Université Cadi Ayyad
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines
Marrakech
Journée de réflexion sur
l’Enseignement des Langues et
Communication
Faculté des Sciences Semlalia
Introduction
• C’est un lieu commun que de dire que
les Marocains rencontrent quelques
difficultés dans le maniement des
langues. Ces difficultés peuvent se
résumer sur deux points : phonétique
(pour les langues étrangères), et
syntaxique
Introduction
• Cela concerne aussi bien les populations
scolarisées (écoles primaires, collèges,
lycées, universités) que les populations
hors scolarité (professionnels de toutes
branches, pour lesquels les contacts avec
l’étranger s’offrent régulièrement dans une
ville comme Marrakech).
Introduction
• Ce déficit est déjà sensible dans le
maniement (oral ou écrit) de langues de
spécialité (français, anglais, allemand…
pour le commerce / pour la linguistique
etc.), mais il est encore plus flagrant pour
la conversation courante, de plus en plus
nécessaire dans le cadre des relations
professionnelles.
Plan de l’intervention
• 1- Constat
• 2- Contexte de la communication
• 3- Moyens employés pour
communiquer
• Conclusion et recommandations
1- Constat
• Présence forte de l’écrit : les manuels (et
méthodes) d’enseignement des langues
(niveau débutant) sont encore
extrêmement tributaires d’une conception
des langues centrée sur la langue écrite
• L’écrit professionnel est largement
développé dans les manuels et les
ouvrages que l’on trouve même dans les
grandes surfaces (Marjane, Acima)
1- Constat
• Il est également bien présent sur INTERNET. Il
suffit de chercher par mots-clés et l’on obtient
une liste non négligeable de sites qui offrent une
panoplie d’informations et de documentations
sur le Cv, la lettre de motivation, le rapport, le
compte-rendu, la note de synthèse…l’apprenant
peut s’exercer directement sur Internet et ne
payer que le prix de la communication . Mieux
encore :
• Les sites offrent tous les exercices et corrigés
des travaux et devoirs concernant ce domaine
1- Constat
• Concernant les écrits, dits académiques,
tels le résumé, la dissertation et les
essais, nous avons également une
littérature abondante et le professeur ne
peut avoir que l’embarras de choix pour la
sélections des meilleurs exercices et des
textes à travailler ave ses étudiants
1- Constat
• Mais les sites et les manuels scolaires et
universitaires ne comportent rien, ou très peu,
sur :
• la prosodie particulière aux langues
• les timbres vocaliques et le placement de la
voix, qui changent selon les langues
• les gestes et mimiques qui accompagnent la
parole ou une langue donnée en ce parallèle
aux geste de l’apprenant qui doit trouver ses
repères et ne pas se perdre
1- Constat
• • Ni sur :
• la syntaxe de la « phrase orale », spécifique à
chaque langue, et très différente de celle de
l’écrit
• la séquentialité des échanges : les interactions
verbales, les formules de politesse, les
dialogues et les échanges et ce selon les codes
culturels propres à chaque langue…
• les réponses et enchaînements rituels et leur
mode de réalisation
• etc.
1- Constat
• • On fait l’hypothèse suivante : une langue
étant spécifiquement orale avant d’être
écrite, et l’oralité étant par ailleurs
polysémiotique (dépassant largement le
linguistique au sens courant du terme),
1- Constat
• • et plus ou moins fortement interactive,
l’enseignement des langues doit être
conçu en conséquence.
1- Constat
• • L’aisance dans le maniement d’une
langue à l’oral est très fortement tributaire
du « régime corporel » propre à cette
langue, qui peut être très différent de celui
du français, d’où des effets
potentiellement inhibiteurs.
• En termes rhétoriques, c’est l’éthos et
l’actio qui permettent d’être locuteur.
1- Constat
• • Les routines phrastiques et séquentielles
peuvent être également très différents, ce qui
peut avoir des effets déroutants : on doit
également apprendre à être interlocuteur.
• • En résumé, la pratique d’une langue ne peut
être dissociée de la présentation de soi, et celle-
ci passant par le corps (voix, gestes, regard),
une langue doit être « incorporée » pour pouvoir
être parlée, avec ses modes d’incorporation
spécifiques.
1- Constat
• Quelques travaux sporadiques effectués
dans ce sens montrent l’efficacité d’une
réflexion sur l’enseignement des langues
étrangères comme langues orales à part
entière.
