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LAURA

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Shared by: dandanhuanghuang
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posted:
12/5/2011
language:
French
pages:
10
LE CADEAU DE LAURA









CHAPITRE PREMIER









Les enfants sont réunis sous le sapin et mangent des chocolats en attendant de pouvoir ouvrir

leurs cadeaux. Ils rient, s’amusent avec les guirlandes et les boules de noël, se chamaillent un peu.



Il y a Marion, l’ainée, une fille espiègle de douze ans toute blonde aux joues rouges, vive et

intelligente, un peu moqueuse. Fleur, la cadette, très romantique et jolie comme son prénom, qui

adore Mozart et joue toutes ses sonates au piano. Julien, leur cousin, très beau garçon au visage

parfait, mais à la personnalité un peu étrange, parfois très douce, souvent très violente. Et les

jumeaux Bébert et Pepito, deux joyeux gamins de six ans qui mangent tout le temps et en ce

moment, sont tout barbouillés de chocolat.



Et puis il y a Laura, neuf ans, la sœur de Julien et la cousine des autres, mais elle n’est pas sous le

sapin.



Un peu triste, désemparée, elle se tient à l’écart.



Personne ne l’a exclue, mais depuis sa petite enfance, elle a pris l’habitude de se tenir ainsi sur

sa réserve, comme pour se protéger. Les autres n’y font plus guère attention, et ils n’ont pas de

remords. Ce ne sont pas eux qui l’ont abandonnée, c’est elle qui l’a voulu ainsi.



Laura ne va pas non plus à l’école, et elle a la chance d’avoir des parents aisés et des bons

professeurs qui lui donnent des cours à domicile.



Julien, seul, parfois, lui prodigue des élans de tendresse mais comme toujours avec lui, cela ne

dure pas. Il la laisse bien vite en s’énervant et part dans des virées mystérieuses avec ses copains.

Quand il revient, s’il la trouve en train de pleurer, il la rudoie vertement –



-Ah, arrête toi de chougner, tu n’as pas à être si malheureuse !



Elle le regarda avec ses grands yeux éperdus pleins de larmes : il est si beau, si sûr de lui,

comment pourrait-il comprendre ce que c’est…. Ce que c’est que de….

-Bon, soit, je te l’accorde, t’es pas une beauté, poursuit-il cruellement, t’as la tronche en biais et tu

ferais peur à Quasimodo mais bon, depuis le temps , t’aurais dû t’y faire, non ? Moi, je t’aime bien

comme tu es.







Mais quand il était avec les autres, comme ce soir de noël, il ne s’occupait plus d’elle. Laura se

servit une part de gâteau à la framboise et s’assit tristement à l’écart. Son père revint bientôt de la

cave avec une bouteille de champagne :



-Il va être minuit, mes enfants. Vous allez pouvoir ouvrir vos cadeaux, Laura, mais approche toi donc

un peu !



La petite fille ne bougea pas. A quoi bon ? Qu’y avait-il pour elle, dans ces beaux paquets

enveloppés de papier multicolore qui brillaient sous les guirlandes ? Une nouvelle tête ? Un masque

pour se cacher ? Un moyen magique et immédiat de faire disparaitre la difformité qu’elle avait sur le

visage ? Non, rien de tout cela ! Une nouvelle poupée trop belle qui la narguerait, elle n’en voulait

plus. Des livres, des romans, elle en avait marre. Jamais les héroïnes ne souffraient autant qu’elle,

leurs petits problèmes étaient bien peu de choses en comparaison du mal qui la rongeait….







Chapitre deux







A sa naissance, qui s’était très mal passée, la maman de Laura poussa un cri quand

on lui mit le bébé dans les bras :



-Non mon Dieu ! Ce n’est pas possible… Est-ce…..définitif ? Dites moi que cela va disparaitre….



Cela, c’était cette protubérance qui ravageait le visage du bébé, sur le côté gauche seulement, une

espèce d’énorme boule qui gonflait sa joue et une partie du menton, semblant former comme un

goitre. Les médecins la rassurèrent : pour l’instant, on ne pouvait rien faire mais plus tard,

certainement, une petite opération arrangerait tout.

Seulement, avec le temps, il s’avéra qu’il valait mieux renoncer à l’opération, l’enfant souffrant

aussi d’une maladie rare du cœur qui ne lui permettait pas de subir une anesthésie. Alors, Laura

devint une petite fille surprotégée, vivant quasiment toujours enfermée dans son bel et grand

appartement entre ses parents et son frère, et ne rencontrant que ses cousins et ses professeurs.

