S�QUENCE N� 2 : � Fables du pouvoir, pouvoirs de la fable �

Document Sample
S�QUENCE N� 2 : � Fables du pouvoir, pouvoirs de la fable � Powered By Docstoc
					                                           SÉQUENCE N° 2 : « Fables du pouvoir, pouvoirs de la fable »



Objets d'étude : un mouvement littéraire et culturel : Le Classicisme / persuader : formes et fonctions de l’apologue
Perspectives dominantes : histoire littéraire et culturelle / étude de l’argumentation et des effets sur le destinataire
Perspective complémentaire : étude des genres et des registres

Lectures analytiques :
   Œuvre intégrale : La Fontaine, Fables, livres VII et VIII
      Textes expliqués en classe :
      1. « La Cour du lion », VII 7
      2. « Les deux coqs », VII 13
      3. « Le Pouvoir des fables », VIII 4, du vers 34 à la fin
      Etudes d’ensemble :
      1. La Fontaine, entre tradition et modernité
      2. De Esope à La Fontaine : le travail de la réécriture, à partir de la comparaison         de la fable d’Esope « Les deux coqs et l’aigle » et de sa
   réécriture par La        Fontaine.

Lectures cursives, documents et textes complémentaires :
       Voltaire : Candide.
          Lecture de l’image : J. Y. Mass, « Le Loup et l’agneau », 1939
          Entraînement au baccalauréat à partir du groupement de textes suivant : Evangile selon Saint-Luc, « La Parabole du riche et de Lazare » ; Phèdre, Fables,
           « Le Loup et le Chien » ; More, Utopie, extrait ; Voltaire, Micromégas, extrait.
SEANCE 1
                                                         Introduction aux Fables
                                                       entre tradition et originalité

Supports : a. dédicace en prose à Monseigneur le Dauphin (pp. 15-17)
             b. préface de 1668 (pp. 19-25)
             c. dédicace en vers à Monseigneur le Dauphin (p. 49)
             d. avertissement de 1678 (p. 196)
             e. dédicace à Madame de Montespan (pp. 197-198)

Biographie sélective
      La Fontaine (1621-1695) vit sous la monarchie absolue de Louis XIV et il est, comme tous les écrivains de son époque, contraint de
se trouver un mécène pour vivre de ses écrits. Nicolas Fouquet, surintendant des finances du roi, sera son protecteur et celui d’autres
artistes.
      Sachant Louis XIV jaloux du château de Vaux de Fouquet, Colbert établit un dossier qui permet au roi de faire arrêter Fouquet de
façon spectaculaire en 1661. Ce dernier, tombé en disgrâce, est destitué de ses fonctions ; il est emprisonné à vie et remplacé par
Colbert. Pour être resté fidèle à son protecteur, La Fontaine est lui-même poursuivi et il connaîtra une période d’éloignement de la Cour.
           le caractère soudain et implacable de la sanction est sans doute une des raisons de sa méfiance envers les grands de ce
             monde et de ses conseils de prudence dispensés dans ces livres VII et VIII.
Comme il est risqué de déplaire au roi, la contestation de la Fontaine reste mesurée et subtile, masquée par la référence aux animaux. En
effet, au XVIIè siècle, tous les livres sont soumis à l’autorisation de la Librairie Royale. C’est la raison pour laquelle Les Fables choisies
mises en vers par M. de La Fontaine sont dédiées au fils du roi et que ses dédicaces contiennent autant de compliments à Louis XIV …

Etude du corpus           [préparation d’exposés]
1. Relever ce qui montre que La Fontaine est attaché à une certaine tradition et préciser laquelle.
2. Relever ce qui montre que La Fontaine ne vit pas le respect de la tradition comme un asservissement mais qu’au contraire il fait subir des
transformations à ses modèles.
3. Relever tout ce qui caractérise les fables.
4. Relever tout ce qui montre que La Fontaine est un auteur classique.
5. Sélectionner des phrases clé.
=> groupe 1 : document a / groupe 2 : document b pp. 19-21 « … plus sérieux. » / groupe 3 : document b pp. 21 « Mais ce n’est pas tant … » - 24 « … rien faire de bon. »
/ groupe 4 : documents c et d/ groupe 5 : document e


L Tous les élèves doivent lire tous les documents. Chaque élève doit conserver dans son classeur un exemplaire du travail du groupe. Les travaux sont
susceptibles d’être ramassés.

