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Histoire des sciences : de la puissance au renoncement

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Histoire des sciences : de la puissance au renoncement
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11/26/2011
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French
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38
Histoire des sciences :

de la puissance au renoncement





J.-L. Léonhardt



Maison de l’Orient et de la Méditerranée

CNRS



Lyon









Ens Lyon 2008

Bibliographie (brève)





Espagnat B. (d’), Traité de physique et de philosophie, Fayard, 2002.

Espagnat B. (d’), Physique contemporaine et intelligibilité du monde,

http://www.asmp.fr/fiches_academiciens/textacad/espagnat/lourmarin

_science.pdf ,2004.

Zwirn H., Les Limites de la connaissance, Odile Jacob, 2000.

Soler L., Philosophie de la physique, dialogue à plusieurs voix autour

de controverses contemporaines et classiques, L’Harmattan, 2006.

Smolin, L. Rien ne va plus en physique, l’échec de la théorie des

cordes, Dunod, 2007.

Léonhardt J.-L. L’homme de science et sa raison, le rationalisme est-

il rationnel ?, Parangon, Avril 2008.

Jean-louis.leonhardt@mom.fr

2

Raison :



• Appartient à la pensée mais s’étudie dans le discours ;



• Capacité de tirer des conséquences correctes de principes déjà

connus ;







• Sens étroit : la raison ne se préoccupe pas de la vérité des principes

qui initient le processus ; non "entendement"



• Cette définition est celle d’Aristote < et celle d’aujourd’hui.





Le rationalisme est un modèle particulier de la raison





3

Réalisme



• Il existe une réalité extérieure indépendante de

l’existence d’observateurs. (Réalisme Métaphysique)

• Cette réalité est constituée d’entités intelligibles.

(Intelligibilité de la Réalité)



• Les théories scientifiques sont vraies en ce

sens que les concepts des théories scientifiques

se réfèrent à des entités réelles. (réalisme épistémique)

• Il en résulte que les progrès de la science sont

des découvertes et non des inventions ou des

conventions. (Réalisme Naïf)

4

Synthèse



A Du 4ème siècle av. J.-C. g1900



- une manière de penser la raison scientifique 

le modèle de la raison rationaliste





B Depuis 200 ans environ

- une autre manière de penser en science 

modèles de la raison antagoniste





5

modèle de la raison rationaliste

• point de vue : la philosophie du langage

• notion nouvelle : l’extension de l’univers du discours





Univers du discours : les animaux

Univers du discours

en « langage naturel »

Univers du discours

scientifique

centaure





mulet

X

mulet

X non mulet



6

2 niveaux de discours : "Métaphysique" et "physique"







Métaphysique :





• Principe de contradiction

Physique :

• Vérité-correspondance

• définition

• de vérités

• 3 critèresSaisie des principes

sensation et le noûs

• universalité

• Raison (logique)

• nécessité (déterminisme)

• connaissance de la cause









Le discours métaphysique est antéprédicatif 7

A – D’Aristote à Frege : les contraintes

1. Principe de contradiction

« Existence » et « non existence » simultanée d’un mot n’est pas pensable.

« Mulet » existe

« Centaure » n’existe pas



« Tous les hommes sont mortels » vrai

 « Quelques hommes ne sont pas mortels » faux







2. Vérité-Correspondance

« Il dit la vérité celui qui croit conjoint [dans le discours] ce qui est

conjoint [dans le monde]. » Aristote



« Ce n’est pas parce que nous disons la vérité en t’appelant blanc

que tu l’es, mais c’est parce que tu es blanc qu’en le disant, nous

disons la vérité. » Aristote

8

A – D’Aristote à Frege



3. Tous les mots sont « définis »

Euclide : « un point est ce dont il n’y a aucune partie. »







4. Trois critères de vérité :



– Universalité

– Nécessité, déterminisme versus accident

– Intelligibilité de la cause



Accident : « je marche et un éclair survient »



Nécessité : « tout animal égorgé meurt »

9

A – D’Aristote à Frege



5. Les principes délimitent l’univers du discours



Syllogisme déductif : Tout A est M

Tout M est B

 Tout A est B





Caractéristiques de la déduction :



- Si les prémisses sont vraies alors la conclusion est nécessairement vraie

- Toutes les informations de la conclusion sont contenues dans les prémisses



Principes



Conclusion 1

Conclusion 2

<.

10

A – D’Aristote à Frege



Le modèle de la raison rationaliste est fondé sur l’inter-dit

de penser le contradictoire.



Conséquences :



- Unicité de l’univers du discours d’une science donnée.

Ex : il n’y a qu’une seule géométrie









11

Univers du discours : l’espace empirique









P1 , P2 , P3 , P4 , P5









- Complétude : * le monde nous est intelligible complètement

* la science est un savoir certain

* de droit sinon de fait

12

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle







Le principe de contradiction est admis sans débat



La logique n’a pas fait un pas en avant ni un pas en arrière depuis

Aristote.

Kant



La logique n’a pas d’histoire !









