1838        1840   1872   1874   1874/76   1876/79    1880/83    1886
Aigues Vives                                     4       13        19         16        16
Aimargues                                                          1
Alès                                      1              1         1           4         6
Anduze                                                   1         1           4
Aubais                                                             1           9         2
Aulas                              1
Avèze                                                                          2
Beaucaire                                                                      1         2
Beauvoisin                                               3         1           3
Bernis                                                   1         3           1
Bessèges                                                                       1
Boissières                                                                     1
Boucoiran                                                          1           4         4
Cadière                                                                        2
Calvisson                                                2         11         20        13
Caveirac                                                                                 1
Cailar(Le)                                       1                 2           7         1
Clarensac                                                          1           1
Codognan                                                           10          9         4
Colognac                                                 1         3           4
Congéniès                                                                      5         5
Cornus                                                                                   1
Cros                                                                           1         1
Dions                                                                          2         2
Durfort                                                            1           5
Foissac                                                                                  1
Fontanès                                                                                 1
Gajan                                                                          1
Gallargues                                1      1                 6          10         2
Générac                                                            8           8
Générargues                                                                    3         1
Grand Combe (La)                                                               1         1
Junas                                                    4                     3


                                                                                                 11
                                  1838        1840       1872        1874      1874/76   1876/79   1880/83   1886
               Langlade                                                                       1         1
                   Lasalle                                                                    2         1       3
                    Lézan                                                                     5         5
             Mandagout                                                                                          1
                    Mialet                                                                              2       1
                  Molières                                                                    1
                      Mus                                                                     4         2
                    Nîmes              1          2                       4         7        10         9      10
              Salinelles                                                                                1
                    Sauve                                                                                       1
             Sommières                 2          1           3           3         3         4         9       7
            St-Ambroix                                                                        1         2       4
             St-Chaptes                                                                                 4       4
                  St Côme                                                                     1         1
             St-Dionisy                                                                       1         6       7
    St Félix de Pallières                                                                     1
    St Hippolyte du Fort                                                            1         1
  St Jean de Ceyrargues                                                                                 4       4
        St-Jean du Gard
   St Laurent d’Aigouze                                                   2         2         3         3       4
    St Laurent le Minier                                                            1         1
St Maurice de Cazevielle                                                                                        1
             St Mamert                                                                                          1
 St Romans de Codières                                                                                          2
                  Sumène                                      1           1         1         1
                   Uchaud                                                                     2         3       1
                     Uzès                                                                     1         1       2
         Vallererargues                           1
            Valleraugue                                       2           2         1         2         1       1
                  Vauvert                                                 1        13        56        53      19
                  Vergèze                                                           1         4         5       1
             Vigan (Le)                1          1                                 2         6         8       3
        Total32                        4          6           8         19         58       178       249     141




                      32 Dans certains cas, le département est seul indiqué.


                      12
                                                                                                            MAITRISES, DEA, THESES

       Des vallées cévenoles, du Vigan à l’ouest à Bessèges à l’est, arrivent régulièrement
quelques protestants. Alès, Anduze, Avèze, Aulas, Sumène, Lasalle, Le Vigan,
Mandagout, Mialet, St Hippolyte-du-fort, Saint-Jean-du-Gard, Valleraugue… sont leurs
lieux de naissance. Les deux premiers pasteurs sont cévenols. Le pasteur Trial est né à
Sumène et le pasteur Fourès et son épouse au Vigan, l’épouse du pasteur Trial, elle, est
née à Valleraugue. Ce sont davantage des agents de l’État, comme L.E. Bargeton, sous-
préfet de Prades, né à Alès et d’autres33 que leurs coreligionnaires du Tarn, on trouve
également moins d’artisans que d’employés, comptables, employés dans les chemins de
fer ou dans les services34.
       De la plaine, c’est de Sommières et de Nîmes que sont venus les premiers
protestants et, tout au long du siècle, leurs coreligionnaires continuent à s’installer dans
les Pyrénées-orientales. Mais c’est des villages et des bourgs de la plaine que partent les
plus gros groupes, chassés par le phylloxéra. La maladie frappe la vigne au début des
années 1870. En Vaunage, le vignoble a quasi disparu en 1878. La Vaunage perd, entre
1872 et 1881, 27 % de sa population, Calvisson a perdu 55 % de sa population35. C’est
Vauvert, au sud, qui fournit les plus gros contingents : 13, 56, 53, 19 personnes, qui
partent en famille entre 1874 et 1886. Ils viennent ensuite d’Aigues-Vives, 13, 19, 16, 16,
de Calvisson,11, 20, 13, 22, de Codognan, 10, 9, 436 et de beaucoup de villages d’où
partent un ou deux individus : Fontanès, Salinelles, St-Côme, St-Dionisiy, Clarensac,
Junas, Aubais, Congéniès, Boissières, Mus, Uchaud…, plus au sud Gallargues,
Beauvoisin,.Le Cailar. Ce sont des viticulteurs37 qui partent, mais aussi des artisans de la
viticulture38 et d’autres qui vivaient du commerce du vin39.
       Les Gardois représentent environ 10 % de la population protestante du
département avant la crise du phylloxéra, le tiers, entre 1874 et 1886, soit 27 familles
entre 1874 et 1876, 70 entre 1880 et 1883, 50 en 1886.




33 P. Dumas de Saint-Romans-de-Codières est institutrice, M. Pastre, de Saint-Ambroix, sous-maîtresse, A
Bancillon, d’Alès, professeur d’anglais, G. Pralong, professeur, M. Rocheblaves, de Saint-Hippolyte-du-Fort,
receveur de l’enregistrement. Galzin, né à Lasalle, est procureur de la république et Vincent, d’Uzès, est
substitut du procureur, Coste, de Lasalle, est inspecteur primaire. Il y a aussi des militaires : l’adjudant
D. Cambacédès, du Vigan, le capitaine Durantis d’Anduze.
34 Bonnal de St-Jean du Gard, Cadenat, du Vigan, sont comptables, L. Seguin, d’Avèze, est employé du
chemin de fer, J. Pauc, d’Anduze, maître d’hôtel.
35 La Vaunage au XIX° siècle… page 85.
36 On ne peut totaliser ces nombres car les mêmes individus peuvent figurer sur plusieurs listes successives.
37 A. Amalric de Dions, métayer, S. Bilange, de Vauvert, agriculteur.
38 J. Bernard de Congéniès, Gaudin, de Calvisson, E. Cabeau et C. Galibert, d’Aigues-Vives, tonneliers,
D. Davin, de Codognan, distillateur, H. Brès, de Générac, charretier.
39 J.J. Andral, commissaire en vins, S. Bénistant, de St-Laurent-d’Aigouze, L. Cabanis, de St-Dionisy,
courtiers. C. Bastide d’Aigues-Vives, E. Bonfort de Vauvert, négociants.


                                                                                                                                     13
Les natifs des Pyrénées-Orientales
      Il n’y a pas de foyer protestant dans le département, ni de registre de baptême
avant 1872 ; ceux qui naissent protestants sont les enfants ceux qui s’installent à
Perpignan à partir de la première moitié du siècle ou de ceux qui y passent quelques
années, soit les convertis et leurs enfants.

                                          Originaires des P.-O.

     1838          1840   1861       1872      1874      1874/76       1876/79        1880/83       1886
         1           1        5        17        32           87            83            90          64


       Sur les premières listes, qui sont courtes, quelques enfants protestants sont nés à
Perpignan. Philippe Boyer né en 1838, mort en 1879, a passé toute sa vie à Perpignan.
Les filles de Pierre Franc, Mathilde et Julie, les enfants d’Étienne Tongas sont aussi nés
dans cette ville. Lorsque d’autres familles s’installent d’une façon stable, après 1872, les
enfants naissent et sont baptisés dans le département, ceux de Charles Sauër, Charles et
Émile, la fille de l’imprimeur Henri Boyer, les enfants de Siméon Bénistant et de Gémina
Chapel, Saturnin, le fils de l’Alsacien Auguste Schmidt. Les fonctionnaires, les
militaires, les employés du chemin de fer, les employés de banque font aussi baptiser
leurs enfants nés à Perpignan. Le jeune préfet Adrien Bonhoure fait baptiser ses deux
enfants Marcel et Suzanne, en 1893 et en 1894.
       La plupart des convertis sont nés dans le département40. Leurs enfants figurent sur
les registres de baptême : les enfants du maçon Louis Veschambes et de Thérèse Roch de
Rivesaltes, Julien, Antoine, Thérèse, Berthe, Angélique Mir fille de Joseph Mir,
propriétaire à Canohès, Laurent Lavaill, fils du terrassier Laurent Lavaill de Saint-
Gaudérique.


40 Sur la liste des électeurs leur date d’installation dans la paroisse est leur date de naissance et non celle de
leur conversion.


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                                                                                                           MAITRISES, DEA, THESES

                             LES PROTESTANTS ETRANGERS
       Être né à l’étranger ne signifie pas être étranger, le préfet Adrien Bonhoure est né à
Shanghai parce que son père était missionnaire en Chine ; Larissa Schuler la fille de
l’ingénieur alsacien de Ria est née à Moscou, d’une mère russe il est vrai. La veuve
Julliot, née Augustin, native de Berlin est-elle réellement prussienne, est-ce une
protestante du Refuge41 ?

                          Origines des protestants des Pyrénées-orientales

                                      1838      1840      1861      1872     1874      1874/76       1876/79       1880/83       1886

Europe          Angleterre                  0       3         0         2         3              2             1             4      2

                Espagne                     0       0         0         0         2              0             3             5      0

                France                   13        30        21        82       126          260           433          574       382

                Alsace                                                 10        11            12           13           15         7

                Italie                      0       0         0         0         0              0             0             5      0

                Luxembourg                  0       0         0         0         0              0             0             1      0

                Prusse                      1       1         1

                Allemagne                                               2         3              2             4             4      3

                Russie                      0       0         0         0         0              2             4             3      0

                Suède                       0       0         0         0         0              0             2             2      2

                Suisse                      9      13         3        13        12            12           19           23         9

Colonies        Algérie                     0       0         0         0         0              1             1             3      4

                Sénégal                     0       0         0         0         0              1             0             0      0

                Tunisie                             0         0         0         0              0             0             1      1

Monde           Australie                   0       0         0         0         0              0             0             0      3

                Chine                       0       0         0         0         0              0             0                    1

                Turquie                     0       0         0         0         0              0             1             1      0

                Égypte                      0       0         0         0         0              0             0             0      1

Inconnus                                    0       8         1        37        11            35           23           32        11

                Total                    23        55        26       146       168          327           504          673       426



       Quelques rares protestants sont nés dans des territoires qui deviennent des colonies
françaises, avant 1914, Algérie, Sénégal, Tunisie.
       Les étrangers sont toujours mentionnés sur les listes, car il faut faire nombre, en
particulier avant la création de l’Église officielle. Ils sont très peu nombreux, sauf les
Suisses. Deux ingénieurs anglais domiciliés à Barcelone viennent à Amélie-les-Bains,
pour des soins en 1874. L’épouse de James Sykes meurt dans la station thermale. Un
gymnasiarque anglais est établi à Perpignan en 1874/76. Un couple de vieux aristocrates
suédois s’installent à Vernet-les-Bains, l’été, et à Amélie, l’hiver, et y finissent leur vie
ainsi qu’un baron russe42. Quatre Allemandes viennent chercher du travail à Perpignan,


41 Sur le registre d’état civil des décès, le 26 avril 1868, les noms des parents d’Eugénie Sophie Julliot
(Jaillot) ne sont pas notés. AMP 3 E 134.
42 Maximilien de Chaudoir (1816/1881), né à Jitomir, entomologiste, d’origine française, appartenant à une
famille qui avait fui la France après la révocation de l’édit de Nantes. Il fit plusieurs séjours à Amélie-les-
Bains à cause de la santé de sa fille. Ils moururent tous les deux à Amélie, elle en 1879, lui en 1881, J. de
PIERREGOT, Les nécropoles améliennes à la fin du XIXe siècle, t I, Jerryngrid, 1996, p.174.


