nathalie by 2OO5DM

VIEWS: 0 PAGES: 94

									                               TABLE DES MATIÈRES

Liste des tableaux et figures

1.   INTRODUCTION…………………………………………………………...…....3
       1.Questions et hypothèses…………………………………………………..……4
       2.Déroulement de l’étude et restrictions…………………………………..…...…5

2.   CORPUS ET METHODE……………………………………………………..…5
      1. Présentation du corpus…………………………………………………...…7
      2. Critères de choix du corpus…………………………………………….…..8

3.   INTERNET, CHATS ET CYBERLANGUE……………….…………….……..9
      1. Internet………………………………………………………………..…….…10
             3.1.1. Historique…………………………………………………..……..10
             3.1.2. Génération Internet……………………………………….………11
             3.1.3. Internet en France……………………...………………….……...12
      2.     Différents modes de communication sur Internet………………….……..13
      3.     Chats………………………………………………….…………..………15
      4.     Cyberlangue………………………………………….…………………...17

4.   CADRE THEORIQUE : LEXICOLOGIE…………………………………….19
      1. Lexicologie………………………………………………………………..19
      2. Sémantique du lexique................................................................................21
      3. Morphologie du lexique et néologie ..................................................…….22
      4. Cyberlangue……………………………………………………...………..24


5.   CADRE THEORIQUE : ORTHOGRAPHE DE LA CYBERLANGUE…….27
      1. Néographies………………………………………………………………27
         5.1.1. Graphies phonétisantes : Réductions graphiques et réductions
                avec variantes phonétiques…………………………………….….28
         5.1.2. Squelettes consonantiques (ou abréviations)……………….…….30
         5.1.3. Syllabogrammes et rébus à transfert………………………………..31
         5.1.4. Logogrammes et paralogogrammes (ou sigles)………….….………32
         5.1.5. Etirements graphiques…………………………………………….34
         5.1.6. Quelques caractéristiques des néographies ……………………...34
      2. Particularités morpho-lexicales…………………………………………..35
         5.2.1. Troncation………………………………………………………...36
         5.2.2. Anglicismes……………………………………………………......37
         5.2.3. Verlan………………………………………………………..……40
         5.2.4. Onomatopées………………………………………………...……41
      3. Autres……………………………………………………………………..42
                                                      1
          5.3.1. Ponctuation et majuscules……………………………….………..42
          5.3.2. Accents et participes passés………………………………………43

6.   ANALYSE………………………………………………………………..………46
      1.  Réductions graphiques…………………………………………………….47
      2.  Réductions avec variantes phonétiques…………………………………...52
      3.  Squelettes consonantiques………………………………………………...53
      4.  Syllabogrammes…………………………………………………………..53
      5.  Rébus à transfert, logogrammes et verlan………………………………...56
      6.  Paralogogrammes…………………………………………………………58
      7.  Etirements graphiques…………………………………………………….60
      8.  Troncations………………………………………………………………..61
      9.  Anglicismes……………………………………………………………….63
      10. Onomatopées……………………………………………………………...65
      11. Ponctuation et majuscules………………………………………………...66
      12. Accents et participes passés……………………………………………….71

7.   DISCUSSION ET CONCLUSION……………………………………………..72
      1.  Synthèse…………………………………………………………………...72
      2.  Discussion…………………………………………………………………74
          7.2.1. Nouveauté de la langue……………………………………………...74
          7.2.2. Risque pour l’orthographe………………………………………..77
      3.  Conclusion………………………………………………………………...79


Résumé en finnois – suomenkielinen tiivistelmä……….………………………………82
Bibliographie………………………………………………………………………...….87
Annexe 1 : extrait du corpus
Annexe 2 : glossaire




                                 2
      1.     INTRODUCTION


             Toute langue au cours de son évolution a besoin de différents argots
correspondant à différents groupes de personnes et de situations particulières dans cette
langue (Goudailler 2002 : 6). Cela peut correspondre par exemple à l’argot d’un type de
travailleurs, de chercheurs ou d’une tranche d’âge. La langue étant le reflet de la société
(Dejond 2002 : 7), elle en suit les développements. Prenons l’exemple de la partie de la
société connue pour son esprit rebelle et en contradiction avec les normes ; les jeunes. A
la fin des années 80, leur langue se distinguait par la création du verlan (Méla 1997 : 16).
La langue des cités l’a suivi, celle-ci étant un mélange de verlan et de vocabulaire
provenant des pays d’origine des jeunes immigrés (Boyer 1997, Goudailler 2002,
Verdelhan-Bourgade 1990, 1991). Les années 90 et leur explosion technologique ont vu
naître une nouvelle génération ; la génération Internet (The Net Generation) (Tapscott
1998).


             Nouvelle      génération,      nouvelle     langue1.     Ses     utilisateurs    voulaient
communiquer via des moyens technologiques de façon efficace, rapide et vraie. Ils
souhaitaient que leur langue soit aussi naturelle que possible, qu’elle puisse rendre
compte de leurs émotions, de leurs sentiments. Cela n’était pas possible en utilisant les
règles de la langue formelle. Ils créèrent donc une nouvelle version de la langue. (Anis
2001 : 7-8). (Voir annexe 1 pour un exemple concret.) Anis propose comme traduction
du terme anglais décrivant ce langage la communication médiée par ordinateur (Anis
1999 : 7). Celle-ci regroupe la langue utilisée en majeure partie par les SMS 2 (Short
Messaging Service), l’e-mail (Electronic Mail), les listes, les forums de discussion ou la
messagerie instantanée (voir 3.2. pour les définitions de ces termes). Anis utilise aussi le
terme de néolangage (Anis 2001 : 66), Dejond celui de cyberl@ngue (Dejond 2002).
Nous avons opté pour le terme qui nous semblait le plus neutre : cyberlangue. Celui-ci




1
  En parlant de la cyberlangue, nous utiliserons les termes de langue, langage voire argot comme
synonymes.
2
  Voir glossaire pour définition.
                                                    3
est une traduction directe du terme anglais « cyberlanguage ». Il nous semble que par
son préfixe : cyber-3, il est clair qu’il s’agit de la langue utilisée via ordinateur.


                Comme toute langue, la cyberlangue peut être étudiée à partir de points de
vue divers ; par exemple syntaxique, morphologique ou grammatical. Nous avons choisi
le point de vue de l’orthographe pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’orthographe
a toujours eu un certain attrait à nos yeux. Une autre raison en est qu’il nous semblait
intéressant de découvrir de quelle manière les internautes ont réussi à concrétiser
l’oralité de la cyberlangue (dont nous reparlerons dans le chapitre 3.4.)


         1.1. Questions et hypothèses


                Comme nous venons de l’expliquer, le but principal de notre travail va être
d’étudier la cyberlangue du point de vue de son orthographe. Nous nous poserons
plusieurs questions à ce sujet.


                La première de ces questions est : la cyberlangue suit-elle des règles
d’orthographe précises ? Autrement dit, est-ce une langue que les internautes écrivent à
leur fantaisie ou suivent-ils (consciemment ou non) des règles bien définies ? D’après
nos recherches, les différents ouvrages d’Anis regroupent ces différentes règles ce qui
nous permet de supposer leur existence. Néanmoins, pour répondre à cette question,
nous observerons dans notre partie analytique si les procédés orthographiques proposés
dans le chapitre 5. sont en effet appliqués.


                Une fois que nous aurons défini les règles régissant la cyberlangue, nous
pourrons nous poser une seconde question, celle de savoir si cette langue est vraiment
nouvelle ; du moins du point de vue de son orthographe. D’après ce que nous avons déjà
observé sur la cyberlangue, cette question peut appeler une réponse positive ou négative,
suivant le point de vue adopté. La réponse est affirmative si nous voulons dire que cette
langue n’a jamais été utilisée auparavant. Un non-initié aurait beaucoup de difficultés à

3
    Voir glossaire pour définition.
                                                4
la comprendre. Mais la réponse peut aussi être négative si nous voulons impliquer que
nous considérons la cyberlangue comme nouvelle dans toute son intégralité. La langue
en elle-même est nouvelle mais ses procédés, tels que les anglicismes, ne le sont pas.
               Nous ne pourrons répondre à cette question seulement qu’après avoir étudié
les procédés proposés dans le chapitre 5. ainsi que ceux concrètement récupérés dans
notre analyse de corpus. Notre hypothèse est que tous ou du moins la plupart des
procédés sont déjà connus dans la langue standard, ce qui implique que la cyberlangue
n’est pas nouvelle à proprement dit. Si, au contraire, notre hypothèse se révèle fausse,
c'est-à-dire que tous ou la plupart de ces procédés lui sont propres, nous devrons alors
catégoriser la cyberlangue comme une langue nouvelle à part entière.


        1.2. Déroulement de l’étude et restrictions


               Notre travail portant sur un sujet décrivant un milieu qui peut être nouveau
pour certains, nous commencerons par dépeindre cet univers. Nous entamerons donc une
présentation d'Internet, tout d’abord du point de vue historique, ensuite du point de vue
de ses utilisateurs et enfin nous parlerons de sa position en France. Nous nous
concentrerons ensuite sur les différents modes de communication trouvés via Internet.
Cela nous amènera à une présentation des chats4 et de la cyberlangue.
               Notre cadre théorique sera en deux parties. Dans un premier temps, nous
ferons le lien entre la lexicologie et la cyberlangue à travers les néologismes. Dans un
deuxième temps, nous donnerons une description détaillée des procédés orthographiques
de la cyberlangue principalement suivant Anis (1999, 2001, 2002) et Dejond (2002).
D'après l’une de nos hypothèses selon laquelle ces procédés ne sont pas en eux-même
nouveaux, nous les présenterons dans la mesure du possible d’abord hors du contexte de
la cyberlangue. Nous nous efforcerons de donner également des indications quant à leur
origine ou à leur histoire. Nous présenterons ensuite le procédé dans le contexte de la
cyberlangue si celle-ci nécessite une utilisation différente.




4
    Voir glossaire pour définition.
                                              5
             Notre partie analytique reprendra de façon systématique chaque procédé
décrit précédemment et observera s’ils sont bel et bien utilisés dans la cyberlangue et si
oui, si cela est fait de la façon décrite dans le chapitre 5. Notre analyse sera aussi
quantitative. Nous observerons dans quelle mesure la cyberlangue est utilisée parmi la
langue des chats. Puis nous détaillerons notre travail en examinant chaque procédé et
son taux de fréquence.


             Notre travail se conclura par une discussion sur les résultats découverts dans
notre analyse, ce qui nous permettra de donner notre propre description des procédés
orthographiques de la cyberlangue dans une synthèse de nos résultats ainsi que de
répondre, entre autres, à notre question sur sa nouveauté.


             Le concept d’orthographe d’un langage étant très large, nous souhaitons
poser une restriction à notre recherche.
             Nous ne souhaitons pas traiter de l’un des aspects de la cyberlangue ; celui
des smileys. Ces binettes, frimousses, emoticons ou tout simplement smileys (Anis
2001 :40-41) sont omniprésents dans la cyberlangue (Anis 1999 : 84). Néanmoins, leur
étude impliquerait une trop grande recherche, leur nombre et emploi étant illimités. Une
autre raison à notre restriction est que le programme (voir figure 1) que nous avons
employé pour rassembler notre corpus offre un grand choix d’images pouvant être
utilisées comme des smileys ou plutôt des icônes. L’analyse de leur utilisation ajouterait
trop de complexité à notre travail et nous éloignerait excessivement de notre but
principal.




                                             6
           Figure 1 : exemples d’images proposées par Voilà t’chat




     2.    CORPUS


     2.1. Présentation du corpus


           Notre corpus est composé de différents échanges de messages dans des
chatrooms françaises. Nous nous sommes connectés au réseau IRC de Voilà / Wanadoo
à l’aide du programme Teamscript version 3.6 le samedi 18 octobre 2003 de 19h17 à
20h03. Nous avons choisi cinq forums différents :
     -     charme.voilà
     -     people
     -     romances
     -     -18 ans.bleu
     -     charme.wanadoo
                                           7
Les recueils de messages des trois premiers forums étant composés de 2000 à 3000 mots
chacun et ceux des deux derniers de plus de 5000 mots, nous avons réduit de moitié ces
deux derniers.


            Nous avons ensuite traité notre corpus à l’aide du programme Python version
2.3.2, ce qui nous a permis de nous débarrasser des générations automatiques de texte
c'est-à-dire des textes envoyés automatiquement par le programme à l’utilisateur du
type : « changement de statut de X », « join », « quit », « kick » ou « privé »
(Mangenot 1999 : 101). Ces inscriptions étant générées par le programme, aucune trace
de cyberlangue n’y figure et elles n’ont donc pas leur place dans notre corpus consacré à
celle-ci.
            Le programme Python nous a aussi permis d’obtenir une liste des mots
trouvés dans le corpus par ordre alphabétique et par ordre de fréquence, ainsi que leur
nombre total.


            Notre corpus total est constitué de 2.654 messages, soit 12.555 mots. Bien
que celui-ci soit composé de messages de cinq forums différents, il sera traité comme un
tout et aucune considération ne sera portée sur le forum d’origine des mots analysés.


            Notre corpus est un corpus authentique, c'est-à-dire que nous n’avons
aucunement participé aux discussions. Nous n’avons également pas informé les
internautes de notre but c'est-à-dire d’analyser son contenu. Celui-ci, c'est-à-dire les
messages à proprement parler, n’a été changé en aucune manière.


      2.2. Critères de choix du corpus


            Les chats sont des lieux où le jeu est d’oser faire ce que l’on n’oserait pas
dans la vie réelle. La timidité peut s’effacer et « le jeu de la séduction est omniprésent, et
si l’on arrive à plaire, derrière son écran, dans l’anonymat [..], c’est entre autres parce
que les barrières sont moindres. » (Dejond 2002 : 54)



                                              8
           En effet, en plus de venir pour bavarder comme le mot chat l’indique, les
internautes viennent aussi pour flirter. Par ses règles de spontanéité et d’ouverture,
l’Internet lie les personnes très rapidement, crée des liens qui peuvent devenir assez
forts. (Tapscott 1998 :170-173, Dejond 2002 : 54-55)


           Dans cette optique, nous avons formé notre corpus à partir de forums ayant
ce genre de conversations. Des noms de chatrooms comme « charme » ou « romances »
nous semblaient assez clairs sur leur contenu. Nous y avons ajouté les forums « people »
et « -18 ans.bleu » en supposant que « people » serait ouvert à tous les âges et « -18
ans » aux adolescents. D’après les interviews de personnes par Tapscott (1998), une
majorité des chatteurs sont des adolescents. Néanmoins, à cause de la règle d’anonymat
sur l’Internet, nous ne pouvons aucunement savoir si ces suppositions sont correctes.
           D’autres forums nommés « -18 ans.(couleur) » nous étaient aussi disponibles.
Nous avons essayé de trouver une explication au code de différentes couleurs sur les
sites de Voilà et de Wanadoo, c'est-à-dire quelle était la différence par exemple entre le
forum « -18 ans.bleu » et le forum « -18 ans.rouge » ; en vain. Nous en avons donc juste
pris un au hasard.




