Histoire urbaine, histoire sociale by 7jjrT8

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									                               Histoire urbaine, histoire sociale-

1. TEMPS ET ESPACES DE LA VILLE
La population urbaine d'Europe est passée de quelque 20 millions en 1800 à 150 millions
environ en 1900, et elle atteignait 344 millions d'habitants aux lendemains de WWII.

1.1. Les contraintes de la ville close
Les réflexions sur la nature de l'urbain, fondées sur les définitions juridiques et administratives,
prennent d'autant plus de relief que la notion semble de plus en plus diffuse. Pendant l'Ancien
Régime demeurer en dehors de l'enceinte équivaut à l'exclusion sociale.

Démantèlement des murailles
De manière générale, plus on s'avance vers l'est, plus le démantèlement est tardif. La vague la
plus importante du démantèlement des murailles correspond aux années 1790- 1825. Les portes
restent en place, parce qu'elles permettent encore la surveillance des marchandises et des
personnes. Elles tomberont dans la seconde moitié du XIXe siècle, victimes des nécessités du
trafic.

Vienne
L'empereur Franz- Joseph décrète en 1857 la démolition des bastion et l'urbanisation du glacis
et d'aménager le prestigieux Ring, qui confère a Vienne une autorité de modèle dans l'urbanisme
du XIXe siècle. Mais il ne faut pas sous- estimer le poids de contraintes militaires. Pour pallier
l'efficacité croissante de l'artillerie, les militaires multiplient donc les ouvrages extérieurs, afin
de soustraire le noyau urbanisé aux bombardements éventuels. Une exception est Paris avec sa
nouvelle enceinte construite en 1843. La WWI rendra définitivement obsolète ce mode de
défense urbaine.

1.2. Les polysémies d’un mot
Les pouvoirs publics ont sans cesse été confrontés à un problème de définition, les vieilles
définitions de type juridique ne suffisent plus.

Organisation traditionnelle de la ville
Dans la plupart des Etats d'Europe centrale, la codification de la vie communale sépare la ville
et la campagne. On le voit très bien en Allemagne:

Nombre de villes en Allemagne: définition juridique et statistique.
               Statut juridique    En %                  Villes en stat           En %
 1871          1290                32,5%                 1406                     37,2
 1910          1276                47%                   2167                     62%

Dans les Etats de la monarchie autrichienne prévaut également une définition juridique de la
ville. En Pologne uniquement en 1920 sont considérés comme telles (villes), si situés près des
fabriques et des usines, des gares de chemin de fer, et celles qui ont pour activité principale non
pas l'agriculture mais le commerce et l'industrie.

Homogénéité jacobine
La Révolution Française a voulu supprimer les termes inégalitaires de ville, bourg et village en
désignant désormais toute localité sous le même nom générique de commune. La taille de la
population agglomérée va servir de critère de classification et des 1846, le seuil de 2000
habitants agglomérés au chef- lieu permet de distinguer communes rurales et communes
urbaines.

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Pragmatisme
En Angleterre le territoire est subdivisé en comtés, bourgs et paroisses. Le bourg a servi à gérer
le peuplement urbain, même s'il n'est pas défini pas son statut urbain qui lui donne le privilège
de désigner un représentant au Parlement. Les choses se compliquent avec le Public Health
autorité de1875 qui introduit le terme urban sanitary district pour toutes les localités urbaines
dotées d'organes élus: des problèmes de santé publique poussent les autorités du royaume à
délimiter plus efficacement ce qui est urbain sans prendre nécessairement en ligne de compte le
nombre d'habitants.

1.3. Le territoire de la ville
L'extension territoriale
Le terme Eingemeindung (fusion de communes) apparaît en Allemagne vers 1886 pour désigner
différentes formes d'extension spatiale: unification de plusieurs villes, incorporation de
communes industrielles, annexion de communes de banlieue. Une fois acquise l'intégration au
tissu urbain existant, les bâtiments colonisent les espaces interstitiels.
En Allemagne, la superficie moyenne des plus grandes villes fait plus que doubler.
                        Frankfurt                                          Berlin
  1870                  70 kmq                    1885                     64 kmq
  1914                  134 kmq                   1920                     878 kmq
Pareil pou Vienne, Zurich, Copenhague, Prague et Amsterdam (elles sont en ordre
chronologique). Les villes italiennes semblent avoir moins souffert de saturation. Les périmètres
urbains très vastes ont réussi plus longtemps qu'ailleurs à digérer la croissance. A Ferrare, cas
les plus spectaculaire, le territoire communal s'étend sur 405 kilomètres carrés. En France,
seules les plus grandes villes ont procédé à des annexions, Lyon en 1852 et Paris en 1860.

Eviter le gigantisme, mais favoriser l'efficacité de la gestion
Le mouvement des fusions se ralentit fortement durant l'entre-deux-guerres. En Grande-
Bretagne, ce sont les joint boards, des groupements intercommunaux qui remplacent les fusions.
Pour l'ensemble des villes allemandes entre 1851 et 1910 les fusions ont causé directement une
augmentation démographique d'environs 20%.

1.4. La mesure statistique du phénomène urbain
Pesée globale
Les seuils fixés sont souvent assez élevés: 5000 ou 10000. Au Danemark, une localité de 200
habitants est considérée comme une ville. Pour F. Moriconi-Ebrard, la limite l'unité n'est pas la
ville stricto sense, c'est l'unité urbaine, définie comme la zone du bâti continu indépendamment
des limites administratives, soit une notion proche de l'agglomération. P. Bairoch a utilisé le
seuil de 5000 habitants.
Avec les données de Bairoch
 Critère          Date                   Pop. urbaine       Urbanisation
 5’000            1800                   20                 11,5 %
 5’000            1850                   43                 16,5 %
 5’000            1900                   150                33 %
 10’000           1900                   113                28 %
 5’000            1950                   344                59 %
 10’000           1950                   259                49,5 %

La diversité des rythmes de croissance



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1. L'Angleterre qui commence son industrialisation et urbanisation en premier avec une
augmentation notable voit de 1850 à 1900 diminuer pour se situer en 2e rang et au début XXe
avec le taux le plus faible d'Europe.
2. La Belgique possède également une forte spécificité. Partie du même niveau que le Royaume-
Uni, elle arrive également au même niveau. Mais la régularité prime.
3. L'Allemagne, 2 fois moins urbanisé que le Royaume Uni en 1800 elle enregistre une très forte
progression et se hisse en 1900 au niveau de la Belgique. L'urbanisation s'opère assez
brutalement (notamment après 1871).
4. En Russie la progression ne cesse d'accélérer entre 1800 et 1950. La WWI ont provoqué un
fort recul de l'urbanisation qui dés 1926 récupère et atteint des taux de croissance de 6,5%
pendant les années '30.
5. L'Italie et l'Espagne entament le XIX par une phase de stagnation urbain, voire déclin, avant
de renouer avec une urbanisation que caractérisent lenteur et régularité.
6. Au Portugal le taux est resté stable au XIXe pour récupérer au XXe. En Irlande la chute de la
population est accompagnée d'une progression de l'urbanisation.

1.5 Armatures et réseaux
Le taux d'urbanisation reste une approche assez abstraite: il ne renseigne ni sur la manière dont
se répartit la population urbaine entre les différentes villes, ni sur leur nombre, ni, enfin, sur les
rapports hiérarchiques se tissent entre elles. Plus qu'un système de places centrales se met en
place un véritable réseau.

Le semis des villes
La densité du semis de ville dépend de la superficie du pays considéré et du nombre de villes.
Au début du XIXe, l'Espagne, la France et plus encore l'Italie ont beaucoup de ville de plus de
10'000 habitants que le Royaume Uni. "La densité du semis des ville exprime l'intensité de
l'urbanisation d'un territoire. Entre 1800 et 1950 la distance moyenne entre les villes passe de 64
à 24 kilomètres. Pour faciliter la comparaison on a crée trois groupes égaux correspondant à un
semis serré, moyen ou lâche:

I. Les pays ou la distance moyenne est toujours minimale
Pays Bas, la Belgique, le Royaume Uni et l'Italie. On parle de pays de vieille tradition urbaine.
Dans ce cas, dès 1800, la distance moyenne entre deux cités (>10'000) n'as jamais été supérieure
à 30 km. Les probabilités d'interaction entre les villes sont maximales.

II. Les territoires où la distance moyenne est maximale et le semis très lâche.
La Roumanie, la Suède, la Norvège, La Finlande et la Russie d'Europe. Notamment pour les
pays du Nord difficilement peut-on parles de véritable semis, le peuplement est très différent du
reste de l'Europe.

III. Zones caractérisés par une distance moyenne.
Une partie des Balkans, le Portugal et la naissante Albanie et Grèce.

! La France et l'Espagne appartiennent au début et au milieu du XIXe à l'Europe du semis urbain
dense glissent ensuite vers l'Europe des semis plus lâches.

Systèmes hiérarchiques
L'indice de primatie est le rapport entre la population de la première ville et de la seconde. En
1950, la moyenne des indices de la primatie est de 4,9 ce qui signifie que la première ville d'un
pays est alors en moyenne cinq fois plus grande que la seconde.