Très intelligente, elle passa tous ses examens par correspondance avec succès, elle était très douée

pour les maths et les sciences. Depuis longtemps, sa voie était toute tracée, son but unique : elle

deviendrait chirurgien esthétique. La plupart de son temps ,elle le passait le nez rivé à ses bouquins

et s’intéressait de si près au problème de la chirurgie esthétique qu’à huit ans, elle avait déjà créé

son blog sur Internet. Cruellement, elle se mit à publier toutes les photos des actrices célèbres qui

avaient eu recours à la chirurgie,, un nombre si impressionnant qu’il la consola un peu ! Il y avait

d’ailleurs une actrice française (dont nous tairons le nom) qui avait souffert dans son enfance du

même défaut qu’elle et qui était maintenant considérée comme très belle…

Si on lui refusait toujours l’opération et bien un jour, Laura se jurait de s’opérer elle-même ! Oui,

elle deviendrait si douée qu’elle opérerait même sans anesthésie, directement sur son visage en se

regardant dans le miroir, elle le ferait, c’était juré, ils verraient bien, tous….









CHAPITRE TROIS









Minuit. La bouteille de champagne fut débouchée. Les verres remplis de mousse, les esprits

s’échauffèrent. Les enfants se précipitèrent sur leurs cadeaux, défirent les paquets sans précaution,

arrachant le bolduc. C’était ça qui était magique, déchirer le beau papier, retenir son souffle… Après

ils étaient tous un peu déçus. L’animation retomba.



-Bah, déclara Marion, ils me prennent encore pour une merdeuse, qu’ils m’ont achetée ce livre là. Il

est nul.



-Passe le moi ! Passe le moi ! crièrent les jumeaux Bébert et Pepito qui s’en emparèrent, et mirent

bientôt en miettes toutes les pages !



-Moi, dit Julien en considérant sa console de jeux sans enthousiasme, je m’en vais te revendre ce

machin idiot dès demain matin sur Internet…..



-On m’a offert des partitions des sonates de Mozart, s’exclama Fleur. C’est bien gentil. Mais je les ai

déjà toutes, évidemment ! C’est plutôt un nouveau piano qu’il me faudrait, oui.



-Le pull que tu m’as offert est pas mal, la remercia Julien en lui faisant un bisou.



Elle rougit, et il rajouta aussitôt, selon sa bonne habitude :



-Mais dommage qu’il me gratte horriblement.



-Merci pour tes disques de Mozart, surenchérit Marion, j’essaierai de les écouter pour te faire

plaisir… mais bon…. Je ne sais pas si c’est bien ma tasse de thé.



-Tu n’as aucun goût, rétorqua Fleur. Je les ai offerts aussi à Laura mais elle n’a pas encore ouvert ses

cadeaux !



-Laura, Laura, belle Laura, clama Marion, viens donc. Si tu veux pas de tes cadeaux, je les prends. Ca

me fera un double Mozart, ouah, c’est trop



-Laura appréciera mieux que toi, dit Fleur, elle a plus de sensibilité. Et cela la consolera de…



Elle s’arrêta brutalement.

-De quoi ? De quoi cela la consolera ? insista Marion avec une méchante malice.



-Je voulais dire… La musique de Mozart est très réconfortante, elle nous guérit de bien des choses.



Fleur s’approcha avec violence :



-Et de quoi pourrait-elle bien contre ma difformité, veux-tu me le dire ?



Un grand silence se fit. Maintenant, la petite fille, près du sapin illuminé, se trouvait en pleine

lumière, et différentes couleurs dansaient sur son visage. Elle se penchait sur ses cadeaux, les ouvrait

rageusement, les rejetait aussitôt… Cette belle robe, pour quoi faire ? Cette encyclopédie de

médecine, elle n’en avait pas besoin, elle en savait plus long que personne, ces chaussures élégantes,

ridicules, ridicules, ridicules. Comme tout le reste. Comme ce pauvre sapin que l’on mettrait bientôt à

la poubelle, comme ces enfants trop joyeux , ce noël à la con, cette vie toute entière….



-Ne pleure pas, je t’en prie, lui dit Fleur, soudain bouleversée. Et écoute Mozart, je t’assure… si tu

savais, j’ai été très malheureuse, et c’est bien lui qui m’a sauvée.



