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									     PCF, une main tendue contre le socialisme de 1936 à 2009
     Par Robert Duguet
 5   «Je m'adresse à toi, O Nazaréen, avec le respect que ton prestige m'impose, à moi qui humblement,
     partage ta foi dans la destinée de l'homme ».
     André Wurmser, écrivain du PCF, ami de Louis Aragon, s’adressant au petit Jésus, citation extraite
     de la « Lettre au Nazaréen».

10   Lorsque Marceau Pivert rédige en 1937 ce texte qui engage la polémique contre la direction du
     PCF. Ce dernier vient de passer en quelques années de l’ultragauchisme à ce qui est apprécié par
     les laïques, particulièrement ceux du mouvement socialiste, comme une position pour le moins
     surprenante. Ce n’est qu’une apparente contradiction.

15   Dans la période ultragauche de l’Internationale Communiste, la social-démocratie est dénoncée
     comme l’alliée objective du fascisme ; les communistes refusent tout front unique contre le
     fascisme avec les partis socialistes. « Feu sur les ours savants de la social-démocratie » écrivait
     Aragon dans un « poème » de sa période réaliste prolétarienne. Cette orientation conduira le KPD à
     passer alliance dans une région de l’Allemagne avec les nationaux socialistes de Hitler contre le
20   SPD, le tristement célèbre « plébiscite rouge » du 25 août 1931. Cela prépare déjà le pacte
     germano-soviétique. Le même Maurice Thorez qui tend ici la main aux catholiques en 1937
     pourfendait 7 ans plus tôt l’école laïque bourgeoise et l’école confessionnelle comme étant toutes
     deux des institutions réactionnaires d’abrutissement des consciences. La même position sera
     défendue par les MOR (Minorités Oppositionnelles Révolutionnaires), tendance syndicale des
25   enseignants du PCF au sein de l’ex-Fédération Unitaire de l’Enseignement. Ce même courant du
     reste se battra au sein de la structure syndicale unitaire contre le droit de tendance contre la majorité
     fédérale d’orientation syndicaliste révolutionnaire. La Fédération Unitaire de l’Enseignement
     existera de 1919 à 1939. Après la guerre le mouvement syndical enseignant se réunifiera dans la
     FEN en refusant la scission confédérale CGT, CGT-FO. Les MOR sont en fait les ancêtres du
30   courant Unité et Action de la FEN. Certes dans la période de l’Union de la gauche et de
     reconstruction du parti socialiste d’Epinay, une fraction de militants enseignants mitterandistes,
     deviendra une composante du courant Unité et Action. Mais ce dernier restera globalement sous
     contrôle des enseignants du PCF. Une des constantes politiques du courant Unité et Action, c’est
     qu’il déclarera de manière ouverte ou larvée son opposition à l’exercice du droit de tendance, du
35   moins jusqu’à sa rupture avec le PCF.

     Après 1930 la montée en puissance des mouvements sociaux en Europe occidentale conduit
     l’Internationale Communiste à combattre pour des Front Populaires, particulièrement en France et
     en Espagne. Ce sont les PC qui font obstacle au mouvement de radicalisation socialiste dans la
40   gauche de la social-démocratie. On se souvient de la réponse de Jacques Duclos au « tout est
     possible » de Marceau Pivert dans la grève générale de 1936. Le PCF pousse à l’alliance avec le
     parti bourgeois radical. Dans la guerre d’Espagne il défend l’alliance des partis ouvriers avec
     l’ombre de la bourgeoisie républicaine. Le parti stalinien espagnol combattra de manière féroce
     l’aile gauche de l’alliance ouvrière, ses composantes socialistes, poumistes et anarchistes. Les
45   hommes du KGB de Staline procèderont à l’assassinat de plusieurs dirigeants de la FAI et du
     POUM. Nous sommes en 1937 et cette orientation de la main tendue doit être resituée dans ce
     contexte.

     Prenons la peine de citer l’appel de Thorez complètement :
50
     " Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des
     laïques, parce que tu es notre frère. [...] Nous te tendons la main, volontaire national, ancien
     combattant devenu Croix-de-Feu, parce que tu es un fils de notre peuple. [...] Nous sommes le
     grand Parti communiste, aux militants dévoués et pauvres, dont les noms n'ont jamais été mêlés à
55   aucun scandale et que la corruption ne peut atteindre. Nous sommes les partisans du plus pur et du
     plus noble idéal que puissent se proposer les hommes. "

     La main tendue aux curés va jusqu’aux Croix de Feux, c'est-à-dire un mouvement de nature
     fasciste, qui, le 6 février 1934 avait été un des organisateurs de la manifestation violente contre les
60   institutions de la République. On retrouve encore là la logique qui va conduire au pacte germano-
     soviétique…

