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									 Investissements français en
Turquie : retour d’expérience
     Livre Blanc




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                                         Préface




C’est un grand plaisir pour moi de préfacer cette excellente initiative
que constitue ce premier Livre Blanc, intitulé « Investissements
français en Turquie : retour d’expérience ». Tout le mérite en revient
à la section des Conseillers du Commerce Extérieur de la France en
Turquie et tout particulièrement à son Président de 2008 à novembre
2009. Gérard Lanfrey a en effet, eu la bonne idée de réaliser, avec le
concours de la Chambre Française de Commerce en Turquie, de la
Mission Ubifrance à Istanbul et du Service Economique Régional de
l’Ambassade de France en Turquie, cette étude qui constitue une documentation unique sur
la manière dont les entreprises françaises conduisent leurs investissements en Turquie.

Si nos relations économiques avec la Turquie reposent sur des bases solides et diverses, ce
livre Blanc vise à pallier une certaine méconnaissance des entreprises françaises quant à
l’accès au marché turc.

Ce document se démarque des guides juridiques ou fiscaux. Le parti retenu a en effet été
celui de relater des expériences, les succès mais aussi les difficultés rencontrées par nos
entreprises. Les témoignages recueillis auprès de 43 entreprises donnent une opinion
générale globalement positive sur l’opportunité d’investir en Turquie.

Au-delà des chiffres, ce document nous éclaire sur l’histoire de l’investissement français en
Turquie et permet, dans le même temps, de découvrir au hasard des expériences des uns et
des autres ce qu’est la Turquie d’aujourd’hui, à savoir une économie dynamique, la 17 e
économie mondiale, membre du G20 et dont l’ambition est de devenir en 2050 l’une des 10
premières économies mondiales. Un pays où les élites sont parfaitement formées et qui est
également un formidable pont entre l’Europe et le Moyen-Orient avec, dans ce pays
stratégique, Istanbul qui est devenue aujourd’hui une grande métropole d’envergure
mondiale.

Investir en Turquie, ce n’est pas seulement conquérir un marché intérieur de 72 millions
d’habitants, bénéficier d’un coût de la main d’œuvre ou d’un savoir-faire attractifs, c’est
aussi trouver une excellente base pour lancer des investissements au Moyen Orient, en Asie
centrale ou en Afrique.

La présence de nos sociétés en Turquie a été multipliée par vingt au cours des vingt
dernières années. Désormais au second rang des investisseurs étrangers, avec près de 300
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entreprises implantées employant plus de 70 000 salariés, notre pays mobilise dans ce
domaine des capitaux d’un montant très significatif. Les témoignages rapportés dans le Livre
Blanc montrent qu’une marge de progression importante existe encore. Malgré la récession
qui a frappé la Turquie durant l’année 2009, un nombre croissant de nos entreprises
envisagent une progression rapide de leurs chiffres d’affaires dans les années à venir.

Les témoignages recueillis montrent également que travailler en Turquie n’est pas toujours
aisé. Les difficultés sont nombreuses, qu’il s’agisse des pesanteurs administratives,
d’obstacles non tarifaires ou de la protection de la propriété intellectuelle.

Le message principal de ce Livre Blanc est que les difficultés normales d’accès au marché
turc n’empêchent pas, bien au contraire, nos entreprises de réussir et d’envisager l’avenir
avec sérénité. Elles ont toutes pris conscience que se priver d’aller en Turquie signifierait
renoncer à des opportunités majeures et négliger le carrefour stratégique que constitue ce
grand pays ami. Oui, ce Livre Blanc est bien une invitation à poursuivre notre offensive
économique pacifique dans ce grand partenaire de la France dont le rapprochement avec
l’Union européenne permet aussi de multiplier les opportunités de travail en commun.




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Introduction
La Turquie est devenue depuis plusieurs années une destination attractive pour les
investisseurs. Un contexte politique stabilisé, ainsi que des résultats économiques
impressionnants obtenus grâce à la mise en œuvre de politiques de gestion rigoureuse, ont
en effet permis d’améliorer de façon significative l’afflux des IDE en Turquie. Depuis 2005,
les flux d’IDE dirigés vers le site turc ont connu une accentuation notable, qui a culminé en
valeur absolue à 22 Mds USD en 2007 et est demeurée à un bon niveau en 2008, à 18,2 Mds
USD.

Des IDE d’origine française qui fournissent un socle d’implantation solide

L'essor des investissements français en Turquie date de la seconde moitié des années 80. La
présence française est ainsi plus récente que celle de certains concurrents européens
(Allemagne, Italie, notamment), mais elle a connu des avancées importantes au cours des
quinze dernières années. Le nombre d’implantations est ainsi passé de 15 en 1985 à un
chiffre voisin de 300 aujourd’hui, concentrant plus de 70.000 emplois. Les investissements
français en Turquie sont répartis pour 63 % dans les services (dont 27 % consacrés à des
activités d’import et d’export) et pour 37 % dans l’industrie. Les principaux secteurs
concernés sont l’automobile (y compris les équipementiers), le BTP (matériaux de
construction, pour l’essentiel), les services financiers (banque, assurance), le textile, le
matériel électrique, les TIC, et les services de transport et de logistique.

Selon les statistiques françaises, les opérateurs nationaux ont investi 657 MEUR sur le
territoire turc en 2008, soit 0,5% des flux d’IDE dirigés vers le reste du monde. La Turquie se
classe ainsi au 25ème rang des destinations mondiales (28ème en 2007) privilégiées par
notre pays au cours de l’exercice.
En termes de stocks, notre pays occupe fin 2008 le 2ème rang des investisseurs étrangers en
Turquie, derrière les Pays-Bas. La Turquie représente ainsi, pour l’IDE français, le 24ème site
d’accueil à l’échelle mondiale.
Ces chiffres minorent néanmoins le poids réel de nos investissements, qui transitent en
grande partie par des pays tiers et ne sont donc pas comptabilisés comme français. Surtout
l’investissement tel qu’il est mesuré ne donne pas une image fidèle de la présence et de
l’activité de nos entreprises, dont l’intensité capitalistique est extrêmement variable selon
les secteurs.

Les entreprises françaises ont une carte importante à jouer avec la Turquie

Pour les démarches d’investissements des opérateurs français, la Turquie affiche des
facteurs d’attractivité nombreux : un potentiel de développement et de demande locale
élevé, par suite de l’existence d’une population jeune, ouverte sur le monde et sur le modèle
de consommation occidental ; des déterminants favorables pour la gestion des relations
sociales ou partenariales (cadre juridique proche des standards européens, outil industriel
développé et diversifié, tissu d’entreprises particulièrement dense, façonné autour de PME,


                                              4
ressources humaines aux fortes capacités d’adaptation, qualifiées, travailleuses et
motivées).

A l’ensemble de ces atouts s’ajoutent les capacités de rayonnement offertes par un pays «
carrefour», situé à la croisée de plusieurs continents et susceptible de favoriser des
synergies profitables avec les grands ensembles régionaux voisins (Union pour la
Méditerranée, ensemble EUROMED, BSEC, Proche et Moyen Orient, pays d’Asie centrale).
Economie émergente, de grande taille et proche de l’Europe, elle représente, pour les
opérateurs français, une destination particulièrement attrayante. Au-delà, des liens
d’histoire particulièrement anciens et des liens de culture étroits illustrés par la présence
d’une tradition francophone toujours vivace ne peuvent qu’aider notre pays et ses
entreprises à se rapprocher davantage encore, pour l’avenir, d’un partenaire qui a vocation à
tenir une place éminente dans l’effort d’internationalisation du tissu économique français.

Pour donner une image plus fidèle du développement de la présence des entreprises
françaises en Turquie, dans toutes ses dimensions, le Service Economique Régional
d’Ankara de l’Ambassade de France en Turquie, la Mission économique-Ubifrance d’Istanbul,
les Conseillers du commerce extérieur de Turquie et la Chambre de Commerce et d’Industrie
française en Turquie ont conjointement décidé de la rédaction d’un livre blanc. Ce
document, public, a été établi principalement sur la base d’un questionnaire envoyé aux
responsables de 43 sociétés françaises implantées en Turquie, ainsi que par le bais
d’entretiens réalisés en face-à-face avec certains d’entre eux. Ces sociétés ont été
sélectionnées pour obtenir un échantillon représentatif de notre présence – même s’il est
nécessairement imparfait – en termes de secteur d’activité, de taille et de localisation
géographique. On y retrouve aussi bien CarrefourSA, premier employeur français du pays,
avec un peu plus de 7200 salariés, que des entreprises qui y comptent moins de 10 salariés.
Même si aucune entreprise ayant échoué dans son implantation en Turquie n’a été
interviewée – l’intégralité du travail de recherche pour ce rapport ayant été réalisé sur place
– il a été pris soin de ne pas écarter les témoignages d’entreprises qui ont connu ou
connaissent encore des difficultés, parfois importantes, du fait de leur implantation en
Turquie. La liste des entreprises interviewées figure en annexe à ce rapport ; s’y ajoutent
quelques autres qui ont souhaité témoigner de manière anonyme.

Le rapport s’articule autour de quatre grandes questions, auxquelles il s’efforce de
répondre objectivement, à la lumière des expériences vécues par les entreprises
rencontrées :

      Depuis quand et où les entreprises françaises s’implantent-elles en Turquie ?
      Pourquoi ces entreprises viennent-elles en Turquie ?
      Quelles sont les difficultés rencontrées et quelles solutions ont pu être trouvées ?
      Quel est l’impact de ces implantations, pour les entreprises comme pour l’économie
       française ?
                                              5
   Le développement des implantations françaises en Turquie est un
   phénomène encore récent (I)


Les trois vagues successives d’implantation


Les groupes précurseurs des années 1980


   L’essor des investissements français en Turquie date de la 2e moitié des années quatre-
   vingt. En effet, au cours des deux dernières décennies, les sociétés françaises ont pris le
   chemin de la Turquie où le nombre des implantations tricolores s’est accru de 15 en 1985 à
   près de 290 fin 2008. L’effectif total employé par les implantations françaises en Turquie –
   tous types de structures confondus – dépasse aujourd’hui les 70 000 salariés.
   Dans la chronologie des implantations françaises, deux entreprises font figure de pionniers,
   avec une implantation antérieure aux années 1980

   Air France, avec l'ouverture d'une liaison aérienne avec la Turquie dès 1933, fait figure de
   pionnière parmi les entreprises françaises présentes en Turquie. En effet, d'après le rapport
   d'exploitation d'Air France du 31 décembre 1933, la ligne Bucarest-Istanbul est exploitée
   trois fois par semaine en correspondance avec la ligne Paris-Bucarest. Bien que la desserte
   de la Turquie par Air France soit suspendue en 1935 suite à la concurrence d'une ligne créée
   par la Lufthansa entre Berlin et Istanbul, celle-ci reprend dès la fin de la deuxième Guerre
   Mondiale. En octobre 1946, la France et la Turquie signent un accord sur les communications
   aériennes entre les deux pays qui prévoit notamment une route Paris-Ankara via Marseille,
   Tunis, Le Caire, et une route Paris-Istanbul-Ankara, via l'Europe Centrale.
   La création de la société Oyak-Renault, détenue à l’époque à hauteur de 44% par Renault,
   43% par Oyak (caisse de retraite de l'armée) et 13% par la banque turque Yapı Kredi,
   inaugure la présence industrielle française en Turquie. Au début de l'aventure du groupe
   français et selon la législation de l'époque, il fallait obligatoirement, pour pouvoir s'installer
   en Turquie, avoir un partenaire local, le partenaire étranger ne pouvant être majoritaire. À
   cette époque, Oyak souhaitait mettre sur pied son propre projet d'investissement dans le
   secteur automobile avec une tentative d'alliance pour obtenir une licence. Ceci en vue de
   créer une usine automobile en Turquie centrée essentiellement sur une activité
   d'assemblage des véhicules qui seraient ensuite commercialisés sur le marché turc à partir
   de pièces et organes détachés. Vu l'ampleur de l'investissement, les discussions conduites à
   la base en vue de la conclusion d'un contrat de licence ont subitement changé de direction
   pour basculer vers une négociation visant un partenariat. Les responsables de Renault,
   informés du projet d'investissement d'Oyak dans l'industrie automobile, ont alors proposé
   un rendez-vous de prise de contact. Ce n’est toutefois que lorsque les négociations initiales
   engagées avec un autre constructeur européen ont achoppé, que les contacts entamés entre
   Oyak et Renault ont pu aboutir en 1969, posant la première pierre du partenariat franco-
   turc.

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    Bien que la Turquie soit liée à l'Union européenne par un accord d'association depuis 1963,
    la présence d’entreprises françaises et étrangères est restée très limitée durant les années
    1960 et 1970. Mises à part les exceptions précitées, c'est donc seulement vers la fin des
    années 1980, mais surtout les années 1990 que s’est enclenché le premier véritable
    mouvement d'implantation de nos entreprises en Turquie, avec l'arrivée de grands groupes
    industriels.




    Chaîne de montage de l’usine Oyak-Renault à Bursa

Les grands groupes industriels ouvrent la voie à la fin des années 1980

    Il faut attendre la fin des années 1980 et l'ouverture économique décidée à cette époque,
    notamment en ce qui concerne les importations, (voir encadré) pour que les premiers
    grands groupes industriels français arrivent sur le marché turc. Dès 1988, Rhone Poulenc,
    déjà présent sur le marché pharmaceutique local, de la vaccination, des produits chimiques
    et des pesticides, en collaboration avec la plus grande entreprise pharmaceutique turque
    Eczacıbaşı, renforce son implantation en Turquie. La filiale turque de Rhodia reprend en
    1998 les activités chimie de Rhone Poulenc.
    Disposant de nombreux réseaux en Turquie depuis plusieurs années, Saint-Gobain PAM
    ouvre un bureau de représentation à Istanbul, en 1987. Initialement situé au Liban, mais
    déplacé à cause de la guerre civile, ce bureau a pour objectif de promouvoir des produits tels
    que les canalisations et les équipements pour le marché de l’eau, et s’inscrit donc dans une
    logique de représentation régionale.
    Sanofi-Aventis, un des leaders mondiaux dans le domaine pharmaceutique, s’implante lui
    aussi en Turquie à la fin des années 1980. Le groupe y accorde des licences de fabrication à


                                                        7
   des entreprises turques, avant d’en reprendre le contrôle et créer lui-même une filiale et
   une implantation industrielle en coopération avec Zentiva Eczacıbaşı.
   Dans le secteur automobile, l'équipementier Valéo réalise en 1989 son premier
   investissement en Turquie et fonde une coentreprise avec des partenaires locaux avant le
   rachat de 100% des parts dès 1993.
   Dans la perspective de développer ses parts de marchés au sein d’un pays à fort potentiel de
   croissance, L'Oréal crée une filiale en Turquie en 1990. D'abord créée pour permettre un
   accès direct au marché turc des cosmétiques et la vente de la plupart de ses produits phares,
   la filiale initie par la suite un processus de production pour certaines lignes comme les
   produits capillaires.

                              Le régime des importations en Turquie
    Depuis les années 1980, la Turquie a progressivement libéralisé son régime des
    importations. Un accord douanier est entré en vigueur le 1er janvier 1996 avec l’Union
    européenne, qui a conduit à la suppression progressive et réciproque des droits de douane
    sur les produits industriels importés et la part industrielle des produits agricoles
    transformés (les services, les produits agricoles et la part agricole des produits agro-
    industriels ne sont pas concernés). En vertu de cet accord, la Turquie harmonise
    progressivement ses droits de douane pour les importations en provenance de pays tiers
    avec le tarif extérieur commun de l’UE. La Turquie a adopté en 2002 le système de
    préférences généralisées (SPG) établi par l’Union européenne, qui consiste à appliquer des
    tarifs douaniers préférentiels à des pays tiers. Le SPG concernait en 2002 l’importation de
    2450 produits industriels, en provenance de 178 pays comprenant les pays en
    développement et les pays les moins avancés / PMA (afin de favoriser leurs exportations).
    En 2003, 428 produits ont été ajoutés à cette liste. Les produits industriels de Macédoine et
    de Bosnie-Herzégovine ont obtenu la possibilité de rentrer sans droits de douane sur le
    marché turc.



La grande vague des années 1990

   Le premier afflux significatif d'implantations françaises en Turquie intervient dans le courant
   des années 1990, dans tous les secteurs, mais avec une intensité qui dépend de la maturité
   des marchés et des conditions d'accueil des investissements étrangers.

   La présence française se diversifie sectoriellement, mais les grands groupes prédominent
   encore

   Alors que les grands groupes industriels avaient initié le processus d'implantation des
   entreprises en Turquie, l'arrivée de Groupama en 1991 témoigne de la progressive ouverture
   à d'autres secteurs de l'économie. En 1991, Gan prend ainsi une participation de 30% dans le
   capital de Güneş Sigorta, qui a été progressivement renforcée par achat de titres en bourse
   pour atteindre un total de 36% du capital.
   Dans le domaine de la construction, le cimentier Vicat réalise son premier investissement en
   Turquie en 1991, avec le rachat d'une participation majoritaire dans Konya Çimento, peu
   après le processus de privatisation de l'industrie cimentière dans le pays.
                                                 8
L’année 1991 est aussi marquée par l’arrivée de l’un des plus grands groupes français, le
pétrolier Total. Les deux entreprises, Total et Elf, présentes depuis 1991, ont fusionné en
2002 sous le nom de Total Oil Türkiye à la suite de la fusion intervenue à l’échelle mondiale.
Sodexo, un des leaders mondiaux des services de restauration collective, fait aussi partie des
entreprises françaises qui ont choisi de se développer en Turquie dès le début des années
1990. Arrivée en 1992 avec pour seule activité la restauration collective, l’entreprise a
progressivement étendu ses activités dans le pays.
Dans le cadre de sa stratégie de développement international, Carrefour ouvre son premier
hypermarché en 1993 à Istanbul puis son premier centre commercial deux ans plus tard à
Adana. En 1996, Carrefour prend le nom de CarrefourSA en Turquie après la création d’une
coentreprise avec le groupe Sabanci.
Michelin, dont les pneumatiques sont commercialisés en Turquie depuis 1936 par des
importateurs, décide d’ouvrir une agence commerciale à Istanbul en 1996 et tirer avantage
d’une présence directe dans le pays.


