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agile � handicap et politique

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agile � handicap et politique
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12/4/2011
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French
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agile – handicap et politique

Édition 2-09









En point de mire





Loi sur l’égalité : l’heure du bilan

Financement de l’AI : l’heure

de la mobilisation









édité par

agile – handicap et politique 2/09







Table des matières

Éditorial

Regard global sur l'égalité ....................................................................................... 4

En point de mire: la LHand a cinq ans

Loi sur l’égalité : un soutien critique, des revendications......................................... 5

Par Cyril Mizrahi

Andreas Rieder : «L'égalité n'est pas encore une évidence» .................................. 7

Propos recueillis par Eva Aeschimann

Loi sur l’égalité ; cinq ans, ce n’est pas assez ! ..................................................... 12

Par Joe A. Manser

La LHand a 5 ans – aperçu au quotidien (II) ......................................................... 15

Par Daniel Hadorn

Financement de l'AI: l'heure de la mobilisation

Nous avons besoin de l’AI. L’AI a besoin de nous !............................................... 19

Par Peter Wehrli

L’entraide, c’est aussi défendre nos intérêts dans la rue !..................................... 21

Par Simone Leuenberger

Assurance invalidité : OUI à son financement le 27 septembre Premiers pas de la

campagne en Suisse romande .............................................................................. 23

Par Florence Nater

Financement additionnel de l’AI : convaincre par l’expérience (II) ........................ 24

Société Suisse de Narcolepsie (SSNa) ................................................................. 25

insieme Oberland zurichois ................................................................................... 26

Association Cerebral Suisse ................................................................................. 27

Politique sociale

Tour d’horizon de politique sociale ........................................................................ 29

Par Ursula Schaffner

Mise en oeuvre de la 5e révision de l’AI: données pléthoriques et questions

ouvertes ................................................................................................................ 34

Par Ursula Schaffner

Un lourd paquet venu de Berne ............................................................................ 35

Par Ursula Schaffner

Un pas de plus sur la voie de l’assistance personnelle ......................................... 37

Par Simone Leuenberger

Travail

Les quotas – une méthode efficace d’intégration professionnelle ? ...................... 39

Par Ursula Schaffner

Voyages et transports

Nouvelles du Bureau «Personnes handicapées et transports publics» ................. 41

Formation

Catherine Corbaz : « Nous investissons dans la défense d’intérêts des personnes

avec handicap » .................................................................................................... 41

Propos recueillis par Eva Aeschimann









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agile – handicap et politique 2/09





Les coulisses du handicap

Assistance personnelle : désirs et réalité – sur la voie d’une stratégie commune 44

Par Eva Aeschimann

Andreas Steiner : 8 ans d’engagement au sein du Comité d’AGILE ..................... 47

Par Barbara Marti

Joël Favre : « Ça suffit, maintenant, de jouer aux gentils handicapés. Il faut montrer

les dents ! » ........................................................................................................... 48

Portrait et interview par Cyril Mizrahi

Médias et publications

Génétiquement incorrect ....................................................................................... 50

Par Claude Bauer

Impressum .............................................................................................................. 52









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agile – handicap et politique 2/09







Éditorial



Regard global sur l'égalité



Ce qu'il y a de bien avec les anniversaires, ce sont les enquêtes qui vont avec.

« Pensez-vous que la LHand a favorisé de manière générale l’égalité des personnes

handicapées durant ses 5 premières années ? », c'est la question que pose le BFEH,

le Bureau qui s'occupe de la mise en oeuvre de la loi. Bonne question. Avons-nous

plus d'égalité aujourd'hui qu'en 2004? Est-ce que la LHand, de manière générale, y a

contribué ? Oui, je vois des améliorations. Plus de facilité d'accès aux trains, bus et

trams, plus de technique dédiée à une utilisation de l'informatique sans barrières,

plus de marquages au sol, plus de sous-titres pour les personnes avec un handicap

de l’ouïe, pour n'en citer que quelques-unes. Là où les choses bougent trop peu

spontanément, mieux vaut une loi lacunaire que pas de loi du tout.

Pourtant, l'égalité va plus loin que des questions de mobilité et de communication

facilitées. Elle implique aussi la liberté de choisir son propre style de vie. Un revenu

adéquat en est la condition première. De ces deux facteurs centraux pour l'égalité, la

LHand ne dit pas un mot. Et même si c'était le cas: A quoi bon un droit au travail si

les places de travail manquent ? Chômage, pression existentielle, concurrence,

méfiance et impuissance ne sont en aucun cas l'apanage des seules personnes

handicapées. Attention donc aux exigences égalitaires à l'emporte-pièce; elles

pourraient être mal comprises.

C'est pourquoi le titre officiel de la LHand, « loi fédérale sur l’élimination des

inégalités frappant les personnes handicapées », me plaît davantage que

l'abréviation. Avec l'interdiction générale de la discrimination édictée par la

Constitution, nous disposons d'une bonne base, et aussi d'un encouragement à agir:

éliminer les inégalités!

Pour ce qui est de la mise en pratique, la Convention de l'ONU pour les droits des

personnes handicapées pourrait rendre de précieux services, étant bien plus

concrète que les ouvrages de référence à disposition jusqu'ici. Mais en Suisse, ce

document est à l'étude auprès du Conseil fédéral. Qui a jusqu'à nouvel avis d'autres

priorités.

Que cela ne nous empêche pas de méditer une fois encore sur l'égalité. Et cela de

manière tout à fait globale. Les articles de la présente édition d’ « agile – handicap et

politique » le démontrent: l'égalité est un thème transversal, et pas juste un chantier

de plus de la politique sociale auquel on ne pense que lorsqu'on n'est occupé par

aucun autre sur le moment. Dans cet esprit: merci, cher BFEH, pour cette inspiration.





Angie Hagmann, coprésidente d’AGILE

Traduction : A. Zwicky







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agile – handicap et politique 2/09







En point de mire : la LHand a cinq ans



Loi sur l’égalité : un soutien critique, des revendications



Par Cyril Mizrahi, coprésident du Conseil Egalité Handicap



Le 1er janvier 2004 entrait en vigueur la nouvelle loi fédérale sur l’égalité pour les

personnes handicapées (LHand). Cette loi constitue en quelque sorte le « deuxième

pilier » du droit de l’égalité des personnes handicapées. Elle concrétise (en partie),

sur le plan fédéral, l’article constitutionnel sur l’égalité, le « premier pilier » du droit de

l’égalité. Rénovée à l’occasion de la révision totale de la Constitution fédérale en

1999, cette disposition (article 8) prévoit notamment que « nul ne doit subir de

discrimination » du fait d’une déficience corporelle, mentale ou psychique, et que des

mesures doivent être prises dans une loi pour éliminer les inégalités qui frappent les

personnes handicapées.

A l’époque, le Parlement avait également adopté la LHand comme un contreprojet

indirect à l’initiative « Droits égaux pour les personnes handicapées », finalement

refusée en mai 2003. La loi était tout de même un premier pas significatif dans la

réalisation d’un objectif à la fois ancien et central pour les organisations de

personnes handicapées. Cinq ans après son entrée en vigueur, c’est l’heure de faire

un premier bilan.



Pas d’égalité sans autodétermination !

Début 2004 également, le Centre Egalité Handicap a été inauguré par les

organisations du domaine du handicap pour défendre les personnes concernées

contre toutes les formes de discriminations et pour promouvoir l’égalité. La direction

stratégique et politique du Centre a été confiée au Conseil Egalité Handicap,

composé de dix membres représentatifs des différents groupes de handicaps, âges,

sexes et régions, désignés par AGILE. Dans un domaine comme l’égalité, il est en

effet particulièrement important que les personnes handicapées elles-mêmes

définissent les priorités et la stratégie politique.

Le Conseil, qui souffle donc cette année aussi ses cinq bougies, compte bien

participer de manière critique à l’évaluation de la loi. Durant cette année

anniversaire, le Conseil aura ainsi à cœur de faire en sorte que les personnes

handicapées et leurs proches soient écoutés et entendus comme experts s’agissant

de questions qui les touchent directement. Dans le cadre de l’évaluation

indépendante de la loi que mène le Centre Egalité Handicap, le Conseil souhaite que

les acquis, mais également les lacunes, soient mises en évidence. D’autre part, le

Conseil fera également part de ses observations et revendications au Bureau fédéral

de l’égalité pour les personnes handicapées (BFEH), qui prépare le rapport sur les

cinq ans de la LHand du point de vue des autorités fédérales.









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agile – handicap et politique 2/09





Effets positifs

Du point de vue des acquis, la situation juridique s’est indubitablement améliorée

dans les domaines dans lesquels la nouvelle loi intervient le plus, soit les

constructions, les transports et les services publics (par exemple le droit des

personnes sourdes d’obtenir un-e interprète). Les progrès réalisés sont sans

conteste notamment liés aux moyens donnés par la loi aux particuliers et aux

organisations de faire valoir leurs droits en justice. Sans de tels moyens, le droit

matériel à l'égalité resterait en effet lettre morte, car il n'y aurait aucun moyen d'en

exiger l'application.

Cela étant, il convient de relever que l’existence d’un droit de recours ou de plainte

ne conduit pas nécessaire à la multiplication de procédures judiciaires contentieuses.

La construction du futur Learning Center de l’EPFL est un exemple intéressant à ce

titre des effets positifs de la loi, dans la mesure où le droit de recours accordé aux

organisations a finalement rendu possible un accord favorable à l’accessibilité, tout

en permettant à l’EPFL d’aller de l’avant rapidement dans un projet qui lui tenait à

cœur.



Nuances

Il est clair que le caractère justiciable d’un droit comme l’égalité des personnes

handicapées, soit le fait de pouvoir s’en prévaloir en justice, ne saurait suffire à lui

seul à en garantir la réalisation. Un tel droit nécessite que les collectivités publiques

se montrent actives et mettent sur pied un véritable politique publique assortie des

moyens financiers nécessaires, sans quoi les personnes et organisations

concernées devraient sans cesse se plaindre ou recourir auprès des autorités. Cette

politique publique devrait notamment comprendre de véritables campagnes

d’information et de sensibilisation. Les aides financières du BFEH dans le cadre de la

LHand vont dans le bon sens, mais sont hélas liés uniquement à des projets

ponctuels.

Le domaine des constructions est un bon exemple de la nécessité d’une politique de

sensibilisation large. Quand bien même les moyens de droit existent, les architectes,

les maîtres d'ouvrage et surtout, plus grave, les autorités locales méconnaissent

encore trop souvent leurs obligations. Le contrôle exercé par les services spécialisés

des organisations du domaine du handicap dépend de moyens limités et ne permet

pas d'assurer un respect systématique des prescriptions légales en matière

d'autorisations de construire. Or, une fois le permis délivré, il devient difficile,

juridiquement et matériellement, de corriger le tir.

Dans le domaine des transports, il y a également des progrès, mais les délais très

longs ont pour conséquence que la planification du renouvellement et de la

rénovation des infrastructures (matériel roulant, dispositifs de communication) n'est

pas toujours adaptée à l’avance aux besoins des personnes handicapées. Les

entreprises de transport font parfois valoir qu'elles ne disposent pas des moyens

suffisants de la part des autorités qui les subventionnent, rejetant sur d'autres la

responsabilité.

Dans le domaine de la formation, cruciale pour assurer l’intégration sociale et

professionnelle des personnes concernées, la loi a permis des progrès, même s’il



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agile – handicap et politique 2/09





reste beaucoup à faire. A ce sujet, lors de sa dernière séance le 19 février, le Conseil

a rencontré Olga Meier-Popa, responsable du Service pour personnes handicapées

de l’Université de Zurich, lequel a effectué un travail exemplaire pour rendre les

études supérieures accessibles aux personnes quel que soit leur handicap.

Globalement, la situation juridique dans le domaine de la formation s'est améliorée,

mais les enseignant-e-s ne disposent pas toujours des moyens nécessaires

(formation, temps, appui). Dans le domaine de la formation de base, ces moyens

relèvent des cantons.



Lacunes

L’égalité est un tout ; c’est pourquoi les progrès réalisés dans certains domaines sont

positifs mais ne compensent pas la situation insatisfaisante dans d’autres. Ainsi, il

est prioritaire d’agir dans les domaines qui ne sont pas actuellement (ou si peu)

réglementés par la LHand, à savoir l'accès à l'emploi et aux services fournis par des

prestataires privés, véritables lacunes de la LHand. Sur ces points, la Suisse pourrait

par exemple s’inspirer de la législation des Etats-Unis (voir agile 1/08) ou de la

Convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, que la Suisse n’a

hélas pas encore signée.

Dans le domaine du travail, en particulier, il y a lieu de s’inspirer du droit européen

(voir agile 3/08) ou des dispositions de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et

hommes (LEg) si l’on veut véritablement plus d’intégration professionnelle. Dans le

domaine des services, au contraire de l’adaptation de bâtiments existants, des

solutions adaptées ne sont pas forcément coûteuses, notamment dans le domaine

de l'Internet.

Enfin, des questions qui ne sont pas traitées du tout par la LHand devraient

incontestablement faire l’objet d’adaptations d’autres lois ; c’est notamment le cas de

la protection contre les discriminations dans le domaine des naturalisations, Malgré

une jurisprudence assez claire, les assemblées de commune, compétentes dans

certains cantons, continuent de faire peu de cas de la dignité des personnes

handicapées.









Andreas Rieder : «L'égalité n'est pas encore une évidence»



Propos recueillis par Eva Aeschimann, responsable des relations publiques d’AGILE



Cela fait cinq ans qu'Andreas Rieder dirige le Bureau fédéral de l'égalité pour les

personnes handicapées (BFEH). Dans l'interview avec «agile – handicap et

politique», il fait un bilan intermédiaire et évoque les cinq ans d'existence de la loi

fédérale sur l'égalité des personnes handicapées (LHand).

« agile » : Andreas Rieder, cordiales félicitations! Le 1er mars, vous aviez des

raisons de faire la fête, puisque vous êtes responsable du BFEH depuis cinq

ans. Qu'avez-vous fait le jour de votre jubilé?







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agile – handicap et politique 2/09





Andreas Rieder : Je ne m'en rappelle en fait plus du tout, ce qui n'est pas mauvais

signe.

Avez-vous reçu un bouquet de fleurs pour ce jubilé?

Non, pas de fleurs. Mais l'Administration fédérale a coutume, lors de tels jubilés,

d'offrir une reconnaissance aux collaboratrices et collaborateurs concernés, et tel

était le cas pour moi.

Outre le jubilé à l'occasion de vos cinq années à la tête du BFEH, aviez-vous

vraiment d'autres raisons de faire la fête?

Oui. Mon bilan personnel des cinq années passées est positif. Sachant que le travail

en faveur de l'égalité est un processus, on ne peut pas s'attendre à des résultats

rapides. Mais ces cinq années ont été intéressantes. Depuis 2004, le sujet de

l'égalité des personnes handicapées a trouvé sa place, à l'intérieur de

l'Administration fédérale et aussi à l'extérieur. Quant à la LHand, mon bilan est plutôt

mitigé; nous avons eu des succès sur certains dossiers, et sur d'autres, nous aurions

espéré mieux réussir.

Dans l'édition d’ «agile – handicap et politique» de février 2004, on pouvait lire

à propos de vous: «Pendant son temps libre, Andreas Rieder aime s'adonner à

la cuisine, à la promenade, au volleyball, à la lecture, ou aller au cinéma.»

Combien de temps vous reste-t-il aujourd'hui pour pratiquer vos hobbies?

Plus autant qu'à l'époque, lorsque je suis entré en fonctions. D'une part, le BFEH

s'est développé et, d'autre part, je suis devenu père il y a six mois. Notre fils Vinzenz

accapare considérablement mes loisirs.

Cinq années pour la LHand et autant pour le BFEH – Quelle est votre plus belle

réussite?

Ce qui m'a procuré le plus de joie, c'est une réunion de toutes les personnes ayant

réalisé un projet en faveur de l'égalité avec le soutien financier de la Confédération.

Lors de cet événement au BFEH qui a eu lieu fin 2008, ce fut une joie de constater

l'ampleur de l'engagement dont faisait preuve chacune des personnes et de voir ce

que leur action avait déclenché. Cet événement a mis en évidence que des

processus visant à réaliser l'égalité sont en route dans une multitude de lieux.

Qu'est-ce qui vous a le plus déçu à titre personnel?

Dans notre travail, nous devons être tolérants à la frustration. Il s'agit de percer des

murs assez épais. C'est pourquoi je ne me laisse que rarement aller jusqu'à la

déception. Je constate simplement qu'il faut sans cesse rappeler l'existence de

l'égalité des personnes handicapées. Nombreuses sont les personnes qui ne

comprennent pas la signification de l'égalité. Sans exemples concrets, le sujet ne

reste pas présent dans les têtes des gens.

Le BFEH est un des plus petits bureaux de l'Administration fédérale. Lorsque

vous évaluez les effets du BFEH après cinq ans de direction, diriez-vous du

bureau qu'il est plutôt «petit mais efficace», «petit et vain» ou «petit et

méchant»?