     3.    INTERNET, CHATS ET CYBERLANGUE


           Nous allons d’abord présenter l’univers auquel nous nous intéressons c'est-à-
dire Internet. Celui-ci peut sembler assez obscur à tout non-initié.


           Nous verrons d’abord l’Internet d’un point de vue général c'est-à-dire
historique, puis du point de vue de ses utilisateurs, et enfin vis-à-vis de sa position en
France. Ensuite, nous nous rapprocherons du sujet propre en présentant les différents
modes de communications disponibles via Internet. Enfin notre description se fera
encore plus spécifique lorsque nous présenterons les chats et la langue qui leur est
propre, la cyberlangue ; le sujet de notre travail.



                                              9
      3.1. Internet


             Dans ce chapitre, nous allons d’abord montrer l’Internet dans son ensemble,
du point de vue historique puis décrire les différentes générations d’utilisateurs d’après
Tapscott (1998 : 17-21). Ensuite, nous nous concentrerons sur l’Internet en France.


      3.1.1. Historique


             C’est en 1962 que la notion de technologie de réseau est discutée pour la
première fois mais ce n’est que six ans plus tard qu’elle sera appliquée. La même année
voit la création de ARPANET (Advanced Research Projects Agency computer Network)
qui permet l’accès à distance par des chercheurs aux rares ordinateurs disponibles de
l’époque. En 1972, ARPANET contrôlera 40 ordinateurs. L’intérêt dans ce domaine sera
en constante croissance et le nombre de programmes et protocoles6 ne cesseront de
s’accroître. (Anis 1998 : 180-181).


             Les programmes de messageries seront créés dans les années 70. C’est en
1979 qu’un groupe de chercheurs voulant communiquer entre deux universités crée le
système de conférence électronique USENET : c’est la naissance des newsgroups. Ils
connaîtront un immense succès atteignant son pic à la fin des années 80. C’est à cette
même époque que l’Internet se développe, surtout aux Etats-Unis. Entre 1984 et 1988, le
nombre d’internautes passe de 1.000 à 56.000 et augmentera d’environ 100% chaque
année. C’est en 1988 qu’Internet arrive en Finlande et que le logiciel de conversation
IRC7 (International Relay Chat), permettant entre autres les chats, sera créé. En 1990,
ARPANET disparaîtra pour laisser place à une connexion via les lignes téléphoniques
c'est-à-dire à l’Internet actuel. C’est à cette même époque que les bibliothèques
commenceront à donner accès à leur catalogue sur le réseau. (id. : 181-182)




6
  Voir glossaire pour définition.
7
  IRC (International Relay Chat ) est inventé en 1988 par le finlandais Jarkko Oikarinen . (Dictionnaire de
l’informatique et d’internet)
                                                    10
                Le début des années 90 voit l’essor d'Internet d’abord en Europe, puis au
Maghreb et au Proche-Orient. A cette époque, les Américains décident que la grandeur
de ce réseau n’est pas suffisante. Il fallait aussi plus de vitesse ; celle-ci passe alors à 1
gigabyte8 par seconde. Le terme de Word Wide Web ou W3 sera présenté pour la
première fois en 1993. La guerre froide s’apaisant, les pays de l’Est entrent aussi dans le
monde d'Internet. La même année, Internet compte 1,3 millions d’hôtes (c'est-à-dire
d’ordinateurs) et 9,9 millions d’utilisateurs. Les grandes entreprises et les médias ne
peuvent échapper à cette croissance qui est alors de 340%. En 1994, la première
« cyberpizzeria » est créée : Hut Online. L’utilisation d’Internet est partout ; des
fournisseurs d’entreprises au Vatican, tout le monde a un site Web. Cette croissance
dépasse la capacité des machines. Certains pays essayent d’imposer des restrictions à
l’usage d’Internet, pour d’autres, leur système tombe tout simplement en panne. (id.
183-184)


                On estime en 1997 le nombre d’ordinateurs dans le monde à 19,5 millions.
Le nombre d’utilisateurs est plus difficile à chiffrer, il est estimé entre 36 et 71 millions.
Des concepts propres à l’Internet verront encore le jour à la fin des années 90 comme la
Netiquette, un code de bonne conduite sur le Net ou les FAQ, foires aux questions. (Anis
1998 : 184-185)


         3.1.2. Génération Internet


                Pour comprendre le phénomène d'Internet, il nous semble bon de nous
pencher sur ses utilisateurs et de comprendre leur provenance. Tapscott (1998) nous
propose cela en décrivant trois générations différentes.


                La génération du Baby Boom correspond aux personnes nées entre 1946 et
1964. Cette période correspond à l’arrivée de la télévision. Cette révolution médiatique
est caractéristique de cette génération. (Tapscott 1998 : 17-19)



8
    Voir glossaire pour définition.
                                              11
           Les personnes nées juste après, entre 1965 et 1976, appartiennent à la
génération en rupture d’enfants (bust baby) ; période correspondant à une forte baisse de
la natalité. En plus de la télévision toujours aussi omniprésente, cette génération a vu
l’arrivée des ordinateurs. Bien que ceux-ci en soient seulement à leur premier stade, ils
étaient considérés comme la nouvelle révolution médiatique. La télévision et l’arrivée
des ordinateurs rendent cette génération très centrée sur les médias. (Tapscott 1998 : 19-
20)


           La    troisième   génération,   toujours   selon   Tapscott    (1998 :   20-21),
correspondant aux enfants des baby boomers est représentée par les personnes nées entre
1977 et 1997. Cette génération est caractérisée par l’arrivée des ordinateurs chez les
particuliers au début des années 80. Tapscott la désigne comme la génération « Baby
Boom echo », celle-ci faisant en effet écho à ses parents, les baby boomers. (ibid.). Nous
la nommons « Génération Internet », traduction grossière du terme de Tapscott « Net
Generation » car les ordinateurs constituent leur caractéristique principale.


           Lorsque l’on observe la première et la troisième générations, il est flagrant
que celles-ci n’ont rien en commun. La génération des parents reste focalisée sur la
télévision tandis que celle des enfants est passée à un autre type d’écran mais dont les
fonctions sont complètement différentes. Ces deux générations n’ont rien en commun.
           Néanmoins, la deuxième génération a un grand avantage ; elle est familière
avec les deux types de média. Pour cette raison, la « Net Generation » doit essayer de
trouver de nouveaux moyens de se démarquer ; comme par exemple la cyberlangue.


      3.1.3. Internet en France


           Comme nous venons de le voir, Internet a plus de 20 ans. La première
connexion en France eut lieu en 1988 (Anis 1998 : 182). Toutefois, Internet n’a
commencé à s’étendre en France qu’à partir de 1993. Il n’était alors considéré que
comme un outil professionnel. (Eloy 1999 : 136)



                                            12
           Pourquoi ce retard ? L’une des raisons peut être l’apparition en France dès le
début des années 80 du système Telétel (id. 1998 : 182) et du Minitel. Cette invention
française provoquera une révolution et une fierté dans tout le pays. Dès son lancement,
cela fut un succès, sûrement dû au fait que le Minitel était alors fourni gratuitement. Son
premier service, celui de l’annuaire électronique était gratuit. Mais vinrent rapidement
les autres services, payants ceux-là, via le 3615, le numéro de téléphone d’accès aux
services. Quoi qu’il en soit, grâce à une campagne dynamique en sa faveur de la part de
l’Etat, le Minitel fut vite incorporé dans les foyers français. Ses services correspondaient
dans leur majeure partie à ceux offerts par l’Internet c'est-à-dire des services
d’informations, d’achats et de communications, et n’incitaient donc pas à se procurer
une connexion Internet superflue. Cependant, la différence entre le Minitel et l’Internet
réside dans leur réseau, le second étant de l’ordre mondial. La jeune génération, toujours
plus en quête d’espace, n’a pu résister.


           C’est donc à partir de 1993 qu’Internet commence à s’introduire dans les
foyers français avec une rapidité croissante. Le nombre d’utilisateurs qui ne sera que de
400.000 en septembre 1997 passera à 2,87 millions seulement six mois plus tard, à 9
millions en l’an 2000 et à 16, 97 millions en mai 2002. (Gromov s.a.)


       3.2. Différents modes de communication sur Internet


           Dans ce chapitre, nous allons présenter les principaux modes de
communication disponibles sur Internet c'est-à-dire l’e-mail, les listes, les forums et la
messagerie instantanée.
           Il est logique de présupposer que certaines notions et certains termes propres
au vocabulaire d’Internet seront inconnus de nos lecteurs dans la langue française. Il
nous semble donc bon de les clarifier avant d’entrer dans le vif du sujet.


           D’après Anis (2001 : 11), l’e-mail est le service le plus utilisé sur Internet et
il représente 60% de son trafic total. Il est appelé couramment e-mail, officiellement mél
et courriel au Québec. D’une manière générale, il joue le même rôle qu’une adresse

                                            13
postale. Une adresse électronique est composée du nom de l’utilisateur, du signe
arobase @9 puis du nom du domaine, par exemple nathalie.prevost@utu.fi. (Anis 2001 :
11-12) Les messages électroniques, tous comme ceux par lettres, peuvent être de
différents types. On peut envoyer un e-mail à son ami, tout comme à son patron ou au
ministère de l’éducation. Le style d’écriture du message s’en ressentira, tout comme lors
d’un échange de courrier sur papier. De nombreuses personnes ajoutent une signature à
la fin, souvent composée de leur nom et d’une citation (Anis 1998 : 213-216) dans le cas
d’un message amical, ou bien de leurs coordonnées dans le cas d’un message plus
professionnel.
                Les différences majeures entre les deux types de courrier en est le support (le
clavier et l’écran d’un ordinateur), le coût (pas de prix unitaire) et le délai de livraison
(quasi-immédiat). De nos jours, il est aussi possible d’envoyer des e-mails par téléphone
portable grâce au service WAP (Wireless Application Protocol) (Anis 2001 : 12).


                L’envoi de courrier par Internet offre un autre avantage ; il est possible
d’envoyer le même message à plusieurs personnes en même temps. Il suffit juste
d’inscrire plusieurs noms dans la place réservée au(x) destinataire(s). (Anis 2001 : 17)
L’usage d’une liste (ou mailing-list en anglais) est très apprécié. Des serveurs comme
listserv ou majordomo proposent leur service pour la création de listes. Certaines
peuvent regrouper un très grand nombre de personnes actives, rendant la liste très
dynamique et entraînant des dizaines de messages postés par jour. (ibid.) Néanmoins,
seules les personnes inscrites sur la liste peuvent lire les messages. Tout comme les e-
mails, ces listes peuvent être à caractère professionnel ou amical, entraînant donc des
styles différents dans leur rédaction.


                Quant aux forums, ils sont, en général, à caractère amical. Appelés aussi
groupes de discussion, groupes de nouvelles ou newsgroup(e)s, ils regroupent des
personnes voulant parler d’un même sujet ; d’où l’atmosphère habituelle de convivialité.
Il existe jusqu’à 50.000 forums différents, traitant de toutes sortes de sujets dans toutes
les langues. (Anis 2001 : 17-18) Par exemple, la branche francophone « fr. » comptait

9
    Voir glossaire pour définition.
                                                14
158 forums différents en 1997 (Anis 1998 : 249). Chaque forum a une charte où sont
regroupés, entre autres, des conseils de bienséance et la thématique précise du groupe.


            Il existe également un service permettant une discussion plus personnelle (à
deux) sur Internet : la messagerie instantanée. Celle-ci ne peut s’opérer que lorsque les
deux participants sont connectés. Les messages sont envoyés et donc reçus
instantanément dès que l’expéditeur appuie sur la touche « enter ». Ce service est
disponible par des logiciels tels que ICQ (I Seek You), AOL Instant Messager, Voilà
Messager ou Yahoo Messager. (Anis 2001 : 23). Leur but est très rarement de l’ordre du
professionnel. Les messageries sont surtout utilisées pour faire des rencontres amicales
ou pour flirter.


       3.3. Chats


            Les chats reprennent l’idée de la messagerie instantanée mais permettent
d’avoir plus de deux participants. Il est possible d’accéder à ces salles de conversations
virtuelles appelées aussi chatrooms (Anis 2001 : 22) ou tout simplement tchatches
(Anis 1998 : 232) par des serveurs de conversation : IRC (International Relay Chat) ou
un serveur privé (id. : 237) (par exemple Voilà t’chat dans le cas de notre étude). Ces
serveurs proposent une liste de canaux (channels) (dans notre étude, romances, -18
ans.bleu, etc.). Il faut alors s’inscrire sous un sobriquet (pseudo ou nickname), donner un
mot de passe et son e-mail pour pouvoir ouvrir la fenêtre où figure le canal choisi. Les
messages une fois tapés s’affichent quasiment automatiquement. Le canal est géré par un
responsable, normalement son créateur. Il est chargé de la génération automatique de
texte (voir 2.1.) et de contrôler ce qui se passe dans la salle. Il peut éjecter (kick) ou
proscrire (ban) des utilisateurs indésirables. Il peut aussi désigner des opérateurs, ayant
une partie de ses pouvoirs. (id. :233-237)


            L’idée des chats est de pouvoir collaborer à des conversations collectives.
Cependant, à cause du grand nombre de participants (jusqu’à plusieurs centaines) cela
n’est pas toujours possible. Il se produit alors des coexistences de conversations

                                             15
simultanées défilant sous les yeux de tous. (Anis : 2002) Si l’on désire avoir une
conversation plus confidentielle, il est possible d’inviter son interlocuteur dans une salle
privée où défilent seulement les messages des deux participants (Anis 1998 : 237).
           Les messages peuvent être d’une longueur maximum de deux à trois lignes
mais en général ils ne dépassent guère une ligne. Pour rendre ces textes plus faciles à
distinguer, l’utilisateur peut avoir recours (selon le serveur utilisé) à une variation de
couleur, de graisse et de corps.
           Pour rendre les discussions plus attrayantes, les smileys utilisant des signes
de ponctuation sont automatiquement remplacés par des pictogrammes (par exemple :)
 ) (Anis 2002) Il est aussi possible d’envoyer des fichiers à ses interlocuteurs,
comme des images ou des sons (Anis 1998 : 233) Certains s’équipent de logiciels
comme Net meeting de Microsoft ou Netscape conference leur permettant de diffuser
leur image (à l’aide d’une webcam). D’autres choisissent des logiciels leur donnant
l’option de pouvoir se faire représenter par une image. Il est aussi possible d’inclure le
son de sa voix au dialogue. (Anis 2001 : 22-23)




                                            16
                 Figure 2 : capture d’un écran de Voilà t’chat


           3.4. Cyberlangue


                Les utilisateurs des chats font beaucoup d’efforts pour rendre leurs
conversations les plus vivantes possibles. Ils souhaitent, à l’aide de la cyberlangue, que
celles-ci puissent refléter leur identité (ou du moins celle qu’ils veulent se donner sur la
toile10).