                      L’importance du secteur automobile en Turquie
L’automobile est un secteur particulièrement dynamique en Turquie, puisqu’il regroupe 15
constructeurs (dont 5 fabriquent des voitures particulières) et plus d’un millier
d’équipementiers. Cette activité représente le 1er poste d’exportations du pays (devant
l’habillement) avec 21,2 Mds USD (TIM, chiffres 2007) et le 1er poste d’échanges entre la
France et la Turquie.
L’industrie de l’équipement automobile s’est développée à partir des années 1970, du fait
de l’implantation des constructeurs automobiles – principalement Renault et Fiat - qui ont
attiré dans leur sillage un certain nombre d’équipementiers mondiaux. Il s’agissait alors
d’une industrie d’assemblage, orientée uniquement vers le marché local et protégée par
des barrières douanières. L’entrée en vigueur, en janvier 1996, de l’accord douanier avec
l’Union européenne a provoqué une mutation rapide du secteur. La Turquie est devenue
aujourd’hui une plate-forme de production de véhicules destinée tant au marché local qu’à
l’exportation, notamment vers les marchés d’Europe de l’Ouest. Entre 2000 et 2007, les
exportations de véhicules automobiles ont été presque multipliées par plus de 8 et
représentent aujourd’hui 75 % de la production. Quant aux importations, qui ne
représentaient que 11 % des ventes locales en 1995, elles se sont renforcées depuis
l’entrée en vigueur de l’accord d’union douanière et représentent aujourd’hui environ 58 %
des ventes. Oyak-Renault est le 1er fabricant local de véhicules particuliers (et le 2ème
producteur automobile en Turquie après Ford), avec 42 % de la production en 2007, suivi
de Toyota (25 % des VP) et de Tofas-Fiat (16 %). Sur le plan géographique, les
équipementiers automobiles se concentrent principalement dans la région de Marmara,
notamment à Bursa où l’on trouve 2 unités de production d’automobiles (Fiat, Renault) et
2 zones industrielles dédiées. Les autres sites de production sont situés à Adana, Ankara,
Istanbul, Izmir, Kocaeli, Konya et Manisa.




                                              9
L'approfondissement des années 2000

   Les années 2000 sont marquées par l’arrivée de nombreuses entreprises françaises en
   Turquie. Jusqu’alors largement dominés par des grands groupes, les investissements français
   se diversifient et des entreprises de taille plus modeste font leur apparition en grand
   nombre. Le processus de diversification sectorielle continue.

   Des entreprises de taille plus modeste s'implantent

   Bien que filiale d’un des géants mondiaux du domaine agroalimentaire, Danone Hayat
   représente cette dernière génération d’investissements français de plus petite taille, qui se
   sont multipliés ces dix dernières années. D’abord établie sous la forme d’une coentreprise
   avec le groupe Sabanci entre 1998 et 2004, Danone Hayat a continué en tant que filiale à
   100% de la maison mère, dans la production et la commercialisation d’eau minérale, à partir
   de 5 usines de production réparties entre Istanbul, Pozanti, Hendek, Bolu, Izmir et Finike.
   Parmi les exemples les plus emblématiques de cette évolution du profil des entreprises qui
   investissent en Turquie depuis une dizaine d’année figure Aromatech, créée en France en
   1987, avec pour objet la production d’arômes pour l’industrie alimentaire. Cette société
   compte aujourd’hui 6 filiales dans le monde : en Algérie, Chine, Etats-Unis, Thaïlande,
   Tunisie et depuis 1999, en Turquie. Après plusieurs années de collaboration avec un agent
   local, le groupe Aromatech a décidé de construire sur place un centre de recherche,
   développement et de production.



                                L’aventure d’Aromatech en Turquie
    La société Aromatech a été créée en 1987. Son siège social est basé dans le Sud de la
    France, à Grasse, capitale mondiale des arômes et des parfums. Une région dynamique,
    dont l’image de marque est reconnue dans le monde entier grâce au savoir-faire unique de
    ses industriels et à la qualité de ses produits aromatiques. Depuis, Aromatech s’impose
    comme l’un des principaux acteurs de l’industrie des arômes alimentaires.

    Aromatech est présent en Turquie depuis 1999, date de création de la seconde filiale du
    groupe à Istanbul. Elle est aujourd’hui un acteur important sur le marché national et dans
    la région, avec une part croissante de chiffre d'affaires sur des pays tels que l'Ouzbékistan,
    le Turkménistan, l'Azerbaïdjan, la Syrie... et l’Irak.

    Le Groupe Aromatech a exposé au salon Gateway to Iraq, 4ème salon international du
    Commerce et de l’Industrie en Irak et 2ème salon international de l’alimentation et des
    technologies, qui a eu lieu du 21 au 24 mai 2009 à Gaziantep, Middle East Exhibition Centre
    (Turquie), ce qui lui a permis de proposer à des clients venus de l’ensemble de la région ses
    dernières innovations et développements d’arômes pour l’industrie agroalimentaire.




                                                 10
 Au début de l’année 2009, Aromatech Turquie s’est installée dans ses nouveaux locaux sur
 3 niveaux à Istanbul. Après 2 mois de travaux et d’importants investissements réalisés afin
 d’aménager l’usine de production selon les normes HACCP, Aromatech Turquie est
 actuellement opérationnelle. Ce déménagement a été accompagné d’acquisitions de
 nouveaux matériels de production et de laboratoires. Ces nouveaux locaux permettent
 également à Aromatech Turquie d’agrandir ses laboratoires d’applications et de
 développement d’arômes salés.




Le secteur vétérinaire suscite aussi l’intérêt d’investisseurs français. Ceva Santé Animale,
implanté à Libourne, en Gironde, rachète en 2005 un important laboratoire vétérinaire turc,
Dogu Ilaç Veteriner Ürünleri (DIF). Présent depuis le début des années 1990 en Turquie à
travers un réseau de distributeurs, le groupe français préfère lui aussi créer une filiale, CEVA
DIF ILAC A.S. Cette filiale, qui emploie aujourd’hui 53 personnes, fait fabriquer par trois
façonniers turcs – contrat de manufacturing – certains de ses produits pharmaceutiques
vétérinaires (soit environ 50% de ses produits).




CEVA DIF ILAC A.S. à la rencontre de nouveaux clients et des éleveurs



Le sous-secteur du retraitement des déchets industriels est également en pleine expansion
en Turquie, grâce notamment au renforcement des normes environnementales édictées par
les autorités turques. C’est sur ce créneau qu’opère Chimirec-Ekasan, filiale du groupe
français Chimirec depuis 2006 et qui emploie aujourd’hui 24 personnes en Turquie. Après le
rachat d’une société turque existante, Chimirec-Ekasan s’est spécialisée dans la vente de
services pour la collecte et le transit de déchets industriels dangereux. Parmi ses clients
figurent de grands groupes français, comme Total Oil Türkiye, et étrangers, comme Siemens,
Coca Cola, ainsi que de nombreuses entreprises locales.
En 2006 et 2007, deux groupes français, Darty et Sephora, ont effectué un investissement
remarqué en Turquie dans le secteur de la distribution. Darty, spécialiste de la distribution
de produits électrodomestiques, après avoir ouvert ses premiers magasins en Italie (2004) et
en Suisse (2005) choisit la Turquie en mai 2006 pour continuer son développement
international. La société mère, Kesa Electricals, ouvre le premier magasin Darty à Istanbul en

                                                           11
décembre 2006. En février 2009, l’enseigne comptait 11 magasins, dont 3 en dehors
d’Istanbul (à Ankara, Izmir et Izmit) et un site commercial marchand. Sephora, marque du
groupe français LVMH, après une ouverture puis une fermeture d’un magasin en 2000-2001,
revient en Turquie en 2007, sous la forme d’une coentreprise avec UNITIM, groupe
spécialisé dans la distribution de marques étrangères en Turquie. Cette filiale de Sephora
France possède aujourd’hui 6 magasins en Turquie, à Ankara, Istanbul et Izmir.
Le secteur agricole fait aussi partie des secteurs dans lesquels les entreprises françaises
investissent en nombre. Vilmorin, quatrième semencier mondial, producteur et distributeur
de plantes potagères et de grandes cultures innovantes dédiées aux marchés des
productions maraîchères et agricoles, a débuté en Turquie en 1986 en partenariat avec la
société Anadolu Tohum à hauteur de 33%. Avec la crise de 2001, les parts de Vilmorin sont
passées à 47,5% avant un rachat et une implantation avec 100% de capitaux français
désormais. Cette entreprise fournit un service complet de produits et de conseils aux
agriculteurs turcs. La société emploie 17 ingénieurs agronomes et des techniciens, soit au
total 45 personnes en contact direct sur le terrain avec les agriculteurs.


Les investissements français et étrangers alimentent de nouveaux investissements français

Le développement important des investissements français durant les années 1990 a entraîné
l’arrivée d’autres entreprises françaises sur le territoire turc, venues fournir, au plus près,
des biens ou services aux entreprises préalablement installées.
PROteameast Istanbul Logistics & project Ltd représente une bonne illustration d’entreprises
françaises de taille plus limitée mais qui constitue un vivier essentiel pour attirer d’autres
investissements en Turquie. Cette entreprise prestataire de services dans les métiers du
transport et de la logistique, installée en Turquie depuis 2003, travaille en effet avec d’autres
sociétés françaises pour lesquelles elle sert parfois d’agent de mise en relation vis-à-vis des
entreprises turques. Ses activités, diversifiées, couvrent le secteur des transports
internationaux par la route, la mer, les airs. Elle s’est aussi spécialisée dans le transport de
colis hors gabarits (poids et/ou dimensions), le groupage aérien entre la France et la Turquie
et les opérations de douane associées à ces processus. Si les entreprises qui font appel à
l’expertise de PROteameast sont originaires de différents pays, on retrouve toutefois parmi
sa clientèle bon nombre d’entreprises françaises (Alstom, Ondeo, Saint-Gobain, Air
Liquide…).




                                               12
L’ENTREPRISE DE TRANSPORT ET LOGISTIQUE PROTEAMEASTEAST

La société A. Raymond, spécialiste des systèmes de fixation par clipage et collage, d’abord
pour le marché automobile, puis pour l’industrie et le bâtiment, fait aussi partie des
entreprises françaises arrivées récemment en Turquie. Après l’achat de terrains et la
construction de l’usine à Gebze en 2005, le groupe, qui emploie 47 personnes en Turquie, a
pu commencer son activité fin 2006. A. Raymond s’est installée en Turquie sur la demande
de son client Delphi, un des plus grands concepteurs et fournisseurs de pièces détachées
destinées au marché automobile.
Cet investissement est donc indirectement lié à la forte présence française dans le secteur
automobile turc. De manière plus générale, l’implantation de Renault en Turquie il y a 40 ans
a attiré de nombreux équipementiers français : Valeo, Faurecia, Plastic Omnium, MGI
Coutier, Mecaplast, EM Technologies.
Présent en Turquie depuis juillet 2002, le groupe de logistique (stockage, supply-chain, etc.)
et de transport GEFCO, illustre le cas d’une entreprise ayant fait le choix, à l’origine, de venir
en Turquie pour accompagner le développement des activités du groupe PSA. Offrant des
prestations de services au marché automobile en priorité, GEFCO a aussi développé son
activité vers d’autres secteurs.
SNOP Izmit Metal, implantée à Gebze, fait partie des entreprises les plus récemment arrivées
dans le secteur automobile. Ce groupe, fournisseur de pièces de structure automobile, a
aussi choisi de rejoindre la Turquie en 2008 pour accompagner Renault.


Les sociétés qui avaient déjà investi développent leur présence

La plupart des grands groupes implantés en Turquie depuis la fin des années 1980 ou durant
les années 1990 ont choisi de développer et / ou de diversifier leurs activités depuis le début
des années 2000. Une fois présentes sur le marché local, les entreprises françaises profitent
du potentiel de l’économie turque pour accroître leurs activités.
C’est notamment le cas du cimentier Vicat. Après avoir réalisé son premier investissement
en Turquie à Konya en 1991, grâce au rachat d’une part majoritaire dans Konya Cimento,
Vicat rentre au capital de la société Bastas Cimento à Ankara dès 1994, pour devenir ensuite
majoritaire en 1997.
Sodexo, qui emploie plus de 3500 personnes actuellement, a vu ses activités rapidement
évoluer. En 1992, date d’arrivée du groupe en Turquie, seule la restauration collective faisait
                                                 13
    partie des activités. Progressivement le management de service est venu s’agréger aux
    activités de Sodexo. Ce marché a été ouvert par Sodexo, qui en demeure le leader.
    Après avoir ouvert son premier hypermarché en 1993 à Istanbul, Carrefour, qui est devenu
    CarrefourSA après la création d’une coentreprise avec le groupe Sabanci en 1996, n’a cessé
    d’accroître son activité. La partie la plus visible de ce développement sont les opérations
    immobilières et l’ouverture de nouveaux magasins dans la plupart des régions de Turquie. Le
    16 avril 2009, Carrefour a ainsi ouvert son 23ème hypermarché à Pendik, dans la banlieue
    d’Istanbul. Dans la catégorie supermarché, CarrefourSA Express a ouvert sa 100ème
    implantation à Ankara en février 2008. Le groupe français a aussi procédé à l’ouverture en
    Turquie de certaines autres de ses marques, comme le premier supermarché Champion en
    2000 ou à l’acquisition de la chaîne de supermarchés Gima en 2005.


Les grands groupes confirment leur intérêt pour la Turquie

    La fin des années 1990 et le début des années 2000, qui ont vu la diversification sectorielle
    et l’arrivée d’entreprises de moins grande taille, ont aussi été caractérisés par des
    investissements, plus ou moins importants, de grands groupes français, comme ALSTOM.
    ALSTOM entretient depuis très longtemps des liens étroits avec la Turquie, sans forcément y
    être implanté : les trains électriques E-8000, dont le contrat a été signé en janvier 1952, sont
    toujours en service commercial et les centrales hydro-électriques Seyhan 1 et 2, en service
    depuis 1956, fournissent toujours au réseau turc une puissance de 120 Méga Watts. C’est
    donc dès les années 1950, date à partir de laquelle le besoin de partenaires industriels s’est
    fait sentir que ce pays a pris de l’importance pour ALSTOM. Mais c’est seulement depuis
    1999 qu’a été créée la filiale de droit turc ALSTOM Turquie. Si ALSTOM ne produit pas en
    Turquie, elle est présente aujourd’hui pour la vente d’équipements électromécaniques pour
    la production d’énergie électrique – notamment des turbines et générateurs – ainsi que pour
    la fourniture de service de maintenance et de réhabilitation de centrales électriques, pour la
    vente de matériel ferroviaire roulant ainsi que pour certaines infrastructures ferroviaires
    (partie électromécanique : électrification, pose de la voie, signalisation).




                                                  14
               Un exemple d’investissement majeur en Turquie : AREVA T&D
Le 27 juillet 2008, M. Zafer Caglayan, Ministre de l’industrie de Turquie, et M. Ghislain
Lescuyer, Vice-président Exécutif de la Business Unit Produits d’AREVA T&D, ont posé la
première pierre de la nouvelle usine de transformateurs de distribution de Gebze, dans la
région de Kocaeli. Cette cérémonie d’ouverture s’inscrivait dans un programme
d’investissement de 75 millions d’euros, destiné à faire de Gebze la plus grande zone
industrielle d’AREVA T&D à ce jour.

AREVA T&D est parfaitement positionné pour accompagner l’essor de la demande
d’électricité en Turquie. Ce programme d’investissement massif va lui permettre de doubler
ses capacités dans cette région, tout en continuant à exporter ses produits dans le monde
entier. Le programme sera en outre secondé par un plan de recrutement ambitieux : 850
nouveaux emplois directs vont être créés, ce qui portera l’effectif total à 2400 salariés.

« Cette nouvelle usine est un investissement clé, destiné à satisfaire la demande toujours
plus forte d’équipements électriques en Turquie, où nous sommes présents depuis cinquante
ans. De plus, elle renforcera l’orientation stratégique mondiale d’AREVA T&D qui fait de la
Turquie un pôle régional pour suivre notre croissance dans la région et dans le monde
entier.» a souligné Philippe Guillemot, Président-Directeur Général d’AREVA T&D.

Le pôle Transmission et Distribution d'AREVA joue un rôle actif dans le monde entier. Il
conçoit, fabrique et met en service une gamme complète d'équipements, systèmes et
services lors des divers stades du transfert d'électricité, du générateur à l'utilisateur.


La présence des constructeurs automobiles français en Turquie n’est pas seulement assurée
par Renault. Le groupe Peugeot, devenu PSA, est implanté en Turquie depuis les années
1980. En 1981, Peugeot a démarré une activité industrielle à travers un licencié, Karsan, pour
la production de véhicules utilitaires. Plus récemment, en 2007, le constructeur s’est associé,
dans le cadre d’un accord de coopération, au tandem Tofas-Fiat, pour la production d’un
véhicule utilitaire d’entrée de gamme, le Bipper, commercialisé sur les marchés étrangers
par chacun des trois partenaires. En matière commerciale, on retiendra, de 1995 à 2000, la
présence en Turquie de deux réseaux de distribution distincts : d’une part, le réseau Peugeot
Otomotiv AS, filiale à 100% du groupe PSA, qui a distribué pendant 5 ans les véhicules
particuliers Peugeot, et d’autre part, Karsan Pazarlama pour la production et la distribution
des véhicules utilitaires. En mars 2000, la société Peugeot Otomotiv Pazarlama AS, filiale du
groupe PSA, en joint-venture avec le groupe Kiraça, voit le jour pour distribuer la totalité de
la gamme de produits Peugeot. Depuis décembre 2002, avec la cession des parts de Kiraça,
la société est devenue filiale à 100% du groupe PSA.
Dans le domaine bancaire, le groupe BNP-Paribas a manifesté de longue date son intérêt
pour le marché turc. Paribas fut l’un des actionnaires historiques de la Banque Ottomane et
la BNP a conclu en 1985 un accord de partenariat avec AK Bank pour créer ce qui devait par
la suite devenir la BNP AK DRESDER Bank A.Ş (fusionnée avec AK Bank en 2005). Le groupe a
                                              15
ouvert un bureau de représentation à Istanbul en 1989. A l’automne 2004, il s’est porté
acquéreur de 50% du holding de tête du groupe bancaire TEB, opération concrétisée en
février 2005. Le groupe TEB, qui compte aujourd’hui près de 7000 employés, offre une large
gamme de services : leasing (TEB-leasing), factoring (TEB-factoring), assurance (TEB-
Insurance), opération de haut de bilan (TEB Investment). L’établissement est également
présent dans l’activité de conseil financier et de la gestion d’une clientèle de particuliers
haut de gamme (gestion de fortune).