           Document                Caractéristiques de la fable, selon                              Tradition                                  Nouveauté                           Caractéristiques du
                                                  La Fontaine                                                                                                                          classicisme
a. Dédicace en prose           à - l. 3 Avoir une morale                            l. 2 S’inspire d’Esope                       l. 5 Mise en vers                       - Soumission et flatterie du Roi,
                                 - Lier « amusement » (l. 9) et                                                                  l. 64 : insiste surtout sur le désir de de sa famille par ex l. 33, l. 55-
Monseigneur le Dauphin
                                 « réflexion » (l. 11) + (l. 17-18)                                                              divertir                                56
                                                                                                                                                                         - culte de l’Antiquité
                                 - l. 22-25 : apprend à se connaître sans
                                                                                                                                                                         - volonté de plaire et d’instruire
                                 s’en rendre compte
b. Préface de 1668               - l. 9 brièveté                                    - l. 3-16 : référence à Esope (VII-VIè s     - l. 19-22 : s’adapte au goût moderne de     - culte de l’Antiquité, notamment
                                 - l. 95-101 : gaieté, charme                       av JC)                                       la poésie                                    référence à Térence (l. 86 : poète
                                 - l. 103 : utilité                                 - l. 23-47 : référence à Socrate (Vè av      - l. 64 : mettre en vers des fables          comique du IIès av Jc, modèle
                                                                                    Jc) qui aurait mis en vers les fables        - l. 81 « égayer » les fables                pour    les    classiques   comme
                                 - l. 106- 121 : « si divin » ; proche de la
                                                                                    d’Esope                                      - l. 191-194 : n’hésite pas à sacrifier la   Molière), à Quintilien (l. 91 :
                                 parabole                                           - l. 49 : référence à Phèdre (Ier s av JC)   morale à la poésie + ne la considère pas     auteur d’un traité de rhétorique
                                 - l. 120-149 : enseigne sans qu’on s’en            - l. 52 : référence à Aviénus                comme toujours indispensable                 au Ier s ap JC)
                                 rende compte = persuasion                          - l. 53 : référence aux modernes, puis aux   - l. 194-195 : primauté de la fonction de    - vouloir à la fois plaire et
                                 - l. 151-153 : légèreté apparente,                 étrangers                                    plaire sur celle d’instruire                 instruire
                                 profondeur réelle                                  - l. 191 : présence d’une morale                                                          - peindre l’homme (l. 169-170)
                                 - l. 157-161 : enseigne la morale mais
                                 aussi ce qu’est l’homme
c. Dédicace en vers à Msg le - v. 1 : fable = chant                                                                                                                           - v. 1 : culte de l’Antiquité avec
                             - v. 2-3 : mélange mensonge / vérité                                                                                                             réf à Esope
Dauphin
                                   - v. 3 : volonté d’instruire                                                                                                               - v. 7 : flatterie du Roi et de sa
                                   - v. 4 : « tout parle »                                                                                                                    famille
                                   - v. 5 : pour tous
                                   - v. 11-12 : ne sert pas à retracer l’histoire
                                   du passé
                                   = atemporalité plutôt qu’Histoire
                                   - v. 14 : légèreté des histoires pour plaire
d. Avertissement de 1678                                                            toujours référence à des auteurs - plus de variété et de nouveauté : l. 5, 9- - culte de l’Antiquité
                                                                                    antiques, mais orientaux, et non plus 10, 24 = goût pour la diversité
                                                                                    occidentaux                           - l. 19 : s’inspire de Pilpay, sage Indien (cf
                                                                                                                          p. VI = Bidpai) du IIIè s
e. Dédicace      à    Mme     de   - v. 1 : apologue = don divin (chp lex du divin)                                       - privilégie la volonté de plaire à celle - v. 15-18, v. 29-30 : Nécessité du
                                   - v. 6 : auteur = Sage                                                                 d’instruire                                    mécénat pour faire exister
Montespan
                                   - v. 7 : apologue = « charme » (sens fort :                                                                                           l’œuvre et pour faire perdurer
                                   envoûtement, magie) = moyen de persuasion                                                                                             l’auteur.
                                   - v. 14 : apologue = jeu                                                                                                              - v. 21-22 : flatterie du mécène et
                                   - v. 38 : fable = mensonge                                                                                                            des proches du roi
                                   - v. 39 : but = plaire
Phrases clé :
       * doc a : (l. 13-15) « L’apparence en est puérile (…) mais ces puérilités
servent       d’enveloppe à des vérités importantes. »
       * doc b : (l. 41-43) « Il n’y a point de bonne poésie sans harmonie ; mais il
n’y en a      point non plus sans fiction ; et Socrate ne savoit dire que la vérité. »
              (l. 96-101) « C’est ce qu’on demande aujourd’hui : on veut de la
nouveauté et                 de la gaieté. Je n’appelle pas gaieté ce qui excite le
rire ; mais un certain charme, un air agréable qu’on peut donner à toutes sortes
de sujets, même les plus sérieux. »
              (l. 117-119) « la Vérité a parlé aux hommes par paraboles : et la
parabole est-         elle autre chose que l’apologue, c’est-à-dire un exemple
fabuleux (…) ? »
              (l. 151-153) « Ces badineries ne sont telles qu’en apparence ; car
dans le fond          elles portent un sens très solide. »
              (l. 157-159) « par les raisonnements et conséquences que l’on peut
tirer de      ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on         se    rend
capable de grandes           choses. »
              (l. 169-170) « Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se
trouve        dépeint. »
              (l. 184-186) « L’apologue est composé de deux parties, dont on peut
appeler       l’une le corps, l’autre l’âme. Le corps est la fable ; l’âme           la
moralité. »