                Il est vrai que la cyberlangue donne une forte impression d’identité culturelle.
Elle permet à la fois d’exclure certains et de revendiquer l’appartenance à ce groupe
pour les autres (Dejond 2002 : 32, 46). Depuis toujours, le niveau de langue écrite a été
utilisé comme un indicateur du statut socioculturel des individus. La langue française est


10
     Voir glossaire pour définition.
                                                17
fortement normalisée ; une seule orthographe est correcte. (Anis 1981 : 15-16) La
cyberlangue permet de se libérer de cette contrainte ; « plus aucun interdit n’est de
mise : chaque internaute est à égalité. » (Dejond 2002: 44). Elle enlève toute angoisse
causée par d’éventuelles fautes d’orthographe et reporte l’intérêt sur le contenu du
message et non sur sa forme. Celle-ci n’étant plus qu’un outil négligeable, l’auteur est
libre de l’utiliser au gré de sa fantaisie et de jouer avec les mots, d’inventer, d’innover, à
partir du moment où il reste compréhensible. (id. : 63-68) On peut de nouveau redevenir
enfant en toute impudence et reprendre les jeux de mots secrets d’antan (Marty 2001).


           Cela fait partie des caractéristiques de la cyberlangue ; sa familiarité, son côté
affectif, ludique, brut, sans détour. L’oralité en est une autre grande particularité. (Anis :
2002) Si quelqu’un écrivait ce mot « kelkun », celui-ci serait lu comme « quelqu’un »
par tous. Cette retranscription des sons rapproche l’écrit de l’oral et n’influe pas sur la
compréhension du mot. (Dejond 2002 : 61-62)


           Cette marque d’oralité de la cyberlangue est visible par d’autres traits. Tout
comme dans la langue parlée, on y retrouve beaucoup plus de verbes que de noms. Sa
structure nécessite aussi davantage de mots grammaticaux (tels que déterminants,
pronoms ou prépositions) (Panckhurst 1999 : 66-67). La chute du <e> caduc (ex :
s’maine), des liquides (ex : quat’), la simplification de « il » en i’, de « elle » en [] ou
la suppression systématique du « ne » (Anis 1981 : 19) sont d’autres caractéristiques de
la langue parlée souvent présentes dans la cyberlangue.


           Une autre grand penchant de la cyberlangue est celle de l’abréviation.
Comme nous venons de le voir, la langue parlée a tendance à diminuer, à enlever les
mots inutiles. La cyberlangue, suivant cette même vision, fait de même. Cela s’opère au
niveau de l’orthographe, les graphies étant abrégées autant que possible. Nous allons
décrire comment la cyberlangue procède à ce niveau dans le chapitre suivant.




                                             18
            Il nous semble bon de préciser que même si notre travail porte exclusivement
sur la langue utilisée dans les chats, la cyberlangue définit aussi le langage utilisé par les
autres genres de communication sur Internet et par SMS (Dejond 2002 : 18).




      4.    CADRE THEORIQUE : LEXICOLOGIE


            Ce cadre théorique consistera à faire un lien entre la lexicologie et la
cyberlangue. Pour cela, nous allons d’abord expliquer brièvement en quoi consiste la
lexicologie et en décrirons les concepts fondamentaux. Ensuite, nous donnerons un
aperçu de ses recherches du point de vue sémantique. Nous passerons ensuite à un point
de vue morphologique c'est-à-dire à la néologie ; celle-ci étant très en rapport avec le
sujet de ce travail.


      4.1. Lexicologie


            D’après Niklas-Salminen (1997 : 5), la lexicologie est une science récente
encore souvent discutée. Picoche (1992 : 8-9) la situe comme une partie de la
sémantique ; celle-ci se consacrant à l’étude des significations linguistiques. La
lexicologie peut être mise en parallèle avec la phonologie (s’intéressant aux sons des
mots), la morphologie (se préoccupant des différentes parties comportant un sens) ou la
syntaxe (examinant la relation entre les mots). (ibid.)


            Avant d’entrer plus en détail dans la lexicologie, nous allons d’abord décrire
deux de ses principaux concepts c'est-à-dire le lexique, en opposition avec le vocabulaire
et le mot ou signe linguistique.


            Le sujet d’étude de la lexicologie est le lexique. Selon Picoche (1992), celui-
ci peut être défini comme : « l’ensemble des mots qu’une langue met à la disposition des
locuteurs ». (id.: 45). Le terme de lexique ne doit pas être confondu avec celui de
vocabulaire, qui signifie « l’ensemble des mots utilisés par un locuteur donné dans des

                                             19
circonstances données. » (ibid.) Autrement dit, le lexique correspond à l’ensemble des
mots disponibles à un locuteur alors que le vocabulaire est plus spécifique. Si nous
prenons l’exemple concret d’un docteur, celui-ci emploiera des vocabulaires différents
en situation d’opération chirurgicale ou au supermarché. L’ensemble des vocabulaires
forme le lexique. Ces deux concepts sont complémentaires. La tâche de répertorier
l’ensemble du lexique est celle du lexicographe, en créant des dictionnaires. En ce qui
concerne l’individu, il est impossible de délimiter son lexique. L’une des raisons en est
que celui-ci est toujours en mouvement, s’y ajoutant et enlevant des mots
continuellement. Une autre raison est que le lexique d’une personne est formé de mots
passifs et de mots actifs. Les mots passifs sont les unités que l’on n’utilise pas mais que
l’on reconnaît lorsqu’on les rencontre. Leur signification reste plus ou moins imprécise
et est souvent devinée grâce au contexte dans lequel ils figurent. (Picoche 1992 : 47)
L’individu n’est donc pas conscient des limites du contenu de son lexique passif. Les
mots actifs sont ceux utilisés dans la vie courante et dont la signification est claire.
Ceux-ci représentent 7.000 ou 8.000 mots. (id. : 47-48)


            L’objet d’étude de la lexicologie est donc un ensemble de mots. Ce terme
peut être défini comme un « véhicule[…] des concepts » (Picoche 1992 : 31). Pour
mieux définir celui-ci, nous allons prendre le point de vue le plus connu c'est-à-dire le
point de vue de Saussure (1995). Celui-ci ne définit pas la lexicologie comme une partie
de la grammaire ; comme l’est la syntaxe ou la morphologie. Bien que son sujet d’étude
soit le mot, ayant des déclinaisons (donc des propriétés morphologiques) et existant dans
des énoncés (donc ayant des propriétés syntaxiques), il la considère comme quelque
chose à part. Au lieu de parler de mot, Saussure emploie plus aisément le terme de signe
linguistique (Saussure 1995 : 97). Celui-ci est arbitraire. Par exemple, il n’y a aucune
raison logique pour laquelle un arbre devrait être nommé « arbre » et non « voiture ». Il
n’y a aucun lien logique entre le signifié et le signifiant, ceux-ci étant respectivement le
concept (l’idée d’arbre) et l’image acoustique (le mot « arbre »). ( id. 97-103) Lorsque la
langue évolue, il naît un besoin de créer de nouveaux mots, comme dans le cas de notre
étude, des mots comme e-mail ou internaute. Ceux-ci sont donc conçus de façon



                                            20
arbitraire, en suivant juste les conventions données par le produit social qu’est la langue.
(Gaudin & Guespin 2000 : 165, 171)


       4.2. Sémantique du lexique


             Cependant, avant d’entrer en détail dans la sous-partie de la lexicologie
qu’est la néologie, parlons tout d’abord de ses principaux sujets de recherche. Comme
nous l’avons précédemment annoncé, la lexicologie fait partie de la sémantique c'est-à-
dire qu’elle s’intéresse au sens des mots. Elle peut étudier ce sujet en comparant les mots
de façons différentes. Ces études comparatives donnent naissance à de nombreux
concepts dont nous allons citer les principaux.


             On peut observer les mots du point de vue de l’homonymie (Gaudin &
Guespin 2000 : 173-176) c'est-à-dire lorsque plusieurs mots ont des signifiants
identiques mais des signifiés distincts (ex : conte-compte) ; de la synonymie (id. : 176-
177), quand deux mots ont une ressemblance dans leur signifiant (ex : berline-voiture) ;
ou bien de l’antonymie (id. : 183-186), c'est-à-dire lorsque des mots ont une partie de
leur sens en commun mais qui s’opposent (ex : rigide-flexible), celle-ci étant facilement
réalisable, entre autres, grâce à la morphologie (par exemple à l’aide des préfixes dis-,
in-, dé-, etc.).


             La lexicologie peut aussi observer les différents types de lien qui existent
entre les mots. Par exemple, par l’hyperonymie (Gaudin & Guespin 2000 : 187) c'est-à-
dire la hiérarchie entre les mots (pigeon-oiseau) ; par l’analogie (id. : 195-196) ou les
différences entre les mots du point de vue lexicographique (ex : soleil-solstice) ; ou
encore par la polysémie c'est-à-dire lorsqu’un mot a plusieurs signifiés (ex : pièce). (id. :
197)


             Un autre aspect du mot étudié par la lexicologie est la délimitation de l’unité
lexicale (ou signe lexical). Comment définit-on un mot ? « Pomme de terre » est-il un
seul mot ou trois ? Tout cela dépend du point de vue où l’on se place ; si l’on voit le mot

                                             21
comme une unité graphique (pomme) ou comme une unité de fonctionnement
(pomme de terre) (Picoche 1992 : 23). Pour résoudre ce dilemme, certains ont recours à
des tests, comme le test de substitution (ex : je mange une pomme de terre / je mange
une poire) (Gaudin & Guespin 2000 : 220-223).


     4.3. Morphologie du lexique et néologie


            Nous venons de voir les types de recherches faites par la lexicologie du point
de vue sémantique. D’après Niklas-Salminen (1997 : 5), si l’on comprend la lexicologie
dans un sens plus large, on y inclut aussi l’étude des nouvelles unités lexicales c’est-à-
dire la néologie. Selon Gaudin & Guespin (2000 : 233), cette notion est apparue au
XVIIIème siècle. Elle était alors définie « avec le sens d’art, d’activité langagière
consistant à créer, à utiliser des mots nouveaux » (ibid.). La néologie était acceptée
comme un produit philosophique mais étrangement, les néologismes étaient considérés
comme un fait mondain, un genre que l’on se donnait en employant des mots nouveaux
sans en avoir réellement besoin. Une vision favorable au concept de néologisme est
apparue lorsqu’il a été opposé aux archaïsmes en 1785. Ceux-ci représentent les mots
n’étant plus utilisés, sortant du vocabulaire employé. Les néologismes devinrent leur
opposé. Ceci implique une vision évolutive de la langue ; le vocabulaire vieillissant
s’efface pour laisser place à un vocabulaire en rapport avec son temps. (id : 233-235)
           L’étude de la néologie a connu son essor dans les années 1960. Elle fut alors
incluse dans les sciences du langage. Néanmoins, elle n’a jamais été très populaire à
cause du purisme général de la langue française. Pour qu’un mot soit accepté comme tel,
il doit figurer dans le dictionnaire, avoir ses règles propres. Quel français voyant un mot
nouveau ne l’a pas trouvé suspect et n’a pas eu le réflexe d’aller le vérifier dans le
dictionnaire pour voir s’il était acceptable, et preuve à l’appui a pu déclarer : « C’est pas
français, c’est pas dans le dictionnaire. » (Gaudin & Guespin 2000 : 235)


           D’après Niklas-Salminen (1997 : 86), il existe deux façons de créer des mots
nouveaux ; par création primitive et par création conventionnelle. La première est
assez rare et consiste à créer des mots totalement nouveaux, sans utiliser des procédés

                                             22
déjà connus. Ces mots consistent surtout en des noms de marque comme Kodak. La
création conventionnelle, plus employée, se base sur des mots déjà existants et les
transforme à l’aide de modes de formation connus. Ceux-ci sont, par exemple, la
composition, la dérivation, la siglaison, les abréviations et les emprunts.
           La composition consiste à créer un nouveau mot à partir de plusieurs
(normalement deux) déjà existants (Gaudin & Guespin 2000 : 252). Elle peut former des
mots composés d’ordre « savant », en utilisant des racines grecques ou latines (ex :
néologisme, radiographie) ; ou bien former des mots d’ordre « populaire », c'est-à-dire
constitués de mots déjà existants (ex : pause-café, pomme de terre). En plus des mots
composés, la composition permet de former des locutions (ex : aigre-doux, afin que)
(Niklas-Salminen 1997 : 71-79).
           La dérivation est créée par un mot auquel est ajouté un suffixe (ex : fille/tte,
lait/ier, jospin/iste) (Gaudin & Guespin 2000 : 270-277), ou un préfixe (ex : dé/faire,
néo/français) (Niklas-Salminen 1997 : 60-63). La préfixation est fréquemment utilisée
dans le monde d’Internet. Par exemple, en ajoutant le préfixe e-, on sous-entend que
l’action se produit électroniquement, comme dans e-cards, ou e-shop (Crystal 2001 :
21).
           La siglaison consiste à n’utiliser que l’initiale des mots (ex: RATP = Régie
Autonome des Transports Parisiens). Une version moderne des sigles a donné naissance
aux acronymes pour aider à la prononciation (ex : RADAR = RAdio-Detection And
Ranging). (Gaudin & Guespin 2000 : 292-294) (pour les sigles dans la cyberlangue, voir
5.1.4.)
           Les abréviations consistent à tronquer, raccourcir des mots tout en gardant
leur signifié. Cela peut se produire sur des termes jugés trop longs (ex : journal
quotidien quotidien), des mots jugés trop longs (ex : baccalauréatbac), des mots
composés (ex : stylographe stylo) ou des abréviations réduites à quelques lettres et
acceptées dans la langue écrite (ex : Madame Mme) (Niklas-Salminen 1997 : 79-81)
(pour les abréviations (et troncations) dans la cyberlangue, voir 5.1.2. et 5.2.1)
           Les emprunts sont des mots venant de langues étrangères mais qui suivent
les règles de la langue d’arrivée, ici le français (ex : chatter de l’anglais to chat). Ceux-ci
viennent de diverses langues comme l’allemand, l’arabe, l’espagnol, l’italien, le

                                              23
portugais ou l’anglais. Ces néologismes provenant de l’extérieur sont apparus à des
périodes de renouveau comme à la Révolution ou au moment de la croissance des
communications internationales. (Gaudin & Guespin 2000 : 239-242). L’arrivée de
nouveaux besoins a entraîné la nécessité de créer de nouveaux mots. Il est vrai que
récemment, les néologismes ont plutôt été des emprunts à la langue anglaise. Dans
certains cas, le néologisme français est apparu après l’emprunt (par ex : walkman est
devenu baladeur). Depuis les années 70, une néologie officielle est de rigueur pour
essayer d’empêcher les emprunts anglo-américains. (Gaudin & Guespin 2000 : 243-
246). Il est cependant nécessaire de faire la différence entre emprunt et calques. Ces
derniers diffèrent des emprunts car ils gardent les règles de grammaire de leur langue
d’origine (ex : client-serveur qui, suivant les règles de la grammaire française devrait
devenir serveur du client) (Walter 1997 : 47-48).


           Comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, certains de ces procédés
sont aussi utilisés dans la cyberlangue. Il s’agit d’un lien évident puisque la cyberlangue
n’est autre qu’un néolangage, c'est-à-dire une langue principalement formée de
néologismes.