-Malheureuse, toi, jolie comme tu es ? interrogea Julien, sceptique.



-Comme si la beauté faisait tout… J’ai souffert, j’ai été trahie, injustement, comme Wolfgang Mozart,

j’ai été rejetée par quelqu’un que j’aimais…



-Bah, dit Laura, tu m’emmerdes avec ton Mozart, j’en veux pas de ton cadeau, ni d’aucun

autre….Vous ne comprenez pas que ce n’est pas cela que je veux ? Ce que je veux… ce que je

voudrais…



Sanglotant, elle s’effondra. Fleur, désolée, ne savait plus que dire, cependant que les quatre autres

se moquaient d’elle, Julien en tête, cruellement, inconsciemment. Plus elle pleurait, plus il s’énervait.

Soudain excédé, il lui lança, à bout de nerfs :



-Ben oui t’es un laideron ! Maman t’a complètement ratée ! T’as une tête cabossée et tu resteras

horrible toute ta vie, et après ,qu’est-ce que ça fait, qui se soucie de ça, toutes les femmes même les

plus belles finissent par devenir moches, alors !



Sur cette tirade discutable, il sortit en claquant la porte du salon, suivi de près par Marion, puis les

jumeaux, et enfin Fleur qui, rabrouée, n’osait plus aborder sa cousine, qu’elle aimait, pourtant.







Laura, agenouillée près du sapin, en larmes au milieu des cadeaux abandonnés, resta toute seule

dans le salon. Tout le monde était allé se coucher et elle demeura longtemps, ainsi, attendant que

les battements de son cœur s’apaisent un peu.

Chapitre quatre









Elle finit par s’endormir, allongée sur la moquette, sous les guirlandes éteintes (elle avait

furieusement arraché le fil). Elle dormait profondément quand soudain, un petit homme vêtu de

rouge que l’on n’attendait plus à cette heure de la nuit, apparut à la fenêtre. L’ouvrant comme par

magie, il pénétra dans l’appartement , traversa le salon jusqu’au sapin, et près de la petite fille

endormie, déposa un petit paquet rose à cœurs bleus. Puis il se retira aussi discrètement qu’il était

venu, s’envolant peut-être par-dessus les étoiles.







Quand la fillette se réveilla ,c’était l’aube, et un étrange soleil hivernal semblait irradier la pièce,

l’illuminant d’une clarté aussi blanche que la neige qui tombait au dehors. Surprise, Laura cligna un

peu des yeux, en regardant autour d’elle comme si elle ne se souvenait plus de ce qu’il s’était passé

la veille. Et puis ,tout lui revint d’un coup : l’affreuse nuit de noël, la crise qu’elle avait osé piquer

devant tous les autres… La honte et la douleur la submergèrent, elle se dit qu’elle n’en pouvait plus ,

qu’elle n’avait plus envie de se lever, plus envie de vivre…



Et puis, aussitôt, elle l’aperçut, le petit paquet rose et bleu sous le sapin. Bien emballé, intact au

milieu des autres tous défaits. Il lui sauta au visage, avec son nom bien écrit par-dessus ; « LAURA

RIVIERE » . Elle était assez stupéfaite, car il n’y était pas la veille, elle en était sûre… Etait-ce un des

enfants qui avaient voulu lui faire une surprise ? Sa mère ? Enfin, le père noël, c’était de la foutaise,

non ? Et puis, ce tout petit paquet… que pouvait-il bien contenir ? Dans sa surprise, la petite fille en

oubliait un instant d’être malheureuse. Elle restait là , à contempler cet étrange cadeau…. Il était bien

à elle, fallait-il l’ouvrir ? Elle serait forcément déçue, comme d’habitude.



Soudain, entendant remuer dans les chambres à l’étage du duplex, elle s’empara fougueusement

du paquet qu’elle enfouit dans la poche de son jean, et se redressa, bien droite sur ses jambes,

indifférente comme si de rien n’était.







Quelques instants plus tard, sa tante et sa mère descendaient pour préparer le petit déjeuner. Puis

les enfants arrivèrent les uns après les autres, Julien tonitruant :



-Maintenant tous sur Internet pour vendre ces cadeaux inutiles ! Le fric , il y a que ça de vrai !



