1848 EN EUROPE : L’ECHEC DE LA REVOLUTION, LE LEG NATIONALITAIRE
Intro : 1848. Trois explications préalables au titre :
a) 1848, une année ?
1848 désigne l’ensemble du processus qui commence avec la révolution de Palerme le 12 janvier
1848, jour de la fête du roi Ferdinand II, et dont la capitulation hongroise à Vilagos en août 1849 qui
annonce la fin. Août 1849 : Autriche = pays le plus exposé arrive à vaincre la révolte nationale
hongroise et à reprendre Venise. Pour la France, coup d'état de décembre 1851 transforme le
pouvoir présidentiel en un pouvoir personnel de LNB, règne impérial commence le 2 décembre 1852.
b) Révolution ou Révolutions ?
L’échec des révolutions nationales et l’échec de la révolution européenne. La "révolution" ne
signifie pas considérer comme unique et uniforme en Europe l'expérience révolutionnaire. Diversité
des enjeux et buts doit être considéré comme un premier facteur de l'échec de la révolution
européenne si on entend par là l'espérance d'un projet unitaire car ce qui échoue, ce ne sont pas des
révolutions particulières, mais l'idée globale d'une Europe consciente d'elle-même et de la
solidarité entre ses peuples, gouvernée selon les mêmes principes, mêmes règles, combinant
réalisation de la démocratie avec l'adoption de mesures sociales particulières concernant
notamment le droit de propriété et l'organisation du travail.
c) Le principe des nationalités
Le « principe des nationalités » pèse aussi bien sur les relations internationales que sur
l’organisation interne des états multinationaux. "Legs nationalitaire" : défaite des révolutionnaires
n'empêche pas que trois grandes causes les ayant mobilisé restent présentes dans les esprits =
revendication d'un Etat libéral au régime représentatif, la réforme des institutions sociales et
l'accession à la souveraineté nationale ; "souveraineté nationale" = a le plus contribué à modifier
dans la seconde moitié du siècle es relations entre Etats parce que mettait directement en question
leur organisation territoriale et leurs frontières. Les traités de paix de 1918 consacreront en lieu et
place du principe de la légitimité monarchique sur lequel était fondé l'ordre européen à Vienne,
principe des nationalités comme principe fondateur de l'ordre européen. "Nationalitaire" = René
Johannet = risque à interpréter le commencement d'un processus en fonction de ses résultats,
derniers stades des révolutions conceptuelles auxquelles il a donné lieu = idée de la nation des
révolutionnaires de 1848 n'était pas celle qu'en avaient les combattants de la IGM et responsables
politiques des Etats belligérants.
"Printemps des peuples" = d'abord moment exceptionnel où se produit "une rencontre entre le
monde rêvé et l'Histoire réelle". Si on s'en tient aux intentions affichées, discours, rencontre devait
répondre à une "sainte-alliance" des peuples qui devait remplacer celle des princes.
I La Révolution
a) L’héritage du Congrès de Vienne
1) Grande-Bretagne
Congrès de Vienne, RU s'est vu confirmé possessions des colonies conquises sur France et Hollande,
s'est assuré maitrise de bases navales stratégiques = Malte; iles ionienne.... roi d'Angleterre a
récupéré son royaume personnel du Hanovre.
2) Autriche
A renoncé au PB mais a obtenu Tyrol, principauté de Salzbourg, Galicie (prise à la Pologne), Milanais
et Vénétie = royaume lombard-vénitien. Annexion de la république de Cracovie en 1846 à la suite
d'un soulèvement national polonais.
3) Pays-Bas
Séparé en deux en 1830 avec naissance Belgique. A fallu le traité de Londres de 1839 pour que
l’affaire soit complètement réglée. L'est par la neutralité internationalement garantie (par
signataires) de la Belgique. Violation de cette neutralité entraine entrée en guerre du RU en 1914.
4) Belgique
5) Pologne
6) Confédération germanique
Pas de changements entre1825 et 1848, a eu lieu avant = disparition du Saint-Empire Romain-
germanique. 1806 : a été remplacé par Confédération du Rhin, empire non restauré en 1815. A laissé
place à Confédération germanique = 36 Etats de tailles très variables. Prusse a reçu plus gde partie de
la Saxe. Confédération germanique présidée par empereur d'Autriche. Frontières
des Etats appartenant à confédération germanique ne coïncident pas avec les frontières des Etats.