     4.4. Cyberlangue


           Après avoir donné un aperçu sur la lexicologie en général et sur la façon de
créer des néologismes c'est-à-dire des nouveaux mots à partir de mots déjà existants,
nous allons à présent nous efforcer de décrire les procédés utilisés par la cyberlangue
pour créer ses propres mots.




                                            24
                                            Réductions   réduction de la graphie de certains sons,
                                            graphiques   comme par ex, en remplaçant « qu » par « k »,
                     Graphies                            en enlevant le « e » muet final ou en écrivant
                   phonétisantes                         « beau » bo.
                                      Réductions avec    « moi » écrit moa ou « pas » écrit po.
                                         variantes
                                       phonétiques
                                                         forme d’abréviations consistant à enlever les
                      Squelettes consonantiques          voyelles d’un mot trop long pour n’en garder
                                                         qu’un squelette formé de consonnes comme
                                                         dans tps (temps) ou pb (problème).
                                                         graphies        représentant      des       mots
  Néographies              Syllabogrammes                monosyllabiques ayant la même valeur
                                                         phonétique comme « l » pour « elle ».
                                                         même principe que les syllabogrammes mais
                           Rébus à transfert             pour des mots plus longs comme pour
                                                         nrj (ain-air-ji = énergie).
                                                         mots représentés par des signes ou des
                            Logogrammes                  symboles, par exemple le signe « + » désigne
                                                         le mot « plus » et le chiffre « 1 » représente le
                                                         mot « un ».
                                                         terme unique à Anis. Il représente un mot
                                                         réduit à son initiale. Par exemple, la lettre « v »
                          Paralogogrammes                représente le mot « vais ». Ce concept recoupe
                                                         celui des sigles (Dejond 2002) consistant en
                                                         une suite de lettres ne représentant que
                                                         l’initiale des mots, comme dans SVP (s’il vous
                                                         plaît).
                                                         procédé spécifique au chat consistant en un
                        Etirements graphiques            étirement de certaines lettres du mot. Par
                                                         exemple : Je t’aiiiiime !
                                                         consiste à couper un mot et à n’en garder
                             Troncation                  qu’une partie, soit son début, soit sa fin,
                                                         comme dans télé (télévision) ou lut (salut).
                                                         emprunts faits à la langue anglaise et figurant
 Particularités                                          dans le registre de la langue employée (ici la
morpho-lexicales             Anglicismes                 cyberlangue), comme par exemple le verbe
                                                         chatter ou le mot kiss .
                                                         particularité du français branché des années 80
                                                         consistant à inverser les syllabes des mots,
                                   verlan                comme dans le mot « verlan » lui-même
                                                         correspondant       à    « lanver » c'est-à-dire
                                                         «l’envers»
                                                         courantes dans la langue parlée, comme arff
                            Onomatopées                  (=rire). Celles-ci sont souvent doublées
                                                         d’étirements graphiques.


           Tableau 1 : Néographies et particularités morpho-lexicales

           Comme nous l’avons mentionné dans notre introduction, et bien qu’il y ait
certaines recherches faites sur la cyberlangue en plusieurs langues (par exemple en
allemand par Krautgartner 2003), il existe encore peu de recherches en français sur ce
                                          25
nouveau langage et son orthographe en français. Néanmoins, Anis, qui a écrit à ce jour
trois livres (1998, 1999, 2001) et bon nombre d’articles au sujet des nouvelles
technologies et de leur impact au niveau linguistique, nous semble être une référence en
la matière. Nous allons donc baser la majorité des descriptions du chapitre 5. sur les
siennes. Cependant, elle ne nous semble pas complète et nous allons la parfaire par
d’autres observations trouvées, pour la plupart, chez Dejond (2002) et Krautgartner
(2003)5 ; celle-ci ayant produit une étude semblable à la notre.

             Anis (2002) sépare les procédés orthographiques de la cyberlangue en deux
groupes : les néographies et les particularités morpho-lexicales. Par les premières, il
entend toutes graphies différentes de la norme orthographique. Il existe, toujours selon
Anis, cinq genres de néographies ; les graphies phonétisantes, les squelettes
consonantiques, les syllabogrammes et les rébus à transferts, les logogrammes et les
paralogogrammes et les étirements graphiques. Le deuxième groupe de procédés
orthographiques rassemble les particularités morpho-lexicales, celles-ci étant des
allomorphes ou variantes de graphies déjà existantes. Elles sont divisées en quatre
genres différents : la troncation, les anglicismes, le verlan et les onomatopées.
             Nous voudrions encore décrire deux procédés plus généraux utilisés dans la
cyberlangue non-traités par Anis mais auxquels Dejond (2002) fait référence. Le premier
regroupe l’utilisation de la ponctuation et des majuscules. Tout en restant dans le cadre
de nos restrictions c'est-à-dire en ne parlant pas des smileys, nous voudrions observer
l’utilisation de la ponctuation propre et des majuscules ou plutôt leur non utilisation.
Notre deuxième observation portera sur l’utilisation des accents (aigu, grave et
circonflexe), ou plutôt leur non utilisation, ainsi que sur la façon dont des internautes
traitent le problème de l’accord des participes passés.




      5.     CADRE THEORIQUE : ORTHOGRAPHE DE LA CYBERLANGUE

5
 Son étude comprend 13 corpus pris sur trois webchats francophones différents ayant un total de 3000
messages. (Krautgartner 2003 : 3)
                                                  26
           Ce n’est pas parce que la cyberlangue semble être une langue négligée, très
familière, qu’elle est utilisée par des illettrés. Pour pouvoir jouer avec les règles de
l’orthographe française, pour pouvoir les transgresser, il faut d’abord connaître ces
règles. (Marty 2001). Ce qui peut passer pour des fautes d’orthographe au yeux des non-
initiés sont en fait des fautes volontaires.(Anis 2001 : 66)


           Comme nous l’avons énoncé dans notre introduction, nous allons
principalement nous baser sur les descriptions proposées par Anis (2002, 2001, 1999) et
voir quelles règles il donne à la cyberlangue. Mais pour pouvoir répondre à notre
hypothèse (voir 1.2.) selon laquelle les procédés utilisés par la cyberlangue ne sont pas
nouveaux, nous nous efforcerons d’aborder en premier lieu chacune des sous-parties
suivantes avec une approche linguistique et orthographique générale. Puis nous
présenterons le phénomène du point de vue de son utilisation dans la cyberlangue.


       5.1. Néographies


           Anis (2002, 2001, 1999) sépare les procédés orthographiques de la
cyberlangue en deux grandes catégories, les néographies et les particularités morpho-
lexicales. Nous allons tout d’abord décrire les néographies. Celles-ci se divisent en cinq
types différents ; les graphies phonétisantes, les squelettes consonantiques, les
syllabogrammes et rébus à transfert, les logogrammes et paralogogrammes et enfin les
étirements graphiques. Dans le tableau de notre composition suivant, nous regroupons
ces cinq types ainsi que leurs exemples donnés dans le tableau 1 du chapitre 4.4.




                                    Néographies
                                             27
graphies phonétisantes squelettes              syllabo-      logo-         étirements
réductions réductions consonantiques           grammes       grammes       graphiques
graphiques avec         tps, pb                l             +, 1          je t’aiiiime !
qu=k,       variantes
beau=bo     phonétiques                        rébus à       paralogo-
            moa, po                            transfert     grammes
                                               nrj           v=vais


            Tableau 2 : Néographies


      5.1.1. Graphies phonétisantes : Réductions graphiques et réductions avec
              variantes phonétiques


            Une réduction graphique correspond à un « abrègement en caractères, soit
[à une] sélection de graphies supposées plus proche du phonétisme.» (Anis 2002) Cela
peut se concrétiser de plusieurs façons.


            La réduction la plus courante est utilisée avec les conjonctions et les pronoms
et les adjectifs pronominaux relatifs et interrogatifs-exclamatifs commençant par « qu ».
Ceux-ci sont presque systématiquement remplacés par « k- » comme dans ki, ke, koi, kel,
kan (qui, que, quoi, quel, quand). Cette substitution se produit très rarement avec des
mots non-grammaticaux. (Anis 1999 : 87)
            Une autre substitution est celle de la lettre <s> par <z> lorsqu’elle a la valeur
phonétisante de [z] comme dans le mot « bise »  biz (Anis 2002)
            Les réductions graphiques consistent aussi en la chute des <e> instables et
des mutogrammes finaux c'est-à-dire des lettres finales non prononcées.
Par exemple : grav, vit, cour, pa, salu (grave, vite, cours, pas, salut) (Anis 2002)
            Il est possible de combiner à ce procédé celui de la simplification des
digrammes et des trigrammes c'est-à-dire des sons écrits à l’aide de deux ou trois lettres
comme <ai> ou <eau>. Cela donne des graphies du type : ossi, vréman, bo (aussi,
vraiment, beau) (Anis 2002)
            La combinaison de ces deux procédés donne, par exemple : forfé, jamé
(forfait, jamais)

                                             28
            Bien que tous les exemples donnés jusqu’à présent ne soient que des adjectifs
ou des noms, ces procédés s’appliquent aussi aux verbes : é, pe (est, peux).
            Un autre procédé est la déconstruction du son <oi> [w] / en <oua> [ua]
comme par exemple dans le mot « moi »  moua. (Anis 2002) Ce procédé est
intéressant par le fait qu’il allonge la graphie du mot au lieu de la raccourcir (Anis 1999 :
87).


            Il est pour nous intéressant de constater qu’Anis a placé ce procédé parmi les
réductions graphiques simples, alors que nous trouvons que le changement de son
l’inclut plutôt dans les réductions avec variantes phonétiques.
            Nous pensons également qu’il est étrange qu’Anis ait classé les graphies du
type cé, é ou mé (c’est, est, mais) comme des réductions graphiques simples puisqu’elles
entraînent un changement phonétique ; le son [] étant écrit de la même manière que le
son [e]. Krautgartner (2003 : 17) remarque également dans son étude l’utilisation de la
graphie « é » pour des terminaisons comme « -ait », « -ais », « -et », « -et » ou le mot
« es ». Nous parlerons plus en détail de ce phénomène dans notre chapitre 7.2.1.


            Nous pouvons encore observer deux autres procédés. Le premier est
l’emprunt du digramme <oo> de l’anglais, par exemple dans le mot bizoo (bisou). (Anis
2002)
            Le second et dernier procédé de réduction graphique selon Anis est une
réduction avec compactage c'est-à-dire le non-respect de la frontière entre deux mots
ajouté à une écriture phonétique, comme : cé, keske, jsui (c’est, qu’est-ce que, j’suis)
(Anis 2002)


       Krautgartner (2003 : 16) fait remarquer que malheureusement il ne nous est pas
toujours possible de savoir si la réduction est délibérée ou s’il s’agit d’une faute
d’orthographe.


            L’autre type de graphie phonétisante est la réduction avec une variante
phonétique. Cela reprend les procédés expliqués ci-dessus mais en y ajoutant des

                                             29
variations phonétiques. (Anis 2002) Ces variations sont dues à la langue parlée. Par
exemple, comme nous venons de le voir, « je suis » peut être écrit « jsui ». Mais dans la
langue parlée, « j’suis » serait prononcé [yi]. Etant donné que l’une des principales
particularités de la cyberlangue est son oralité, l’internaute aura tendance à vouloir
garder la « vraie » prononciation et à écrire « j’suis » chui . Cela correspond à un
écrasement phonétique dû à la fusion des sons [g] et [s] en [ ]. Une autre illustration de
ce phénomène se voit dans chai remplaçant « je sais ». (Anis 2002)
           D’autres exemples proposés de variantes phonétiques par Anis sont moa ou
toa, reprenant notre précédente note.


     5.1.2. Squelettes consonantiques (ou abréviations)


           Par squelettes consonantiques, Anis entend simplement des abréviations
(Dejond 2002) du type tps ou tt. Ce procédé est appelé abréviation par syncope par
Krautgartner (2003 : 2). Cette technique était déjà utilisée au temps de la Rome Antique
pour économiser de la place sur les tablettes d’inscription. D’ailleurs certaines de ces
abréviations sont restées jusqu’à notre époque. Prenons l’exemple du pluriel irrégulier
en –aux. A l’origine, il était écrit régulièrement –aus. Pour l’abréger, il a été réduit à -ax.
La lettre –u est plus tard revenue donnant un pluriel en –aux. (Dejond 2002 : 23)


           La technique pour former des abréviations est assez simple. « On sait depuis
longtemps grâce à la théorie de l’information que les consonnes ont une valeur
informative plus forte que les voyelles. » (Anis 2002). La graphie de la langue française
consiste en un plus grand nombre de consonnes, dont une partie n’est pas prononcée.
Pour créer un squelette consonantique, il suffit de prendre la première et la dernière
consonne du mot. Comme par exemple dans ds ou tt (dans, tout). Les consonnes en
position faible c'est-à-dire précédées d’une autre consonne ou en fin de syllabe sont
généralement enlevées. (ibid.)


           Il existe des abréviations légales c'est-à-dire dont la forme est fixée par la loi.
Cela concerne par exemple les symboles des éléments chimiques ou les unités
                                              30
monétaires. (Vairel 1989 : 6) « D’autres ont une forme conventionnelle, fixée par
l’usage ou résultant d’un accord entre spécialistes. C’est le cas de la majorité des
abréviations, qu’elles appartiennent à la langue courante ou à des domaines
spécifiques. » (ibid.) Nous pouvons citer par exemple : fr., angl. ou all. dans le domaine
des langues ou lat., long. dans le domaine de la géographie (ibid.).


           Du point de vue des abréviations personnelles, cette technique est aussi très
utilisée, par exemple en classe lors des prises de notes (Walter 2002 : 83). Les mots les
plus courants sont toujours abrégés de la même façon par les Français ; ce qui facilite
leur compréhension. Par exemple, tout Français pourrait vous dire ce que ds, pb, pr, tjs
ou ts signifient. Les mots plus longs par contre peuvent poser des problèmes et chacun
peut adopter sa propre abréviation. Pris dans un certain contexte, des mots peuvent être
diminués à un minimum. (Faraco 1997 : 40) Par exemple, dans la situation d’un cours
d’histoire portant sur la Révolution, l’abréviation L16 pourra être facilement reconnue
comme désignant le roi Louis XVI. En dehors de ce contexte, elle pourrait avoir
beaucoup d’autres significations.
           Il nous semble bon de souligner que lorsque cela est opportun, un Français
peut utiliser un mot anglais comme abréviation. (ibid.) Par exemple, « maintenant »
pourrait être abrégé par « now ».


     5.1.3. Syllabogrammes et rébus à transfert


           Les syllabogrammes consistent à « obtenir des effets sonores à partir du
nom des lettres » (Marty : 2001) Par exemple, la lettre <l> est prononcée [l] en
français, de même que le mot « elle ». La lettre <l> sert donc de syllabogramme pour le
mot « elle ». Il en va de même par exemple pour <c>, <d>, <g>, <m>, ou <t> (c’est,
des, j’ai, aime, t’es) (Anis 2002). Ce procédé est aussi ancien. Au XVIIIème siècle en
Angleterre, les personnes illettrées utilisait la signature « IOU » pour signer leur
reconnaissance de dette (I own you - je vous dois, je vous suis redevable) (Dejond 2002 :
22). Ce procédé a déjà été utilisé en français, par exemple dans la chanson de Michel
Polnareff LNAHO (Helene a chaud) datant de 1990.