1- Constat
• Placé dans cette optique l’enseignement des langues
doit passer à mon sens par un travail sur l’oral.
• C’est pourquoi je considère que l’enseignement d’une
langue passe par l’oral et la communication dans un
groupe ou devant un public
• Pour les étudiants de la faculté des lettres cela se passe
dans une lasse de cours devant un auditoire composé
spécialement d’étudiants
• Il s’agit donc d’un public jeune qui est peu habitué à
communiquer devant les autres
• C’est pourquoi, il est nécessaire de commencer par une
préparation psychologique qui est à mon avis
indispensable pour faciliter le terrain de l’apprentissage
2- Contexte de la communication
• L’auditoire : son âge, son nombre, son niveau
de conscience, sa situation sociale, son degré
de relation avec lui
• L’ambiance : sympathique ou existe-t-il des
tensions
• Les conditions d’intervention : obligation
(examen, devoir…), improvisation, entretien
d’embauche…
• L’état d’esprit du moment
• Le sujet traité est facile ou non
2- Contexte de la communication
• Dépasser la peur de paraître devant un public
• Par l’humour en tournant en dérision cette peur :
les différents types de manifestation de la peur :
on peut trébucher sur les marches, chercher ses
affaires, son cartables, ses papiers, son
stylo…on peut être figé debout sur l’estrade
(exemple de l’étudiant qui ne pouvait pas bouge
et qui est resté debout sans aucun
mouvement …)
• Si pour le comédien, c’est la scène, le prof c’est
l’estrade, pour l’étudiant c‘est de faire un exposé
devant des étudiants.
2- Contexte de la communication
• En donnant des remèdes pour rassurer :
• le public a peur à votre place
• le public est là pour vous encourager par le silence
• l’estrade est au fait un lieu où se déroule un jeu et où
vus êtes invité à jouer un rôle
• la timidité
• elle n’est un critère ni de bonne ou de mauvaise éducation
– elle n’est plus une qualité féminine ou masculine
– quelqu’un de timide = coincé
– ce qui est apprécié aujourd’hui c’est l’entrain, le dynamisme, et
l’audace.
– La timidité mérite aussi une réhabilitation car elle inspire confiance
(gage de sérieux), elle séduit mais cache un esprit entrepreneur de qqn
qui brûle d’envie d’agir
2- Contexte de la communication
• En expliquant les différentes causes du blocage
• Perturbation d’ordre affectif : enfance au sein de
la famille, manque affectif, surprotection de la
mère, autorité suprême du père
• Manque de liberté et d’occasion de s’exprimer et
d’agir
• Le système scolaire qui n’a pas permis à l’enfant
de s’exprimer On doit e taire et écouter. Classe
nombreuse et le prof ne donne pas l’occasion à
tout le monde pour s’exprimer
2- Contexte de la communication
• En donnant des solutions optimales
• Au fait il existe plusieurs types de timides.
Ceux qui veulent qu’on les supplient, ceux
qui veulent qu’on les rassure, qu’on
flatte…
2- Contexte de la communication
• Mais la solution est la suivante :
• Vaincre le trac en mettant la tension émotionnelle au service de la parole.
Le trac peut paralyser si on s’y concentre.
• S’accepter
• Etre persuadé que le public n’est un ramassis de lions
• Boire un peu d’eau
• Ne pas parler tout de suite : regarder l’auditoire, avoir le sourire
• Ne pas s’affoler au cas de trou de mémoire
• Accepter la présence de l’autre
• Ne pas se réfugier dans son propre inconfort
• Mettre l’émotion au service de la parole. L’émotion doit être un vecteur et
un moteur de d’expression
• Vivre et ressentir très fort ce que l’on a à dire. Laisser parler son cœur
• Oser et se surpasser
2- Contexte de la communication
Cette préparation sur la contexte de communication est
accompagnée d’exercices : le jeu de l’estrade où à
chaque séance deux à trois étudiants passent et restent
debout quelques minutes sans bouger, le jeu des objets
pour travailler la concentration en utilisant des objets qui
ont une fonction dans le récit raconté par le candidat, …
Le professeur peut inventer une série d’exercices évolutifs
Après il passer à une autre série d’exercices sur la voix, le
son, la prononciation tout en expliquant aux étudiants
comment on communique.
C’est l’objet du point suivant :
3- Moyens employés pour communiquer : la voix
• La voix est comme un morceau du corps qu’il
faut accepter. C’est une partie intime de nous
qu’il faut accepter. On peut trouver sa voix
molle, stridente…certains vont jusqu’à ne pas se
reconnaître quand ils s’entendent.