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Les pays d'Europe ont connu des évolutions assez divergentes. L'Europe du maillage urbain le
plus dense est aussi celle où aucune ville n'écrase le système urbain national. Typique est
l'évolution des Pays-Bas, de la Belgique. Notamment en Belgique, les nouveaux moyens de
transport inter- urbains légers ont été expressément favorisés par le gouvernement en vue de
freiner la concentration urbaine. Cela à favorisé les migrations pendulaires, elles freinent le
dépeuplement des campagnes et la croissance urbaine. Juste Londres, au début du XIXe avec
plus de 1,1 millions d'habitants est la ville monstre. Pour l'Espagne ou la Russie, la faiblesse de
l'indice de primatie est la manifestation d'une hégémonie bicéphale (Madrid et Barcelone, Saint
Pétersbourg et Moscou).

Recompositions
La ductilité des frontières et les transformations des économies locales sous l'impact de la
pénétration plus ou moins brutale de l'économie de marché contribuent à la recomposition des
systèmes urbains afin de se plier aux nécessités des novelles entités politiques. En Grèce, suite à
nombreux changements de capitale, Athènes s'agrandit rapidement, comme avaient fait Egine et
Nauplie. Le choix de faire d'Athènes la capitale politique du pays a été décisif pour sa
croissance, mais son hégémonie n'est pas le fait du hasard, elle renvie au travail de la
bourgeoisie grecque pour construire une capitale à sa mesure, elle passe aussi par l'élimination
progressive des cités rivales.
En France, ou le maillage est beaucoup plus lâche, l'urbanisation s'est soldée par un
renforcement de la primatie parisienne. Ce type d'organisation se retrouve en Autriche, ou
l'indice de primatie, toujours supérieur à 7, a été d'une grande stabilité.

1.6 Les contrastes de l’Europe urbaine
Diversité du paysage urbain
Les contrastes se marquent aussi dans l'aspect même des ville, résultante des matériaux utilisés,
de la relation entre les pleins et les vides, de la densité du bâti et de celle des hommes. Le bois,
la pierre, la brique imposent des contraintes différentes sur la manière de bâtir la ville, qui se
lisent dans le paysage urbain. La volonté de lutter contre la diffusion des incendies, la rareté et
le coût du bois (France et Angleterre) vont modifier l'aspect des villes d'Europe occidentale. En
Angleterre, à partir de la fin du XVIIIe, l'empli de la brique cuite se développe: il est encouragé
par les compagnies d'assurances pour lutter contre les incendies. La divergence renforce les
stéréotypes associant modernité et Europe de l'Ouest et archaïsme et Europe de l'Est. Dans les
villes du nord et de l'est de l'Europe, le bois continue à dominer la construction. Pour le visiteur
des villes russes, il est difficile de reconnaître une urbanité conforme aux canons de la ville
occidentale. Le cas est patent en Finlande, après les années 1820, la largeur des rues est portée à
18 mètres, les rues pare- feu atteignent 24 mètres et la construction de bâtiment de bois de plus
d'un niveau est prohibée.

Compacité et étalement
La compacité des villes occidentales est particulièrement marquée pendant la première moitié
du XIXe, puis elle s'atténue avec l'étalement progressif de l'espace urbain. Les villes débordent
les limites physiques ou politiques qui semblaient les borner. Dans ces régions fortement
urbanisées, dés l'après WWI, la dichotomie entre l'urbain et le rural tend à se dissoudre et se
produit une coalescence des agglomérations (typique est la Belgique, dont le nombre des
agglomération de plus de 10'00 diminue)

Cercles concentriques et gradient de densité
Pour décrire compacité et distribution des densités, Colin Clark a proposé un modèle statistique
associant densité de population et distance entre les villes, il a mis en évidence une décroissance
exponentielle de la densité en fonction de la distance au centre. Dans les villes compactes, la

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densité diminue très rapidement avec l'éloignement du centre, et le gradient de densité est très
élevé; au contraire, lorsque la ville s'étale, al diminution de la densité du centre vers la
périphérie est plus graduelle.
Heinrich Bleicher, en Allemagne, divisa Francfort (1891) en zone concentriques pour
promouvoir une rationalisation de l'espace urbain.
Entre le début du XIX et la veille de WWII la décroissance des densités- et surtout la forte
diminution du gradient de ces dernières entre le centre et la périphérie- se vérifie dans des villes
comme Londres et Paris. Au début du XIX à 5-6 kilomètres du centre tend vers 0, et la pente de
la droite est particulièrement forte, pendant les années 1930, à plus de 12 kilomètres, la densité
n'est toujours pas nulle et la pente a fortement diminué. Dans les villes modestes, en revanche,
basse densité et faible gradient se traduisent par une interpénétration des paysages urbains et
ruraux. Dans ces conditions, affirmer que la ville européenne se caractérise par sa compacité est
une simplification abusive.


2. LOGIQUES ET FONCTIONS URBAINES
2.1 Des fonctions traditionnelles aux fonctions nouvelles
La tradition de l'échange
La plupart du temps, les fonctions administratives justifient le statut de ville. Mais la plus part
du temps c'est un centre d'échange. Lom, sur le Danube, est un exemple de ville basée sur les
activités agricoles. Le marché, où on échange tous les produits agricoles est le centre
névralgique de cette ville habitée par des agriculteurs. Il y a aussi les agrovilles dont la fonction
n'est pas seulement le commerce mais aussi la production de produits agricoles (Sicile, sud
Italie, Andalousie et Hongrie).

Les conséquences du développement des transports
Nœuds ferroviaires et ports figurent parmi les villes gagnantes. L'aménagement des voies de
circulation, au premier rang desquelles le chemin de fer, appartient certainement aux grands
facteurs urbanisant de la période. La Finlande connaît un déplacement du poids de l'urbanisation
de la façade maritime vers le pays profond. Le chemin de fer et l'éradication de la malaria
amènent les déplacements des populations des zones intérieures vers les bords de mer (Italie).
Les bouleversements des lignes de transport maritimes provoquent parfois des reclassements
spectaculaires, dont la Grèce fournit une excellente illustration. Au milieu du XIX Ermoupolis
est la 2e ville, en taille, mais la capitale économique. Tout le commerce maritime passe par cette
ville et le rapport entre les 2 ville et de 1 à 1,5 (1850). En 1928 le rapport et de 1 à 20/30.
Ermoupolis n'a pas pu devenir le port franc et avec l'ouverture du canal de Corinthe elle se
trouve plus sur la voie principale du commerce.

Le chemin de fer modifie de manière spectaculaire les seuils d'accessibilité en entraînant une
formidable dilatation de l'espace, il permet une spécialisation fonctionnelle selon les
opportunités des marchés auxquelles elles se trouvent rattachés.

En Pologne, le changement de rang dans la hiérarchie urbaine s'explique par la connexion plus
ou moins précoce au réseau. Mais, les Russes on imposé leur perception stratégique (militaire)
du chemin de fer: les voies évitent les villes et zones industrielles et les gares sont établies à
plusieurs kilomètres des centres.

Tourisme et loisirs
Les fonctions nouvelles que sont tourisme et loisirs font naître la ville et entraînent des rythmes
de croissance, souvent spectaculaires. Le tourisme accélère la croissance des villes existantes,
telle que Cannes, Biarritz ou Nice. Dans ce dernier cas, l'extension du réseau de chemin de fer

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joue un rôle important pour le développement, d'une ville déjà aimée par l'aristocratie
britannique, qui voit sa population multipliée par 10 en 50 ans. En Allemagne Wiesbaden est un
exemple de ville basée sur les cures thermales: elle passe de 2500 à 100'000 habitants en un
siècle et devient une ville mondaine et cosmopolite attaché à l'image de luxe et loisir.

2.2. Naissance et développement des villes industrielles
Aujourd'hui, les chercheurs sont plus nuancés et insistent sur l'autonomie du phénomène urbain
et sur la complexité des effets induits de l'industrialisation.

La dynamique de la production industrielle
Avant la conversion de l'économie anglaise à l'énergie fossile, les disparités de niveau de
développement entre les différentes régions d'Europe ne sont pas particulièrement marquées,
puisque le même type d'activités existe structurellement partout. Au début du XIXe, le paysage
commence à se modifier sous l'effet de la mécanisation et des différences de développement
régions se manifestent. En termes d'emplois, les industries traditionnelles restent bien plus
significatives que les nouvelles activités de pointe. Les bassins houillers connaissent un
processus de concentration urbaine et de croissance spectaculaire: la Ruhr et la Black Country.

L'impact de l'industrialisation sur les systèmes urbains
Les modèles de relation entre l'industrialisation et l'urbanisation peuvent se ramener à deux
grands processus: l'un qui s'appuie sur l'armature ancienne, progressivement renforcée par
l'extension spatiale des périphéries, l'autre qui se constitue en dehors de ce système ancien, par
développement de villages industriels et, plus rarement, à partir de création ex nihilo.

LES CREATIONS EX NIHILO
Ces création renvoient plus souvent à la sidérurgie qu'à d'autres activités industrielles.