Conclusion
       * La Fontaine, conformément aux préceptes du classicisme, voue un culte
aux auteurs de l’Antiquité classique : il prend les fables d’Esope pour modèle.
       * Ce culte de l’Antiquité n’est cependant pas un asservissement puisque La
Fontaine ne se contente pas de traduire son modèle : il le met en rime, cherche à
l’égayer, n’hésite pas à supprimer la morale. => Le fait que la Fontaine déclare ne
pas hésiter à supprimer la morale va nous amener à réfléchir aux morales
présentes :
              - quel est leur lien avec le corps de la fable ?
              - servent-elles à déchiffrer la fable ou apportent-elles une
signification                      décalée ?
              - ont-elles un seul sens ou plusieurs (politique, moral, esthétique) ?
       * La Fontaine ne s’est pas seulement inspiré d’Esope ; il revendique au
moins une autre source d’inspiration : les fables de Pilpay. => repérer quelle
source domine.
       * Considérant la fable comme un charme, il estime qu’elle est plus efficace
qu’un discours rationnel car elle permet d’accéder à des vérités inouïes (sans
précédent, extraordinaires) ce qui justifie l’origine divine que LF accorde aux
fables. Ainsi, dans ce rapport à la vérité, l’auteur de fables n’est plus poète mais
Sage, interprète des voix du monde. Il faut aussi comprendre alors que si « tout
parle » dans les fables, c’est que « tout parle dans l’univers », ce qui suggère que
la Nature est solidaire entre les hommes et les animaux.
       * La Fontaine semble plus soucieux de plaire que d’instruire. => est-ce le
cas ?

SEANCE 2
                           « La Cour du lion », VII 7



* Les sens de la fable
      - peinture satirique de la Cour de Louis XIV
      - injustice du roi
      - mise en garde des courtisans
      - éloge de « l’honnête homme »

* La construction de la fable
      - un récit (v. 1-32) puis une morale (v. 33-36) : récit au passé simple pris
en charge par un narrateur / morale énoncée par l’auteur sur le mode du conseil
(impératifs) et directement adressée au lecteur (« vous »). La morale répète
mais sur un ton sentencieux ce que le récit a démontré par l’exemple.
      - Le récit met en scène 4 personnages : le lion (roi), l’ours, le singe, le
renard (courtisans). La distribution de la parole est révélatrice de la hiérarchie
entre eux :
             ¤ l’ours ne parle pas, il se contente de faire une grimace
             ¤ la parole du singe et celle du renard sont formulées sous forme de
             discours narrativisé
             ¤ seul le lion a droit à un discours direct
      - Le récit se déroule en deux temps :
             ¤ v. 1-14 : mise en place du cadre spatio-temporel et de l’intrigue
             ¤ v. 15-32 : la réception qui tourne au carnage