                                                                                                                                        15
deux institutrices de Dresde et de Cobourg ; une lessiveuse, une femme de chambre et
l’épouse du maître d’hôtel Pauc, née à Brunswick ; quelques hommes aussi, employé,
peintre en bâtiment et un marin de Rostock qui meurt à l’hôpital Saint-Jean de Perpignan.
       La Suisse est un pays d’émigration au XIXe siècle43 et il y a 9 Suisses à Perpignan
en 1838, presque 40 % des protestants ! Ils sont encore une vingtaine en 1876/79 mais
leur poids dans la communauté protestante est bien moindre. Les premiers arrivés sont
des hommes, horlogers ou pâtissiers, seuls comme Chopin Lequin, avec un fils, Aimé
Ducommun et son fils Henri. Le pâtissier Oljati s’installe à Perpignan en 1840 mais sa
femme et ses enfants sont encore en Suisse. Il y a peu de femmes avant 1872, Rosalie
Guizy, venue avec son frère, la veuve Petit, elles sont des travailleuses modestes :
couturière, lessiveuse, repasseuse. Les premiers arrivants font venir et emploient d’autres
Suisses44 . Ces premiers arrivés s’installent définitivement à Perpignan et s’y marient :
Othonien Girard, mort en 1872, Martin Faller, mort en 1884, Henri Ducommun, mort
en1884. D’autres Suisses arrivent après 1872 : Jenny Daspect, femme de chambre se fixe
à Perpignan avec son fils Gustave. Leurs professions sont plus variées : commis,
ébéniste, pharmacien, tailleur, tapissier, négociant, institutrice. Ils s’installent presque
tous au chef-lieu, mais quelques-uns uns s’établissent dans une ville ou un bourg du
département où leur savoir-professionnel est apprécié, l’horloger Nicollet au Boulou,
l’horloger Golay et sa femme horlogère à Rivesaltes, l’ébéniste et tapissier Vantobel à
Millas, le pharmacien Wurgler au Boulou, le comptable Perret à Saint-Laurent-de-la-
Salanque. La plupart ne font qu’un bref passage dans le département, leur métier leur
permettant aisément de changer de lieu pour chercher du travail. C’est ce que font les
femmes de chambre Fanny Mauger et les sœurs Wisminger, l’institutrice Ida Hermann, le
serrurier Ferdinand Wolser et le tapissier Vantobel.


                                    UNE MINORITE CROISSANTE
       Il a guère de protestants au début du XIXe siècle45. Le nombre des civils reste
faible pendant la première moitié du siècle. Il y a aussi des militaires en garnison dans les
casernes de Perpignan et dans les places-fortes d’un département frontalier de l’Espagne.
                  Evolution de la population protestante (1838/1886)


               1000                                                                                        673

                                                                                               504
                                                                                                                    426
                                                                                      327
                 500
                                                                   146      168
                                           55          26
                               23
                   0    1838        1840        1861        1872         1874     1874/76   1876/79   1880/83    1886




43 En France, Il y a 25 485 Suisses en 1851, 42 270 en 1866, 50 303 en 1876, 66 281 en 1891, 72 042 en
1901. Ils se situent, alternativement selon les années, à la troisième place avec les Espagnols. En 1911, ils
représentent 6,3 % de la population immigrée. R. SCHOR, Histoire de l’immigration en France, de la fin du
XIXe siècle à nos jours, A. Colin, 1996, p.14.
44 Chez Oljati la domestique Marianne Ciguetal du canton des Grisons et l’ouvrier pâtissier Lutzy, du même
canton.
45 Le seul qui ait joué un rôle est Jacques Delon, né à Saint-André-de-Valborgne, dans l’actuel département
du Gard. Nommé secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales, en 1801, il rédige l’« Essai sur
la statistique du département des Pyrénées-Orientales », présenté par E. Frénay, édité par la Société agricole,
scientifique et littéraire des P.-O. en 1993.


16
                                                                                                    MAITRISES, DEA, THESES

   Population protestante de Perpignan et des Pyrénées-Orientales au XIXe siècle.

Années              Protestants       Sources

1838                23                Liste du pasteur Massé, ADG 42 J

1840                56                Liste du pasteur Perier ADG 42 J

1846                52                Liste du pasteur Chappuis ADG 42

1861                26                Statistique manuscrite des protestants de Perpignan AERP

1863                32                Statistique manuscrite des protestants de Perpignan AERP

1863                93                Statistique du comité protestant de Perpignan AERP

1863                90                Lettre du secrétaire de l’ER au C.M de Perpignan AMP 1D1 17

1870                101               Statistique du comité protestant de Perpignan AERP

1872                146               Liste du pasteur Trial, n°1

1874                168               Liste du pasteur Trial n°2

1874/76             281               Liste du pasteur Trial n° 3

1876/79             402               Liste du pasteur Trial N°4

1880                427               RCP

1880/1883           676               Liste du Pasteur Trial N°5

1881                447               RCP

1882                438               RCP

1883                342               RCP

1884                294               RCP

1885                310               RCP

1886                426               Liste du Pasteur Fourès N°6

1887                306               RCP

1888                310               RCP

1889                319               RCP

1890                315               RCP

1882/93             119               Registre de l’Église évangélique, pasteur Bazin, AERP



       Le tableau inclut les données du registre du conseil presbytéral.
       Les sources ne donnent pas toujours les mêmes nombres, mais le sens de
l’évolution est le même, les pasteurs comptant aussi les départs sur leurs listes.
       Pendant la Monarchie de juillet, ils sont une vingtaine de civils à être visités, ainsi
que les militaires, par des prédicateurs protestants. Les artisans suisses, horlogers et
pâtissiers, les négociants de peaux sont les premiers installés. Leur nombre augmente peu
dans la première moitié du siècle, les listes sont parfois incomplètes, il semble être d’une
cinquantaine. Le fait qu’ils tentent seulement de créer une Église libre montre également
la faiblesse numérique de la minorité. Leur nombre augmente pendant le Second Empire,
en 1866, selon P. Franc, secrétaire du comité protestant : « La population protestante de
Perpignan se compose de 70 personnes connues (chiffre très sincère) et des officiers et
soldats de la garnison qui assistent à toutes nos réunions46. » En 1868, ils portent leur
nombre à 90 civils et à 150 à 200 militaires47 ! Et demandent désormais la création d’une


46 AMP P6.
47 ADPO 7V7.


                                                                                                                             17
Église officielle et d’une place de pasteur. Ils ont profité du développement de Perpignan
et le nombre des civils augmente encore au début de la Troisième République, passant
d’une centaine en 1870 à plus de 400, au début des années 1880, grâce à l’afflux des
protestants de la plaine languedocienne ; mais il diminue ensuite, autour de 300
personnes, dans le registre du conseil presbytéral, à la fois à cause des départs du
département des Languedociens et à cause du schisme entre orthodoxes et libéraux qui
les divise en deux Églises.
       Bien que le registre du Conseil presbytéral ne donne plus le nombre des protestants
après 1890, il déclare en 1901 : « Que la population protestante va augmentant dans le
département des Pyrénées-orientales par suite du grand nombre de disséminés répandus
dans 35 communes… Vu le mouvement qui s’est produit et qui se maintient et progresse,
depuis huit ans, à Collioure où 65 personnes, chefs de famille, ont accepté les principes
évangéliques de la Réforme… Vu le mouvement similaire mais moins important qui s’est
produit à Argelès où 27 personnes ont suivi l’exemple de Collioure48. »
Les métiers et professions49
       Aux côtés des militaires50, les premiers installés sont quelques artisans qui ont un
savoir-faire qui leur permet de trouver facilement du travail dans une ville, qui est le
chef-lieu d’un département.


                                                        1838
         hommes       artisanat et commerce                    services

                      horlogers                     3          perruquier      1     rentier   1

                      marchand drapier              1

                      marchand tailleur             1

                      pâtissiers                    2

         femmes                                                blanchisseuse   1

                                                               lingère         1

         total                                      7                          3               1



       Lorsque le nombre des protestants augmente, à cause de la croissance de la ville et
du développement des administrations et des services, leurs métiers et leurs professions
se diversifient et le nombre des inactifs grossit. Leurs activités, dans l’artisanat, le
commerce et les services, au service de l’État ne les mettent pas, en général sous la coupe
d’un employeur individuel ; ce qui facilite leur pratique religieuse. Les propriétaires ou
rentiers51 sont souvent des hommes d’un âge avancé qui ont cessé leur activité
professionnelle dans le département ou bien quelques étrangers qui viennent passer leurs
loisirs ou la fin de leur vie dans une station thermale.




48 RCP, 21/02/1901. C’est le résultat des campagnes d’évangélisation par les sociétés missionnaires.
49 C’est seulement dans le premier registre que les protestants sont visités sur leur lieu de travail ou que
celui-ci est mentionné. M. Bonel, quoique occupé à son magasin -il est marchand drapier et fait aussi le
commerce de la laine- « reçut fraternellement » le pasteur Perier. La veuve Julliot, lingère, va au théâtre
habiller les actrices.
50 Soldats et officiers, ils appartiennent à différentes armes : infanterie, artillerie, génie, gendarmerie,
chasseurs à cheval et même régiment des spahis du Sénégal : 38e, 15e, 100e, 138e, 142e, 160e… Certains sont
des malades des hôpitaux militaires de Perpignan ou d’Amélie-les-Bains.
51 Le pâtissier suisse Martin Faller est devenu propriétaire sur la liste de 1863.