Les investissements personnels de Français en Turquie

Phénomène connu depuis plusieurs années, en particulier depuis l’ouverture de l’économie
turque à la fin des années 1980, un nombre non négligeable d’entreprises ont été créées en
Turquie avec des capitaux français, parfois sous forme d’investissement personnel. Bien que
souvent de petite taille, leurs activités diverses n’en demeurent pas moins essentielles pour
le développement des implantations françaises en Turquie.
Le cabinet de conseil « LDS Consulting & Business Developement Ltd », implanté en Turquie
depuis 1992, fait partie de ces entreprises de petite taille qui contribuent à faciliter l’accès
au marché turc pour les grands groupes et les PME françaises. Après avoir quitté
l’administration française en 1990 et pris la direction, pour deux ans, d’un groupe français
présent en Turquie, Yves-Marie Laeounan fonde en 1992 avec des partenaires turcs une
activité de conseil en implantation, orientée vers les sociétés françaises. Avec de nombreux
clients tels que Sodexho – entreprise de restauration collective, devenue Sodexo –,
Carrefour ou encore Saint-Gobain, Yves-Marie Laouenan et ses partenaires ont permis
d’apporter l’expertise ainsi que la connaissance du terrain tant recherchées des nouveaux
investisseurs.
Si PROteameasteast Istanbul Logistics & project Ltd. représente une catégorie atypique
puisque l’entreprise n’a pas de société mère en France, elle n’en demeure pas moins une
bonne illustration de l’arrivée, ou de la naissance, sous forme d’investissements personnels,
d’entreprises françaises de taille plus limitée en Turquie mais qui constituent un vivier
essentiel pour attirer d’autres investissements.
En 2005, M. Vincent lance sa propre agence de publicité « Bed and Breakfast » après avoir
découvert le potentiel de l’économie turque quelques années auparavant en tant
qu’expatrié, d’abord, pour une agence basée à Paris, puis pour une agence américaine. Si
« Bed and Breakfast » n’a pas de maison-mère en France, elle inscrit sa présence en Turquie
dans le cadre d’un partenariat avec le groupe français de communication Aastuce, qui
possède 49% de son capital.


      Interview de Yves-Marie Louenan, LDS Consulting & Business Development Ltd.

« Nommé en Turquie en 1986 par la DREE (Ministère de l’Economie et des Finances) en tant
que Chef du Poste d’Expansion Economique d’Istanbul, j’ai décidé de quitter
l’administration française début 1990 pour prendre la direction de la filiale turque de
Ciments Français (2500 salariés), constituée à la suite de la privatisation de trois
cimenteries acquise par ce groupe à l’Etat Turc. Lors de la cession du groupe Ciments


                                              16
Français à la société italienne ITALCIMENTI, j’ai dû quitter mes fonctions fin 1992.

J’ai alors fondé à Istanbul avec des partenaires Turcs (un avocat, un cadre bancaire et
plusieurs hommes d’affaires) une activité de Conseil en Implantation, orientée vers les
sociétés Françaises.

Mon premier Client fut SODEXHO (Restauration Collective) dont je rencontrai le Président
Pierre BELLON pour l’informer d’une opportunité d’implantation au travers d’un partenariat
avec une Fondation Educative Turque. Conclu après un an de négociations, ce partenariat
fut dissous deux ans plus tard lorsque SODEXHO racheta les parts de son associé local, ce
qui permit à ce Groupe Français de devenir aujourd’hui le premier ou le deuxième opérateur
de son secteur en Turquie, où il emploie plus de 5000 salariés.

Mon deuxième Client fut le Groupe CORA-MATCH (supermarchés et hypermarchés) pour
lequel j’ai recherché et contribué à négocier un partenariat local et jeté les bases d’un
programme de développement immobilier.

CORA-Match ayant renoncé à son projet d’implantation deux ans après pour des raisons
« intestines », j’ai alors présenté deux projets majeurs d’implantation immobilières mis au
point pour ce Groupe à CARREFOUR Turquie, qui en fit l’acquisition, ce qui m’a également
amené ensuite à engager une collaboration libre avec CARREFOUR Turquie pour trois
autres sites (m’associant personnellement dans l’acquisition de deux d’entre eux, pris à bail
ensuite par CARREFOUR).

Par la suite, et après l’entrée de la Turquie dans l’Union Douanière, j’ai également coopéré
avec le GIE DOUANEXPORT, SLIGOS et BULL pour la négociation de la cession aux Douanes
de Turquie de «SOFIX », système d’automatisation des procédures douanières.

A la suite du décès de mon principal associé Turc en 2004, j’ai engagé une collaboration
libre au sein de ma structure avec un autre associé, Jacqueline de SORIA (HEC ISA ;
précédemment en charge du développement « Turquie » pour le Groupe ACCOR et
également CCEF), qui y exerce aujourd’hui une activité indépendante dans le secteur de
l’Hôtellerie et du Tourisme, tout en contribuant à des projets communs.

Depuis trois ans, notre Cabinet s’est adapté à l’évolution du marché :

- en 2006-2007, nous avons piloté l’implantation industrielle de deux PME françaises du
secteur de la sous-traitance automobile (A-RAYMOND, Grenoble / EMT Composants –
CAEN), pour lesquelles nous avons développé des prestations de « sourcing » de sites
industriels et organisé et supervisé la construction de leurs usines respectives (6.500 m2
couverts chacune) dans des zones industrielles d’IZMIT.

- en 2007-2008 : sourcing de deux sites industriels dans la région d’Istanbul pour des filiales


                                              17
    locales de production du Groupe Saint Gobain.

    - en 2007-2008 : initiation et aide à la négociation d’une prise de participation de 50% dans
    la société turque POLAT ENERJI A.S par EDF E.N., dont nous hébergeons aujourd’hui la
    structure d’investissement locale, dans laquelle nous détenons une participation. Cette
    opération, qui gère aujourd’hui une production de 50 MW qui sera portée à 120 MW d’ici
    quelques mois et à près de 400 MW en 2012) se donne pour objectif de devenir le premier
    opérateur du secteur de l’énergie éolienne en Turquie et, également, de développer
    ultérieurement dans ce pays une activité de référence dans le secteur de l’Energie Solaire
    (Photo-voltaïque) ».



La présence géographique de nos entreprises se diversifie peu


   La présence française en Turquie peut être estimée, selon les dernières données recueillies
   par la Mission économique – Ubifrance d’Istanbul, fin 2008, à près de 290 entreprises
   employant près de 70.000 personnes, contre 258 fin 2007 et 240 fin 2006. En 1985, au début
   de l’ouverture internationale de l’économie turque, seulement 15 sociétés françaises étaient
   implantées.
   La répartition géographique de la présence française reste très inégale sur le territoire turc,
   à l’image des inégalités dans le développement économique du pays : Istanbul concentre
   71% des implantations françaises contre 7% pour la capitale Ankara, 5% pour la région
   d’Izmir, 5% pour la région de Bursa, et 7% pour le reste du pays. A titre comparatif, fin 2007,
   la répartition géographique de l’ensemble des entreprises présentes en Turquie était la
   suivante : Istanbul (18,7%) ; la région de Marmara (15,3%) ; la région égéenne (16,5%) ; la
   région méditerranéenne (12,8%) ; l’Anatolie de l’Ouest (10,3%) ; l’Anatolie centrale (4,8%) ;
   la région de la Mer Noire (10,8%) ; l’Anatolie de l’Est (5%) et l’Anatolie du Sud-Est (5,8%).

   Parmi les entreprises françaises interrogées, présentes en Turquie et implantées dans une
   autre ville qu’Istanbul, on peut citer les exemples suivants :
    La région de Kocaeli-Gebze, qui constitue en quelque sorte un continuum industriel de
      près de 200km avec la région d’Istanbul, est une région à forte implantation industrielle.
      Les entreprises françaises y sont présentes, notamment depuis la fin de la crise qu’a
      connue la Turquie en 2001. Chimirec-Ekasan, qui s’est spécialisée dans la vente de
      service pour la collecte et le transit de déchets industriels dangereux, est présent à
      Gebze depuis 2006 ; SNOP Izmit Metal, également implantée à Gebze, fait partie des
      entreprises les plus récemment arrivées en tant que fournisseur de pièces de structure
      automobile. Areva T&D, même si son siège social ne se situe pas dans cette région, y est
      fortement implantée, notamment depuis la construction, lancée en juillet 2008, d’une
      nouvelle usine de transformateurs (cf. encadré)
    La région de Bursa est marquée par l’activité de nombreuses entreprises, françaises et
      étrangères, dans le secteur automobile : plusieurs filiales de sociétés françaises y sont
      présentes et/ou exercent une activité de production comme Renault, Plastic-Omnium,
      Valeo, Peugeot.
                                                 18
   La région d’Izmir et plus généralement la région égéenne : on constate une
    augmentation récente des investissements français dans cette région qui semble
    bénéficier de nombreux atouts. Elle présente en effet l’avantage d’une moindre
    saturation qu’Istanbul et dispose d’infrastructures de grande qualité, notamment de
    l’ouverture sur la mer Egée grâce au port d’Izmir, le plus important de Turquie. Parmi les
    entreprises interrogées, la réussite de l’implantation de Schneider Electric, présente
    depuis 1987, semble avoir favorisé de nouveaux investissements, plus récents : GFI
    aerospace, devenue LISI aerospace, a racheté en 2001 FT Bestas, une usine où sont
    fabriquées des fixations pour l’industrie aéronautique ; Larth havlu, filiale du groupe
    Atlantic Industries, fabrique dans la région d’Izmir, des sèche-serviettes depuis l’été
    2007 ;
    A noter, enfin, l’investissement de Veolia Eau en 2003 dans la région d’Izmir : le groupe
    français exploite et gère les services eau et assainissement avec le syndicat de
    communes de Cesme et Alaçati.


      Schneider a créé un réseau de 100 partenaires et exporte à partir de la Turquie

Schneider Electric, l’un des premiers fabricants mondiaux d’équipements de distribution
électrique et d’automatismes industriels (marques Merlin Gerin, Square D, Télémécanique)
est implanté en Turquie depuis 1987. A l’époque, le groupe, qui a réalisé en 2002 plus de 9
milliards d’euros de chiffres d’affaires, arrive en Turquie en créant en direct une filiale
baptisée Schneider Electric Turquie détenue à 100% par Schneider Electric SAS. L’objectif
est de profiter de l’essor économique du pays, de mettre un pied sur un territoire au fort
potentiel industriel, bref de capter la demande d’un pays émergent où les dépenses en
matériels électriques sont toujours très importantes.

Au fil des années, la présence de Schneider va se renforcer, accompagnant le
développement du pays, la demande en équipements électriques évoluant parallèlement à
la montée en puissance du réseau électrique du pays ainsi que du développement du
secteur du BTP. Aujourd’hui, Schneider dispose d’une organisation commerciale complète
avec 13 agences et un réseau de 100 partenaires, d’un site de production avec une usine à
Izmir ainsi que d’un centre de distribution près d’Istanbul. Le numéro 1 mondial des
disjoncteurs, interrupteurs et autres prises électriques emploie désormais un total de 400
personnes en Turquie.

« Le bilan est positif » juge le groupe lorsqu’on l’interroge sur les principaux
enseignements de sa présence dans le pays. Il souligne notamment la qualité du site de
production d’Izmir. L’usine a été choisie pour satisfaire les besoins mondiaux de Schneider
Electric pour la fourniture de tableaux de moyenne tension. Un signe de reconnaissance du
travail fourni à Izmir et du savoir-faire turc.




                                             19
   La capitale, Ankara, accueille aussi quelques entreprises françaises : Vicat, présent dans
    le secteur cimentier, du béton prêt à l’emploi et des granulats en Turquie depuis 1991
    suite à acquisitions et développement organique ; Lafarge est présent dans le secteur du
    plâtre grâce à la coentreprise établie avec Dalsan : si le siège et une usine sont à Ankara,
    le groupe possède aussi une autre usine à Gebze.
   Relativement peu d’entreprises françaises sont présentes dans les autres régions de
    Turquie. Özmaya Sanayi A.S, filiale à 100% du groupe Lesaffre, qui possède, depuis 1992,
    une usine à Amasya, un bureau commercial à Ankara, une compagnie de distribution à
    Istanbul, Izmir et à Ankara, et dont la direction générale et une usine de production sont
    à Ceyhan (Adana) est l’une des exceptions qui confirme la règle.

                 Témoignage de Jose Juan Berruga, Directeur général d’Özmaya
                       La Turquie est une puissance mondiale en levure

    « Sa consommation annuelle est l’une des plus importantes du monde et sa capacité de
    production installée est pratiquement trois fois supérieure à la demande interne. La
    Turquie est donc l’un des plus grands exportateurs de levure de boulangerie du monde. Le
    secteur de la boulangerie en Turquie est en train de changer très rapidement et de
    s’orienter vers la spécialisation et la diversification pour abaisser les coûts de production
    et élargir la gamme de pains proposés. En même temps, les exigences de respect des
    réglementations sanitaires deviennent chaque jour plus importantes. Dans ce contexte,
    nous avons décidé d’accompagner les boulangers dans leur démarche pour les appuyer
    techniquement et commercialement en diversifiant et en adaptant notre offre de produits
    et services. La compagnie Özmaya est détenue à 100 % par le Groupe français Lesaffre,
    leader mondial dans la production de levures de boulangerie. Lesaffre a acheté les usines
    d’Amasya et de Ceyhan en 1992 et a investi un total de 100 M EUR. Aujourd’hui, Özmaya
    est leader sur le marché turc et exporte ses plus de 10 types de levures vers plus de 25
    pays d’Afrique, du Moyen Orient et d’Asie centrale. Nous avons été les premiers à
    commercialiser les produits dérivés de nos unités de dépollution des eaux résiduaires, dans
    les domaines de l’alimentation animale et des fertilisants. Forte d’une équipe de 300
    collaborateurs et d’un réseau de plus de 250 distributeurs, Özmaya base sa stratégie sur
    une technologie leader et sur la connaissance du métier de la boulangerie, grâce à son
    centre de recherche en boulangerie situé à Ceyhan. »




                                               20
Le poids de la Turquie pour nos sociétés reste encore modeste, avec quelques
    exceptions, mais son importance est stratégique


    Le caractère récent du phénomène d’implantation des sociétés françaises en Turquie et le
    manque de maturité de certains marchés, qui commencent juste à décoller, expliquent que
    la Turquie ne représente encore, bien souvent, qu’une petite fraction de l’activité mondiale
    de nos sociétés.

A quelques exceptions près, la Turquie ne contribue encore que faiblement à l’activité globale
       de nos sociétés

    Quelques groupes se singularisent par le fait que la Turquie représente déjà une fraction très
    importante de leur chiffre d’affaires, supérieure à 10%.
    C’est le cas d’Anadolu Tohum, société spécialisée dans la production et la vente de graines et
    de semences agricoles. Le chiffre d’affaires réalisé par cette entreprise, filiale à 100% de
    Vilmorin, représente en effet 18% du chiffre d’affaires de cette dernière1. Cette situation
    reflète l’importance du marché turc pour les semences et la fourniture de services aux
    exploitations agricoles. Anadolu Tohum, en plus de produire des graines, fait bénéficier aussi
    ses clients de ses activités de conseils aux agriculteurs, grâce à l’expérience de ses 17
    ingénieurs agronomes.

                                       L’expansion internationale de Vilmorin

    Le français Vilmorin est devenu, grâce à l’intégration en 2006 du pôle « grandes cultures »
    de son actionnaire principal, la coopérative Limagrain, le 4ème semencier mondial, derrière
    les géants américains Monsanto, Pionner (Dupont) et le suisse Syngenta.
    La stratégie de Vilmorin passe par la recherche, un large portefeuille de marques et
    l’expansion à l’international. Le groupe, déjà présent dans de nombreux pays comme les
    Etats-Unis, l’Australie, Israël, le Japon et plusieurs pays européens, est parti à la conquête
    du marché indien en 2006.
    Son implantation progressive en Turquie s’est faite en trois phases principales :

           -    Création en 1986 de la société Anadolu Tohum Üretim ve Pazarlama inc. en
                partenariat avec deux entrepreneurs locaux. Vilmorin détient le tiers des parts de la
                société. Les activités de la nouvelle société sont les suivantes : création de nouvelles
                marques sur le marché turc, production, conditionnement, distribution, importation
                et exportation de semences végétales. Anadolu Tohum entre sur le marché des
                semences en important les produits de la société Vilmorin.


    1
        Même si Vilmorin fait partie du groupe Limagrain, seul le chiffre d’affaires de Vilmorin est considéré ici.

                                                               21
    -   Avec la crise de 1994, l’actionnariat d’Anadolu Tohum évolue ; Vilmorin détient
        désormais 47% du capital, le solde appartenant à l’entrepreneur Yavuz Batur.
    -   Dans le cadre d’une stratégie de développement à l’international, Vilmorin, devenu
        le 4ème semencier mondial, a acquis, en 2007, la totalité du capital d’Anadolu Tohum
        afin de conforter ses positions en Turquie. Celle-ci est ainsi devenue une filiale à
        100% française.

La semence potagère constitue l’activité principale d’Anadolu Tohum. Celle-ci s’adresse
aussi bien aux professionnels de l’agriculture qu’aux jardiniers et aux agriculteurs
amateurs. Anadolu Tohum est présente à tous les niveaux du marché des semences avec
186 points de vente, 13 chaînes de distribution et 106 magasins. Elle dispose également
depuis 2004 d’un centre de recherche et développement à Antalya. Elle travaille sur le
marché turc via 12 marques dont les plus connues sont Vilmorin, Anadolu, Vita, Genta,
Green Way, Ferry Morse, Mantel Holland, Helin et Elfer. Son effectif est constitué de 65
personnes dont 17 agronomes permanents.

