Histoire de l’Acupuncture et de la
Moxibustion
Acupuncture et Moxibustion constituent une composante
importante de la Médecine Traditionnelle Chinoise :
elles rassemblent à la fois les aspects curatif et
préventif des maladies.
L’histoire de l’acupuncture et de la moxibustion couvre
une large période.
1/ Origines de l’Acupuncture et de la Moxibustion
Acupuncture
L’acupuncture trouve probablement son origine dans les
instruments (ou poinçons) en pierre à usage médical.
Dans les ouvrages classiques d’il y a plus de 2000 ans,
il est couramment écrit que les instruments
d’acupuncture sont appelés « Bian Shi » (aiguilles de
pierre). Selon le « Dictionnaire étymologique des
caractères » écrit par Xi Shen (58-147) sous la
dynastie des Han, « Bian » signifie : « soigner les
maladies en piquant le corps à l’aide de poinçons de
pierre ».
Durant une période qui s’étend de l’Antiquité jusqu’à
il y a 10 000 ans, les ancêtres des Chinois savent
utiliser, d’un point de vu thérapeutique, les couteaux
et grattoirs en pierre pour inciser les abcès, drainer
le pus et faire saigner.
Ainsi, grâce à une pratique de longue durée, le nombre
de traitements par les aiguilles augmente
progressivement.
Le néolithique (de 10 000 ans à 4 000 ans) voit
apparaître l’amélioration du travail de la pierre, et
donc la fabrication des aiguilles de pierre à usage
médical.
Moxibustion
La moxibustion apparaît grâce à la découverte et à
l’utilisation du feu : l’homme préhistorique s’aperçoit
que la chaleur peut soulager des douleurs dues au froid
… il utilise cette chaleur en application locale sous
forme de pierre chauffée ou de sable chauffé dans une
peau de bête sauvage.
2/ Développement de l’Acupuncture et de la Moxibustion
Sous la dynastie SHANG (16e-11e siècle av J.C.)
Des inscriptions apparaissent sur des carapaces de
tortues retrouvées au cours de fouilles archéologiques.
Apparaissent aussi les aiguilles en bronze, cependant
moins utilisées que les aiguilles en pierre.
Le développement technologique favorise l’apparition
des aiguilles en os, bambous et poterie.
C’est également à cette époque que se révèlent les
bases de la Médecine Chinoise : les théories Yin/Yang,
les 5 mouvements, le sang, l’énergie,… ainsi que
l’adaptation du corps humain à l’environnement naturel
et climatique.
De l’époque des Royaumes Combattants (475-221 av
J.C.) à la dynastie QIN (221-207 ou 206 av J.C.), et
pendant la dynastie des HAN de l’Ouest (206 av J.C.-24
ap J.C.)
Avec le développement de l’utilisation du métal,
apparaissent les aiguilles à usage médicales en bronze,
fer, or, argent qui remplacent petit à petit les
aiguilles en pierre.
Le « Ling Shu » indique 9 sortes d’aiguilles
métalliques d’usage et de tailles différentes.
En ce qui concerne la moxibustion, les hommes
améliorent la technique et utilisent des branches ou
des herbes séchées pour les enflammer et réchauffer les
zones à traiter.
Les substances utilisées évoluent avec le temps :
brindilles, herbes séchées, charbon de bois, bâtonnets
de bambou, soufre, jonc, … aujourd’hui les accessoires
sont confectionnés à partir de feuilles d’armoise
séchée.
En effet, l’armoise présente de nombreux avantages.
Vieillie et conservée plusieurs années, elle donne des
flammes d’égale intensité et douces. De plus, les
Chinois l’utilisent depuis longtemps pour chasser les
moustiques.
Les recherches récentes ont également montré que les
feuilles d’armoise contiennent une huile volatile
capable de tuer les microbes.
A l’époque de la Dynastie QIN, les médecins utilisent
leurs différents savoirs : acupuncture, moxibustion,
décoctions d’herbe, massages, …
La Dynastie HAN voit apparaître en plus l’usage de la
pharmacopée.
Les Chinois constatent alors différents phénomènes :
- la blessure et/ou la brûlure de certaines parties du
corps ont des actions thérapeutiques positives sur
d’autres parties ;
- les Chinois constatent que la puncture de certains
points provoque des sensations d’engourdissement,
d’endolorissement dans une direction donnée, et que la
puncture de points distaux provoquent les mêmes
sensations.
C’est là que naissent les théories fondamentales de
l’acupuncture et de la moxibustion.
L’époque des Royaumes Combattants voit une large
utilisation de l’acupuncture et de la moxibustion,
ainsi que la diffusion d’écrits concernant ces
différentes théories : à la fin du XXe siècle, ont été
découverts 2 rouleaux de soie datant du IIIe siècle :
1- le « Classique de la moxibustion et des 11
vaisseaux de pied et de bras »
2- le « Classique de la moxibustion et des 11
vaisseaux Yin Yang »
L’ouvrage essentiel consacré à la naissance de la
Médecine Traditionnelle Chinoise, et qui en expose les
fondements théoriques, est le « Huang Di Nei Jing »
(ou » Classique de l’interne de l’Empereur Jaune »).