* La peinture de la Cour
       - mélange réalité politique et univers animal : v. 1 « Sa Majesté lionne », v.
4 « vassaux de toute nature », v. 22 « la griffe du prince » = souligne la part
d’animalité, de brutalité inhérente à l’exercice du pouvoir
       - l’usage à la Cour : v. 3 « manda … par députés », v. 4 « vassaux », v. 6
« circulaire écriture », v. 7 « sceau », v. 9 « cour plénière » = lourdeur du
processus + importance de l’étiquette + termes archaïques comme
« vassaux », inversion « circulaire écriture »
      - le portrait du lion : incarne le roi Soleil
             ¤ 3 types de désignations :

         Péjorative                     Classique                 Pompeuse
v. 26 « Ce Monseigneur du            v. 8 « le roi »     v. 1 « Sa Majesté lionne »
 lion-là » (démonstratif +        v. 13 « le prince »    (début de vers, de fable +
    adverbe + rime avec         v. 18 « le monarque »              diérèse)
          Caligula)                v. 28 « le Sire »     v. 2 « maître » (associé au
                                                          pluriel et à la diérèse de
                                                                 « nations »)
                                                            v. 14 possessif « son
                                                                   Louvre »



             ¤ La désignation péjorative du vers 26 reprend le v. 15 :
l’exclamation qui suit les deux premiers mots est polysémique : puisque l’on vient
de parler de la « puissance » du roi (v. 15) on peut penser que l’exclamation
manifeste l’éblouissement des invités ; cependant, l’odeur sur laquelle insiste la
suite « v. 15 « un vrai charnier », « odeur », v. 16 « boucha sa narine », v. 18
« grimace » suggère que l’exclamation mime plutôt le dégoût.
       Cette désignation est ensuite reprise par le vers suivant avec la
comparaison à Caligula, qui éclaire aussi le sens du mot « charnier » : c’est l’odeur
des victimes du roi qui accueille les invités …

       - Du coup, d’autres passages prennent tout leur sens :
             ¤ v. 10 « festin » : les sujets conviés le seront-ils pour partager le
festin ou pour être dévorés par le roi-ogre ? Cette seconde interprétation est
renforcée par le nom de Fagotin qui rime avec festin et qui désigne des tours de
magie … Le destin réservé à l’ours et au singe tend à confirmer cette hypothèse,
d’autant que
             ¤ v. 22 « l’antre » (lieu mystérieux et inquiétant) : rappelle la gueule
du lion …

* La difficulté d’être courtisan
       - l’ours incarne la franchise ; dans ce monde très codifié, il est aussi celui
qui ne maîtrise pas son comportement physique, représenté par la trivialité du
lexique employé : v. 16 « boucha sa narine », v. 18 « grimace », v. 19 « dégoûté ».
       - le singe incarne la flatterie excessive : celle-ci est exprimée par des
hyperboles v. 20 « approuva fort », v. 21 « flatteur excessif », « loua », par la
répétition de la conjonction « et » au v. 22, par l’anaphore v. 23 et par le ridicule
de l’analogie.
       Les comportements de l’ours et du singe se complètent : l’un manque
de maîtrise, l’autre manque de naturel, ce qui est renforcé par le
rapprochement que la rime (v. 18-20) réalise entre eux.
       - le renard se distingue déjà par son entrée en scène marquée par
l’octosyllabe et non l’alexandrin (v. 30 contre v. 16 et 20). En outre, il ne prend la
parole que parce que le lion la lui donne. Sa parole est d’ailleurs très économe et
très prudente. En cela, il incarne l’honnête homme.
       La disproportion entre la raison donnée par le renard (un rhume) et
l’effet (il sauve sa peau) relève de l’ironie.

* La morale
      - la morale politique est évidente : le courtisan doit se montrer rusé pour
échapper à la toute puissance et à l’injustice du prince
      - de cette leçon de cour, La Fontaine tire une leçon de vie en soulignant le
pouvoir de la parole mais aussi le danger d’une parole mal contrôlée.



