Douleurs fonctionnelles et douleurs chroniques chez l

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							   6èmes Journées réunionnaises de la douleur
              17 et 18 mars 2007




  Douleurs fonctionnelles
             et
   douleurs chroniques
chez l’enfant et l’adolescent



                       R SIRVEN
         Maître de Conférence des Universités
                   Psychothérapeute
      Institut de Psychosomatique de Montpellier
              Observations
• 1- Fréquence des douleurs récurrentes sans
  substrat organique
• 2- Inconfort et gêne dans les activités
• 3- Impact global sur la vie de l’enfant et de
  l’adolescent atteint, ainsi que sur la famille
• 4- Difficulté de la démarche évaluative et
  diagnostique
• 5- Difficulté des réponses thérapeutiques

                  Donc dérangeantes
            Douleurs fonctionnelles
            et douleurs chroniques
• Les douleurs chroniques (non dues au cancer) sont des
  douleurs rebelles aux traitements antalgiques usuels et
  évoluant depuis au moins six mois

• On rencontre dans ce type de douleurs :
  – les douleurs abdominales
  – les douleurs ostéo-articulaires, musculo-squelettiques et
    vertébrales
  – les douleurs céphaliques
  – les douleurs neurologiques
  – et toutes les douleurs liées au stress et avec une forte
    composante émotionnelle
           Douleurs fonctionnelles
           et douleurs chroniques
• « Douleur symptôme » et « douleur maladie »
  – Symptomatique d’une maladie évolutive ou de séquelles
    (traumatiques, chirurgicales ou maladie guérie)
  – Véritable syndrome douloureux chronique évoluant pour son
    propre compte
  – Ce syndrome associe
      • une plainte douloureuse
      • un comportement et une symptomatologie psychologique
        spécifique
        – humeur dépressive, fatigabilité, perte d'intérêt, troubles de
          l’attention, insomnie, seuil de tolérance douloureuse abaissé
     • avec des facteurs de renforcement d'ordre socio-familial
  Manifestations algiques chez l'enfant et
               l'adolescent