Le Creusot, en France accueille à partir de 1782 une usine sidérurgique et la manufacture des
cristaux de la Reine. La proximité des gisements de charbon et des mines de fer détermine le
choix de ce nouvel espace industriel relié à l'Atlantique et à la méditerranée par un réseau de
voies d'eau. En 1836 la famille Schneider reprend l'usine et à ce moment la ville devient un
véritable bourg- usine pour atteindre à son apogée à la veille de WWI 36'000 habitants.

Middlesbrough, en Angleterre est la seule véritable création d'une grande ville industrielle à
l'époque victorienne. Suite à la création de la ligne Stockton- Darlington est décidée la création
d'un port à l'embouchure de la Tees pour exporter du charbon. Dix ans plus tard (1850) la
découverte de minerai de fer exploitable à Cleveland Hills emballe la production de fonte et la
population explose (5000 en 1841, 20000 en '61 et 90'000 en 1901)

Magnitogorsk en URSS est la véritable cité- champignon de la sidérurgie. Le site est connu,
depuis longtemps pour la richesse de son minerai de fer. En 1928 les projets passent de 650'000
à 4 millions de tonnes et le charbon doit venir de 2'000 kilomètres. La première pierre est posée
en '29 et 3 ans plus tard la population passe à 250'000. "la construction de la ville est une sorte
d'entrepôt de réserve pour la construction de l'usine"

Le modèle le plus courant d'industrialisation touche néanmoins les villes elle- mêmes. Il
concerne les villes industrielles comme Sain- Etienne, Liège, Birmingham ou Essen, mais aussi
les très grandes villes: Londres, Paris, Vienne ou Berlin.

Au début du XIX, Berlin est déjà une ville industrielle fondée sur le secteur textile. Ensuite, les
industries de la métallurgie et des machines prennent le relais. En 1871, le 2/3 de la population

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active est employés dans l'industrie et l'artisanat. L'entreprise de machines Borsig, installée
d'abord en plein centre (Oranienburg) avant 1850 migre en périphérie pour se retrouver en
lointaine banlieue à la fin du siècle. C'est aussi l'époque ou les grand complexes chimiques et
électrotechniques créent leurs propres sites urbains: Simensstadt est l'exemples le plus connu.
Submergée par la croissance tente de résoudre le problème, en créant la structure du Gross
Berlin. A partir des années 1880 le centre se transforme en City et bureaux, magasins, bâtiments
administratifs et se substituent aux fonctions d'habitat.

2.3 Les mutations des activités urbaines au temps de l’industrie

Au milieu du XIXe la ville retrouve sa fonction de lieu de production pour des biens destinés à
un marché suprarégional, rôle qu'elle avait perdu avec l'essaimage de la production et les
barrières artisanales. Pourtant le développement industriel n'a pas partout un fort pouvoir
urbanisant. Tel est le cas de la Belgique ou de la Suisse, deux pays engagés précocement dans
ce qu'il est convenu d'appeler Révolution Industrielle, mais dont la concentration urbaine est
relativement tardive.

Les transformations de l'emploi urbain
Dans les villes anciennes, les emplois urbains se répartissent en trois secteurs: le bâtiment, les
service (transport et domesticité) et fabrications de luxe et industries de finition. Dés la 1re ½ du
XIX, dans toute l'Europe urbaine l'artisanat subit une crise structurelle aiguë. L'Europe de l'Est
et du Sud maintient plus longuement les cadres traditionnels de la production. A Milan, peut-
être plus que dans toutes les autre cités, il y a un foule de petits et moyens établissements
dissimulés modestement et fébrilement actifs.

La diversité des fonctions et des activités n'est pas sans liens avec la taille des villes. Adna
Weber tire quelques conclusions générales sur leur distribution. Alors que l'activité agricole et
le lot de lus du quart de la population des villes de moins de 5000 habitants, elle tombe en deçà
de 10% une fois ce seuil franchi, et en deçà de 2% dans les villes de plus de 100'000. Mines et
industries ont leur prépondérance dans les villes de 5'000 à 100'000. Dés 100'000 les activités
commerciales et les services sont surreprésentées. Dans la grande ville multifonctionnelle, le
secteur tertiaire domine, alors que le secondaire se concentre plus souvent dans des villes de
taille inférieure, aux fonctions moins diversifiées.

Seconde industrialisation et tertiarisation
Il n'est pas abusif de parler d'un processus de désindustrialisation dans les grandes villes au
XXe. Le processus de tertiarisation s'observe précocement dans les villes du nord de
l'Angleterre. A Glasgow où à Manchester, plus de 55% de la population active masculine est
employée dans l'industrie en 1861 et moins de 30% dans les services; en 1911, à Glasgow, le
poids de 2 secteurs est de 45% et 41%.

Persistance des traditions
Dans un environnement considéré comme propice à l'implantation d'activités nouvelles, des
communes proches peuvent avoir des destins contrastés. Le cas de surreprésentées et Rheydt,
deux villes de la périphérie de Mönchengladbach, distantes de 5 km, en constitue une
illustration: surreprésentées est une petite ville d'origine médiévale avec 3600 habitants en 1798
et 8400 en 1910; Rheydt ne recense que 2600 en 1800 pour atteindre 43'000 en 1910. Dahlen est
catholique alors que Rheydt est protestante Dahlen demeure ville à forte composante agricole
tandis que Rheydt accueille plusieurs filatures de coton au début du XIXe et le tissage
mécanique à la suite. Le solde migratoire est très positive est la ville est innovatrice.


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3. RENOUVELLEMENT ET FRAGILITE DES POPULATIONS URBAINES
3.1. Les composantes de la croissance urbaine
La croissance de la population urbaine, qu a tant marqué les hommes du XIXe, est la résultante
du solde naturel et du solde migratoire. Longtemps le solde naturel a été négatif, et l'image de la
ville tombeau a marqué l'histoire de la représentation urbaine.

Le solde naturel
Rouen, port de fond d'estuaire, se caractérise par une croissance limitée au XIX. La ville, farte
de quelque 80'000 habitant sous le premier Empire dépasse les 120'000 en 1911. La nouvelle
capitale de la Russie impériale compterait 225'000 habitants au début du siècle, 500'000 au
milieu et 2,2 à la veille de la WWI. Les migrants sont dans les deux cas très nombreux, mais les
fluctuations saisonnières sont à coup sûr plus fortes en Russie. A Rouen, pendant les trois
premières décennies du siècle, les naissances l'emportent sur les décès, mais, à partir des années
1840, le nombre des morts est toujours plus important que celui des nouveau-nés, et le bila
devient nettement négatif après 1870. Sur les bords de la Neva, le mouvement est inverse: le
solde naturel est négatif jusqu'aux années 1880, puis le naissances l'emportent sur les décès;
dans les années 1900, les décès sont de l'ordre de 45'000 par an et les naissances de 55'000. La
comparaison des taux de natalité des 2 villes souligne la précocité de la baisse de la
démographie française. Plus surprenant est l'écart qui se manifeste pour els taux de mortalité.
S.Peterburg est l'une des villes d'Europe dont la mortalité est la plus élevée, et les épidémies de
choléra et de typhus des années 1850 et 1860 viennent le rappeler.

Croissance et solde migratoire
Selon la place qu'occupent, les mouvements naturels et le mouvement migratoire dans la
croissance des villes, le dynamisme mais aussi les sociabilités peuvent être très différents.
Angleterre et Pays de Galles, d'une part, France, d'autre part, représentent des cas de figure
opposés. Outre-manche, la majeure partie de la croissance urbaine n'est pas à imputer aux
migrations mais au solde naturel: entre 1841 et 1911, la population urbaine passe de 8,4 millions
à 23,7 millions; le solde naturel était intervenu pour 12,7 millions de personnes et les migrations
seulement pour 2,6 millions. En France, entrée 1806 et 1911, la population urbaine est passée de
5,1 millions à 18,5 millions. Les migrations auraient fourni 15,5 millions de nouveaux urbains
et les natifs de la ville seraient moins de 4 millions, car les décès urbains ont surpassé les
naissances d'au moins de 1 million. A la veille du premier conflit mondial, sur 100 citadins des
villes anglaises, à peine plus de 10% des habitants ne sont pas des citadins de souche alors que,
dans les villes françaises, ils sont plus de 80% à être des citadins de fraiche date.
La croissance de la plus part des villes européennes, surtout à fin du XIX s, découle de la
combinaison d'un solde naturel et d'un solde migratoire tout les deux positifs. Au sein du même
pays, le rapport de ces deux soldes peut énormément varier. Cette dimension régionale est bien
illustrée par le cas italien. Dans le Sud, la croissance urbaine est principalement le résultat du
solde naturel; dans le Nord, elle s'explique essentiellement par le solde migratoire.