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                                                                                  1874
                                                              Professions                                                                             états
agriculture                                       commerce et                    industries et              fonctionnaires et
                          artisanat
et élevage                                          services                      transports                   militaires
berger         1       chaisier           1    boucher                  1    chauffeur               1   colonel                   1       commandants retraite    3
tondeur        1       charpentier        1    coiffeur                 1    directeur usine         1   inspecteur des forêts     1       étudiant                1
                       confiseur          1    commis                   3    employé ch de fer       1   peseur public             1       propriétaire            1
                       forgeron           1    commissionnaire          1    ingénieurs              4   professeur                1       rentiers                4
                       fournier           1    cafetier                 1    maître fondeur          1   sous-préfet               1       retraité                1
                       horlogers          4    domestique               1    mécanicien              1
                       papetier           1    employé                  1    ouvriers                3
                       pâtissiers         2    musicien                 1    tanneur                 1
                       perruquier         1    négociants               5    tonneliers              8
                       photographe        1
                       serrurier          1
               2                       15                            15                          21                                5                               10



                                                                                1880/1883
                                                                                                                                               commandant en
agriculteur        1    boulanger     1       aubergiste            1       cantonnier           1       adjudants                     2                           1
                                                                                                                                               retraite
cultivateurs   23       chaisier      1       blanchisseur          1       charretiers          5       capitaine marine              1       horloger (ancien)   1
journalier         1    chapelier     1       bouchers              2       chaudronniers        3       capitaine                     1       propriétaires       8
métayers           2    ébéniste      1       cafetiers             2       chauffeur            1       commissaire police            1       rentiers            7
régisseurs         3    étameurs      2       cochers               2       chimiste             1       commis recette                1
terrassier         1    horlogers     5       coiffeur              1       cimentier            1       commissaire police            1
                        laitier       1       commis                7       conducteur           1       fondé de pouvoir T.G.         1
                        lithographe   1       commissaires          3       convoyeur            1       gardiens de prison            2
                                              commissionnaire
                        tailleur      2                             3       distillateurs        2       inspecteur des forêts         1
                                              s
                                                                                                         inspecteur du
                        menuisiers    2       comptables            6       directeur d’usine    1                                     1
                                                                                                         télégraphe
                                                                            employé ch de
                        pâtissiers    3       contrôleur            1                            1       inspecteur primaire           1
                                                                            fer
                        peintre       1       courtier              1       fondeur              1       lieutenant                    1
                        serrurier     2       domestiques           3       foudrier             1       médecin chef                  1
                        tailleur                                            h d’équipe ch de
                                      1       employés              14                           1       pharmacien major              1
                        pierre                                              fer
                        tapissiers    2       entrepreneurs         2       ingénieurs           4       professeurs                   2
                                                                                                         receveur des
                                              garçon de café        1       maître mineur        1                                     1
                                                                                                         contributions
                                              garçon d’hôtel        1       tonnelier            1       receveur des postes           1
                                              géomètre              1       mécaniciens          3       receveur enregistrement       1
                                              gérant                1       ouvriers             7       soldats                       4
                                                                                                         Sous-directeur des
                                              huissier              1       roulier              1                                     1
                                                                                                         haras
                                                                                                         sous inspecteur des
                                              maîtres d’hôtel       3       tanneurs             2                                     1
                                                                                                         forêts
                                              négociants            15      tonneliers           7       Substitut du procureur        1
                                              perruquiers           3       visiteur de trains   1
               31                     26                            75                           48                                    28                          17




                                                                                                                                                                        19
       Ce n’est qu’avec la crise du phylloxéra que les cultivateurs 52 arrivent en plus
grand nombre, entraînant avec eux des ouvriers, des artisans et des hommes du négoce du
vin. Les agents de l’État sont toujours plus nombreux.
       Les femmes sont beaucoup moins actives que les hommes, les femmes mariées
sont inscrites « s.p.» sous la rubrique des professions. Elles travaillent lorsqu’elles sont
seules et sans rentes. Leurs métiers sont plus modestes que ceux des hommes. Il y avait
une lingère et une blanchisseuse, en 1838. Leurs métiers se diversifient avec
l’augmentation de la population. Elles sont domestiques, femmes de chambre, mais on ne
les trouve guère dans l’artisanat, hors des couturières ou des modistes 53. Rares sont les
femmes mariées qui travaillent54.



                                                professions féminines en 1872

                                                professions                                                        états

         artisanat              commerce                     enseignement           services

  couturière               1   bouchère          1      institutrices       2   concierge             1       rentières      6

  modistes                 2                                                    domestiques           3

                                                                                repasseuse            1

                           3                     1                          2                         5                      6



       Quand la population augmente, au moment de l’arrivée des protestants de la plaine
languedocienne, on trouve, en outre, quelques femmes qui travaillent à la terre. Leur
nombre augmente dans l’enseignement primaire qui se développe et offre une
indépendance financière aux femmes plus instruites, françaises ou étrangères. Il y a 9
institutrices en activité qui sont venues dans le département, en 1880/83



     Nom             Prénom         Naissance           Lieu de naissance          Pays           Domicile            Divers
Bataill          Victorine        1856               Vallon                     France         Arles/Tech

Dumas            Pélagie          1861               Cadière                    France         St Hippolyte

Golay            Mérye            1860               Brassen                    Suisse         Rivesaltes           partie

Marquet          Marie            1864               Beaucaire                  France         Perpignan

Mentha           Lina             1838               Neuchatel                  Suisse         Perpignan            partie

Roux             Delphine         1850               Durfort                    France         Rivesaltes           partie

Séroul           Louise                                                                        Codalet

Tillet           Clothilde        1861               S Fernando                 Espagne        Perpignan

Tisserand        Marie            1853               Paris                      France         Perpignan




52 Ils sont eux très dépendants de leurs patrons.
53 Rosalie Guchens est orfèvre.
54 Henriette Rouseill, bouchère, est une convertie dont le mari est berger ; la concierge du temple, Aimée
Sales, dont le mari est chaisier, aussi.


20
                                                                                                                                MAITRISES, DEA, THESES

                                                  professions féminines en 1880/83

                                                 professions                                                                     états

agriculture        artisanat                commerce            enseignement              services

journalières   2   bouchère           1     marchandes     2    institutrices         9   domestiques             5    institutrice retraitée   1

métayère       1   charcutière        1                                                   f de chambre            3

                   chaudronnière      1                                                   lessiveuse              1

                   couturières        6                                                   maîtresse d’hôtel       1

                   horlogère          1                                                   repasseuses             2

                   modistes           2

                   orfèvre            1

               3                      13                   2                          9                           12                            1




Une forte masculinité et une forte mobilité
      Les protestants qui s’installent dans les Pyrénées-Orientales sont des immigrants, il
y a donc, à l’origine, une forte masculinité chez eux. Ceux qui arrivent sont des hommes
ou de jeunes adultes en âge de travailler. L’âge moyen masculin, entre 15 et 65 ans est 41
ans en 1872, 40 ans en 1874, 36 ans entre 1874/1876 et en 1880/83, 51 en 1886 quand la
croissance de la population protestante cesse.


                                                         Composition de la minorité protestante

     Années        1838        1840       1846    1863         1870        1872           1874          1874/76           1876/79           1881/83       1886

Hommes               10          30        28       31           51              64         79                141                201                253    153

Femmes                 6         11        17       30           28              45         46                 81                125                187    149

garçons                3         10         7        9             8             14         18                 53                  88               131     61

filles                 4          1         1       20           13              20         17                 43                  86                94     54

Inconnus               0          3         1        2             0              3          6                  9                   4                 8      9

Total                23          55        54       92          100             146        166                327                504                673    426



       Les épouses sont restées au pays et ne viennent qu’après55. Certains viennent avec
leur fils56 .
       Les femmes sont, soit des épouses57, soit des femmes seules, venues, elles aussi,
chercher du travail58, ou des rentières59, ou des veuves qui, âgées, vivent avec leurs
enfants60. Quand la population s’accroît, l’importance des hommes reste plus grande que
celle des femmes, bien que le nombre des familles61 se renforce au moment de la crise du
phylloxéra.


55 Celle du Suisse Oljati.
56 A. Ducommun, P. Franc
57 Celle de Marc Bonel.
58 Les veuves Juilliot et Petit.
59Les dames Fitaire à Prades, Del Chiar à Perpignan.
60 La veuve Bonel qui vit chez son fils, la veuve Bompaire, mère d’Amélie, épouse de P. Franc fils.
61 En 1880, Jean Bernard, tonnelier de Congéniès, s’installe à Néfiach avec son épouse Félicie et ses quatre
enfants, Marie, 14 ans, Théophyle, 13ans, Louise, 10 ans, Gédéon, 2 ans. On peut citer, dans la même liste, le


                                                                                                                                                                 21
          Evolution de la population protestante (1838/1886)



          1000                                                                                      673

                                                                                       504
                                                                                                             426
                                                                              327
           500
                                                          146      168
                                   55        26
                           23
               0    1838        1840     1861        1872       1874     1874/76    1876/79   1880/83     1886



                                            Pyramide de 1880/1883

                                                      3     0                                     1794/1803
                                                13          2
                                              19                 14                               1814/1823
                                             24                   18
                                  52                                      38                      1834/1843
                         78                                                44
                                  55                                                 68           1854/1863
                                    46                                   31
                                64                                            44                  1874/1883

                   100                 50                                     50              100

                                            hommes              femmes


       Les tranches d’âge adultes sont constamment les plus larges sur les différentes
pyramides qui ont une base62 et un somme étroits63. Au total une douzaine de familles
protestantes sont venues à Perpignan. En 1861, elles sont une vingtaine, lors de la
création de l’Église officielle, en 1872, une quarantaine, entre 1880 et 1883 plus de 120.
leur nombre semble diminuer à la fin du siècle, elles sont une cinquantaine en 190064.
       La mobilité est forte chez ces migrants. Le pasteur n’oublie pas de noter, lui-
même, sur le registre du conseil presbytéral, une « population flottante ». Leur profession
les amène à changer de résidence pendant leur temps d’activité 65, quand ils sont

famille du négociant Blanc d’Aigues-Vives, celle du chaudronnier Brès de Générac, celle du cultivateur
Camps de Marsillargues, etc.
62 D’autant plus que la mortalité infantile et juvénile est forte. Guillaume Réal, le fils du gymnasiarque
anglais, le fils du mécanicien Paulin meurt à 2 mois, Esther Clerc, à 6 mois, la petite Michel, à 18 jours,
Auguste Pignède, le fils de Julie Franc, à 15 jours, Léon Brechet, à 4 ans. Marthe Michel, à 2 ans, Rosa
Michel, à 3 ans, le petit Lagrave, à 3 ans
La mortalité est assez grande aussi chez les militaires : elle touche des hommes jeunes, mais souvent des
malades des deux hôpitaux de Perpignan et d’Amélie-les-Bains
63 Quelques vieillards meurent à Perpignan ou à Céret bien après avoir mis fin à leurs activités
professionnelles : le perruquier Monteil, à 70 ans, l’horloger Nicollet et Pierre Franc, père, à 82 ans, le
gendarme en retraite Hochapffel à 79 ans, le pâtissier Martin Faller à 77 ans, Davis Maurel, à 81 ans.
La veuve Julliot est morte, à 94 ans, en 1868.
64 Calcul approché, selon les listes des électeurs qui comptent les chefs de famille, les célibataires et les
veufs.
65 Le colonel Pays démissionne du conseil presbytéral parce qu’il va prendre sa retraite en Avignon. Le
pasteur Trial part lui aussi à la fin de son ministère. Le préfet Bonhoure est nommé en Corse. Le docteur


22
                                                                                                                                  MAITRISES, DEA, THESES

militaires, fonctionnaires ou quand ils partent à la retraite. Les artisans, les domestiques
sont aussi très mobiles, lorsque que leurs affaires sont mauvaises ou pour suivre leur
maître66. Les viticulteurs et les artisans, les négociants de la viticulture du Languedoc
partent parfois très rapidement et sont rattrapés par la crise du phylloxéra, dans le
département à partir des années 188067.

                                            Mobilité des protestants

                                                                                                 673
                                                                                 504
                                                                                                              426
                                                                         327

                                      146               168




                                 -6               -30              -46
                                                                                -102                          -59
                                                                                                       -261



                              1872          1874              1874/76      1876/79     1880/83         1886


                                                                total          départs



      Il y a encore à noter, pour ceux qui s’installent, une certaine mobilité
professionnelle : Etienne Tongas est d’abord tanneur, puis débitant de boissons et
aubergiste. Charles Sauër employé du chemin de fer, puis de l’usine métallurgique de
Ria.
      Les femmes, elles aussi, sont mobiles, comme le montrent la liste des institutrices
de 1880/83 et les nombreuses mentions « partie » dans les listes.
      Sur les listes et dans le registre du conseil presbytéral, il n’est pas dit où partent
ces gens. Seul, le pasteur Bazin donne quelques précisions68.

La répartition des protestants dans les Pyrénées-Orientales
    date                 Population protestante des P.-O.                                   Population protestante de Perpignan

    1870                                    101                                                                     79

    1872                                    146                                                                     112

    1874                                    182                                                                     142

    1874/76/                                327                                                                     188

    1876/79                                 516                                                                     285

    1880/83                                 673                                                                     310

    1886                                    426                                                                     231



        C’est à Perpignan que s’installe la grande majorité des protestants.