• Avec le stress la voix change, se ramollit ou
s’affaisse. La voix est essentielle car elle
apporte au discours une tension et convertit la
parole en acte.
3- Moyens employés pour communiquer: le son
• Ses caractéristiques
• c’est les ondes propagées dans l’air
• c’est la tension qui va déterminer la
fréquence des vibrations. Plus la tension
est forte, plus la fréquence est grande plus
le son est haut
3- Moyens employés pour communiquer : le son
• Ses composants : le son est la combinaison de ces
éléments :
• Le rôle du larynx : le son naît d’un type cartilagineux et
musculeux nommé larynx. Ce dernier se compose de
l’épiglotte et des cordes vocales qui se resserrent
pendant l’émission de la parole
• La soufflerie en met en œuvre le jeu combiné de la cage
thoracique, des vertèbres, du diaphragme et des
poumons
• Les résonateurs comme la bouche, les fosses nasales,
la cavité labiale (espace entre les lèvres et les dents) et
le pharynx, le vestibule de la gorge
3- Moyens employés pour communiquer : le son
• Un bon réglage du son a des avantages :
• Apaise le trac en instituant un minimum de
confort
• Exerce une influence sur le psychisme
3- Moyens employés pour communiquer : la diction
• La diction c‘est le fait de faire apparaître à
la surface des mots des choses invisibles.
Elle se manifeste à travers l’articulation, la
prononciation et le débit.
• La diction est un phénomène de société :
on ne prononce pas de la même manière
dans le café, en classe, dans son quartier
…
3- Moyens employés pour communiquer : l’intonation
• On apprend aux étudiants à travers ce cours que
l’intonation associée à la diction donnent une dimension
humaine aux mots, fait ressurgir du ressenti et du vécu.
• La prononciation qui concerne la qualité de l’émission
des sons, voyelles et consonnes
• Elle renseigne également sur l’appartenance régionale
• Elle donne une signification aux propos à travers
l’emphase
• L’articulation est souvent confondue à la prononciation
3- Moyens employés pour communiquer : Le débit et les
pauses
• le débit c’est le nombre de mots
prononcés en une minute
– le débit peut être lent, calme avec des pauses
longues et confère aplomb, solennité, gravité
et réflexion
– le débit rapide et précipité signifie
empressement et agacement
3- Moyens employés pour communiquer : Le débit et les
pauses
• Les étudiants apprennent à ralentir et à
accélérer en fonction des situations.
• les pauses donnent au discours une vie.
• Ont la valeur d’un silence dans le discours
• Elles renseignent sur l’intention de l’auteur
• Il existe deux types de pauses
• - longues
• - brèves
3- Moyens employés pour communiquer : l’intonation
• La mélodie est le résultat de variations sonores.
On en distingue deux types :
• La mélodie intellectuelle qui précise le sens et la
façon dont pense le locuteur : syntaxiquement
cela se manifeste par des phrases déclaratives,
exclamatives et interrogatives
• La mélodie expressive qui exprime les
sentiments et les émotions : ironie, exclamation
soucieuse, agressive, hésitante…
3- Moyens employés pour communiquer : le corps
• C’est le langage non verbal qui se manifeste à travers
les gestes et mimiques utilisées comme signes de la
communication
• Les responsables de la communication politique insistent
beaucoup sur ce point
• « Chez un orateur, le geste rivalise avec la parole, le
geste court derrière la pensée et demande lui aussi à
servir d‘interprète » Bergson
• Les signes non verbaux sont dont très important à
apprendre lors de la communication.
3- Moyens employés pour communiquer : le corps
• La communication kinésique ou le langage
du corps
• Le non verbal descriptif : c’est une sorte
de grammaire non verbale qui déterminent
les modes de l’action : assertion négation,
interrogation, intention conditionnelle…en
effet on joue avec les sourcils, les
paupières, les doigts.
3- Moyens employés pour communiquer : le corps
• Parmi les gestes on dénombre les déictiques qui
servent à la désignation, les descriptifs qui
complètent le discours « il est fou » accompagné
d’un geste
• Le non verbal émotif : tous les gestes qui
expriment l’ennui, la nervosité, l’agacement
• Le non verbal symbolique telle la poignée de
main qui exprime la paix.