13

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle





Il est convenu que le langage mathématique est le

langage de la nature<



« La philosophie est écrite dans ce très grand livre qui se tient

constamment ouvert devant les yeux (je veux dire l'Univers) et qui ne

peut se saisir si tout d'abord on ne se saisit point de la langue et si on

ignore les caractères dans lesquels elle est écrite.

Cette philosophie, elle est écrite en langue mathématique.

Ses caractères sont des triangles, des cercles et autres figures

géométriques, sans le moyen desquels il est impossible de saisir

humainement quelque parole ; et sans lesquels on ne fait qu'errer

vainement dans un labyrinthe obscur. »

Galilée

14

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle





Ex: Descartes unifie la géométrie et l’algèbre





géométrie

Géométrie

analytique





y  ax  b

algèbre









15

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle



Ex: Newton ajoute le calcul différentiel et intégral



lune

Univers du discours : Le mouvement

Aristote

calcul différentiel

L

vm 

terre T

Newton



dx

mm' vt 

f 2 dt

d dv

a t

dt

16

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle





Premier renoncement : l’intelligibilité de la cause

La gravité doit être causée par un agent agissant constamment

selon certaines lois, mais que cet agent soit matériel ou immatériel

est une question que j'ai laissée à l'examen de mes lecteurs. »

Newton









17

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle



Probabilité et hasard



Univers du discours : mathématiques





probabilité hasard



calcul différentiel

Pascal 17e

Permet d’exprimer

Bernoulli 18e – Le doute

– La vraisemblance

Laplace 19e – L’hésitation









Laplace : les théories probables mesurent notre ignorance. 18

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle





Cela prépare au second renoncement (20éme siècle)





le déterminisme absolu :



« Tout dans la nature, aussi bien dans le monde inanimé

que dans celui des vivants, se produit selon des règles,

bien que nous ne connaissions pas toujours ces règles.[…]



Il n'y a nulle part aucune absence de règles.

Si nous croyons constater une telle absence, nous pouvons

seulement dire en ce cas que les règles nous sont inconnues. »

Kant



19

A – D’Aristote à Frege : La science classique 17e-19e siècle





Conclusion



Malgré tous ces perfectionnements, le langage mathématique

ne suffit pas pour décrire le monde empirique.





Il faut non abandonner les mathématiques

mais leur interprétation.





C’est le principe de contradiction qui est en cause.





L’imagination fait son entrée en science.



20

B – Depuis 200 ans environ





• J. Bolyai (1825) ose écrire :

Par 1 point extérieur à 1 droite, il passe 2 parallèles : vrai



« J’ai créé un nouveau monde, un autre monde à partir de rien »

lettre à son père.



La somme des angles d’un triangle est < 180° : vrai





• B. Riemann (1854) ose écrire :

Par 1 point extérieur à 1 droite, il passe 0 parallèle : vrai



2 droites se coupent en 2 points : vrai





L’unicité de l’univers du discours doit être abandonnée

21

B – Depuis 100 ans environ





L’extension de l’univers du discours mathématique augmente indéfiniment



Univers du discours sur les géométries



1

A1 , A2 , A3 , A4 , A5









A Axiome





Elliptique Hyperbolique





A1 , A2 , A3 , A4 , A5 1

n

0

...., A5

22

B – Depuis 100 ans environ



Conséquences :

Le langage mathématique est « déréalisé », ce n’est pas le langage de la

nature.

Les discours mathématiques sont des « fictions » < et un puissant

instrument pour inventer le monde.









Le modèle de la raison rationaliste, admis pendant 2400 ans, doit être

abandonné :



• Le principe de contradiction n’est pas universellement vrai,

• Il ne s’applique qu’à l’intérieur d’un univers du discours,

• Les concepts sont conçus et non pas perçus,

• La notion de vérité doit être redéfinie.



23

B – Depuis 100 ans environ





e La Vérité-Cohérence



« Si des axiomes arbitrairement posés ne se contredisent pas l'un l'autre ou bien

avec une de ses conséquences, ils sont vrais [comme cohérence] et les choses ainsi

définies existent [dans la pensée].

Voilà pour moi le critère de la vérité [-cohérence] et de l'existence. »

Hilbert







Il dit la vérité celui qui croit conjoint [dans le discours]

ce qui est conjoint [dans le monde]» Aristote.









24

B – Depuis 100 ans environ





« Les axiomes géométriques […] sont des conventions ; notre

choix [de physiciens], parmi toutes les conventions possibles

est guidé par des faits expérimentaux.

Mais il reste libre et n'est limité que par la nécessité d'éviter

toute contradiction.

Dès lors, que doit-on penser de cette question : la géométrie

euclidienne est-elle vraie

[comme correspondance] ? Elle n'a aucun sens. »

Poincaré







La pluralité des univers du discours impose un nouveau

renoncement : la complétude.



25

B – Depuis 100 ans environ





a L’incomplétude

« Dans tout système formel assez puissant pour formaliser l'arithmétique, si le

système est consistant, il existe une proposition indécidable, c'est-à-dire vraie mais

qu'on ne peut pas prouver. »

Gödel



Univers du discours délimité par une axiomatique donnée









?