Le cimentier Vicat fait aussi figure d’exception avec plus du quart de ses ventes ciment
réalisées en Turquie. Depuis 1991 et son entrée au capital de Konya Cimento, puis en 1994
dans Bastas Cimento à Ankara, la Turquie représente une composante majeure du groupe.
Quelques autres groupes réalisent en Turquie un chiffre d’affaires non négligeable, compris
entre 2% et 10% de leur total mondial.
C’est notamment le cas d’Özmaya, filiale turque de Lesaffre, qui représente presque 10% de
l’activité mondiale du groupe. C’est aussi le cas d’Oyak Renault qui a réalisé, en 2008 en
Turquie, 6,9% du chiffre d’affaires total de Renault. Avec un chiffre d’affaires de plus de 2,6
milliards € en 2008, la Turquie représente aujourd’hui l’un des principaux marchés pour
Renault et constitue une base de production et d’exportation d’une grande compétitivité qui
contribue très favorablement aux résultats du groupe.
A un niveau moindre, on peut citer CEVA DIF ILAC A.S., filiale de Ceva Santé Animale,
présente depuis le début des années 1990, et qui réalise 4,1% du chiffre d’affaires de la
maison mère en Turquie, grâce à la vente de ses produits pharmaceutiques vétérinaires.
Le secteur des banques et des assurances, où deux établissements réalisent plus de 2% de
leur chiffre d’affaires, est significatif. La joint-venture établie entre TEB et BNP Paribas
réalise presque 3% du chiffre d’affaires du Groupe BNP Paribas. Groupama, implanté depuis
bientôt 20 ans dans le secteur de l’assurance, réalise 2,7% de son chiffre d’affaires en
Turquie.
Pour l’immense majorité des groupes, la contribution de la Turquie au chiffre d’affaires
mondial demeure très modeste, avec moins de 2%. Appartiennent notamment à cette
catégorie les grands groupes suivants : Peugeot (0,5%), Total (0,9%) ; Valeo (1%), Alstom
(0,8%), Carrefour (1,2%).
Pour les PME, la situation est en réalité assez peu différente, avec une grande majorité qui
réalise en Turquie moins de 2% du chiffre d’affaires, comme Chimirec-Ekasan (1,7%),
A.Raymond (1%), SNOP (1,3%).


                                              22
                                 Vicat et l’ouverture internationale

    La production de ciment est la principale activité du groupe Vicat depuis plus de 150 ans,
    avec la découverte du ciment artificiel en 1817, par Louis Vicat puis la création de la
    Compagnie Vicat en 1853.
    D’abord située en Rhône-Alpes, l’activité de l’entreprise s’est rapidement étendue sur tout
    le territoire français entre 1960 et 1980. Depuis 1974 et l’acquisition d’une cimenterie aux
    Etats-Unis, le groupe n’a cessé d’accroître sa présence à l’international. Ainsi Vicat a investi
    en Turquie en 1991 et 1994, au Sénégal en 1999, en Suisse en 2001, en Egypte et en Italie
    en 2003, au Mali en 2004, au Kazakhstan en 2007 puis en Inde en 2008.
    Le groupe emploie aujourd’hui 6700 personnes à travers le monde, dont 1400 en Turquie,
    et dispose d’une capacité de production de 21 millions de tonnes de ciment.



La Turquie représente néanmoins déjà un enjeu jugé stratégique

L’implantation récente de nos entreprises laisse envisager un renforcement du poids de la
        Turquie dans leurs activités

    >> L’activité en Turquie de la majorité de nos entreprises est encore modeste en termes
    relatifs, mais sa croissance est bien souvent telle que celles-ci anticipent une situation
    passablement différente d’ici quelques années seulement.
    Si la contribution à la croissance des entreprises françaises de leurs implantations turques
    est encore modérée, parce qu’elle est atténuée par la taille relative des opérations en
    Turquie, elle pourrait devenir majeure d’ici quelques années, sous réserve naturellement de
    profiter de la croissance du marché turc. Ce réservoir de croissance, qui existe dans d’autres
    pays émergents, est d’autant plus valorisé que la croissance demeure atone et en tout cas
    structurellement inférieure sur les marchés européens et américains, qui sont plus matures
    voire saturés.

    >> L’impact de la présence en Turquie dépasse l’enjeu du seul marché turc

    Le caractère stratégique d’une présence en Turquie ne se résume en effet pas à un pari sur
    un gain de croissance – profitable si possible. Certaines caractéristiques du pays –
    notamment la faiblesse de ses coûts conjuguée à un niveau de développement déjà élevé
    dans certaines régions – expliquent en effet qu’une implantation puisse avoir des effets sur
    la compétitivité d’ensemble d’une entreprise. Ces effets peuvent être de deux ordres :



                                                  23
  -   Directs, si l’implantation en Turquie permet soit d’améliorer la compétitivité-prix par
      l’optimisation de la politique d’achat ou par l’exportation de produits finis à moindre
      coût, soit de développer des capacités d’innovation ;
   - Induits, et souvent initialement non prévus lors de l’implantation, si celle-ci favorise
      l’obtention de marchés en pays tiers, par le contact avec des clients ou des
      prescripteurs turcs, ou plus profondément la réévaluation de la stratégie de
      développement international en fonction de l’analyse des forces et des faiblesses des
      principaux concurrents turcs.
L’analyse des motifs de l’implantation de nos entreprises en Turquie montre précisément la
richesse de l’enjeu.




                                             24
    L’accès au marché turc demeure la motivation principale de
    l’implantation, mais d’autres facteurs jouent un rôle croissant (II)


    Un examen d’ensemble des motivations des sociétés françaises dans leur démarche
    d’implantation en Turquie permet d’en distinguer quatre, qui correspondent chacune à la
    recherche de l’optimisation d’une fonction de base de l’entreprise :
     vendre : l’implantation permet d’aborder le marché turc dans les meilleures conditions,
        en prolongeant une démarche d’exportation depuis la France qui rencontre souvent des
        limites ;
     produire : dans un certain nombre de cas, l’établissement d’une unité de production en
        Turquie ne répond pas uniquement – voire aucunement – à une stratégie de vente en
        Turquie, mais à la volonté de créer une base d’exportation à faible coût d’investissement
        et de fonctionnement.
     acheter : certaines sociétés consacrent une part significative de leurs moyens en Turquie
        au « sourcing » ou recherche de fournisseurs pour l’ensemble de leurs entités mondiales.
     innover : certaines entreprises commencent à développer en Turquie une véritable
        capacité d’innovation, qui va au-delà de l’adaptation des produits au marché local.
    Pour nos entreprises, la Turquie est donc à la fois un marché, une base de production à coût
    relativement bas, une plate-forme d’achat au meilleur prix et un réservoir de capacité
    d’innovation. Plus marginalement, pour quelques grands groupes, l’implantation en Turquie
    répond également à des considérations stratégiques d’identification et d’observation de
    concurrents turcs mais surtout étrangers émergent.
    Les témoignages des entreprises consultées montrent que les poids relatifs des quatre
    principaux motifs d’implantation sont très inégaux. L’attrait du marché turc se détache
    nettement et cette situation devrait perdurer dès lors que le développement économique
    accroît les débouchés commerciaux sur place. En dynamique toutefois, l’implantation de nos
    entreprises semble se complexifier et s’enrichir, prenant mieux en compte les possibilités
    d’exportation, d’innovation et de sourcing qu’offre la Turquie.


Les implantations répondent principalement à une ambition commerciale en
     Turquie


La production locale n’est, dans l’ensemble, que très faiblement exportée

       Chaque entreprise a certes des produits, une culture et une histoire qui lui sont propres
       et qui influencent son modèle de développement en Turquie. Il existe néanmoins des
       tendances lourdes et beaucoup suivent des schémas d’implantation comparables. La
       dynamique de développement la plus fréquemment rencontrée commence par des
       exportations vers la Turquie depuis une base française ou européenne ; à ce stade, un
       simple bureau de représentation peut suffire pour assurer la liaison avec les clients ou
                                                 25
       avec un réseau de distribution externe. Une deuxième étape est parfois franchie avec la
       création d’une filiale commerciale, ce qui permet de facturer en monnaie locale et
       surtout d’étoffer la présence commerciale pour démarcher plus activement les clients ou
       mieux contrôler les distributeurs.
       Mais rapidement, un constat fréquent se dégage : pour vendre en Turquie, il faut y
       produire, et ce pour de multiples raisons : compétitivité-coût, maîtrise des délais de
       livraison, offre d’un service après-vente performant, réactivité à l’évolution de la
       demande ou encore exigences des autorités en termes de localisation. Les entreprises,
       notamment celles qui produisent des biens, préfèrent donc souvent une exploitation
       directe en Turquie que de servir seulement le marché turc depuis la France.
       Il est en effet frappant de constater que l’essentiel des capacités de production des
       entreprises française présentes en Turquie répond à cette logique commerciale, ce
       qu’atteste la faiblesse des taux d’export. La quasi-totalité des entreprises industrielles
       indique exporter hors de Turquie moins du quart de sa production, chiffre d’ailleurs
       souvent inférieur à 10%. Parallèlement, aucun cas d’export de services à partir de
       Turquie n’a été identifié.
       La deuxième caractéristique majeure de la production (mais aussi de services) par nos
       entreprises en Turquie est qu’elle s’accompagne fréquemment d’exportations à partir de
       la France ou d’Europe, soit pour les produits finis les plus hauts de gamme, soit pour des
       composants critiques. L’exemple de L’Oréal témoigne de ce phénomène : si l’entreprise
       est présente en Turquie pour la vente de presque toutes les marques du groupe, elle doit
       importer bon nombre de ses produits, sa capacité de production en Turquie se limitant,
       pour l’instant, aux produits capillaires.
       La situation reste donc très éloignée d’un schéma de délocalisation où la Turquie
       prendrait le relais de la France comme base exportable.


Quel marché ?

    Les opportunités d’investissements concernent de nombreux secteurs en Turquie, aussi bien
    pour la production de biens que de fournitures de services. Il ne s’agit pas ici de répertorier
    et de classer les secteurs qui devraient faire l’objet d’investissements plus massifs de la part
    des sociétés françaises, mais plutôt de montrer, à partir d’exemples d’entreprises
    rencontrées, la diversité et l’attractivité du marché turc.
L’accompagnement des clients historiques

    Bien souvent, l’idée de venir en Turquie est suggérée, avec plus ou moins d’insistance, par
    certains clients français ou internationaux.
    Tel a été le cas en particulier des équipementiers automobiles, comme Valéo, dont
    l’implantation en Turquie en 1989 a certes aussi été guidée par l’ambition de développer les
    marchés voisins d’Iran, de Russie, de Roumanie et du Moyen-Orient, mais motivée en
    premier lieu par le besoin de fournir les clients locaux comme Renault. Le groupe Renault a
    aussi encouragé l’arrivée d’autres entreprises françaises comme SNOP Izmit Metal,
    implantée à Gebze et dont l’activité principale est de fournir des pièces de structure
    automobile. La société A. Raymond, spécialiste des systèmes de fixation par clipage et
    collage, d’abord pour le marché automobile, puis pour l’industrie et le bâtiment fait aussi
                                                  26
   partie des entreprises françaises arrivées en Turquie à la demande de son client Delphi, un
   des plus grands concepteurs et fournisseurs de pièces détachées destinées au marché
   automobile.
   Dans le domaine des services, de nombreux exemples témoignent aussi de l’importance de
   l’accompagnement des clients historiques. Tel est le cas du groupe de logistique (stockage,
   supply-chain, etc.) et de transport GEFCO, présent en Turquie depuis juillet 2002 et qui a fait
   le choix, à l’origine, de venir en Turquie pour accompagner le développement des activités
   du groupe PSA.
Le marché proprement turc

   Avec une population de 71,5 millions d’habitants, âgés de moins de 25 ans pour plus de la
   moitié, le marché turc constitue, en soit, un des marchés les plus attractifs pour les
   entreprises françaises et étrangères. La très grande majorité des entreprises contactées
   citent la taille et le dynamisme du marché turc comme première justification pour le choix
   de leur implantation. Complémentaire de la taille du marché, la proximité géographique de
   la Turquie avec la France, et donc de l’Europe, figure aussi en tête de la liste de ces
   justifications : la Turquie est, en effet, non seulement très proche de la France, mais
   constitue aussi un carrefour commercial stratégique.
   Le marché turc est devenu aussi particulièrement attractif pour les entreprises françaises
   depuis la mise en œuvre des réformes structurelles à la suite de la grave crise économique et
   financière de 2001 .On constate d’ailleurs que de nombreuses implantations de PME, se sont
   matérialisées depuis la fin de cette crise. La perspective du rapprochement avec l’ensemble
   européen a aussi favorisé la dynamique de rattrapage et accéléré l’effort d’harmonisation du
   tissu économique pour se mettre en adéquation avec les standards mondiaux.
   Ce double mouvement a eu des effets particulièrement positifs sur le développement
   d’opportunités sur le marché turc, et qui explique, en partie, la croissance constatée ces
   dernières années. Cités par de nombreuses entreprises françaises, les chiffres de la
   croissance turque ont été en effet impressionnants jusqu’à l’automne 2008 : l’expansion
   moyenne du PIB a été de sept points par an, entre 2002 et 2006.
   De nombreux secteurs à forte croissance suscitent un intérêt tout particulier de la part des
   entreprises françaises, mais aussi étrangères, pour le marché turc. C’est le cas, par exemple,
   du secteur de l’énergie : si le bouquet énergétique turc fait la part belle aux énergies fossiles
   qui représentent 70% de l’ensemble, les investissements dans les infrastructures
   hydroélectriques ainsi que dans les énergies renouvelables sont une des priorités du
   gouvernement depuis quelques années.




                                                  27
                      Focus sur les énergies renouvelables en Turquie

Hydroélectricité
Potentiel hydroélectrique de la Turquie :
brut : 433 Md kWh/an ;
technique : 216 Md kWh/an ;
économique : 150 Md kWh/an.
En 2007, les 148 centrales hydroélectriques installées sur le territoire, qui représentent une
capacité installée de 13 393 MW, ont produit près de 47 590 GWh. La Turquie utilise
aujourd’hui seulement 32 % de son potentiel économique. 158 centrales hydroélectriques
sont actuellement en construction ce qui représente une capacité installée additionnelle de
6 564 MW et une production additionnelle de 23 620 GWh/an. La valorisation du potentiel
hydroélectrique de la Turquie demeure une priorité majeure du nouveau gouvernement.

Eolien
La Turquie, considérée comme un pays plutôt riche en potentiel éolien, dispose
actuellement d’une puissance éolienne installée de près de 200 MW. Selon les évaluations
conduites par l’association des investisseurs privés du secteur éolien et hydraulique
(RESSIAD) sur la base de mesures du vent depuis 7-8 ans, les experts estiment que près de
10 000 MW (soit 30 milliards de kWh par an) pourraient être produits par des turbines
éoliennes en Turquie. Ce chiffre correspondrait, selon l’association, en valeur à près de 2
Md USD par an. Les études de faisabilité sur le développement de l’énergie éolienne en
Turquie, menées par l’EIE (Direction générale des études pour les travaux électriques du
ministère de l’Energie et des Ressources naturelles), sont pour les investisseurs des pistes
de réflexion intéressantes sur le choix des sites à un fort potentiel. Un atlas éolien de la
Turquie recoupe les données de base utiles pour tout investisseur : carte des vents, zones
naturelles protégées, réseau de transport d’électricité.

Solaire
Le potentiel de production d’énergie solaire est relativement important en Turquie. Des
études ont ainsi montré que la Turquie recevait en moyenne 2 640 heures d’ensoleillement
par an avec une intensité de 3,6 kWh/m²/jour. Le solaire thermique et l’utilisation de
collecteurs pour l’eau chaude des habitations sont répandus sur le territoire turc.

Géothermie
La Turquie possède un potentiel géothermique considérable estimé à près de 31 500 MW th
(7e potentiel à l’échelle mondiale). La direction générale de la recherche et de l’exploration
minière en Turquie a identifié, à ce jour, 170 champs géothermiques avec des températures
pouvant monter jusqu’à 292°C. Ils sont situés, pour la plupart, dans les régions de la mer
Egée et de l’Anatolie centrale, autrement dit dans les zones où la concentration
démographique est la plus élevée. Le potentiel de développement est donc important pour
le chauffage urbain et la production électrique. Dans le cadre de la libéralisation des
marchés de l’énergie, la Turquie a lancé en août 2008 un projet de privatisation de 33
champs et 32 puits géothermiques appartenant actuellement à MTA (société nationale pour
l’exploration minière).


                                             28
Le secteur du transport fait aussi partie des secteurs turcs en forte croissance : si le transport
routier représente à lui seul 95% du transport de passagers et de marchandises, sa
croissance, de 8% chaque année en moyenne selon la direction des routes, a un impact
direct sur les investissements publics dans tous les sous-secteurs du transport. De nombreux
projets autoroutiers, ainsi que des travaux de doublement de voies des routes sont
actuellement en cours.
Le secteur ferroviaire fait aussi l’objet de développements importants. Au total, le ministère
turc des Transports évalue à près de 20 Mds USD les investissements à réaliser dans le
secteur ferroviaire sur les 10 à 15 prochaines années, afin de rendre le transport sur rail
attractif et de corriger la domination quasi-totale de la route pour le transport des passagers
et des marchandises. Dans un contexte budgétaire contraint, le gouvernement turc peut
compter sur l’implication des bailleurs multilatéraux, et en particulier de la BEI, qui a
annoncé que sa priorité en Turquie irait dans les prochaines années au financement des
projets relevant des réseaux transeuropéens. Parmi les projets en cours ou en cours
d’achèvement, il faut souligner le projet Marmaray – construction d’un tunnel sous le
Bosphore, dédié au rail – ainsi que le projet de ligne à grande vitesse reliant Ankara à
Istanbul.
Dans le domaine des services, on peut souligner la taille encore modeste du secteur de
l’assurance, qui présente cependant un fort potentiel et se développe rapidement. La prime
annuelle de cotisations d’assurance est en effet encore très faible en comparaison des
standards européens :
- la prime moyenne par habitant est de 75,3€ contre 1333,5€ en Europe en 2007 (OCDE)
- la prime d’assurance en % du PIB (taux de pénétration) est de 1,7% pour la Turquie contre
10,3% pour la France et 15,7% pour la Grande-Bretagne en 2007 (OCDE).
 Très actif en Turquie, Groupama n’a cessé de croître ces dernières années. Le groupe croit
en effet depuis longtemps au potentiel de développement du marché de l’assurance en
Turquie : dès 1991, Gan a pris une participation de 30% dans le capital de Günes. Cette
participation a été progressivement renforcée par achat de titres en bourses pour atteindre
un total de 36% du capital. En 2006 et dans le cadre du programme de privatisation,
Groupama a remporté la vente aux enchères des participations de l’Etat dans Basak Sigorta
(56,67%) et dans Basak Emeklilik (41%). Si 2007 a été marquée par le changement de
marque « Basak Groupama », 2008 s’est en revanche caractérisée par les acquisitions de
Güven Sigorta et de Güven Hayat, qui ont renforcé la position de Groupama en Turquie : le
groupe est ainsi devenu le 5ème assureur dommages du marché turc et consolide sa 2ème
place sur le marché de l’assurance vie.