Laura, soudain bizarrement heureuse, se mit à table avec appétit. Elle beurra largement ses

tartines, rajouta plein de confiture d’abricot, prit deux cafés. Par moment, elle posait sa main sur son

petit cadeau, son secret, qui contenait peut-être bien après tout quelque chose d’extraordinaire…

CHAPITRE CINQ







Laura attendit carrément la tombée de la nuit pour se décider enfin à ouvrir son mystérieux

présent de noël. Dans la journée, pleine d’un espoir nouveau, elle se montra très différente, plus

aimable, elle rit avec les jumeaux, leur offrit plein de bonbons, écouta Fleur jouer une sonate de

Mozart qu’elle jugea très belle. Elle la félicita, l’embrassa, et lui promit d’écouter attentivement

toute l’œuvre du compositeur, en commençant par le cadeau que lui avait offert sa cousine. C’est

vrai, cette musique était un baume au cœur….



Elle plaisanta aussi un peu avec Marion, mais avec Julien, elle demeura distante, car le caractère

imprévisible de son frère commençait à lui peser.



Quand tout le monde alla enfin se coucher, elle déclara qu’elle allait rester encore un peu pour

ranger , car le premier étage de l’appartement était dans un désordre incroyable. Elle poussa un

profond soupir d’être enfin seule dans le calme retrouvé. Le petit cadeau fut enfin délivré de la

poche de son pantalon et il lui sembla qu’il la remerciait.

Soudain très émue, elle le considérait à travers le paquet toujours bien fermé, certaine que là-

dedans se trouvait un objet peu commun, surréaliste, magique…



De ses doigts tremblants, elle défit lentement le papier, maniant le cadeau avec précaution, comme

si elle avait pu le détruire. Quand elle arriva au bout, elle recula un peu, alors qu’un objet de la

grandeur d’un pouce lui tombait sur les genoux. Déçue, elle le considéra, incrédule : De qui se

moquait-on ? Qu’est-ce que c’était que ce machin là ? Un petit bonhomme, Tom ¨Pouce, une

minuscule poupée qui la considérait avec de grands beaux yeux dans un joli visage, certes, mais que

voulait-on qu’elle fasse d’une poupée miniature, pour qui la prenait-on ? Une plaisanterie de son

frère probablement, quelle connerie, et dire qu’elle avait espéré quelque chose d’extraordinaire !



Alors même qu’elle approchait de la fenêtre, décidée à balancer cet objet le plus loin qu’elle put,

elle crut entendre une petite voix très douce lui murmurer :



-Fais pas ça, Laura. Je t’aime, moi.



Sidérée, elle regarda autour d’elle et puis, de nouveau, la poupée qu’elle tenait dans sa main.

C’était donc ce truc qui parlait, un machin pour les gosses en bas âge, elle avait dû appuyer sur un

bouton… Mais la voix poursuivit :



-Tu as bien entendu, je t’aime. Toi, Laura Rivière. Et c’est bien moi qui te le dis. Je m’appelle Punkititi.

Veux-tu bien me regarder mieux ? Qui je te rappelle ?



Elle le plaça bien en face d’elle. Il était très mignon, ce petit bonhomme, il lui rappelait… Julien dans

ses meilleurs jours ? Ces yeux là, à la fois clairs et profonds comme la nuit, un peu ceux du

compositeur Mozart, non ? Ou ceux de Fleur quand elle jouait du piano ? Ce n’était pas un regard

vide, c’est sûr. Mais bien sûr ce n’était qu’une très belle création de poupée, comment ce mécanisme

de paroles étrange se déclenchait-il ?

-Non, non ,poursuivit la voix, tu ne comprends rien, je ne suis pas un robot. Je suis bien moi-même et

je vis. Comment ? Ah ça ! Cela dépasse ce que peut comprendre un humain. Vois-tu, je suis un peu

comme une pensée , qui se serait matérialisée.



-Balivernes ! Stupidités ! N’importe quoi ! Tu es fort bien programmé, je te l’accorde. Julien a de

grandes connaissances en informatique et…



-Tu me vexes, ça suffit. Que faut-il faire pour te prouver mon existence ?



-Je ne sais pas, moi. Sais-tu jouer du piano ?



-Bien entendu. Je suis même un véritable virtuose. Mais si je te le prouve, là, maintenant, on va

m’entendre, on découvrira mon existence…



-Bah c’est trop facile.



-Tu as bien une autre idée ?