• Étude Norvège (2000)
  – 345 enfants d’âge scolaire
     • 5 zones douloureuses :
         – Abdominale, céphalique (surtout), dos, bras, jambes
• France :   Haynal et Pasini (1997)
  – 1000 enfants scolaires :
     • Douleurs abdominales : 108
     • membres : 30
• Retenues ici* :
  – Douleurs abdominales, ostéo-articulaires et céphaliques
  – Abord psychosomatique : problématique, prise en charge
        Les douleurs abdominales
                     • On note :
• 1°- Leur extrême banalité : 10 à 15% des enfants
  (Aplay, 1958, Farrell, 1984, Heyman 1998).
  – Elles représentent 10% des motifs de consultation médicale et
    sont, le plus souvent sans support organique (plus de 90%
    pour Aplay)
• 2°- La difficulté de poser un diagnostic précis pour 50%
  des enfants
      • 40% d'affection médicale,
      • 10% d'urgence chirurgicale, constituée essentiellement par
        l'appendicite dans la grande enfance (Y Héloury,2002)
      Douleur abdominale récidivante
                  (DAR)
• "La douleur abdominale récidivante (DAR) est
  caractérisée par l’apparition d’au moins trois épisodes
  douloureux au cours d’une période d’au moins trois
  mois chez des enfants de trois ans ou plus, et les
  douleurs sont suffisamment importantes pour que
  l’inconfort qu’elle cause nuise aux activités de l’enfant."
  (RB Scott)
• Fréquence :
   – 10,8 % (population générale)
   – 12,3 % (filles)
   – 9,5 % (garçons)
• Taux de prévalence de la DAR : constant chez les
  garçons d’âge scolaire, mais chez les filles : pic entre 8
  et 10 ans
      Douleur abdominale récidivante
                  (DAR)
• Douleur mal définie, sourde, parfois aiguë à type de colique
• Caractérisée par sa variabilité interindividuelle dans son intensité,
  sa survenue, sa fréquence et sa durée
• Seule la localisation péri-ombilicale sans irradiation est
  commune à tous les patients
• Elle est diurne, en dehors du sommeil, sans lien avec l'ingestion
  d'aliments, l'activité physique, la défécation
• Associée à des symptômes non spécifiques : pâleur, nausée,
  céphalée, notamment
• En dehors des épisodes l'enfant est actif
• Le comportement et la croissance physique sont normaux
• Dans 90 à 95% des cas la DAR est fonctionnelle sans substrat
  organique
    Le syndrome de l'intestin irritable
                 (SII)
• Désigne une colopathie fonctionnelle caractérisée par
  l'association:
• - d'une douleur abdominale récurrente chronique
• - d'une modification des selles
• - d'une distension abdominale
• Le SII est fréquent chez l'enfant d'âge scolaire : 10 à
  15% (Cézard, Hugot, 2001)
• Il est moins connu chez l'enfant que chez l'adulte : les
  symptômes constitutifs du SII sont retenus à partir des
  critères de Manning (ou critères de Rome) validés chez
  les adultes
• La douleur est diurne
• Douleurs nocturnes, perte de poids, rupture de la
  croissance, rectorragie, fièvre sont évocateurs d'une
  autre pathologie
           Autres tableaux cliniques
• JTBoyle décrit trois tableaux cliniques de la douleur
  abdominale fonctionnelle de l’enfant et de l’adolescent :
   – La douleur périombilicale paroxystique
   – La dyspepsie
   – Le côlon irritable
• Le tensionnel state décrit par Margaret Ribble constitué
  d'agitation et de tension douloureuse accompagnées de
  spasmes gastro-intestinaux
• La migraine abdominale, plus fréquente avant 7 ans,
  caractérisée par la survenue brutale d'une douleur de
  siège périombilical et accompagnée de pâleur, de sueur
  et de nausée
   – Frontière entre migraine abdominale et douleurs abdominales
     d'origine neurologique (axe cerveau-intestin)
        Douleurs ostéo-articulaires

• Douleur mécanique :liée au mouvement, à l’effort,
  calmée par le repos, retrouvée dans les maladies de
  croissance, déformations…

• Douleur inflammatoire : majorée au repos , nocturne et
  matinale, améliorée par le dérouillage, retrouvée dans
  les rhumatismes inflammatoires, infections , tumeurs
                   Répercussions de
              l’inflammation articulaire
• Réduction de l’activité physique à cause des douleurs, de la fatigue, de la
  raideur articulaire et de la diminution de la force musculaire
• Réduction renforcée
       • par la peur
       • l’exclusion induite par la maladie
       • la surprotection des parents
                                           Cercle vicieux
                                Effet négatif sur le moral du jeune patient
                                Exclusion accrue des activités habituelles
                                et du cercle d’amis