                    Les assurances : un marché à fort potentiel en Turquie

 Le marché turc de l’assurance est encore modeste, mais il présente un fort potentiel et se
 développe rapidement. Alors que la Turquie est la 17ème économie du monde par son PIB, le
 marché turc de l’assurance ne figure qu’au 35ème rang mondial – 27ème en IARD (incendie,
 accident, risques divers) et 42ème en vie. L’assurance n’est pas encore entrée totalement
 dans les mœurs en Turquie, tant pour des raisons religieuses que culturelles (importance de
 la solidarité familiale), mais le marché progresse très rapidement : +27 % en moyenne par
 an depuis 2001 (à titre de comparaison avec des marchés de taille similaire : +18 % par an

                                               29
     pour la Grèce, +20 % pour la République tchèque). En 2006, la prime d’assurance moyenne
     par habitant était de 89,2 USD en Turquie, (489,3 USD en Grèce), soit un chiffre proche de
     ceux des marchés roumain (94,5 USD) et bulgare (100 USD). Cette même année, les primes
     ont représenté 1,6 % du PIB en Turquie : cela est loin de la moyenne de l’Union européenne
     (8,3 % du PIB), mais se compare avec les ratios habituels de pays émergents (autour de 2 %
     pour des pays comme la Russie, la Grèce ou la Roumanie). Une cinquantaine de compagnies
     d’assurance opèrent en Turquie, mais le marché est très concentré, les 10 premières
     entreprises représentant respectivement 74 % et 89 % des marchés IARD et vie. Parmi ces
     10 entreprises, seules deux ne comptent pas de participation étrangère à leur capital. En
     effet, après une période d’hésitation les opérateurs étrangers ont investi massivement le
     marché turc de l’assurance (depuis 2006) et sont entrés au capital de certaines des 10 plus
     grandes compagnies turques. C’est le cas de Groupama et d’Axa, mais aussi d’Ergo/Munich
     Re, d’Eureko de Mapfre, de Zurich, et d’ING. Cette intrusion des compagnies étrangères ne
     concerne pas que le « top ten » puisque, sur 50 compagnies d’assurance « actives » en
     Turquie, presque la moitié d’entre elles compte une participation étrangère.
     Le gouvernement a adopté une nouvelle loi sur les assurances en juin 2007. Cette loi
     modifie de nombreux aspects de l’assurance en Turquie, et touche à la fois à la création des
     sociétés, leur fonctionnement et leur cessation d’activité. La loi stipule qu’un certain
     nombre d’obligations imposées dans la perspective de l’adhésion de la Turquie à l’Union
     européenne pourront être adoptées par simple décision du Conseil des ministres. Aucun
     nouveau texte relatif aux assurances ne devra dès lors être soumis au Parlement avant
     l’adhésion du pays à l’UE. Parmi les mesures du ressort du Conseil des ministres, on relèvera
     la suppression des discriminations qui frappent les compagnies étrangères et l’adoption
     d’un système de libre prestation de services.



La grande majorité des entreprises envisage une progression rapide de leur chiffre d’affaires
       en Turquie durant les prochaines années.


    En dépit de la récession que traverse la Turquie, la grande majorité des entreprises
    interrogées anticipe une forte augmentation du chiffre d’affaires en Turquie au cours des
    années à venir.

    Le groupe Accor, présent en Turquie depuis 1992 avec la fondation de sa filiale Accord
    Service Turquie, même s’il qualifie de « bonne », en termes de chiffre d’affaires, sa situation
    en Turquie, envisage une marge de progression très importante dans les prochaines années.
    En effet, au regard de la taille du pays et de la taille du marché potentiel, l’activité du groupe
    recèle un fort potentiel de croissance. Comme pour d’autres sociétés françaises, les phases
    d’expansion ont plusieurs fois été entrecoupées de phases plus difficiles, en période de crise,
    ce qui explique que le potentiel, dans beaucoup de secteurs, reste à développer. Après une
    phase de démarrage assez difficile au début des années 1990, la phase de développement
    jusqu’à la crise de 2001 a été particulièrement bénéfique : c’est durant cette période
    qu’Accor a introduit en Turquie le Ticket Restaurant, avantages consentis aux salariés des
    grandes, puis des moyennes entreprises. La période qui a suivi la crise de 2001 a aussi été
    caractérisée par une forte croissance de l’activité du Ticket Restaurant et d’autres
                                                   30
    innovations. Sodexo a pour objectif, à l’horizon 2015, de multiplier par deux le chiffres
    d’affaires et par trois le résultat net. Pour cela, la société se base sur son savoir-faire et son
    image mais aussi sur la diversification rapide de ses activités : en 1992, en effet, seule la
    restauration collective faisait partie des activités, alors qu’aujourd’hui le management de
    service est venu s’agréger aux autres activités.
    Le cabinet de conseil Gide Loyrette rejoint les précédentes analyses et insiste sur un
    potentiel encore inexploité. Satisfaite de ses résultats, la société espère multiplier par trois
    ses activités en Turquie au cours des trois prochaines années, notamment par
    l’intensification de la fonction « d’accompagnement de clients ».
    Véolia, arrivée en Turquie en 2003 avec la signature d’un contrat d’exploitation des services
    Eaux et Assainissement avec le syndicat de communes de Cesme et d’Alaçati –mer Egée –
    qualifie le pays de stratégique pour les années à venir, compte tenu des besoins des
    collectivités en termes d’infrastructures –eau, assainissement – et de l’harmonisation avec
    les normes européennes. La taille de la société, qui emploie actuellement 80 personnes en
    Turquie, pourrait « décupler » dans les années à venir.
    Dans le secteur de la distribution, CarrefourSA, qui emploie plus de 7200 personnes et dont
    la présence remonte à 1993, planifie de doubler, au minimum, son parc de magasins via une
    stratégie de croissance organique mais également en raison de la concentration attendue du
    marché ; la chaîne de super et hyper marchés prévoit ainsi d’acquérir des chaines
    concurrentes au cours des prochaines années.
    Le secteur automobile, malgré sa relative maturité, est aussi unanime, quant aux possibilités
    de développement du marché turc : Renault estime en effet que le marché local n’est pas
    saturé et possède un réel potentiel de développement. Pour atteindre le même taux de
    motorisation que des pays comparables, plus de 15 millions de véhicules supplémentaires
    pourraient être vendus en Turquie. Peugeot confirme cette tendance et au vu de la
    progression de ses ventes réfléchit à une possible implantation industrielle en Turquie, où le
    groupe ne produit pas, ni ne fait produire, à l’heure actuelle, de véhicule particulier.
    Le groupe Rhodia pourrait lui aussi, si l’opportunité se présente, évoluer vers une présence
    industrielle, en fonction des évolutions positives suivantes : segment en forte croissance,
    clients multinationaux implantés en Turquie, opportunité de rachat d’une société turque
    opérant sur un de leurs marchés.


Le marché turc est souvent vu comme une plateforme stratégique et une
    passerelle pour l’accès aux marchés d’Asie centrale, du Moyen-Orient et
    des Balkans.

    Comme cela a été évoqué, les entreprises françaises qui exportent une part significative de
    leur production turque ne constituent pas une majorité. Celles qui exportent l’essentiel de
    leur production vers la France sont très rares.
Pour une infime minorité d’entreprises, la Turquie est principalement une base d’exportation
      à bas coût vers la France

    Implantée dans la région d’Izmir, FT Bestas, filiale du groupe LISI Aerospace a racheté en
    2001 une usine productrice de fixations aéronautiques de grande qualité. Si la production de
                                                   31
cette usine de sous-traitance est exportée à 95% vers la France, il s’agit d’une implantation
de croissance externe pour le groupe, puisque celle-ci n’a pas conduit à une baisse d’activité
ou une fermeture d’usine en France. Par cette implantation, présente uniquement en
Turquie dans la phase de production, le groupe est venu chercher dans la région égéenne
des coûts plus bas que ceux pratiqués en France.


            Les fixations et les composants d’assemblage pour l’aéronautique :
                                  le groupe LISI – Aerospace

Le marché mondial des fixations et composants d'assemblage aéronautique est estimé à
plus de 2 milliards d'euros. Avec près de 15% de part de marché, LISI AEROSPACE est
numéro trois mondial et détient en particulier des positions fortes chez AIRBUS et chez les
motoristes européens.
Aux Etats-Unis, LISI AEROSPACE est historiquement présent dans les fixations de
structures, et consolide ses positions chez BOEING.
Après plusieurs années de développement, LISI AEROSPACE est devenu aujourd'hui un
partenaire des motoristes et équipementiers Américains.
Dans le marché "niche" des fixations et composants d'assemblage destinés à la
compétition automobile, qui partage avec le monde aéronautique les matériaux et des
process de haute technologie, LISI AEROSPACE est devenu le numéro un mondial depuis
l'acquisition de la société américaine A-1.
LISI AEROSPACE est fournisseur de rang I et ses principaux clients ont pour nom AIRBUS,
BOEING, EMBRAER, BOMBARDIER, DASSAULT, GEAE, PRATT & WHITNEY, ROLLS ROYCE,
SAFRAN, EUROCOPTER et tous les équipementiers mondiaux du secteur aéronautique.
Le groupe compte aussi parmi ses partenaires FERRARI, RENAULT SPORT, BMW, TOYOTA
RACING DIVISION ainsi que d'autres écuries et équipementiers comme PANKL.


Dans le cas de Sencora, société de droit turc de construction de bateaux – yachts et péniches
– l’implantation en Turquie ne semble pas correspondre à un choix tactique mais à une
nécessité absolue, pour des raisons de coûts. En effet, pour le Président de cette société
détenue à 96% par la maison mère française, il n’aurait pas été possible de créer Sencora
avec un centre de production en France. Cela signifie que les emplois qui ont été créés en
France pour commercialiser les bateaux produits ne l’auraient sans doute pas été sans la
création d’un site de production en Turquie. Ce dernier, situé sur les bords de la mer de
Marmara, à Yalova, emploie actuellement 115 personnes.

Comme pour le cas précédent, cette implantation ne peut être assimilée à une
délocalisation. De fait, les cabinets d’avocats français implantés en Turquie confirment
l’extrême rareté des cas de délocalisations de production depuis la France au cours des dix
dernières années.




                                             32
Pour un nombre croissant d’entreprises françaises, le marché turc est souvent considéré
      comme une base d’exportation régionale stratégique

    Plus de la moitié des groupes contactés, même s’ils n’exportent pas ou prou leur production
    turque dans la région, citent la position stratégique de la Turquie pour la conquête de
    nouveaux marchés. Cela signifie que, le volume des exportations de nos entreprises, à partir
    de la Turquie, pourraient augmenter significativement au cours des prochaines années.

    Dans le secteur du transport-logistique, la Turquie occupe depuis plusieurs années déjà une
    place de choix. Pour PROteameast, entreprise prestataire de services dans les métiers du
    transport et de la logistique, la Turquie est qualifiée de « pays pivot », et « pays carrefour »
    qui permet de développer l’activité et les offres de services. D’abord implantée pour le
    marché turc, l’entreprise, qui travaille aussi bien avec des sociétés françaises que turques, se
    développe vers les pays d’Asie centrale mais aussi l’Iran. Selon son directeur général, l’Irak
    deviendra dans un avenir proche une grande opportunité d’affaires. Cet enthousiasme est
    partagé par GEFCO qui, malgré la crise économique, insiste sur le caractère dynamique du
    marché turc en matière de transport. Grâce au développement des ports – Mersin sur la
    méditerranée, et les ports de la Mer Noire – et à l’extension des réseaux routiers et
    ferroviaires, la Turquie renforce sa position de base logistique internationale et de couloir
    entre l’Europe et l’Asie. Pour GEFCO, la Turquie pourrait devenir le centre d’une base
    régionale incluant les Balkans, les Républiques turcophones, l’Iran et l’Irak. Situé au cœur de
    cette zone, GEFCO Turquie pourrait avoir, d’ici quelques années, complété son implantation
    géographique en Anatolie et y disposer de sites structurés et d’un capital humain
    expérimenté et être ainsi à même de faire face à une hausse de ses activités dans la région.

    Le secteur automobile est depuis plusieurs années déjà concerné par les exportations
    régionales à partir de la Turquie. Si la production automobile des usines Renault de Bursa a
    toujours été destinée au marché local en priorité, la part exportée est désormais en
    croissance régulière. Bursa tient désormais aussi le rôle de plate-forme régionale de
    production et d’exportation en raison de sa proximité avec les nombreux marchés de
    perspectives de croissance importante comme l’Europe de l’Est – Russie, Roumanie, Hongrie,
    Pologne … - mais aussi le Moyen-Orient, les pays du Golfe, les Républiques d’Asie
    turcophone ainsi que le Maghreb. Les exportations du groupe Oyak Renault se dirigent
    aujourd’hui pour 31% à destination de la France et pour 69% à destination des pays tiers,
    essentiellement les pays cités précédemment.
    Valeo Otomotiv, dont la part des exportations vers les pays tiers est de 73% a, dès son
    implantation en Turquie il y a 20 ans, souhaité développer et suivre les marchés iranien,
    russe, roumain et du Moyen-Orient à partir de la Turquie. Tel est toujours le cas aujourd’hui.

    La plupart des autres domaines industriels sont aussi concernés par ce phénomène. Forte de
    son implantation en Turquie et en pleine croissance, Aromatech exporte environ 15% de sa
    production vers les pays de la région – Europe de l’Est, Moyen-Orient et Asie centrale.
    Dans le secteur de la construction, Lafarge Dalsan exporte 30% de sa production vers la
    Bulgarie, la Russie, la Géorgie, Israël, la Syrie, l’Egypte et la Jordanie, à partir de ses deux
    usines de plâtre situées près d’Ankara et à proximité d’Istanbul. Vicat, exporte 11% de sa
    production dans la région.
                                                  33
   Legrand, implanté en Turquie pour la fabrication de matériel électrique basse tension, insiste
   aussi sur le fait que « passer à côté » du marché turc aurait des conséquences négatives pour
   l’entreprise. Celle-ci se priverait non seulement du marché local, mais aussi d’une formidable
   plate-forme régionale. Legrand Turquie exporte une partie de sa production vers l’Europe du
   Sud et le Moyen-Orient.
   Dans le secteur alimentaire, l’entreprise Özmaya, qui représente 10% de l’activité mondiale
   du groupe Lesaffre, occupe une position stratégique en Turquie : cette implantation lui a
   permis non seulement d’exporter en 2008 pour plus de 27 millions d’euros dans les pays du
   Moyen-Orient, d’Asie centrale et même d’Afrique de l’Est, mais a aussi facilité l’ouverture de
   deux usines de production en Iran ces dernières années.
   Dans le secteur de l’énergie, l’implantation de Total en Turquie permet l’exportation de
   lubrifiants, fabriqués dans la région d’Izmir, vers Israël et le Nord de l’Irak. Mais cette
   présence en Turquie répond surtout à une volonté du pétrolier français d’avoir une position
   forte dans ce pays stratégique, situé sur une des grandes voies de passage du pétrole et du
   gaz en provenance du Moyen-Orient et de Russie.



Si certaines entreprises souhaitent faire de la Turquie une plate-forme
     mondiale d’achats pour améliorer leur compétitivité globale, ce
     phénomène reste toutefois limité

   Le fait de produire en Turquie implique de développer localement une fonction achat, car la
   capacité à se fournir sur place est un élément de la compétitivité des produits et des services
   offerts, en termes de coûts ou de maîtrise des délais ; ainsi, presque toutes les entreprises
   qui produisent en Turquie y « sourcent » également leur fournitures nécessaires à cette
   production. Ceva Dif Ilaç, comme la plupart des entreprises qui produisent en Turquie,
   achète « localement » pour 50% des composants. De même, Larth Havlu Radyator achète
   sur place les matériaux nécessaires au processus de production de son usine d’Izmir. Pour
   beaucoup d’entreprises, importer des produits nécessaires à la fabrication alors que ceux-ci
   sont disponibles sur place serait une aberration économique qui mettrait en danger la
   productivité et, de manière générale, la viabilité de l’implantation en Turquie.

   Un autre type de « sourcing » se développe également en Turquie, mais de manière plus
   marginale. Il s’agit, pour certaines entreprises, de s’approvisionner directement dans un
   pays, non pas seulement pour le processus de fabrication établi dans ce pays, mais pour
   l’ensemble des activités du groupe en France et à l’international, avec pour objectif un
   accroissement global de la productivité-coût.
   Ce phénomène, très répandu en Chine, semble se développer progressivement, mais de
   manière beaucoup plus limitée, en Turquie. Alstom Turquie, qui ne dispose pas de sites
   industriels en Turquie, achète ainsi depuis plusieurs années des sous-ensembles pour ses
   usines en France. Larth Havlu Radyator réfléchit aussi actuellement à la possibilité de
   développer ce type de sourcing pour approvisionner d’autres usines, hors de Turquie.
   D’autres sociétés françaises ont depuis longtemps développé ce système
   d’approvisionnement international à moindre coût, même s’il reste très minoritaire en
   nombre. C’est notamment le cas de Carrefour qui a créé en Turquie une filiale dédiée au
                                                 34
   sourcing (Carrefour Global Sourcing), totalement indépendante de la filiale distribution. Elle
   exporte environ pour 60 millions d’euros par an dans le monde entier, mais surtout vers
   l’Europe. D’une manière générale, ce type de sourcing est largement développé dans la
   grande distribution.
   Il l’est aussi dans le secteur automobile, comme en témoigne l’existence en Turquie de la
   centrale d’achats pour la Turquie et les autres implantations du groupe, Renault-Nisan
   Purchasing Organisation, RNPO.
   Dans un secteur très différent, celui des levures de boulangerie, Özmaya développe aussi ce
   type d’activité. Le groupe achète en Turquie et importe aussi depuis l’étranger. Certains
   produits et services sont achetés à travers le département d’achats du groupe, qui a aussi
   pour mission de référencer certains fournisseurs turcs qui livrent ensuite à d’autres sociétés
   du groupe dans le monde.

   La fonction achats est donc essentielle pour les entreprises qui produisent en Turquie. Son
   développement sous la forme de sourcing international, moins marqué que dans d’autres
   grands pays émergents, semble progresser dans certains secteurs.


La Turquie commence à accueillir quelques centres d’innovation d’entreprises
    françaises, mais de manière encore limitée

   Comme on l’a vu, le suivi du marché impose presque systématiquement d’installer sur place
   une fonction d’adaptation des produits aux besoins et aux goûts des clients. Cette structure
   peut soit travailler de manière autonome, soit servir de relais à des équipes qui restent
   basées en France.
   Un pas supplémentaire, que peu d’entreprises françaises ont franchi, consiste à créer en
   Turquie un véritable centre de recherche appliquée qui va au-delà de la simple adaptation
   des produits au marché.