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agile – handicap et politique 2/09





Pour atteindre un maximum d'efficacité, nous devrions certainement être petits et

méchants. Méchant dans le sens ironique, bien entendu. Le BEFH est un bureau qui

doit insister avec ténacité. Et cette manière obstinée de procéder – basée sur des

arguments fondés – n'est pas toujours agréable pour nos partenaires. Mais notre

principale tâche n'est pas d'être «agréables». Nous visons à être «petits et

efficaces», mais pas «petits et vains» – le BFEH n'est pas une feuille de vigne.

Lors de la pause café, parlez-vous politique au sein de votre équipe?

Certainement, nous ne sommes pas différents d'autres équipes, avec ou sans

collègues handicapés. En raison des places de stages que nous proposons

régulièrement, le BFEH connaît de constants changements de personnel, et cela

assure la vivacité des discussions. Ce qui est également intéressant, c'est que le

secrétariat général du DFI est une maison où ça bouge beaucoup. Nous avons de

bons contacts au-delà des limites du département ou du bureau et parlons avec

d'autres collaboratrices et collaborateurs, par exemple à la cafeteria.

Comment sont perçues votre équipe, les tâches communes au sein de

l'administration?

D'après mon expérience, je pense que nos compétences spécialisées sont

reconnues. Par les acteurs les plus divers. L'égalité est un sujet transversal, c'est

pourquoi nous avons affaire à des instances administratives très diverses.

Le secrétariat général du DFI et donc également votre bureau sont situés à la

Inselgasse; votre travail a-t-il quelque chose d'insulaire?

Non. Et j'espère ne pas être mûr pour être insulaire. Mais mon poste de travail avec

vue sur la verdure dans la cour intérieure est agréable. Une sorte d'oasis au centre

ville. Nous ne sommes toutefois pas une institution fermée; le cadre dans lequel

nous accomplissons notre travail est assez étendu et nous faisons partie d'un réseau

important.

Qu'en est-il du réseautage avec les milieux politiques, avez-vous du feedback

de la part des parlementaires fédéraux?

Rarement, et quand c'est le cas, il s'agit toujours de dossiers concrets. Mais il est

très sain qu'il existe une ligne de démarcation entre l'administration et la politique.

Nos rôles et fonctions ne sont pas les mêmes.

La LHand est en vigueur depuis cinq ans. Dans quels domaines de la vie la loi

a-t-elle contribué à faire avancer l'égalité?

Sur un plan général: le thème de l'égalité des personnes handicapées a fait son

entrée dans les consciences, on peut constater un changement à ce niveau-là. Il est

désormais clair pour la plupart des gens qu'il ne s'agit pas d'un engagement caritatif

mais de droits, c.-à-d. de droits fondamentaux et du droit de les faire appliquer. Cette

évolution des esprits n'est pas terminée, mais les effets sont là. Quant à la LHand

elle-même et les trois domaines spécialement concernés par la loi: en ce qui

concerne l'accès aux bâtiments et aux installations, le principe de la construction

adaptée aux besoins des personnes handicapées est admis. Bien sûr, nous

rencontrons régulièrement des cas où les choses doivent être améliorées, mais le

principe n'est pas remis en question. Dans le domaine des transports publics, le

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agile – handicap et politique 2/09





processus avance bien, même si les délais sont longs. Ici, la LHand a beaucoup fait

bouger les choses. Mais cette évolution n'est pas imputable à la seule LHand.

Et les domaines de l'école et de l'intégration?

Ces cinq dernières années, on a de plus en plus fréquemment parlé de la promotion

de l'enseignement intégratif. Je suis content que ces débats aient lieu. Mais il faut du

temps pour que l'enseignement intégratif devienne réalité dans le quotidien scolaire.

Dans tous les domaines, il est important que les personnes concernées se

manifestent chaque fois qu'il y a un problème. Ce dialogue est la condition à une

mise en œuvre réussie de la LHand. D'autre part, il faut mettre à contribution le droit

de faire recours et de porter plainte qu'offre la LHand lorsque cela s'avère

nécessaire. Cependant, la volonté des parties concernées est le plus souvent

tellement forte que cela permet de résoudre les problèmes sans passer par un

recours ou une plainte.

Il existe des avancées visibles, qu'en est-il des évolutions invisibles dans la

société?

Pour faire avancer les choses, il est plus facile d'influer sur des actions que sur des

points de vue. Je suis certain que la LHand a des effets positifs sur l'accessibilité des

espaces publics. Et le fait que ces espaces soient accessibles favorise à son tour les

contacts pour les personnes avec ou sans handicap. Le contact direct reste le

meilleur moyen de lutter contre les préjugés. Les gens sont alors abordés en tant

que personnalités, et non seulement comme des personnes ayant un handicap ou

non.

Quels sont les domaines en Suisse où l'égalité ne progresse pas assez?

La situation reste difficile pour les personnes ayant un handicap mental ou

psychique. Il est beaucoup plus ardu de faire des progrès dans ce domaine. Pour

ces personnes, le fait, par exemple, de pouvoir accéder à un bâtiment ne signifie

encore pas que l'égalité des chances est réalisée pour elles. Nos projets font écho à

ce problème. Jusqu'à ce jour, les projets d'égalité déposés et destinés aux

personnes handicapées sensorielles ou physiques sont largement majoritaires.

Existe-t-il d'autres domaines où ça « coince »?

Je pense qu'il faudrait faire davantage d'efforts dans le domaine du travail.

Lorsqu'une personne est intégrée dans l'école et le monde du travail, son intégration

est en grande partie réalisée et elle dispose d'une bonne base dans notre société.

C'est pourquoi il est important, dans le domaine du travail également, d'insister en

priorité sur l'aspect de l'égalité. De façon complémentaire à ce que fait l'assurance-

invalidité.

Où se situe le problème?

Je pense à différents aspects. Ainsi par exemple, certains employeurs ont des

préjugés ou des craintes que le fait d'embaucher une personne handicapée leur

cause des problèmes qu'ils n'auraient pas avec d'autres collaboratrices ou

collaborateurs. L'expérience montre que cela n'est pas vrai. Toute personne apporte

ses compétences et ses inconvénients, qu'elle soit handicapée ou non. Et d'autre

part, un des problèmes fondamentaux à cet égard découle de notre monde du

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agile – handicap et politique 2/09





travail. La répartition du travail est ainsi faite qu'une partie de la population ne trouve

pas sa place dans le système, ou qu'avec difficulté. Le monde du travail reste trop

fortement orienté sur un seul type de collaborateurs ou de collaboratrices. Le

collaborateur idéal dispose d'une bonne formation, est toujours disponible et capable

de travailler à fond – ce qui correspond au rôle « masculin » type. Les personnes qui

ne correspondent pas à ce modèle se voient confrontées à des obstacles. C'est le

cas de nombreuses personnes handicapées, femmes, migrant-e-s et hommes

«atypiques» qui tentent de ne pas correspondre uniquement à ce standard. Or, ce

n'est pas une loi qui permettra de changer cela; une évolution des consciences est

nécessaire dans toute une série de domaines différents.

Considérez-vous aujourd'hui la LHand comme une loi qui concerne toutes les

personnes handicapées, ou est-ce que certains groupes y sont mieux

représentés que d'autres?

La LHand prévoit un droit qui s'applique à toutes les personnes. Donc également à

celles n'ayant pas de handicap. Le reproche qui consiste à dire que la LHand

s'adresse surtout aux personnes en fauteuil roulant n'est en effet pas nouveau. La

LHand règle, d'une part, les domaines notamment pour lesquels il existe des

solutions «simples», d'ordre technique, architectural, etc. En ce sens, les personnes

handicapées dans leur mobilité sont les premières à en profiter. D'autre part, la

LHand est un élément du droit de l'égalité des personnes handicapées. Au-delà de

cette loi, les cantons et la Confédération ont le mandat de promouvoir l'égalité. Les

trois domaines, qui sont réglés concrètement et ont dû l'être, appartiennent dans un

sens très large à l'espace public. Il est important pour notre organe spécialisé de

souligner le caractère essentiel des domaines réglés, mais cela ne signifie encore

pas que l'égalité est réalisée dans toute son étendue.

Actuellement, le BFEH élabore, à l'intention du Conseil fédéral, un rapport au

sujet des cinq années d'existence de la LHand. Est-ce que des tendances sont

déjà perceptibles?

D'une part, on peut constater que le sujet de l'égalité est désormais implanté, on peut

y recourir si besoin est. Mais d'autre part, l'égalité n'est pas encore une évidence,

aussi est-on régulièrement obligé de rappeler ce principe. C'est notamment le cas

pour les domaines où la loi ne donne pas de consignes explicites.

Quel est le souhait que vous désirez formuler en matière d'égalité pour les cinq

années à venir?

Je souhaite qu'il y ait davantage de rencontres entre des personnes avec et sans

handicap dans notre société. Je voudrais que tous les décideurs, aussi bien du

domaine privé que public, soient amenés à considérer progressivement l'égalité des

personnes handicapées comme une évidence. Tout le monde n'a pas besoin d'être

spécialisé dans le domaine de l'égalité. Il suffit pour l'heure que tout le monde sache

que l'égalité fait l'objet d'une réflexion, dans quelque domaine que ce soit.

Selon l'Enquête suisse sur la population active réalisée par l'Office fédéral de

la statistique, près de 60% des hommes ayant une activité lucrative sont fidèles

à leur employeur durant cinq ans et plus. En faites-vous partie?





11

agile – handicap et politique 2/09





Oui, je ne suis pas sur le départ. En 2004, je m'étais fixé un horizon à cinq ans.

Aujourd'hui, je peux dire que le domaine dans lequel je travaille n'a rien perdu de son

immense intérêt. En travaillant comme juriste, j'aurais eu affaire à des sujets que je

trouve ennuyeux. Au BFEH en revanche, je ne me suis encore jamais ennuyé.

L'égalité, qui concerne tous les domaines de la vie, nécessite et permet d'entretenir

des contacts avec d'autres personnes. Quand je prendrai ma retraite, je ne serai

probablement plus au BFEH, mais je n'ai rien contre la perspective d'un jubilé à

l'occasion de mes 10 ans d'activité au service du BFEH.

Andreas Rieder, nous vous remercions vivement de cet entretien.

Traduction : M. Viredaz









Loi sur l’égalité ; cinq ans, ce n’est pas assez !



Par Joe A. Manser, directeur du Centre suisse pour la construction adaptée aux

handicapés



Quel a été l’effet de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapés (LHand) sur

l’accessibilité des constructions et aménagements ? Cette contribution offre un

premier survol en la matière.



Loi sur l’égalité ; quelle notoriété ?

Autorités d’autorisation de construction : la majorité des 1’500 autorités d’autorisation

de construction connaissent la LHand. Mais cette loi a une influence variable sur les

diverses procédures d’autorisation de construction. Une influence qui dépend

notamment de l’adaptation à cette loi des directives cantonales sur les constructions.

Dans la plupart des cantons, les dispositions de la LHand n’ont pas amené de

changements formels : leurs lois sur les constructions contenaient, déjà auparavant,

des exigences semblables.

Spécialistes de la construction : avant 2004, la construction sans obstacles

dépendait de la bonne volonté de l’architecte. Ce à tort : la majorité des cantons

prescrivait déjà la construction sans obstacles dans la loi. Au cours des cinq

dernières années, la situation a toutefois évolué dans le bon sens : dans les près de

10'000 bureaux suisse, les architectes, ingénieurs et planificateurs ont au moins

entendu parler de la LHand. Ces cinq dernières années, la plupart d’entre eux ont dû

se préoccuper des prescriptions correspondantes. Mais seule une minorité fait

preuve d’une connaissance approfondie de la LHand et des prescriptions cantonales

sur le sujet.

Maîtres d’ouvrage : dans le meilleur des cas, ceux-ci n’ont qu’une connaissance

rudimentaire des prescriptions de la LHand. Seule exception : les maîtres d’ouvrage

institutionnels, dont la plupart se réfèrent pourtant aux connaissances des architectes

ou des autorités.

Personnes avec un handicap : les personnes concernées connaissent peu le

contenu concret de la LHand et ne se penchent que rarement sur cette loi. Seules



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agile – handicap et politique 2/09





quelques unes s’y connaissent en matière de droits fondamentaux dans le domaine

de la construction et savent faire valoir leurs droits en référence à la LHand !



Construction sans obstacles : combien ça coûte ?

La question des coûts de la construction adaptée a été examinée par le département

d’architecture de l’EPFZ en 2004, dans le cadre du projet de recherche du FNR 45.

Résultat de cette étude : les contraintes imposées par la LHand aux nouvelles

constructions se chiffrent au maximum à 210 millions de francs. En ce qui concerne

les rénovations, les coûts se montent à environ 250 millions de francs par an (60

francs par tête et par an). Un montant nettement inférieur à 1% du volume annuel

des constructions de bâtiments, chiffré à 30 milliards de francs. L’investissement est

d’autant plus rentable qu’un nombre croissant de personnes âgées peuvent ainsi

rester indépendantes et habiter dans leur propre logement.

Contrairement à un préjugé répandu, la question des coûts n’est pas aujourd’hui le

problème principal. En effet, quand les dépenses supplémentaires atteignent une

taille critique, les valeurs limites définies dans la LHand pour évaluer leur

acceptabilité fixent un cadre référentiel qui s’est révélé adapté à la pratique.



LHand : quelle mise en œuvre dans les cantons ?

La mise en œuvre de la loi varie fortement : elle dépend du degré de respect des

autorités et de la défense –variable- des intérêts des personnes handicapées. L’arrêt

du tribunal fédéral exigeant une législation d’application cantonale pour mettre en

œuvre la LHand a généré une certaine insécurité dans quelques cantons.

Depuis 2004, les quelque 1’500 autorités d’autorisation de construction ont de plus

en plus appliqué les prescriptions relatives à la construction sans obstacles. Malgré

cela, leur mise en œuvre reste, en plusieurs lieux, insuffisante et incomplète. La

plupart des autorités d’autorisation de construction n’ont pas les connaissances

adéquates. C’est dans les cantons où les services de conseil monitorent la mise en

œuvre de la LHand depuis plusieurs années que le respect et l’application de la

LHand sont les mieux ancrés.



Mise en œuvre : quels obstacles ?

C’est un fait avéré, les difficultés ne résultent pas du manque d’information des

autorités et des planificateurs. Souvent, le non respect des prescriptions légales

découle plutôt de l’insuffisance des ressources en personnel des autorités

d’autorisation, d’un certain manque de savoir-faire et de lacunes dans la qualité de la

mise en œuvre. C’est la conséquence du fait que la construction sans obstacles n’est

pas encore prise assez au sérieux, et qu’elle n’est pas mise en œuvre de manière

systématique, conséquente et évidente. Ces manques sont en partie compensés par

les services cantonaux de conseil pour une construction sans obstacles. La LHand

leur fournit en effet un instrument pour exiger une construction sans obstacles à titre

de prétention fondée juridiquement.



Conséquences de la loi : un afflux de recours et de plaintes ?

En regardant les cinq dernières années, on constate l’extrême rareté des plaintes

individuelles. 99% des plaintes et des recours basés sur la LHand ou sur des



13

agile – handicap et politique 2/09





possibilités de recours cantonales émanent d’organisations de personnes

handicapées. Les individus désireux de prévenir ou d’ôter des obstacles se tournent

en général vers ces organisations.

L’utilisation de la LHand varie notablement selon les cantons. Dans près de la moitié

des cantons, aucun recours n’a encore été déposé, alors que dans l’autre moitié, cet

instrument est invoqué assez souvent. Depuis janvier 2004, seules près de deux

douzaines de cas ont été portés jusqu’à la deuxième instance. Et les tribunaux

administratifs ou le tribunal fédéral n’ont été appelés à se prononcer que rarement.

Toutefois, la procédure de recours n’est pas toujours nécessaire : il suffit souvent

d’indiquer qu’un recours pourrait être déposé pour qu’une requête de construction

soit modifiée en conséquence.



Droit de recours des organisations : comment est-il jugé ?

En Suisse, pour l’essentiel, quatre organisations faitières s’engagent dans le

domaine de la construction adaptée. Le réseau de services cantonaux de

consultation en matière de construction adaptée pour personnes avec handicap

coordonne ces activités, en accord avec les autres organisations de personnes

handicapées.. En cas de recours, les services de conseil cantonaux s’en réfèrent à

leurs organisations faîtières respectives, en vertu de la LHand. Il est rare que

d’autres organisations utilisent le droit de recours dans le domaine de la construction.

Les cinq ans écoulés le montrent, la LHand a permis de revaloriser le travail des

services de conseil et de représentation des intérêts des personnes handicapées.

Leur engagement est davantage pris au sérieux, et leurs interventions sont devenues

d’autant plus efficaces. La référence à des prétentions fondées en droit permet

aujourd’hui de faire l’économie d’un travail de persuasion pénible et récurrent.

Désormais, les discussions se concentrent sur l’élaboration de solutions optimales

(et proportionnées).