Prusse orientale en-dehors, peuples slaves = Hongrie idem, royaume lombard-vénitien.
7) Russie
1815, obtention reconnaissance possession Finlande prise à la Suède + possession Bessarabie =
présence du débouché du Danube + attribution plus grande partie de la Pologne.
8) Confédération helvétique
Reconstituée et agrandie, grandes puissances signataires garantissaient sa neutralité. A connu une
guerre civile en 1847, annonciatrice des conflits de 1848, entre sept cantons à majorité catho qui ont
formé une ligue et les autres à majorité protestante (aussi à la Diète fédérale) qui considèrent ligue
contraire à la loi fédérale. Guerre remportée par catholiques. 1848, Diète fédérale adopte une
nouvelle constitution qui limite autonomie des Etats et renforce le fédéralisme. Suisse = laboratoire
politique de 1848.
9) Italie
Metternich : "une expression géographique" = pas un Etat nationale mais addition de sept Etats, de
taille variable, mis à part royaume Lombard-Vénitien. Deux grands royaumes = Piémont-Sardaigne et
Deux-Siciles = réunion îles/territoire continental. Duchés.
10) Grèce
Indépendance en 1829 contre Empire Ottoman.
11) Concert européen
Carte inséparable du "concert européen"
= concertation régulière entre puissance
pour que soit conservé un ordre
correspondant à la légitimité des princes
et refus de toute concession. Si ce
concert a été fondé à Vienne, pas
seulement parce Vienne au centre
Europe, mais parce que Klemens Wenzel
von Metternich, ministre des affaires
étrangères et chancelier. Dans journal de
sa femme, page 1848 : "Cette année ne
commence pas d'une manière bien
rassurante." Symbole avec possibilité
d'interprétation selon pays.
Caricature = locomotives, Metternich s'est
enfui en train. Sac = acte final du Congrès
de Vienne.
b) Trois ensembles de revendications
1) Revendications politiques
Après abdication de LP et formation du gouvernement provisoire : "Il ya de quoi perdre la tête quand
on lit dans les journaux les détails qu'ils contiennent sur la République Française. Les mots de
"citoyen", de "peuple", de "nation", se lisent en tête d'une masse de décrets; on pourrait se croire en
1793." (Journal de la princesse de Metternich).
i. Le droit de vote
Principale revendication politique en France= droit de vote. Suffrage universel adopté en France le 2
mars. "Universel" mais réservé aux hommes. 8 mars = ouverture Garde Nationale à tous les citoyens,
et dans souci de faire durer le moins possible le provisoire, élections fixées les 23 et 24/04, jours de
Pâques, date choisie "pour que les travaux du peuple n'en lui donnassent ni distraction, ni prétexte
de se soustraire à l'accomplissement de son devoir de peuple, et pour que la pensée religieuse qui
plane sur l'esprit humain dans ces jours consacrés à la commémoration d'un grand culte, pénétrât
dans la pensée publique et donnât à la liberté la sainteté d'une religion." (Lamartine, Histoire de la
révolution de 1848).
ii. Elections libres
Assemblée nationale allait avoir deux missions : définir et contrôler le nouveau gouvernement,
rédiger la nouvelle constitution. Deux constatations : élections se passent dans l'ordre et le calme =
succès. Elus sont en majorité des bourgeois de gauche, sans qu'il soit facile de distinguer les
républicains de la veille et ceux du lendemain.
iii. Constitution
Revendication d'un régime constitutionnel s'exprime en même temps ailleurs en Europe, même
dans Etats du pape = Pie IX, réputation de libéralisme parce qu'é créé une "Consulta di Stato" =
assemblée consultative composée de laïcs. 29/12/1847 = nouveau traité pontifical, admissibilité de
laïc aux ministères admises, idem pour leurs responsabilités. Consulta di Stato adopté dans Etat de
Toscane + création garde Civique.
iv. Liberté de la presse
Royaume de Piémont-Sardaigne adopte une réforme, permet parution d'un nouveau journal "Il
Risorgimento". Désigne processus de réveil et d'unification national italien. Camilo Benso = comte
de Cavour, rédacteur.
Adoption Constitution de 1812 = premières revendications de ceux qui se soulèvent à Palerme, point
de départ.
Charles-Albert annonce Statuto qui partage pouvoir législatif entre souverain et deux chambres dont
une élue. Précède autres constitution dans deux Etats.