• La maladie, ses traitements et les incertitudes face à l’avenir
  induisent angoisse et souffrance qui peuvent aller jusqu’à la
  dépression
• Nécessité
   – D'une prise en charge par équipe multidisciplinaire (généraliste,
     rhumatologue pédiatre, infirmière, physiothérapeute, ergothérapeute,
     psychologue, assistant social,...)
   – D'une information adaptée
       La lombalgie chez les adolescents
• Son incidence passe de 12 % à l'âge de 12 ans à 21,5 % à l'âge de 15
  ans.
• 8 % de lombalgies sont déjà récurrentes ou permanentes
• Elles interfèrent avec la vie quotidienne du sujet : arrêt des activités
  physiques et sportives ou absentéisme scolaire (2 à 10 %)
• Facteurs associés : le port de charges (cartables ou sacs à dos) la
  consommation de toxiques (tabac) mais également les états émotionnels
  et dépressifs, les stress
• La persistance dans le temps, la recrudescence nocturne, ainsi que des
  signes généraux (état asthénique, fièvre, anorexie, perte de poids, sueurs
  nocturnes, etc.) doivent alerter et conduire à envisager un tableau plus
  large
• Ne pas banaliser la lombalgie mais :
   – Engager une démarche rigoureuse et stéréotypée afin de
        • Diagnostiquer les troubles de croissance, notamment la scoliose, la
          dystrophie vertébrale de croissance ou la spondylolyse
        • Ne pas méconnaître une cause grave, bien que rare, de type
          infectieux, inflammatoire ou tumoral
• Il ne s'agit pas davantage d'occulter la présence d'une souffrance
  psychologique traduite par une plainte douloureuse vertébrale (cf infra)
               Douleurs céphaliques
• Entités cliniques fréquentes chez les enfants au point
  d’être taxées de syndrome douloureux le plus
  important en nombre de personnes touchées (Mühlig &
  Petermann, 1996)
             Enquête Paris 1998 : 2000 enfants 5-12 ans
              10 à 15%, augmentation 40% de 1972 à 1994
             Recommandations ANAES 2002 :entre 5 et 10 % des
                      enfants de moins de 15 ans
• Comprises comme un « groupe de symptômes » pour
  lesquels la classification des céphalées de l'enfant selon
  les critères IHS pour adulte est mal adaptée (International
  Headache Society)
            Migraines et céphalées
• On distingue
  – Céphalée à mécanisme vasculaire : migraine :
    pulsatile, signes associés (vertiges, pâleur,
    photophobie, phonophobie), forme commune ou
    accompagnée de signes neurologiques (ex
    ophtalmique)
  – Céphalée de tension constrictive, sans nausée

• Etude finlandaise (1997)
   – 968 enfants interrogés
      • 96 enfants céphalalgiques
      • 58 migraines
      • 38 céphalées de tension
  (73% des mères et 35% des pères souffraient de céphalées)
            La migraine chez l'enfant
• Mal de tête le plus souvent frontal, bilatéral, de durée
  courte évoluant par des attaques stéréotypées liées à
  des symptômes digestifs marqués : nausée et
  vomissement (Metsähonkala, 1997)
• Symptômes communs : la douleur et la sensibilité de
  palpitation au bruit ou à la lumière
• L'attaque est parfois précédée par une aura visuelle ou
  sensorielle
• Pendant les attaques, la douleur est intense : la plupart
  des enfants doivent se coucher
• Le repos apporte le soulagement et le sommeil met fin
  à l'attaque
• Association fréquente aux douleurs abdominales
  récurrentes et aux douleurs de croissance (Aromaa,
  Sillanpaa, Rautava & Helenius, 2000)
       La migraine chez l’adolescent
• Moins connue que chez l’adulte, la migraine des
  adolescents touche 10 % des filles et 5 % des garçons
  âgés de 15 à 25 ans
• Très souvent sous-estimée, elle est parfois prise pour
  une excuse pour "sécher" les cours…
• Il s’agit pourtant d’une authentique pathologie et d’un
  réel handicap avec un impact délétère sur la qualité de
  vie des adolescents
• Avant 12 ans, les garçons sont plus souvent touchés,
  mais ensuite, la proportion atteint les valeurs
  observées chez l’adulte, soit un homme pour deux à
  quatre femmes
• Les adolescents migraineux ne deviennent pas
  forcément des adultes migraineux :
  – Équipe italienne : Sur 80 adolescents suivis pendant 10 ans,
    40 % connaissaient une rémission. Les moins chanceux
    faisaient partie d’une famille présentant une prédisposition à la
    migraine
    La migraine chez l’adolescent
• Les céphalées chroniques quotidiennes (CCQ) sont les
  phases ultimes des migraines : Survenue plus de
  quinze fois par mois
  – Chez l’adulte : conséquence possible d’automédication
    hasardeuse
  – Chez l’adolescent : origine moins bien identifiée. Parmi les
    facteurs souvent cités on trouve le stress, une infection virale,
    un traumatisme crânien ou une opération chirurgicale, des
    problèmes de sommeil