La LHand a surtout eu pour effet d’inciter les quelque 1’500 autorités d’autorisation à

appliquer la construction sans obstacles de manière plus conséquente. Là aussi, le

droit de recours des personnes avec handicap ou de leurs organisations a contribué

à une meilleure reconnaissance de la part des autorités, ce qui, avant 2004, n’était le

cas que dans quelques cantons isolés.



Accès à l’espace public : comment le développer ?

Aujourd’hui, la Suisse compte près de 150’000 constructions accessibles au public.

Parmi celles-ci, seules quelque 35’000 sont facilement accessibles aux personnes

avec handicap. Chaque année, 8'000 constructions sont rénovées. Des dispositions

obligatoires en faveur de l’adaptation des constructions ou installations existantes

accéléreraient ce développement de manière efficace (en analogie avec les

dispositions applicables aux transports publics). D’ici environ 20 ans, toutes les

constructions et installations seraient ainsi conformes à la LHand.



Participation sociale des personnes avec handicap

La construction sans obstacles et l’évaluation de ses effets sont affaires de long

terme. D’abord, parce que les processus de planification et de construction peuvent





14

agile – handicap et politique 2/09





durer des années. Ensuite, parce que les constructions et installations sans

obstacles ne produisent un effet sur la participation sociale qu’au moment où

suffisamment d’aménagements utilisables sont mis en réseau. Pourtant, même là où

la construction adaptée est en principe acceptée, l’influence réelle des conditions

imposées à la construction sur la participation égalitaire et sociale des personnes

avec handicap est souvent sous-estimée. La participation sociale reste en effet

souvent réduite à des conditions formelles, les exigences qualitatives étant sous-

estimées. Or, tant qu’elles devront renoncer à entrer par la porte principale et passer

par une entrée latérale, pourra-t-on dire que les personnes avec handicap ont

réellement des possibilités égales à celles du reste de la population?



Conclusion: cinq ans, ce n’est pas assez !

Les cinq ans de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapées marquent, sans

aucun doute, une première étape importante. Mais l’évaluation conduite sur ce laps

de temps le montre : cinq ans de LHand, ce n’est pas assez ! Les effets de la loi

dans le domaine des constructions et installations ne seront pleinement appréhendés

que sur une période plus longue. Toutefois, comme le montre cet article, des

améliorations claires ont déjà été apportées dans plusieurs domaines. Dans les

cantons qui connaissent des réglementations depuis longtemps, on a constaté des

améliorations ponctuelles, mais pas de vrais changements. Un processus de

rattrapage est cependant en cours dans tous les cantons où les prescriptions et la

mise en œuvre étaient insuffisantes avant l’entrée en vigueur de la LHand.

Traduction : M. Roth-Bernasconi





La LHand a 5 ans – aperçu au quotidien (II)

A l’occasion du 5e anniversaire de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapées

(LHand), « agile – handicap et politique » entame une série d’articles sur les

améliorations apportées par la loi et les insuffisances constatées au cours de ces

cinq dernières années en matière d’égalité de traitement. Les réalisations

considérées comme des progrès pour les personnes handicapées méritent des

lauriers. Les insuffisances subsistant dans la vie quotidienne du point de vue de

l’égalité recevront des tomates.





Les améliorations apportées par la LHand pour les personnes sourdes

Par Daniel Hadorn, membre du Conseil Égalité Handicap



Le fait que – pour la première fois en Suisse, sauf erreur – grâce à la LHand, la

langue des signes soit expressément mentionné dans la législation nationale, donc

reconnu, constitue un indéniable progrès. Il avait été ignoré durant des décennies et

aujourd’hui encore, il est trop souvent négligé par bien des pédagogues spécialisés,

comme par certains spécialistes ORL.

La loi en question contient certaines prescriptions d’importance pour les personnes

atteintes de surdité. L’article 14, 1er alinéa, par exemple, exige que « dans les



15

agile – handicap et politique 2/09





rapports avec la population, les autorités prennent en considération les besoins

particuliers des handicapés de la parole, de l‘ouïe ou de la vue ». De sorte

qu’aujourd’hui, dans les débats officiels, (tribunaux, offices d’état civil, ORP, offices

AI, de même que dans les réunions de parents d’élèves, dans les écoles publiques

comme dans d’autres établissements d’enseignement) les personnes handicapées

de l’ouïe peuvent prendre part aux discussions grâce à des interprètes pratiquant la

langue de signes : les autorités se chargent des frais qui en résultent.



La suppression des obstacles à la communication dans les

administrations (notamment dans celles des communes)

Cette mesure a parfois provoqué quelques résistances au début de 2004, en

particulier dans certains ORP et aussi dans certaines communes. Souvent, on

entendait dire que l’on n’était pas au courant ou que ce genre de dépenses n’entrait

dans aucun budget. Dans l’intervalle, toutefois, la situation s’est calmée. De

nombreuses communes réagissent de manière positive après avoir reçu les

informations nécessaires. Dans le canton de Zurich, l’association des greffiers

communaux et des fonctionnaires spécialisés a dressé une liste exhaustive, semble-

t-il, des besoins des personnes handicapées de l’ouïe.

Dernièrement, les autorités de deux communes ont néanmoins refusé d’honorer les

montants exigés, alléguant que les intéressés n’avaient qu’à leur écrire. Ce qui

montre à quel point on méconnaît la population des personnes atteintes de surdité.

Du fait de cette surdité même, elles doivent, au prix d’un long apprentissage, faire le

détour par la vue pour acquérir l’usage de l’alphabet, des mots, de la grammaire et

de la syntaxe, leur vocabulaire est donc souvent restreint ; beaucoup d’entre elles ne

sont pas à même d’écrire sans faute et ne parviennent naturellement pas mieux à

lire. La manière la plus naturelle de s’exprimer est donc, dans ce cas, de recourir aux

gestes. C’est pourquoi il est indispensable – en particulier pour les démarches

auprès des autorités, à l’occasion desquelles des points d’importance primordiale

doivent souvent être discutés – que la traduction en langue des signes puisse être

assurée.



Projets bénéficiant d’un appui financier et sous-titrage

Nous sommes reconnaissants de ce qu’une aide financière nous soit accordée par le

Bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées (BFEH) pour la

réalisation de divers projets, conformément aux dispositions de l’article 14, alinéa 3,

de la LHand. Des lauriers !

Aux termes de l’article 14, 4e alinéa, de la LHand, la Confédération peut soutenir les

mesures prises pour rendre les émissions télévisées accessibles aux handicapés de

l‘ouïe ou de la vue. Au cours de ces derniers mois, le nombre d’émissions télévisées

sous-titrées a considérablement augmenté : il est passé d’environ 5 pour cent à

environ 20 pour cent du temps d’émission total ; cela, dans les trois régions

linguistiques. D’ici à 2010, il devrait atteindre 33 pour cent. En outre, un téléjournal

traduit en langue des signes est également diffusé dans chacune des trois régions

linguistiques. Ces mesures sont dues, il est vrai, à l’entrée en vigueur, le 1er avril

2007, de la Loi fédérale sur la radio et la télévision (LRTV) ; il est cependant

plausible de penser que la LHand a eu, à cet égard, un certain impact.



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agile – handicap et politique 2/09





Difficultés tenaces dans les domaines de l’enseignement, de la formation

professionnelle et de la spécialisation. Des tomates !

La situation reste peu satisfaisante, toutefois, dans le domaine pédagogique ; cela,

en dépit des dispositions de la LHand qui prévoient, notamment à l’article 2, 5 e

alinéa, des réglementations précises (adaptation des programmes de formation et

des examens), de même qu’à l’article 14, 3e alinéa (aux termes duquel la

Confédération peut accorder un soutien aux cantons pour faciliter la formation

scolaire et professionnelle des personnes handicapées - encourager l’utilisation du

langue des signes et du langage articulé dans la formation scolaire et professionnelle

des handicapés de la parole ou de l’ouïe et pour encourager les connaissances

linguistiques des handicapés de la vue). De nombreux ORL, même parmi les

professeurs d’université, et en particulier en Suisse romande, déconseillent aux

parents l’usage de la langue des signes, laquelle, même dans les établissements

d’enseignement spécialisés, n’occupe pas la place qu’elle mérite. Or les choses ne

changeront guère aussi longtemps que les parents entendants d’enfants sourds ne

défendront pas leurs droits, les parents sourds demeurant une faible minorité.



Les discriminations : un marché du travail et des prestations de services

relevant du domaine privé

Il est impérieux de combler certaines lacunes de la LHand, notamment en ce qui

touche les discriminations sur le marché du travail du domaine privé. Le prétexte

classique de nombreux employeurs est la perte de temps, souvent inacceptable, due

au fait qu’il faut répéter x fois les instructions nécessaires, jusqu’à ce que l’employé

handicapé de l’ouïe ait enfin compris ce que l’on attend de lui. De même, l’accès à

certaines prestations de services du domaine privé n’est pas suffisamment garanti

juridiquement, puisque la seule indemnisation prévue est d’ordre pécuniaire et se

limite à un maximum de CHF 5'000.--, ce qui ne représente guère qu’une obole.

Aussi révoltant que cela puisse paraître, le film « Grounding » a été diffusé en

version synchronisée non sous-titrée.



Un cageot de grosses tomates aux offices AI

Même dans le domaine de l’assurance-invalidité (AI), où l’on serait en droit de

s’attendre à davantage de compréhension qu’ailleurs à l’égard des personnes

handicapées de l’ouïe, la notion d’égalité ne semble pas s’être imposée partout.

C’est ainsi que récemment, un office AI a refusé les services d’un interprète, au

cours d’une enquête ménagère, en faisant état d’une circulaire de l’OFAS concernant

le droit d’exiger les services d’un interprète lorsque l’auditoire comporte des

étrangers. Or on ne saurait mettre sur un pied d’égalité des étrangers (qui forcément

entendent constamment les langues en usage dans notre pays, aussi bien à la

télévision, à la radio, que dans les magasins ou n’importe où autour d’eux) avec des

personnes qui sont privées d’ouïe et n’ont jamais perçu aucun son.



Arrêts douteux du Tribunal fédéral

Quatre arrêts du Tribunal fédéral (TF) concernant le canton de Vaud apparaissent

comme réellement douteux. Ils concernent des personnes privées d’ouïe qui avaient

occupé un premier emploi dans lequel les services d’un interprète n’étaient pas

nécessaires. Ayant par la suite trouvé une activité qui leur convenait mieux, elles

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agile – handicap et politique 2/09





durent avoir recours à un interprète à l’occasion de réunions. Le TF les débouta

d’une demande d’indemnisation en invoquant le fait qu’elle avaient, en raison de leur

changement d’emploi, lésé leur devoir de « limitation des dommages » à l’égard de

l’AI et qu’il existait suffisamment d’autres possibilités professionnelles ne nécessitant

pas les services d’un interprète. Dans l’intervalle, le TF a adouci, par voie de

circulaire, cette pratique barbare qui confinait pratiquement les sourd-e-s, leur vie

durant, dans l’artisanat.

Bref, en dépit de certaines améliorations, il reste encore beaucoup à faire.

Traduction : C. Jubert









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agile – handicap et politique 2/09







Financement de l’AI : l’heure de la mobilisation



Nous avons besoin de l’AI. L’AI a besoin de nous !



Par Peter Wehrli, secrétaire général du Centre pour une vie autonome

et membre du comité de l’association « Pro AI »



Depuis la fondation de l’assurance-invalidité il y a plus de cinquante ans, jamais sans

doute scrutin n’aura revêtu pareille importance pour les personnes handicapées en

Suisse et pour leurs familles. Pour s’en convaincre, il suffit de constater l’unanimité,

jusqu’ici inédite, qui règne entre les différentes organisations spécialisées et les

personnes concernées, toutes réunies autour du mot d’ordre : « Mobilisons toutes

nos forces pour remporter la votation sur le financement additionnel de l’AI ! »



Le financement additionnel de l’AI est indispensable

Même si certaines parties du projet nous inquiètent beaucoup – par exemple, le

découplage de l’AI et de l’AVS ou l’obligation de présenter une nouvelle révision de

la loi jusqu’au 31 décembre 2010 qui devra porter sur un assainissement par le biais

d‘une réduction des dépenses – nous en arrivons toutes et tous à la même

conclusion : les conséquences d’un refus du financement additionnel par le peuple

suisse seraient encore plus graves et entraîneraient à coup sûr des réductions des

rentes et des prestations d’une sévérité inacceptable. Et pourtant, l’avenir financier

de l’AI n’en serait pas assuré pour autant.

Heureusement, à part l’UDC, tous les autres partis sont tombés d’accord sur le fait

que le financement additionnel par le relèvement de la TVA est absolument

nécessaire. On ne voit pourtant nulle part un grand enthousiasme pour ce projet. En

effet, qui se réjouit d’une augmentation d’impôts ? Cependant les femmes et les

hommes politiques conscients de leurs responsabilités arrivent tous à la même

conclusion : les solutions de rechange, qui ont été débattues des années durant et

examinées en détail, auraient des conséquences encore bien plus graves et

proprement inacceptables.



L’AI n’est pas une simple institution de bienfaisance

Seulement voilà : c’est justement parce que personne n’aime défendre des

augmentations d’impôts qu’on a débattu si longtemps et soupesé dans les moindres

détails les solutions de substitution jusqu’à finir par louper le coche. Or la crise

financière mondiale qui déferle sur nous comme un tsunami comporte aussi le

danger qu’on réagisse sur un coup de tête, par pure panique. Ce serait agir sur un

coup de tête que de vouloir économiser sur le financement additionnel des

assurances sociales, pourtant indispensable, juste au moment où seule la solidarité

sociale peut permettre à la Suisse de surmonter avec un minimum de dégâts la crise

qui s’annonce pour les prochaines années.

Malheureusement trop nombreux sont celles et ceux – même parmi les

politicien-ne-s, pourtant bien placés pour le savoir – qui n’ont toujours pas compris



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agile – handicap et politique 2/09





que l’AI n’était pas une simple institution de bienfaisance prenant en charge les

« pauvres handicapé-e-s » et à laquelle on fait un don par pure charité lorsqu’on est

soi-même dans l’abondance. Non, l’AI est une assurance qui essaie de mettre à

l’abri des terribles conséquences financières d’un accident ou d’une maladie toutes

les personnes vivant en Suisse d’une façon égalitaire. Qui essaie, par conséquent,

de les protéger de catastrophes naturelles, susceptibles, aussi loin que remonte la

mémoire humaine, de toucher chacune et chacun d’entre nous à tout moment. Mais

une telle assurance ne peut offrir une réelle protection et être financièrement

supportable que si le risque (pas si minime que ça) est supporté par tou-te-s et s’il

est réparti de façon à peu près équitable. Il ne fait aucun doute que l’introduction du

système des assurances sociales suisses a apporté une contribution inestimable à

l’essor économique du pays durant les soixante dernières années : il a permis une

stabilité sociale et une prospérité que nous envient les autres pays, même ceux qui

sont beaucoup plus riches que nous en ressources naturelles.



Soyons francs !

Mais c’est peut-être justement parce que le pays va bien depuis longtemps que

nombreux sont ceux et celles qui ont oublié à quelle vitesse et avec quelle facilité un

handicap peut venir soudain bouleverser leur vie et chambouler leurs projets d’avenir

– ou en ont refoulé l’idée. Et à quel point une assurance qui les aide à reprendre un

tant soit peu leur vie en mains est importante. Franchement : à part nous autres, qui

avons déjà besoin de cette assurance pour vivre, qui peut vraiment se représenter

combien la vie peut être difficile avec un handicap ? Et à quel point il est capital de

recevoir à temps l’aide nécessaire ! Les plus âgés d’entre nous – quelques-un-e-s ne

seraient peut-être plus en vie si l’AI n’avait pas été créée à l’époque – savent quelle

catastrophe le handicap représentait pour eux/elles et pour leur famille avant que l’AI

n’existe.

Or, c’est justement parce notre dépendance envers l’AI est si forte que nous

connaissons aussi, et mieux que la plupart des gens, ses points faibles, les moments

où elle tourne à vide et donne des mauvais signaux, bref, son énorme potentiel

d’amélioration. Mais nous ne commettrons pas l’erreur stupide d’exprimer nos

critiques bien intentionnées justement à un moment où l’existence pure et simple de

l’AI est en danger.



Solidaires pour remporter la votation

En dépit des circonstances adverses, la votation peut être remportée ! Mais cette

victoire n’est possible que si nous, les personnes concernées, nos ami-e-s et nos

familles, toutes celles et tous ceux qui connaissent l’importance de l’AI, nous nous

unissons pour la soutenir. Unis comme jamais nous ne l’avons encore été avant une

votation dans l’histoire de la Suisse, nous autres, personnes handicapées, avec nos

organisations, nos ami-e-s et nos familles, nous sommes assez forts pour gagner. Il

existe pourtant des organisations spécialisées qui n’ont pas encore reconnu le

sérieux de la situation. Si ce n’est pas encore fait, invitez vos organisations à adhérer

aussi vite que possible à l’Association «Campagne des personnes handicapées :

OUI au financement de l’AI » et à participer activement à la campagne.