Question (entraînement à l’oral) : de quelle manière cette fable prône-t-elle
l’idéal classique de l’honnête homme ?

SEANCE 3
                           « Les Deux Coqs », VII 13


                  Esope, Fables, « Les Deux Coqs et l’Aigle »

Deux coqs se battaient pour des poules ; l’un mit l’autre en fuite. Alors le vaincu
se retira dans un fourré où il se cacha, et le vainqueur s’élevant en l’air se percha
sur un mur élevé et se mit à chanter à plein gosier. Aussitôt un aigle fondant sur
lui l’enleva ; et le coq caché dans l’ombre couvrit dès lors les poules tout à son
aise.
Cette fable montre que le Seigneur se range contre les orgueilleux et donne la
grâce aux humbles.

    Comparaison avec le texte source : Esope, « Les Deux Coqs et l’aigle »
           ¤ pourquoi le titre a-t-il été réduit ?
           ¤ de quelle(s) manière(s) la fable a-t-elle été développée ?
           ¤ qu’ajoute la mise en vers ?
           ¤ la morale reste-t-elle la même ?
    Première piste de lecture : la fable a été développée
     1/ La bataille a été mise en scène : comment ?
            * champ lexical de la bataille : v. 2 « guerre », v. 4 « querelle », v. 5
« sang », v. 6 « combat », v. 10, 19 et 30 « vainqueur », vaincu », v. 13 et 25 « rival »,
« défaite », v. 18 « s’armoit », v. 20 « victoire », v. 32 « bataille » - vaste champ
lexical qui s’oppose au premier hémistiche
            * apostrophe emphatique au dieu de l’Amour, mis en évidence par le
changement d’énonciation, introduit l’analogie avec la guerre de Troie (mythologie
grecque, Iliade d’Homère) : v. 3 « Troie », v. 5 « le Xanthe », v. 9 « Hélène » +
épithète homérique v. 9 « Hélène au beau plumage » (cf Achille au pied léger, Ulysse
le divin). L v. 5 « Dieux » = Mars ou Vénus, blessés au combat
            * ampleur de la bataille :
                   - insistance sur sa durée : v. 6 « longtemps » + « se maintint »
                   - la bataille devient spectacle : rumeur qui attire au v. 7 : 3 élts
insistent sur son imptce « le bruit » / « s’en répandit » / « tout le voisinage » avec
assonance en « i » + les spectateurs : « accourut » marque leur empressement =
procédés d’amplification
                   - grandeur de la victoire : 1 vers et demi avec une hyperbole (v. 11
« plus d’une » / un hémistiche sujet + verbe pour le vaincu
            * champ lexical des attributs et des sentiments du guerrier : v. 12
« gloire », v. 13 « fier », v. 15 « haine », « courage », v. 18 « rage » associé à une
insistance sur l’amour : v. 12 et 13 pluriel et répétition [épanadiplose], v. 15
« rallumer » double sens : métaphore de l’amour comme feu + lien avec la colère,
repris v. 18 par l’adj antéposé « jalouse rage » = poursuit l’analogie avec la guerre de
Troie, qui avait pour objet de libérer Hélène, enlevée par Pâris, prince de Troie.



= récit épique voire tragique (lexique) mais écart entre la façon dont la bataille
est racontée et les acteurs, l’objet, le lieu de la bataille = parodie burlesque
(imitation d’une forme ou d’une œuvre littéraire : ici transposition de l’épisode
mythologique). La Fontaine se moque ainsi de la bataille des coqs tout en
insufflant une dimension politique à la fable d’Esope.