• Facteurs de risque spécifiques
         – En plus de ces facteurs :
         – Caféine des sodas : Étude israélienne : 36 adolescents:
            la réduction ou l’abstinence ferait disparaître ou réduirait
           la fréquence des crises
         – Chewing-gum :Étude japonaise : mâché toujours du
           même côté, il augmenterait le risque de développer des
           migraines et des céphalées de tension
             Autres entités cliniques
• Maux de tête chroniques non spécifiques, dus à des causes:
  – Ophtalmologiques : défaut de convergence ou baisse de la
    vision
  – ORL : sinusite (Nataf, 2001)
  – Bucco-faciales :
  – le TMJ (Temporo Mandibular Joint :douleur ATM)
  – le MPD (Myofacial Pain Dysfuntion:douleur des muscles de la face)
    Dans la plupart des cas, la douleur est liée à la fatigue
    musculaire (bruxisme chronique)
    Les douleurs associées sont fréquentes (oreilles)
  - Myoarthropathie
      -Fréquence : augmente rapidement avec l'âge, aussi fréquent
                    chez l'adolescent que chez l'adulte
      -Causes multiples : pas de facteurs étiologiques bien défini :
    surcharge des structures de l'appareil manducateur résultant de
    parafonctions (bruxisme)
    Ces parafonctions sont dues à un défaut de maîtrise du stress,
    à de mauvaises habitudes et/ou à une occlusion défectueuse
    des maxillaires
            Dimension psychologique
• Les douleurs céphaliques sont souvent considérées comme une
  "maladie psychologique"
• Elles sont souvent réduites :
   – au stress,
   – à des traits de personnalité (perfectionniste, timide, susceptible…)
   – à un type de personnalité (anxiété, stress, perte des moyens lors des
     contrôles scolaires, etc.)
• Patrick McGrath : recherche sur les caractéristiques de la
  personnalité des enfants migraineux:
       • Vingt enfants migraineux comparés à des enfants souffrant
         de douleur musculo-squelettique chronique et à des enfants
         sans pathologie douloureuse
          – Tests mesurant l'anxiété, la dépression, le comportement:
              Les migraineux et les enfants souffrant de douleurs
              chroniques sont moins heureux
                              moins sociables
                              plus anxieux
           Dimension psychologique
• Les traits de personnalité : conséquence ou cause des
  douleurs chroniques?
• Céphalées récidivantes, Larsson, Garrick et al. :les
  traits de personnalité et de comportement observés
  reflètent davantage les effets non spécifiques du
  trouble douloureux que leur cause
• Plutôt établissement d’un système en boucle
  producteur de dévalorisation, de difficultés d’insertion
  qui aggravent l’altération narcissique et les difficultés
  identitaires et qui ne peut :
   –   Qu’ajouter de l’angoisse à la peur,
   –   De la souffrance à la douleur
   –   Enfermer dans la répétition
   –   Ex : L'arthrite chronique juvénile : cercle vicieux : angoisse,
       dépression, agressivité, culpabilité, isolement, difficulté
       d'intégration scolaire…
Douleur-angoisse-douleur
  • Douleur

  • Angoisse

  • Défenses somatiques

  • Défenses psychiques

  • Difficultés de relation

  • Angoisse
    Approche psychosomatique
• Système en boucle et diversité des éléments recueillis
  dans les consultations et thérapies d’enfants et
  d'adolescents se plaignant de douleurs fonctionnelles :
   – Au plan clinique : nécessité de l'écoute de la plainte
   – Au plan théorique : interrogation
      • Cadre de la névrose de comportement de Kreisler : absence
       de liberté fantasmatique, pauvreté des représentations
      • Instrumentalisation du corps, en distinguant et opposant les
        deux processus essentiels
          – La conversion, dans la redondance du discours
            douloureux, dans la contagion symptomatique
          – La somatisation, plus fréquente chez l’enfant, maintenu
            dans l’impossibilité d’une parole propre, tenu à la
            banalité somatique
      • Nouage somatopsychique et dénouage psychosomatique
       Approche psychosomatique

