Byron et Hugo : quel(s) engagement(s) pour les Romantiques ?
Le Romantisme est un courant littéraire, culturel et artistique apparu à la fin du XVIIIème
siècle en Angleterre et en Allemagne, qui a vu son apogée en France au milieu du XIXème siècle. On
distingue deux générations de Romantiques : la première emmenée par Byron, qui a vécu la
Révolution Française, et ses répercussions dans l’Europe de l’époque, et s’est éteint avant la
Révolution de 1830, et une deuxième génération menée par Hugo qui vit dans l’Europe
postnapoléonienne. Ces artistes ont donc vécu les bouleversements politiques et sociaux du XIXème
siècle. Mme de Staël a exprimé la nécessité d’une nouvelle littérature pour cette nouvelle société.
Pb : Pourquoi et comment les artistes ont-ils pris part à la vie de cette nouvelle société, aussi bien
dans leurs écrits que dans leur vie publique ?
I Une soif de liberté
a) « Le Romantisme est le libéralisme de la littérature. »
Liberté et nouveauté, affranchissement des règles, opposition au classicisme qui n’est pas
assez proche de la réalité parce que trop assujetti à des contraintes esthétiques. Ex : drame
romantique (mélange des genres, rejet des règles du théâtre classique, « bataille
d’Hernani » le 25/02/1830 : rejet « Serait-ce déjà lui ? C’est bien à l’escalier / Dérobé. »).
Des écrivains qui se mobilisent contre la censure au théâtre : Hugo en 1848.
b) Des partisans de l’indépendance des peuples
Les Romantiques sont nombreux à soutenir les revendications d’indépendance des peuples
opprimés dans les grands empires.
1820 : Byron soutient les Carbonari en Italie contre l’occupation autrichienne.
1820 : crise grecque. De nombreuses sociétés philhelléniques se constituent dans différents
pays. Byron s’engage en 1823 et part combattre en Céphalonie, meurt en 1824 à
Missolonghi. France : Delacroix peint Les massacres de Scio. Hugo : « En Grèce ! en Grèce !
Allons poète il faut partir ! » (Les Orientales).
c) Lutte pour les libertés et contre l’autoritarisme : des Républicains
Révolution de 1830 soutenue par Alexandre Dumas contre Charles X = gouvernement des
ultra-royalistes, hostilité de l’opinion, vote de 5 ordonnances (suspension liberté presse,
rétablissement censure, diminution du corps électoral…), qui a tenté un coup d’Etat (25
juillet 1830).
Les Romantiques sont déçus par la monarchie de juillet : immobilisme social et instabilité des
ministères. Lamartine proclame la IIème République le 24/02/1848 et se porte candidat aux
élections présidentielles (échec, déclin du romantisme à partir de cette période). Hugo a été
député de Paris (de 1848 à 1971), il va s’exiler, chassé par Napoléon III, devient le symbole de
la résistance républicaine au 2nd Empire : « Quoi après Auguste, Augustule ! Quoi ! parce que
nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit ! ».
Tr : dans des régimes où la liberté d’expression s’élargit tout de même, les romantiques profitent de
leur statut pour dénoncer des sociétés dans lesquelles règnent les inégalités.
II Des artistes épris de justice
a) La dénonciation des inégalités et de la misère
Hugo : Souveraineté nationale, contre le suffrage censitaire. Byron était élu Whig (=libéral) à
la Chambre des Lords, avait demandé l’extension du droit de vote aux catholiques.
Hugo a été un élu de gauche. Sujet principal des œuvres d’Hugo : Les Misérables, à
Lamartine : « Dans ma pensée, Les Misérables ne sont autre chose qu’un livre ayant la
fraternité pour base et le progrès pour cime. ». Charles Dickens.
Lettre de Byron à Lord Holland écrite le 25/02/1812 : « J’ai vu l’état de ces malheureux, c’est
une honte pour un pays civilisé. », « Cela a été ainsi – et le sera encore - : sous le soleil, le
plus grand nombre doit toujours travailler pour quelques uns. »
b) Lutte contre la barbarie
Les Châtiments (Hugo) sont écrits en opposition à Louis-Napoléon Bonaparte et à sa politique
de répression (poème de l’enfant touché par une balle qu’on ramène à se grand-mère).
Byron a prononcé un discours parlementaire « Contre la répression ouvrière » : « n’y a-t-il
pas assez de peines capitales dans vos lois ? ».
Hugo a dénoncé la peine de mort dans différents ouvrages : Derniers jours d’un condamné,
Claude Gueux. A lutté pour l’annulation de la condamnation à mort de plusieurs américains
dont John Brown (anti-esclavagiste).
c) Le poète, nouveau guide spirituel pour les masses
Victor Hugo voyait les artistes comme des « prophètes » qui devaient conduire le peuple à la
vérité. Les artistes considèrent qu’ils doivent prendre part aux problèmes de leur temps, que
leurs œuvres doivent être utiles.
Ecriture d’œuvres sur les classes populaires pour les mettre à leur disposition : George Sand,
La petite fadette.
Conclusion : Les Romantiques se sont engagés aussi bien dans leur art qu’en politique pour défendre
des valeurs qui avaient été transmises à la société par la Révolution, notamment la liberté et l’égalité.
Cependant, ces engagements ont surtout touché les romantiques français et anglais, et très peu les
allemands et italiens. De même, certains romantiques n’étaient pas aussi progressistes que Byron ou
Hugo, on peut penser à Châteaubriand notamment.
Bibliographie :
-S.Bernstein et P.Milza, Histoire du XIXème siècle, Paris, Hatier, 1996, chapitre « L’Europe à l’époque
romantique »
-N. Jacquard, Th. Loué, S.Milbach, B.Moysan, V.Zeber, Culture et religion – Europe- XIXème siècle,
Atlande, 2002, chapitre « Temps et temporalités culturelles »
-J-O Boudon, J-C Caron, J-C Yvon, Religion et culture au XIXème siècle, Paris, A. Colin, 2001, chapitre
« Le Romantisme, une culture européenne »
Biographie Hugo :
-Danièle Casiglia, Victor Hugo, Sa vie, son œuvre, Paris, F.Birr, 1984
-Sophie Grossiord, Victor Hugo « Et s’il n’en reste qu’un… », Paris, Découvertes Gallimard, 1998
Biographie Byron:
-Robert Escarpit, Byron, Paris, Editions Seghers, 1965
-Peter W. Graham, Lord Byron, New-York, Twayne Publishers, 1998