2/ Le sort du vainqueur a été développé : comment ?
            * variation de point de vue : v. 11-19 : point de vue du vaincu / v. 19-23 :
point de vue du vainqueur avec exacte parité au vers 18
            * contrastes : v. 11 « alla se cacher » / v. 19 « s’alla percher » + oxymore à
distance v. 12 « sa gloire et ses amours » / v. 21 « les amours et la gloire »
            * versification : un seul décasyllabe, vers 19, qui détache la faute suprême,
celle de l’orgueil ; puis retour de l’alexandrin v. 22 qui sonne comme une sentence
            * le vautour incarne la Fortune : personnification étrange v. 22 avec
« l’ongle » / identification du coq à son défaut : métonymie « tout cet orgueil périt »
+ allitération en « g » = formulation implicite de la morale religieuse d’Esope

3/ La mise en vers : qu’ajoute-t-elle ?
Outre ce qui a déjà été dit, la mise en vers donne une certaine gaieté à la fable :
     - variété des mètres : octosyllabes, décasyllabe, alexandrins = donne de la
vivacité au récit
     - variété des rimes : suivies, croisées, embrassées
     - jeu de mots : v. 26-27 : « coquet » / « caquet » (paronomase), v. 25-28
« Poule » / « foule » (suggestion érotique)
     - met visuellement en évidence des vers importants :
            ¤ v. 2 et 4 : met en place l’analogie poulailler / Troie
            ¤ v. 9 : mise en évidence du burlesque : les poules comparées à Hélène (ou
l’inverse)
            ¤ alternance entre passages épique et la réalité du sort
            ¤ v. 18 vers pivot
            ¤ v. 19 : mise en exergue de la faute commise
            ¤ v. 22 : insistance sur le châtiment
            ¤ v. 28-31 : la morale se détache
= Cette variété et cette gaieté empêchent tous pathos et toute gravité. Au
contraire, la moquerie, le goût de l’incongru l’emportent. Cf préface : la gaieté
est « un certain charme, un air agréable qu’on peut donner à toutes sortes de
sujets, même les plus sérieux » (p. 21)

4/ La morale est-elle la même que chez Esope ?
    * La morale est en deux parties : une phrase déclarative coupée de toute
énonciation qui résume la fable + une mise en garde, un conseil à l’impératif que la
Fontaine s’adresse aussi bien à lui-même qu’il l’adresse à tous.
    * La morale d’Esope s’affiche comme essentiellement religieuse ce que La
Fontaine remplace par l’idée implicite que le Sort est imprévisible et implacable
(Fortune incarnée par le Vautour) : chacun peut ainsi mettre ce qu’il veut derrière
cette idée de « Fortune ».
    * L’analogie avec la guerre de Troie donne une dimension politique nouvelle à la
fable, ce qui suggère que la morale contient elle-même une dimension politique,
adressée à Louis XIV. On se rappelle alors que Louis XIV est connu pour son orgueil,
ce qui semble le désigner comme destinataire implicite de la fable. En outre, Louis
XIV vient de remporter une série de guerres en Europe (1667-68 contre l’Espagne ;
1672-1679 contre la Hollande). L’insistance sur le rôle de la Fortune rappelle que l’on
n’est jamais à l’abri d’un renversement de situation. La fable elle-même le démontre
avec ses nombreuses péripéties.
    * Si l’on prend un peu de distance d’une part avec le récit de la lutte entre les
coqs, d’autre part avec l’idée que Louis XIV serait le destinataire de cette fable, l’on
se rend compte que cette fable dénonce la discorde qui règne entre les hommes.
Comme on l’a vu, l’état de paix est éphémère et la suite du vers montre à quel point il
est fragile. La basse-cour symbolise un microcosme et dénonce le monde comme
facilement sujet aux conflits les plus absurdes. Ainsi, La Fontaine semble dénoncer
la « jalouse rage » (v. 18) des hommes, montrant alors que la convoitise du bien
d’autrui est un fléau pour le monde.
SEANCE 4
                           « Le Pouvoir des fables », VIII 4
                                       v. 34-70

La première partie de la fable est une dédicace à M. de Barrillon, ambassadeur de France en
Angleterre, que LF prie d’user de son pouvoir pour empêcher une guerre => dimension politique
de la fable

Trois grandes étapes dans la fable :
        * La Fontaine s’adresse à M. de Barrillon
        * Un narrateur raconte au lecteur l’histoire de l’orateur d’Athènes
        * la Fontaine reprend la parole directement et conclut par une morale
= la fable des vers 34 à 64 est enchâssée dans le discours direct de La Fontaine
Dans cette fable est à son tour enchâssée une fable, des vers 49-53
                                          = mise en abîme

Structure du récit :
       - v. 34-39 : l’orateur n’est pas écouté
       - v. 40-47 : nouvelle tentative, nouvel échec
       - v. 48-54 : l’orateur change de méthode et raconte une fable, la foule réclame la suite
       - v. 55-60 : l’orateur donne la morale de son histoire
       - v. 61-64 : la foule écoute l’orateur
= La Fontaine lui-même donne l’exemple d’un récit qui retient l’attention en relançant
constamment la curiosité. Comment ?