                   • Clinique
• 1- Du signe au symptôme : la plainte
  – Douleurs chroniques et fonctionnelles
    • Symptômes à expression somatique dits par une plainte
    • Mettant en jeu (en scène) le corps, le sujet et la parole
               • Elaboration théorique
• 2- Problématique psychosomatique
  – Nouage et dénouage psychosomatique
  – Somatisation
                1- Pourquoi la plainte?
• Le symptôme corporel ne dit pas tout, même ne dit rien, quand à
  l’examen qui l’interroge, il n’y a pas de réponse
       • D’où le soupçon de mensonge porté sur le sujet qui s’en plaint
• La plainte est autre chose que le symptôme douloureux
   • Distinguer la fréquence du trouble donné à soigner par l’entourage et
    celle de la plainte donnée à entendre par l’enfant
   • La morbidité est faible dans la grande enfance alors que les plaintes
    somatiques sont fréquentes
• Alors, pourquoi la plainte?
   • Parce qu’elle est le mode de présentation du symptôme le plus
    acceptable pour l’entourage et pour l’enfant ?
   • Est-ce pour cette raison que la plainte est souvent entendue dans sa
    dimension contextuelle, provoquée par un événement?
• Mais, de quel événement s’agit-il ?
   •    Le contexte familial, scolaire, social permet toujours de trouver
       quelque chose pour repérer une cause de dysfonctionnement, un motif
       de plainte : penser au malmenage de l’enfant :
        • dans son être-corps (biorythmes perturbés, training excessif),
        • dans son être-soi, centré sur l’avoir cognitif du savoir,
        • dans son être-au-monde réduit à la compétitivité sur un modèle
          socio-économique dominé par l’urgence et le gain de temps
       La plainte : visée et expression
• La plainte est à entendre, au-delà d’un dire du corps, comme un
  acte d’énonciation du sujet
• Dans la plainte, ce qui importe, c’est moins ce qui est dit, pauvre
  et stéréotypé, que la forme sous laquelle le sujet parle, la forme
  donnée au signifiant corporel
• C’est pourquoi, elle est à accueillir comme acte de langage,
  comme action visant un effet
• L’effet visé est souvent entendu comme manipulation de soi et de
  l’autre
• Entendons la aussi comme expression de la vie psychique en
  difficulté :
        - de structuration : être-corps (schéma corporel), être-soi
  (image du corps), être-au-monde (canevas des actions possibles)
•       - d'identification : en accrochant les matériaux individuels à
  un autre, pris à témoin, susceptible de donner un signe de
  reconnaissance:
    – de la singularité
    – de l’appartenance (Par exemple, dans le coping)
                   Plainte et identité
• La plainte douloureuse peut constituer un moyen de
  retrouver un appui chez un sujet insuffisamment
  autonome et différencié, chez lequel l’identification
  reste problématique
• On comprend l’importance des plaintes entendues,
  dites par la mère, le père ou un proche, qui “ donnent
  corps et mots ” à une souffrance indicible, qui
  signifient à l’enfant une place possible dans un
  processus de reproduction/répétition
   – S. Bonfils observe qu’il n’est pas rare qu’une femme souffrant
     de colopathie fonctionnelle ait une fille atteinte très tôt par des
     troubles intestinaux sans substratum organique
• Pointons, ici, le risque que l’investissement douloureux
  se constitue en libido narcissique. “ Je souffre donc je
  suis ”, que le corps s’adjoigne par la souffrance son
  indice d’objet réel (P. Aulagnier)
          Les déclinaisons de la plainte
• Dire la plainte succède à se plaindre, par le gémissement, la détresse du
  corps, visible, palpable
• Changement considérable quand l’infans dit “ j’ai mal ”*
    – Christelle, 12 ans, parle de ses plaintes non dites : “ Je préfère ne rien dire. De
      toutes façons, elle ne me croit pas, elle me remballe avec ses trucs comme