   La grande majorité des entreprises contactées déclare en effet avoir développé de petites
   installations de recherche et développement (R&D). Bien que très utiles pour l’adaptation
   des produits au marché locaux, ces structures sont encore peu développées. Legrand, dont
   le site de production de matériel électrique basse tension est implanté à Gebze, consacre
   une faible part des ses activités à la R&D.
   Dans le domaine des cosmétiques, L’Oréal accorde aussi une place limitée à la recherche et
   développement sur son site de production, mais uniquement pour les produits capillaires,
   seul domaine pour lequel le groupe produit en Turquie.
   Dans le domaine de la construction, Lafarge Dalsan et Vicat ont eux aussi des activités de
   R&D. Pour le premier, ces activités se limitent au domaine des équipements. De la même
   façon, pour le second, la R&D n’intervient qu’à la marge dans le processus de production et
   de vente.
   Le développement d’une fonction de R&D concerne aussi le secteur des services. Les
   partenariats établis par Sodexo avec des universités, notamment sur la productivité des
   ressources humaines et sur le respect de l’environnement, peuvent être assimilés à de la
   R&D. Concernant le domaine des banques et assurances, TEB a lancé une étude –
   actuellement au stade de projet – pour développer un logiciel à destination de son réseau en
                                                35
Turquie. Chez Groupama aussi, la R&D passe souvent par l’utilisation des nouvelles
technologies : son département d’innovation marketing et technologiques a permis le
lancement du service SMS 6767 qui permet à tout abonné de se faire envoyer ses références
et d’obtenir aussi de nouvelles propositions d’offres de la part de Groupama.

Le secteur automobile pourrait connaître dans les prochaines années un bond de ses
activités de R&D. Il vise certes à produire 2 millions de véhicules dans les années à venir,
mais espère surtout développer la R&D et devenir ainsi un pôle d’excellence. Selon le
directeur général d’Oyak Renault, cet objectif ambitieux demande beaucoup
d’investissements en termes d’infrastructure, de logistique et sur la R&D ; l’Etat turc
commence à prendre en compte sérieusement ces requêtes. Le directeur général de
Peugeot Otomotiv estime lui aussi que beaucoup reste à faire en matière de R&D ; des
activités qui doivent notamment être développées avec les fournisseurs turcs locaux.
Interrogé sur son évolution future en Turquie, le fournisseur de produits automobiles
français A.Raymond, estime d’ailleurs que l’activité du groupe ira dans le sens d’une
meilleure prise en compte de la R&D pour ses activités en Turquie.

Dans les secteurs agricole et agro-alimentaire, le développement de centres de recherche et
développement semble plus systématique pour les entreprises françaises implantées en
Turquie. Ceva Dif Ilaç travaille actuellement sur le développement local de deux nouveaux
produits depuis plus d’un an. Anadolu Tohum effectue localement des recherches sur les
semences légumières, ainsi que sur les engrais. Si l’entreprise dispose d’un site à Istanbul
avec une usine de conditionnement de semences qui fait également la formulation et
l’emballage d’engrais, le site de recherche, consacré à 100% aux variétés légumières, est
implanté lui à Antalya.
Dans le domaine alimentaire, l’extension d’Aromatech en Turquie s’est accompagnée de
l’acquisition de nouveaux matériels de production et de laboratoire. Ces nouveaux locaux
permettent également à Aromatech Turquie d’agrandir ses laboratoires d’applications et de
développement d’arômes salés. Özmaya Sanayi dispose déjà d’un grand centre de recherche
de boulangerie à Ceyhan, dans le Sud de la Turquie.

Le caractère mondial de la recherche, fondé sur des centres d’innovation qui travaillent en
réseau, est désormais souvent reconnu comme un facteur-clé de succès. Ainsi les activités
des centres de recherche, jusqu’ici relativement limitées, pourraient connaître un
développement rapide. On peut cependant penser qu’il ne s’agira pas, dans la très grande
majorité des cas, de délocalisation des capacités de recherche en Turquie, principalement
par crainte d’une violation des droits de propriété intellectuelle, soit existants, soit à venir :
la recherche est souvent considérée comme le nerf de la guerre, l’activité qui par excellence
doit rester en France ou du moins en Europe ou en Amérique du Nord.




                                               36
    L’implantation : difficultés rencontrées et solutions trouvées (III)


    Malgré quelques périodes de récession et la grave crise financière de 2001-2002, la Turquie
    a connu globalement des années marquées par une forte croissance, notamment celles qui
    ont été encadrées par les deux derniers plans du FMI.
    La Turquie est désormais une économie ouverte, au moins en théorie. Avec la libéralisation
    de l’économie et la maturation des marchés, les conditions d’implantation se sont
    nettement améliorées. Un gros effort de clarification et de modernisation du cadre juridique
    a été accompli dans de très nombreux domaines.
    L’implantation reste toutefois dans de nombreux cas gênée, voire contrainte, par les
    lourdeurs des procédures parfois peu transparentes de l’administration turque. Dans le
    même temps, tout investissement en Turquie demeure exposé à des risques particuliers en
    matière de partenariats, de propriété intellectuelle et de ressources humaines. L’expérience
    de nos entreprises montre toutefois qu’il existe des solutions pour limiter l’occurrence et
    l’effet de ces risques.


Des pesanteurs administratives multiples qui handicapent parfois les
     implantations et l’activité économique

    L’insertion progressive de la Turquie dans le commerce mondial, le fait qu’elle soit membre
    de l’Organisation mondiale du commerce et de l’OCDE ainsi que l’existence d’un accord
    d’union douanière avec l’UE, n’empêchent pas ce pays d’avoir encore recours à des réflexes
    protectionnistes dans certains secteurs et de multiplier les entraves au commerce, parfois en
    violation manifeste de principes auxquels elle a officiellement adhéré. Les difficultés d’accès
    au marché, et celles liées, plus simplement, aux lourdeurs administratives sont nombreuses
    et de plusieurs ordres. Sans vouloir dresser un tableau exhaustif des dysfonctionnements, on
    reprendra ci-après, à titre illustratif, quelques difficultés auxquelles certaines entreprises
    françaises ont été confrontées.


Les principaux problèmes pour l’accès au marché


Des exigences administratives tracassières sur le contrôle des produits à l’importation…

    Prétextant ne pas pouvoir réaliser le contrôle des produits diffusés sur son marché local, la
    Turquie multiplie les procédures de contrôles au moment de leur importation. Ces
    tracasseries administratives, allongent les délais, augmentent les coûts de l’importation et
    conduisent in fine à des pratiques de caractère protectionniste.
     dans le domaine agricole :
    Le ministère de l’Agriculture se distingue par sa propension à édicter des normes, le plus
    souvent de caractère sanitaire, qui constituent autant d’obstacles à la libre circulation des
    marchandises. À titre d’exemple, tout produit agricole ou agroalimentaire importé doit
    obtenir un certificat de contrôle préalable (licence d’importation). Cette exigence est
    étendue aux produits, notamment en verre, qui entrent en contact avec les produits
                                                  37
    alimentaires comme les plats, mais aussi les cendriers qui sont susceptibles d’être sur la
    table. Par ailleurs, comme le ministère de l’Agriculture ne reconnaît pas, dans la plupart des
    cas, les certificats d’analyse émis par les organismes et par les laboratoires européens, les
    contrôles qu’il réalise dans ses propres laboratoires se traduisent par un allongement des
    délais, des surcoûts, voire des contestations sur les résultats des analyses. Les difficultés
    rencontrées en raison de la complexité des formalités administratives, tant aux douanes
    qu'au ministère de l’agriculture, sont très fréquentes.
    Toujours dans le domaine agricole, la viande et les animaux vivants sont interdits à
    l’importation en Turquie depuis 1996, sous prétexte de la maladie ESB, dite de la "vache
    folle". En raison de cette interdiction, la Turquie ne respecte pas l’engagement d’importation
    portant sur 19 000 tonnes de viande et sur 5 000 tonnes d’animaux vivants, qu’elle a souscrit
    à l’occasion de l’accord de concessions agricoles signé avec l’UE en 1998. En représailles, l’UE
    a été conduite à mettre en place des mesures de compensations comme des restrictions à
    l’importation des concentrés de tomates et de pastèques originaires de Turquie.
     dans le domaine industriel
    Pour les produits industriels provenant des pays de l’UE, l’Institut turc de la normalisation
    (TSE) réclame des échantillons, pour chaque catégorie de produits importés, afin de les
    soumettre à des analyses. Ces échantillons ne sont pas restitués aux importateurs, malgré
    leur valeur parfois élevée (cas des montures optiques, par exemple).
    Soucieuse d’harmoniser ses procédures techniques avec celles de l'UE et d’apporter toutes
    les garanties nécessaires pour la sécurité du consommateur, la Turquie exige le marquage
    "CE" sur certaines catégories de produits (machines, équipements électriques, jouets…).
    Comme les produits importés des pays tiers sont également soumis à cette exigence,
    l’obtention de certificats de conformité auprès du TSE, imposée sans préavis de préparation,
    s’est traduit en 2004 par un fort engorgement des bureaux de douane.


Un fonctionnement général de l’administration complexe et aléatoire

    D’une manière générale, réussir à obtenir les permis de travail nécessaires ne va pas de soi.
    Malgré les facilités introduites récemment dans la législation pour la création de sociétés
    (suppression de l’autorisation préalable d’investissement, suppression de l’obligation de
    verser 50 000 USD au titre de chacun des associés étrangers), l’ouverture d’un bureau de
    liaison reste encore aléatoire. À titre d’exemple, le transfert de la compétence sur les permis
    de travail au ministère du Travail, a allongé la durée requise pour l’obtention des
    autorisations. Plusieurs mois de démarches peuvent être nécessaires pour l’aboutissement
    de cette démarche.
    Les entreprises rencontrées citent fréquemment les difficultés auxquelles elles ont été
    confrontées pour l’obtention de permis de travail, mais pas de manière systématique.
    Groupama a du y faire face pour chacun des six expatriés qu’elle emploie. Özmaya Sanayi
    rencontre aussi des difficultés accrues depuis le changement de ministère compétent et le
    nécessaire accord des chambres professionnelles. Ces dernières exercent un certain contrôle
    corporatiste, plus ou moins prononcé, et plus ou moins favorable à l’arrivée d’investisseurs
    étrangers, selon les fédérations concernées. Cette complexification de la procédure a poussé
    Özmaya à déléguer l’obtention des permis de travail à un cabinet d’avocat, alors que
    l’entreprise effectuait elle-même cette démarche avant la réforme.

                                                  38
    Pour Areva, au contraire, l’obtention de permis de travail n’a jamais posé problème. Pour
    faciliter la réussite de cette démarche, Areva conseille une participation systématique à
    toutes les associations et instances diverses, telles que les associations d’exportateurs, les
    associations d’ingénieurs ou les chambres de commerce.

    Mention peut être faite aussi que l’embauche de certaines catégories professionnelles est
    rendue plus difficile du fait d’une priorité accordée aux personnes de nationalité turque. Les
    ingénieurs sont, à cet égard, tout spécialement visés. Le recrutement de cette catégorie
    professionnelle particulière reste possible, mais après un processus long et compliqué. Il est
    donc conseillé de recourir à des cabinets spécialisés pour maximiser les chances de
    dénouement positif lorsqu’une telle démarche est engagée.

    L’obtention des permis de travail n’est qu’un des aspects de la complexité et de la lourdeur
    administrative. Malgré sa très bonne connaissance du pays et de son administration, le
    président de Sencora déplore encore « la longueur et la complexité pour l’obtention de
    toutes les autorisations nécessaires ». Pour certaines entreprises, la complexité peut même
    se transformer parfois en instabilité administrative. Ainsi, Larth Havlu Radyatör a vu
    récemment le statut administratif de ses terrains changé : acquis dans les « règles de l’art »,
    ils sont aujourd’hui considérés comme agricoles, ce qui fait planer sur l’entreprise une
    menace d’expulsion.

    La lourdeur et la complexité de l’administration turque trouvent parfois leur origine dans son
    caractère fragmenté : il s’agit là d’un cloisonnement extrême entre les différents services
    administratifs qui a pour conséquence l’accumulation des délais et la « fameuse » lenteur
    bureaucratique. Areva souligne avoir déjà rencontré des oppositions entre les exigences du
    service du feu et celles du service de l’eau en matière de réglementation liée à la sécurité.
    Pour passer outre ces contradictions et ne pas être en infraction à l’une des deux
    législations, la société doit alors se résoudre à faire un choix et obtenir une dérogation vis-à-
    vis de la législation qui n’a pu être respectée. Il n’est cependant pas toujours aisé de trouver,
    au sein de l’administration, l’agent susceptible de prendre la responsabilité d’accorder cette
    dérogation.
Problèmes de l’attribution peu transparente des marchés publics

    Plusieurs entreprises françaises qui sont amenées, dans l’exercice de leurs activités en
    Turquie, à répondre à des appels d’offres pour l’obtention de marchés publics, jugent peu
    transparent cet ensemble de procédures. Alstom a notamment eu la mauvaise expérience
    d’assister à l’attribution de quelques gros contrats à la concurrence – en particulier coréenne
    - et notamment sur financements européens. Le président d’Alstom Turquie considère
    d’ailleurs ce manque de transparence et de rigueur dans les appels d’offres publics –aucun
    problème grave n’est à signaler par contre sur le sérieux du secteur privé – comme l’une des
    principales faiblesses de la destination Turquie à l’heure actuelle. Cela nuit à l’ensemble de
    l’économie turque qui dispose pourtant de nombreux atouts, aussi bien en termes
    d’infrastructures qu’en termes d’acteurs locaux professionnels et dynamiques. Véolia
    regrette aussi, en plus des insuffisances du cadre contractuel, ce manque de transparence
    dans l’attribution des marchés publics.

                                                   39
    Cette problématique de la transparence dans l’attribution des marchés publics doit être
    rapprochée d’une autre difficulté souvent relevée. Si la Turquie a signé la Convention de
    l’OCDE sur la lutte contre la corruption, certaines entreprises ont souligné les difficultés
    rencontrées, notamment vis-à-vis des administrations locales. La Turquie reste classée en
    61ème position sur un total de 180 pays dans le classement général de l’indice 2009 de
    perception de la corruption, publié par Transparency International.
    Le cadre légal favorise lui-même quelques fois un autre type de débordement. Si l’entreprise
    X, qui peut être une entreprise française travaillant en Turquie, lance un appel d’offres, elle
    ne peut, selon la loi, attribuer le marché avant d’avoir soumis l’ensemble des offres à la
    municipalité, officiellement pour s’assurer que l’entreprise choisie in fine est bien fiable.
    Grâce à cette procédure, la municipalité a ensuite toute loisir de faire payer les
    soumissionnaires, qui acceptent souvent pour pouvoir être recommandés auprès de
    l’entreprise X.


Les principaux risques d’une implantation

    Excepté le problème du rapport avec l’administration, quelque soit le pays, toute démarche
    d’implantation commerciale ou industrielle comporte des risques politiques, réglementaires
    concurrentiels, etc…La Turquie ne fait pas exception. Si l’on peut identifier des étapes bien
    différenciées dans le mouvement d’implantation en Turquie, il serait en revanche erroné de
    croire que nos entreprises, une fois installées en Turquie, y ont un développement continu :
    beaucoup ont connu des accidents de parcours et toutes ont dû s’adapter aux mutations de
    l’environnement des affaires.
    Parmi les différents risques liés à l’implantation, trois méritent un examen plus approfondi :
     les conflits avec le partenaire local ;
     les atteintes à la propriété intellectuelle ;
     les difficultés de gestion des ressources humaines.


La question centrale du partenariat capitalistique

    Faut-il prendre un partenaire turc ? Si certains seraient tentés d’apporter une réponse
    catégorique, d’autres envisagent une réponse adaptée en fonction du secteur concerné. Sur
    les 20 dernières années, on constate qu’une première phase d’implantation s’est faite sous
    forme de coentreprises. Les filiales à 100% se sont développées et sont aujourd’hui
    privilégiées car elles permettent de ne pas avoir à gérer des partenaires fréquemment
    critiqués.


La coentreprise, une solution initiale d’implantation souvent critiquée

    Longtemps, et dans de nombreux secteurs, la forme de la coentreprise avec un partenaire
    turc a été imposée aux sociétés étrangères désireuses de dépasser l’étape du bureau de
    représentation et de créer une filiale en Turquie. Aux yeux des autorités, ce type de sociétés
    présente l’avantage de favoriser les transferts d’expérience, de méthode et de technologie
    vers les entreprises turques. Mais ces structures juridiques peuvent aussi profiter aux
                                                  40
entreprises étrangères, qui s’appuient souvent sur le réseau relationnel de leur partenaire à
la fois pour pénétrer plus vite le marché et pour assurer l’interface avec les autorités
administratives et politiques. Bien souvent, la coentreprise est donc un moyen, classique et
accepté sinon choisi, d’intégration locale des entreprises étrangères.
L’expérience des entreprises françaises en Turquie a montré plusieurs types de difficultés,
plus ou moins sévères, avec leurs partenaires turcs :
 le plus souvent, le partenaire n’apporte pas la valeur ajoutée attendue en termes
     relationnel commercial et institutionnel ; il est « dormant » ;
 des divergences de fond quant à la stratégie à conduire apparaissent aussi fréquemment.
     De nombreuses sociétés françaises indiquent que les partenaires turcs cherchent
     souvent à maximiser leurs dividendes à court terme, au détriment d’investissements de
     long terme ;
 dans quelques cas, le partenaire développe des pratiques douteuses ou profite de la
     structure commune pour monter de son côté une activité concurrente.
Ces problèmes ont parfois conduit des entreprises françaises, notamment des PME, à se
retirer de Turquie. Mais dans la majorité des cas, il a été simplement mis fin au partenariat
et l’entreprise française a continué seule ses activités.
Danone Hayat a débuté ses activités en Turquie sous la forme d’un joint-venture avec le
groupe Sabanci. A la suite de nombreux problèmes, la coentreprise a cessé de fonctionner
en 2004 et Danone Hayat continue son activité depuis lors sous la forme d’une filiale à 100%
d’une entreprise française.
Bed & Breakfast a aussi connu des difficultés, à deux reprises. Pour le président de la société,
le partenariat s’est avéré être un exercice difficile en Turquie : des promesses, souvent faites
au début, n’ont pas été tenues au cours du partenariat. Selon lui, le point le plus important
est de contrôler l’aspect financier du partenariat sans quoi des mauvaises surprises peuvent
se produire.