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agile – handicap et politique 2/09





Exprimer clairement et publiquement notre volonté importe encore plus qu’apporter

une contribution financière – selon les possibilités de chacun-e. Certaines familles

n’ont toujours pas compris que, sans l’AI, leurs proches dépendraient totalement de

leur soutien pour vivre. Discutez avec vos connaissances, vos ami-e-s, vos proches,

vos collègues de travail, vos voisin-e-s ! Parlez-leur de votre combat personnel en

faveur de l’intégration des personnes handicapées et de leur participation à la vie

publique. Mais n’oubliez pas de souligner le rôle indispensable que joue le soutien de

l’AI. Laissez pour une fois les critiques de côté. Mentionnez plutôt les bons côtés de

l’AI. En racontant votre histoire et en vous engageant personnellement, vous serez

bien plus convaincant que ne pourront jamais l’être des arguments économiques

abstraits ou même la meilleure campagne de publicité. Votre contribution est d’une

importance capitale.

Cependant, il importe de nous coordonner et d’assurer de la visibilité à nos actions,

afin que tou-te-s voient que nous tirons à la même corde. Rédigeons des lettres de

lecteurs, préparons des stands d’informations lors de fêtes ou à d’autres occasions,

organisons des tables rondes, des actions locales originales, bref, autant

d’événements relayés par les médias et susceptibles de faire réfléchir les gens.

Merci d’utiliser le site Internet www.proai.ch pour vous informer, entrer en relation

avec votre comité régional, télécharger du matériel de promotion et des

argumentaires, présenter vos actions et nous faire part de vos idées. L’AI est une

grande chance si tout le monde la soutient. Aujourd’hui, elle a besoin de notre appui

autant que nous avons besoin du sien.

Traduction : S. Colbois









L’entraide, c’est aussi défendre nos intérêts dans la rue !



Par Simone Leuenberger, avec la collaboration de Kathrin Brönnimann et Béatrice

Renz



Distribuer des tracts, collecter des signatures, engager les gens à aller quand même

voter… C'est un travail physique qui se fait principalement dans la rue. Et c'est bien

ce travail que deux femmes, Kathrin Brönnimann et Béatrice Renz, ont déjà fait à de

nombreuses reprises. Leur exemple devrait encourager d'autres personnes à quitter

leurs pantoufles pour se mêler à la foule des électrices et électeurs potentiels. Et si

vous vous engagiez pour le OUI au financement additionnel de l'AI ?



Kathrin Brönnimann: deux fois plus forte avec son chien-guide Emmi

« En ville de Berne, j'ai déjà souvent participé à des campagnes de distribution aux

alentours de la gare. Tôt le matin, c'est plutôt drôle, les gens sont ouverts et parfois

même agressifs! Les bons mots et les vœux fusent, et on s'amuse bien. C'est aussi

souvent l'occasion de très belles discussions. Il nous arrive fréquemment de

rencontrer des gens qu'on avait perdus de vue depuis des années.





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agile – handicap et politique 2/09





C'est à nous de nous mobiliser pour ce qui nous tient à cœur. Nous ne pouvons pas

attendre que quelqu'un s'en charge à notre place alors que nous nous la coulons

douce et nous apitoyons sur nous-mêmes. Personnellement, ça ne fait que m'ôter

toute énergie.

Ma maladie des yeux est appelée DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge). La

rétine se réduit petit à petit, ce qui fait qu'on perd ses facultés visuelles. Le peu de

vision restant devient de plus en plus "glaireux", c'est à dire que tout est brumeux et

flou. Depuis 2001, mon chien-guide Emmi m'accompagne, c'est LE moyen auxiliaire

avec une âme. Ensemble, nous sommes deux fois plus forts, et aussi bien plus

courageux! Naturellement, lors des campagnes de distribution, c'est tout de même

un avantage de faire équipe avec une personne voyante qui nous place, nous qui

sommes handicapé-e-s de la vue; c'est à dire qu'elle nous installe de façon à ce que

les passant-e-s ne puissent pas nous éviter, de préférence en haut d'un escalier

roulant. Puis je tends le matériel à distribuer dans la direction des bruits de pas ou

des gens en train de parler. Il m'arrive de m'enhardir à faire un pas en avant, ce qui

peut provoquer des collisions. Mais ce n'est pas si grave. Les humains sont en

général des êtres doux au toucher, les piliers de béton ou les barres de métal sont

bien plus déplaisants. Ça demande vraiment beaucoup de courage, mais qui ne

risque rien ne vit rien! Je pense que les gens qui vendent ou distribuent quelque

chose dans la rue ne sont pas des pantouflard-e-s. Ils veulent se retrouver en plein

air, sentir et respirer la vie, même si les odeurs en ville ne sont pas toujours un

plaisir! Après, c'est tout content qu'on retrouve ses quatre murs. On a fait quelque

chose de positif, rencontré des gens bien et on est fatigué. Tout cela procure un

sentiment de bien-être.

C'est tout sauf facile de motiver d'autres personnes à participer à une campagne de

distribution dans la rue. Les personnes handicapées ont elles aussi des caractères

différents. Pour certaines, il est facile d'approcher les gens, d'autres ont plutôt de la

peine à le faire. Pour ma part par exemple, c'est quelque chose qui me vient

aisément. J'ai hérité cela de mon père. C'est encore mieux si on peut y aller

ensemble. Peut-être qu'on peut encore partager une pizza après la campagne. Ou

bien on va encore boire un verre. Ca marche. Comme ça on peut encore en profiter

pour discuter de ce que chacun-e a vécu et y travailler.

Il est bien possible que je me retrouve encore une fois dans la rue avant la votation

sur le financement additionnel de l'AI. Ce qui est important pour moi, c'est de savoir

qui je vais retrouver et quand. C'est dommage qu'on manque parfois du réseau

nécessaire. Lorsqu'une campagne a lieu dans un lieu un peu inhabituel, les

personnes handicapées de la vue ont besoin d'être accompagnées. Ca me fait donc

plaisir que quelqu'un me téléphone ou m'envoie un courriel pour me dire: "J'y vais,

veux-tu aussi venir?" »



Béatrice Renz: Lorsque les mains ne suivent plus, c'est le coeur qui

prend la relève - logique, non ?

« Je suis surtout descendue dans la rue pour défendre le budget d'assistance. A

Fribourg et à Berne, j'ai distribué à plusieurs reprises des journaux pour sensibiliser

les gens à cette thématique. A Berne, ça s'est très bien passé. A Fribourg, j'ai eu





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agile – handicap et politique 2/09





plus de peine à aborder les gens, même si j'habite en fait à Fribourg et que je

pourrais même y connaître quelques personnes. Beaucoup de monde est passé tout

droit, mais c'est normal. Les personnes qui s'intéressent au sujet s'arrêtent et posent

des questions. Dans ce cas, c'est bien sûr avec plaisir que je leur donne des

renseignements.

Je participerais de nouveau sans hésiter à une action de distribution dans la rue.

Mais je ne distribuerais plus les tracts moi-même. En effet, mes mains ont perdu de

leur force et je ne peux plus tendre le matériel aux gens. Je devrais leur dire qu'ils

doivent le prendre sur mes genoux. C'est difficile. J'ai également déjà essayé de

travailler en collaboration avec une assistante. Ca se passait comme ça: je

m'adressais aux gens, et l'assistante donnait un journal aux gens qui passaient.

J’ai une sclérose en plaques (SEP) et j'ai besoin d'une chaise roulante électrique. Ma

mobilité est à peu près celle d'un tétraplégique. Mais mon handicap ne m'empêche

absolument pas de descendre dans la rue. Je peux bien m'imaginer engager la

conversation avec les passant-e-s pendant que d'autres personnes distribuent des

journaux ou des tracts. Nous serions ainsi complémentaires. Je suis quelqu'un de

très ouvert et actif.

Je trouve très difficile de motiver d'autres personnes à aussi participer à de telles

campagnes. Beaucoup disent: "Ne comptez pas sur moi. C'est vrai que c'est une

bonne chose, mais c'est à d'autres de le faire." C'est dommage, car pour défendre

nos intérêts en politique, nous avons aussi besoin de gens motivés.

Évidemment, on devrait être acquis à la cause et s'y connaître un peu dans le

domaine pour participer à de telles campagnes de distribution. Mais ce n'est pas non

plus si grave d'aborder de parfaits inconnus. Si j'arrive à m'arranger, on me verra

certainement de nouveau dans la rue en train de récolter des voix avant la votation

sur le financement additionnel de l'AI. Parce que cela me concerne personnellement.

Ça paraît assez logique, non ? Tu es d'accord? »

Oui, je suis d'accord! Et vous?

Traduction: A. Zwicky









Assurance invalidité : OUI à son financement le 27 septembre

Premiers pas de la campagne en Suisse romande



Par Florence Nater, membre du bureau romand « Pro AI », coordinatrice de l'ANAAP

et responsable secteur politique sociale à la CORAASP



Convaincues par la nécessité absolue de gagner cette votation, initialement prévue

le 17 mai, de nombreuses organisations ont rejoint l’association, créée en juillet

2008, « des organisations de personnes handicapées et de la santé pour un oui au

financement additionnel de l’AI » (www.proai.ch). Le comité de l’association et son

secrétariat pilotent la campagne sur un plan national en assurant la stratégie,





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agile – handicap et politique 2/09





l’argumentation et la diffusion des messages, cela avec la collaboration d’une

agence professionnelle de communication.

Bureau de coordination en Suisse romande

Sous l’impulsion, notamment financière, de l’organisation AGILE Entraide Suisse

Handicap, un bureau de coordination de la campagne en Suisse romande a pu être

mis sur pied afin de relier les personnes et les organisations en Suisse romande et

mobiliser activement toutes les forces.

Constitué de représentant-e-s de la FSA (Fédération Suisse des aveugles et

malvoyant-e-s), de la CORAASP (Coordination romande des associations d’action

pour la santé psychique) et de l’ANAAP (Association neuchâteloise d’accueil et

d’action psychiatrique), ce bureau de cinq personnes est structurellement rattaché à

l’association suisse et son action s’inscrit comme un relais entre le développement

de la stratégie sur un plan national et son imprégnation sur le terrain auprès des

organisations et de toutes les personnes concernées.

Pour gagner « la bataille » : notre mobilisation à toutes et tous !

Le chemin vers le succès réside prioritairement dans notre capacité de

« mobilisation interne ». Il est en effet crucial que toutes les personne en situation de

handicap, leur entourage et les professionnel-le-s œuvrant dans le domaine du

handicap et de la santé, se sentent concernés et soient convaincus par la nécessité

de s’engager à défendre cette hausse de la TVA pour assurer le financement de

l’assurance invalidité.

Le bureau romand a mené ses premières actions en misant sur la mise en

mouvement de cette force de mobilisation : une plate-forme de rencontre le 15

janvier dernier, avec l’esquisse des premiers liens tissés avec les Forum Handicap

cantonaux notamment, et le rassemblement public du 4 avril dernier sur la Place de

la Riponne à Lausanne où quelques 250 personnes, concernées directement ou

indirectement par le handicap, se sont retrouvées pour témoigner publiquement de la

nécessité d’assurer le financement de l’assurance invalidité.

C’était un beau « premier pas », mais il en faudra beaucoup d’autres, des plus

grands et des plus forts, pour que le oui l’emporte le 27 septembre prochain. Ce n’est

que déterminés, engagés et solidaires que nous saurons convaincre nos

concitoyennes et concitoyens !

Pour être informé régulièrement du déroulement de la campagne en Suisse

romande, secrétariat du bureau romand : ismael.t@bluewin.ch





Cet article est également paru dans Clin d’œil, la revue de la FSA.









Financement additionnel de l’AI : convaincre par l’expérience (II)

En collaboration avec ses organisations membres, AGILE veut montrer aux

citoyennes et citoyens ce que signifie pour les personnes concernées l’acceptation

du financement additionnel de l’AI. La base d’AGILE, à savoir ses organisations

24

agile – handicap et politique 2/09





membres, se sont, durant les derniers mois, penchées sur l’AI en tant qu’assurance

sociale. En tant qu’expertes de leur propre domaine, ces organisations ont une

légitimité et une crédibilité particulières (voir aussi «agile – handicap et politique»

3/08).

Le présent article apporte une sélection complémentaire de réponses aux questions

d’« agile - handicap et politique ».







Société Suisse de Narcolepsie (SSNa)

Contact : Beatrice Langer, secrétariat de la SSNa

e-mail : info@narcolepsy.ch



Bref portrait de l’organisation

La SSNa, une organisation d’entraide active composée de personnes touchées, de

proches et de médecins engagés, a été fondée en 1983.

La SSNa désire développer la communication entre les personnes atteintes de

narcolepsie et stimuler la création de groupes d’entraide locaux, effectuer un travail

d’explication auprès du public, offrir des informations sur le diagnostic et les

thérapies, entretenir la collaboration avec des associations similaires dans le pays et

à l’étranger.





agile : à quoi vous fait penser le terme d’assurance invalidité ?

(réponse d’Ursula Niederer, membre de la SSNa :) pour les personnes handicapées,

c’est souvent l’un des rares endroits où s’adresser.

agile : que signifie l’assurance invalidité pour les membres de la SSNa ?

Je pense que de nombreux membres sont soutenus financièrement par une rente AI

et éventuellement par des prestations complémentaires.

agile : de quelles prestations de l’AI bénéficient vos membres ?

Surtout des rentes.

agile : actuellement, l’AI est considérée exclusivement comme une assurance

fournissant des rentes ; est-ce que cette assertion correspond vraiment aux

prestations de l’AI ?

L’AI aurait beaucoup plus à offrir, p. ex. une intégration professionnelle. Mais sur ce

sujet les personnes souffrant de narcolepsie ont jusqu’ici été bien mal traités. La

compréhension de cette maladie et des besoins particuliers des personnes qu’elle

touche font largement défaut.

agile : une personne peut prétendre légalement aux prestations de l’AI lorsque

les conditions précises définies dans la loi sont remplies. Comment expliquez-

vous que malgré cela l’AI est souvent représentée comme un self-service ?





25

agile – handicap et politique 2/09





Il y a effectivement des cas où je ne comprends pas pourquoi une rente a été

accordée. De tels « moutons noirs » nuisent fortement à toute la cause.

agile : l’UDC a créé la notion de faux invalide. Qu’aimeriez-vous entendre plus

souvent en rapport avec l’assurance invalidité ?

L’AI soutient les personnes handicapées, pour atténuer quelque peu les difficultés

plus grandes, plus nombreuses qu’elles rencontrent dans la vie courante.

agile : les augmentations d’impôt ne sont pas populaires ; comment vos

membres persuadent-ils leurs proches, ami-e-s, voisin-e-s ou collègues de

travail de voter OUI à une augmentation de la TVA pour un financement

additionnel de l’AI ?

En communiquant avec ces personnes, et par un engagement personnel.

agile : quelles conséquences aurait un refus du financement additionnel de l’AI

pour les membres de votre organisation ?

Cela varie beaucoup d’une personne à l’autre, selon le degré de gravité de la

narcolepsie.







insieme Oberland zurichois

Contact : Christina Froidevaux, directrice

e-mail : froidevaux@insiemezo.ch



Bref portrait de l’organisation

Notre organisation représente des personnes avec un handicap mental dans

l’Oberland zurichois, leurs proches et leurs personnes de référence. Les objectifs

premiers d’insieme Oberland zurichois sont l’organisation de loisirs, de cours, de

formations continues, ainsi qu’un engagement politique.





agile : à quoi vous fait penser le terme d’assurance invalidité ?

Une assurance qui permet aux personnes handicapées d’obtenir un standard de vie

moderne et indépendant, quel que soit le degré de leur handicap.

agile : que signifie l’assurance invalidité pour les membres d’insieme Oberland

zurichois ?

Difficile à dire. Il est avant tout important que leur parent handicapé soit pris en

charge de manière adaptée, que les coûts à la charge des institutions trouvent un

financement, et que les moyens auxiliaires soient payés.

agile : de quelles prestations de l’AI bénéficient vos membres ?

Toutes les prestations.

agile : actuellement, l’AI est considérée exclusivement comme une assurance

fournissant des rentes ; est-ce que cette assertion correspond vraiment aux

prestations de l’AI ?



26

agile – handicap et politique 2/09





Personnellement, je ne peux pas en juger, je ne bénéficie pas moi-même d’une rente

AI, et j’entends très rarement l’opinion de nos membres sur l’AI.

agile : une personne peut prétendre légalement aux prestations de l’AI lorsque

les conditions précises définies dans la loi sont remplies. Comment expliquez-

vous que malgré cela l’AI est souvent représentée comme un self-service ?