      quoi si je suis douillette alors j’ai pas fini. Qu’est ce que je dirai quand j’aurai
      un enfant? Les femmes... ” suit un discours doloriste sur la condition féminine
•       - Dire la plainte, comme on “ porte plainte ”. La plainte apparaît là où
  la mise en accusation n’est pas dicible, le reproche n’est pas possible, pas
  représentable, le persécuteur n’est pas identifiable hors de soi*
•       - Plainte classée sans suite, après l’enquête médicale qui a conclu à
  l’absence de preuves organiques. La répression active et systématique
  peut réussir à la faire taire, plus souvent à la déplacer, la rendre plus
  labile*
•       - Plainte instruite dans le contexte évènementiel, la dimension
  émotionnelle, la contagion affective
                             • Ou bien plainte reçue
    – Écoutée, parlée dans l’échange, entendue comme adressée à un
      autre,le prenant à témoin, lui demandant un signe de reconnaissance
    – Comprise comme exprimant un mal à être, à un moment critique de
      son histoire, à un moment décisif de son développement
                     Interrogations
• Localisation dans l’abdomen des douleurs, des
  cénesthopathies générales, des sensations de malaise,
  dans la continuité de la petite enfance
• Maux de tête plus tardifs
• Sens de ce déplacement?
• Facteurs culturels : Société victorienne, on ne parlait
  jamais du ventre, la migraine était très tôt intégrée
  comme seule dicible dans une plainte*
• On peut entendre le “ j’ai mal au ventre” de l’enfant
  dans une sortie difficile du corps de la mère, paradigme
  de la symbiose
      • D. Anzieu parle de “ tentative de restituer la fonction de peau
        contenante ” qui n’est plus exercée par la mère ou l’entourage
• Parfois, les éléments recueillis donnent à penser que le
  corps de l’enfant est utilisé par le parent adulte pour y
  déverser une problématique qu’il n’arrive pas à
  maintenir au niveau intrapsychique
                        Interrogations
• D'où la persistance, entre 6 et 12 ans des caractères archaïques de
  la plainte :
   – la difficulté de qualifier la composante sensorielle
   – le décalage entre les réactions émotionnelles et la réalité de la
      douleur
   – la présence de réponses purement défensives (position
      antalgique , contracture et résistance à la mobilisation passive,
      atonie psychomotrice)
       • Julie, 7 ans, ne sort pas en récréation, préfère rester en classe, par
         “peur d’avoir mal ” en courant ou en sautant. Traitée par sa mère
         jusqu’ici comme un bébé, elle n’a pas accepté le changement
         d’attitude à l’entrée à la “grande école”
• Les céphalées attirent l’attention sur le travail cérébral exigé de
  l’enfant, sur les performances attendues dans le champ cognitif.
  Elles peuvent être associées à un processus d’inhibition
  douloureuse de l’activité mentale mise en oeuvre dans les
  apprentissages
       • Bruno, 9 ans, souffre de céphalées récurrentes, accompagnées
         d’insomnie, dit sa peur d’échouer, c’est-à-dire de décevoir et de
         faillir, dans un environnement familial très centré sur la réussite
         scolaire
 2- PROBLEMATIQUE PSYCHOSOMATIQUE
           • Du somatique au psychosomatique
• La douleur est dite et répétée, dans sa stéréotypie
  lexicale, à la place de l’affect et de l’émotion que la
  seule pâleur exprime
• La pauvreté langagière semble associée à une forte
  inhibition émotionnelle
   – La référence à une anomalie neurologique, proposée par
     Sifneos et Nemiah notamment, pour rendre compte de la
     carence de l’expression émotionnelle et de la symbolisation des
     affects (alexithymie) suffit-elle?
   – Comment expliquer l’évolution, parfois rapide, observée dans la
     thérapie?
          La douleur et la plainte qu’elle fait dire :
            carrefour du corps et de la psyché
  Nouage et dénouage somatopsychique