Purrey, médecin des enfants assistés, lui, poursuit sa carrière à Pau.
66 Certains ne figurent que sur une liste et leur départ est porté en marge de celle-ci.
67 Le négociant de Vauvert Jacques Bonfort s’installe à Rivesaltes où est née sa fille Louise en 1875, il est
parti entre 1876 et 1879. Les trois générations de la famille Nissar, des cultivateurs, originaires de Vauvert et
du Cailar ne figurent que sur la liste de 1876/79. Jules et Hortense Bouzanquet, 42 ans, cultivateur et
domestique, nés à Langlade et à Calvisson sont venus à Saint-Laurent-de-la-Salanque, avec leurs deux
enfants, entre 1876 et 1879 et sont partis entre 1880 et 1883.
68 Le médecin-major Pinchard est envoyé à Montélimar, le négociant Léonard Peyrot part à Narbonne, le
précepteur Bonwer à Toulouse.


                                                                                                                                                           23
       Le poids du chef-lieu diminue à partir de 1870, de 80 % il tombe à 46 % en
1880/83 et à 54 % en 1886, mais il reste considérable.
       La croissance de la communauté est proportionnellement bien plus forte que celle
de la ville.


         années      Population de Perpignan69              années        Minorité protestante

         1841        18 193 habitants                       1838          23 protestants

         1846        22 706 habitants                       1840          50 protestants

         1866        25 264 habitants                       1863          70 protestants

                                                            1870          101 protestants

         1872        27 378 habitants                       1872          112 protestants

         1876        28 253 habitants                       1874/76       188 protestants

         1881        31 735 habitants                       1880/83       310 protestants

         1886        34 183 habitants                       1886          231 protestants



       La population de Perpignan double presque entre 1841 et 1886, dans la même
période le nombre des protestants est presque multiplié par dix.
       La croissance urbaine est due à divers facteurs : importance de la garnison,
attraction de la ville sur le département, prospérité économique liée à l’arrivée du chemin
de fer et au développement du commerce du vin, des fruits et des légumes. Ils entraînent
la croissance du commerce, des banques, des transports, des administrations. Toutes ces
activités offrent des professions que les protestants exercent couramment.
       L’installation dans l’espace urbain est bien connue jusqu’en 1870, grâce à la
rubrique « domicile ». La plupart des protestants, artisans ou commerçants, habitent à
l’intérieur du rempart, plutôt dans la partie est de la ville 70. Quelques-uns uns ont
domicile en dehors du rempart, faubourg Notre-Dame71, dans le quartier des tanneurs à
cause de leurs activités72. Les militaires sont dans les casernes : St Jacques, St Martin.
Après 1872, les protestants sont trop nombreux dans la cité et le pasteur se contente de
l’indication Perpignan, il n’apporte de précisions que pour les habitants des écarts 73. Le
pasteur est logé par la municipalité, n°4, Place St Joseph74, et le pasteur Trial se plaint de
son éloignement75, mais ses successeurs, les pasteurs Fourès et Araud, occupent le même
presbytère, en demandant seulement à la mairie de bien veiller à son entretien.



69 C. BRIAL, Perpignan : démographie et société, 1846-1901, DEA, Université de Perpignan, 1991.
70 Rue de la Cloche d’or, Rue Mirabeau, Rue Notre Dame (Louis Blanc), Rue de la Lanterne, Rue St
Dominique, Rue de l’Anguille, Rue Bailly, Rue Fontfroide, Rue du Ruisseau, Rue du paradis, Rue Bailly,
Rue Tracy, Rue St Jean, Rue d’en Calce…
71 Pierre Dupont, négociant, le perruquier Monteil.
72 Marc Bonel et sa famille, Pierre Franc habitent Rue Vauban sur les premières listes. P. Franc loge ensuite
Rue Notre Dame comme H. Ducommun.
73 Weber, propriétaire, habite dans la banlieue de Perpignan, l’aiguilleur à la compagnie du Midi Baissière,
route de Prades. Le cultivateur du Doubs César Barandon et sa famille sont installés à Château-Roussillon en
1876. Les cultivateurs du Gard Auguste Rouvier et Louis Aupelière s’installent à Saint-Gaudérique en 1883.
le terrassier Lavail, converti, y est aussi domicilié.
74 « À l’établissement Saint Joseph », ancien couvent des carmes.
75 « Ce logement est éloigné des quartiers habités par mes paroissiens et par les amis catholiques avec
lesquels j’entretiens des rapports journaliers. Mon installation aura donc pour résultat de rendre mon
ministère pénible et de briser à peu près toutes mes relations de société. » RCP 28/5/1874.


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                                                                                                            MAITRISES, DEA, THESES

       Il y a très peu de protestants hors du chef-lieu du département pendant la
Monarchie de Juillet. Selon le pasteur Chappuis, en 1846, « dans les villes voisines et
dans un rayon de 6 lieux, il y a une douzaine de protestants76. »
       Le nombre des protestants disséminés dans le département augmente un peu, sous
le Second Empire ; À Prades, en 1863, sont installés l’inspecteur des forêts Frégeville,
l’ingénieur des mines Germain, une famille anglaise et une dame veuve. Un gendarme
protestant a été nommé à Arles-sur-Tech et, à Ria, le directeur de l’usine à fer, Auguste
Kopp et le maître fondeur, Georges Faivre, sont protestants, ainsi que leurs familles. Il y
a, en outre, les malades de l’hôpital militaire d’Amélie et les baigneurs des thermes. Les
protestants n’oublient pas de compter ces disséminés lorsqu’ils demandent la création
d’une Église officielle, et, en 1872, les services du pasteur sont organisés en fonction de
cette répartition dans le département : à Perpignan, à Ria, à Amélie-les-Bains.
       Le nombre des protestants augmente davantage, après 1874, et ils se dispersent
plus encore dans le département. L’évolution administrative et économique des Pyrénées-
orientales explique leur dispersion. Les administrations leur offrent des postes dans les
sous-préfectures du département77 et aussi dans des villages et les bourgs78, tant dans la
plaine que dans les hautes vallées. La gare de Cerbère et le port de Port-Vendres en
attirent d’autres79, Le tourisme thermal, à Amélie et à Vernet80, explique aussi leur
installation dans les lieux de cure.
       La crise du phylloxéra, qui chasse les viticulteurs et les artisans de la plaine du
Languedoc, les pousse à tenter leur chance dans la plaine du Roussillon qui voit l’essor
de la viticulture durant la première décennie de la Troisième République. La vigne se
répand sur les coteaux et dans la plaine : Aspres, rives du Tech et de l’Agly. Les
viticulteurs sinistrés du Gard et de l’Hérault affluent à Claira, Estagel, Salces, St-
Laurent-de-la-Salanque, Trouillas, Thuir. C’est Rivesaltes qui en reçoit le plus grand
nombre.

                                  Protestants installés à Rivesaltes

                  Années            1874       1874/76 1876/79 1880/83                 1886
                  Protestants           6          65           50            79         25


      Mais le vignoble du Roussillon subit à son tour l’attaque du phylloxéra entre 1884
et 1889 et beaucoup d’entre eux, à nouveau sans travail, repartent avec leurs familles.




76 « Bisange, buraliste à Canet, Albefeuille, vieillard à Salces, à 2 heures de Perpignan, M. et Mme Boyer,
pâtissier à Prades, à 5 heures ; M. et Mme Garnier, tanneur à Ille, Nicollet, horloger à Céret.
77 À Prades, Mercat, Bargeton sont sous-préfets, Germain est ingénieur des mines et Piquemal commissaire
de police. Sers et Bouër sont successivement sous-inspecteurs des forêts.
À Céret, Raymond et Puech se succèdent comme gardiens-chefs de la prison.
78 Quatre institutrices sont sur les listes : P. Dumas à St Hippolyte, A. Blanc à Collioure, V. Bataill à Arles-
sur-Tech, L. Seroul à Codalet. D. Blanc a été nommé receveur des douanes à Collioure. M. Rocheblaves est
receveur de l’enregistrement à Latour-de-France, E Brun percepteur à Caudiès-de-Fenouillèdes.
79 À Cerbère P. Sabatier, employé chemin de fer, J. Lagrave, visiteur du chemin de fer, L. Faysse, homme
d’équipe.
80 J. Pauc, maître d’hôtel à Amélie, S. Gueit, maîtresse d’hôtel à Vernet.


                                                                                                                                     25
             Perpignan 316, Rivesaltes 79, Cerbère 21, Estagel 17, Thuir 17, Prades 16,
                                         Port-Vendres 13.


         LES FIDELES ET LEUR PRATIQUE DU PROTESTANTISME

Les fidèles
       Les pasteurs qui visitent les protestants disséminés sous la Monarchie de juillet
sont attentifs à l’existence de la vie religieuse collective et individuelle. Le pasteur
Adrien Perier rapporte les anciens actes ; « Le perruquier Monteil m’a appris que M.
Malan et M. Faller, pasteur à Calmont, passèrent quelques jours ou trois semaines en
1836 et qu’ils baptisèrent quelques enfants et qu’ils eurent deux fois par semaine des
réunions dans des salles de la mairie81. « Il constate aussi que « les protestants de
Perpignan se voient plus que ceux de Béziers. » En 1846, au contraire, le pasteur
Chappuis écrit : « J’ai cru remarquer, parmi nos frères de Perpignan, une indifférence
religieuse déplorable. »82 Pour nourrir la piété, les réformés ont besoin de lectures, les
pasteurs veulent connaître les livres religieux qu’ils possèdent. Il y en a plusieurs chez
Marc Bonel, chez l’acteur Belton, Charles Guizy possède une Bible, un Nouveau
Testament et l’ouvrage Nourritures de l’âme. Oljati a des livres saints en langue
italienne. Les protestants possèdent essentiellement des Bibles et des Nouveaux
Testaments. Pour enrichir leurs lectures le pasteur Chappuis donne une bible à Siméon
Billange et, à Charles Guizy, un psautier que lui avait promis le pasteur Fontanès, il offre
aussi un catéchisme au fils Michel et s’intéresse au « petit dépôt de livres saints de M.
Courtois »83 qui est chez le perruquier Monteil, « pour les distribuer aux soldats et aux
autres ».
       Les pasteurs surveillent aussi la participation aux réunions et à la communion des
fidèles. Il y a des protestants tièdes, éloignés des réunions. En 1840, les deux Anglaises


81 ADG 42 J 94.
82 ADG 42 J 94.
83 Livres de la Société des livres religieux de Toulouse.


26
                                                                                                             MAITRISES, DEA, THESES