-Tu peux me rendre très belle, peut-être, toi qui es un tel génie ? Accepte d’être mon chirurgien

esthétique, opère moi, je t’aiderai, j’ai déjà fait de hautes études dans la médecine. Moi aussi, je suis

une surdouée, figure toi. Mais je m’en fous pas mal, je préférerais avoir une autre tête quitte à être

très con…



-Alors écoute-moi. J’ai beaucoup mieux que cela. J’ai une proposition à te faire. Mais d’abord, il

faudra me faire plusieurs promesses.



-Lesquelles ?



-D’abord, ne parler de mon existence à personne.



-Aucun problème. Je n’en avais pas l’intention .



-Ensuite, accepter de vivre en ma compagnie pendant quelque temps. Me parler, t’occuper de moi

dès que nous sommes seuls. Tu n’auras pas besoin de me nourrir mais j’aime bien parfois boire un

peu de jus de fruits, c’est indispensable à ma survie.



-Si tu veux, tu auras du jus d’orange, de raisin, d’abricot, de pomme, de tout ce que tu veux. Mais je

ne crois pas vraiment à ton existence.



-Je te prouverai le contraire. Et, enfin, et seulement après ces quelques jours, tu me donneras ta

réponse.



-Quelle réponse ? De quoi parles-tu ? Dis, il marche bien, ton disque ?



-Ce n’est pas un disque. La réponse à ma proposition : oui, ou non.



--Mais tu ne m’as fait aucune proposition ! Tu vois bien que ton disque est mal programmé !



-Pas du tout. J’allais y venir. Tu veux devenir belle. Tu veux perdre… je dirais…. La différence que tu as

sur le visage ?



-Inutile d’être gentil, tu peux dire la monstruosité qui me défigure.

-Je te propose dans quelques jours de régler cela. Tu deviendras une jeune fille comme les autres.

Banale. Pas très intéressante, en fait.



-Je te dispense de tes commentaires. Si tu aimes les monstres, c’est ton affaire. Ma réponse est oui,

tu penses bien , inutile de réfléchir plusieurs jours, j’accepte.



-Mais attends un peu. Car il y aura une contrepartie, un échange à faire.



-Ah, lequel ? Que je devienne à la place très bête, demeurée ? C’est d’accord. Ma réponse est

toujours oui.



-Non, Laura. En échange, tu perdras mon amour.



Ce disant, le petit homme sauta d’un bond léger sur le piano où il s’assit en tailleur, et il répéta

sérieusement, devant une Laura stupéfaite :



-Je t’aime, je te l’ai dit. Et c’est vrai. J’ai un cœur, des sentiments, et je t’aime depuis toujours,

comme personne n’a jamais été aimé. Mais si tu deviens belle, mon amour sera mort.



-Drôle de façon d’aimer ! C’est ton ordinateur qui déconne. Tu n’aimes donc que les laiderons ?



-Non, Laura, je n’aime pas que les laiderons, je t’aime toi, et tu ne l’as jamais su. Mais si tu deviens

autre, mon amour tombera , c’est comme ça.



-Si on aime vraiment, ça doit être au-delà du physique, non ?



-Exactement. Si tu étais belle et devenais défigurée, je t’aimerai s toujours. Mais cela ne marche pas

dans l’autre sens.



-C’est ridicule. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi stupide de ma vie.



-C’est parce qu’il y a beaucoup de choses que tu ne comprends pas. Passe quelques jours avec moi.

Et tu verras.



- C’est accordé, Punkititi .

DERNIER CHAPITRE









Ainsi, la petite fille et minuscule petit homme passèrent une semaine ensemble dans le plus grand

secret. Comme Laura avait l’habitude de se tenir à l’écart, personne n’en fut surpris. Mais c’était

seulement le soir venu que la fillette délivrait Punkititi de sa poche, et elle le laissait aller et venir

dans le salon, où il grimpait partout avec une facilité étonnante.



Entre temps, essayant de comprendre d’où ce bonhomme venait, elle avait été troublée par

plusieurs choses qu’elle avait découvertes :



La petite Clara, dans Casse-Noisett es de Tchaikovsky, découvrait elle aussi un étrange cadeau le

soir de noêl , un casse noisette en forme de jeune homme avec qui elle dansait sous les étoiles…



Julien avait bien créé avec son ordinateur il y avait longtemps un petit bonhomme sautillant et

rigolo qu’il appelait « mon double en mieux »



Fleur lui avait appris par hasard que Punkititi était le surnom que s’était lui-même donné son cher

Mozart qui aimait jouer avec les mots.



Tout cela était étrange, mais elle n’y comprenait rien , ça ne le menait nulle part.