Grand duché de Bade en pointe : libéraux réunis dès 12/1847 puis en février 1848 à l'annonce de la
Révolution parisienne = influence car proximité géographique. Réclamation liberté de conscience, de
presse, réorganisation des institutions dans un sens plus démocratique. 1/03 = manifestation
républicaine.
3mars, avocat Lajos Kossuth, Hongrie, porte-parole du libéralisme en Hongrie, fait adopter à la Diète
Hongroise; de Presbourg (aujourd'hui Bratislava), une adresse à l'empereur revendiquant une
Constitution et nomination d'un ministre responsable à Budapest.
Revendication s'exprime aussi à Vienne. Contagion se répand dans grandes villes allemandes : Berlin,
Munich, Dresde, Francfort où siège Diète, présidée par empereur d'Autriche. Mais plus instrument
de concertation, docile à politique de Metternich. Effet produit important de la démission de
Metternich.
2) Mouvements nationaux
En-dehors de la France, exceptionnelle à cet égard car unité en tant que nation, précède révolution
de 1789; ailleurs, pas seulement nature du gouvernement remise en cause, mais existence de l'Etat.
i. Pays germaniques
Printemps des peuples en Allemagne. Distinction Etats héréditaires d'Autriche (= appartiennent à
famille royale) et royaumes de Bohême, Galicie, Hongrie. Seule royaume de Hongrie a apparence de
royaume séparé puisqu'une Diète hongroise se réunit = pouvoirs limités mais jouit de 'une certaine
autonomie.
ii. Italie
Italie = sept Etats indépendants, relatif sauf pour royaume sarde. Ailleurs, souverains soumis à
Protection donc contrôle de l'Autriche.
Dans Italie et Allemagne, idée nationale n'a cessé de se développé dans les villes, notamment dans
les centres universitaires. Mouvements devaient viser à combattre morcellement par idée unitaire,
se heurtait à l'Autriche, considérée comme une puissance occupante. Contestée comme animatrice
de la vie collective du peuple allemand.
Différence Italie/ Allemagne : dans espace allemand, une puissance domine déjà sans conteste autres
Etats= Prusse, problème pour elle est que les Etats cathos du sud ne sont pas prêts à se soumettre à
l'autorité d'un Etat protestant.
Italie : royaume de Piémont-Sardaigne prééminent, mais pas beaucoup de puissance militaire, et doit
compter avec le Pape qui n'est pas prêt à renoncer à son pouvoir de chef d'un des plus grands Etats.
Personne ne songe à priver le Pape de ses pouvoirs. Néo-guelfes = convaincus que Pape sera celui qui
unifiera l'Italie. Guelfes = partisans du pape, gibelins = partisan de l'empereur. Gioberti = néo-guelfe,
a proposé fédération italienne avec double condition : que pape accepte concession d'une
constitution libérale dans ses Etats, et qu'il s'engage dans lutte inévitable avec l'Autriche. Refus Pie
IX.
iii. Hongrie
Dans empire d'Autriche, processus national inégalement avancé. Hongrie = là où le plus avancé.
Hongrois attachés à leur langue = le magyare, à la couronne de Hongrie. Premier journal hongrois,
Pesti Hirlap, dont le directeur est Kossuth. Journalisme et poésie = deux formes de prises de parole
complémentaire de la politique. Hongrie, place occupée par Petöfi et Kossuth. Petöfi, a écrit à
l'annonce des journées révolutionnaires de Vienne, le poème Nemzeti Dal (= Chant National), hymne
national hongrois.
iv. Pays tchèques
Pays slave, phénomène limité aux élites savantes. Deux matières à l'honneur = Histoire et culture de
la langue. Faire résister langues nationales face à l'allemand et faire revivre le passé national, souvent
glorifié. Palacky, Kollar et Gaj = n'étaient pas convaincus d'en finir avec l'empire des Habsbourg.
Palacky : "En vérité, si l'empire d'Autriche n'existait pas depuis bien longtemps, il faudrait dans
l'intérêt de l'Europe et dans l'intérêt de l'humanité se dépêcher de le constituer." -> Deux risques
plus grand que l'empire d'Autriche = nationalisme allemand et la menace russe.