Même si le partenaire choisi se révèle être honnête – c’est la grande majorité des cas – les
divergences de fond quant à la stratégie à suivre apparaissent souvent. Pour Sodexo par
exemple, il existait un partenariat, au début de l’implantation, en 1992 : 60% des capitaux
étaient détenus par Sodexo et le solde par le partenaire. En raison de différence de culture
et d’approche commerciale, la relation s’est mal passée et, après la crise de 1994, ils se sont
séparés. Ce fut le cas aussi pour PROteameast, qui a connu quelques problèmes, par le
passé, avec un partenaire, dont la vision à court terme et le besoin de retour sur
investissement ont rendu la relation difficile.

L’expérience de Total Oil en Turquie montre que, pour un même secteur, un partenariat
peut être une réussite ou non. Les deux entreprises Total et Elf étaient présentes en Turquie
depuis 1991 avant de fusionner en 2002 sous le nom de Total Oil Turkiye. Avant cette fusion,
les deux filiales avaient été conçues avec des partenaires locaux différents. En termes de
relations, celles-ci étaient correctes entre Total et son partenaire et excellentes du côté Elf
avec le groupe Selyak. Depuis, Total Oil Turkiye n’a plus de partenaires et est une filiale à
100% du groupe Total.



                                              41
    Si des problèmes peuvent exister dans la relation de partenariat, plusieurs filiales françaises
    témoignent d’un partenariat très positif sans lequel leur développement en Turquie n’aurait
    pas été aussi rapide.
    Selon le directeur général de Renault, le partenariat établi depuis 40 ans avec Oyak est
    « solide et réussi ». A l’époque de l’implantation de Renault en Turquie, il fallait
    obligatoirement disposer d’un partenaire local, le partenaire étranger ne pouvant pas être
    majoritaire non plus. Depuis 40 ans, les équipes travaillent dans un esprit positif et de
    coopération. Dans un domaine totalement différent, le secteur agricole, Vilmorin a débuté
    en 1986 un partenariat avec la société Anadolu Tohum à hauteur de 33%, puis de 47,5%
    après la crise de 2001. En 2007, l’implantation est devenue une implantation à 100%
    française. Le partenariat s’est parfaitement déroulé en pratique puisqu’il a permis aux
    partenaires de vivre de leur métier.
    Le partenariat facilite très souvent l’intégration d’une entreprise étrangère sur un marché
    nouveau, dont l’organisation et le fonctionnement peuvent s’avérer très différents : ce fut
    notamment le cas pour Sofra Yemek. Son directeur estime que le partenariat a été très utile
    dans les premières années de création de l’entreprise : connaissance du marché, aide à la
    prise rapide de décision, prise de risques mesurés. Beaucoup « d’erreurs de jeunesse ont
    certainement été évitées ». Même témoignage de la part du directeur de Dalsan Alçi Sanayi
    (Lafarge) pour qui le mode d’implantation – un partenariat 50/50 – a constitué un moyen
    d’accélérer le développement et de le sécuriser, en s’appuyant sur un partenaire
    connaissant parfaitement l’environnement local.

    Pour les entreprises dont les métiers concernent la distribution de biens de consommation,
    la coentreprise avec un partenaire dans le même domaine d’activité – ou complémentaire –
    semble nécessaire pour permettre d’accroître les parts de marchés. Le groupe Carrefour a
    connu des difficultés pour l’ouverture des ses premiers magasins en Turquie (création du
    premier hypermarché Carrefour en 1993). Mais la coentreprise créée avec le groupe
    Sabanci, en 1996, a permis une progression plus rapide des parts de marché.
La vague des filiales à 100%

    Beaucoup de sociétés ont progressivement racheté les parts de leurs partenaires. Ce fut le
    cas des nombreuses entreprises citées plus haut, qui n’ont eu d’autre choix que de racheter
    l’ensemble des parts dans des partenariats jugés problématiques. Plusieurs sociétés sont
    désormais passées au statut de filiales à 100%. Valéo avait ainsi des partenaires locaux entre
    1989 et 1993 avant de devenir une filiale à 100% française.


Les atteintes à la propriété intellectuelle


Un arsenal législatif anti-contrefaçon existe, mais il reste mal appliqué

    L’ensemble législatif turc relatif à la propriété intellectuelle est généralement conforme aux
    standards internationaux et aux normes européennes ; des instruments juridiques
    permettent de lutter efficacement contre la contrefaçon. Cependant les moyens
    d’application de la législation restent trop limités et la contrefaçon constitue encore un frein
                                                  42
    important au développement des entreprises étrangères et françaises sur le marché turc.
    Les principaux produits contrefaits en Turquie concernent les domaines de la confection, de
    la cosmétique, de la maroquinerie, ainsi que des pièces de rechange pour les véhicules. Ces
    marchandises alimentent pour une grande partie les marchés des pays de l’Est par le biais du
    commerce "à la valise", et dans une moindre mesure, le marché local. Les sociétés françaises
    ont encore, vis-à-vis du marché turc, une certaine appréhension liée à la mauvaise
    réputation de la Turquie en matière de contrefaçon.
    Pour les PME/PMI exportatrices, d’autant plus sensibilisées à ce problème qu’elles n’ont pas
    toujours les structures nécessaires pour lutter contre, la contrefaçon constitue encore un
    frein important à leur prospection et à leur développement sur le marché turc. Quant aux
    grands groupes français implantés en Turquie, ils n’hésitent plus à se servir des outils
    juridiques. Mais l’avancée de ces démarches juridiques permet rarement d’aboutir à des
    résultats tangibles. Des démarches visant à prévenir la circulation de produits contrefaits
    semblent parfois plus efficaces. Notamment pour les produits contrefaits qui passent par la
    Turquie. L’Oréal obtient par exemple de bons résultats en passant par un cabinet d’avocats
    qui travaille en coopération directe avec les douanes : ces dernières sont systématiquement
    averties quand des produits suspects entrent ou sortent du territoire turc.

    La problématique de la copie touche même le secteur des services. Le directeur général de
    Bed & Breakfast considère par exemple qu’il est très difficile de protéger les idées dans le
    domaine de la publicité. En répondant à des appels d’offres, les entreprises prennent le
    risque de voir leurs idées utilisées à terme même si une autre entreprise est sélectionnée.
    Même si les travaux ont été notariés au préalable, il est très difficile d’obtenir gain de cause
    par la suite.


Des progrès ont été réalisés et un relatif optimisme semble prévaloir

    La formation des juges et des procureurs dans les domaines de la propriété intellectuelle
    s’est améliorée et des actions de formation sur les modalités d’application des règles anti
    piratage ont été organisées par le ministère de la Culture et du Tourisme, auxquelles ont
    participé des sociétés d’auteurs, des juristes dans le domaine de la propriété intellectuelle et
    les forces de sécurité d’Istanbul et d’Ankara. Après l’affectation de juges qualifiés auprès de
    tribunaux spécialisés à Istanbul, Ankara et Izmir, les tribunaux sont devenus opérationnels
    fin 2003. En outre, l’Institut turc des brevets poursuit sa campagne de sensibilisation du
    grand public au sein de plusieurs universités et chambres de commerce. Même si la plupart
    des entreprises contactées continuent d’évoquer la question de la contrefaçon en Turquie,
    beaucoup précisent que les problèmes rencontrés sont de moins en moins perceptibles. Le
    directeur général de Valéo considère par exemple qu’au vu des progrès réalisés ces
    dernières années, les problèmes de produits ou de services contrefaits devraient diminuer
    dans les années à venir. Son groupe n’a pas été confronté à des situations de violation de
    propriété intellectuelle depuis quelques années




                                                  43
    Le défi des ressources humaines


    A l’inverse de la propriété intellectuelle, l’enjeu de la gestion des ressources humaines est
    encore largement méconnu. Il est pourtant essentiel pour toute entreprise, notamment lors
    d’une implantation à l’étranger.


Recruter, former et conserver ses employés

     Des ressources humaines de qualité
    D’une manière générale, il existe en Turquie un formidable réservoir de main d’œuvre
    relativement bon marché ainsi que de nombreuses ressources qualifiées : employés,
    techniciens, ingénieurs ou cadres. La grande majorité des chefs d’entreprises contactés
    citent la grande qualité des ressources humaines turques parmi les principales forces de la
    destination Turquie.
    L’encadrement turc est en effet bien formé – plusieurs grandes universités offrent un très
    bon niveau d’éducation – et souvent, l’éducation reçue est similaire à celle dispensée en
    Europe. La quasi-totalité des responsables français en Turquie interrogés critiquent toutefois
    le caractère « paternaliste » et souvent autoritaire de l’encadrement turc. Le manque
    d’initiative et de vision à long terme sont aussi des reproches très courants. L’importance à
    accorder aux relations personnelles de même que la nécessité de motiver ses « troupes »,
    sont des conseils que l’on retrouve dans plus de la moitié des entretiens réalisés.
    S’agissant des employés turcs, le caractère respectueux et discipliné, qui peut avoir pour
    corollaire le manque d’initiative, voire dans certains cas la « peur panique » du chef,
    paraissent très répandus. Le dévouement et la grande capacité d’engagement au service de
    l’entreprise, la jeunesse et le dynamisme, le faible absentéisme sont cités parmi les
    principales qualités.

     Des pénuries sont constatées dans certains domaines spécialisés
    Si les qualités des ressources humaines en Turquie ne sont que très rarement mises en
    doute, notamment celles des employés, il n’en demeure pas moins un réel problème de
    pénurie dans certains secteurs. Cela se traduit notamment par une rotation très rapide et
    par des niveaux de salaires très élevés pour les cadres supérieurs. Si la destination Turquie
    peut être privilégiée par certaines entreprises françaises pour une main d’œuvre non
    qualifiée, disponible en grand nombre et peu chère, il n’en va pas de même pour les cadres.
    Le groupe Carrefour rencontre par exemple des problèmes de recrutement avec une pénurie
    constatée de cadres de haut niveau sur certaines fonctions – marketing, ressources
    humaines, finances – qui se traduit par des niveaux de rémunération élevés et une certaine
    infidélité. Michelin connaît aussi des difficultés pour recruter des directeurs financiers ou des
    responsables informatiques. Pour cette entreprise aussi, le manque de candidats entraîne
    une élévation des rémunérations. Sephora souligne aussi le faible niveau de formation dans
    certains secteurs. Valéo précise qu’en raison de la jeunesse de la population turque, il y a
    peu de difficultés à trouver du personnel : il est cependant parfois difficile de trouver du
    personnel qualifié lorsqu’on a besoin de recruter des profils spécialisés.

       L’importance accordée à la formation professionnelle
                                                   44
    La plupart des entreprises françaises présentes en Turquie accorde une grande importance à
    la formation de leurs cadres et de leurs employés. Cela se traduit souvent par des périodes
    de formation en France ou à l’étranger. Parfois, des cadres dirigeants turcs sont amenés à
    occuper des postes de direction au sein du groupe, à l’étranger, ou en Turquie, comme
    l’actuel DG de Renault Turquie qui a débuté sa carrière il y a 20 ans comme jeune ingénieur à
    l’usine Renault de Bursa, avant de faire sa carrière dans les usines Renault en France, puis de
    revenir en Turquie afin d’y prendre son poste actuel.
    A titre d’illustration, Legrand apparaît très actif dans ce domaine : si dans le sens France-
    Turquie, l’entreprise a souvent recours à des experts venus de France, l’envoi en formation
    en France ainsi que le développement des compétences grâce au programme Talentis
    permet à des nombreux cadres turcs de bénéficier de programmes de formation. Du point
    de vue de l’évolution de carrière, 4 anciens employés turcs de la filiale travaillent aujourd’hui
    en France. Si l’implantation Dalsan Lafarge, qui produit du plâtre, est trop petite pour
    permettre de telles évolutions, la division ciment de Lafarge en Turquie a longtemps favorisé
    la carrière de cadres supérieurs turcs, en France et dans le monde : un ancien DG de la
    division ciment en Turquie est aujourd’hui DG de la filiale ciment au Royaume-Uni. Toujours
    dans le secteur de la construction, la mobilité des cadres turcs de Vicat se limite pour
    l’instant aux filiales du groupe du Moyen-Orient.
    Dans tous les secteurs, des échanges et autres programmes de formation à l’étranger
    existent : dans le secteur de la distribution, l’exemple de Darty montre que le fort
    développement sur un marché encore relativement immature devrait permettre la
    formation de nombreux cadres turcs, notamment des directeurs de magasins et des
    directeurs achats. L’entreprise envoie aussi régulièrement des équipes achats, ventes et
    logistiques – environ une vingtaine de personnes – pour suivre des formations entre 5 et 7
    jours par an en France. En matière d’assurance-crédit, la division assurance de la Coface
    envisage le début des échanges de cadres entre la France et la Turquie pour un futur proche.
    Même si l’implantation de la branche Coface n’est effective que depuis 2007, l’établissement
    forme déjà des cadres turcs dans les locaux français de la Coface (« Université Coface »).
    Gefco est aussi très actif depuis le début de son implantation en Turquie. L’entreprise a
    organisé pour son personnel de nombreuses formations en France – opérations, commerce,
    qualité etc. – et a reçu en Turquie plusieurs formateurs dans le domaine de ressources
    humaines, d’informatique, d’audit, de qualité, de marketing etc.
    Cette liste, loin d’être exhaustive, montre l’importance accordée à la gestion des ressources
    humaines turques par les entreprises françaises qui s’implantent en Turquie ; ces entreprises
    sont en effet composées en quasi-totalité de cadres et d’employés turcs.


Quel équilibre entre Turcs et expatriés ?

    Parce qu’il existe un consensus pour dire « qu’il faut être turc sur le marché turc », la plupart
    des entreprises françaises considèrent qu’il faut rechercher une « turquisation » maximale
    des effectifs de leurs implantations en Turquie. Certains représentants d’entreprises
    contactées pensent même que le nom français de leur société peut parfois porter préjudice
    à leur développement en Turquie, notamment lors des phases de crispations politiques
    bilatérales. Accessoirement, des considérations de coût conduisent à limiter le nombre
    d’expatriés, même si ces derniers peuvent aussi être remplacés par des contrats locaux.

                                                   45
A titre d’illustration, sur ses quelques 3500 salariés, Sodexo ne compte aucun expatrié : dès
le début de l’implantation, M. Esref Hamamcioglu a été recruté par la société mère en
France pour lui confier la responsabilité de l’implantation en Turquie. Ce fut le premier non
expatrié dans l’histoire de la société Sodexo à être embauché pour diriger une filiale du
groupe à l’étranger.
Renault, qui emploie plus de 6200 salariés, ne compte dans ses rangs que 7 expatriés
actuellement. Même si, au cas particulier, ce très faible chiffre tient aussi au fait que des
missions de longue et courte durée sont fréquentes. L’observation des autres implantations
françaises confirme toutefois cette tendance : le nombre d’expatriés français en Turquie est
très faible. Pour les grands groupes français, quelques expatriés sont envoyés en Turquie ;
pour les PME, un ou deux expatriés, en moyenne, assurent le relais avec la maison mère.
L’implantation d’Alstom en Turquie compte un nombre important d’expatriés, 30 sur des
effectifs de 167 personnes. Ceci constitue une exception qui ne devrait pas perdurer. Cette
situation est le fruit des projets récents que le groupe a gagnés : il devrait réduire ses
effectifs d’expatriés dans les mois qui viennent dans la mesure il est tout à fait possible de
trouver des employés turcs très qualifiés pour les postes actuellement confiés à des
expatriés.
Mais la volonté des sociétés françaises d’accroître encore la « turquisation » de leur
personnel rencontre des limites :
 en premier lieu, la plupart des entreprises contactées recommandent une démarche
    progressive en ce sens : à ses débuts, la nouvelle implantation nécessite un suivi très
    étroit, qui ne peut être assuré que par des expatriés. Plusieurs des entreprises arrivées
    en Turquie après la crise de 2001 sont encore dans cette situation.
 en second lieu, peu de sociétés envisagent une « turquisation » complète de leur
    management dans les prochaines années, à la fois en raison des difficultés de
    recrutement et de fidélisation déjà évoquées, mais aussi, pour certaines de différences
    culturelles. Cette dernière préoccupation a toutefois été assez rarement citée pendant
    les entretiens.

On relèvera, in fine, que les volontaires internationaux en entreprises (VIE) peuvent
constituer une solution alternative d’appui très appréciée : ceux-ci constituent en effet des
viviers de jeunes cadres formés dans les écoles de commerce et les universités françaises et
qui, souvent, s’acclimatent bien et apprennent rapidement la langue turque, quand ils ne
sont pas déjà binationaux. Il existe plusieurs cas de VIE qui, une fois leur contrat achevé, sont
restés au sein de l’entité qui les avait accueillis, en France ou à l’étranger.




                                               46
   L’impact des implantations en Turquie apparaît au total assez
   largement positif pour les entreprises comme pour l’économie
   française (IV)




De nombreuses entreprises françaises réalisent des profits en Turquie


   Peu d’entreprises acceptent de communiquer des informations précises sur les profits
   qu’elles réalisent en Turquie. L’enquête menée dans le cadre du Livre Blanc a permis de
   recueillir une série de commentaires utiles pour dresser un tableau, certes impressionniste,
   mais dans l’ensemble assez positif de la situation.
   La majorité des grands groupes estiment avoir une rentabilité qualifiée de « satisfaisante »
   comme pour Alstom, Accor, Peugeot, Michelin, Carrefour, voire très satisfaisante ou même
   supérieure aux attentes pour Renault et Groupama. Le chiffre d’affaires de la TEB est en
   forte progression et supérieur aux prévisions de départ, notamment grâce à la stratégie
   d’ouverture d’agences. L’implantation de Total en Turquie semble, quant à elle,
   particulièrement réussie surtout ces dernières années où les résultats sont très satisfaisants.
   Du côté des PME interrogées, plusieurs affichent leur satisfaction, avec des résultats positifs
   mais certaines reconnaissent des marges plutôt faibles, voire des pertes, souvent en raison
   du caractère récent de l’implantation. Beaucoup de PME citées dans l’enquête comptent en
   effet moins de 5 ans de présence en Turquie. C’est le cas par exemple de Bed&Breakfast,
   arrivée en 2005, dont le chiffre d’affaires est satisfaisant mais dont les marges sont « très
   faibles », comparées à celles réalisées en France. Pour Aromatech, malgré un chiffre
   d’affaires encourageant, le résultat net de l’entreprise reste irrégulier. Dans le secteur
   automobile, mis à part le « passage à vide » que représente la crise actuelle, pour SNOP et
   A.Raymond, il est encore trop tôt pour porter un jugement avéré. PROteameast bénéficie
   d’un bon chiffre d’affaires mais le résultat net est plutôt limité, principalement à cause de la
   forte concurrence de ce secteur d’activité.
   Une caractéristique, qui concerne aussi bien les grands groupes que les PME, est que malgré
   la profitabilité satisfaisante de nos entreprises, toutes estiment que le potentiel de la
   Turquie devrait permettre d’obtenir des résultats bien meilleurs dans les prochaines années.
   Sofra précise que le chiffre d’affaires est insuffisant par rapport à la taille du marché et que
   la marge de progression est encore importante.