La diversité des structures démographiques
Plus la constitution de la population est rapide et fondée sur le développement d'un secteur
industriel unique, plus les déséquilibres démographiques sont accentués. Les villes industrielles
abritent une population jeune et enregistrent des déséquilibres entre les sexes et entre les ages
qui ne sont pas indifférents au secteur d'emploi. Roubaix et Leeds, Le Creusot et
Middlesbrough peuvent servir d'archétypes pour les villes textiles et pour les villes
sidérurgiques. Dans les secondes, le phénomène migratoire provoque une très nette sur
masculinité, alors que, dans les premières, l'emplois féminin est beaucoup plus important et le
rapport h/f plus proche de 1, voir inférieur. Cette forte présence masculine, caractéristique de

                                              8
nombre de villes du XIX, atteint à Saint Petersburg, dans les années 1820, des niveaux inconnus
ailleurs: au début du XIX, les femmes ne constituent que 30% de la population et, dans les
années suivantes, l'afflux de paysans, appelés à réparer les dégâts des inondation, est tel que le
taux de masculinité dépasse 240.




                                              9
3.2. La fragilité des populations urbaines
L'entassement des populations urbaines
La fragilité des populations a souvent été imputée par les contemporains à la concentration et à
l'entassement. La densité semble être une notion simple; pourtant, le calcul du nombre
d'habitants à l'hectare est faussé par l'inclusion de terrains non bâtis, de parcs, de routes. Elle a
été maximales au milieu du XIX, puis elle eu la tendance à diminuer sous l'impact de l'extension
du territoire urbain et de la restructuration des centres, ainsi que de la spécialisation des
fonctions de l'espace urbain. La ville compacte s'est étalée, sous l'effet du développement des
transports. Les densités dans les Bezirke viennois soulignent la perte de population du centre
historique à l'intérieur du Ring, ou elles diminuent, alors qu'elles deviennent beaucoup plus
fortes dans la première couronne des anciens faubourgs.

La limitation des naissances
Pour étudier la démographie des villes du XIX, il faut souvent se contenter du taux de natalité,
fortement influencés par la composition par age et pas sexe de la population. De ce fait, la
jeunesse de la population urbaine suffit souvent à expliquer la supériorité de la natalité urbaine
sur la natalité des campagnes. Au tournant du XIX et du XX, dans nombreux pays occidentaux,
la natalité urbaine est supérieure à la natalité rurale, mais la Russie et l'Allemagne font
exception. Les courbes de la natalité urbaine et rurale en Prusse sont très voisines jusqu'au début
des années 1880. Ensuite l'écart s'accroît.
Les taux de natalité sont plus révélateurs des structures d'age et de sexe des population urbaines
que de véritables comportements différentiels, et il est plus pertinent de comparer, lorsque cela
est possible, les indices de fécondité.

DES VILLES MORTIFERES
La surmortalité urbaine
L'urbanisation s'est soldée par des taux de mortalité particulièrement élevés, mesurés
indirectement en comparant l'espérance de vie à la naissance. Cette dernière est, souvent,
inversement proportionnelle à a la taille des villes. Les phases de croissance paroxystique sont
les pénalisante pour les populations citadines.

L'importance de la mortalité infantile et enfantine
La mortalité infantile joue un rôle important dans la surmortalité urbaine, mais les enfants qui
ont dépassé leur premier anniversaire sont toujours sous la menace, est les conditions générales
de la vie urbaine sont plus pénalisantes que le travail industriel.
L'évolution de la mortalité infantile urbaine n'est pas indépendante de celle de la mortalité
infantile générale.(a)Les pays les mieux lotis sont la Suède, les pays de l'Europe du Nord, les
Pays-Bas et la Suisse; la, les taux observés sont de l'ordre de 50‰. (b) Puis viennent la France,
l'Allemagne, le Royaume Uni et la Belgique, avec de taux de l'ordre de 75‰. (c) Enfin, Italie, la
Grèce, l'Espagne, l'Autriche et la Tchécoslovaquie, atteignent des taux variant entre 105 et
120‰,(d) et les taux les plus élevés- entre 145 et 180‰- sont observés dans les Balkans et dans
les pays de l'est de l'Europe, auxquels s'ajoute le Portugal.
Longtemps, la baisse de l'allaitement au sien et l'utilisation d'eau non stérilisée ont entraîné une
forte augmentation des décès liés aux maladies intestinales, et en particulier aux diarrhées. La
mutation importante se situe dans les premières années du siècle. L'amélioration des conditions
de vie est générale et les villes en profitent davantage. Pendant l'entre deux guerres la mortalité
infantile des campagnes est plu s'élevée que celle des villes. Dans les pays de l'Europe du sud,
comme l'Espagne, s'observe également une réduction plus rapide de la mortalité urbaine que de
la mortalité rurale, qui aboutit à l'inversion de l'écart entre ville et campagnes.

Maladies urbaines

                                               10
Le choléra, épidémie spectaculaire, a cristallisé toutes les frayeurs du XIX, même s'il n'est pas,
et de loin, la principale cause de décès. Variole, typhoïde, tuberculose, syphilis, diarrhées ou
grippes tuent davantage et plus systématiquement. La distribution de la mortalité urbaine n'est
pas, à l'évidence, liée à la taille des villes. En revanche se distinguent grosso modo trois zones
partageant les mêmes caractéristiques. La zone de faible mortalité (<12‰) correspond aux villes
allemandes, à celles de Suisse, de Belgique et des Pays-Bas et à celles de l'Europe du Nord.
Autour de cette zone se dessine une zone de moralité moyenne, prenant en écharpe l'Angleterre,
la France sans ses façades maritimes, le nord de l'Italie, l'Autriche et une parie de la Pologne.
Au-delà, et sauf exception la mortalité atteint des sommets, comme à Séville ou Porto (>25%).
La distribution de la mortalité tuberculeuse ne recoupe pas parfaitement les caractéristiques de
la mortalité générale, même si certaines constantes se retrouvent. En effet, la dimension sociale
de la maladie, dont on a pu dire qu'elle était une maladie de l'usure au travail, influe nettement
sur sa distribution. L'opposition entre ville comme (1) Birmingham, Londres, Bristol et (2)
Newcastle, Manchester ou Liverpool est tout à fait significative: dans (1) la moralité
tuberculeuse, toutes formes confondues, est inférieure à 1‰, alors qu'elles dépasse 1,3‰ dans
(2).
La typhoïde est un bon critère de la qualité de l'équipement sanitaire: les villes britanniques et
allemandes sont au cœur de l'Europe bien équipée, comme celles des Pays-Bas ou de Suisse. La
situation se dégrade vers l'est et le sud. Les villes d'Espagne sont dans une situation
particulièrement difficile, puisque, en moyenne, la typhoïde y est vingt-six fois plus meurtrière
que dans les villes anglaises, et des villes comme Barcelone ou Valence sont dans une situation
encore plus dramatique. Il faut aussi constater que souvent les villes portuaires (Nantes, Gênes,
Trieste mais pas les villes scandinaves) enregistrent une forte mortalité typhoïdique.

3.3. La mobilité des populations urbaines
K. Schwarz: "On est souvent confronté à l'assertion selon laquelle les gens d'aujourd'hui seraient
plus mobile que dans le passé. Cette affirmation apparaît comme étant si évidente que ses
partisans ne prennent même pas la peine de la démontrer. En fait, la tendance générale va dans
une direction contraire."
Les données établies permettent de distinguer plusieurs phases bien dissonées établies
permettent de distinguer plusieurs phases bien distinctes: (1) entre 1830 et 1880 le taux
d'immigration progresse de 0,05 à 0,15; (2) entre la fin de XIX et WWI le taux d'immigration
fluctue entre 0,15 et 0,19; (3) la période de l'entre 2WW le taux varient entre 0,06 et 0,10; (4)
après WWII les taux diminuent et retrouvent les niveaux des années 1820.
Derrière le mot mobilité, les historiens et les observateurs actuels font souvent référence à des
phénomènes distincts. Pour les premiers, les échelles de la mobilité sont diverses: des migration
internationales jusqu'à la mobilité intra urbaine. Pour les seconds, le terme mobilité fait
référence aux déplacements pendulaires et aux déplacements d'individus qui peuvent avoir une
grande stabilité résidentielle. Une partie de la forte mobilité intra urbaine peut s'expliquer par la
volonté de réduire le déplacement domicile-emploi (pour J. Ruskin, cette volatilité à même eu
des conséquences néfastes sur l'architecture des années 1850).

Sédentaires et gyrovagues
A Leeds, entre 1851 et 1861, 85% des chefs de ménage ont déménagé. Du suivi d'un millier
d'hommes à Moscou pendant trois ans, il ressort que la stabilité au même domicile est
relativement limitée, puisque, dans les deux villes, au bout de trois ans, un tiers seulement des
individus demeure toujours à la même adresse et le nobles apparaissent comme les plus mobiles
car, en ville, ils sont souvent locataires. L'instabilité résidentielle est telle qu'elle contribue à
empêcher l'émergence de quartiers homogènes socialement, comme cela est le cas dans la ville
d'Europe occidentale au même moment.


                                               11
Les individus qui séjournent longtemps dans la même ville sont aussi ceux qui ont la mobilité
intra-urbaine la plus forte.