Elisa Bush et sa tante ne se sont pas rendues aux réunions, il est tout de même noté que la
tante n’entend pas le français84. L’horloger Henri Ducommun est aussi jugé comme un
mauvais protestant, le pasteur ne s’est pas rendu chez lui sur les conseils de son père.
Martin Faller, lui, ne s’est jamais rendu aux réunions à cause de sa tante catholique.
L’armurier Alphonse Mellot, l’horloger Lequin, l’épouse du directeur du télégraphe
n’ont jamais été vus au culte en 1846. Quant à la fille de David Maurel, le pasteur Perier
rapporte que le 11 novembre 184085 : « Je me présentais pour lui donner une leçon de
catéchisme, mais je ne trouvais pas cette enfant disposée à profiter de mon instruction à
cause des distractions qui venaient du dehors ou de celles qu’elle désirait prendre. »
        D’autres, au contraire, vivent plus intensément le protestantisme : la veuve Julliot,
chez qui le culte est établi en 1838, la veuve Petit, chez qui on fait le culte en 1840.
« C’est une Allemande qui habite depuis 25 ans Perpignan et quoiqu’on ait dit et fait
contre elle, elle a toujours tenu à sa religion. Les réunions ont lieu chez elle, elle peut
faire les commissions. » Le nommé Monteil, perruquier : « Il est bon protestant, attaché
de cœur à notre foi et il s’intéresse au protestantisme et aux nouvelles religieuses.
Belton, acteur, c’est son nom de guerre et genevois de naissance n’a pas oublié la piété
de sa patrie. » Le confiseur Boyer est très zélé et le pasteur Perier écrit : » je désirerais
que nos frères fussent animés des mêmes sentiments que lui. »86 Quant au marchand
drapier Marc Bonel il fait le meilleur accueil au pasteur Fontanès et au pasteur Perier.
        Les protestants de Perpignan, sans Église et sans pasteur, pratiquent librement leur
religion, conscients qu’ils ont droit à un libre accès à l’Écriture. Elisa Bush se méfie du
pasteur Perier qu’elle prend pour un méthodiste87. L’épouse de Marc Bonel reconnaît
A. Perier pour être un pasteur mais elle et son mari critiquent nettement la prédication de
celui-ci. « Plusieurs de nos frères, étant accoutumés à ne rester qu’une heure aux
assemblées religieuses, ont trouvé les cultes de dimanche et de mardi un peu longs88.
Ensuite poursuivit-elle, il est besoin de vous dire qu’à Perpignan, on a aussi été
accoutumé à entendre des sermons, on n’aime pas tant la méditation d’un chapitre ou de
la moitié d’un chapitre de nos Livres Saints, quelque bonne qu’elle soit d’ailleurs. La
Bible s’explique d’elle-même. M. Bonel appuya cette remarque de sa femme, il trouve
que c’est là du jésuitisme ou du méthodisme, car ces deux mots sont synonymes à ses
yeux. » Le pasteur qui visite ces protestants, de loin en loin, s’efforce, dit-il, de leur
donner un abrégé en quelque sorte de quatre ou cinq prédications de la doctrine et de la
morale chrétiennes, mais les protestants de Perpignan agissent à leur guise ; ainsi la
femme du cordonnier Mayaffre fait baptiser son nouveau-né malade par un prêtre, sous
l’influence de ses voisins, et répond au pasteur qui lui en fait reproche « que le baptême
était le même dans toutes les Églises mais que cela était différent pour la communion. »
        Dans l’Église officielle, après 1872, l’assistance au culte et la participation à la
Cène ne sont pas mentionnées sur les listes de population et le refus d’être compté
comme protestant sur la liste est exceptionnel. Le pasteur Fourès n’inscrit qu’un
protestant de Saint-Dionisy, le négociant Louis Cabanis, installé à Rivesaltes, qui « ne


84 Adrien Perier écrit : « Je croyais trouver chez ces Anglaises la piété et le zèle religieux qui caractérisent
leurs compatriotes et voilà que je ne découvris chez elles qu’indifférence à la religion. »
85 Foire de la Martin.
86 Son offre de services fait concevoir au pasteur l’idée qu’il pourrait le remplacer pour le culte, « mais je
réfléchis bientôt que son état et son accent (suisse) s’y opposaient. »
87 « Je me rendrais bien à vos réunions mais je crois que vous êtes méthodiste comme celui que nous avons
eu, il y a quelques mois, qui venait de Narbonne. Comment célébrez-vous le culte ? » A. Perier doit se
justifier et promettre d’envoyer un exemplaire des rapports du comité d’évangélisation pour les protestants
disséminés.
88 Lecture d’un chapitre du Nouveau Testament, de quelques versets des Psaumes, méditations et prières
d’usage, pendant 1 heure30.


                                                                                                                                      27
veut pas être porté » en 1886. Le registre du conseil presbytéral, lui, s’étend plus
longuement sur les refus rencontrés par le pasteur lorsqu’il donne des informations à la
Société des protestants disséminés. » Le pasteur se rendit à Rivesaltes et y commença son
œuvre. Il chercha d’abord à grouper les familles d’origine protestante, mais celles-ci, soit
par indifférence, soit par crainte de perdre leur position, ne répondirent pas à ses appels,
ainsi les membres qui les composent trouvent toujours des prétextes quand il se présente
pour ne pas célébrer le culte, pour ne pas se rendre à la réunion. »89 Alors que Rivesaltes
connaît une poussée de conversion, les protestants qui se sont fixés dans le pays
s’opposent à l’ouverture d’un lieu de culte et lorsque, en janvier 1877, « les conseillers
presbytéraux se transportent à Rivesaltes, visitent les protestants d’origine, leur
rappellent les promesses de la première heure, ils ne parviennent pas à les faire entrer
dans le mouvement. »
       Les conversions étaient un grand espoir du protestantisme au XIX e siècle.
       Il n’y a que peu de convertis avant la création officielle du poste de pasteur 90.
       Le registre de l’Église libre rapporte à la suite de la statistique de 1870 que « M.
Caron, pasteur, ayant donné une prédication, le 13 février 1870, une conférence sur le
protestantisme, le 14 suivant, ont déclaré vouloir adopter le culte protestant, savoir …»,
suivent 18 noms de pères de famille parmi lesquels sont inscrits Baptiste Sales, et Joseph
Gouges, ultérieurement mari de la concierge et concierge du temple. Le pasteur Trial fait
une rubrique pour les conversions dans la liste de 1872. Le converti le plus important est
Charles Pays, né à Lunéville, arrivé à Perpignan en 1869, colonel, gouverneur de la place
et membre du premier conseil presbytéral. L’inspecteur des forêts en retraite H.Charles
de Frégeville, installé à Corneilla de Conflent, est lui aussi un Lorrain converti. Outre les
Sales, la famille du boucher François Léveillé de Perpignan et celle du serrurier Louis
Cognol de Quillan, dans l’Aude, sont notées. En 1874 le nombre des convertis
n’augmente guère, les nouveaux inscrits sont principalement les enfants des familles déjà
citées. La liste 1874/76 révèle une période d’espérance pour le pasteur et le conseil
presbytéral, la liste compte 50 convertis. Il y a de nouveaux convertis originaires de
l’Aude et des Pyrénées-orientales91. Mais c’est Rivesaltes qui apparaît, sur la liste et dans
le registre du conseil presbytéral, comme le foyer qui offre les plus grands espoirs. Sur la
cinquantaine de noms de la liste, 20 sont domiciliés à Rivesaltes et y sont nés, un maçon,
un roulier, un cordonnier, des propriétaires, des cultivateurs. Le protestantisme semble
avoir réellement trouvé un terrain d’enracinement dans ce bourg. En octobre 1876, le
pasteur fait un compte rendu à la Société des protestants disséminés : « Les catholiques
réunis à notre Église depuis un an ou deux sont parfaitement disposés. L’un d’eux en
particulier qui offre spontanément sa maison pour la célébration du culte. C’est chez lui
que nous nous réunissons constamment. À Rivesaltes, il est presque impossible pour le
moment de déterminer le nombre de catholiques que nous devons compter comme
protestants, car si depuis le mois de mars dernier, il y en a 41 seulement qui se sont
déclarés ouvertement membres de notre Église, tout nous fait espérer que, dans quelques
temps, le nombre sera beaucoup plus considérable92. » Mais les « protestants d’origine »
ne suivent pas le mouvement, le clergé catholique réagit promptement en utilisant la
menace et la séduction93. En 1880/83, il n ‘y a plus que 39 convertis sur la liste et en
1886, le nombre est réduit à 15. Les nouveaux noms sont ceux d’individus extérieurs au

89 RCP 27/10/1876.
90 Le vicomte Sauquaire de Souligné et ses filles. Il me dit, rapporte le pasteur Perier, « comment s’était faite
la conversion de ses deux filles, indignées du despotisme de leurs confesseurs. »
91 Les étameurs Pierre Loumagne et Joseph Séguy, un vieux propriétaire de Perpignan Dominique Dubor et
son épouse, un vieux rentier de Saint-Laurent-de-la-Salanque, François Artès.
92 RCP 1876
93 RCP. Exposé des faits de 1877.


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                                                                                                            MAITRISES, DEA, THESES

département, Gaston Floutier et son épouse, directrice de l’École normale d’institutrices.
J. Peytavi de Castelnaudary, mais, Paul Cami de Collioure, cependant, est amené au
protestantisme par le douanier Denis Blanc.
La vie religieuse individuelle
       Le registre factice conserve la trace de quelques actes de baptême, les registres
paroissiaux collectent baptêmes, inhumations94, mariages.
       En 1838, le pasteur Massé note « À baptiser » à côté du fils de David Maurel, né
en 1823. Après la création de l’Église, les pasteurs de Perpignan font régulièrement les
baptêmes. Quelques-uns uns seulement sont célébrés par un autre pasteur, à cause de son
absence temporaire ou parce que la famille veut faire baptiser l’enfant par un parent ou
un ami de la famille. Barthélémy Allier est baptisé par le pasteur Trial fils, de l’Église
réformée de Nîmes. Marcel Bonhoure, le fils du préfet, est baptisé par son grand-père
maternel E Fontanès, pasteur de l’Église réformée, président du consistoire du Havre.
Généralement les baptêmes ont lieu à Perpignan où habitent la majorité des protestants,
mais les parents se déplacent aussi : la famille d’Eugène Viala vient de Salces au temple
de Perpignan, pour le baptême, celle de Dorothée Vilar dont les parents sont propriétaires
de la Trompette Basse, à Montesquieu, pareillement. Le pasteur administre ce sacrement
dans les autres localités où ils sont installés : Prades, Ria, Rivesaltes (7 baptêmes),
Collioure, Cerbère, Claira, Arles-sur-Tech, Elne… Parfois, un jeune couple revient à
Perpignan pour faire baptiser l’enfant là où sont leurs propres parents 95. Le baptême a
lieu d’ordinaire un mois après la naissance96. Il y a quelques prénoms vétéro-
testamentaires, Abraham, Amos, Eliezer, Élie, Gédéon, Osée. On les rencontre plutôt
dans les familles orthodoxes97. On donne assez souvent aux enfants le prénom d’un de
leurs parents. Ceux-ci sont rarement seuls à présenter l’enfant au baptême. Les parrains
et marraines sont souvent choisis dans la famille, frère sœur, oncle, tante, ou bien dans la
communauté locale98. Ils assistent au baptême ou se font représenter par les parents ou
des membres de l’Église99. Les adultes catholiques convertis ne sont pas rebaptisés, ils
sont mentionnés catholiques quand ils présentent leur enfant au baptême et leurs enfants
baptisés sont comptés comme convertis. Le fils du cordonnier Mayaffre, quoique baptisé
dans l’Église catholique, « sera élevé dans la religion protestante, d’après son désir 100. »
Deux nouveau-nés figurent sur le registre sans avoir reçu le baptême à cause de leur
brève vie101.
       Les services funèbres sont célébrés à la maison mortuaire ou au cimetière jusqu’en
1929 102.Dans les registres paroissiaux, registre du conseil presbytéral et registre des