Ce livre, attribué à l’Empereur Jaune (Huang Di), a été
réellement écrit sous différentes époques : les
Royaumes Combattants, les Dynasties Qin et Han, la
version définitive étant attribuée à l’époque Han.
Rédigé sous forme de dialogue entre l’empereur et ses
conseillers, cet ouvrage se compose de 2 parties
distinctes, mais indissociables, de 81 chapitres
chacune :
- le « Su Wen » (ou « Questions simples »), partie
théorique ;
- le « Ling Shu » (ou « Pivot de l’Esprit ») appelé
également « Zhen Jing » (ou « Canon de
l’acupuncture »), qui décrit avec précision les
méridiens, les techniques de puncture, …
De la dynastie des Han de l’Est (25-220) à la période
des Trois Royaumes (220-265)
Cette époque marque le développement de l’acupuncture
et de la moxibustion grâce au travail de nombreux
médecins.
Hua Tuo (141 ? – 208) se révèle être le pionnier de
l’anesthésie et le père de la chirurgie chinoise : il
sélectionne seulement 1 ou 2 points d’acupuncture et
attache beaucoup d’importance à la notion de sensation
d’acupuncture.
L’ouvrage qui lui est attribué est aujourd’hui perdu.
Zhang Zhong Jing (150 ? - 219 ? ), surnommé
l’Hippocrate chinoise, le Père de la Médecine, de la
pharmacopée, fait référence aux méthodes d’acupuncture
et de moxibustion. L’un de ses ouvrages relate, entre
autres, l’importance de la combinaison
acupuncture/pharmacopée, association largement mise en
pratique aujourd’hui dans les hôpitaux chinois.
A cette période, les théories de base existent mais la
localisation et les noms des points ne sont pas encore
harmonisés.
Sous la dynastie des Jin (265-420)
Huang Fu Mi 214 ou 215 – 282) réalise le « Zhen Jiu
Jia Yi Jing » (ou « ABC d’acupuncture et de
moxibustion ») en compilant ses propres expériences aux
connaissances et expériences stipulées dans les anciens
ouvrages.
Cet ouvrage comprend 12 volumes, 128 chapitres … et 349
points d’acupuncture, avec leur nom, leur localisation
leurs indications, les techniques de manipulation, …
Sont aussi indiqués les traitements des maladies
courantes par acupuncture & moxibustion.
C’est l’un des ouvrages les plus anciens et les plus
influents dans l’histoire de l’acupuncture et de la
moxibustion.
Ge Hong (281 ou 283 – 341 ou 343), alchimiste,
médecin et taoïste, rédigea le « Bao Pu Zi » où
apparaissent, par exemple, les plantes médicinales et
les minéraux.
Il écrivit également le « Zhou Hou Bei Ji Fang »
(« Manuel de Prescriptions pour les cas d’urgence »),
ouvrage regroupant à la fois les méthodes de soins
rapides et peu onéreuses, l’acupuncture, les ventouses
(en corne à l’époque), les techniques de massage, la
diététique, la description des maladies, …
Sous les dynasties Sui (581-617 ou 618) et Tang (618-
906 ou 907)
Période de prospérité économique et culturelle qui
permet à l’acupuncture de connaître un grand
développement.
Sous la dynastie Tang, le Bureau Impérial Médical est
chargé de la formation médicale. Le département
d’acupuncture, totalement indépendant, prodigue un
enseignement complet aux étudiants.
A cheval sur les deux Dynasties (Sui et Tang), Sun Si
Miao (581-682), surnommé « le roi des médicaments »,
rédige les ouvrages suivants :
- « Bei Ji Qian Jin Yao Fang » (ou « Prescriptions
essentielles d’acupuncture valant 1000 onces d’or ») ;
- « Qian Ji Yi Fang » (ou « Supplément aux
prescriptions valant 1000 onces d’or »)
On y retrouve différentes expériences dans les
traitement par acupuncture ainsi que la localisation et
l’utilisation de plusieurs points .
Il réalise aussi les premières planches en couleur
représentant les trajets des méridiens réguliers et non
réguliers.
Sous les Dynasties Sui et Tang, apparaissent différents
ouvrages :
- « Points d’acupuncture dans le Classique de
l’Interne » rédigé par Yang Shang Shan ;
- « Wai Tai Mi Yao » (« Secrets médicaux d’un
fonctionnaire ») rédigé par Wang Tao, dans lequel sont
développés les différentes méthodes de moxibustion ;
A la même époque, sont publiées des monographies sur
les traitements de maladies particulières, comme la
« Méthode de moxibustion pour les maladies
consomptives » dans lequel Cui Zhi Di expose le
traitement de la tuberculose par la moxibustion.