Un révélateur des fonctionnements urbains
Les catégories défavorisées changent souvent de logement mais se déplacent sur de très courtes
distances, les jeunes sont plus souvent à la recherche d'un nouveau logement que les personnes
âgées et le mariage sont souvent l'occasion d'un changement de résidence. Les catégories aisées
se déplacent moins fréquemment que les catégories défavorisées, mais lorsqu'elles le font, les
distances séparant ancienne et nouvelle résidence sont souvent plus grandes. Entre forme
urbaine et pratique sociales, les interactions sont permanentes. Le choix n'est pas dicté par les
avantages intrinsèques du logement, mais plutôt pas sa localisation en fonction de l'emploi du
moment ou de la proximité de tel ou tel parent.

Migrations temporaires et permanentes
Le niveau de la migration s'élève après leur installation, mais sa nature et les arcanes de son
fonctionnement ne sont pas transformés par l'industrialisation. L'industrialisation intensifie la
mobilité, mais les villes préindustrielles ne l'ignorent pas, comme le démontre le cas de Cuenca,
une petite ville de Nouvelle Castille, peuplée de 5761 habitants en 1844: entre '44 et '47 le taux
d'immigration et en moyenne de 13,7 et celui d'émigration et de 16,2. Chaque année, plus du
quart de la population de la ville renouvelée. Les migrations temporaires sont d'une importance
extrême pour comprendre la pénétration des comportements urbains et des campagnes. La
grande dépression des années 1880 contribua à rompre les relations que les migrants
temporaires entretenaient avec leur terre natale et à les transformer en migrants définitifs.

Quitter la ville
Si les migrations ver les villes sont relativement bien connues, les départs de la ville le sont
moins. E. Ravenstein considérait que tout courant migratoire provoquait un contre-courant de
compensation, car l'économie urbaine ne peut pas toujours absorber l'ensemble des flux
migratoires.
R. Lorenceau a bien démontre le cas de Bâle à a fin du XIX, la durée d'installation était le
paramètre clé de la croissance urbaine beaucoup plus que le nombre des migrant qui entrent et
sortent, chaque année, de la ville. Lorsque la durée de séjour des migrants augmente, la
croissance s'accélère, et elle diminue lorsque leur passage dans la ville est plus court.
Les travailleurs non qualifiés sont moins stables que les ouvriers qualifiés et, souvent,
l'ensemble des travailleurs manuels est plus mobile que l'ensemble des non-manuels. A Cuenca
la mobilité caractérise les deux extrémités de la hiérarchie sociale: les journaliers, les
professions libérales et les fonctionnaires sont les plus mobiles.

Importance et diversité de l'immigration
Si les villes perdent des habitants, elles en gagnent encore d'avantage. Partout, sauf dans les
villes anglaises de la fin du XIX ou la croissance naturelle est prépondérante, la migration a été
essentielle à la constitution des populations urbaines. La plus grande part des migrants
parcourent des distances limitées. D'autres, fortes d'une qualification rare, d'un savoir-faire ou
d'un savoir, pour qui le monde urbain est familier, parcourent des distances plus importantes,
s'intègrent dans un réseau professionnel structuré, rentrent au service de compagnies, de
banques ou d'administrations, et leur progression dans la hiérarchie exige des migrations
successives. Les mécaniciens, les verriers d'avant la mécanisation de la fabrication des
bouteilles, les spécialistes du monde de la finance ou du négoce illustrent bien ce type de
migrations.

3.4. Migrants et espace urbain

                                             12
Irlandais dans les villes anglaises
Longtemps, la cause sembla entendue: les Irlandais de l'Angleterre victorienne avaient vécu
dans des véritables ghettos, des petites Irlandes, et ils étaient les principales victimes de la ville
industrielle. Socialement exclus d'un monde dont ils étaient les proscrits, les Irlandais, selon
cette vision stéréotypée, auraient connu la ségrégation spatiale la plus absolue, le ghetto aurait
été leur lot.
E.P.Thompson s'inscrivait en faux conte cette conception, soulignant l'importance des mariages
mixtes et tranchant: "ce n'est pas tans la tension mais la relative facilité avec laquelle les
Irlandais ont été intégrés au sein des communautés ouvrières qui est remarquable". Les
nouvelles recherches insistent sur le fait que trop de recherches se sont concentrées sur les trop
grandes villes et ont négligé les petites villes, où les problèmes d'intégration et de ségrégation se
posaient différemment. Les Irlandais sont déjà présents en Angleterre avant la grande famine,
mais le flux migratoire atteint des sommets entre 1846 et 1854.
En 1851, 108'000 Irlandais vivaient à Londres. Colonie la plus importante par rapport à la
population de la grande métropole, leur proportion était faible: 4%. Au même moment, leur part
était de 22% à Liverpool.
Tant en chiffres absolus qu'en pourcentages, les Irlandais sont principalement installés dans le
nord –est de l'Angleterre et en Ecosse. Manchester et Salford comptent plus de 50'000 irlandais
au milieu du siècle. soit plus de 13% de la population totale, et des villes comme Preston ,
Stockport ou Bolton ont toutes des colonies de plus de 4'000 individus.
Pour être très fortement majoritaire, l'absence de qualification des Irlandais n'est pas générale et
un pourcentage non négligeable exerce des professions non manuelles. (108)
Focaliser l'attention sur les seules zones de forte concentration biaise le jugement global
concernant leur intégration ou leur ségrégation dans les villes victoriennes. Leur répartition
résidentielle, étudiée par C. Pooley, montre que les facteurs socio-économiques priment sur les
caractéristiques ethniques: les Irlandais qui ont des professions non manuelles sont plus
dispersés dans la ville que ceux qui exercent des professions manuelles non qualifiées. De plus,
les premiers et les seconds n'ont pas les mêmes conditions de résidence, même lorsqu'ils
habitent les mêmes quartiers: alors que les immigrés qui ont gravi quelque marches dans la
hiérarchie sociale sont installés sur les rues principales où ils voisinent avec des membres des
classes moyennes nés en Angleterre, les Irlandais non qualifiés sont confinés dans les petites
rues adjacentes ou dans les cours.

Sortir du ghetto?
Le mot ghetto qui est parfois utilisé pour décrire les quartiers immigrants l'est bien plus encore
dans le cas des populations juives. Louis Wirth utilise le cas du ghetto de la cité des bords du
Main lors de la rédaction de son ouvrage "Le Ghetto", qui influence souvent les chercheurs
abordant ce sujet. Il utilise aussi les résultats de ses analyses de Chicago, et constate:" A mesure
que les barrières d'isolement on reculé, l'assimilation et les mariages mixtes ont décimé le
groupe et nivelé ses caractères distinctifs en les ramenant à ceux du milieux environnant" et "les
aires de résidence des Juifs correspondent, en gros, aux diverses générations d'immigrants. Les
plus anciens arrivants sont ceux qui habitent à présent dans les quartiers le plus éloignés du
ghetto d'origine.
Le quartier juif qu'étudie Agnès Vince dans le contexte européen renvoie à la fois à la volonté
des habitants de pouvoir respecter les contraintes de leur religion et des sociabilités qui
découlent.

En Europe occidentale, les interdits législatifs vont progressivement s'effacer au XIXe.
L'évolution du ghetto de Prague est assez révélatrice de ces mutations. Alors qu'à la fin du
XVIII la totalité de 8000 Juifs de la ville, soit 11% de la population totale, vit dans le ghetto, en
1869 les deux tiers des 15000 Juifs n'y vivent plus. En 1910, moins de 5% de la population juive

                                               13
de Prague vit dans l'ancien ghetto, et la périphérie urbaine en abrite presque autant que le centre-
ville. En 1930 dans la zone de concentration la plus forte, il ne dépasse guère 10% de la
population.

Après 1862 dans le cadre de la Pologne, toutes les restions à leur installation sont levées et la
population juive de Varsovie progresse rapidement, atteignant, en 337'000 personnes et 38% de
la population totale de la ville. A différence de ceux des autres villes d'Europe, les Juifs de
Varsovie demeurent fortement concentrés dan le centre-ville, dans un espace assez restreint.
Autour du quartier du Muranow vivent plus de 225'000 personnes, soit les trois quarts d'entre
eux. Dans cet espace, la population juive représente 68% de la population totale.

Au contraire de la capitale polonaise, la capitale allemande ne compte, au milieu de années '20
que 4,3% de la population totale du grand Berlin. Dans les quartiers où cette population est la
plus concentrée, elle ne dépasse pas 13% de la population totale. La tendance générale, à
l'exception notable de Varsovie, est bien celle de la dispersion des populations juives dans
l'ensemble de l'espace urbain. Cette tendance est plus marquée dans les villes d'Europe
occidental que dans celles d'Europe orientale.

4. PENSER ET COMPRENDRE : LES SCIENCES DE LA VILLE
4.1. De Coketown à Metropolis
Les stigmates de la ville industrielle
Parmi les premiers observateurs des villes britanniques, se trouvent nombreux médecins,
soucieux de mettre en évidence, grâce à un appareil statistique qu'ils veulent rigoureux, la
dégénérescence physique des populations urbaines. Un médecin, W. Farr, y joue un rôle très
actif et, pendant trois décennies, il s'attache à souligner les liens entre les fortes densités et la
mortalité, évoqués sous la plume de très nombreux observateurs. Parmi eux, Edwin Chadwick
occupe une place importante dans la prise de conscience des problèmes sanitaires des grandes
cités.
Le constat de la morbidité et de la mortalité élevées des populations urbaines s'est souvent
doublé d'inquiétudes morales, et John Ruskin a exercé une très grande influence dans le
développement de l'anti- urbanisme en Angleterre qui puise sa force dans l'exaltation d'un
Moyen Age idéalisé.