Plus encore que de carrefour, parlons de nouage et dénouage
                  Le jeune enfant
• Depuis le début de la vie, le premier nouage sensori-
  moteur, appuyé sur le dialogue tonico-émotionnel,
  permet de déployer le corps sous la protection de
  l’autre, parent, aîné, adulte
• La douleur n’est pas rare, étant donné l’immaturité des
  systèmes
• Le parent prend l’initiative des soins appropriés :
  – apaiser par la parole, la caresse
  – donner un soin
  – appeler rapidement le médecin
• Il est dans sa fonction de pare excitation
• Il renforce les mécanismes d’attachement
• Il partage, sinon la douleur, du moins les modes de
  défense contre elle
                     Le grand enfant
• L’entrée dans la deuxième septaine marque une rupture : L’enfant
  n’est plus accueilli dans sa fragilité initiale, sa symbiose première,
  sa dépendance
• Il est attendu de lui des mécanismes protecteurs autonomes, une
  capacité de gestion suffisante
• Or, la pression est forte, les tension aiguës, les stress fréquents,
  générateurs d’émotion
• Exigences pulsionnelles et élaboration du surmoi se heurtent dans
  le trouble, l’incertitude
• Surplus d’excitation et contraintes contient un potentiel de
  décharge immédiate
• On comprend que des douleurs puissent apparaître, liées à des
  réactions somatiques sous l’influence d’états émotionnels
  caractérisés par l’intensité et la répétition
• La crispation douloureuse, le spasme, disent l’angoisse que
  l’étymologie donne à entendre “ resserrement, étroitesse ”
• Le ventre noué, la tête serrée figent, sidèrent, bloquent tout
  mouvement, toute démarche mentale
                         L'adolescent
• Chez l'adolescent, on rencontre les premiers éléments de la
  problématique psychosomatique adulte : l'insatisfaction, l'absence
  d'espoir et les préoccupations autour du ventre et/ou de la tête en
  tant que lieu du corps à la fois difficile et prédominant
• Les manifestations algiques peuvent faire le lit de préoccupations
  hypocondriaques persistant par la suite
• Elles disent à la fois la traversée d’une crise (la puberté-
  adolescence) et le malaise généré dans et par le corps
• Transitoires et récidivantes, labiles, elles évoluent selon l’attention
  et l’accueil de l’entourage
• Elles prennent un caractère diffus ou localisé : douleurs
  abdominales, menstruelles, ostéo-articulaires, céphalées
• La consultation constitue le lieu où l’adolescent convoque le
  soignant à témoigner de ce qui advient dans son corps et dans sa
  psyché qui est de l’ordre de l’effraction et peut être vécue comme
  un trauma
• L’organe incriminé est présenté comme représentant le corps
  entier, génitalisé, menacé dans sa totalité et menaçant
                           L'adolescent
• La douleur menstruelle peut survenir lorsque l’ovulation devient
  périodique, elle est parfois intense
• Ses répercussions psychologiques risquent d’être aggravées par
  les commentaires stéréotypés qui privent l’adolescente de tout
  bénéfice secondaire (condition féminine et douleur inexorable)
• Les algies dorsales et les troubles de la statique :
   – Remaniement et la croissance somatiques,
   – Problème de l’identité dans lequel intervient l’axe vertébral : la
     posture et les attitudes expriment symboliquement le mode d’être
     face à l’Autre, dans la difficulté, la fuite, la crispation, la provocation,
     le refus et/ou l’attente
• Dimension symbolique de la zone lombaire : la force du corps
  désirant génitalisé prend source dans le bassin pour monter par
  l'axe vertébral jusqu'au larynx, lieu de la parole
• On sait combien chez les patients lombalgiques la peur d'être