                                            31
           Les rébus à transfert reprennent la même idée. Leurs différences se situent
au niveau de leur longueur plus élevée et de leur composition ; en effet, ces rébus
peuvent être formés, entre autres, de plusieurs syllabogrammes, et peuvent incorporer
des chiffres.
           Le rébus est un jeu très utilisé par les enfants. Il consiste à faire deviner des
mots en utilisant des dessins ou des signes que l’on doit décrypter grâce à leur valeur
phonétique (Larousse 1999 : s.v.). « La technique du rébus révèle, outre la
correspondance entre les lettres, les chiffres et les sons, une transgression de
l’orthographe et un plaisir évident à jouer avec la langue. » (ibid.) Dans cela, nous
retrouvons deux caractéristiques principales de la cyberlangue ; son côté ludique et son
côté rebelle.

           Prenons par exemple le rébus 2m1. Il est lu phonétiquement [dm ], tout

comme le mot « demain ». (Anis : 2002)
           Cette technique est beaucoup utilisée dans la cyberlangue anglaise, comme
pour le mot B4  [bi: f:r]  « before » (Dejond 2002 : 21-22).
           Il est à noter que lorsqu’un chiffre est utilisé seul dans ce même contexte, le
procédé utilisé est alors celui du logogramme (voir chapitre suivant). (Anis 2002)


     5.1.4. Logogrammes et paralogogrammes (ou sigles)


           Un logogramme consiste en la représentation graphique d’un mot. Il est
surtout utilisé dans les domaines mathématique et scientifique, avec par exemple : + =
plus, 1 = un, 2 = deux. Dans le contexte de la cyberlangue, ces signes sont utilisés pour
leur valeur phonétique. Par exemple, 2, prononcé [d], peut remplacer le mot « de ».
(Anis 2002)
           Également dans ce contexte, les signes @+ sont souvent utilisés dans le sens
de « à plus (tard) ». (Anis 1999 : 89)
           Ce procédé est également fréquemment utilisé dans la cyberlangue anglaise.
Par exemple: 2 = to, 4 = for.


                                            32
           Le terme de paralogogramme n’est utilisé que par Anis. Par ce terme, il
évoque le sigle. Cela consiste en « la forme abrégée d’une dénomination complexe, dont
chacun des mots, ou des mots principaux, a été réduit à sa première ou à ses premières
lettres. » (Vairel 1989: 9). Un sigle est prononcé comme s’il s’agissait d’un mot normal.
Par exemple SMS est lu « essemesse ». (Dejond 2002 : 22) Les sigles étaient déjà
utilisés au temps de la Rome Antique comme dans SPQR (Senatus Populusque
Romanus=le Sénat et le peuple romain) (Marty : 2001). De nos jours, ils sont surtout
utilisés avec des noms d’organismes, comme le CNRS (Centre National de Recherche
Scientifique) ainsi que dans la médecine, par exemple avec le mot SIDA ou IVG
(Interruption Volontaire de Grossesse) . (Vairel 1989 : 9) Dans le français branché, c'est-
à-dire celui des années 80, les sigles étaient utilisés pour désigner des personnalités
comme PPDA (Patrick Poivre d’Arvor), des groupes musicaux, des attitudes ou dans le
domaine des médias par exemple pour JT (journal télévisé) ou LP (Long-Playing
phonograph record). (Verdelhan-Bourgade 1991 : 74)
           Comme nous pouvons le constater, les sigles sont écrits à l’aide de
majuscules. Il est possible de les écrire avec des points entre les lettres mais cela est
facultatif. Si le mot a une bonne alternance de consonnes et de voyelles, il peut devenir
un mot à part entière. Par exemple Unesco ou Samu. (Vairel 1989 : 9) Un problème peut
se poser lorsqu’il y a superposition c'est-à-dire qu’un même sigle désigne deux choses
différentes (Verdelhan-Bourgade 1991 : 74). Par exemple MST désigne à la fois une
« Maladie Sexuellement Transmissible » et une « Maîtrise de Sciences et Techniques ».
           Comme pour les logogrammes, les paralogogrammes sont utilisés dans la
cyberlangue de langue anglaise. Par exemple : IMO (In My Opinion), ou LOL (laughing
Out Loud), celui-ci ayant sa version française MDR (Mort de Rire).
           Nous remarquons que parmi les exemples donnés par Anis et Dejond, le
premier les écrit en minuscules (lol) et la seconde en majuscules (LOL) (Anis 2002)
(Dejond 2002 : 22).


     5.1.5. Etirements graphiques




                                            33
           Anis (2002) définit le procédé d’étirement graphique (appelé extension
graphique par Dejond (Dejond 2002 : 28)) comme une spécificité des chats car ceux-ci
nécessitent la souplesse d’un clavier et ne subissent pas la limitation en caractères des
SMS. Je t’aiiiiiiiime ou ouiiiiiiiii sont des exemples d’étirements graphiques Ce procédé
fonctionne à l’inverse de ceux vus précédemment étudiés et qui consistent en une
réduction graphique (Marty 2001). En effet, l’étirement graphique comporte une
démultiplication des voyelles. Son objectif est de faire passer les émotions dans la
langue écrite c'est-à-dire de transcrire l’oralité de la langue. (Dejond 2002 : 28-29) Ce
procédé permet de dénoter l’intonation et d’augmenter l’expressivité (Marty 2001).
Prenons l’exemple du mot « oui ». Une forme réduite de ce mot comme vi donnera une
impression de déception alors qu’une forme allongée dénotera l’euphorie : ouiiiii
(Dejond 2002 : 29).
           Il nous semble bon de remarquer que ce procédé, indiquant fortement
l’oralité, est souvent utilisé avec des transpositions phonétiques c'est-à-dire des versions
« parlées » des mots. Par exemple, le mot « non » est souvent prononcé nan .
L’étirement graphique du mot « non » peut donc aussi prendre la forme de naaaaan.
(Anis 1999 : 89)


     5.1.6. Quelques caractéristiques des néographies


           Pour conclure ce chapitre sur les néographies, nous allons ajouter quelques
caractéristiques des procédés donnés par Anis.


           Tout d’abord, ceux-ci ont une tendance à l’hétérogénéité. Cela signifie qu’ils
sont formés d’éléments de nature différente (Larousse 1999 : s.v.).) donc ici, de procédés
différents. Voici quelques exemples :
   - kelk1 (quelqu’un) est formé à partir de la graphie phonétisante « kelk » et du
       logogramme « 1 ».
   - pkoi (pourquoi) vient du squelette consonantique « pk » après avoir été transformé
       à l’aide de la graphie phonétisante « koi ».
   - k (que) dérive d’un logogramme après avoir subi une réduction phonétique.

                                            34
    - ptdr (pété de rire) est formé à partir du syllabogramme « pt » et de la siglaison
        « dr ».
Il est possible d’ajouter à ces versions hétérogènes des étirements graphiques, comme
dans le cas de ptdrrrrrr. (Anis 2002)


              Les néographies peuvent aussi se caractériser par leur polyvalence et leur
polysémie. Ces deux concepts se recoupent et consistent à avoir un mot ayant plusieurs
sens (Pottier 1992 : 40-44). Dans le cas de la cyberlangue, cela indique qu’un même mot
ou élément peut être lu de plusieurs façons. Par exemple, v peut être utilisé pour le mot
« veux » ainsi que pour le mot « vais ». (Anis 2002). Le contexte doit être l’élément
distinctif.
              Enfin, les néographies se distinguent par leur variation. Comme nous
l’avons déjà souligné, la cyberlangue est très créative. Il n’est donc pas surprenant de
trouver le même mot écrit de plusieurs façons différentes. Par exemple, le mot « même »
peut être trouvé écrit mem ou mm. (ibid.)
              De plus, il est possible d’additionner ces caractéristiques. Par exemple, si
nous utilisons les spécificités d’hétérogénéité ainsi que celle de variation sur le mot
« quelqu’un », nous pouvons trouver des graphies tel que qq1 ou kelk1. (Anis 1999 : 89)


      5.2. Particularités morpho-lexicales


              Dans le chapitre précédent consacré aux néographies, nous avons évoqué les
différents procédés graphiques proposés par Anis, c'est-à-dire les différentes manières
qu’utilise la cyberlangue pour écrire d’une nouvelle façon des mots déjà existants (ex :
quelqu’un  kelk1).


              Dans ce chapitre destiné aux particularités morpho-lexicales, nous allons
voir les différents procédés, toujours selon Anis, dont la cyberlangue dispose pour créer
un nouveau lexique c'est-à-dire pour créer des mots nouveaux à partir de mots déjà
existants. Ces procédés sont la troncation, les anglicismes, le verlan et les onomatopées.



                                            35
Le tableau suivant de notre création regroupe ces procédés ainsi que leurs exemples
utilisés dans le chapitre 4.4.


                            Particularités morpho-lexicales
      troncation             anglicismes            verlan             onomatopées
        ordi, lut            chatter, kiss           verlan                   arff


            Tableau 3 : Particularités morpho-lexicales


      5.2.1. Troncation


                La troncation consiste à enlever une partie d’un mot, soit son début (on
parle alors d’aphérèse) soit sa fin (apocope). La partie supprimée peut consister en
plusieurs syllabes, l’important étant que la partie restante soit suffisante pour laisser
deviner la signification du mot entier. (Dejond 2002 : 24, Verdelhan-Bourgade 1991 :
73) Voici quelques exemples :
Apocopes :      ciné(ma),     auto(mobile),   télé(vision),   vélo(cipède),    métro(politain),
stylo(graphe)
Aphérèses : (mu)sique (ou zique), (pro)blème
(Dejond 2002 : 24)


                Ce procédé était déjà utilisé au XIXème siècle au moyen d’abréviations en –
o et -os telles que ado, alcoolo, intello, parano ou musicos, matos, classicos. Dans le cas
des abréviations en –os, le « s » final est toujours prononcé. (Verdelhan-Bourgade 1991:
73) Il était aussi utilisé (et l’est toujours) dans les petites annonces ou dans les
télégrammes (Dejond 2002 : 24).
            Ce procédé était également employé dans le français branché c'est-à-dire
celui des années 80 et 90. Il consistait surtout en apocopes finissant par des consonnes
telles que appart(tement), petit déj(jeuner) ou scenar(io). Les aphérèses telles que
(san)tiags sont plus rares. (Verdelhan-Bourgade 1991: 73-74)


                                              36
           De nos jours, la troncation est toujours très utilisée, par exemple en
dactylo(graphie) (Vairel 1989 : 5) ou en prise de notes où la troncation des terminaisons
en –ment et en –ion est faite de façon systématique (Faraco 1997 : 39). Dans le FCC
(Français Contemporain des Cités), la troncation par apocope est toujours très utilisée,
par exemple dans le mot séropo(sitif). Mais la troncation par aphérèse y est aussi assez
courante, comme dans blème, (ra)caille, (fa)cil(e) ou (san)dwich. De plus, la troncation
s’opère souvent sur des mots en verlan (voir 5.2.3.) par exemple : frère, en verlan :
reufré, version tronquée : reuf. (Goudailler 2002 : 15)


           Dans le contexte de la cyberlangue, ce moyen d’économiser de l’espace est
bien sûr en vigueur. Il est très courant dans les SMS qui vont même plus loin en enlevant
des mots entiers. Ceux-ci sont des mots outils tels que les articles, les prépositions ou les
conjonctions ; leur présence n’étant souvent pas décisive à la compréhension.
(Dejond 2002 : 26-27). Dans la cyberlangue des chats, elle est utilisée par exemple, dans
des mots comme ordi(nateur), (sa)lut ou (pu)tain (Anis 2002).
           Krautgartner (2003 : 10) remarque également que l’utilisation des troncations
apporte une connotation plus amicale, plus conviviale que l’utilisation d’un mot dans
son entier. Elle justifie cela par le fait que les troncations sont beaucoup utilisées dans la
langue parlée des jeunes.


     5.2.2. Anglicismes


           Les influences entre le français et l’anglais sont anciennes. Déjà au XIème
siècle, avec sa conquête de l’Angleterre, Guillaume de Normandie a imposé la langue
française à la cour anglaise et cela a persisté pendant plus de 300 ans. Après la Seconde
Guerre Mondiale, l’arrivée en Europe de la musique pop et des films américains a
engendré une croissance du vocabulaire anglais dans la langue française. Cet
accroissement s’est poursuivi jusqu’à maintenant, du fait des nouvelles techniques.
(Dejond 2002 : 49)




                                             37
            Le « franglais » est de nos jours courant (Dejond 2002 : 49). Dans le français
branché, il existe plusieurs genres d’anglicismes. Il y a d’abord les emprunts purs
comme gay, too much c'est-à-dire des mots purement anglais utilisés dans la langue
française. Puis il y a des mots dont la forme a été adaptée à la langue française comme
top niveau, vidéodisque c'est-à-dire qui subissent la syntaxe ou l’ordre des mots français.
D’autres encore supportent une dérivation. Par exemple, des verbes en –er sont formés
de mots anglais prenant juste la terminaison verbale, par exemple se shooter ou chatter.
De la même façon, des participes passés et des participes présents peuvent être formés,
comme looké ou flippant. Plus rarement, cette dérivation peut entraîner la création
d’adjectifs et de noms. Par exemple : folkeux (adepte de la musique folk) ou zappeur. Il
est à remarquer que dans le français branché, les mots d’origine anglaise sont souvent en
relation avec le monde de la drogue. (Verdelhan-Bourgade 1991 : 69-75)


            Il semble que l’anglais ait envahi la langue française. Pourtant, dans son
étude, Walter (1997 : 45-51) remarque que seulement 4% des mots trouvés dans un
dictionnaire normal sont d’origine anglaise. Par contre, lorsqu’elle se penche sur un
dictionnaire d’informatique, le nombre passe à 16,5%. La présence anglaise se fait
surtout ressentir en ce qui concerne les sigles dont 74% sont d’origine anglaise. Les
termes purement anglais ne constituent que 0,3% du nombre total des entrées. Il faut
quand même tenir compte du fait que beaucoup de mots considérés français dans ce
dictionnaire d’informatique sont très identiques dans les deux langues, comme program
et programme. D’autres sont de simples calques, par exemple client serveur (traduction
de client server), c'est-à-dire que, bien qu’ils soient traduits, ils gardent l’ordre des mots
anglais. (ibid.)