     Sur le site national du PCF, on peut trouver un article non-signé, donc engageant le parti en tant que
     tel, mis en ligne le 22 mai 2006, intitulé « le Parti communiste français et la laïcité, rapport avec les
65   croyants, laïcité de notre temps ». Pour un parti se réclamant prétendument de la conception
     matérialiste de l’histoire, il est difficile de faire l’impasse sur la position de Marx qui écrivait :

     « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la
     protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur
70   d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle
     est                           l’opium                           du                          peuple. »
     « La religion est pour une part l’expression de ce monde de détresse, elle est d’autre part
     protestation de cette détresse. »

75   Voilà la position sans appel de Marx. Poursuivons la lecture :
     « Maurice Thorez se plaçait dans ce long mouvement historique lorsqu’en 1936 il lançait, au nom
     des communistes français, cet appel inédit et créateur : « Nous te tendons la main, catholique,
     ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïcs, parce que tu es notre frère, et que tu
     es comme nous accablé par les mêmes soucis ». Cet appel a pris tout son sens dans la résistance à
80   l’ordre nazi durant laquelle « ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas » ont mêlé
     leurs forces et leur sang, unis dans les combats et dans les supplices, comme Aragon les a
     immortalisés. C’est dans cet esprit qu’au Congrès d’Arles en 1937, Maurice Thorez portait un
     regard constructif et ouvert sur la question de l’enseignement : « Nous avons soutenu et nous
     soutiendrons l’école laïque et son personnel enseignant au-dessus de tout éloge. Mais nous ne
85   remplacerons pas le mot « Dieu » par le mot « laïcité ». Défenseurs de l’école laïque ; nous sommes
     partisans de la liberté de l’enseignement. Nous sommes des laïcs et non des « laïcistes » .
     Plusieurs remarques :
     La main tendue aux Croix de Feu a disparu de la citation de Thorez ; pour un parti qui prétend avoir
     réglé ses problèmes avec le stalinisme aujourd’hui, cela fait désordre...
90   Depuis sa stalinisation le PCF a toujours eu la même position sur la question laïque. La main
     tendue aux catholiques n’est pas une main tendue aux ouvriers catholiques, mais l’expression d’un
     compromis politique avec la hiérarchie catholique et avec ses œuvres sociales.
     Le PCF est partisan de la liberté de l’enseignement, hier comme aujourd’hui. Cette liberté,
     réclamée à corps et à cris de manière constante par la hiérarchie catholique et ses œuvres, c’est la
95   liberté d’obtenir toujours plus de subsides publics. Je n’ai pas souvenir que le PCF ait été à
     l’initiative d’une quelconque campagne pour l’abrogation des lois antilaïques depuis la loi Debré de
     1962. A chaque fois les initiatives sont venues de ce restait sain dans le réformisme…
      Marceau Pivert cite dans son argumentaire les positions de Lénine. Pour la clarté du débat, nous
      publions en additif le texte de Lénine, publié en mai 1909 dans la revue Proletari et concernant
100   l’intervention des députés de la social-démocratie à la Douma d’Empire contre le budget du Synode
      orthodoxe.
      Lénine déclare :
      « La religion est l’opium du peuple.
      Cette sentence de Marx constitue la pierre angulaire de toute la conception marxiste en matière de
105   religion. Le marxisme considère toujours la religion et les églises, les organisations religieuses de
      toute sorte existant actuellement comme des organes de réaction bourgeoise, servant à défendre
      l’exploitation         et        à         intoxiquer          la          classe          ouvrière. »

      Le parti ouvrier revendique la liberté de conscience garantie par la laïcité de l’Etat, nul ne doit être
110   inquiété pour ses opinions religieuses. Il condamne tout athéisme d’Etat qui sera contre-productif
      puisqu’il divisera les travailleurs à partir des préjugés religieux. En revanche, il s’oppose aux
      glissements opportunistes de la social-démocratie allemande : le parti doit mener la bataille, d’un
      point de vue socialiste, contre toutes les œuvres sociales de la religion.
      Puis le rôle du PCF dans la Résistance, le mouvement partisan et la résistance au STO qui gonfle
115   les maquis, l'amène à tisser des liens de direction avec le mouvement ouvrier français : sa politique
      d'Union Nationale, sous la houlette de Charles De Gaulle, prolonge l'attitude de la main tendue
      amorcée sous le gouvernement Blum. En France c’est le tripartisme au début de la IVème
      République, dont le MRP, est la cheville ouvrière. Un certain nombre de dispositions anti laïques
      du gouvernement de Vichy ne seront jamais abrogées. En Italie c’est le compromis historique de
120   Togliatti avec celui que Stendhal nommait « l’odieux parti prêtre », la démocratie chrétienne.