  paralysé concerne la motricité générale mais aussi la sexualité
• On comprend qu'à l'adolescence, l'hypertonie puisse constituer un
  mode d'être assurant en même temps décharge et blocage... et
  donc douleur
           L’intervention thérapeutique
                              • L'examen clinique
• Souvent difficile
   – Du fait de l’enfant :douleur + peur + effet blouse blanche-
     environnement médical-odeurs
   – Du fait de l'adolescent : ambivalent, défensif
   – Du fait des parents : peur de l’affection grave !
• Observer : qui parle, attitudes du patient avec les parents et seul…
• Mettre en confiance : parler lentement , doucement, pas de gestes
  brusques ou forcés
• Ne jamais dire « il n’y a rien » car nie ce que perçoit l’enfant et incite les
  parents à poursuivre leur quête étiologique
• Dire plutôt « il n’y a rien d’inquiétant »
• Risque de nomadisme médical : effets :
• Pour l’entourage
    – Aggravation de l’inquiétude : Benjamin (1992)
    – Renforcement du déni de la plainte
• Pour l’enfant
    – Iatrogénie
    – Enfermement dans statut de malade
    – Fragmentation aggravée du corps et de la psyché
    – Renforcement de l’angoisse
                     Traitements
• Médicamenteux
• Conseils d’hygiène de vie et d’alimentation
• Approches psycho-comportementales
   – Bio-feed-back : autocontrôle comportemental
   – Hypnose, relaxation : suggestives, cognitivo-
     comportementales…
   – Relaxation psychothérapique :
      • Psychosensorielle : sensori-tonico-motrice
        – Réceptivité et présence
        – Nouage somatopsychique
        – Traitement privilégié des troubles exprimés par le
          spasme et la tension
        – Sensori-tonico-dynamique : relance de la psyché
La relaxation sensori-tonico-dynamique
– Spécificité :
   • Psychogénétique par son effet de maturation
   • Existentielle par sa capacité de modifier le vécu
– Projet
   • Se sentir comme être-corps : expérience sensori-
     tonico-motrice
   • Se sentir comme être-soi : expérience de la
     verbalisation, le corps, le moi et le je
   • Se sentir comme être-au-monde : expérience de
     la présence
– Mise en œuvre
  • Exercices de réceptivité et d’émissivité : ce que j’accueille et
    ce que je produis
  • Exercices dynamiques : tension-détente, expir-inspir,
    mouvements, imagerie mentale
  • Exercices de base adaptés aux situations habituelles : assis,
    debout, allongé
                       Bibliographie
• Anaes CCQ (céphalées chroniques quotidiennes) chez l'enfant et
  l'adolescent : diagnostic, rôle de l’abus médicamenteux, prise en
  charge. 2004
• Annequin D, Tourniaire B, Massion H, Migraines et céphalées dans
  l’enfance et l’adolescence, Pediatr. Clin. North Am. 2000, 47 (3) ;
  617-631
• Boyle JT, Recurent abdominal pain : an update. Pediatric rev. 1997,
  18 (9) : 310-320
• Haynal A, Pasini W, Archinard M, Médecine psychosomatique,
  Masson, 3ème édition 1997
• Hunfeld et al. Chronic pain and its impact on quality of life in
  adolescents and their families. J Pediatr Pyschol, 23 : 145-153;
  2001
• Sirven R, l’enfant de six à douze ans, L’Harmattan, Paris, 1999
• Sirven R, Les douleurs du grand enfant, lieux et enjeux, in Ferragut
  E et al. Thérapies de la douleur, Masson, 2002
• Sirven R, Douleurs fonctionnelles et douleurs chroniques chez le
  grand enfant (2° partie, cours Capacité douleur), in Ferragut E et al.
  Le corps dans la prise en charge psychosomatique, Masson, 2003
• Sirven R. Souffrance et soins, la place de l'éthique, in Ferragut E et
  al. Souffrance, maladie et soins Masson, 2007

						
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