Sous les 5 dynasties (907-960), les dynasties Liao
(916-1125), Song (960-1278),Jin (1115-1234) et Yuan
(1260-1368)
L’ère de la dynastie Song voit apparaître l’imprimerie,
donc la littérature médicale accompagnée du
développement de la Médecine Traditionnelle Chinoise,
de l’Acupuncture et de la Moxibustion.
En 1026, Wang Wei Yi (987-1067) rédige le « Tong
RenShu Xue Zhen Jiu Tu Jing » (ou « Nouveau Manuel
illustré des points d’acupuncture et de moxibustion sur
la statue de bronze ») qui localise 657 points et
explique les principes de puncture superficielle et
profonde.
Le texte est gravé sur 2 stèles de 7m x 2m à Kai Feng
dans la province du Henan. En 1027, Wang Wei Yi réalise
2 statues de bronze grandeur nature, creuses, avec, à
l’intérieur, les organes, et en surface les méridiens
et les 657 points. Elles seront utilisées pour
l’enseignement.
Wang Zhi Zhong (960-1126) explique les expériences
cliniques dans le « Zhen Jiu Zi Sheng Jing ».
Hua Shou (1304-1386) rédige le « Shi Si Jing Fa Hui »
qui est un exposé sur les méridiens réguliers.
D’autre part, sous la Dynastie des Song du Sud (1127-
1279), Xi Hong, issu d’une famille d’acupuncteurs,
étudie particulièrement les techniques de manipulation
des aiguilles en acupuncture.
Un de ses contemporains, Dou Cai rédige les
« Expériences cliniques de Bian Que » dans lesquelles
il décrit, par exemple, la « moxibustion qui brûle »,
méthode d’anesthésie générale.
A la même époque, les autopsies se pratiquent et
permettent de localiser les points grâce aux
connaissances anatomiques.
Au cours des dynasties Jin et Yuan, apparaît la notion
de choix de l’horaire pour la sélection des points
utilisés au cours d’une séance d’acupuncture ou de
moxibustion.
Sous la dynastie Ming (1368-1644)
Acupuncture & Moxibustion atteignent leur apogée, de
nombreux médecins rédigent des ouvrages les
concernant :
- Xu Feng écrit le « Zhen Jiu Da Quan » (« Collection
complète d’acupuncture et de moxibustion ») ;
- Gao Wu rédige, entre autres, le « Zhen Jiu Ju Ying»
(« Collection précieuse d’acupuncture et de
moxibustion »). Il réalise également 3 statues de
bronze (homme, femme et enfant) destinées à étudier
l’emplacement des points ;
- Yang Ji Zhou (1522-1620) rédige le plus important
ouvrage de l’époque : le « Zhen Jiu Da Cheng »
(« Compendium d’acupuncture et de moxibustion ») qui
décrit les méridiens, les points d’acupuncture, les
méthodes de manipulation des aiguilles , … et relate
les expériences de traitement par acupuncture et
pharmacopée conjuguées ;
- Wu Kun rédige les 6 volumes de « prescriptions
d’acupuncture » en 1618 ;
Apparaissent aussi à cette époque les différents types
de moxibustion (cônes, bâtonnets, …) et une nouvelle
catégorie de points dits « hors méridiens ».
De plus, nombreux sont les débats concernant les
méthodes de manipulations des aiguilles. Le « Zhen Jiu
Wen Da » (« Questions et réponses concernant
l’acupuncture et la moxibustion ») de Wang Ji (1463-
1539) en est le principal reflet.
Sous la dynastie Qing (1644-1911)
En 1742, Wu Qian est ses collaborateurs rédigent le
« Yi Zong Jin Jian » (« Miroir d’or de la médecine »),
dont l’un des chapitres se présente sous forme de vers
rythmés avec des illustrations.
En 1817, Li Xue Chuan rédige le « Zhen Jiu Feng Yuan »
(« Source de l’acupuncture et de la moxibustion ») qui
reprend par exemple la liste des points par méridiens,
la description des traitements par les plantes, …
De la naissance de la dynastie des Qing à la guerre de
l’opium (1644-1840), ces traitements sont considérés
comme supérieurs à l’acupuncture, ce qui entraîne le
déclin progressif de l’acupuncture et de la
moxibustion.
En 1822, un décret stipule que :
« l’acupuncture et la moxibustion ne sont pas
propres à être appliquées à l’empereur. »
ce qui entraîne l’abolition du Département
d’Acupuncture et de Moxibustion du Collège Médical
Impérial.
L’acupuncture et la Moxibustion ne font plus partie du
programme de l’examen d’admission dans les
établissements d’enseignement médical sous le règne des
derniers empereurs Qing.
En 1840, fin de la guerre de l’opium, la Chine devient
une société semi-coloniale.
La Révolution de 1911 marque la fin de la dynastie des
Qing et donne naissance à la République de Chine le 1er
janvier 1912.
Sous la République de Chine