3) Ambiguïtés sociales
Contrastes entre pays engagés dans révolution industrielle et les autres. Deux erreurs à éviter =
-surestimer l'importance de ce qui se joue et se décide dans les villes même si là où se joue les
combats décisifs, parce que partout la population vit en majorité à la campagne et travaille la terre.
-considérer que cette majorité agricole est partout identique. Ouest, ancien régime féodal a été
largement démantelé, Est = servage souvent en vigueur et terres concentrées entre les mains des
nobles. Coïncidence volonté d'ascension sociale et appartenance à minorité nationale.
Europe centrale = aristocratie fournit les cadres, pas d'influence de la bourgeoisie industrielle.
Seulement dans quelques villes. Ailleurs, organisations sociales dominées par aristocratie :
propriétaires terriens. Kossuth pour abolition du servage, avait compris que cause nationale
hongroise aurait besoin du soutien de la paysannerie. Egalité devant l'impôt et rachat des redevances
paysannes.
Duché de Bade abolit droits féodaux le 2/03/1848. Libéraux avaient réclamé mise en place d'un
impôt progressif sur le revenu.
Absence de convergences autres que circonstancielles et momentanées entre revendications des uns
et des autres. Bourgeois peuvent se joindre aux prolétaires, peuvent se présenter aux élections
comme "ouvrier notaire", mais comme le prévoyait Cavour, "si l'ordre social devait être
véritablement menacé, [...] bien des opposants parmi les plus déterminés, bien des républicains
parmi les plus enthousiastes, seraient alors, nous en sommes convaincus, les premiers à rejoindre les
rangs du parti conservateur."
Europe central = paysans pourront se mettre au service des gouvernements conservateurs, surtout là
où propriétaires appartiennent à une autre nationalité que la leur. Combinaison de facteurs
politiques, nationaux et sociaux produit des effets différents selon les équilibres et rapports de force
sociaux dans les différentes sociétés concernées.
Marx, Les luttes des classes en France.
c) « Le printemps des peuples »
Au premier regard, on pouvait constater :
1) Liens entre capitales révolutionnaires
Interaction Paris-Vienne-Italie.
2) Ebranlement dans l’espace germanique
Ébranlement en profondeur que représente ce que les allemands appellent "l'année folle" dans
l'empire allemand et celui des Habsbourg. A partie de la mi-mars, le centre de gravité de la révolution
se déplace de Paris à Vienne.
3) « Printemps »
Vérifier bien-fondé de l'expression de "printemps des peuples" : avant printemps, journée de Paris
(22-23-24/02/1848), puis constitutions promulguée par Charles II de Toscane, par Charles-Albert à
Turin le 5/03, par Pie Xle 14/03, puis 13-15/03 journées de Vienne qui chassent Metternich et
entraînent journées de Venise (15 au 18/03), puis journées de Milan 18-22, Berlin 18-19. A partir de
là répercussion dans empire et confédération germanique : en Saxe en mars-avril, Posnanie, en
Bavière en mars-avril avec abdication Louis I en faveur de son fils, mise en place d'un gouvernement
provisoire dans le duché de Holstein le 28mars, rassemblement à Francfort le 31 mars d'un
vorparlament = parlement préparatoire (à l'unification de l'Allemagne sous la forme d'un
gouvernement fédéral et constitutionnel). Répercussions dans Empire d'Autriche avec
reconnaissance de l’indépendance de la Hongrie le 27 mars par le gouvernement de Vienne,
révolution à Prague le 8 avril et publication charte de bohême, annonce par le ban des croates de
l'union des provinces croates et de leur séparation d'avec royaume de Hongrie et loyauté à
l'empereur Habsbourg (nationalisme pas opposé à Vienne mais opposé aux Hongrois), affirmation du
nationalisme serbe en mai et celle des roumains le 15 mai. Les deux figures de ces dernières
répercussions sont Josip Jelacic (=bandes croates) et Avram Iancu (= chef hongrois animateur
principale des roumains de Transylvanie. Quand développement de la contestation hongroise, le
gouvernement de vienne note avec intérêt que d'autres affirmations nationales peuvent lui être
utiles pour s'opposer plus efficacement au sécessionnisme des Hongrois.