            Il est pourtant vrai que l’anglais est la langue dominante en ce qui concerne
les nouvelles technologies, et donc Internet. Celui-ci ayant un aspect international, le fait
d’avoir une langue commune représente un grand avantage pour communiquer. (Anis
2001 : 52-53)




                                             38
             Dans la cyberlangue française, l’anglais est aussi omniprésent (Anis 2002).
Le monde de l’informatique français s’est efforcé autant que possible de trouver des
traductions aux termes utilisés, comme logiciel (software), ordinateur (computer) ou
traitement de texte (Word processor), alors que ses voisins comme l’Italie ont
simplement gardé les termes dans leur langue d’origine. L’arrivée trop tardive d’une
traduction pour le terme d’e-mail lui a par contre été fatal. (Anis 2001 : 52-54)
             Néanmoins, en ce qui concerne la cyberlangue, l’utilisation de l’anglais est
volontaire, elle en fait intégralement partie. Le fait d’entrer sur un forum en écrivant :
Hiii everybodyyyy !!! et non « bonjour » démontre que vous écrivez en cyberlangue, que
vous entrez dans le jeu. Les expressions anglaises familières qui sont utilisées sont
connues de tous et ne posent aucun problème de compréhension. (Dejond 2002 : 43) Le
fait que 80% des mots anglais soient d’origine latine, tout comme le français, est un
avantage (Walter 1997 : 53)
             Certains sigles et abréviations en anglais ont leur correspondance en français.
Par exemple :
LOL (loughing Out Loud)  MDR (Mort De Rire)
CUL8R (See You later)  A2M1 (A demain)
F2F (Face to Face)  RV (Rendez-Vous)
B4 (Before)  avt
IMO (in My Opinion)  AMA (A Mon Avis)
Mais cela ne veut pas dire qu’ils seront systématiquement utilisés. (Dejond 2002 : 45-
48). Tout dépend du niveau d’intégration de l’internaute dans la cyberlangue et de son
goût.




        5.2.3. Verlan




                                             39
             D’après Méla (1997), le verlan est un « codage où il suffit d’inverser les
syllabes. » (id. : 17). Par exemple, le mot « poubelle » devient bellepou en verlan.
Celui-ci fonctionne suivant des règles assez précises variant en fonction de la longueur
du mot. Dans le cas des mots monosyllabiques, on peut soit prononcer le schwa11 final
pour transformer le mot en dissyllabique (mousse [mus]  semou), soit juste inverser
la consonne et la voyelle comme dans « chaud » [o]  och [o]. (id. 20-22)
             Le cas des mots dissyllabiques est le plus courant (70% des mots verlanisés)
et est le plus simple à faire. Il suffit simplement d’inverser les deux syllabes. La coupure
se fait au niveau de la consonne qui suit la première voyelle. Par exemple : « cité » 
tési, « pascal »  scalpa. Les mots dissyllabiques en verlan sont souvent tronqués (voir
5.2.1.) afin de les raccourcir en monosyllabiques. Exemple : métro  tromé  trom (id.
17-18)
             La verlanisation des mots trisyllabiques est plus compliquée. Si le mot
contient un schwa, celui-ci sera enlevé afin de transformer le mot en dissyllabique
comme dans « travelo »  trav’lo  vlotra. Les autres combinaisons possibles sont :
23112 rigolo  golori
312 vérité  tévéri
321 (combinaison plus rare) tabouret  retabou
Lorsque le mot trisyllabique commence et finit par le même son, ce mot est traité
comme dissyllabique. Par exemple : éclaté  tékla. (id : 19-20, 22-24)
             Il est aussi possible de verlaniser un mot déjà en verlan. Par exemple arabe
 [rœbœ]  [bœrœ]  [bœr] (beur) (id. : 25)
Tous les mots d’une phrase ne sont pas verlanisés. Ils n’en représentent que 10% au
maximum. Mais ceux-ci sont les mots clefs de la phrase comme les verbes ou les noms.
(id : 30)
             Toujours d’après Méla (1997 : 16-17), le verlan est connu depuis un siècle
déjà. C’est à la fin des années 80 qu’il commence à être utilisé par le grand public. Il se
forme alors deux types de verlan. D’abord le verlan ludique c'est-à-dire celui utilisé par

11
   Phénomène provoquant l’effacement obligatoire d’une voyelle devant une autre (fait à l’origine de
l’élision) (ex: le anneaul’anneau) et l’effacement facultatif d’une voyelle intervocalique (ex:ce
panneau/spano/). (Tranel 2000:44, 59)
12
   Le numéro correspond à l’emplacement de la syllabe dans le mot; 1= première syllabe, etc.
                                                   40
le grand public et dont certains des mots sont passés dans le vocabulaire normal ; puis le
verlan des cités de banlieue c'est-à-dire le vrai verlan, qui est propre aux cités déshéritées
utilisant leur vocabulaire relatif à la bagarre, à la drogue, au sexe et aux relations inter-
ethniques. Le verlan est donc beaucoup utilisé dans le FCC (Français Contemporain des
Cités) (Goudailler 2002 : 15), mais son utilisation reste restreinte dans le français parlé
standard. Il se limite à quelques mots passés dans le vocabulaire parlé comme meuf
(femme), téma (mater= regarder), ins (seins) ou teuf (fête). (Calvet 1997 : 23)


            En ce qui concerne la cyberlangue, le verlan est assez marginal (Anis 2002)
et sa présence est plus une représentation de la génération utilisant ces deux moyens de
communication (Anis 1999 : 90). On peut trouver sur les chats des mots tels que ouf
(fou), cepla (place) (ibid.) ou donf (fond) (Anis 2002).


      5.2.4. Onomatopées


            Une onomatopée est une « création de mot par imitation phonétique de l’être
ou de la chose désignés ; ce mot lui-même » (Larousse 1999 : s.v.).) Par exemple, un
chat parlant dirait « miaou ».


            Les onomatopées, ou plus largement les interjections, sont couramment
employées dans l’univers de la bande dessinée. Selon Soriano (1999 : 583), celle-ci
utilise trois méthodes, l’écriture, le dessin et le bruitage. Ce dernier est nécessaire car les
illustrations ne suffisent pas à exprimer les émotions. Les bruitages sont décrits par des
interjections recréant des sons utilisés dans la vie réelle. Ils peuvent représenter des cris
(ex. aïe), des bruits phonatoires (ex : snif), des phénomènes physiques (ex. atchoum,
hahaha) ou des cris d’animaux. (Soriano 1999 : 586-587)


            La cyberlangue étant connue pour son oralité, les onomatopées y sont
pareillement courantes. Une personne voulant signaler qu’elle rit écrira par exemple :
mouarf. Ce procédé est souvent renforcé par des étirements graphiques comme
mouhahahahah ou arffff (autres formes de rires). (Anis 2002)

                                              41
      5.3. Autres


             Nous venons de finir de décrire les procédés orthographiques de la
cyberlangue proposés par Anis. Nous aimerions néanmoins en ajouter quelques-uns
proposés, entre autres, par Dejond. Ceux-ci comprennent la ponctuation et l’utilisation
des majuscules/minuscules, ainsi que les accents et l’accord des participes passés.


      5.3.1. Ponctuation et majuscules


             Les signes de ponctuation sont très souvent utilisés dans la cyberlangue car
ils sont le moyen de base pour créer des smileys comme :). Néanmoins, comme nous
l’avons précisé dans notre chapitre 1.2., nous n’aborderons pas ce point de vue. Dans ce
chapitre, nous parlerons de la ponctuation du point de vue de son emploi classique.
L’utilisation d’une majuscule initiale allant de paire avec l’utilisation de la ponctuation
finale, nous aborderons également ce sujet.


             En français, une lettre majuscule est utilisée soit pour signaler le début d’une
phrase, soit pour marquer le commencement d’un nom propre. L'emploi d’une majuscule
en début de phrase entraîne automatiquement l’utilisation d’un signe de ponctuation
final ; c'est-à-dire le point, le point d’interrogation, le point d’exclamation ou les points
de suspension. (Vairel 1989 : 107-108) Lorsque nous passons à l’oral, la ponctuation a
un rôle prosodique13. Par exemple, un point final sera traduit à l’oral par une pause forte
et une intonation descendante, un point d’interrogation entraînera une pause forte et une
intonation montante et une virgule provoquera une pause limitée. (Anis 1981 : 9)
             La cyberlangue étant hautement orale, la ponctuation devrait s’y ressentir. Il
n’en est toutefois pas le cas. Lors de son étude, Anis (1999 : 80-83) remarque que
seulement 8% des messages échangés via le chat comportent une majuscule initiale. Il
observe également une très faible utilisation de la ponctuation finale, la plus récurrente


13
  Prosodie: « Partie de la phonétique qui étudie l’intonation, l’accentuation, les tons, le rythme, les
pauses, la durée des phonèmes. » (Larousse 1999 : s.v.)
                                                     42
étant le point d’interrogation utilisé dans environ 80% des cas dans son usage correct
c'est-à-dire pour signaler une question.
            Dejond (2002 : 27-29) essaye de nous donner des raisons à ces phénomènes.
Pour elle, l’absence de majuscule initiale s’explique simplement par le désir d’écrire vite
et donc de ne pas s’en encombrer, puisque cela n’influe pas sur la compréhension. Marty
(2001) nous fait aussi remarquer que, au même titre que dans les bandes dessinées,
l’usage des majuscules signifie que l’on crie. L’usage du gras peut aussi remplir cette
fonction. (Marty 2001).
            Quant aux signes de ponctuation, ils sont utilisés mais en grand nombre (Anis
1999 : 83). Cette démultiplication du type !!!!!!!!!!!!! ou ??????????? voire !?!?!?!?!?
est très facilement réalisable grâce au clavier de l’ordinateur mais moins pratique à partir
d’un portable et trop consommatrice de caractères. Cet usage des signes de ponctuation
permet de donner un côté expressif, émotif ou affectif au message (ibid.)
Les autres signes de ponctuation tels que les traits d’union ou les apostrophes peuvent
disparaître entraînant la soudure des mots comme : menfin ou je taime (Dejond 2002 :
27).


       5.3.2. Accents et participes passés


            Dans ce chapitre, nous allons nous préoccuper du problème de l’écriture des
accents ainsi que de la solution trouvée par les internautes pour résoudre la complication
causée par l’accord des participes passés. Comme nous venons de le voir dans la
chapitre précédent, l’écriture sur les chats tend à être rapide. Cependant, le temps utilisé
pour écrire les accents corrects, et le temps de réflexion souvent nécessaire à trouver
l’accord exact, nous semblent être des problèmes potentiels pour les chatteurs.


            Il existe trois accents dans la langue française : l’accent circonflexe, l’accent
grave et l’accent aigu.
            L’accent circonflexe peut apparaître sur les lettres « a », « e », « i », « o », ou
« u ». Il n’a pas de règle précise mais signale souvent la disparition d’un « s »
étymologique (visible par exemple dans : dans hôpital/hospice). Il distingue souvent des

                                              43
paires telles que mûr/mur, pêcheur/pécheur ou sûr/sur et est fréquent à l’imparfait du
subjonctif.
              L’accent grave peut être trouvé sur le « u » (où), le « a » (à, là, çà, là, voilà,
déjà) ou le « e ». Placé sur ce dernier, le son obtenu correspond à [] ; ce qui ne veut pas

dire que tous les sons [] seront écrits « è » comme dans destin.
              L’accent aigu ne figure que sur le « e » et correspond généralement au son [e]
mais il a tendance également à représenter le son []. (Vairel 1989 : 101-103)


              La réforme de l’orthographe de 1990, notant des changements naturels, a
apporté quelques modifications à ces règles. L’accent circonflexe a été largement
supprimé, sauf sur le « i » et dans le cas de dû, croît et eût. L’accent grave, pour être
plus conforme à la prononciation, a pris la place de l’accent aigu lorsque celle-ci
l’impliquait. De ce fait, par exemple, le mot événement est désormais écrit évènement.
Cette même réforme comporte d’autres modifications, mais celles concernant les accents
ont été les mieux acceptées. (Walter 2001 : 287-288)
              Un autre changement proposé par la réforme de 1990 concerne l’accord du
participe passé des verbes pronominaux. Ceux-ci sont réputés pour leur difficulté14, le
fait étant peut-être que leur règle date du XVIIème siècle. La légère modification consiste
à traiter le participe passé du verbe laisser comme celui du verbe faire c'est-à-dire de le
maintenir sous sa forme invariable lorsque celui-ci est suivi d’un infinitif. (Olivieri
1990 : 51-52)


              Mais dans la langue parlée actuelle, il y a une tendance générale à l’abandon
de l’accord du participe passé comme dans «*La maison qu’il a construit. ». Cette
tendance semble aussi s’étendre à la langue écrite. (Verdelhan-Bourgade 1990 : 55)


              En ce qui concerne la cyberlangue, d’après Dejond (2002 : 69), les
internautes ont trouvé une autre façon de résoudre le problème de l’accord du participe
passé : ils utilisent le procédé des syllabogrammes. Par exemple : « où étiez vous

14
  Exemple traditionnel suivant Olivieri: « Que d’hommes se sont craints, déplu, détestés, nui, haïs et
succédé. » (Olivieri 1990 : 51)
                                                    44
paC ? » ou « J’ai déjà manG ». Nous pouvons remarquer que dans ce cas, pour indiquer
que les lettres sont utilisées seulement pour leur valeur phonétique (C=[se], G=[ e]),
elles sont écrites en majuscules.
           Pour le problème des accents, Dejond suggère que les chatteurs vont au-delà
de la réforme et que tout simplement, tous les accents sont supprimés (id. 29, 67).
           Il nous semble bon à ce propos de préciser que les internautes français
disposent d’un clavier AZERTY où les graphies « é », « è » et « à » sont tout de même
plus facilement réalisables qu’avec le clavier QWERTY, comme cela est visible dans la
figure suivante :




           Figure 3 : Clavier AZERTY




     6.    ANALYSE


           A présent que les différents procédés orthographiques de la cyberlangue ont
été décrits en détail, nous allons passer à notre partie analytique. Dans celle-ci, nous
allons reprendre de façon systématique tous les différents procédés détaillés
précédemment et décrire de quelle manière ils sont utilisés dans notre corpus. Nous
rappelons que celui-ci est composé de 12.555 mots et de 2.654 messages différents.

                                            45
                Sauf précision autre, nous incluons les étirements graphiques avec leurs
graphies de bases ; excepté dans le chapitre consacré à ceux-ci (6.7.) bien entendu.


                Les pourcentages ont été arrondis à la première décimale après la virgule15.


                Si nous comptons comme cyberlangue les différents procédés décrits par
Anis c'est-à-dire les réductions graphiques, les réductions avec variantes phonétiques, les
squelettes consonantiques, les syllabogrammes, les rébus à transfert, les logogrammes,
les paralogogrammes, les étirements graphiques, les troncations, les anglicismes, les
mots en verlan et les onomatopées, cette cyberlangue constitue, dans notre corpus d’un
total de 12.555 mots, 3.421 mots (ou signe de ponctuation) soit 27,2% du corpus.
Autrement dit, environ une graphie sur quatre est représentée sous sa forme en
cyberlangue. La figure suivante donne les pourcentages de ces différents procédés dans
notre corpus.