• C’est ici que le code culturel entre en vigueur
3- Moyens employés pour communiquer : le corps
• Les étudiants apprennent dans ce cours à se
corriger en s’appropriant leurs corps. Se
regarder à travers le miroir, le magnétoscope.
Le regard du groupe est aussi important. On
apprend à se corriger à travers le regard de
l’autre.
• On intègre ici des exercices où le groupe corrige
l’individu par ses remarques
• L’écriture corporelle est un parfait auxiliaire de la
parole. Elle est à enrichir par la patience et
l’entraînement.
3- Moyens employés pour communiquer : le langage
• Les étudiants apprennent à faire le distinguo
entre l’écrit et l’oral.
• Ils apprennent à distinguer les différents
registres de langue (familier, soutenu,
oratoire…). L’enseignant intègre ici des
exercices en rapport avec les niveaux de
langues et travailler l’écrit et l’oral pour l’étudiat
sache distinguer les registres souvent
confondus dans les copies de nos étudiants
3- Moyens employés pour communiquer : le langage
• A l’oral on peut utiliser des néologismes, des
expressions que l’écrit n’autorise pas.
• On peut résumer cela dans les points suivants :
• l’ordre des mots : l’orateur joue à sa guise
« mon livre j’ai oublié de le prendre »
• on ne voit pas toujours au lieu de « on ne voit
toujours pas »
• l’élision : la bac, la météo
• etc
Conclusion et recommandations
• 1- Elaborer un état des lieux
• de la conception des méthodes d’enseignement
existant au Maroc et actuellement en vigueur
pour les langues étrangère (évaluation du point
de vue de la place occupée par les aspects
polysémiotiques et interactionnels)
• de la recherche dans le domaine…
- de l’oralité et de la multimodalité
- de la didactique des langues (aspects
polysémiotiques et interactionnels)
Conclusion et recommandations
• de la recherche dans d’autres domaines :
• chant, timbre de voix
• théâtre, conte,
• Folklore…
Conclusion et recommandations
• Phase descriptive
• On se limiterait au départ à quelques
langues (arabe, français, anglais)
• Pour chaque langue, description (en
insistant sur les aspects différentiels, avec
l’arabe d’une part, entre les langues
d’autre part) :
Conclusion et recommandations
• des particularités de placement de la voix
(des articulateurs, des résonateurs), et
des différents « tons » adoptables –
comparer voix d’hommes, voix de
femmes, voix d’enfants des deux sexes
Conclusion et recommandations
• des particularités mélodiques, rythmiques,
etc.
• du mimogestuel associé
• de la structuration du « paragraphe oral »
propre à chaque langue
• des réalisations des actes illocutoires / des
paires adjacentes
• de la proxémie
Conclusion et recommandations
• Exploitation des données en vue d’élaborer
une méthode d’enseignement
• Cette méthode a pour objectif de permettre un
enseignement des langues spécifiquement
conçues comme des langues orales (« oral-
specific-teaching » OST / « oral-specific-
learning » OSL ; en français, ASO ou ESO –
Apprentissage / Enseignement).
Conclusion et recommandations
• Du point de vue théorique, elle serait
généralement fondée sur la prise en
considération privilégiée :
• de la séquence (mélodique, gestuelle, voco-
posturo-mimogestuelle, interactive, …) par
rapport à l’unité – en vertu du principe selon
lequel le global prime le local, à tous niveaux
(Rastier)
• des contextes d’utilisation qui déterminent des
modes d’oralisation particuliers et différenciés
Conclusion et recommandations
– Phase de tests
• définition d’un protocole expérimental
• classe(s) testée(s) et classe(s) témoin(s)
• collaboration avec des professeurs
• révision de la méthode en fonction des
résultats
Conclusion et recommandations
• Retombées du projet : diffusion de la
recherche et exploitation
• La faculté des lettres en collaboration
avec les autres facultés pourrait
envisager de concevoir des CD-Roms
(ou des logiciels ? des sites ? des
universités d’été ?) d’OSL pour l’arabe,
le français, l’anglais, l’allemand,
l’espagnol.
Conclusion et recommandations
• Éventuellement échelonnés en plusieurs
volets selon une progression raisonnée,
par exemple (1) voix / mélodie, (2) voix +
mimogestuel dans différentes situations, et
(3) interactions totextuelles – même si la
forme exacte que peut prendre une telle
méthode ne peut être déterminée que
progressivement, au vu des résultats de la
recherche, des applications pratiques sont
immédiatement envisageables.