II La guerre
15 mai 1848 marque un premier tournant car à Paris, démonstration de force des républicains
radicaux qui trouvent que le gouvernement ne va pas assez vite et loin (150000 manifestants réunis
devant Bastille parmi lesquels des Italiens et des Polonais), prend tour insurrectionnel avec
envahissement du Palais Bourbons et gouvernement autoproclamé (= tradition révolutionnaire),
mais ce gouvernement est délogé par la Garde Nationale et ses principaux membres (Blanqui et
Raspail) arrêtés = fermeté du gouvernement légal. Journée en elle-même -> peur chez bourgeoisie
du prolongement des troubles.
A Vienne, révolutionnaires, parmi eux de nombreux étudiants et ouvriers, reprennent armes parce
que projet de constitution qui vient d'être rendu public ne les satisfait pas. Projet calqué sur le
modèle belge, résultat héréditaire = maison des Habsbourg. Prévoit SC, bicaméralisme avec maintien
droit véto absolu à l'empereur. Naples= journée de l’inauguration du parlement et émeute populaire
antilibérales avec plus de 150 morts -> brutale répression par le roi qui met fin au processus
politique qui lui avait été imposé = dissolution et prévision de nouvelles élections. Tensions entre
deux composantes révolutionnaires qui placent le pouvoir en place en position d'arbitrer ou de
profiter de ces divisions et tensions pour se rétablir.
De toutes parts aussi, tensions débouchent sur affrontements violents. Dans Europe hantée par
souvenir révolution française, on regarde avec inquiétude vers France dont on peut craindre qu'elle
se serve de l'agitation pour modifier à son profit l'ordre et les frontières établies en 1815.
a) La France pacifique
1) France pour la paix
Très tôt, la France se prononce en faveur de la paix. Message = Manifeste aux puissances, de
Lamartine (ministre des affaires étrangères) : promet alliance et amitié aux peuples mais vise à
rassurer les gouvernements. Y est écrits que "Les traités de 1815 n'existent plus en droit aux yeux de
la République Française.", mais "toutefois, les circonscriptions territoriales de ces traités sont un fait
qu'elle admet comme base et comme point de départ dans ses rapports avec les autres nations" =
pas de contestation des frontières, et "les bon sens, la modération, la conscience, la prudence de la
République existent et sont pour l'Europe une meilleure et plus honorable garantie que les lettres de
ces traités si souvent violés ou modifiés par elle." = sens ambigu de "Europe" -> si Europe amenée à
violer et modifier les traités, c'est parce qu'il y avait en elle des forces contraires à celles qui
dominaient depuis 1815 le Concert Européen. L'Europe de 1815 ce n'est plus être seulement une
puissance auquel le manifeste est adressé, c'est aussi un ensemble d'Etats où peuples réclament des
réformes nationales et politiques, espace politique où doit dominer un aspect humanitaire qui
précèderait la paix.
2) Menace de l’ordre de 1815
Point de vue international, menace ordre de 1815 = menace de fait. Nulle part sauf en France
la révolution n'aboutit au renversement des souverains en place. Si abdication = pour mieux
consolider le régime. Concessions, dans cadre de la souveraineté des états qu'est recherchée
une solution.
3) Risque d’internationalisation
Efforts révolutionnaires pour réaliser l’unité créent dans deux espaces le risque de
l'internationalisation de la crise. Or dans ces deux espaces que les armées françaises avaient permis
en fin 1790’s la domination de la grande nation sur l’Europe occidentale. Le manifeste ne rassurait
pas car les dirigeants des cabinets pouvaient craindre que le gouvernement et Lamartine soient
dépassés par la radicalisation révolutionnaire en France même. Répression de l’insurrection
parisienne de juin doublement importante :
-en France, le gouvernement républicain se montre capable de réprimer par la force le mouvement
révolutionnaire au risque de briser l’alliance sociale qui lui a permis de s'installer, et de ne pouvoir
durer qu'en appliquant une politique conservatrice.
-A l’extérieur = le gouvernement français a assez à faire avec ses problèmes internes pour jouer
comme en 1791 avec l’internationalisation de la crise puisque la crise est déjà internat. Risque pour
le gouvernement français est de se retrouver à nouveau isolé avec armées mobilisées ailleurs, et de
se mobiliser pour causes unitaires pouvant se révéler contraire à ses intérêts à terme. Lamartine a
tendance à voir le mouvement national allemand comme un danger pour la France, mais s'intéresse
à la cause polonaise car les vainqueurs de Napoléon se sont partagés le pays. Frédéric-Guillaume IV,
après avoir salué victimes révolution berlinoises, arbore écharpe tricolore et déclare que "de ce jour
la Prusse se transforme en Allemagne", gouvernement libéral et élections parlentaires, mais 24mars
reconnait par décret droit à autonomie du grand duché de Posen = très peuplé de polonais.