    Premier épisode : v. 34-39
   - Situation posée en un hémistiche : cadre spatio-temporel à la fois vague « autrefois » et
   précis « Athène » = référence implicite à Esope ?
   - v. 35 « un orateur » : article indéfini invite à s’identifier facilement au personnage : chacun
   peut être cet orateur
   - v. 35 « danger » rappelle la dédicace qui précède : la France est en danger de guerre avec
   l’Angleterre (v. 13 « ennemis », v. 19 « combattre »)
   - antithèse entre les efforts de l’orateur (v. 36 « courut », « art tyrannique », v. 37
   « forcer », v. 38 « fortement ») qui occupent 5 vers et demi (4 verbes) et la réaction du
   peuple qui n’occupe qu’un hémistiche composé d’un sujet et d’un verbe.
   - La méthode employée par l’orateur cherche à convaincre. Son échec est annoncé par la rime
   antinomique « tyrannique » / république » (v. 36-37). A noter que la stratégie qui vise à
   convaincre est qualifiée de « tyrannique », comme si elle visait à contraindre la volonté.

    Deuxième épisode : v. 40-47
   - L’orateur tente alors de provoquer l’émotion de son auditoire en recourant à des figures de
   rhétorique, stratégie mise en évidence par l’octosyllabe du vers 40. Là encore cette stratégie
   est qualifiée de façon négative par l’adjectif « violentes », à la rime.
   - Le vers 42 donne un exemple des procédés employées : prosopopée. On remarque aussi
   l’accumulation d’effets, suggérée par l’énumération de quatre verbes en un seul vers.
   - Cette fois, l’antithèse entre les efforts de l’orateur qui occupent 3 vers et demi et la
   réaction du peuple est inversée puisque cette réaction occupe elle-même 4 vers et demi et
   qu’en plus le peuple est soutenu part les éléments (v. 43 « le vent emporta tout »). En outre la
   réaction du peuple est répétée trois fois : v. 43, 45, 47
- Cette fois, la réaction du peuple est justifiée : v. 45 « étant faits à ces traits », ce qui a
contrario définit l’apologue comme quelque chose de nouveau, de toujours surprenant.
- Comme au vers 39, la réaction du peuple au vers 42 occupe un hémistiche, est marquée par
l’unanimité (« on », « personne ») et la négation.
- L’idée de la fable est introduite au vers 44 avec la métaphore du peuple en « animal aux
têtes frivoles ».
 Troisième épisode : v. 48-54
- v. 48 donnant l’exemple, La Fontaine relance l’intérêt de son propre auditoire par une
question.
- Alors que jusqu’à présent les efforts de l’orateur s’étaient réalisées en discours
narrativisé, le discours direct apparaît au vers 49 et va donner lieu à un dialogue. Le tout va
occuper 12 vers, soit autant de vers que les deux échecs réunis. Ceci accorde une place
privilégiée à la troisième stratégie de l’orateur, celle de l’apologue.
- Cette fois, la réaction du peuple occupe un vers et demi (v. 53-54), avec un enjambement,
une phrase déclarative, et un discours direct, exactement le contraire de deux réactions
précédentes.
- Le pouvoir de la fable est d’autant plus fort qu’elle parvient, avec peu de mots, à
transformer un « animal aux têtes frivoles » (v. 44), repris par l’adverbe « ailleurs » (v. 46),
en une « assemblée (v. 53).