26

A – D’Aristote à Frege









Modèle de la raison rationaliste







Science de l’espace : Science du mouvement : Science des animaux : Etc.

La géométrie Aristote : h = k t

euclidienne

Galilée : h = k t 2









27

B – Aujourd’hui

Modèles de la raison antagoniste







Logique Axiome de bivalence Intuitionnisme Autres









Mathématique Modèle 1 : Modèle 2 : Modèle 3 :

Géométrie Géométrie Géométrie

euclidienne elliptique hyperbolique









Science Point de vue n° 1 Point de vue n° 2 Point de vue n° 3

empirique





28

Un modèle universel de la théorie de la science :









Univers des discours de la science





Univers Univers

du Phénomène Phénomènes du

discours Cohérence ? discours

empirique théorique

Cohérence ?









Mais nous ne pouvons nous contenter de la vérité-cohérence

29



Univers du discours de la philosophie







Univers des discours de la science







Phénomène ? Phénomènes

cohérence





Cohérence ?









La vérité-correspondance ou le sens du discours scientifique

30

nécessite une interprétation postprédicative

conclusion

Aristote :



• Métaphysique (antéprédicative) puis Physique

• Modèle de la raison rationaliste. Principe de contradiction

• Unicité et complétude

• Recherche la vérité-correspondance, la certitude ou épistémè

• La science ne donne pas la puissance (distincte de la techné)







Cette théorie de la science est fausse car elle ne permet pas de

dire le monde empirique.





31

conclusion

La science classique 17e siècle



• Nie toute métaphysique pour la science

• Modèle de la raison rationaliste. Principe de contradiction

• Unicité et complétude

• Recherche la vérité-correspondance, la certitude ou épistémè

• La science donne la puissance à travers la technique

• Abandonne l’intelligibilité de la cause et le déterminisme absolu







Cette théorie de la science est incohérente mais efficace.





32

conclusion

La science aujourd'hui



• Modèle de la raison antagoniste

• Multiplicité des théories, incomplétude

• Recherche la vérité-cohérence (cohérence du discours)

• Nécessite une interprétation postprédicative (métaphysique)

• Renonce à la toute puissance de la technique







Cette théorie de la science n’est pas fausse !









33

B Depuis 100 ans environ

Ex : sciences de la vie.

La notion d’espèce et la relation espèce a genre

Espèce = genre + différence

À l’intérieur d’une espèce, on néglige les différences de sexe, de couleur de peau,

de taille, etc. Dans ces conditions l’« espèce » existe dans le monde.





Un caractère essentiel de l’espèce : l’interfécondité





Question: comment classer le mulet qui est stérile ?







Autre point de vue, l’observation empirique montre que de nouvelles

espèces sont issues par différenciation d’une espèce donnée ; on ne peut

donc négliger les différences intra-espèces.





34

B Depuis 100 ans environ

Ex : sciences de la vie.

La notion d’espèce et la relation espèce  genre.





Univers des discours sur l’espèce, 3 points de vue :





Biologique Morphologique Évolution



cheval âne espèce

Cheval, âne, mulet



  









mulet







35

En guise de conclusion :



Aristote nous a donné une théorie de la science cohérente. Le

principe de contradiction domine son système et conduit à penser le

monde de telle sorte que l’on puisse le connaître avec certitude. Les

conditions nécessaires sont draconiennes : on ne doit utiliser que des

termes « existants », la vérité-correspondance exclut l’imagination et

présuppose les conditions d’universalité, de nécessité et d’intelligibilité de

la cause.







La science classique étend considérablement l’univers du discours

des mathématiques et renonce à deux des trois conditions de vérité. Elle

conserve l’universalité du principe de contradiction. Elle pense le monde

selon le modèle de la raison rationaliste.







36

….En guise de conclusion :



L’invention des géométries non-euclidiennes rompt avec

ce modèle puisque l’on admet que deux principes contradictoires puissent

être pensés vrais simultanément. Cela conduit à de nombreuses

transformations de la théorie de la science : le discours de la science peut

utiliser des mots sans correspondance avec le monde (les mots sont conçus

ou imaginés et non perçus), la vérité ne fait plus référence au monde

(vérité-cohérence), une théorie ne peut plus prétendre « fournir une

description du réel tel qu’il est vraiment ». Le réalisme en science doit être

abandonné ! Nous pensons le monde selon le modèle de la raison

antagoniste.



Une théorie scientifique est acceptée tant que ses prévisions sont

cohérentes avec les discours de l’expérience. Elle nous informe sur le

monde à la condition d’y ajouter une interprétation postprédicative,

exprimée dans un univers du discours plus vaste : nous pouvons appeler

philosophie cet univers du discours.

37

…En guise de conclusion :



Aristote pensait que la science faisait partie de la philosophie. La

science classique a cru s’être affranchie de la philosophie. Elle se trompait.

L’interprétation postprédicative impose d’admettre, selon des conditions

nouvelles, que la science appartient en propre à la philosophie.









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