Lamartine croit à possibilité d’une collaboration avec la Prusse pour aider à la réparation de la
Pologne. 29/04, Prusse prépare répression sur polonais de Posnanie et rétablit ordre prussien. France
n'insiste pas car ne veut pas risquer guerre.
It = situation différente. Charles-Albert se méfie de la France "Italia fara da se". Dès 14mars, adoption
drapeau tricolore. France avec Lamartine seraient prêts à intervenir ms leur concours n'est pas
souhaité. Après les cinq journées de Milan = formation gouvernement provisoire, CA annonce
23mars sa volonté d'appuyer les insurgés lombards et vénitiens, déclaration de guerre à l'Autriche.
Dès lors, alors que gouvernement de Vienne est obligé de reconnaitre autonomie de la Hongrie,
patriotes tchèques affirment leur droit à former un Staatsvolk, tandis que Vorparlament s'apprête à
siéger à francfort. Autriche sur tous les fronts : comment a-t-elle pu rétablir partout et en quelques
mois son autorité ?
b) L’Autriche sur tous les fronts
Entre fin mai et début juin, dirigeants autrichiens inquiets devant organiser réponse militaire à trois
défis nationaux qui menacent existence empire.
1) Défi tchèque
Premier à avoir été réglé, au prix exemple de guerre urbaine. A Prague, 12 juin = soulèvement de la
pentecôte = mort de la femme du gouverneur de bohême -> Windischgrätz adopte alors stratégie :
faire sortir troupe ville et y mettre le siège -> capitulation le 17juin.
2) Défi italien
Italie : troupes régulières du p-s, volontaires ayant pris armes. Avril : ensemble des forces italiennes
remportent succès mais contre-offensive de l'Autriche = armistice le 9aout. C’est alors que Garibaldi
entre en scène : depuis 1835 s'est illustré comme guérillero en Amérique du Sud, revient se mettre
au service de l'Italie. Poursuit lutte, quelques succès mais battu le 26aout. Commandant en chef
Autriche = Radetzky entre en héros à Vienne. Marche de Radetzky de Johann Strauss père.
Deux enseignements tirés du côté italien :
-absence de soutien de la part des autres états de la péninsule. Déclaration de neutralité du 29/04 :
pie IX refuse engager troupes. Distinction causes pontificale et unitaire. Ferdinand II, roi des Deux-
Siciles, désavoue troupes que général Guglielmo Pepe, vétéran campagne d'Italie et du soulèvement
libéral de 1820, avait emmené troupes pour soutenir les sardes.
-Pr CA, échec mil n'empêche as succès politiques. Gouvernements provisoires et parlementaires
installées pendant journées révolutionnaires se st ralliés à lui. Attise méfiance des républicains (parce
que roi) et des partisans de la contre-révolution.
3) Défi hongrois
Hongrie= double spécificité.
Là que sentiment national le plus massivement développé et que révolution était allée le plus loin.
Formation gouvernement.
c) Une internationalisation limitée
1) Autriche
Quand en septembre, ban des croates attaquent Hongrie, internationalisation de la crise interne à
l'empire : gouvernement de Vienne joue sur antipathie des nationalités à l'intérieur de l'empire et
donc cette guerre ne débouche pas sur g européenne mais internat limités à quelques conflits.
Automne 1848 a vu une forte réplique des événements révolutionnaires du printemps -> Marx : croit
pouvoir annoncer la "secousse sismique qui ensevelira l'honnête république sous ses propres ruines"
et "horizon s'éclaire": espérance révolutionnaire toujours très forte. Plus que jamais, ligne de faille
principale entre Vienne et Budapest. Ce qui se passe dans l'une se répercute dans l'autre. Crise
évolue vers guerre quand 28sept, comte Lemberg, commandant en chef des troupes impériales en
Hongrie est massacré. Choses aggravées le 6octobre pour gouvernement de Vienne après avoir
déclarée Diète hongroise nulle, envoi bataillon contre insurrection. A Vienne, on veut empêcher le
départ du bataillon -> Emeute.