94 Actes peu nombreux, de un à cinq chaque année, dans cette minorité.
95 Achile Cadenat et Anne Marie Tongas, domiciliés à Bédarieux, viennent à Perpignan pour faire baptiser
leur fils Achille.
96 Le délai est parfois plus court : Eugène Viala né le 13 décembre 1877 est baptisé le 17 décembre, parfois
plus long : Marcel Floutes, né le 27 juillet 1892, est baptisé le 9 octobre suivant.
97 Élie Allier, Élie Galland, Osée Peyrot, Gédéon Roux…
98 Émile Sauër, le fils de Charles, Sauër dont la mère est catholique a pour parrain Eugène Weber et pour
marraine Julie Franc. Léa Bénistant a pour parrain Auguste Schmidt et pour marraine Marie Oljati. Les
convertis donnent des parrains convertis, comme Joseph Pons, de Rivesaltes, qui demande à Louis
Veschambes d’être le parrain de son fils Maximilien.
99 Le parrain, A. Thommen de Bâle, et la marraine, E. Wurgler de Berne, sont représentés par les parents du
jeune Suisse Théophile Wurgler. Marthe Boyer, marraine de Louise Boyer est représentée par Amélie Franc.
100 ADG 42 J 94
101 Rosa Michel la fille du géomètre de Prades qui a vécu 18 jours, Louis Paullin fils du mécanicien Paullin,
mort à deux mois.
102 « Jusqu’à présent les services funèbres ont été célébrés à la maison mortuaire et au cimetière. Cela
présente de graves inconvénients en particulier les jours de pluie et de vent. Il y aurait avantage à ce que la


                                                                                                                                     29
inhumations, le pasteur est attentif au respect de la confession religieuse du défunt par les
prêtres et par la famille mixte. En 1873, le pasteur Trial inscrit qu’une domestique de
Port-Vendres et un soldat de Prades ont été enterrés par les prêtres, par l’ordre des
parents et des maîtres. En 1887 c’est Gaston Jassou, le fils adoptif du chanteur ambulant
J.Nicolle, mort à l’hôpital St-Jean, qui est enterré par l’aumônier « et cela parce qu’il
avait été rebaptisé à Saint-Jacques. Plainte a été portée au procureur de la République. »
Le pasteur regrette amèrement que les dernières volontés de l’horloger H. Ducommun
n’aient pas été respectées par sa famille. « Mort dans sa 84 e année, il a été enterré,
malgré le désir qu’il avait exprimé d’être conduit dans son dernier repos par le pasteur et
il a été inhumé par les prêtres à la demande expresse de sa famille. » Mais il est parfois
difficile de connaître la confession du défunt, c’est le cas, en 1882, de David
Cambacédès, du Vigan, adjudant de 27 ans, évacué d’Amélie à Perpignan : « 1° parce
que son livret portait catholique, 2° parce qu’il sembla clair à l’heure de sa mort qu’il
était catholique, 3° parce que ses parents qui avaient annoncé leur arrivée ne sont pas
venus. On l’a gardé 65 heures pour qu’ils puissent déclarer que leur enfant était
protestant. »103
       Le lieu même d’inhumation peut être un objet de discorde : « À Salces, le maire
fait creuser une fosse au milieu du cimetière. Le curé indigné de ces actes de tolérance,
fait appeler la fossoyeuse, femme intelligente mais pauvre, et lui ordonne d’aller creuser
une autre fosse derrière la porte du cimetière. La fossoyeuse répond : » Mais ce n’est pas
une place convenable, car on n’y enterre que les suicidés ! »104
       Il arrive aussi au pasteur d’enterrer des catholiques qui en ont fait la demande 105.
Enfin, à cause de l’étendue de la paroisse, le pasteur ne peut pas toujours accompagner
les ensevelissements. En 1875, « Charles Taylor, vice-consul d’Angleterre à Dunkerque,
est enterré à Amélie-les-Bains, par un pasteur anglais, en l’absence du pasteur de
Perpignan. » Émile Sauër (3 ans) est enterré à Ria par son père Charles Sauër, en
l’absence du pasteur. Lorsque le pasteur Trial reçoit, à Amélie-les-Bains, une dépêche lui
annonçant la mort du nourrisson Prosper Grivet, à Thuir, il écrit : « comme il nous était
impossible de nous rendre à temps pour la cérémonie funèbre, nous avons prié, par
dépêche, Hippolyte Grivet, oncle du défunt, de présider les funérailles. »
       Certains sont amenés à Perpignan pour y trouver leur dernière demeure : La jeune
mère Mathilde Franc, épouse Piveteaux, domiciliée et décédée à Sète, est enterrée dans la
propriété familiale des Franc, « la Chaumière », route de Canet, en 1877, comme son
grand-père et ses parents. Henri Guibal, né à Castres, ancien chef de gare de Perpignan,
mort à Toulouse, est ramené à Perpignan.
       D’autres, au contraire, partent au village d’où la famille est originaire : « Le corps
du jeune Henri Allier, 6 ans, a été transporté à Boissières (Gard), le service funèbre a eu
lieu à la maison mortuaire et à la gare devant un nombreux auditoire. » Prosper Rouvière,
soldat de 1ère classe du 160e de ligne, est transféré à La Valette en Lozère où il était né.


cérémonie ait lieu au temple où toutes les conditions sont réunies pour permettre plus de recueillement et où
la parole de Dieu peut être entendue par tous. » RCP 22/11/1929 .
103 En 1883, c’est Victor Louis Cognault, adolescent de 14 ans, qui est jeté à la mer, à la suite d’une algarade
faite par des jeunes gens, qui est enterré par le curé de Port-Vendres : « 1) Parce qu’on ignorait qu’il fût
protestant, 2) Parce que les parents arrivèrent seulement à l’heure où on le descendait dans la fosse. » Quant à
François Valette, soldat de l’Ardèche, l’aumônier de l’hôpital militaire l’a enterré parce que : « Ce militaire
dont les livres n’indiquaient pas le culte s’était présenté comme catholique à l’officier d’administration de
service. Les parents ont réclamé, mais les autorités n’étaient pas en défaut, la faute en était au défunt. »
104 RCP 18/10/1875.
105 Anna Salvaniach, à Prades : « La défunte était catholique et avait demandé avant de mourir à être enterrée
par le pasteur ». Armand Gouzy « pâtissier, catholique de naissance, amené à la connaissance de l’Évangile
par les réunions populaires de Barcelone. C’est à sa demande expresse que son ensevelissement a eu lieu
selon le rite protestant. »


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                                                                                                             MAITRISES, DEA, THESES

       Le pasteur Bazin, ministre du tout petit troupeau de la chapelle évangélique,
apporte des précisions sur le défunt, les circonstances de sa mort, son attitude religieuse.
Théophile Bernard s’est endormi le 1er avril de sa 20e année, « après une longue
maladie, pendant laquelle il fut saisi par la grâce de Dieu, par la foi en J.C. et fut en
édification à tous ceux qui l’entouraient106.»
       Le pasteur Trial, lui, à une époque où il n’y avait pas la liberté de réunion, essayait
de faire des enterrements des moments qui lui permettaient de faire connaître le
protestantisme dans la cité et de faire des conversions au cimetière. À Rivesaltes, à
l’enterrement du fils Veschambes, auquel assistent « les 9/10 de la population (5 à 6 000
personnes) », lorsque le pasteur se met à parler, des cris : « Plus haut ! plus haut ! Nous
voulons savoir ce qu’enseigne l’Évangile » s’élèvent de cet immense auditoire. Le
commissaire de police monte alors sur le bord de la fosse et commande le silence. Le
pasteur qui, pendant ce temps, a pu se placer sur une petite élévation, reprend la parole et
est écouté avec une grande attention. »107
       Il y a peu de mariages dans cette petite communauté. Les listes antérieures à la
création de l’Église officielle et les actes de baptême apportent des informations
complémentaires. La majorité des conjoints sont protestants, souvent nés hors du
département108 et lorsque, à partir de 1874, la population protestante augmente, un plus
grand nombre arrive marié. Avec l’enracinement du groupe, l’un des conjoints est né
dans le département109 et grâce aux naissances, on mesure que les mariages se font avec
une certaine endogamie locale, dans l’Église réformée officielle et plus encore dans la
chapelle évangélique110.
       Il y a aussi des mariages mixtes, inévitables, à cause de la minorité de protestants
en France et de la forte proportion masculine dans la population locale. Le premier relevé
de 1838 signale que le rentier Astruc de Nîmes a une épouse catholique ainsi que
Brouzel, l’oncle du pasteur de St-Jean-du-Bruel. et le perruquier Monteil de Calmont.
Dans d’autres cas, c’est l’épouse qui est protestante 111. Les Suisses Martin Faller, Henri
Ducommun et Othonien Girard se marient à Perpignan avec des femmes du lieu, Charles
Sauër également. Ces mariages déplaisent au pasteur Trial 112. Les enfants issus de ces
couples mixtes sont souvent divisés entre les deux confessions quand la femme est
protestante113, plus souvent catholiques quand la mère est catholique114 .
       Sur la formation religieuse des enfants et la participation à la Cène, les indications
sont très rares. Le pasteur Perier, qui a des difficultés à faire l’instruction religieuse de la


106« La jeune institutrice publique, Louise Rédarès, 25 ans, « s’est endormie dans la pleine assurance de son
salut parles membres du Christ. M. l’inspecteur primaire de Céret et M. le directeur de l’école communale de
Thuir qui ont fait son éloge, lui ont rendu un excellent témoignage. »
107 RCP 18/10/1875.
108 Pierre Franc fils est né à Sommières et Amélie Bompaire à Bédarieux. Thyrcide Cavaillès, née à
Mazamet, fille du relieur Jean Cavaillès, épouse Prosper Bar, né à Belfort, employé à la préfecture.
109 Clémence Bonel, née à Perpignan, épouse Daniel Lacombe, négociant d’Alès. Mathilde Franc, née à
Perpignan, épouse René Piveteaux, capitaine au 105° de ligne en garnison à Perpignan. Sa sœur Julie épouse
Albert Pignède, professeur, nommé au collège de Perpignan.
110 Léopold Foulc et Marie Bernard, Alfred Guiraud et Victorine Batail, Eugène Gaudin et Louisa Bernard,
Louis Fainéant et Marie Fontès.
111 S. Duregnier, épouse d’un garde du génie, la femme Michel, épouse d’un commissaire de police.
112 « Deux mariages mixtes accomplis à Ria dans des circonstances pénibles ont arrêté le mouvement
protestant et répandu la tiédeur la plus navrante parmi les familles protestantes. » RCP 1877. Exposé des
faits.
113 S. Duregnier, l’épouse du garde du génie catholique, a deux enfants en bas âge, la fille est protestante, le
garçon catholique.
114 Les enfants de Martin Faller et d’Henri Ducommun.


                                                                                                                                      31
                             petite Maurel, consacre une rubrique à la participation à la Cène. Le pasteur Chappuis
                             note aussi quels sont les enfants qui ont communié115 et ceux qui, faute d’instruction
                             religieuse, ne l’ont pas fait.
                                    Dans l’Église officielle, il n’y a pas de registre d’admission à la Cène tenu par le
                             pasteur, au XIX° siècle, ou bien il n’a pas été conservé, alors qu’il existe au début du
                             XX° siècle.

                             La vie de l’Église

                             La conduite de l’Église locale
                                    Le décret-loi du 26 mars 1852 a modifié les articles de 1802. L’Église locale cesse
                             d’être ignorée par la loi et son consistoire particulier, appelé par le décret conseil
                             presbytéral se voit reconnu par l’État116.
                                    En 1864, l’administration des protestants du département est le fait du conseil
                             officieux dont les membres se retrouvent naturellement dans les institutions officielles,
                             en 1872117.
                                    La conduite de l’Église repose sur les électeurs qui élisent les conseillers
                             presbytéraux118. Les listes des électeurs sont tenues par le pasteur, jusqu’en 1891.
                             Ensuite, le nombre total et les variations sont notées, seulement dans le registre du
                             conseil presbytéral.