Conceptions divergentes
Nombre d'observateurs voient encore dans les villes une menace pour les valeurs traditionnelles
et un terreau pour le renversement de l'ordre établi. L'Allemagne est le pays où ces craintes sont
les plus développées. F. Tönnies oppose Gemeinfschaft und Gesellschaft, la communauté et la
société. La communauté naît de la famille, la morale s'y exprime à travers les liens du sang et de
la foi. L'économie communautaire se vit tout entière dans la maison rurale. Dans la société, au
contraire, les biens et les individus ne sont qu'un agrégat mécanique, fondé sur des relations
transitoires, superficielles et conventionnelles où la morale n'a pas de place.
En France, les disciples de LePlay répercutent des idées traditionalistes influencées par le
conservatisme catholique lorsqu'ils étudient les relations entre les grandes agglomérations et
l'économie sociale, et s'attachent à proposer une description fouillée de la misère urbaine.

Les partisans de la vie urbaine vont développer leur contre argumentation sur 2 plans:
Ils vont s'efforcer de démontrer que la ville n'est pas plus criminogène que la campagne;
(2) il vont montrer qu'elle est le lieu où s'épanouit la liberté individuelle, valeur qui n'est pas
synonyme d'égoïsme mais qui, qui au contraire, favorise les solidarités volontaires. A. Weber
concernant les naissances illégitimes, que la ville favoriserait, il reprend l'argumentation de


                                               14
Lavasseur qui soulignait déjà que les filles mères de la campagne venaient accoucher dans les
hôpitaux urbains.

4.2. Les nouveaux outils de compréhension de la ville
Du médico-spatial à l'hygiène
Durant le siècle des Lumières s'affirme une stratégie médico-spatiale de l'espace urbain lorsque
s'effectue le passage d'une interprétation de la forme à une régulation de cette même forme par
déduction d'une analogie entre le vivant et la ville. "Très concrètement, faciliter la circulation
dans uns corps urbain, comme dans corps humain, signifie pratiquer la saignée, émonder par la
procédure d'alignement, élargir les rues, percer de part en les tissus urbains trop denses.

L'essor de l'hygiénisme
Durant le XIXe, les savoirs sur la ville se diversifient. L'hygiène apparaît comma la nouvelle
science englobante. Par elle progressent, de manière décisive, les modes contemporains
d'intervention sur l'urbain.
L'hygiène inspire les rêves utopiques. Ainsi Hygeia du médecin B. Richardson a connus une
diffusion considérable. Cette utopie prône un urbanisme aéré pour une ville modèle de 100'000
habitants, avec des immeubles de petites dimensions, bien desservis par des voies de
communication.
Plusieurs associations voient la naissance et les congrès internationaux d'hygiène se succèdent à
un rythme soutenu, ils servent de référence aux politiques municipales.(p. 124)

4.3. L’invention de la ville


4.4. L’invention de l’urbanisme

5. TRANSFORMER L’ESPACE URBAIN
5.1. L’ostentation urbaine : le modèle haussmannien
La gestion globale, volontaire et concertée de l'espace urbain existe bien avant qu'un mot ne la
désigne, et des pratique on servi de référence ou de légitimation aux politiques de villes. Les
villes capitales ont servi de laboratoires de prestige; certaines d'entre elles sont devenues des
modèles.
Avant Haussmann, l'urbanisme est resté un "catalogue d'interventions fragmentaires". Les
pouvoirs publics ne disposaient ni des moyens ne de a volonté pour intervenir globalement sur
le tissus urbain.

Paris et Vienne
Avec Haussmann nommé en 1853à la préfecture de la Seine, poste qu'il occupe jusqu'en 1870,
se met en place, en revanche, un mode d'intervention tout différent. Le second Empire s'inscrive
dans la tradition du premier par son ambition de transformer Paris en capitale européenne. Le
programme repose sur des arguments techniques: assainir par la maîtrise des flux souterrains;
transporter efficacement les personnes, les biens, l'eau et l'énergie; équiper la ville en
infrastructures administratives, sanitaires, ferroviaires. Les travaux présidés par le préfet
disposent dans l'espace parisien un réseau d'axes structurant, percés en fonction des
circonstances. Il veut dégager les grands édifices pour les mettre en valeur et inscrire dans le
paysage la primauté des flux en s'accordant sur le primat de la mobilité, telle ont été les idées
directrices.

L'aménagement de Vienne appartient au départ à un tout autre modèle, puisqu'il s'agit
d'urbaniser des terrains libérés par les fortifications, donc de planifier une extension et plus

                                             15
seulement la régulation du système existant. Le nouvel espace monumental de la Ringstrasse est
jalonné de bâtiments publics d'inspiration historiciste sur l'intérieur, alors que le versant
extérieur des boulevards abrite des somptueux immeubles de résidence aisée.

Un urbanisme régulateur
Barcelone, également représente un cas d'école pour manuel d'urbanisme. En 1859, l'ingénieur
Cerdà est mandaté pour planifier une extension par le gouvernement central madrilène. Cerdà
propose une extension géométrique, l'Ensanche, sur 20 kmq (10 fois la ville existante) prévue
pour 800'000 habitants. Cerdà innove avec son concept de vialidad, qui exprime la nécessité du
mouvement, de la circulation et de l'accessibilité. La topologie du réseau, la hiérarchie des voies
de circulation et les nœuds du système acquièrent dans le plan de Barcelone un statut
emblématique. Pour résoudre les dramatiques problèmes d'hygiène, Cerdà avait proposé un
coefficient d'utilisation du sol de 50%. Ce taux, irréaliste aux yeux des autorités, est revu à la
hausse à plusieurs reprises, et les espaces verts en font les frais. Du plan initial ne seront
réalisées qui la partie sud et les artères principales, ce qui fait tout de même de Barcelone la plus
grande création urbaine du XIX en Europe.

Berlin illustre l'archétype de l'intervention lourde sur la base du plan di Hobrecht qui est chargé
en 1858 de planifier pour cent ans une ville qui devrait atteindre 4 millions d'habitants. En vue
de réduire les coûts de construction des rues, ce plan propose un mode de parcellisation des
terrains à bâtir en îlots massifs de 300- 400 mètre, sur une profondeur largement
surdimensionnée de 200 mètres, ou s'édifieront des gros immeubles, les fameuses casernes
locatives berlinoises (Mietkasernen) et leurs cours intérieures (Berliner Hinterhöfe). Ce modèle
berlinois a une certaine influence durant les premières années de croissance urbaine en
Allemagne, mais très vite les spécialistes de la planification dénoncent les erreurs de Hobrecht,
à savoir la largeur uniforme des rues, la taille trop considérable des îlots ou le fait que
l'immeubles de 5 étages soit la norme pour tout le territoire compris dans le plan.

5.2. Le contrôle de l’urbain et ses limites
Deux manières d'appréhender les problèmes
Le prestige de l'urbanisme à l'allemande a été considérable dès la fin du XXe et durant l'entre-
deux-guerres. Il y a un modèle allemand d'efficacité urbanistique, mais il n'est pas le seul et
d'autres approches de l'espace urbain on été expérimentées ailleurs. L'exemple berlinois est
plutôt spécifique, et s'inscrit dans la pure tradition régulatrice. L'originalité allemande est
ailleurs. Elle réside dans l'expérimentation d'instruments juridiques qui feront date en
urbanisme.
Le mouvement pour la réforme du logement prône l'adoption de règlements différentiels qui
autorisent des fortes densités dans les centres et imposent aux zones extérieures des modes de
construction à hauteur limitée et à faible densité. Pratiquement, le zoning représente le moyen le
plus efficace à disposition des municipalités en vue de stabiliser à long terme les coûts du
terrain. C'est donc un élément essentiel de la politique foncière.
L'intérêt pour la maison et leurs habitants met au second plan la conception d'ensemble de la
ville qui caractérise l'approche germanique. En Angleterre, l'idée de planification s'impose par le
biais du logement. Le développement de l'intervention des pouvoirs publics repose
essentiellement sur l'objectif de procurer des logements salubres et attractifs aux classes
laborieuses.

La question urbaine, un problème européen
Les villes se mobilisent pour résister à l'extension des compétences d'un État de plus en plus
interventionniste. En 1913, s'est tenu à Gand le premier congrès de l'Union internationale des
villes, auquel participent les représentant de vingt et un pays.

                                               16
5.3. Les nouveaux contextes d’intervention au XXe siècle
L'inflexion de la politique urbaine
L'exemple français témoigne l'impact de la Grande Guerre. Les situations exceptionnelles du
temps de guerre favorisent l'intervention des pouvoirs publics et la convergence des techniques
urbanistiques en Europe; la guerre constitue pour la majorité des pays européens, même pour les
neutres, un moment d'inflexion de la politique urbaine. La montée des tensions sociales et la
poussée révolutionnaire, stimulée par la révolution bolchevique, accélèrent la mise en place de
réformes. Au lendemain de la guerre, hygiène, logement et urbanisme sont devenus des
composantes de la politique sociale.