      Dans les années 1965-1970 le PCF organise de nombreuses rencontres avec des courants de la
      gauche de l’Eglise sur le thème : l’homme nouveau chrétien, l’homme total marxiste. En 1972 la
      majorité fédérale de la FEN, plutôt de sensibilité socialiste, entame une évolution qui de la
125   dénonciation du dualisme scolaire la conduit vers une proposition d’unification laïque des deux
      systèmes. Les enseignants de la tendance Unité et Action, à l’époque sous la direction du PCF,
      ouvre une discussion au sein de la fédération sur une « laïcité ouverte », contre la majorité fédérale
      jugée laïcarde. Le même point de vue sera défendu par la CFDT ou par les courants issus de la
      doctrine sociale de l’Eglise et accompagnant la naissance du nouveau parti socialiste d’Epinay (Vie
130   Nouvelle, ACO…) La même année un colloque du CNAL sur ce thème d’une nouvelle laïcité voit
      ces mêmes réseaux entrer dans son cartel d’organisations, en particulier la CFDT. Rappelons que le
      CNAL était issu de la pétition lancée contre la loi Debré et que le serment des 550 000 participants
      du rassemblement de Vincennes s’était engagé solennellement à lutter jusqu’à l’abrogation des lois
      anti laïques. Le programme commun défend une nationalisation sans spoliation : l’Etat paiera deux
135   fois, une première au titre des lois Debré-Guermeur d’aide à l’enseignement privé catholique et une
      deuxième pour indemniser la hiérarchie catholique dont les établissements entreraient dans un
      service unifié. Georges Marchais en 1974 ira même jusqu’à dire que des prêtres catholiques
      pourrait de son point de vue devenir enseignants de l’école publique.

140   Cette politique dite d’unification laïque sera appliquée par le gouvernement Mitterand-Mauroy à
      travers la loi Savary ; le PCF l’a soutenue inconditionnellement, on pourrait même dire qu’il l’a
      devancée. L’unification laïque n’est pas autre chose qu’un projet d’intégration du privé dans le
      public aux conditions fixées par le privé, fondé sur la reconnaissance du caractère propre des
      établissements contrôlés par l’église catholique. La hiérarchie catholique refusera la proposition de
145   fonctionnarisation des personnels du privé, les réseaux de l’Unapel, la droite et l’extrême droite
      appelleront leurs troupes à prendre la rue contre la loi Savary. Cette politique conduira à la défaite
      majeure de 1984. La gauche au pouvoir a ouvert cette brèche dans la laïcité de l’école, depuis les
      attaques n’ont jamais cessé. Allègre voulait dégraissé le mammouth, la rue l’a jeté, Sarkozy
      dégraisse le mammouth. Le néo-libéralisme exige d’aller au bout du processus, c'est-à-dire
150   privatiser entièrement les services d’éducation.

      Pivert épingle la politique du PCF en 1937. De 1937 à 2009, les textes publiés sur le site officiel du
      PCF en 2006 en fond foi, l’orientation de la main tendue est constante. Les courants issus de la
      doctrine sociale de l’Eglise dont les principes corporatistes ont été définis dans le « rerum
155   novarum » de Léon XIII, soit issus de la CFDT, soit issus des courants chrétiens qui entreront dans
      la composition officielle du Parti d’Epinay, joueront leur petit air de flute. Depuis 1970 le PCF
      appuiera avec l’efficacité de la grosse caisse.

       Dans la plupart des pays européens les partis issus de la IIIème Internationale stalinisée ont disparu
160   ou ont été réduit à l’état de groupuscule. Le PCF s’effondre aux élections présidentielles de 2007. Il
      faudra toute l’énergie du Parti de Gauche de Mélenchon pour lui tenir la tête au dessus de l’eau.
      Pour notre part, sur la question du combat laïque, nous maintenons notre accusation. Le PCF a été
      une force de déstabilisation et de destruction du mouvement laïque. Construit pour défendre un
      odieux système d’oppression contre le socialisme, il tend la main à un autre partenaire, le parti
165   clérical, celui-là qui depuis 2000 ans s’est opposé à toutes les combats menés par l’Humanité pour
      son émancipation matérielle, sociale et intellectuelle.

      Le stalinisme et le christianisme ont produit des morales de la résignation sociale et du reniement
      de soi-même. Nous laïques, pour reprendre la formule de l’anarchiste Ferdinand Pelloutier :
170   « sommes les amants passionnés de la culture de soi-mêmes »

      Le biologiste libre penseur Jean Rostand pourrait ajouter :
      « Sinterdire toute pensée confessionnelle ou philosophique, former les esprits sans les conformer,
      les enrichir sans les endoctriner, les armer sans les enrôler, leur communiquer une force dont ils
175   puissent faire leur force, les séduire au vrai pour les amener à leur propre vérité, leur donner le
      meilleur de soi sans attendre ce salaire qu’est la ressemblance. »



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