Cependant, elle avait fini par croire réellement à l’existence de la petite poupée.

Son nouvel ami la faisait beaucoup rire, et elle avait énormément changée grâce à lui. Ils avaient

aussi ensemble de longues conversations sérieuses et profondes qui la touchaient beaucoup, même

si là encore elle ne comprenait pas tout. Quel âge avait-il, au juste ? Quand elle lui posa la question, il

la balaya en déclarant que l’âge et le temps n’existaient pas, c’était des notions inventées par

l’homme, ainsi, rajouta t’il, que les critères de la beauté.

Pas un seul jour, en fait, depuis qu’elle le connaissait, la fillette n’avait songé à sa laideur. Il lui était

même arrivé de ne plus se trouver si affreuse que cela en se regardant dans le miroir. Il y avait sur

elle un nouvel air à la fois très doux et passionné qui lui allait bien, son teint s’animait, ses yeux

brillaient, son regard prenait la profondeur d’un concerto de Mozart … Certes, cette protubérance

sur la joue et le menton était terrible, mais au fond… était-ce si essentiel que cela ? Et si Punkititi et

sa philosophie étrange sur la vie avait raison, après tout ?







Ce qu’elle ne voulait pas s’avouer, surtout, c’est que, en fait, elle avait très peur, maintenant, de

perdre l’amitié et l’amour du petit homme, et qu’elle n’était plus très sûre de vouloir l’échanger

contre une beauté toute neuve.



Ainsi, quand la nuit arriva où il lui reposa la question : OUI ? OU NON ? elle lui répondit assez

vertement pour cacher son émoi :



-Si tu m’aimais vraiment, tu ne me ferais pas une proposition pareille ! La vérité, c’est que tu n’es

qu’une vulgaire poupée de rien du tout, un robot programmé pour me piéger et me faire du mal…

Jamais tu n’auras le pouvoir de me rendre belle, de toutes façons. Je ne crois plus aux contes de

fées. Cendrillon, Riquet à la houpe, Casse noisettes, et puis quoi, encore ! Moi, je suis maudite,

depuis ma naissance, mais personne n’y peut rien.



- Tu te trompes, sale méchante, regarde toi dans le miroir, mais regarde toi donc ! Là, maintenant. Tu

es telle que tu le voulais ! Et pour moi, tu as gagné : je ne peux plus te blairer !



Sidérée, Laura s’approcha en tremblant du miroir au dessus du piano, où se reflétait une image

maintenant très lisse, parfaite, les grosseurs du menton et de la joue avaient disparu !



-Quant à moi, poursuivit Punkititi, je n’ai vraiment plus rien à faire ici. Tu as choisi, je m’en vais.



Sautant par la fenêtre, il disparut dans la nuit sous les arbres fantomatiques.



Laura, désespérée, se moquant bien de sa beauté, se mit à l’appeler, à tempêter, rien n’y fit !



-Ce n’est pas juste ! hurlait-elle. Je n’ai rien dit, rien . Tu as triché, Punkititi, tu ne m’as pas laissé

choisir ! Reviens ! Tu voulais te débarrasser de moi, tu mens, tu ne m’as jamais aimée !



Elle se regarda de nouveau dans le miroir et ses sanglots redoublèrent :



-Je n’aime pas ce nouveau visage. Ce n’est pas moi, tu comprends, ce n’est pas moi, et je suis si

malheureuse que je ne suis pas belle du tout. Reviens , Punkititi ! Tant pis si tu ne m’aimes plus ; Je

t’aime, MOI .







Que pensez-vous que fit le petit homme en entendant ces mots ?



Il revint, bien sûr, car en réalité, belle ou laide, il n’avait jamais cessé d’aimer Laura et voulait juste

la mettre à l’épreuve. La minute d’après, il sautait sur ses genoux et aux anges, la fillette l’embrassait

encore et encore, le faisait danser dans ses mains ,riant et pleurant tout à la fois. Plus une seule fois

elle ne courut à son miroir. Quel physique avait-elle donc, maintenant ? Voilà une question du coup

qu’elle aurait pu se poser…. Etait-elle redevenue comme avant ? Avait-elle de nouveau cette

différence sur le visage qui l’avait tant fait souffrir ? Ou était-elle restée belle alors que Punkititi

l’aimait toujours ?



Et vous, qu’en pensez-vous ?



Pour Laura, la réponse lui était maintenant bien égale.









FIN



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