         Années       1871    1874   1880    1881      1882   1883   1884   1885   1886   1887   1888   1889   1890   1891   1895   1899   1900

Total                 41       62    124     135       128    92     73     79     68     66     68     70     70     79     53     56     51

civils                         49

militaires                     13

mariés                                 94               84           59     67     55     54     57     57     60     68

célibataires                           20               24            5      4      5      4      4      6      5      6

veufs                                  17               20            9      8      8      8      7      7      5      5

nouveaux                               45         23    19    15      3             2      2      6      4      5            14             9

morts                                   7          2     6     6      2             2      3      3             2             5             3

partis                                 12         10    19    45     20            10      1             2      3            16             2

condamnation                                             1

refus d’inscription                                                          1

rejet d’inscription                                2     7




                             115 Le fils Bonel, 16 ans, Pierre Franc fils, 21 ans, ont communié, mais aucun des enfants du buraliste de
                             Canet ne l’a fait.
                             116 A. ENCREVE, Les protestants en France de 1880 à nos jours, histoire d’une réintégration, Stock, Paris,
                             1985, p.109.
                             117 Marc Bonel, Philippe Boyer, Martin Faller, Pierre Franc, père et fils, Charles Guizy, David Maurel,
                             Barthélémy Triadou, Étienne Tongas, père et fils…
                             118 À partir de 1852, le cens électoral est supprimé, tous les hommes protestants de plus de 30 ans sont
                             électeurs, s’ils remplissent la condition religieuse prévue par le décret-loi du 26 mars 1852 : la participation à
                             la Cène dans l’Église réformée de France et deux ans de résidence.


                             32
                                                                                                               MAITRISES, DEA, THESES

       Les informations ne sont pas toujours de nature identique. Les noms des militaires
électeurs sont précisés en 1874, car le petit groupe a bien besoin d’eux pour grossir son
nombre.
       Les pères de famille, les hommes mariés constituent l’essentiel de ce corps, c’est
eux qui choisissent les dirigeants de la communauté. Ce sont des hommes mûrs, l’âge
moyen est de 56 ans en 1880. Il y très peu de rejets d’inscription 119 et un seul refus, celui
de Louis Cabanis d’être porté sur la liste, mais il est inscrit l’année suivante
normalement. Un électeur est radié, parce que frappé d’une condamnation judiciaire. Les
étrangers et les convertis sont inscrits naturellement sur les listes électorales 120.
       Les années d’installation dans la paroisse montrent l’afflux à partir de 1874/76.
Les départs sont nombreux, au début des années 1880, en particulier en 1883, année où
45 électeurs ont quitté les Pyrénées-orientales, précise le registre du conseil presbytéral.
Il n’y a, par contre, pas de précision, au sujet de ceux qui quittent l’Église réformée pour
l’Église évangélique à partir de cette même période. La fin du siècle marque un
tassement progressif des effectifs, même après la réunification des deux Églises, plus fort
que celui de la population protestante elle-même121.




       La participation aux élections du conseil presbytéral semble marquer, aussi un
moindre intérêt de la part des électeurs Alors qu’à l’époque héroïque de la création de
l’Église, la participation était de 78 %, elle n’est que de 64 %, au début du XX° siècle.



                                            Participation aux élections

 années        1872     1874     1877      1880     1883     1886     1889     1892      1895   1897   1901

 électeurs       41        62       82      124      128       79         70        79    60     53       51

 votants         32        46       47       57       53       41         38        20    36     28       33




119 En 1882, « Sept ont vu leurs demandes repoussées parce qu’ils n’avaient pas les deux ans de résidence ou
parce qu’ils ne réunissaient pas les conditions religieuses exigées par la loi. »
120 Les Suisses, l’ingénieur John Alexander né à Edimbourg, le baron de Chaudoir, né à Jitomia (Russie), le
cimentier luxembourgeois Dauenhauer … Le colonel Pays, Dominique Dubor, propriétaire, François
Leveillé, boucher, nés à Perpignan. Louis Cognault, serrurier, né à Quillan, Bernard Barandon, blanchisseur,
né au Boulou.
121 Il y avait, en 1874, 168 protestants et 62 électeurs, en 1890, 315 protestants et 70 électeurs. Après la fin
du schisme, le nombre d’électeurs continue de diminuer, mais il n’y a plus de liste de la population qui
permette de mettre en relation les deux phénomènes.


                                                                                                                                        33
       Le conseil presbytéral dirige l’Église locale. Il comprend le pasteur qui le préside
et des conseillers presbytéraux élus par les électeurs. Les élections ont lieu tous les trois
ans, certains conseillers étant élus pour trois ans et d’autres pour six ans 122. Les
conseillers élisent parmi eux un délégué au consistoire de Bédarieux dont fait partie la
paroisse de Perpignan Le conseil presbytéral compte quatre membres, en 1872. L’Église
obtient du consistoire un cinquième conseiller, à cause de l’augmentation de la
population protestante du département, en 1882.
       Les premiers conseillers presbytéraux sont les fondateurs de l’Église : David
Maurel, Pierre Franc, Philippe Boyer et le colonel Pays qui facilite l’exercice du culte
des militaires123 . Ils occupent tour à tour les fonctions de secrétaire, de trésorier et
restent membres du conseil jusqu’à leur départ124 ou jusqu’à leur mort125. Sont ensuite
élus le Suisse Martin Faller, Etienne Tonga, Jean Cavaillès, qui étaient membres de
l’Église avant sa reconnaissance officielle126. En 1882, avec Élie Duret, propriétaire, et
Siméon Billange, agriculteur, nés à Vauvert et arrivés à Perpignan en 1874 et1875, les
représentants des nouveaux venus du Gard entrent au conseil. En 1886, l’élection de
Léonce Fromental, négociant, de Boucoiran arrivé en 1879 à Perpignan, montre que leur
poids augmente dans la direction de l’Église. Celle d’Alcide Gervais, de Saint-Jean-de-
Ceyrargues, buraliste à Cerbère, ouvre le conseil à un représentant des protestants du
département. En 1892, Antoine Purrey, docteur des enfants assistés, et Gaston Floutier,
employé à la préfecture, arrivés en 1889 seulement, illustrent l’évolution professionnelle
des protestants127.Après la réunion des deux Églises, les pétitionnaires du courant
évangélique entrent au conseil, Louis Foulc, en 1885, Albert Grégoire en 1901. À chaque
élection, il y a toujours un élu non domicilié à Perpignan128. Le conseil est le reflet de la
composition de la population et de son évolution.
       Les fonctions du conseil presbytéral sont multiples : administration de l’Église,
organisation matérielle du culte, aide aux pauvres, liaison avec les autorités politiques et
les autres Églises.
       C’est lui qui choisit le pasteur officiellement parmi trois candidats, en fait parmi
ceux qui se présentent, des candidatures étant abandonnées 129. Il prend des
renseignements sur le candidat, écoute sa prédication et juge l’effet qu’elle produit sur
l’Église avant de prendre sa décision130. C’est lui qui écrit au maire de Perpignan pour
obtenir un local décent pour célébrer le culte131. Le colonel Pays est délégué pour obtenir
de la mairie les réparations urgentes dont a besoin la salle des Repenties qu’elle met à la


122 Les élections de 1874 sont invalidées, à cause du schisme qui divise les réformés de France. Après le
synode de 1872, les libéraux refusent la modification du système électoral et le mode d’élection antérieur est
reconduit.
123 « Les militaires protestants n’ont plus ni appel, ni revue à 11 heures. D’après un ordre du jour du colonel
de place, ils sont libres à l’heure du culte et peuvent y assister. » RCP 18/03/74.
124 Le colonel Pays en 1875.
125 Pierre Franc en 1900.
126 Etienne Tongas en 1846, le relieur Jean Cavaillés en 1869.
127 Antoine Purrey, qui occupe un poste majeur dans le domaine de l’assistance, est un protestant actif dans
le conseil presbytéral et dans la cité, membre de l’Association polytechnique.
128 Émilien Pelet, ingénieur à Ria, le gendre d’A. Kopp, en 1895 ; Louis Morache, ingénieur à l’usine Nobel,
à Paulilles en 1901.
129 Les pasteurs Poujet et Montmoutan.
130 Le pasteur Fourès est choisi : « Vu les excellents renseignements qui ont été fournis sur son compte, vu la
bonne impression que la prédication de ce dernier a produite sur l’Église. » RCP, 31/05/1885.
131« Nous sommes assurés que, fidèle à l’amour de la justice qui vous distingue, vous ne refuserez pas de
nous donner un nouveau témoignage de votre attachement à la liberté des cultes, en mettant notre Église en
possession d’un lieu de culte convenable. » RCP20/08/72.


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                                                                                                                MAITRISES, DEA, THESES

disposition des protestants. Le conseil s’occupe du renvoi de la concierge du temple 132 et
de « faire des démarches actives pour trouver un portier ou une concierge, réunissant les
conditions exigées par ces fonctions. » Le conseil décide, éventuellement, des placements
de l’Église133. Dans la même séance, il s’occupe de faire relier les psaumes du temple par
le relieur Cavaillès et d’arrêter les secours à la famille Bey.
        Après l’échec de l’évangélisation de Rivesaltes, il est convenu que : » Trois ou
quatre conseillers se transporteront, aussitôt que faire se pourra à Rivesaltes pour
rectifier le registre électoral, en ce qui concerne les électeurs de cette ville. »
        Le poids du pasteur président est important. Les décisions sont, le plus souvent,
prises, sur sa proposition. Le choix de son successeur se fait aussi sur son conseil 134.


                       LES SOUSCRIPTIONS ET LES COLLECTES
       Leurs listes permettent de connaître les protestants, qui apportant un soutien
financier à l’Église, sont des paroissiens actifs et pas seulement des électeurs inscrits
officiellement sur les listes électorales. Des listes sont établies pendant le Second Empire
et dans le registre du conseil presbytéral, pendant le ministère du pasteur Trial.
       Une collecte du jour peut être envoyée à une œuvre protestante135.
       L’argent recueilli peut être destiné à une communauté protestante éprouvée. C’est
par une souscription des protestants de Perpignan en faveur des ouvriers de l’industrie
cotonnière de la Seine-inférieure que commence le registre tenu sous le Second Empire,
presque tous les membres des familles de Perpignan souscrivent collectivement ou
individuellement, donnant de 2 fr. à 10 fr. et atteignant la somme de 81,75 fr.
       Les souscriptions et les collectes sont, en général, destinées à l’Église locale et aux
protestants indigents de la communauté, pour lesquels il existe aussi un diaconat et une
caisse pour les pauvres dans l’Église officielle.
       Les collectes pour les frais d’installation de l’Église officielle et l’aménagement du
temple doivent couvrir les grosses dépenses des protestants des Pyrénées-orientales136
qui font appel à la solidarité protestante européenne 137. Ces collectes rapportent
3326,53 fr. Elles sont faites à l’extérieur du pays et du département. La Société Gustav
Adolphe d’Amsterdam et celle de Leipzig138, des protestants de Bordeaux, le pasteur
Réville de Dieppe, le pasteur Fontanès du Havre, Dolfus de Mulhouse, le baronnet Stuart
Menteah, à Amélie-les-Bains… remettent 2342,5 fr. au pasteur Trial. Le pasteur Trial fils
collecte dans les Églises du Midi, Montpellier, Cournonterral, Avignon, Marsillargues ;


132 « Il s’occupe, ensuite, des propos et de la conduite et des propos tenus et par la concierge et par son mari
et décide, pour couper cour aux bruits fâcheux qui commencent à circuler dans la ville, de les inviter à vider
les lieux. » C’est Pierre Franc qui est chargé de les informer de ce renvoi. RCP 03/03/76.
133 En 1876, le conseil décide « de placer à la caisse d’épargne trois sommes de 350 fr. sous les noms des
délégués, trésorier et secrétaire, qui remettront au président une déclaration constatant que ces diverses
sommes appartiennent à l’Église. » RCP, 03/03/76.
134 Le conseil accepte la proposition de son président et choisit le pasteur Fourès comme successeur du
pasteur Trial après un vote dans lequel la totalité des 5 suffrages est exprimée en faveur du pasteur Fourès.
135 Par exemple la Société du protestantisme français, RCP 27/1./73.
136 En novembre 1874, le conseil presbytéral décide qu’il sera pourvu à ces dépenses :
« 1° par la caisse des fonds déjà recueillis pour la construction d’un temple,
 2° par une souscription ouverte parmi les membres de l’Église de Perpignan et les fidèles du département,
 3° par des collectes, faites avec l’agrément des corps constitués, dans d’autres Églises,
 4° par les dons volontaires de catholiques sympathiques à l’Église réformée. »
137 RCP,19/02/77.
138 Cette société donne 937 fr. pour achever l’ameublement du temple et solder les frais d’évangélisation
dans le département.