La ville fonctionnelle
L'école qui dirige W.Gropius, le Bauhaus, expérimente de manière originale des rapports
nouveaux entre l'artisanat et l'industrie, entre la technique et l'art qui ont largement contribué à
vulgariser de nouvelles approches des questions de l'habitat.

Même si l'architecture moderne ne trouver en Europe son plein épanouissement qu'après WWII,
quand la poussée urbaine généralise durant les années '50 et '60 le cités-satelites, les barres et les
tours, le fonctionnalisme s'est acclimaté durant les années 1930. A la fin des années 1920, les
modernistes, qui s'expriment dans un langage formel indifférent aux spécifités régionales de
l'architecture traditionnelle, rompent délibérément avec l'idéal des cités- jardins qui avait séduit
les réformateurs sociaux. Pour les modernistes, la solution au problème du logement social
passe par la construction en hauteur (optimum 10- 12 étages).

Au congrès de 1928, Le Corbusier avait défini l'urbanisme comme "aménagement des lieux et
des locaux divers qui doivent abriter le développement de la vie matérielle, sentimentale et
spirituelle dans toutes ses manifestation, individuelles ou collectives. Par essence, l'urbanisme
doit veiller à l'accomplissement de trois fonctions fondamentales: 1. habiter; 2. travailler; se
récréer.

Le passage à l'échelle régionale
L'étroite connivence entre une approche sectorielle (le logement) et une approche territoriale
(l'urbanisme) est confortée durant l'entre-deux-guerres par le changement d'échelle
d'appréhension des problèmes. Le tissu urbain est en voie de désagrégation: la ville éclate en
espaces multiples et discontinus.
L'Allemagne et l'Angleterre sont allés très loin dans leurs tentatives de promouvoir la solution
des problèmes urbains à une échelle régionale, puisque, en 1930, 30% du territoire et 58% de la
population pour la 1re, 20% du territoire et 75% de la population sont concernés par ces
expériences.

5.4. La planification urbaine dans les Etats totalitaires durant l’entre- deux- guerres
L'Union soviétique
Les constructivistes cherchent à trouver une expression communiste en architecture. La maison
individuelle et unifamiliale est condamnée comme reliquat de l'esprit petit- bourgeois, au profit
de l'immeuble pourvu de toutes les commodités. Entre '29 et '31 les débats se cristallisent autour
des modèles d'établissement humain. Cet anti-urbanisme se scinde en 2 tendances opposées: les
urbanistes et les disurbanistes.
Le 1er accepteraient l'existence de noyaux de taille limitée, autour de 30'000 à 60'000.
L'électricité jouerait un rôle fondamental dans ce modèle, en délaissant les grandes villes de leur
surplus démographique et en favorisant la dispersion de la population du territoire. Selon les
disurbanistes toute concentration est à bannir au profit de la mobilité et des espaces ouverts et

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préconisent l'habitat socialiste dispersé qui n'est ni ville ni campagne avec des maisons
standardisées, automotrice, facilement transportable, petite et par conséquent peu coûteuse.
Dés 1930 le choix fut fait en faveur des grandes villes et contre les petites: les villes russes
étaient des villes socialistes, depuis la révolution, donc que les débats n'avaient plus lieu d'être.
Les transformations urbaines conservent cependant certains principes évoqués durant ces
débats, puisque la croissance de Stalingrad est gérée selon un modèle linéaire composé de 2
rubans parallèles, soit des zones résidentielles et des zones industrielles séparée par une d'espace
verts.
A Moscou, dont les projets initiaux prévoyaient l'arrêt de la croissance, le plan adopté en '35
s'avère plus réaliste. Il repose sur les principes du zoning pour décentraliser activités et
population, et crée une ceinture verte.
A partir de '32, la résidence en ville est limitée à ceux qui disposent d'un emploi stable, ceci
pour freiner les migrations.

L'Italie
L'Italie fasciste illustre combien la politique urbaine peut devenir un puissant moyen de contrôle
social. L'état totalitaire italien se réclame ouvertement d'une idéologie anti-urbaine. De fait elle
n'a pas réussi à maîtriser la croissance.
A l'échelle de la ville elle-même, la période mussolinienne se caractérise par une intense activité
de remodelage des centres. Rome, en premier lieu, accapare les énergies aménagistes. Par
ailleurs, de grands travaux sont entrepris sous des prétextes archéologiques pour rattacher le
présent au passé grandiose. Les habitants des anciens quartiers sont transférés à l'extérieur de la
ville, dans les borgate souvent mal équipées et situées dans des zones insalubres.
En vingt ans, les villes italiennes subissent plus de transformations que dans les cinquante
années précédentes.

Les techniques du zoning, le débat germanique sur la planification régionale, les idées anglaises
de décentralisation sont repris ici pour promouvoir une nouvelle science, la ruralistica, mise en
œuvre dans les grands projets de bonification agraire: cinq nouvelles villes sont planifiées.

L'Allemagne
La loi sur le remaniement des villes allemandes confère des pouvoirs discrétionnaires à Hitler
pour des projets architecturaux, notamment en matière d'expropriation du sol. Le peuple
allemand doit se reconnaître dans les monuments emblématiques qui, par leurs dimensions et
leurs formes, domineront désormais le paysage urbain comme autant de jalons identitaires du
Lebensraum germanique. Berlin bénéficie d'un soin particulier. Il aurait dû devenir, sous le nom
de Germania, la capitale. Pour la mettre en valeur, H. s'est même demandé s'il ne fallait pas
raser Paris, avant se raviser, parce que, après les transformations prévues à Berlin, Paris ne
serait plus qu'une ombre. Les réalisations historiques des grandes monarchies inspirent la
nouvelle monumentalité de la ville mondiale, pensée pour 10 millions d'habitants. Speer planifie
un axe nord-sud de 5 km, le long duquel doivent être construits les édifices monumentaux du
Parti, de l'armée et de l'état nazi. La Volkshalle devait pouvoir abriter un million de personnes.
Mais, l'avenir du peuple allemand réside dans l'espace rural et les petites villes. Comme en
Italie, le régime a construit des villes nouvelles, les villes industrielles de Wolfsburg et
Salzgitter. Enfin la politique de germanisation des territoires conquis à l'est de l'Europe implique
le développement d'agrovilles ans des régions jusqu'alors peu urbanisées.

6. LA GESTION DES VILLES
6.1. Le pouvoir local¨
Le pouvoir politique des villes et les conditions de son exercice sont très différentes d'un pays à
l'autre. Ils dépendent des relations que l'état entretient avec le niveau local, de l'autonomie que

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les villes ont ou n'ont pas, de la durée du mandat des autorités municipales et de l'étendue de
leur compensatifs.

Le prestige de l'autonomie municipale
Au XIXe, les pays germaniques offrent de multiples variantes d'un système ou l'autonomie
municipale est la règle, octroyant aux pouvoirs locaux des prérogatives très étendues. D'une
manière générale, le système électoral dit des 3 classes sert à renforcer la place prépondérante
des plus fortunés. Dans la 1re classe, se trouvent les bourgeois les plus taxés, ceux qui ensemble
fournissent un tiers des impôts et par conséquent vont élire un tiers des conseillers et ainsi de
suite. A Essen, fief de Krupp, Alfred Krupp est seul dans la 1re catégorie pendant plusieurs
années. Dans ce système nettement ploutocratique, les banquiers, négociants, industriels et gros
propriétaires dominent les instances représentatives et peuvent conserver la majorité dans les
conseils. A Bielefeld, la proportion d'électeurs par rapport à la population totale de la ville
évolue: 3,8% en 1834, 7,2% en '63, 18,2% en '93, 18,2% en 1913 et 68,1% en 1919. La
réglementation de 1919, introduit le suffrage universel et les votants explosent. En Allemagne le
mandat du maire est de douze ans. En Angleterre, le mandat du maire n'est que d'une seule
année.

Pouvoir central et aspirations démocratiques
Sous l'Ancien Régime, la France n'a pas échappé au processus d'étatisation de l'administration
urbaine qui caractérise l'ensemble de l'Europe continentale. En France la loi municipale de 1931
introduit l'élection des conseils municipaux par un corps électoral censitaire. Un homme adulte
sur cinq est électeur et, contrairement à l'Allemagne, le corps électoral à l'échelon local est
nettement plus large que celui qui désigne les députés. Les conceptions du libéralisme ont
inspiré la réforme de Guizot, avec pour conséquence d'étendre le droit de suffrage au niveau
local à un million d'individus, alors que, en vertu du système censitaire, seuls quelque 200'000
électeurs désignaient les députés.
En Italie, sous le fascisme, une tendance à diminuer le pouvoir des organes élus se manifeste, et
Mussolini tue les velléités d'autonomie municipale.