Je pense que cette opinion s’est simplement incrustée dans la société. Une

organisation grosse et lourde, peu transparente, poussiéreuse, difficile à saisir dans

son ensemble, ayant une mauvaise presse, le débat sur les faux invalides, etc.. On

pourrait prolonger cette liste à volonté.

agile : l’UDC a créé la notion de faux invalide. Qu’aimeriez-vous entendre plus

souvent en rapport avec l’assurance invalidité ?

Une assurance qui contribue de manière adéquate à résoudre les problèmes

financiers qu’entraîne l’invalidité. Non bureaucratique, ciblée et efficace.

agile : les augmentations d’impôt ne sont pas populaires ; comment vos

membres persuadent-ils leurs proches, ami-e-s, voisin-e-s ou collègues de

travail de voter OUI à une augmentation de la TVA pour un financement

additionnel de l’AI ?

Explications concrètes, l’intérêt public, un financement simple et indépendant du

revenu, à peine sensible avec une augmentation de 0,4 pourcent.

agile : quelles conséquences aurait un refus du financement additionnel de l’AI

pour les membres de votre organisation ?

Une grande incertitude pour l’avenir.







Association Cerebral Suisse

Contact : Paul Kallweit, directeur,

e-mail : paul.kallweit@vereinigung-cerebral.ch



Bref portrait de l’organisation

L’Association Cerebral Suisse a pour but de soutenir, de représenter et de

coordonner, au plan national, les intérêts des personnes (poly)handicapées moteur

cérébral, de leurs proches et du personnel spécialisé.

L’association est engagée dans des activités de conseil, elle organise des offres de

formation et des cours de vacances. Elle gère un centre d’information et de

documentation, édite son propre bulletin, effectue un travail de relations publiques et

s’engage pour défendre les intérêts des parents, des personnes handicapées et du

personnel spécialisé.

agile : à quoi vous fait penser le terme d’assurance invalidité ?









27

agile – handicap et politique 2/09





Sachant que ma réponse n’est pas forcément représentative de notre association, de

ses membres ou de ses collaborateurs-trices, je peux affirmer que l’AI est une

réalisation nécessaire, sociale et salutaire.

agile : que signifie l’assurance invalidité pour les membres de l’Association

Cerebral Suisse ?

Le « public cible » de notre association en faveur des personnes paralysées moteur

cérébral (de naissance) est dans une très large mesure dépendant des prestations

de l’AI.

agile : de quelles prestations de l’AI bénéficient vos membres ?

Diverses, en particulier le soutien d’institutions, d’écoles spécialisées et

d’organisations d’entraide.

agile : actuellement, l’AI est considérée exclusivement comme une assurance

fournissant des rentes ; est-ce que cette assertion correspond vraiment aux

prestations de l’AI ?

A côté des « rentes d’incapacité de travail » fournissant un substitut de salaire, les

prestations de soutien spécifique (p. ex. adaptation de logements) sont d’une

importance particulière.

agile : une personne peut prétendre légalement aux prestations de l’AI lorsque

les conditions précises définies dans la loi sont remplies. Comment expliquez-

vous que malgré cela l’AI est souvent représentée comme un self-service ?

Le spectre du self-service, basé sur quelques cas parasites, est brandi avant tout par

les milieux populistes de droite pour faire passer en douce des mesures d’économie,

libérant ainsi des moyens pour leurs propres buts prioritaires.

agile : l’UDC a créé la notion de faux invalide. Qu’aimeriez-vous entendre plus

souvent en rapport avec l’assurance invalidité ?

« L’apparence trompe toujours », comme dans « Ueli, valet de ferme » et dans les

statistiques de Nörgeli (personnage populaire pessimiste, ndt).

agile : les augmentations d’impôt ne sont pas populaires ; comment vos

membres persuadent-ils leurs proches, ami-e-s, voisin-e-s ou collègues de

travail de voter OUI à une augmentation de la TVA pour un financement

additionnel de l’AI ?

Le financement additionnel de l’AI n’est pas un impôt supplémentaire, il s’agit d’un

réajustement de fonds entre deux comptes artificiellement séparés ; l’augmentation

de la TVA (prochainement peut-être à nouveau simplifiée) est le seul moyen d’un

refinancement par la Confédération, responsable de l’AI.

agile : quelles conséquences aurait un refus du financement additionnel de l’AI

pour les membres de votre organisation ?

Une situation financière fragile conduit en général à biffer de la liste des prestations

les moyens additionnels, et à agir de manière extrêmement restrictive dans le

traitement de demandes justifiées.

Traduction : F. Pasquier



28

agile – handicap et politique 2/09







Politique sociale



Tour d’horizon de politique sociale



Par Ursula Schaffner, responsable politique sociale d’AGILE



La crise financière et économique actuelle se répercute directement sur les

différentes branches des assurances sociales en Suisse, et notamment sur l’AVS et

la prévoyance professionnelle. Quant aux conséquences de cette crise sur le

potentiel professionnel des personnes atteintes dans leur santé, les prochains mois

et années nous le montreront. De même que l’on ne sait dans quelle mesure les

largesses fédérales à l’égard de l’UBS affecteront la politique sociale. On est en droit

de s’interroger et de se souvenir que l’Etat social actuel est un pilier de l’ordre

économique suisse et sert finalement aussi à assurer la paix sociale et une certaine

égalité entre les intérêts des riches et moins riches.



Assurance invalidité

Concernant le financement supplémentaire de l’AI, la 6e révision de l’AI et la mise en

œuvre de la 5e révision, ils font l’objet de différents articles de cette édition d’agile.

Le nombre des nouvelles rentes AI octroyées en 2008 s’est établi à 17 700, soit

5,8 % de moins qu’en 2007. Cependant, les dépenses de l’AI continuent en 2008 à

être supérieures aux recettes. La rubrique «AVS» fournit de plus amples explications

concernant la facturation au fonds de compensation de l’AVS. Restent que les

raisons du déficit chronique de l’AI sont connues.

Le dossier remise de moyens auditifs a connu une avancée notable. Le Tribunal

administratif fédéral a finalement considéré qu’il manquait une base légale suffisante

pour permettre à l’OFAS de fournir directement les appareils. L’OFAS a revu sa

copie et préparé un nouveau projet de loi qui devrait probablement être mis en

consultation avant les vacances d’été. En outre, l’OFAS et le secteur de

l’appareillage auditif ont réussi à dialoguer et miracle! Alors que, des années durant,

ledit secteur prétendait que les prix élevés exigés en Suisse pour les appareils se

justifiaient totalement, il est subitement prêt à accorder de substantiels rabais. Le prix

des appareils les plus vendus baisserait jusqu’à 40 %. Une convention dans ce sens

devrait être signée ce printemps encore et pourrait entrer en vigueur le 1 er janvier

2010, permettant à l’AI d’économiser jusqu’à 17 millions par année. Certes, par

rapport au déficit, ce montant est infime, il n’empêche!

La lutte contre la fraude devrait permettre de réaliser des économies nettement plus

conséquentes pour l’AI, du moins si l’on en croit les propos tenus par le chef de l’AI

lors d’une conférence de presse le 21 avril à Berne. Pour l’heure, il est encore trop

tôt pour avoir des chiffres précis, puisque les autorités ne recourent à ce nouvel

instrumentaire que depuis six mois. Reste qu’il sera impossible d’assainir l’AI de

cette seule façon car le nombre de fraudeurs supposés est estimé à moins d’un pour

cent de l’effectif total.





29

agile – handicap et politique 2/09





AVS

Le fonds de compensation de l’AVS gère et répartit les moyens entre l’AVS, l’AI et

les allocations pour perte de gain (APG), étant notamment alimenté par les

cotisations des employé-e-s et des employeur-se- s. L’an passé, les recettes se sont

élevées à 45 034 millions de francs alors que les dépenses consenties au titre de

l’AVS, de l’AI et des APG étaient de 44 493 millions. Les recettes dégagées par les

cotisations des assurés et des employeurs ont connu une croissance de 4,7 % par

rapport à 2007. Pour l’instant, la crise économique ne s’est pas encore répercutée

sur ce segment. En revanche, le fonds de l’AVS a connu une perte de 4,85 milliards

de francs au niveau des investissements, ce qui correspond à 18,2 % de sa fortune.

Celle-ci s’élevait l’an passé à 23 milliards de francs.

Si l’on procède à une comparaison entre les recettes et les dépenses de chaque

assurance, on constate que l’AVS enregistre des recettes de l’ordre de 35 923

millions de francs et des dépenses de 33 877 millions, dégageant donc un solde

positif de 2 046 millions. Pour l’AI, les recettes s’élèvent à 8 162 millions alors que

les dépenses sont de 9 179 millions, d’où un déficit de 1 017 millions. Quant aux

APG, leur déficit s’élève à 488 millions pour 949 millions de francs de recettes contre

1 437 millions de dépenses. Les pertes enregistrées dans l’AI et les APG sont

compensées par la fortune du fonds de l’AVS. A fin 2008, l’AI est redevable de

12 500 millions de francs au fonds et l’intérêt de sa dette se monte à 345 millions.

Néanmoins, l’endettement de l’AI régresse légèrement par rapport à l’année

précédente tandis que les APG connaissent une sous-couverture croissante. Le

rapport annuel du fonds de l’AVS est disponible à l’adresse Fonds AVS.

Suite au rejet par le peuple suisse en novembre 2008 de l’initiative pour un âge de la

retraite flexible, la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du

Conseil des États (CSSS-E) s’est attelée en février et en avril à chercher de

nouvelles pistes pour des retraites anticipées finançables: La commission aimerait

que, en cas de retraite anticipée, les rentes AVS ne soient réduites que dans une

moindre mesure et cela pendant 10 ans au maximum. Cette possibilité ne devrait

cependant être proposée qu’à des personnes dont le revenu annuel est inférieur à

82 000 francs. Cette proposition vise à mieux faire accepter le relèvement de 64 à 65

ans de l’âge de la retraite pour les femmes, mesure contestée par les organisations

féminines et la gauche. Les propositions débattues par la CSSS-E ne sont pas

vraiment nouvelles, étant déjà à l’ordre du jour de la 10e révision de l’AVS puis lors

des discussions portant sur la 11e révision à la fin des années 90. A l’époque, elles

ont cependant été rejetées. Notons enfin que le Conseil des Etats s’occupera durant

la prochaine session d’été de cette 11e révision de l’AVS.



Intégration professionnelle

Mandatées par les offices AI, différentes institutions examinent actuellement les

capacités professionnelles de personnes atteintes dans leur santé, fournissant un

vaste choix de postes de travail et disposant d’un personnel spécialisé dans la

réinsertion professionnelle. Ce faisant, elles assument un risque plutôt important, soit

de ne pas pouvoir fournir leurs prestations sur le marché libre. Mentionnons à titre

d’exemple le centre GEWA de Zollikofen, le centre d’intégration socioprofessionnelle

de Fribourg ou la Fondation ESPAS du canton de Zurich.

30

agile – handicap et politique 2/09





Un projet-pilote mené par la direction cantonale zurichoise de la justice et faisant

intervenir des case managers externes semble prometteur. Les spécialistes

interviennent pour réintégrer à leur poste des personnes accidentées ou en congé

maladie de longue durée. Le canton de Zurich souligne qu’il entend ainsi assumer

son devoir de prévoyance en tant qu’employeur, espérant aussi réduire ses coûts de

personnel.



LPP

En raison de la crise financière, presque toutes les caisses de pensions ont subi l’an

passé des pertes plus ou moins marquées au niveau de leurs investissements. La

moitié d’entre elles sont donc fin 2008 en sous couverture. Les caisses ont jusqu’à

fin juin pour indiquer aux autorités de surveillance les mesures qu’elles prendront

pour remédier à la situation. Politiquement, les avis continuent de diverger

concernant le bien-fondé d’un financement total des caisses et ses éventuels

bénéficiaires (cf. édition 1/09 d’«agile»).

Abaisser le taux de conversion permettrait peut-être de garantir le financement à

long terme des rentes LPP. Du reste, avant l’émergence de la crise financière, le

Parlement avait déjà décidé d’une telle mesure, qui fait que le taux passerait d’ici

2015 à 6,4 % alors qu’actuellement il est de 7,05 % pour les hommes, et de 7 %

pour les femmes (cf. également à ce propos édition 1/09 d’«agile»). Le référendum

lancé contre la réduction du taux de conversion a abouti début avril avec plus de

200 000 voix, si bien que le souverain devra probablement se prononcer encore

cette année à ce sujet. Bon nombre de médias mais aussi les courriers des lecteurs

se font l’écho des craintes d’une réduction drastique des rentes actuelles, voire que

la population encore active actuellement ne bénéficie plus que d’un 2e pilier très

réduit.



LAMal

Le citoyen lambda n’arrive plus guère à saisir le nombre et le rythme des chantiers

en cours en matière de politique de la santé. Quelques exemples ? L’introduction du

forfait par cas dans les hôpitaux, le care management, le gel de l'ouverture de

nouveaux cabinets médicaux, les prix élevés des médicaments, la baisse du tarif des

laboratoires dans les cabinets médicaux, le maintien des médecines

complémentaires dans l’assurance de base, etc. Il devient toujours plus compliqué

de comprendre qui défend quels intérêts dans ce souk. N’empêche qu’en 2007, ce

marché a représenté 55,3 milliards de francs, soit 10,8 % de la valeur ajoutée totale

de l'économie, comme le mentionne si joliment un communiqué de presse de l’Office

fédéral de la statistique. Quelques spécialistes doivent savoir quels sont les

bénéficiaires; et quelques rares consommateurs arrivent à se l’imaginer, d’autant

mieux qu’ils ressentent nettement les conséquences des primes d’assurance

maladie élevées sur leurs porte-monnaie. Et ils se rappellent que ces primes ne

suffisent toujours pas pour payer des prestations de santé coûteuses.

La table ronde convoquée en urgence le 21 avril par le conseiller fédéral Couchepin

n’a abouti à aucun résultat concret. Les représentants des différents milieux ne font

vraisemblablement pas trop confiance au ministre, préférant suivre leurs propres

décisions, plus rentables. Il est de notoriété que dans la santé, les coûts, en



31

agile – handicap et politique 2/09





l’occurrence les primes vont bondir l’année prochaine. Concernant les différentes

révisions en lien avec l’assurance-maladie, le site http://www.bag.admin.ch/révision

LAMal fournit de plus amples informations.

Le nouveau régime de financement des soins est adopté depuis le 13 juin 2008 (cf.

édition 3/08 «agile»). Le Conseil fédéral et les assureurs maladie souhaitaient faire

appliquer la loi dès le 1er juillet 2009, mais ce délai n’est plus d’actualité. Les cantons

et CURAVIVA, l’association des homes et institutions sociales, estiment qu’une

entrée en vigueur avant le 1er janvier 2011 n’est guère réaliste car trop de détails

restent à régler. On ne dispose toujours pas à l’échelon national d’une définition

uniforme du besoin en soins avéré. De même, une base de calcul uniforme serait

urgemment nécessaire. En effet, la nouvelle loi oblige les cantons à assumer des

coûts que ni les assurances maladies, ni les assurés ne pourront payer. Dans sa

prise de position concernant l’ordonnance, CURAVIVA critique aussi la base de

calcul retenue concernant les contributions aux soins des assurances-maladie, qui

ne correspondent pas aux données de base actuelles. Cela signifie que, par rapport

à aujourd’hui, les assureurs-maladie réduiraient à l’avenir leurs prestations de 15 %

environ.

Actuellement on court vers un manque flagrant de personnel soignant. Durant les 15

prochaines années, les besoins dans ce domaine seront nettement plus marqués

compte tenu du vieillissement de la population et du fait que les proches s’impliquent

toujours moins dans les soins. Parallèlement, on enregistre une chute du nombre

des élèves formés, notamment dans les hautes écoles spécialisées. La

Confédération entend donc lancer une vaste campagne de formation. Cependant, les

efforts faits en vu de rendre attrayante cette exigeante profession ne doivent pas

uniquement relever de la formation mais aussi de la rémunération du personnel. Les

Zurichois ne semblent pas l’avoir compris puisque dernièrement une révision du

barème des salaires de la santé n’a pas pris en compte le personnel soignant.

On accorde trop peu d’attention à la protection de la personnalité des patient-e-s. Le

préposé à la protection des données du canton de Zurich a découvert qu’hôpitaux et

assurances s’échangent à l’insu des patient-e-s, voire sans leur consentement, non

seulement les noms mais aussi des informations sensibles: diagnostic, opérations

prévues, durée du séjour hospitalier, employeur. Le plus grand assureur maladie de

Suisse ne fait pas grand cas de la critique, estimant qu’elle n’était ni récente, ni

pertinente. La directrice de la santé du canton de Zurich est d’un autre avis et a invité

les hôpitaux et les assureurs à informer globalement les patient-e-s concernant les

données échangées et l’objectif de ces transferts. Enfin, l’Association des

commissaires suisses à la protection des données s’est emparée du problème car

Zurich n’est pas un cas isolé.

Reste un domaine où, en tant qu’assuré-e-s et électeur-trice-s, nous pourrons

exprimer directement notre opinion: le 17 mai prochain, nous devrons dire si nous

acceptons d’insérer dans le catalogue de prestations de l’assurance de base les

médecines complémentaires, plus exactement, l’homéopathie, la médecine

anthroposophique, la phytothérapie, les thérapies neurales et la médecine

traditionnelle chinoise.