   L’impression positive que dégage ce tableau est sans doute légèrement biaisée par la
   discrétion de quelques entreprises en situation financière difficile – une seule entreprise
   annonce clairement des pertes nettes. Ce constat recoupe néanmoins assez largement les
   statistiques et les travaux de l’OCDE sur la rentabilité des entreprises en Turquie.




                                                 47
Du point de vue de l’économie française :


-Les effets sur l’emploi

    Les effets de nos investissements en Turquie sur l’emploi en France sont complexes à
    analyser. Ils apparaissent néanmoins, au total, plutôt bénéfiques.
    Les cas de délocalisations sont restés très rares, et on peut estimer, dans le cas de la Turquie,
    qu’il n’y a pratiquement pas eu d’effet de substitution avec l’emploi en France. Pour
    l’ensemble des observateurs, présents parfois depuis plusieurs dizaines d’années en Turquie,
    ce pays ne peut, en aucun cas, être considéré comme une terre de délocalisations pour les
    entreprises françaises. On remarquera à cet égard qu’il existe de nombreux cas
    d’entrepreneurs turcs qui ont eux-mêmes délocalisé leur production dans des pays voisins
    comme la Bulgarie ou la Roumanie, afin de profiter d’une main d’œuvre plus attractive en
    termes de coûts. Plusieurs entreprises françaises implantées en Turquie mettent en garde
    contre la désinformation au sujet des salaires en Turquie : si certaines entreprises venaient
    effectivement chercher en Turquie des salaires peu élevés il y a vingt ans, ce n’est plus
    vraiment le cas ces dernières années. Ceci est, en tout cas, particulièrement vrai pour
    l’encadrement turc, qui bénéficie de salaires très proches de ceux de leurs collègues français.
    La main-d’œuvre non qualifiée reste relativement bon marché mais n’intéresse que peu les
    entreprises françaises. Ces dernières recherchent dans la majorité des cas une main d’œuvre
    qualifiée et spécialisée.
    Parmi les entreprises intérrogées, une seule considère, en partie, son implantation en
    Turquie comme une délocalisation, c’est-à-dire qu’elle s’est traduite par une fermeture ou
    une baisse d’activités en France. SNOP Izmit Metal reconnaît en effet une perte d’emploi
    dans ses sites de production français mais note les gains sur son site de développement et
    au sein de son pôle commercial en France. FT Bestas, implantée à Izmir, a racheté une usine
    productrice de fixations aéronautiques qui exporte 95% de sa production vers la France.
    Cette implantation, considérée comme une usine de sous-traitance, a permis au groupe LISI
    Aerospace de pouvoir être compétitif sur toute une gamme de produits, grâce à son unité de
    production à bas coût sur la mer Egée. Le groupe déclare que cette implantation a une
    influence positive sur l’emploi en France.
    Si ces rares exemples peuvent ressembler à de la délocalisation, la plupart des entreprises
    françaises qui produisent en Turquie sont toutefois tournés vers un marché local qui peut
    difficilement être couvert depuis la France. C’est notamment le cas des marchés de services,
    de produits alimentaires, de sous-traitance automobile, etc. L’exemple de Lafarge Dalsan est
    particulièrement intéressant à cet égard : l’entreprise ne pourrait envisager de produire des
    plaques de plâtres en France pour les exporter ensuite vers la Turquie. Par contre, certains
    types de plaques, à forte valeur ajoutée, mais dont le volume de vente ne justifie pas la
    production locale, sont importés de France.

    Une proportion importante des implantations françaises en Turquie importe de France tout
    ou partie de ce qu’elle vend en Turquie. Le bilan d’Alstom est par exemple largement positif :
    pour servir le marché turc, le groupe exporte largement à partir de la France et d’autres pays
    européens, ce qui constitue bien entendu un apport positif à l’emploi en France et dans l’UE.
    Même constat pour de nombreuses implantations, comme le groupe Rhodia, qui ne produit
                                                   48
    pas en Turquie et importe une grande partie de France ce qui est ensuite revendu en
    Turquie. Même Sencora, dont la production s’effectue exclusivement en Turquie, estime que
    l’impact de son implantation est positif pour l’emploi en France. Comme pour d’autres
    entreprises, l’investissement en Turquie pour la partie production a permis de développer le
    pôle commercial de l’entreprise en France, qui n’aurait d’ailleurs tout simplement pas pu
    être créée si la production avait dû être réalisée en France.

    Par contre et comme en témoignent les exemples Accor, Carrefour, Darty, Sodexo et TEB,
    l’impact semble être assez neutre en terme d’emploi pour la France, dans le secteur de la
    distribution comme dans celui des services.


-L’effet d’entraînement des PME

    De manière générale, l’implantation d’entreprises françaises en Turquie facilite
    tendanciellement celles des suivantes : la connaissance de l’environnement des affaires se
    diffuse progressivement et les services aux entreprises s’étoffent. Comme on l’a vu
    précédemment, le secteur automobile reste la meilleure illustration de ce schéma, avec
    l’implantation de Renault, qui a ensuite attiré de nombreux équipementiers comme Valeo,
    Faurecia, Plastic Omnium, MGI Coutier, Mecaplast, EM Technologies. Les activités de
    Peugeot en Turquie ont aussi permis l’arrivée de grands groupes français, dont Gefco, lequel
    a ensuite diversifié ses activités dans le pays.
    La présence française, notamment industrielle, a aussi permis le développement des
    sociétés françaises de services, comme les banques et les cabinets d’avocats francophones.
    La TEB, qui fait bénéficier aujourd’hui les entreprises d’offres mieux adaptées que celles
    proposées par les banques locales, n’est qu’un exemple parmi d’autres. Les sociétés de
    conseil, comme LDS Consulting, et les cabinets d’avocats comme Gide Loyrette ou Koçlu &
    Antonetti fournissent d’autres illustrations de ce vivier d’entreprises françaises essentielles
    pour préparer l’arrivée des futurs investisseurs français.


-Les flux financiers rapatriés

    Les implantations de nos sociétés en Turquie donnent lieu à rapatriement de flux financiers à
    différents niveaux. En premier lieu, la plupart des sociétés semblent pratiquer la facturation
    des prestations croisées internes, ce qui revient majoritairement à rémunérer les sièges, tant
    pour le soutien en back-office que pour des missions d’appui ad hoc. Si cet aspect de la
    comptabilité des entreprises est difficile à cerner, il représente néanmoins des volumes
    financiers probablement très significatifs. Toujours en amont du résultat net des entités
    turques, des redevances sont aussi régulièrement versées pour l’utilisation de la technologie
    détenue par les maisons-mères, à fortiori lorsque l’implantation a été réalisée en
    coentreprises.
    En revanche, les profits semblent assez rarement rapatriés en France in fine: les nombreux
    projets de développement conduisent en effet bon nombre de sociétés à réinvestir
    localement leurs profits. Ceci vaut tout particulièrement pour tous les groupes installés
    depuis quelques années seulement.

                                                  49
-Les effets induits

    Comme mentionné à plusieurs reprises, la présence en Turquie permet souvent de renforcer
    à la fois la compétitivité des produits en France et sur d’autres marchés occidentaux,
    notamment par la baisse du prix des fournitures. Mais l’implantation en Turquie induit
    d’autres effets, plus originaux (cf. encadré)
    Parmi ceux-ci, le plus remarquable est le bénéfice que commencent à tirer certaines
    entreprises de leur présence en Turquie en accédant à des marchés en pays tiers auxquels
    elles n’auraient pas pu prétendre faute d’une telle présence. Pour PROteameast, entreprise
    prestataire de services dans les métiers du transport et de la logistique, la Turquie est
    qualifiée de « pays pivot », et « pays carrefour » qui permet de développer l’activité et les
    offres de services. D’abord implantée pour le marché turc, l’entreprise, qui travaille aussi
    bien avec des sociétés françaises que turques, se développe vers les pays d’Asie centrale
    mais aussi l’Iran. Selon son directeur général, l’Irak deviendra dans un avenir proche une
    grande opportunité d’affaires. Cet enthousiasme est partagé par GEFCO qui, malgré la crise
    économique, insiste sur le caractère dynamique du marché turc en matière de transport.
    SNOP, grâce à sa présence en Turquie, est actuellement consultée sur des projets roumains
    et iraniens. Quant à Alstom, sa présence en Turquie lui donne accès à des projets en dehors
    de la Turquie, grâce notamment à des partenariats noués avec les grands groupes turcs
    actifs à l’export.

    Au final est permis de penser que ce type d’effet induit sera amené à se multiplier, de
    concert avec le développement des entreprises à l’international.

                                Alstom : des effets induits originaux

     Même si ses activités en Turquie remontent à plusieurs dizaines d’années – notamment la
     fourniture des trains électriques, qui date des années 1950 – Alstom ne s’est implantée en
     Turquie qu’en 1999. Une implantation directe qui a eu pour conséquence certains effets
     induits inattendus : la Turquie, pays qui a un fort besoin d’investissement en
     infrastructures d’énergie et de transport pour accompagner son développement,
     constitue la porte d’entrée en Europe pour les concurrents asiatiques (chinois, coréens et
     japonais) d’Alstom. Cette présence « en direct » revêt donc une importance
     particulièrement forte pour le groupe français.




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                                        Conclusion



Dix-septième économie mondiale aux portes de l’Europe, la Turquie est, en raison de
l’importance de sa population et du dynamisme de son économie, un partenaire de toute
première importance pour notre pays. La volonté des autorités turques, suite à l’ouverture
des négociations avec l’Union européenne en octobre 2005, a entraîné l’accélération des
réformes structurelles et institutionnelles lancées par le gouvernement. La dynamique de
rattrapage et l’effort d’harmonisation du tissu économique sur les standards internationaux
permettent d’envisager de nouvelles perspectives. Tout indique que ce mouvement de
modernisation va se poursuivre.

 Les 43 entreprises interrogées – et plus largement les 300 sociétés françaises qui ont fait le
choix de venir s’installer en Turquie – ont bien compris l’importance actuelle de l’économie
turque, qui selon certaines estimations, pourrait devenir la 9ème économie mondiale (3ème
économie européenne) en 2050. Avec une population forte de 71,5 millions d’habitants, âgé
de moins de 25 ans pour plus de la moitié, la Turquie dispose en effet d’un marché intérieur
dynamique qui offre des perspectives commerciales importantes. La Turquie, pays charnière
entre l’Europe et l’Asie, peut également constituer une première étape pour les entreprises
françaises afin d’atteindre des marchés plus éloignés (Proche et Moyen-Orient, Asie
Centrale, Afrique), et où très souvent les entreprises turques possèdent une légitimité et une
certaine expérience liées à l’histoire. Ces deux opportunités - auxquelles il convient d’ajouter
la présence d’une main d’œuvre bien éduquée et disciplinée - font de la Turquie un pays de
destination d’avenir pour nos entreprises en quête permanente de nouveaux marchés.

Ce Livre Blanc n’a pas caché les difficultés en Turquie qui sont inhérentes à toute
implantation dans un pays étranger. Il a essayé cependant de montrer que celles-ci peuvent
être surmontées. Pour ce faire, une meilleure connaissance de la Turquie, de son économie
et de ses coutumes est nécessaire pour quiconque souhaite s’installer dans ce pays. La
présence tardive des entreprises françaises par rapport à nos concurrents s’explique
principalement par ce manque de connaissance de l’économie de notre partenaire et des
succès rencontrés par nos entreprises sur le marché turc. L’organisation de la Saison de la
Turquie dans notre pays jusqu’au 31 mars 2010 vise à combler cette « ignorance ».

Au final, cette publication se veut d’abord un outil à disposition des entreprises qui
souhaitent bénéficier d’un « retour d’expérience » sur les investissements français réalisés
en Turquie.


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     Annexe Liste des entreprises interrogées
1     Accor                     Johan VAUCANSON
2     Air France – KLM          Gérard LANFREY
3     Alstom                    Gilberto RICCOBONO
4     A.Raymond                 Izzet KOHEN
5     Areva                     Bertrand FILET
6     Aromatech                 Thomas LANGLOIS
7     Atlantic Industrie        Bruno COUTURE
      (Larth Havlu)
8     B&B Reklamcilik           Stéphane VINCENT
9     Carrefour                 Guillaume VICAIRE
10    Ceva Santé Animale        Eric BADIN
11    Chimirec Développement    Laurent GARDES
12    Coface                    Belkis ALPERGUN
13    Danone                    Yesim GÜRA
14    Darty                     Nedim ESGIN
15    Eurest (Sofra)            Jean-François DELETTRE
16    Gefco                     Fulvio VILLA
17    Gide Loyrette             Rémy FEKETE
18    Groupama                  Jean-René DE CHARRETTE
19    Lafarge                   François OUIN
20    LDS                       Yves-Marie LAOUENAN
21    Legrand                   Tarik LAOUEDJ
22    Lessafre Int.             José J. BERRUGA
      (Ozmaya Sanayi)
23    Lisi Aerospace            Jean-Marie FERNANDEZ
      (FT Bestas)
24    L’Oréal                   Matthieu SERRES
25    Michelin                  Jérôme LAURENT
26    Peugeot                   Jean-Pierre Vieux
27    Proteam                   Jean-Michel PATALANO
28    Renault                   Tarik TUNAOGLU
29    Rhodia                    Christian PASTRE
30    Saint-Gobain Pam          Bruno LANGLAIS
31    Sanofi Aventis            Olivier GUILLAUME
32    Sencora                   Pierre LUNEAU
33    Sephora                   Loïc BOSSIERE
34    Signature                 Simon ALBAREL
35    Snop                      Lambruck DJELLAL
36    Sodexo                    Esref HAMAMCIOGLU
37    Veolia                    Vincent RULLET
38    Vicat                     Philippe LATOURNARIE
39    Vilmorin                  Frédéric SAVIN
      (Anadolu Tohum)



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Cet ouvrage a été réalisé en collaboration entre le Service Economique Régional d’Ankara, la
Mission économique-UBIFRANCE d’Istanbul, les Conseillers du commerce extérieur de la
France en Turquie et la Chambre de Commerce et d’Industrie française en Turquie.
Il se fonde sur un questionnaire et des entretiens individuels réalisés auprès de 43
entreprises, dont la liste figure en annexe p. 54 (à l’exception de 4 entreprises qui n’ont pas
souhaité être citées).
Les entretiens ont été réalisés par Jean Maurice Verbois et Jérémy Perret pour le Service
Economique Régional d’Ankara, ainsi que par Axel Baroux et son équipe pour la Mission
économique UBIFRANCE d’Istanbul, Raphaël Esposito pour la Chambre de Commerce
Française en Turquie et Gérard Lanfrey pour la section Turquie des CCE.
L’envoi, le traitement, l’analyse des questionnaires et la rédaction principale du présent
document ont été effectués par Jérémy Perret, finalisés par Pierre-Henri Varenne, et revus
par Patrick Pillon.




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Sommaire
Le développement des implantations françaises en Turquie est un phénomène encore récent (I)……...6
   Les trois vagues successives d’implantation ....................................................................................... 6
       Les groupes précurseurs des années 1980...................................................................................... 6
   Le régime des importations en Turquie ............................................................................................. 8
       La grande vague des années 1990 .................................................................................................. 8
   L’importance du secteur automobile en Turquie .............................................................................. 9
       L'approfondissement des années 2000......................................................................................... 10
   L’aventure d’Aromatech en Turquie ................................................................................................ 10
   Un exemple d’investissement majeur en Turquie : AREVA T&D .................................................... 15
   La présence géographique de nos entreprises se diversifie peu ...................................................... 18
   Le poids de la Turquie pour nos sociétés reste encore modeste, malgré une importance stratégique
   croissante .......................................................................................................................................... 21
       A quelques exceptions près, la Turquie ne contribue encore que faiblement à l’activité globale
       de nos sociétés .............................................................................................................................. 21
       La Turquie représente néanmoins déjà un enjeu jugé stratégique .............................................. 23
L’accès au marché turc demeure la motivation principale de l’implantation, mais d’autres facteurs
jouent un rôle croissant (II).................................................................................................................... 25
   Les implantations répondent principalement à une ambition commerciale en Turquie ................. 25
       La production locale n’est, en moyenne, que très faiblement exportée ...................................... 25
       Quel marché ? ............................................................................................................................... 26
       La grande majorité des entreprises envisage une progression rapide de leur chiffre d’affaires en
       Turquie durant les prochaines années. ......................................................................................... 30
   Le marché turc est souvent vu comme une plateforme stratégique et une passerelle pour l’accès
   aux marchés d’Asie centrale, du Moyen-Orient et des Balkans. ...................................................... 31
       Pour une infime minorité d’entreprises, la Turquie est principalement une base d’exportation à
       bas coût vers la France .................................................................................................................. 31
       Pour de plus en plus d’entreprises françaises, le marché turc est souvent vu comme une base
       d’exportation régionale stratégique ............................................................................................. 33
   Si certaines entreprises souhaitent faire de la Turquie une plate-forme mondiale d’achats pour
   améliorer leur compétitivité globale, ce phénomène reste toutefois limité .................................... 34



                                                                           54
   La Turquie commence à accueillir quelques centres d’innovation d’entreprises françaises, mais de
   manière limitée ................................................................................................................................. 35
L’implantation : difficultés rencontrées et solutions trouvées (III) ........................................................ 37
   Des pesanteurs administratives multiples qui handicapent parfois les implantations et l’activité
   économique....................................................................................................................................... 37
      Les principaux problèmes pour l’accès au marché ....................................................................... 37
      Problèmes de l’attribution peu transparente des marchés publics .............................................. 39
   Les principaux risques d’une implantation ....................................................................................... 40
      La question centrale du partenariat capitalistique ....................................................................... 40
      Les atteintes à la propriété intellectuelle ...................................................................................... 42
      Le défi des ressources humaines ................................................................................................... 44
L’impact des implantations en Turquie apparaît au total assez largement positif, pour les entreprises
comme pour l’économie française (IV) .................................................................................................. 47
   De nombreuses entreprises françaises réalisent des profits en Turquie .......................................... 47
   Du point de vue de l’économie française : ........................................................................................ 48
      -Les effets sur l’emploi .................................................................................................................. 48
      -L’effet d’entraînement des PME .................................................................................................. 49
      -Les flux financiers rapatriés.......................................................................................................... 49
      -Les effets induits .......................................................................................................................... 50




                                                                         55

								
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