6.2. Les domaines de l’intervention
Compétences plus étendues et besoins accrus
La croissance démographique, la complexité grandissante des tâches et la multiplication des
domaines d'intervention des villes se sont traduites par des besoins financiers accrus.
L'administration de type ancien s'appuyait sur des notables plus ou moins bénévoles,
qu'épaulaient des commis et des officiers en nombre limité. Désormais se développe un système
administratif professionnalisé. Les emplois de bureau et les postes de fonctionnaires se
multiplient. Dans le même temps, les domaines de compétence des villes s'étendent. Les champs
d'intervention se diversifient: du développement des caisses d'épargne, encouragé par de
nombreuses municipalités, à la construction d'infrastructures sociales (hôpitaux, institutions
d'assistance, établissements de bains et douches, planification des espaces verts et des
équipements scolaires). A Mannheim entre 1870 et 1906, la population est multipliée par 4 et
les emplois publics par 22.
On assiste aussi à un boom de la construction des hôpitaux des écoles et des bâtiments
administratifs. La période victorienne voit se multiplier les hôtels de ville monumentaux,
surmontés de tours impressionnantes.

La fragilité des ressources financières
Face à la diversité des engagements budgétaires des villes, comment ont évolué leurs
ressources? L'Angleterre présente un système très simple et unique en Europe, puisque les
ressources des administrations locales proviennent en totalité du rate, l'impôt non progressif sur

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la valeur de la propriété immobilière. Partout ailleurs, au début du XIXe, les ressources
financières des municipalités proviennent essentiellement des impôts indirects. Partout existent
les mêmes types de prélèvement (droit de péage, de stockage, de douane, de grutage dans les
port et, surtout, contributions de l'octroi).
Les Pays-Bas et certains cantons suisses figurent parmi les rares Etats à avoir introduit l'impôt
sur le revenu comme base de taxation locale: au milieu des années 1920, plus de 80% des
ressources d'Amsterdam en dépendent. Mais les systèmes traditionnels d'impôt indirects et de
taxes multiples sont plus fréquents.
A Vienne comme à Budapest, le prélèvement sur les revenus des immeubles constitue la base
des ressources municipales. A Vienne l'impôt est très lourd et très impopulaire, puisqu'il est
reporté sur le loyer par les propriétaires, qui doivent céder jusqu'à 40% du rendement brut des
loyers. A diverses reprises, pour stimuler la construction de logements, la municipalité
accordera des exemptions. En 1859, lors de l'urbanisation du glacis des fortifications,
l'exemption va jusqu'à dix-huit ans pour les propriétaires des nouvelles maisons.
Pour pallier les difficultés financières, la seule solution demeure la municipalisation et la
rentabilisation des services publics. A Vienne, en 1913, les régies municipales (eaux, gaz,
tramways) produisent 20% des ressources. Tout change après la guerre, avec la mise en place
d'un nouveau système fondé sur deux impôts: celui que les entrepreneurs doivent payer sur la
masse salariale distribuée et celui sur les constructions neuves. L'autonomie financière est l'un
des grands objectifs politiques des municipalités par rapports à l'état central.

La communalisation des services
Certaines villes ont, avant même le milieu du XIXe, développé en véritable interventionnisme
municipal et, durant le dernier quart du siècle, le service public va souvent apparaître comme la
seule possibilité pour les villes d'augmenter leurs ressources. En Allemagne, les premières
usines en régie municipale fonctionnent dès la fin des années 1830, et le mouvement s'accélère
dès les années 1850.
Avant WWI, l'Allemagne a sans doute atteint le degré de communalisation le plus élevé, surtout
dans les grandes villes. En 1908, dans les villes de plus de 100'000 habitants, 93% de la
distribution d'eau, 80% du gaz et de l'électricité, 44% des tramways sont en régie directe.
On est allé jusqu'à parler de socialisme municipal durant les années d'avant guerre, tant les villes
étaient actives dans la création d'équipements en matière d'hygiène urbaine, de transport et
d'approvisionnement. Pourtant, le "socialisme municipal" a surtout une acception pratique et
désigne toute politique de communalisation des services municipaux. Dès le début du XXe,
l'interventionnisme municipal apparaît comme un laboratoire de l'état-providence.
Dans certains pays, et tel est le cas de la France, les villes demeurent pour l'essentiel étrangères
à cet interventionnisme. Dans l'Hexagone, les services urbains sont souvent concédés à des
entreprises privées et, en Allemagne, le système des concessions est d'ailleurs appelé "système
français". Cette dénomination renvoie à l'identification du système urbain français, à la réalité
de l'agglomération parisienne, où, effectivement, les sociétés privées jouent un rôle
prépondérant, mais ce phénomène se retrouve rarement dans les capitales régionales: à
Grenoble, une grande partie des recettes fiscales est fournie par les usines hydroélectriques
gérées par la municipalité et, en 1934, près de la moitié des recettes de la ville provient des
services concédés en régie.

6.3. Les nouveaux équipements, vitrine de la modernité
A la différence du monde rural, les villes apparaissent comme le lieu de la modernisation et du
confort. La diffusion au sein des systèmes urbains obéirait au principe hiérarchique, la
nouveauté apparaissant dans les plus grandes villes puis se répandant par imitation ou simple
contagion à l'ensemble du réseau urbain.


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La conquête de l'eau
L'adduction d'eau est un des phénomènes fondamentaux des politiques d'hygiène. Parallèlement,
les nouvelles techniques modifient le rapport à l'eau. De ressource rare, l'eau devient abondante.
De bien précautionneusement protégé, on passe à l'ère du gaspillage. En moyenne, les Parisien
disposent de 21 litres d'eau par jour au début des années 1880, mais la consommation n'est que
15 litres dans les arrondissements populaires alors qu'elle dépasse 45 litre dans les
arrondissements populaires aisés. Hambourg est la première ville du continent à disposer d'une
adduction d'eau centralisée (1849) mais sans filtration comme le recommandait Lindley, ce qui
fut catastrophique lors de l'épidémie de cholera de 1892.
Entre 1879 et 1900, la plupart des villes grandes et moyennes d'Europe occidentale s'équipent en
systèmes d'adduction d'eau. En 1900, 52% des villes du Reich allemand sont équipées, et le
modèle hiérarchique de diffusion est ici avéré, puisque le taux d'équipement progresse avec la
taille des villes: en 1907, il est de 34% dans les localités de moins de 2000 habitants, de 57%
dans les villes de 2000 à 20'000 et de 93% dans les villes de plus de 20'000. Dans l'est de
l'Europe, le décalage est frappant, puisque ce n'est qu'à partir de la fin du XIXe que les grandes
villes russes se préoccupent de l'adduction d'eau, amis elle n'est pas toujours filtrée et elle est
souvent impropre à la consommation.

La bataille de l'évacuation
Avoir de l'eau en abondance suppose aussi son évacuation. Les égouts existent déjà sous
l'Ancien Régime. Les matières fécales ramassées par les vidangeurs sont transportées dans les
dépotoirs (les voiries) de la périphérie. On les décante et les assèche pour en faire un engrais (la
poudrette) utilisé par las maraîchers des alentours. Les profits tirés de l'engrais naturel vont
jouer un grand rôle dans les polémiques qui se développent autour de l'évacuation des déchets
humains.
Du point de vue des techniques d'hygiène, le XIX innove en introduisant 2 systèmes
d'évacuation des matières fécales et des eaux usées, soit le système des tinettes, soit celui de
tout-à-l'égout. Le premier comporte des appareils diviseurs qui envoient les liquides à l'égout
avec les eaux ménagères et les eaux pluviales recyclées sur des champs d'épandage. Ils
retiennent les solides récupérés par les vidangeurs. Le second, est d'inspiration anglaise et
consiste à envoyer à la canalisation urbaine les excréments, noyées dans un flux suffisant d'eau
de lavage avec les autres eaux usées. Ce système implique, à terme, la mise en place en bout de
réseau d'une station d'épuration.
Paris est un cas unique parmi les grandes capitales, puisque la ville refuse longtemps le tout-à-
l'égout.

Le gaz et l'électricité
Parmi les grands équipements qui façonnent l'image des villes, l'éclairage au gaz est une
innovation particulièrement significative. Inventé à la fin du XVIII, le procédé anglais de gaz,
fabriqué à partir du craquage de la houille, s'impose. Les sociétés anglaises jouent un rôle
majeur dans l'extension de ces infrastructures. L'innovation se diffuse donc d'Angleterre vers le
sud et l'est de l'Europe. L'apogée de l'utilisation du gaz doit être située vers 1900, moment où
d'autres énergies commencent à le concurrencer. Concédée à des entreprises privées, la
production centralisée de gaz de ville a procuré des bénéfices importants mais aussi le
mécontentement des usagers. Ces deux raisons ont poussé les villes à municipaliser ce type de
services dès les années 1870.

L'électricité
L'arrivée de la nouvelle énergie est liée aux solutions adoptées pour le transport urbain. Le
tramway électrique pousse les villes à des investissements dans le domaine, voire à la
municipalisation. Si l'éclairage électrique est adopté rapidement pour les voies publiques, son

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usage domestique n'intervient guère avant 1920, à un moment où la production à l'échelle locale
n'a plus guère sens et ou s'impose l'échelle régionale.

6.4. La ville et la circulation

7. LA VILLE AU QUOTIDIEN
7.1. La ville ordinaire et la propriété
7.2. Le logement




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