32

agile – handicap et politique 2/09





Divers

Rapport entre chômage, aide sociale et pauvreté

Il est avéré que les orientations affectant l’économie ont des conséquences sur le

nombre de chômeurs, de personnes à l’aide sociale ou concernées par la pauvreté.

Une nouvelle étude de l’Office fédéral de la statistique dévoile en outre les rapports

entre ces différents domaines: c’est ainsi qu’un nombre élevé de personnes au

chômage est toujours couplé à un taux élevé de personnes à l’aide sociale ou

pauvre. En revanche, en cas de baisse du chômage, le nombre de personnes à

l’aide sociale ne recule pas dans le même volume. Il en va autrement pour les

personnes pauvres dont le nombre varie plus fortement. La raison serait que les

personnes à l’aide sociale n’ont généralement pas de travail (68 %) et vivent seule

(54 %). En revanche, les personnes pauvres sont régulièrement actives

professionnellement (59 %) et vivent en couple avec des enfants (54 %).

Révision de la loi sur la TVA

Durant la session de printemps, le Conseil national a approuvé la première partie de

la révision de la loi sur la TVA (LTVA) qui vise à simplifier le calcul de la TVA. Contre

la volonté du PS et des Verts, le Conseil national a prolongé l'application du taux

spécial pour l'hôtellerie. La limite du chiffre d'affaires déterminant l'assujettissement a

été relevée à 300 000 francs. La commission consultative du Conseil des Etats est

revenue sur la proposition du Conseil fédéral et a fixé la limite inférieure à 100 000

francs.

Echec de la révision de la loi sur l’assurance-accident

Après 60 heures de débats, la CSSS-N a rejeté la révision de la LAA. Les positions à

gauche et à droite divergeaient trop pour permettre une entrée en matière. Les uns

souhaitaient élargir le champ d’activité de la SUVA, les autres couper dans les

prestations. La CSSS-N proposera donc au plenum lors de la session d’été de ne

pas entrer en matière sur le projet.





Sources prises en compte (du 4 février au 22 avril 2009): NZZ, Tagesanzeiger, Der

Bund, Le Temps, La Liberté, communiqués de presse des offices fédéraux des

assurances sociales et de la statistique.

Traduction : N. Sahin









33

agile – handicap et politique 2/09









Mise en œuvre de la 5e révision de l’AI: données pléthoriques et

questions ouvertes



Par Ursula Schaffner, responsable politique sociale d’AGILE



Après une année d’accompagnement et d’observation critiques de la mise en oeuvre

de la 5e révision de l’AI, les quelque 60 organisations d’aide et d’entraide du domaine

du handicap ont tiré un premier bilan de leur suivi. Un échange sur ce thème a de

surcroît eu lieu avec la Division IV auprès de l’Office fédéral des assurances

sociales.



Aucun écho ou presque au niveau de l’entraide

Voilà bientôt un an que quelque 60 organisations du domaine du handicap ont mis

sur pied un service de récolte de données dans chacune des régions linguistiques du

pays. On peut y annoncer des observations particulières ou des expériences à part

en lien avec la mise en oeuvre de la 5e révision de l’AI. Mais, jusqu’ici, les lignes

téléphoniques mises en place sont restées quasiment muettes et les boîtes aux

lettres non plus ne regorgent pas vraiment de courrier.

Le groupe de travail qui a établi les services de récolte de données et élaboré les

questionnaires attribue ce manque d’échos à des facteurs divers. D’abord, les offices

AI ont été assurément surtout sollicités l’an dernier par la production des nouveaux

outils de réinsertion professionnelle et l’embauche du personnel nécessaire. Ensuite,

si elles avaient des problèmes avec l’AI, les personnes handicapées ne se sont peut-

être pas encore tournées vers les institutions de conseil. Il est de surcroît quasiment

impossible de dire clairement si un problème au niveau de l’office AI présente un

rapport avec la 5e révision de l’AI ou si d’autres obstacles sont en fait à surmonter.

Pour une personne restreinte dans ses capacités, peu importe d’ailleurs que l’office

AI applique correctement la 4e, 5e ou 6e révision de l’AI. Ce qui compte, c’est qu’elle

reçoive le soutien approprié et ne reste pas seule avec ses questions. Très

technique, le questionnaire mis à disposition jusqu’ici auprès des institutions de

conseil sera bientôt simplifié et redistribué. D’ici aux vacances estivales, toutes les

organisations seront nouvellement contactées et le souhait d’une collaboration avec

elles sera confirmé.

Même s’il n’y a pas de faits concrets à présenter, certaines tendances peuvent

néanmoins être observées. Ainsi, plusieurs institutions ad hoc constatent que les

personnes cherchant conseil expriment davantage de peurs en lien avec la

recherche d’un emploi: doivent-elles faire état de leurs difficultés psychiques? Dans

l’affirmative, ne seront-elles pas immédiatement vues de travers dans l'entreprise? Et

pourront-elles simplement remplir la tâche qui leur est assignée pour peu que

l’emploi leur soit attribué? En outre, toujours davantage de personnes affectées dans

leur santé ne s’annoncent plus auprès de l’office AI compétent parce qu’elles ont

peur de se faire éconduire. On continuera de suivre ce genre d’observations et

tentera d’en effectuer un relevé plus précis au fil des prochains mois.







34

agile – handicap et politique 2/09





Questions ouvertes sur fond de données pléthoriques

Tant les organisations d’entraide que la DOK avaient exigé de l’OFAS, au moment

de l’entrée en vigueur de la 5e révision de l’AI, que la mise en oeuvre de cette

adaptation de la loi fasse l’objet d’un accompagnement et d’un suivi systématiques.

L’OFAS a dans le même temps reçu une liste de questions concrètes afin de pouvoir

examiner les effets de la révision de l’AI. À la fin avril 2009, il a convoqué une

première rencontre au cours de laquelle il a signalé les données qui pouvaient être

relevées statistiquement et celles pour lesquelles cet exercice était impossible.

Tout au début de leur rencontre, les représentant-e-s de l’OFAS ont assuré qu’ils

étaient en mesure de répondre à près de 90 % des questions des personnes

handicapées et de leurs organisations. De fait, les connaissances du statisticien en

chef de l’AI, Markus Buri, ont de quoi impressionner. Il connaît précisément les

domaines de prestations de l’AI, leurs particularités et points critiques - et les champs

d’activité des offices cantonaux de l’AI n’ont vraiment plus de secrets pour lui. Il sait

aussi pourquoi il est difficile, voire impossible, de récolter certaines données auprès

des offices AI et quelles données sont susceptibles d’être manipulées

particulièrement aisément. Dans tous les cas, il est incontestable que depuis le

lancement de la 5e révision de l’AI, l’OFAS accumule une grande quantité de

nouvelles données statistiques. Il n’en demeure pas moins qu’il est impossible, sur la

base de ces statistiques, de répondre à la question cruciale de savoir combien de

personnes seront réinsérées durablement grâce à la 5e révision de l’AI. Et d’autres

questions restent ouvertes comme celles de savoir dans combien de cas le

placement conduit à un emploi ou combien une réinsertion coûte effectivement à l’AI.



Projets de recherche nécessaires

Pour cette raison, des projets de recherche qualitatifs sont menés dans quelques

domaines tandis que dans d’autres, il faudra si possible que les offices AI récoltent

un surcroît de données. Car, lors de la campagne de votation de 2007, le Conseil

fédéral, l’OFAS et les offices cantonaux de l’AI ont promis haut et fort aux personnes

handicapées et aux citoyen-ne-s en âge de vote que le gros investissement d’un

demi-milliard de francs aurait des incidences durables sur l’occupation des

personnes restreintes dans leurs capacités. Nous attendons toujours les chiffres de

la réinsertion effective des personnes handicapées. Car la réinsertion et la réduction

du nombre des bénéficiaires de l’AI sont deux choses bien distinctes.

Traduction : J.-F. Zurbriggen





Un lourd paquet venu de Berne



Par Ursula Schaffner, responsable politique sociale d’AGILE



Dans la dernière édition d’« agile – handicap et politique », nous évoquions la

prochaine révision de l’AI, en particulier le contexte politique et économique de cette

révision. Nous avons depuis appris d’autres détails sur ce projet, tant au niveau du

contenu que de la procédure de consultation, qui devrait démarrer début juin.







35

agile – handicap et politique 2/09





Contenu

La 6ème révision de l’AI devrait étendre le principe de « réinsertion avant la rente »

- qui s’applique aux bénéficiaires potentiels - aux personnes recevant déjà une rente.

Ce principe prendra alors le nom de « réinsertion après la rente ». Une mise en

lumière approfondie de leur potentiel d’insertion, un entraînement au travail, un

coaching d’accompagnement, mais aussi une pression accrue sur leurs épaules

devraient permettre aux bénéficiaires d’une rente AI de se réinsérer sur le marché

libre du travail. Le budget ordinaire devrait suffire à financer le personnel

supplémentaire requis par ces tâches, estimé à quarante postes seulement. Même

optimisme quant aux 12’500 personnes qui pourraient être réintégrées sur le marché

libre du travail grâce à ces soi-disant nouveaux instruments. En y regardant de plus

près, on constate que la plupart des instruments proposés sont déjà disponibles

aujourd’hui.

La deuxième partie du projet de révision prévoit une nouvelle règlementation du

mécanisme de financement de l’AI. L’idée est la suivante : chaque franc que l’AI

économise doit lui permettre d’alléger son compte. Aujourd’hui, pour un franc

économisé, l’assurance n’en profite qu’à hauteur de 38 centimes, le reste venant

alimenter la caisse de la Confédération.



Quand la politique s’entête

Le contenu de cette 6ème révision est délicat, notamment du point de vue politique.

En effet, personne ne peut sérieusement s’opposer à la volonté de réinsérer un

maximum de personnes sur le marché du travail. Seul hic : où ces personnes

trouveront-elles un emploi ? Le projet, du moins tel qu’il se présente aujourd’hui, a

comme un goût de déjà vu (cf. la 5ème révision). Et les arguments avancés à l’appui

de ce projet invoquent la mise en œuvre prétendument réussie de la dernière

révision de l’AI, quand bien même aucune donnée objective ne permet de prouver

l’intégration durable des personnes atteintes dans leur santé. En outre, comme la

5ème révision, la 6ème révision de l’AI n’oblige pas les employeurs à s’impliquer.

Ce projet doit être avant tout compris comme un symbole politique : à l’encontre des

pronostics économiques et malgré l’augmentation constante du chômage, le but

affiché, une fois défini, reste invariablement le même. Car en politique, et notamment

en politique sociale, les décisions sont souvent prises au mépris de l’environnement

réel.



Paquet ficelé

Le Conseil fédéral prévoit de mettre en consultation dès juin prochain trois objets en

un seul paquet : la 6ème révision de l’AI, la « participation aux frais d’assistance » et la

refonte de l’ordonnance sur la remise de moyens auxiliaires. Ce dernier objet, que

nous avons régulièrement évoqué, concerne notamment la remise de prothèses

auditives.

Un travail vaste et exigeant nous attend donc pour les vacances d’été : ces trois

objets sont complexes et exigent des connaissances spécifiques. Les participant-e-s

à la consultation vont devoir réaliser un difficile exercice d’équilibre entre ce qui leur

paraît souhaitable et ce qui est politiquement réalisable. On ne saurait cependant



36

agile – handicap et politique 2/09





jouer l’exigence d’assainir l’AI contre celle, fondamentale, de renforcer

l’autodétermination des personnes handicapées.

Traduction : M. Roth-Bernasconi









Un pas de plus sur la voie de l’assistance personnelle



Par Simone Leuenberger, collaboratrice scientifique d’AGILE



Chez nous en Suisse, vivre avec une assistance personnelle ne demeure possible

que pour les 245 personnes qui ont été intégrées dans le projet pilote «budget

d’assistance». Notre objectif est et reste une vie autonome avec une assistance

personnelle pour toutes les personnes handicapées. Mais nous sommes-nous un

tant soit peu rapprochés d’un tel objectif?



Un œil qui rit…

La phase pilote a été soumise à une évaluation scientifique. On sait que l’assistance

personnelle est une bonne chose. Il s’agit désormais de faire passer le projet pilote

dans le droit général. A cette fin, une modification de la loi fédérale sur l’assurance-

invalidité (LAI) s’avère nécessaire. Or un processus législatif débute par une

consultation. A la faveur de cette démarche, toutes les personnes intéressées, les

associations, les cantons et les partis politiques peuvent émettre un avis sur la

proposition du Conseil fédéral.

Au début de l’année, le report de la votation sur le financement additionnel de l’AI a

toutefois menacé de disloquer tout le plan de marche de la politique en matière de

handicap. Les dossiers relatifs à l’assurance invalidité ont été provisoirement

abandonnés sans autre forme de procès. Mais un dégel a eu lieu avec les premiers

rayons printaniers. On s’est remis en marche. Tant et si bien que la consultation sur

la participation aux frais d’assistance débutera probablement en juin. D’ici au mois

d’octobre, nous aurons donc le temps d’analyser en détail la proposition du Conseil

fédéral et de la compléter en signalant nos préoccupations et nos revendications.



… et un oeil qui pleure

Mais la proposition mise en consultation n’apportera pas beaucoup d’éléments

nouveaux. Les fondements sont bien établis depuis l’été 2008 (cf. agile 3/08).

Une participation aux frais d’assistance est prévue pour des bénéficiaires adultes et

autonomes d’une allocation pour impotent-e habitant chez eux et engageant eux-

mêmes leurs assistant-e-s. Une indemnisation des proches n’entre pas en ligne de

compte. Et les personnes bénéficiant du revenu d’une activité lucrative doivent

s’acquitter d’une franchise sur la contribution d'assistance, une nouveauté pour des

prestations de l’AI.







37

agile – handicap et politique 2/09





Toujours est-il que dans des cas exceptionnels, le Conseil fédéral doit pouvoir

permettre à des personnes sous curatelle d’accéder également à l’allocation

d’assistance. Mais nous ne pouvons pas considérer cela comme une victoire

d’étape. La dépendance d’ordonnances que nous ne connaissons de loin pas encore

en détail, et susceptibles d’être modifiées à nouveau en un tournemain sans

processus politique, est trop importante.

Il y a une raison à toutes ces restrictions: l’Office fédéral des assurances sociales

entend toujours mettre en oeuvre la participation aux frais d’assistance sans impact

sur les coûts. Aussi cherche-t-il à économiser à tous les niveaux.

Il est à craindre que l’allocation d’assistance ne se mue en bonzaï, taillé partout où

ça dépasse un peu. Si l’on ne déniche pas la solution «tout en un», en clair une

contribution globale de l’AI couvrant tous les frais d’assistance, les personnes

handicapées tributaires d’une assistance devront continuer à jouer le rôle du Pierre

Noir, trimballées d’une unité d’imputation à une autre. Dans un tel scénario, c’est

avant tout l’administration qui engloutira l’argent. Que reste-t-il de l’objectif de la vie

autonome et de la liberté de choix? Certes pas grand-chose!

Il est singulier qu’un système améliorant sensiblement la qualité de vie de personnes

handicapées devrait ne rien coûter pour l’AI. Avec l’option qu’elle choisit, l’OFAS

tente de faire d’une pierre deux coups: introduire une allocation d’assistance et

parvenir à la neutralité des coûts. On peut se demander si l’OFAS, en agissant de la

sorte, atteindra une quelconque cible. Car une telle contribution ne sera de toute

manière pas servie à la majorité des personnes handicapées.

Traduction : J.-F. Zurbriggen









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agile – handicap et politique 2/09







Travail



Les quotas – une méthode efficace d’intégration professionnelle ?



Par Ursula Schaffner, responsable politique sociale d’AGILE



En 1966, en Italie, les précurseurs en matière de quotas se fondaient, dans leur

engagement, sur l’idée qui prévalait, à l’époque, quant au fonctionnement des

services de l’Etat : 100 pour cent de salaire pour un rendement d’environ vingt pour

cent. Le modèle établi sur cette base devait être appliqué dans divers domaines

dont, notamment pour les personnes handicapées. La réglementation effectivement

entrée en vigueur à partir de 1999, si elle repose sur les quotas, ne correspond

cependant pas tout à fait à l’idée de base, ni au point de vue théorique, ni dans la

pratique, du fait de certaines modifications qui avaient été jugées utiles.

Ce qui suit se rapporte aux observations recueillies sur une bonne dizaine d’années

dans la région la plus peuplée d’Italie, à savoir la Lombardie, et fait référence à un

entretien avec la psychologue italienne Giulia Noris, qui œuvre depuis plus de 25 ans

en faveur de l’intégration des personnes handicapées. A partir du principe des

quotas, elle a, en collaboration avec ses collègues, mis au point un concept

d’intégration appliqué avec succès en Lombardie.