                                                                                                                                         35
le pasteur Bazille à Lunel. À Perpignan, « des catholiques amis de l’Église139 »
participent à la collecte.
       La somme rapportée par la collecte locale, 1121,25 fr. à Perpignan, 40,20 fr. dans
le département, est plus modeste ; les chefs de famille, Boyer, Cabibel, Franc140, Maurel,
les femmes seules, Daspect, Del Chiar141, Rosalie Guizy, Fuster, Laquerbe… participent
à la collecte. A. Kopp de Ria, le sous-préfet Mercat, J. Pauc, le maître d’hôtel d’Amélie,
et J. Vilar, propriétaire à Montesquieu sont aussi des donateurs142.
       L’État et la municipalité de Perpignan entretiennent l’Église et son pasteur. Il reste
à sa charge les frais de bureau du pasteur, le lecteur, le concierge et des dons aux
diverses sociétés religieuses. La souscription annuelle est destinée à couvrir les frais de
culte, ceux du bureau du président, et à divers dons. Elle existe, en 1865, avant la
création de l’Église officielle. Après 1872, le conseil presbytéral décide que la
souscription sera annuelle, trimestrielle ou mensuelle et collectée à domicile « par les
soins du conseil presbytéral et des membres les plus dévoués de l’Église. » On retrouve
sur ces listes les chefs de famille qui versent entre 0 fr.50 et 20 fr., mais les fidèles sont
loin de participer, tous, à cette collecte143.


           années             1879             1880          1882          1883             1884
           donateurs          26              32            4              28              22
                                                            0
           collecte         138,70 fr.      295,60 fr.       196 fr.     132,50 fr.       129,50 fr.


       En outre, la collecte ne rentre pas toujours bien144.
       En 1882, une collecte a lieu, pour l’arbre de Noël ; ce sont les mères de famille qui
souscrivent, car on doit leur laisser l’organisation des festivités 145 . Si elles ne sont pas
chefs de famille, les femmes ont peu de place dans la vie officielle, même à l’intérieur de
l’Église.
       L’aide aux pauvres date aussi du Second Empire, après 1865, une souscription est
faite en faveur de la veuve Julliot, ancienne repasseuse, vieille femme âgée de plus de 90
ans, pilier du protestantisme à Perpignan146. En 1874, l’épouse du pasteur Élise Trial est
chargée d’une collecte en faveur de la famille de Baptiste Sales. L’apport d’une aide
personnelle qui demande au conseil une « sérieuse délibération » est le cas de la famille
Sauër. L’Alsacien meurt à 34 ans, en mars 1879, en laissant « sa femme et ses enfants
dans une triste et douloureuse position, tant du point de vue matériel que religieux. La
veuve est catholique et fait partie d’une famille très catholique. Comme elle est


139 Des épouses catholiques et le pharmacien et homme politique Paulin Testory.
140Les plus gros donateurs, Martin Faller et Pierre Franc, donnent 100 fr.
141 Cette rentière donne 48 fr.
142 Le pasteur Trial peut écrire à la Société des protestants disséminés : « Nous avons à notre disposition un
vaste presbytère et un temple convenable. Pour payer ce mobilier, tous les membres de l’Église, même ceux
qui sont disséminés dans le département, ont montré beaucoup de bonne volonté et souscrit une somme de
1300 fr 10 par personne, enfants exceptés. »
143 La collecte a reçu des gros dons, en 1880, de la part de Lydie Parlier-Courtois, qui appartient à la famille
Courtois qui possède la Société des livres religieux de Toulouse.
144 En 1875, le conseil décide : « de faire rentrer, sans retard, les sommes non perçues et de visiter les fidèles
pour leur demander un concours plus actif. » RCP 18/10/1875.
145 Mmes Trial, Duret, Mentha, Allier, Cavaillès, Jeanjean, Franc.
146 En 1868, selon l’état civil, ce sont ses amis Pierre Franc et David Maurel qui font la déclaration de décès.


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                                                                                                             MAITRISES, DEA, THESES

momentanément fixée à Prades, le conseil presbytéral considère qu’elle sera obligée, en
raison de son état d’indigence, de recevoir du secours de l’Église catholique et par
conséquent de livrer aux prêtres la direction religieuse de ses enfants. Mais les enfants
ont été baptisés par le pasteur protestant et ont reçu jusqu’à ce jour, une instruction
religieuse protestante, il décide, pour aider l’enfant et le soustraire à l’emprise
catholique, de le faire admettre à l’orphelinat de Castres, d’aider la mère à s’établir à
Perpignan et de la recommander à la sympathie de l’Église et de faire tous les ans une
collecte en faveur de l’orphelinat de Castres147. »
Le schisme temporaire
       Les protestants de Perpignan ont des origines diverses, peut-être le refuge
huguenot, avec la veuve Julliot et la veuve Petit, le protestantisme calviniste des Suisses
et Cévenols et des autres protestants du Sud de la France, le protestantisme luthérien des
Alsaciens. Une tentative d’implantation du méthodisme est même évoquée par l’anglaise
Elisa Bush.
       Les différentes confessions protestantes sont signalées une seule fois, en
1869 148, par les autorités militaires : il y a 28 luthériens, 20 calvinistes dans l’armée,
mais jamais les protestants eux-mêmes ne se comptent selon le critère de leur confession.
Le petit groupe est soudé par son isolement. Le pasteur Perier note, en 1840 : « Les
protestants de Perpignan se voient plus que ceux de Béziers. »
       L’Église concordataire créée par le régime républicain, en 1871, soutenue par la
Société des protestants disséminés de Nîmes, choisit volontairement le camp libéral, qui
est celui de ses protecteurs, au moment où, après le synode de 1872, le protestantisme
français se déchire durablement entre orthodoxes et libéraux 149. Mais, après une
décennie, l’Église réformée de Perpignan se divise, elle aussi. Quelques familles
protestantes, arrivées après 1874150, désormais assez nombreuses pour affirmer leur
différence, quittent l’Église officielle et forment une chapelle évangélique. aidée par la
Société évangélique de Genève qui lui donne pour ministre le pasteur Bazin. Certains
protestants plus anciennement installés les rejoignent 151. L’Église évangélique est aussi
soutenue par la Société biblique britannique et étrangère dont le colporteur Monnier,
installé à Perpignan est un de des membres, et par la Mission populaire évangélique, dite
la Mission Mac All. Le pasteur Bazin note, dans son registre152, les noms de tous les
missionnaires, visiteurs de son Église, Cette création, dont il n’est jamais question dans
le registre de l’Église officielle, diminue son effectif, mais la chapelle évangélique
végète, elle, autant.
       La situation est jugée si difficile, en1892, que des protestants de Perpignan qui se
disent « appartenant aux deux fractions de l’Église réformée », en fait, en majorité des
orthodoxes ou des protestants de l’Église officielle passés chez les orthodoxes 153,

147 RCP, 17/04/79.
148 ADPO 7 V 8.
149 Les orthodoxes du courant évangélique conservent la primauté de la lecture traditionnelle de la Bible,
rejettent toute exégèse ou innovation doctrinale, recherchent le salut personnel, le repli sur la communauté
des croyants. Les libéraux sont attachés au respect de la liberté individuelle de chaque croyant, refusent toute
confession de foi imposée par l’Église, justifient l’examen critique de l’Écriture, ont le souci d’adapter le
message chrétien au monde moderne.
150 Les familles Allier, de Calvisson, Bernard, de Congéniès, Delon, de Marsillargues, Foulc, de Junas,
Fromental, Marquet, de Boucoiran, Roux, de Mus… dans la plaine gardoise, les luttes étaient rudes entre
orthodoxes et libéraux.
151 Annette Faivre, veuve du contre-maître Faivre de Ria, Charles Sauër fils.
152 Sainton de la Mission intérieure, Dardier, Vernier, de la Société évangélique de Genève, Chéradame,
Greig de la Mission Mac All …
153 Les familles Allier, Andral, Boëll, Fromental, Grégoire. Foulc est le président du comité des


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reconnaissent que : « La séparation qui s’est opérée, il y a une dizaine d’années, n’a eu
d’autres motifs que des points de vue doctrinaux différents.» Ils saisissent l’opportunité
du remplacement du pasteur Fourès, décédé, pour demander, dans une pétition au
consistoire de Bédarieux, un nouveau pasteur, « franchement attaché aux doctrines
orthodoxes de l’Église réformée de France » afin qu’il n’y ait à Perpignan » qu’un seul
troupeau et un seul pasteur ». Le pasteur Araud, dont la candidature est agréée, « a été
informé que l’Église de Perpignan entend rester libre de toute attache avec le synode
officieux154 : il a déclaré accepter cette situation et a promis de ne pas chercher à y
gagner l’Église. »
       Le schisme est résorbé et l’Église réformée de Perpignan se rapproche des
orthodoxes.


                             Les églises pendant le schisme


                8                                                                         800
               94
              131
                                                                                  9       600
              187                                                                54
                                       5                                          61      400
              253                      6                                         149
                                       9
                                      46                                                  200
                                      50                                         153
                                                                                          0
                           E R 1880/1883        E E 1883/1893              E R 1886

                              hommes       femmes     garçons     filles   inconnus




                                           CONCLUSION
       Une petite minorité protestante s’est installée à Perpignan sous la Monarchie de
Juillet, elle a grossi grâce au développement de la ville et des administrations de l’État et
à cause de la crise du phylloxéra. L’enracinement des premiers arrivés et leurs demandes
persévérantes ont permis la création officielle du protestantisme dans les Pyrénées-
Orientales, malgré la mobilité constante à l’intérieur de la communauté. Installés, ils ont
vécu leur religion et ses déchirements internes, mais ont aussi voulu évangéliser dans le
département et faire œuvre philanthropique dans la cité155.




pétitionnaires.
154 Synode libéral.
155 M. SOUCHE, « L’évangélisation du Roussillon, exemple des espoirs de conquête du protestantisme
français, après sa réintégration nationale », Études Roussillonnaises, tome XVII, 2001/2002.
M. SOUCHE, « L’Assistance par le travail de Perpignan », à paraître dans les Rencontres du comité
d’histoire de la Sécurité sociale, 29 mai 2001.


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