                                               onomatopées
                                      verlan                        réductions
                                                   7%
                                       1%                           graphiques
                               anglicismes                             24%
                                   8%
                           troncations
                               4%


                                                                           réductions avec
                          étirements                                     variantes graphiques
                          graphiques                                              9%
                              19%
                                                                          squelettes
                                                                       consonantiques
                                paralogogrammes                              10%
                                      12%                               syllabogrammes
                                                     rébus à transfert
                                                                               5%
                                                           0%
                                            logogrammes
                                                 1%




                Figure 4 : différents procédés utilisés dans la cyberlangue

15
     A l’exception des pourcentages figurant dans les graphiques.
                                                       46
         6.1. Réductions graphiques


           D’après les différents procédés de réductions graphiques proposés par Anis
(voir 5.1.1.), nous avons divisé nos résultats dans ce domaine en neuf cas différents :
       a. la réduction de la graphie « qu » en « k ».
       b. les substitutions sz, ck, auxquelles nous avons ajouté cq, ç s, cs
           et ssc
       c. la chute des <e> instables
       d. la chute des monogrammes finaux c'est-à-dire des lettres non prononcées à la
           fin des mots comme dans salu (salut)
       e. la simplification des digrammes et trigrammes c'est-à-dire des sons uniques
           écrits à l’aide de deux ou trois lettres, par exemple : eauo, aié, eue, ou
           eté
       f. la combinaison des procédés d. et e. ; donnant des graphiques du style jamé
           pour « jamais »
       g. la déconstruction de « oi » en oua ou wa
       h. l’emprunt du digramme anglais « oo »
       i. le compactage des mots, comme dans keske (qu’est-ce que)
       j. (autre)


         Dans notre corpus, les réductions graphiques représentent 24% de la
cyberlangue. Autrement dit, un mot sur quatre utilisant l’un des procédés emploie une
réduction graphique. Celui-ci est le procédé le plus utilisé dans notre corpus.




                                            47
                                                         j
                                                i                  a
                                                        2%
                                        h     19%                 18%
                                       0%
                                                                          b
                                         g                               7%
                                        1%                                c
                                           f                             9%
                                         13%
                                                 e
                                                                 d
                                                9%
                                                                22%



               Figure 5 : Réductions graphiques16

             Comme le montre la figure 5, la majorité des réductions de notre corpus
consistent en la chute des fins de mots non prononcés (23% des réductions). Ce résultat
semble logique puisque le rôle principal de la cyberlangue consiste à enlever les parties
non essentielles des mots. Des exemples types de ce procédé sont la chute du « s » final,
comme dans san, pa, mai ou la disparition du « t » dans tou, peti, ainsi que l’absence des
terminaisons des verbes.


             salu tou le monde !!
             maii ouii vien toi17


             Vient ensuite le système de compactage (20%). Celui-ci est souvent associé à
des mots joints par une apostrophe comme dans « l’art » lart. Ce procédé est souvent
ajouté à la chute des <e> muets comme dans je suis jsui ou bien je m’amuse
jmamuse. Dans d’autres cas, il semble plutôt être le résultat d’une écriture trop rapide,
par exemple dans : vaz y ou bogosse. N’empêchant pas la compréhension, ceux-ci n’ont
jamais été corrigés.


             g vu la couverture ça ma suffit à dire que c t pa de lart
             sjui un vrai player

16
     Un même mot pouvant comporter plusieurs procédés, l’ensemble des pourcentages est supérieur à 100.
17
     Dans tous nos exemples de phrases, les parties soulignées sont un ajout de notre part.
                                                       48
            ok vaz y



            Le troisième groupe le plus important de réductions graphiques est la réduction
de la graphie « qu » en « k » (18%). Celle-ci s’est opérée dans les mots monosyllabiques
comme ki ou dans les mots plus longs comme kokine.


            ki pr pv ?
            Salut je cherche une cokine pr un pv h…



D’après Anis (1999 : 87) cette réduction se produit surtout avec les conjonctions et les
pronoms et les adjectifs pronominaux relatifs et interrogatifs-exclamatifs. Le tableau
suivant compare la fréquence des différentes graphies de certains mots comportant
« qu » de notre corpus.




que               55     ke            26    qe            1   keu   1

qui               64     ki            47    qi            3

quoi               7     koi           18    qoi           3

quand              6     kan            7    quan          1   qd    4

que(le)            6     kel            4

quelque            2     kelk           1    qque(s)       2   qlq   1    qq         2

quelqu’un          3     kelk1          1    kkun          1   qq1   1    qqun       1


                                                      49
qu’est-ce que        0    keske             3


                Tableau 4 : Fréquences des différentes graphies de « qu »


Nous pouvons observer que, bien que souvent utilisée, la substitution de « qu » par « k »
n’est pas automatique. Sa graphie standard lui est souvent préférée, excepté dans le cas
de koi et de keske. Nous ignorons la raison du premier mais dans le second cas, il est
évident que la cause de cette substitution est la lourdeur de l’expression « qu’est-ce
que ».
                La transformation de « qu » en « q » a aussi été remarquée dans le corpus de
Krautgartner (2003 : 15)


                Le reste des procédés de réduction graphique a été moins utilisé. Nous
voudrions tout de même faire quelques remarques.
                La chute du <e> instable, survenu dans 9% des cas, est généralement
accompagnée d’un compactage avec le mot suivant, comme dans lmonde. Néanmoins,
dans 18,6% des cas, la chute du <e> est symbolisée par une apostrophe, par exemple :
l’changement. Cette écriture retranscrit l’oralité mais n’économise pas de lettres.


                Weshh tou lmonde
                […] 18 tu sens l’changement d’atmosphère, t’es dans une putain d’galère, […]
                A propos des simplifications des digrammes et trigrammes, la graphie du son
[] (par ex : ai) est très souvent remplacée par la graphie « é ». Nous comprenons
l’utilité de ce procédé du point de vue de la réduction de lettres mais nous nous
interrogeons sur le choix de la graphie « é » au lieu de « è » ; cette dernière reprenant le
son correct. Nous reviendrons sur cette question dans notre chapitre 7.2.1.


                javé oublié
                mé la sa marche pu




18
     Nous avons utilisé [...] pour remplacer le nom d’un participant
                                                       50
           La combinaison des procédés de simplifications de digrammes et trigrammes
et de la chute des mutogrammes finaux (catégorie f. utilisée à 13%) est particulièrement
employée avec les terminaisons des verbes, comme coné, fo, alé ou pe.


           c pe etre a coz ke tu ma ignoré
           byzzouxxx fo le pardonner l’est presk blond la



           La décomposition de « oi » n’a été utilisée qu’à sept reprises dans les mots
« moi » et « toi » avec les graphies : moua, mwa, mwaa , toua, et twa.


           meuh bien fur c moua qui pren tou ^ ^
           et mwa personne me fé de déclaraions


           Enfin, l’emprunt au « oo » anglais pour le son « ou » n’est apparu que deux
fois ; dans les mots kookoooo et bizooooooo.


           kookoooo ici
           bizooooooo



           Nous voudrions rajouter que dans notre catégorie j. « autre », nous avons
regroupé les mots n’ayant pas forcément une réduction graphique mais plutôt un
changement graphique. Nous pouvons trouver dans ce groupe des graphies comme vout
(vous). Nous avons écarté les graphies étant clairement des fautes d’orthographe et
n’avons gardé que celles avec une graphie différée intentionnelle ou inexpliquée.
Parmi ces graphies, la plus fréquente était celle du mot « bisous » en bisoux. Nous
pouvons trouver plusieurs causes à cette graphie :
   a) un mélange avec le pluriel irrégulier de bijou, faute qui pourrait s’étendre
   b) un mélange avec la graphie populaire américaine du X=bisou
   c) une écriture du mot propre aux chats
A partir de notre étude, nous ne pouvons malheureusement pas être sûr de la raison de
cette graphie.



                                                   51
           bisouxxxx et bonsoir



         6.2. Réductions avec variantes phonétiques


           Dans le chapitre 5.1.1., nous avons vu qu’il existait une autre sorte de
réduction graphique ; celle entraînant aussi des variations au niveau phonétique. Le but
de celle-ci est, en plus d’alléger les graphies, de reprendre une prononciation spécifique
de l’oral. Ce procédé représente 9% de la cyberlangue trouvée dans notre corpus.


           L’oralité de ce procédé s’est surtout vue en ce qui concerne les différentes
façons de prononcer le mot « oui ».


           vi un tit peu
           wé c délire
           ouai les meuf st o pouvoirs?



Le tableau suivant reprend ces résultats ainsi que leur fréquence.


  oui      ouai(s)         vi        ui      wé        oué        ué       voui       vivi
   78        11            9          9      8          6         5          2         2


           Tableau 5 : « Oui », ses variantes et leurs fréquences
Comme ce tableau l’indique, diverses variantes phonétiques sont utilisées pour
remplacer « oui », mais la version standard reste tout de même majoritairement utilisée.


           Bien qu’ayant moins de variantes, le même phénomène apparaît pour la
négation avec 63 cas du mot non, 27 de nan et 5 de na.


           D’autres variantes orales assez utilisées sont po (46 cas contre 181 pa(s) ), ya
(au lieu de « il y a ») ou y (33 cas contre 38 « il »). La grande différence de résultat avec
les variantes de « pas » et « il » peut être expliquée par l’utilisation de celles-ci : en
français oral standard, la simplification de « il » par « y » se fait naturellement (Anis

                                             52
1981 : 19). Mais la transformation de « pas » en « po » implique plus que de l’oralité,
elle contient aussi de la familiarité. Il nous semble qu’elle appartient plus à un langage
intime et donc n’est pas aussi systématiquement utilisée à l’oral.


            Quant à kikou (22 cas) qui nous paraît être un type de salutation propre aux
chats, il est tout de même moins utilisé que ses équivalents standards (29 bonjour, 44
bonsoir et 73 salut). Il est à noter que la graphie en kikoo est plus fréquente que celle en
kikou (17 cas contre 5).


            kikoo […] toi ki dit b’jour à tt le monde…. =)
            Kikou la Room !!!



         6.3. Squelettes consonantiques


            Dans le chapitre 5.1.2., nous avons vu que les squelettes consonantiques
consistaient à ne garder que la première et la dernière consonne d’un mot ; voire à
ajouter une consonne supplémentaire au milieu pour les mots plus longs. Certaines de
ces abréviations sont passées dans le langage écrit standard.


            Dans notre corpus, les squelettes consonantiques représentent 10% de la
cyberlangue.


            Dans l’étude de Krautgartner (2003 : 8), ceux-ci semblent être plus utilisés.
En effet, elle déclare que 65% des utilisateurs en emploient et cite le plus fréquent de
son étude : slt (salut).


            Dans notre corpus, nous avons pu trouver certains squelettes consonantiques
utilisés lors des prises de note comme ds, tps, tt ou pr (dans, temps, tout, pour). Mais
pour la plupart, ils étaient nouveaux à nos yeux. Cela ne nous a pas empêché de les
reconnaître sans grande difficulté (pour la majeure partie). Un slt, bjr ou bsr en début de
phrase était facilement identifiable comme signifiant « salut », « bonjour » et
« bonsoir ».
                                                  53
            coucou stp peux-tu changer de couleur je te vois mal
            oki merci qd mm
            slt groupe W


            Le squelette consonantique le plus utilisé est pv (41,5% des abréviations).
Demander quelqu’un en pv signifie vouloir parler en salle privée c'est-à-dire en
conversation à deux. L’utilisation de l’abréviation quasi-générale (145 cas
d’abréviations contre 9 cas d’écriture en toutes lettres) a engendré la création du verbe
pévéter, lui-même abrégé pvter.


            on fait un pv adrien
            cherche mec en pv
            jpevete kavec vous les filles
            ta tite cousine zolie demandait si tu pvttais déjà ?


            Néanmoins, le cas de pv apparaissant plus que sa version standard est une
exception. Par exemple, nous avons trouvé 42 slt contre 66 « salut », 13 ds contre 24
« dans », 3 bsr contre 37 « bonsoir » ou 15 pr contre 137 « pour » !




        6.4. Syllabogrammes


            Dans notre chapitre 5.1.3., nous avons précisé que les syllabogrammes
consistaient en lettres prenant la valeur sonore de leur prononciation, comme l []
elle. Ceux-ci représentent 5% de la cyberlangue de notre corpus.


            Dans celui-ci, les syllabogrammes sont surtout utilisés pour représenter des
mots monosyllabiques, par exemple o=au. Le tableau suivant donne quelques exemples
d’utilisation de syllabogrammes ainsi que leur fréquence par rapport à leur version
standard.

                                                    54
mot standard                c’est       ces   (sait/sais)    des      de     j’ai    je     tes   t’es
(+ sa fréquence)            (49)        (1)      (12)        (79)    (211)   (27)   (240)   (8)   (12)

version                       c         c         c              d    d       g      g       t     t
syllabogrammique (+         (93)        (3)      (2)         (17)     (5)    (21)    (2)    (7)   (9)
sa fréquence)



Tableau 6 : Fréquence de quelques syllabogrammes et de leur équivalence standard


Le plus fréquent (49,7% des syllabogrammes) est l’utilisation de <c> pour « c’est ».
Celui-ci a été utilisé à 93 reprises sous sa forme syllabogrammique contre 49 dans sa
forme normale. C’est l’un des seuls syllabogrammes à avoir été utilisé plus fréquemment
dans sa forme « cyberlangue » que dans sa forme standard ; cette première n’étant
fortement pas systématique. D’autres syllabogrammes fréquemment utilisés étaient <d>,
pouvant représenter « de » ou « des » et < g > servant de substitution à « j’ai » ou « je ».


                ha vi 101 c ton age
                (g le bou d doi gelé)
                ya pas d fille de nice ???
                moi g msn
                mon chéri g t’aime lollll
                Dans l’étude de Krautgartner (2003 : 17), les syllabogrammes les plus
récurrents ont été c, g et t.


                Des mots plurisyllabiques pouvaient aussi être formés exclusivement à partir
de syllabogrammes, comme ct (c’était) ou jt (j’étais) ou bien partiellement par exemple :
dco (déconnecté), bzou (bisou) ou obcd (obsédé).


                g vu la couverture ça ma suffit à dire que ct pa de lart
                eskya un mec simpa mai pa obcd ?????????



                A travers les syllabogrammes, nous retrouvons toutes les caractéristiques des
néographies remarquées par Anis (2002) (voir aussi 5.1.6.) c'est-à-dire :
                                                            55
   -   l’hétérogénéité : dco  syllabogramme + troncation
   -   polyvalence et même polysémie : c = c’est, ou c = ces, ou c = sait
   -   variation : bzou = bizoo = bisou


       6.5. Rébus à transfert, logogrammes et verlan


           Les rébus à transfert consistent en un regroupement de syllabogrammes et de
logogrammes.
           Dans notre corpus formé de 12.555 mots, nous n’avons trouvé que cinq rébus
à transfert : put1,qq1, s1pa, kel1, mon2 (putain, quelqu’un, sympa, quelqu’un, monde,).


           put1, je viens de me pécho une police décriture en japonais
           ya qq1 de s1pa pr P//v //v
           kelk1 du 50 ?
           slt a tt l’mon2



Un nombre si réduit nous a fortement surpris. Du fait des indications d’Anis (2002),
nous nous attendions à une présence plus importante des rébus dans notre corpus. Il nous
semble qu’il serait intéressant d’observer si ce faible usage des rébus est également en
vigueur dans les messages SMS.
           Les logogrammes étaient des abréviations construites généralement à partir
de signes mathématiques.
           Nous en avons découvert 33 dans notre corpus, soit 1% de la cyberlangue.
70% des logogrammes remplaçaient l’article un/une. Nous avons aussi trouvé quelques
cas d’écriture de « plus » en + et de « deux » en 2 . Il est à noter que dans 18 cas, le mot
« plus » a été écrit en toutes lettres (contre 3 cas de logogrammes). Le nombre « deux »
a également été écrit en lettres dans trois cas, chiffre égal à ses représentations
logogrammiques.


           ya pa 1 lapine pour 1 lapin
           fille pour un pv sympas avec moi + si affinite […]
           salut, recherche 2 meuf de 17 du 36


                                                 56
Ces résultats sont très surprenants. Le fait d’écrire le chiffre « 2 » en toutes lettres est
complètement inverse à l’idée de la spontanéité et de la rapidité d’écriture utilisée dans
les chats. Il serait bon encore une fois de comparer ces résultats avec ceux obtenus dans
une éventuelle recherche sur les SMS où l’espace est d’une plus grande importance.
                Le reste des logogrammes est représenté par le signe @.


                je re je vais miam ! @ ++++



                Dans l’étude de Krautgartner (2003 : 14), les logogrammes ne semblent pas
être très utilisés non plus ; ceux-ci se limitant à +, - et 1.