Mode de fonctionnement

Le principe des quotas est simple: toute entreprise, qu’elle soit privée ou publique,

est tenue d’engager une proportion de personnes handicapées correspondant à son

effectif de personnel. Pour permettre le contrôle de ces quotas, les entreprises ont

l’obligation de communiquer chaque année les données nécessaires à l’office

préposé. De nos jours, l’enregistrement de ces données se fait, pour ainsi dire,

automatiquement. Si le pourcentage voulu n’est pas atteint, l’entreprise est passible

d’une amende calculée selon un système différencié (pour le détail, cf.

http://www.provincia.milano.it/lavoro/Disabili/index.html).

C’est à une commission composée de médecins et de juristes qu’il appartient

d’établir, dans chaque cas, s’il y a handicap ou non. La commission définit le degré

de handicap ; notons qu’en Italie, la notion de handicap ne concerne pas uniquement

le degré d’invalidité par rapport à la capacité de travail, mais l’état général, considéré

dans son ensemble, de la personne handicapée. Le constat d’un certain degré

d’invalidité donne à l’intéressé le droit d’être inscrit sur une liste de demandeurs

d’emplois : son droit à l’emploi est ainsi fondé et ne peut en aucun cas être contesté.

Voilà qui est clair. Toutefois, le concept lombard d’intégration présente une

particularité. Comme le précise Giulia Noris, il ne s’agit pas de placer les personnes

handicapées n’importe comment. Une équipe interdisciplinaire est chargée

d’analyser la situation générale et d’élaborer un plan d’ensemble d’intégration. La

personne handicapée y figure avec toutes les donnés concernant son origine, sa

formation professionnelle, son milieu de vie, c’est-à-dire ses parents ou autres

personnes proches, de même que l’entreprise en cause, sa direction, son plan de



39

agile – handicap et politique 2/09





production, son personnel, son lieu d’implantation. Elle fait l’objet d’une analyse aussi

bien au plan social que psychologique, économique et financier, sans oublier le

facteur chronologique. Enfin, un plan d’intégration est mis en application, un

programme d’accompagnement externe étant garanti pour un an au minimum. Aussi

bien la personne handicapée que l’entreprise qui l’emploie, et qui est représentée par

le supérieur hiérarchique direct de l’intéressé, le chef du personnel ou le directeur,

doivent connaître la personne servant d’intermédiaire.



Le principe des quotas représente-t-il un succès ?

Giulia Noris répond clairement et sans hésiter: considéré au point de vue

économique, on est contraint de dire non. En tant que modèle devant servir de base

à un processus d’intégration, il implique des dépenses en personnel élevées. En

revanche, certains objectifs ne peuvent être atteints autrement, aussi astreignant que

puisse être le système des quotas. On dispose aujourd’hui de chiffres, concernant

certaines entreprises, par exemple, que l’on n’aurait pas pu connaître naguère. Ce

qui a permis d’accroître nos connaissances quant aux possibilités d’intégration

professionnelle des personnes handicapées.

Le quota permet aux équipes d’intégration de prendre contact d’office avec les

entreprises et de les informer des possibilités professionnelles de personnes

handicapées. Il évite que l’on ait à se présenter sous les traits de quelqu’un qui

implore une faveur. Au contraire, ce sont les entreprises qui doivent s’expliquer et

donner les raisons pour lesquelles elles ne veulent ou ne peuvent engager aucun

collaborateur handicapé. Ce qui pourrait permettre d’inverser la manière de penser

quant à l’éthique de l’entreprise et à la responsabilité des employeurs qui, sans le

principe des quotas, ne songeraient guère à agir dans ce sens. Giulia Noris a par

ailleurs constaté qu’en Italie, les préjugés concernant la capacité de rendement d’une

main-d’œuvre comprenant des personnes handicapées étaient encore nombreux.

L’objection selon laquelle seules quelques rares entreprises respectent le système

des quotas ne se justifie pas. En 2006, on en a dénombré environ 30 pour cent.

Considéré sans son contexte, ce chiffre apparaît évidemment trop faible. Mais la

réglementation imposant certains quotas a donné, en Italie, une dimension nouvelle

au débat sur la participation des personnes handicapées à la vie de la société. En

outre, l’Etat, grâce aux amendes qu’il perçoit, dispose de suffisamment de fonds pour

mettre en œuvre des projets d’intégration, par ailleurs financés directement par les

employeurs. Cet argent ne pourrait guère être recueilli d’une autre manière et surtout

pas dans le camp de employeurs.

Traduction : C. Jubert









40

agile – handicap et politique 2/09





Voyages et transports



Nouvelles du Bureau «Personnes handicapées et transports

publics»



Le Bureau «Personnes handicapées et transports publics» fait paraître son bulletin

quatre fois par an. Il y rapporte les derniers développements en matière de

transports publics adaptés aux personnes handicapées.

Bulletin HTP







Formation



Catherine Corbaz : « Nous investissons dans la défense d’intérêts

des personnes avec handicap »



Propos recueillis par Eva Aeschimann, responsable des relations publiques d’AGILE



Catherine Corbaz, formatrice d’adultes, 44 ans, est responsable du projet de

formation continue, donnée en allemand, «Politische Selbstvertretung von Menschen

mit Behinderung» (autoreprésentation politique des personnes avec handicap). Elle a

adapté et mis en place ce projet innovateur et unique en son genre pour AGILE

Entraide Suisse Handicap. Cette formation, réalisée en collaboration avec la Haute

Ecole du Nord-ouest de la Suisse (FHNW, Institut Intégration et participation) repose

entre autres sur une plate-forme d’apprentissage sur Internet.



« agile »: Catherine Corbaz, vous êtes responsable de ce projet pilote e-

learning d’AGILE Entraide Suisse Handicap, êtes vous une fanatique de

l’informatique?

Catherine Corbaz : Bonne question ! Disons que mon goût pour la logique et les

mathématiques trouve un espace de jeu dans l’informatique et dans ce projet. Au

cours des dernières années, le développement d’Internet et du web.02 (blogs,

Wikipedia, etc.) a ouvert des perspectives formidables pour la démocratisation des

savoirs. Alors je ne suis pas une computer–freak, mais je ne peux me passer

d’Internet.

Et votre formation continue « Autoreprésentation politique des personnes avec

handicap », s’adresse-t-elle uniquement aux fanas d’informatique parmi les

personnes handicapées ?

Non, absolument pas. Beaucoup de personnes avec handicap utilisent l’ordinateur

comme moyen auxiliaire. Depuis longtemps les jeunes (et moins jeunes) emploient

l’ordinateur et Internet comme plate-forme de communication et pour les jeux. Si

vous avez un ordinateur avec un accès à Internet, vous répondez aux pré-requis





41

agile – handicap et politique 2/09





techniques. La plate-forme E-learning « moodle », avec laquelle nous travaillons, est

d’utilisation facile. Un formateur et une formatrice, eux-mêmes handicapés,

accompagneront les étudiants tout au long de la formation. Les modules apparaîtront

progressivement sur le site, garantissant un développement chronologique, comme

dans n’importe quelle autre formation. Seule une partie du module consacré aux

techniques de communication et aux relations avec la presse sera résidentiel.

Quel est le but d’AGILE en lançant cette formation ?

L’offre de formation d’AGILE s’adresse à un public intéressé à la politique sociale. Au

cours de ces dernières années, nous avons observé une diminution de la

participation. De moins en moins de jeunes handicapés participent à nos cours. Nous

avons analysé la situation et sommes arrivés à la conclusion qu’une offre de

formation à distance pourrait être plus attractive. A la même époque Ottmar Miles,

responsable du Bildungs- und Forschungsinstituts zum selbstbestimmten Leben

Behinderter (institut de formation et de recherche pour une vie autonome)

(www.bifos.de) en Allemagne, a développé une offre de e-learning, qui correspondait

à nos idées. Le contact avec Ottmar Miles s’est avéré fructueux, comme notre projet

le prouve.

Nous observons aussi parmi les organisations d’entraide membres d’AGILE que la

relève est difficile à trouver. Avec cette formation nous souhaitons aussi former des

jeunes et leur donner envie de s’engager, pour assurer la défense d’intérêts et les

droits égaux des personnes handicapées pour les années à venir.

A qui s’adresse cette formation ?

A des personnes motivées, intéressées à s’engager dans la défense d’intérêts ou

déjà actives dans ce domaine. A des personnes qui poursuivront leur engagement

après la formation et qui utiliseront leurs nouvelles compétences pour améliorer

l’intégration des personnes avec handicap et leur visibilité.

En quoi exactement cette formation est-elle innovatrice ?

Les offres de formation à distance existent depuis longtemps. Je pense par exemple

aux cours de langue . Dans ce projet, les innovations se trouvent dans la

combinaison du thème, « autoreprésentation politique », du public cible que sont les

personnes handicapées, et du moyen, un apprentissage via Internet ! Si nous

réussissons à motiver de nouveaux engagements parmi les personnes handicapées

et à favoriser leur empowerment, alors nous aurons atteint notre but. En plus nous

aurons prouvé que via Internet, non seulement des savoir-faire, mais aussi des

savoir-être peuvent être acquis.

Quels sont les avantages du E-Learning?

L’e-learning permet de gérer son temps de travail et de formation en fonction de ses

possibilités et de ses besoins. Si elle a des problèmes de mobilité ou qu’elle travaille,

elle peut accéder au site d’apprentissage depuis la maison, au moment et au rythme

qui lui conviennent. De plus moodle et le concept pédagogique développé

maximisent les possibilités d’interaction entre les participants. Des discussions sur le

« chat » auront lieu régulièrement. Les étudiant-e-s peuvent initier des discussions

via le forum et les enseignants encourageront les contacts entre les participants.



42

agile – handicap et politique 2/09





Vous avez signé un contrat de partenariat avec la FHNW. Dans quelle mesure

est-ce la partenaire idéale ?

Pour AGILE un tel partenariat est une première. Dès le début du projet nous voulions

que cette formation soit reconnue par une instance officielle. Cela est très important,

car nombreuses sont les personnes handicapées qui n’ont pas accès à des

formations reconnues. Dans notre recherche de partenaire, la FHNW est rapidement

apparue comme idéale. Nous bénéficions de sa renommée, de son infrastructure et

de sa plate-forme « mooddle ». Ce partenariat est aussi intéressant pour les

participant-e-s : ainsi celles et ceux qui auront participé à toute la formation,

recevront une attestation de la Haute Ecole.

A quand une offre similaire en Suisse romande ?

J’espère, si le projet est évalué positivement et fait ses preuves en Suisse

allemande, pouvoir développer un projet similaire en français. Cela dépendra de

nombreux critères, notamment de l’intérêt des personnes handicapées en Suisse

romande et de la recherche de fonds. Le premier pas serait une analyse des

besoins, puis la recherche de fonds.

Catherine Corbaz, merci beaucoup pour cet entretien et bonne chance.









43

agile – handicap et politique 2/09







Les coulisses du handicap



Assistance personnelle : désirs et réalité –

sur la voie d’une stratégie commune



Par Eva Aeschimann, responsable des relations publiques d’AGILE



La partie de politique sociale, traitant de la participation aux frais d’assistance, a

suscité un grand intérêt lors de l’Assemblée des délégué-e-s d’AGILE de cette

année. Les délégué-e-s des organisations membres et de nombreux invités

s’intéressant aux questions de politique sociale se sont pressés au portillon.



Nécessité d’une autodétermination

L’assistance personnelle, en tant que condition nécessaire à l’autodétermination, est

depuis des années une revendication centrale des personnes handicapées. Et donc

aussi d’AGILE. Le projet pilote « Budget d’assistance », lancé en 2006 sous l’égide

de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), a montré entre-temps que

l’assistance personnelle contribue effectivement à une plus grande indépendance et

une plus grande autonomie des personnes avec un handicap. L’OFAS a

provisoirement prolongé ce projet pilote. C’est maintenant au Conseil fédéral de

proposer au Parlement un projet de modification de la Loi sur l’assurance invalidité

(LAI) pour pérenniser le sujet. La modification de la loi doit fixer les principes et les

conditions cadres du financement de l’assistance personnelle. La procédure de

consultation débutera en principe cet été.

Le Conseil fédéral a déjà chargé l’OFAS, en septembre 2008, d’élaborer un projet de

budget d’assistance nettement redimensionné. Les restrictions prévues à ce jour

concernent aussi bien le groupe cible que les prestations pouvant être payées par la

future « participation aux frais d’assistance ». Pour l’AI, cette participation doit être

neutre sur le plan financier, ce qui suppose des économies dans d’autres secteurs.



10 points clé pour l’assistance personnelle

A l’Assemblée des délégué-e-s, Simone Leuenberger, collaboratrice d’AGILE et elle-

même participante au projet pilote « Budget d’assistance », a introduit le sujet au

moyen d’extraits de films commentés. Elle a ensuite présenté les dix requêtes les

plus importantes pour l’assistance personnelle, sous forme de 10 points clés, de

concert avec Barbara Marti, secrétaire générale, et Cyril Mizrahi, secrétaire romand

et responsable du dossier de l’assistance à AGILE.



Une stratégie commune

Le climat économique et politique dans lequel baigne l’assurance invalidité s’est

encore dégradé depuis l’automne 2008. Comme organe faîtier des organisations

d’entraide, AGILE a, dans ce contexte, une tâche ardue. Elle doit renforcer la

signification de l’assistance personnelle et développer les exigences communes.

Dans ce contexte, quelle priorité accorder au principe de solidarité entre les





44

agile – handicap et politique 2/09





différents groupes de personnes handicapées ? Cette question a été débattue entre

des représentant-e-s de ces groupes, dans une table ronde conduite par Ursula

Schaffner, responsable à AGILE de la représentation d’intérêts et de la politique

sociale. Les chances et les dangers de la proposition probable du Conseil fédéral de

participation aux frais d’assistance ont été discutés.



Points forts et points faibles

Joël Favre, responsable de la représentation d’intérêts de la Fédération suisse des

aveugles et malvoyants (FSA), regrette que le projet du Conseil fédéral exclue

d’entrée différents groupes de personnes handicapées. Il déconseille toutefois de

maintenir les exigences maximales, si cela doit mettre en péril le principe même de

la participation aux frais d’assistance, même si celle-ci n’est au début accessible qu’à

un petit groupe de personnes handicapées.

Stéphane Faustinelli, directeur de la Fédération suisse des sourds (FSS), soutient la

position de Joël Favre. Il mentionne cependant que la participation aux frais

d’assistance ne joue pas un grand rôle pour les sourds, car seuls très peu d’entre

eux bénéficiaient de l’allocation pour impotent, ce qui est une condition pour

bénéficier de la participation aux frais d’assistance. Il s’inquiète aussi de savoir au

détriment de quelles prestations se ferait le financement « neutre » de la participation

aux frais d’assistance. Fondamentalement, pourtant, la FSS soutient l’introduction de

cette participation.

Beat Hürlimann, membre du comité de Vereinigung Cerebral Zürich, s’exprime en

tant que père d’un fils majeur polyhandicapé. Il rappelle qu’il représente les groupes

qui auraient droit à la participation aux frais d’assistance, à savoir les handicapé-e-s

physiques. Son fils vit à la maison, il est indépendant et n’est pas sous tutelle ; il

remplit donc les conditions nécessaires. Il se dit malgré tout prêt, au nom de la

solidarité envers d’autres groupes de personnes handicapées, à s’engager pour les

exigences des autres groupes.

Helmut Schlatter, membre du comité de Angst- und Panikhilfe Schweiz, précise que

les personnes avec un handicap psychique n’ont pratiquement aucune chance de

recevoir une participation aux frais d’assistance. Ils seraient exclus une fois de plus,

bien que la pratique montre que des séjours en clinique pourraient être évités par

une assistance aux malades psychiques. Dans ce sens, la proposition de l’OFAS est

insuffisante. Par exemple, les personnes souffrant d’angoisses n’auraient pas accès

à la participation aux frais d’assistance, car en règle générale elles ne reçoivent pas

d’allocation pour impotent. La recevraient-elles qu’elles devraient encore faire valoir

une rente d’invalide, ce qui n’est pas le cas pour d’autres groupes de handicapé-e-s.

En conclusion, le projet est discriminatoire.

Stéphanie Fidanza, membre du comité de l’Association de la Suisse Romande et

Italienne contre les Myopathies (ASRIM) et membre du comité d’AGILE, rappelle

qu’un avantage majeur de la participation aux frais d’assistance est de permettre de

décider soi-même par qui, quand et comment l’assistance doit être dispensée. Cela

est très important pour accroître l’autonomie et l’indépendance. Par contre, le fait que

les mineurs n’y ont pas droit est un point faible. Les enfants atteints d’une maladie

musculaire seraient exclus d’entrée de la participation aux frais d’assistance. En



45

agile – handicap et politique 2/09





outre, Stéphanie Fidanza critique le fait que cette participation ne s’applique pas aux

prestations de proches, qui se sont dévoués durant des décennies pour leurs

enfants. Les mères, en particulier, ont ainsi souvent renoncé à une activité

professionnelle.