Arsenal pillé, empereur Ferdinand quitte Vienne, à Budapest, assemblée hongroise déclare nulle tous
les décrets de Vienne. Siège de Budapest : après échec de Kossuth de porter secours aux insurgés,
capitulation de la ville. Etat de siège maintenu à Vienne jusqu'en 1849.
21nov, pince Schwarzenberg chancelier. Reichstag réuni à Kremsier. Tout indique que on va vers
reprise en main : lors de la première session du Parlement, Schwarzenberg annonce avec beaucoup
de réserve une monarchie constitutionnelle, mais troupes massées autour de cette ville, et exécutif
reprend main -> changement de souverain. Ferdinand Ier accepte d'abdiquer le 2déc 1848 pour son
neveu François-Joseph Ier (18ans, règne jusqu'au 21nov 1916. Beaucoup de Viennois auront
impression d'enterrer l'empire avec lui). Ljubljana = ville principale de Slovénie, carrefour de cultures
slave latine et germanique. Manière de renouveler l'alliance entre l'empire et les cultures slaves du
Sud, alliés loyaux et précieux dans reconquête de la Hongrie. Va prendre plusieurs mois. Prise et
reprise de Pest, parlementaire et gouvernement repliés à Debrecen. Organisent forces pour
reprendre Pest et Buda. Oblige chancelier Schwarzenberg à faire appel à la Russie
(internationalisation) qui accepte car craint contagion Hongrie à Pologne. 13aout 1849, capitulation
des Hongrois à Vilagos. 6octobre, les "treize martyrs d'Arad" sont fusillés.
2) Italie
Automne 1848, révolutions populaires en Toscane et dans Etats du Pape, ont en commun "des
manifestations populaires anti-gouvernementales, un changement de gouvernement au détriment
des modérés mais avec l'accord des souverains, une phase proprement révolutionnaire et
républicaine hors du contrôle des souverains et des modérés." (Gilles Pécout).
Rome : conduit à intervention française. Neutralité de Pie IX. Giacomo Durando, général parti
soutenir les piémontais, rappelé par le Pape. Pape a nommé dans son gouvernement le modéré
Pellegrino Rossi, exilé en France puis redevenu romain. Assassiné le 15 novembre 1848. Précipite la
crise : manifestants exigent formation gouvernement libéral, pape perd contrôle rue et se décide à
s'enfuir, se réfugie en Deux-Siciles (forteresse de Gaète), se place sous protection Ferdinand II.
Mouvement révolutionnaire se radicalise à Rome. Chambre des députés demandent assemblée
constituantes. SU. Se réunit le 5/02, République romaine proclamée le 9/02. Abolition des pouvoirs
du peuple.
Léopold II de Toscane rejoint le Pape. Principe de Parenté de régime entre deux Etats démocratiques
qui constitue le lien nationale. Modèle différent de celui du Roi de Piémont.
Triumvirat à la tête de la République romaine.
CA : scénario pouvait avoir pour lui deux avantages = participation des républicains patriotes à la
guerre; et pouvait penser qu'émotion provoquées par événement de Rome allait stopper révolution
libérale. Décide de rompre armistice conclut en aout. Radetzky repart en Italie -> victoire. CA donne
exemple d'abdication comme investissement sur l'avenir et renforcement légitimité du Souverain ->
vers Vittorio-Emanuele. Traité du 6aout rétablit Statu quo ante. Milan, Venise, etc... Paix non
acceptée : résistance. Sièges de Breccia et de Venise pour que Radetzky quitte Italie du Nord
victorieux. Radetzky amnistie combattants vénitiens.
3) France
Aout 1848, France avait proposé d'obtenir médiation avec l'Angleterre pour qu’Unité se fonde sur
rattachement Lombardie au Piémont. Piémont avait refusé. Mars 1849, assemblée législative vote
ordre du jour pour garantie territoire piémontais avec au besoin occupation Italie. Si exécution,
risquait d'entraîner guerre européenne. LNB, attente occasion de briller en Italie -> République
romaine. 16/04/1849, envoi corps expéditionnaire à Rome. Officiellement, pour intervenir avant et à
la place de l'Autriche dans un esprit d'arbitrage et de conciliation, non de réaction, avec espoir que
Pie IX ne décevra pas libéraux.
Une fois à Civitavecchia, corps expéditionnaire prépare siège de Rome -> bombardement ville,
bataille contre garibaldiens. Rétablissement pouvoir temporel du Pape le 4juillet. Pape attend le 12
avril 1850 pour faire son retour.