 Quatrième épisode : v. 55-60
- L’orateur répond à la question de l’assemblée par une question qui reprend textuellement
celle du peuple. : il ménage son effet, tout comme La Fontaine.
- Deuxième surprise : au vers 56 il intègre son auditoire à sa fable par l’emploi du pronom
« vous » ; ainsi, il s’identifie lui-même à Cérès = mise en abîme, ce qui est intensifié par la
rime « courroux » / « vous » (v. 55-56)
- La ponctuation manifeste la colère de l’orateur : du vers 55 au vers 60 on compte 3
interrogatives et 2 exclamatives ainsi qu’une alternance plus fréquente de vers longs et de
vers courts
- champ lexical de la violence : v. 55 « prompt courroux », v. 56 « anima contre », v. 58
« péril », « menace »

 Cinquième épisode : vers 61-64
- La clausule est marquée par le retour au récit et par l’emploi de vers plus courts, comme
pour une morale.
-Le lexique redevient positif : v. 62 « réveillée », v. 63 « se donne entière », v. 64
« honneur ».
- Ainsi est formulé ce qu’annonçait le titre : « le pouvoir des fables » est de « réveiller » les
peuples, de les faire adhérer de leur plein gré à ce qu’on veut leur communiquer. Ce verbe est
bien sûr polysémique : réveiller les consciences. Rappel un principe du classicisme : pour
instruire, il faut d’abord plaire.
- Ce pouvoir est accru par le fait que seul « un trait de fable » (v. 64) suffit.

 Morale : v. 65-70
- la Fontaine revient à une énonciation dans laquelle il s’implique directement par l’emploi du
pronom « nous » et par l’insistance « moi-même » en fin de vers (v.65)
- métalangage : La Fontaine insiste beaucoup sur le fait que la fable est à l’honneur en
soulignant qu’il s’y adonne : v. 66 « au moment que je fais cette moralité », v. 67 référence à
un conte célèbre, « conté », ce qui complète l’abondant champ lexical de l’apologue qui
    parcourt tout le texte : titre « fables », v. 2 « contes », v. 29 « récit en vers », v. 57
    « contes », v. 62 « apologue », v. 64 « fable ».
    - Ce vaste champ lexical est associé explicitement au plaisir : v. 3 « grâces légères », «v. 57
    « contes d’enfants », v. 68 « plaisir extrême », v. 70 « amuser », ce qui confirme ce que La
    Fontaine avait annoncé dans sa préface.
    - Dernier renversement de situation : même si l’orateur finit par séduire son public, La
    Fontaine se place du côté du peuple athénien en faisant l’éloge du plaisir puéril à entendre
    des histoires, ce que l’orateur avait condamné.

                                          Dissertation

L’artifice permet-il de dénoncer l’artifice ? Vous répondre à cette question en appuyant votre
réflexion sur votre lecture des livres VII et VIII des Fables de La Fontaine et de Candide de
Voltaire.

                                          Mise au point

Ne pas modifier le sujet : le mot clé était « peut » - pouvoir ≠ avoir pour but

  THESES        L’artifice permet de dénoncer                  Cpdt, le pouvoir de l’artifice est
                            l’artifice                                       limité
ARGUMENT 1 parce qu’il permet à un écrivain de             parce que l’énonciateur, caché derrière
           représenter à un grand nombre de                la fiction, semble peu s’impliquer, ce qui
           personnes les artifices du pouvoir et/ou        n’incite peut-être pas le lecteur à le
           de la société : la fiction est accessible à     faire lui-même ou à se rendre compte
           un grand nombre de personnes et elle            de l’importance de cette dénonciation
           séduit le lecteur qui adhère alors plus         (elle peut rester sur un mode ludique)
           facilement
                                                 parce qu’il est obligé de modifier, de
ARGUMENT 2 parce qu’il met à distance la réalité tout
           en permettant l’identification, ce quicaricaturer pour représenter, l’artifice
           facilite la remise en question et la  mélange fiction et réalité ce qui peut
           réflexion sur ce qui est dénoncé      empêcher de prendre au sérieux ce qui
                                                 est dénoncé
ARGUMENT 3 parce qu’il permet une dénonciation parce que l’artifice peut être mal
           suffisamment implicite pour éviter la compris ou mal interprété ce qui peut
           censure                               nuire à l’objectif poursuivi par l’auteur



L’ordre des grandes parties dépend de la thèse défendue en conclusion.

Rappel : une sous-partie s’organise autour d’un argument, lequel doit être illustré.

				
DOCUMENT INFO
Shared By:
Categories:
Tags:
Stats:
views:69
posted:12/5/2011
language:French
pages:12