Exigences maximales et solidarité

Au nom de la solidarité entre les différents groupes de personnes handicapées,

toutes les personnes participant à la table ronde se sont dites prêtes à prendre

position pour l’introduction de la participation aux frais d’assistance, même si seule

une petite partie des personnes handicapées en profite. Ceci avec l’espoir que ce

geste de solidarité sera rendu sur d’autres thèmes et pour de nouvelles défenses

d’intérêt. Dans la procédure de consultation, il faudrait toutefois montrer clairement

qui ne retire rien, aussi bien pour la participation aux frais d’assistance que pour

d’autres sujets.

Différentes opinions ont été émises sur la démarche politico-stratégique. Que risque-

t-on et que gagne-t-on avec des exigences maximales ? Que concède-t-on ou

qu’obtient-on avec des exigences minimales ? Comment justifier l’espoir que la

participation aux frais d’assistance soit étendue dans quelques années à d’autres

groupes ? Est-il raisonable de se déclarer d’entrée prêt au compromis ?

Au cours de la discussion avec le public, Roger Cosandey, co-président d’AGILE,

déconseille, au stade actuel, de se monter trop défensif et d’apparaître trop

facilement prêt aux compromis. Il faudrait maintenir fermement les exigences

maximales. Ce point de vue a été soutenu par son collègue de comité Joe E.

Manser, qui pense qu’AGILE et la DOK ne doivent pas se limiter dès le début. La

recherche de compromis viendra bien assez tôt, au cours de la procédure

parlementaire. On s’est aussi demandé si la solidarité doit aller jusqu’au point où des

personnes se voyant clairement exclues de la participation aux frais d’assistance

doivent militer en sa faveur, et avaler cette couleuvre.



Position commune d’AGILE et de la DOK

Georges Pestalozzi, d’Intégration Handicap et représentant du bureau de la DOK,

constate que les exigences de la DOK et d’AGILE vont dans le même sens, et que

leur devise est commune : « Une participation aux frais d’assistance, oui, mais pas

comme ça ! ». En conséquence, AGILE et la DOK se sont positionnées en faveur

d’un élargissement de la proposition. Elles sont prêtes à défendre cette position dans

le cadre de motions politiques, par exemple dans la sous-commission AI.

En conclusion, l’animatrice de la discussion Ursula Schaffner suggère de considérer

que la participation aux frais d’assistance, en tant que modèle, ne peut déployer tout

son effet dès son introduction. La DOK et AGILE sont parties de l’idée que c’est

seulement petit à petit que les gens sortiront des institutions ou renonceront à y

entrer. En résumé, elle déclare qu’AGILE, selon les votes de ses délégué-e-s, devra

s’engager clairement et fermement pour une participation aux frais d’assistance

aussi large que possible. En outre, toute position en faveur de cette participation

devra clairement faire apparaître que le principe sous-jacent est l’autodétermination,

ce qui est le souhait de toutes et tous.





46

agile – handicap et politique 2/09





Départ et nouvelle nomination

Durant la partie administrative de l’Assemblée des délégué-e-s, Andreas Steiner a

pris congé d’AGILE après huit années de travail au sein du comité (voir l’hommage

de Barbara Marti, secrétaire générale d’AGILE, ci-dessous). Comme nouveaux

membres du comité, les délégué-e-s ont nommé d’une part le Genevois Joël Favre,

handicapé de la vue représentant la FSA (interview ci-dessous), et d’autre part le

Lausannois Robert Joosten, qui représente les personnes avec un handicap

psychique.

Traduction : F. Pasquier







Andreas Steiner : 8 ans d’engagement au sein du Comité d’AGILE



Lettre ouverte de Barbara Marti, secrétaire générale d’AGILE



Cher Andi,

Je ne sais plus au juste où et quand je t’ai rencontré pour la première fois. Peut-être

était-ce lors d’une manifestation en faveur de l’autodétermination, dans le cadre

d’une autre rencontre ou bien encore dans la rue. Mais je sais avec certitude que tu

as été, au printemps 2001, élu au Comité d’AGILE comme représentant des

myopathes. Je me souviens aussi que, très rapidement, tu n’es pas passé inaperçu.

Non parce que tu étais relativement jeune; pas non plus en raison du fauteuil roulant

électrique volumineux avec lequel tu te déplaces, mais à cause des chapeaux

originaux dont tu étais coiffé. Je ne t’ai jamais vu sans un très beau chapeau ou au

moins un bandeau bariolé sur la tête.

Mais tu avais et as toujours d’autres «traits caractéristiques» que tu as apportés au

Comité. Ton sourire et ton rire chaleureux, par exemple, lorsque quelque chose

t’apparaissait amusant ou étrange. Ta capacité de développer des visions et de les

enrichir avec des expériences tout à fait concrètes de ton quotidien. Tes prises de

position différenciées et bien formulées, écrites sur des thèmes politiques,

essentiellement concernant l’autodétermination et les transports publics,

constituaient aussi l’un de tes traits caractéristiques. Et, bien évidemment, des

histoires rapportées de tes voyages aventureux.

Avec ton désir de voyager et ton plaisir de vivre, tu as roulé ta bosse un peu partout.

Je connais de nombreuses personnes atteintes de formes les plus diverses de

handicap ou de maladie. Beaucoup d’entre elles se laissent parfois démotiver,

lorsqu’elles constatent qu’elles se sont à nouveau affaiblies. C’est d’ailleurs pareil

pour moi-même. Lorsque j’ai fait ta connaissance, tu étais au beau milieu de tes

études de travail social à l’université. Tu pouvais écrire et couper des aliments toi-

même. Cependant, tes forces ont diminué progressivement au cours des dernières

années. Tu as dû interrompre tes études et tu es devenu toujours plus dépendant

d’une assistance. Malgré ces difficultés croissantes, tu n’as jamais abandonné ta

passion du voyage. Ça me paraissait inimaginable que tu puisses voyager seul en

Amérique du Sud, et ce, durant plusieurs mois; dans une région dont les routes sont





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agile – handicap et politique 2/09





rarement goudronnées et où il n’y a aucune pièce de rechange pour ton fauteuil

roulant! Mais tu as réalisé ton rêve, tu es revenu plein d’entrain et enchanté pour

nous raconter tes voyages.

Plus tard, tu m’as aussi signalé que tu te rendais régulièrement en Albanie en train –

comment cela pourrait-il en être autrement? Mais pourquoi l’Albanie? Parce que les

gens là-bas te plaisent et que l’air y est chaud et sec. Je ne connais aucune autre

personne allant ainsi jusqu’en Albanie comme toi, et encore moins avec un handicap

corporel aussi lourd.

Cher Andi, Tu as été et tu reste un exemple pour moi. Je voudrais bien pouvoir

affronter les difficultés avec autant de sang-froid, d’endurance et de courage que toi.

Au nom d’AGILE, je te remercie très chaleureusement de t’être engagé dans le cadre

du Comité ainsi que du Forum alémanique de politique sociale et je te souhaite de

vivre encore beaucoup de magnifiques et passionnants événements culturels dans

de lointaines contrées; et surtout plein de soleil et de chaleur.

Bien cordialement!

Barbara

Traduction : O. Maridor







Joël Favre : « Ça suffit, maintenant, de jouer aux gentils

handicapés. Il faut montrer les dents ! »



Portrait et interview par Cyril Mizrahi, secrétaire romand et porte-parole d’AGILE



Joël Favre, malvoyant et membre de la Fédération suisse des aveugles et

malvoyant-e-s (FSA), est l’un des deux nouveaux membres du comité d’AGILE élu

lors de la dernière Assemblée des délégué-e-s qui s’est tenue à Berne le 25 avril

dernier.

Marié et père de deux filles de 4 et 1 ans, Joël Favre, à 45 ans, peut se targuer d’un

parcours peu banal. Il effectue d’abord un apprentissage de cuisinier, puis part

exercer ce métier en Amérique où il apprend la langue de Shakespeare. De retour en

Suisse, il passe son bac puis entreprend des études de théologie en tant que

Jésuite. Il décide plus tard de renoncer à la prêtrise et dirige dans la région de Zurich

une maison d’accueil de jour pour jeunes en difficulté, soutenue notamment par les

Eglises.

Devenu malvoyant en 1998, il obtient de l’AI, comme mesure de réadaptation, de

pouvoir entamer des études de juriste à l’Université de Lausanne. Mais même avec

une licence de droit en poche, un malvoyant ne trouve pas facilement du travail. Joël

Favre en fait l’expérience en passant par la case chômage.

Après plusieurs stages, il est engagé à 80% pour le poste nouvellement créé de

responsable du département de la défense des intérêts de la FSA. Cadre nomade, il

partage son temps entre Lausanne et Berne, où se trouvent les bureaux de la FSA,





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agile – handicap et politique 2/09





et Genève, où il habite avec sa famille et s’engage depuis plusieurs années au sein

de la section régionale de la fédération des handicapé-e-s de la vue.



L’entraide pour moi, c’est…

« Etymologiquement, l’entraide veut dire que les personnes handicapées s’aident

mutuellement pour réaliser ensemble et de manière autonome leurs objectifs

communs, au premier rang desquels figure l’égalité. L’intégration n’est pas forcément

un but en soi, mais plutôt un moyen. Le but ultime, c’est l’épanouissement et le

bonheur des personnes handicapées. »



AGILE, pour moi, c’est…

« La raison d’être d’AGILE est de fédérer les associations d’entraide, celles qui

visent ensemble l’autodétermination des personnes concernées ».



Ma motivation

« M’engager tout handicap confondu et de manière solidaire pour créer les

conditions d’une vie digne et heureuse pour les personnes handicapées. Mettre en

avant ce qui nous unit. »



Ma contribution

« Je veux essayer de conjuguer une position parfois radicale au départ avec une

volonté de négociation, la recherche du consensus. Au sein d’AGILE, pour parler

d’une seule voix, puis vis-à-vis de nos interlocuteurs. »



Objectifs prioritaires

« A court terme, je pense d’abord à la mobilisation pour le financement additionnel

de l’AI, pour lequel je m’engage au sein de l’association « Pro AI » et de son bureau

romand (voir l’article de Florence Nater à ce sujet dans le dossier de ce numéro

consacré à la campagne pour le financement, ndlr).

Mais je pense également à l’intégration professionnelle. Je comprends les réticences

par rapport aux quotas dans nos milieux, mais je pense que ça suffit maintenant de

jouer aux gentils handicapés, il faut montrer les dents. Pourquoi ne pas lancer une

initiative sur un système de bonus-malus, afin de vraiment encourager les patrons à

jouer le jeu ? Cela permettrait au moins de faire avancer le débat et de pousser

l’économie à faire plus d’efforts ! »





Dans le prochain numéro de notre revue, ce sera au tour de Robert Joosten, le

second membre élu au comité d’AGILE le 25 avril dernier, d’être sur le grill.









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agile – handicap et politique 2/09







Médias et publications



Génétiquement incorrect



Par Claude Bauer, ex-secrétaire romande d’AGILE



Le livre de Nicolas Journet peut se diviser en deux parties. J’intitulerais la première

« La vie d’un garçon pas comme les autres ». L’auteur commence par nous dire « Je

suis un mutant ». Et de nous conter que « …la plupart des mutants mènent une

double vie… Ils sont un peu paranos, un peu mythos et surtout complètement

schyzos. Charles Kent est un journaliste timide à lunettes, mais Superman est un

leader charismatique. Peter Parker est un photographe insipide planqué derrière sa

mèche, mais Spiderman est un chevalier des temps moderne. » Et d’ajouter : « Je

suis un mutant. » Mais « Si j’ai un super pouvoir, il est super bien caché. Pour

l’instant, autant être franc, je ne l’ai pas trouvé. »



Pas si drôle que ça

Le ton reste souvent celui d’un pitre même par la suite, mais l’histoire n’est pas

vraiment drôle : vers ses treize ans, suite à un petit pépin de santé - tout d’un coup,

une de ses jambes ne le porte plus – il fait connaissance du corps médical, auquel il

doit faire face, de ses spécialistes, de ses salles d’attentes ennuyeuses. Un monde

qui, à quelques exceptions près, a plus l’habitude de se confronter à la maladie elle-

même qu’à l’aspect humain de ses patient-e-s ; un monde où il faudrait que « de

chaque côté du bistouri [ou de tout autre instrument] on se rappelle qu’on est dans

un rapport d’humain à humain » ; un monde auquel l’eugénisme n’est pas

nécessairement étranger. Et le diagnostic tombe : « marfanoïde ».

Il y a ceux qui sont vaguement tentés par l’eugénisme (soigner ou éradiquer pour ne

plus se retrouver en face du même problème), et les adeptes affirmés de cette belle

théorie ; en particulier un certain Alexis Carrel, chirurgien et biologiste français

(1873-1944) dont Journet cite souvent les « œuvres » : « Il faut […] se demander si

la grande diminution de la mortalité pendant l’enfance et la jeunesse ne présente pas

quelques inconvénients. En effet, les faibles sont conservés comme les forts. La

sélection naturelle ne joue plus. » Un « marfanoïde » ne peut ressentir de telles

opinions que comme des condamnations personnelles.

Dans la vie quotidienne, il y a les moqueries, voire les attaques parfois vraiment

méchantes contre ce gars qui est plus fin que les autres, qui n’est pas sportif, bref,

qui est différent. Et les années passent. L’auteur change d’école, passe par des

moments semble-t-il plutôt dépressifs. Il désire en savoir plus sur sa maladie, à un

moment où les médecins l’ont (enfin ?) lâché dans la nature et alors que, il

l’apprendra par la suite, la maladie de Marfan est évolutive et que celles et ceux qui

en sont affectés devraient constamment être suivis médicalement. C’est aussi,

heureusement, l’époque de développement d’Internet. Au fur et à mesure que les

chercheurs-euses cernent plus précisément la maladie de Marfan, Nicolas Journet

suit leurs découvertes. Après le lycée, où la génétique est un chapitre important des



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cours de biologie et où il apprend, sans aucun plaisir évidemment, les dangers de

mort qui le guettent au coin de la rue, et qui sont caractéristiques de sa maladie, il

suit une formation de journaliste. L’auteur se demande « A quoi bon mettre cette

majuscule au mot Homme, si c’est pour finir, au terme de siècles de progrès

scientifique, par le sélectionner comme un animal ? » Le documentaliste cède parfois

la place à l’homme indigné.



Virage important

L’homme a trouvé assez d’intérêts dans la vie pour la vivre, pour ainsi dire,

« égoïstement dans son coin ». En 2006, des évènements que l’on pourrait presque

qualifier de fortuits vont pourtant le transformer en un militant convaincu. En France,

une forte polémique met aux prises l’Eglise catholique et le Téléthon, la première

accusant l’autre d’eugéniste. Cette prise de position formera la base de la seconde

partie de l’ouvrage. Nicolas Journet trouve l’Eglise bien hypocrite ; n’a-t-elle pas ses

« autres », qu’ils soient Indien-ne-s lors de la découverte des Amériques ou

homosexuel-le-s aujourd’hui ? Quant au Téléthon, l’auteur remarque que l’institution

désire éliminer non seulement la maladie, mais aussi, avec elle, celles et ceux qui en

sont porteurs. S’il ne s’agit pas d’eugénisme… Le fait que l’Association française du

syndrome de Marfan soutienne le Téléthon n’a aucune influence sur Journet : d’une

part il n’a pas la fibre militante, et d’autre part il n’éprouve pas le besoin de

s’épancher sur le sein de camarades d’infortune.

Le changement commence innocemment par un article lu dans « Le Monde », qui

incite Journet à rédiger lui-même un article qu’il intitule « Le droit de vivre, même

avec le syndrome de Marfan ». C’est l’embryon de « Génétiquement correct », dont

la seconde partie est un plaidoyer contre le diagnostic prénatal (DPN) et contre le

diagnostic préimplantatoire (DPI) ; c’est aussi une dénonciation précise et motivée de

l’eugénisme. On peut donc recommander cet ouvrage à celles et à ceux qui se

demandent parfois si un DPI ne peut pas être justifié.









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Impressum





agile – handicap et politique

(annexe régulière : Bulletin HTP, sous forme électronique)







Edition :

AGILE Entraide Suisse Handicap

Effingerstrasse 55

3008 Berne

Tél. 031 390 39 39, fax 031 390 39 35

Courriel : info@agile.ch







Rédaction :

Cyril Mizrahi, rédacteur responsable pour l'édition en français

Eva Aeschimann, rédactrice responsable pour l'édition en allemand

Bettina Gruber Haberditz

Simone Leuenberger

Ursula Schaffner







Relecture :

Claude Bauer, Salima Moyard (édition en français)

Bettina Gruber Haberditz (édition en allemand)







En plus du journal agile en français, il existe également une édition en allemand.

Leurs contenus sont partiellement identiques; les articles traduits sont indiqués

comme tels.





La rediffusion de nos textes (avec indication de la source) n'est pas seulement

permise, mais vivement souhaitée !





Des suggestions, questions ou remarques? Adressez-vous à info@agile.ch









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