                Le verlan correspond à une langue inventée dans les années 80 et consistant à
inverser les syllabes des mots. Anis (2002) estime que cette langue était marginalement
utilisée dans la cyberlangue.
                Les résultats de notre étude correspondent à ceux d’Anis vu que seulement
32 mots écrits en verlan figurent dans notre corpus, soit seulement 1% de la
cyberlangue. Selon Calvet (1997 : 23), seuls certains mots sont passés dans le
vocabulaire parlé, comme le mot meuf (femme). L’analyse de notre corpus soutient cette
affirmation en ayant le mot meuf représentant 71,9% de ses mots verlanisés. Les autres
cas étaient constitués des mots mef (une variante du verlan du mot « femme »), de tof,
pécho, cevi, teub (faute, choppé, vissé, bête) et de portenaouaque.


                salut c les bad boyz et on recherche des meufs sympa !!!!!!!!!!!!*
                arreter de faire cevi



Portenaouaque est la version verlanisé (de type 214319) de l’expression de quatre
syllabes « n’importe quoi ». L’utilisation de ce mot nous semble intéressant car la
verlanisation des mots à quatre syllabes est extrêmement rare (Méla 1997). Nous
supposons que ce terme, qui n’a été utilisé qu’à deux reprises, l’a d’abord été par une


19
     2143 étant l’ordre des syllabes. Voir aussi 5.2.3.
                                                          57
personne ayant ce mot dans son vocabulaire puis par une autre utilisant le terme d’une
façon un peu différente. Les deux messages se suivent.


          ce mythe on se touche on est pervers c’est portenaouaque !
          [nom de l’expéditeur du premier message] et ta conerri elle est pa portenaouaque ?



        6.6. Paralogogrammes


            Dans le chapitre 5.1.4., nous avons vu que les paralogogrammes ou sigles
étaient formés des premières lettres de plusieurs mots. Ils sont normalement écrits en
majuscule et certains sont entrés dans la langue courante.


            Dans notre corpus, ce procédé représente 12% de la cyberlangue.


            Le nombre de sigles est également modeste dans l’étude de Krautgartner
(2003 : 13). Ceux-ci consistent en quelques-uns (svp, stp, mdr, lol) souvent répétés.


            La majorité des paralogogrammes de notre corpus est constituée de lol, mdr
ou de leurs dérivés (80%). Dans le cas de mdr (Mort De Rire), ses variantes principales
sont constituées à 65% d’étirements graphiques dont l’allongement est au niveau du
« r » final. D’autres ajoutent un squelette consonantique ou une troncation devant le
sigle, comme dans expdr, ptdr, dr (explosé de rire, pété de rire, de rire).


            i se reconé pu ki disé mdrrrrr
            ptdrrrrrrrrr ct une kestion je te demande po de peveter avec moi !!!!



            Sa correspondance anglaise lol (Laughing Out Loud) lui a été légèrement
préférée (183 cas contre 124 pour mdr). Ses variantes sont seulement constituées
d’étirements graphiques, soit au niveau du « o », soit au niveau du « l », soit aux deux.
Mais ce sigle est plus fréquemment écrit dans son état normal c'est-à-dire lol (72,2% des
cas).


                                                  58
                tu sais que tu as la touche tab maintenant pour les pseudo hein lol
                toi aussi […] a joué avec tes sentiments ? lool
                elle veut surtout aller plus haut lolll



                Le choix de préférence entre lol et mdr ne nous est pas clair. Une même
personne a utilisé les deux sigles comme des synonymes. Nous avons même trouvé ces
deux paralogogrammes côte à côte dans un même message :


                mdr lol elisa repete pas



Selon Krautgartner (2003 : 13) dont le corpus contient également un nombre supérieur
de lol que de mdr, lol serait préféré à sa correspondance française simplement par le fait
qu’il est plus simple à taper.


                Quant aux autres sigles restants, une partie appartient au registre standard,
comme stp, svp (s’il te plait, s’il vous plait) ou om, psg (les équipes de foot, l’Olympique
de Marseille, Paris Saint-Germain). D’autres sont plus spécifiques aux chats et aux


rencontres comme h, f20, jh, jf (homme, femme, jeune homme, jeune femme) ou asv
(age-sexe-ville).


                jf 22 seule pv
                salut […] asv stp



                Ici encore, nous pouvons observer l’une des caractéristiques décrites par Anis
(2002)       c'est-à-dire        l’hétérogénéité,         par   exemple   dans   expdr   (troncation   +
paralogogramme).


                Il est encore à noter que la quasi-totalité des paralogogrammes est écrite en
minuscules. Nous pensons que cela est dû à la rapidité d’écriture (voir aussi nos
remarques sur les majuscules dans le chapitre 6.11.)

20
     Notons qu’il est aussi possible de classer h et f comme syllabogrammes.
                                                           59
       6.7. Etirements graphiques


           Les étirements graphiques c'est-à-dire les allongements de lettres constituent
le deuxième procédé le plus utilisé dans notre corpus en représentant 19% de sa
cyberlangue.


           Ces étirements se situent sur les signes de ponctuation (44,6% des cas) ou sur
des mots (55,4% des cas). Pour plus de détails sur les étirements graphiques sur la
ponctuation, se référer au tableau 8 du chapitre 6.11.


           L’étirement sur les mots est d’une longueur variable ; la majorité étant de +1
ou +2 graphies (47,2% des cas) comme dans :


           hi!hi!hi! [...] bah oui koi? mdrr!
           rebonsoir !! bisousss a toutes !! lol



La longueur de l’étirement peut aller jusqu'à des extrêmes ; comme dans le cas de :


           eeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeooooooooooooooo
           oooooooooooooooooooooooooo           (soit 68e + 41o).


Il est clair que ce genre de graphie serait impossible, par exemple dans un corpus de
messages SMS.


           L’allongement se situe en majorité à la fin du mot (90,6% des cas). Un
étirement au début du mot est très rare (2%) et se sont surtout les voyelles qui sont
allongées, comme dans aaah. L’allongement au milieu (11,1% des cas) sert d’effet
phonétique, pour intensifier. Par exemple : coool, sluuuurp, enoooormes.


           aaah ca rameee a peine j’arrive la pfff
           bon allez ttlm bye bye enoooormes kisssss bone soiréeee

                                                    60
           L’étirement a également tendance à s’appliquer à un certain genre de mot :
les paralogogrammes mdr et lol (42,5% des étirements). Comme nous l’avons déjà
précisé dans le chapitre 6.6., 65% des mdr et 27,8% des lol sont accompagnés
d’étirements graphiques.
           Les allongements portent aussi sur des mots à tendances affectives, surtout
bisou , bise et kiss ainsi que leurs dérivés graphiques (44,9% des étirements).
           Le reste est constitué de mots divers pour des raisons plus ou moins claires,
sauf dans des cas comme kikouuu (salutation criée) ou océannn (chanté).


       6.8. Troncations


           D’après ce que nous avons expliqué dans notre cadre théorique (voir 5.2.1.),
nous pouvons classer les troncations en trois groupes :
   a) les apocopes c'est-à-dire lorsque l’on enlève la fin d’un mot comme dans
       ciné(ma)
   b) les aphérèses c'est-à-dire lorsque l’on enlève le début d’un mot comme dans
       (pro)blème
   c) les abréviations en-o comme dans « adolescent »  ado
           Les apocopes constituent la majorité des troncations. Les aphérèses sont
souvent rares mais tout de même plus utilisées qu’auparavant. Quant aux abréviations en
–o, on les retrouve surtout dans la langue parlée (Verdelhan-Bourgade 1991 : 73).
           Dans notre corpus où les troncations constituent 4% de la cyberlangue, ces
trois catégories sont représentées.


            Dans son étude, Krautgartner (2003 : 9-10) a trouvé un nombre plus
important de troncations. Celles-ci sont utilisées pour simplifier les pseudonymes des
participants. Cela ne s’est pas produit dans notre corpus car par une simple manipulation
de touches, ceux-ci étaient reproduits automatiquement. La majorité des troncations de
Krautgartner sont des apocopes. Elle remarque aussi un bon nombre de troncations en –o
dans son corpus.

                                            61
               Dans le nôtre, les apocopes représentent 59,2% des troncations, donc leur
majorité. Elles sont composées d’apocopes courantes comme tél ou d’hab. Il est
intéressant de noter à propos de ce premier exemple que le mot « téléphone » n’a lui-
même jamais été utilisé.


               salut cherche jf pour tel a h 40a
               et oui […] comme d’hab on se refait pas hein



               Pourtant la majorité des troncations est constituée de la troncation re. Celle-ci
nous semble être spécifique aux chats et est utilisée lorsqu’un internaute quitte la salle
pour une courte durée ou y revient. Re peut donc représenter la troncation de « reviens »
ou « retour ». Il est singulier de voir que la même apocope est utilisée pour des notions
contraires ; mais somme toute exclusives.


               re […] t’es tombée ?
               re la room



               En ce qui concerne les aphérèses, elles représentent 27% des troncations.
Leurs représentations principales sont la troncation de « salut » et ses variantes, c'est-à-
dire lu, lut et lulut ainsi que l’aphérèse de petit(e) représentée par ti, tit et tite. Le tableau
suivant montre les différentes représentations de ces deux mots ainsi que leur fréquence
dans notre corpus :


       salut                 71     slt               40      (lu)lu(t)   13

       petit(e)               5     ptit(e)            4      ti(te)      16


               Tableau 7: différentes graphies de « salut » et « petit » et leur fréquence


               Nous pouvons observer que dans le cas de « salut », sa forme standard a été
privilégiée mais que dans le cas de « petit », c’est sa forme tronquée qui a été la plus
utilisée. Cette différence peut être expliquée grâce à l’oralité de la cyberlangue. En effet,
                                                    62
il nous semble que la troncation lut est rarement entendue à l’oral alors que p’tit ou tit
sont les prononciations standard à l’oral du mot « petit ».


            A propos des apocopes et des aphérèses, nous aimerions mentionner
l’utilisation de l’abréviation tal reprenant l’expression « à tout à l’heure ». Cette
troncation consiste donc à la fois en une apocope et en une aphérèse.


            […] cmt tu ma laissé en plan tal



            Quant aux abréviations en –o, elles font partie à 13,8% des troncations. Tout
comme les apocopes, elles sont représentées par des abréviations standards comme
pseudo, alcoolo ou perso. Mais elles comportent également une troncation
caractéristique des chats : déco ; version abrégée de « déconnecté(e) ». Il est en effet
courant qu’un internaute se retrouve abruptement déconnecté pour des raisons dues à sa
connection. L’internaute en question justifie donc son départ brutal et involontaire par :


            j’ai été déco
            j’ai déco
            c’était la déco des 24h



         6.9. Anglicismes


            D’après Anis (2002) l’anglais est omniprésent dans la cyberlangue française.
La première cause en est que l’anglais est la langue des nouvelles technologies et donc
d’Internet. La seconde est un effet de style. Utiliser l’anglais pour des expressions
familières appartient au code de la cyberlangue. Pourtant, les anglicismes ne constituent
que 8% de la cyberlangue de notre corpus.


            Dans celui-ci, nous avons pu observer des manifestations de ces deux causes.
Des mots propres à la technique des chats étant laissés en anglais comme flood, kick ou
room. Ces mots étaient également « anglicisés », par exemple sous la forme floodée ou
kické.
                                               63
             […] je vien de flooder pour […] alor là je me retien sinon […] va me taper dessu
             arrete tu vas te faire kicker par […]



             L’effet de style apporté par l’anglais était aussi présent. Nous avons
également constaté des adjectifs comme soft, hard ou interesting. Puisque ceux-ci sont
aussi utilisés dans le français parlé, il ajoute de l’oralité à la cyberlangue. En ce qui
concerne l’intimité, le mot kiss a été souvent utilisé ; néanmoins bien moins que son
équivalent français bisous ; 34 cas contre 107. Il était aussi principalement accompagné
d’étirements graphiques, y ajoutant l’idée de familiarité. Le mot kiss a également donné
naissance à des versions « anglicisées » familières comme kissou, kissouilles ou
kissoullettes.


             kisss […] ca va o top merci
             kssou la marmailleee du net :)



             Parmi les anglicismes de notre corpus, nous avons aussi compté les
paralogogrammes anglais (voir aussi 6.6. à ce sujet). Dans les listes d’exemples de ceux-
ci données par Anis (2001 : 107-109) et Dejond (2002 : 98-127), les internautes
semblaient utiliser une grande partie de paralogogrammes d’origine anglaise. Pourtant,
dans notre corpus, nous n’en avons trouvé qu’un seul : lol (Laughing Out Loud). Celui-
ci représente 63,5% des anglicismes trouvés et est souvent écrit sans étirement
graphique.
             Dans son étude, les résultats de Krautgartner (2003 : 13) sont semblables aux
nôtres.


          6.10. Onomatopées


              Nous avons vu que selon Soriano (1999), les onomatopées sont fréquemment
utilisées dans les bandes dessinées pour exprimer les émotions ou des sons. Il les classe
en quatre groupes : les cris (ex. aïe), les bruits phonatoires (ex : snif), les phénomènes
physiques (ex : atchoum) et les cris d’animaux. D’après Anis (2002), les onomatopées
                                                     64
sont courantes dans la cyberlangue et souvent renforcées par des étirements graphiques.
Dans notre corpus, elles ne forment que 7% de sa cyberlangue.


                Dans l’ensemble, nous nous attendions à un nombre plus élevé
d’interjections, vu l’oralité de la langue. La raison doit sûrement en être que la variété de
procédés pour recourir à cette oralité minimise l’importance des onomatopées.


                Dans notre corpus, une bonne partie de celles-ci sont standard c'est-à-dire
celles utilisées dans les bandes dessinées ou classées dans un dictionnaire ordinaire21,
comme ha, bah, hein, hi, heu ou ho. De celles-ci ah, une variante de ha a été la plus
utilisée. D’ailleurs, les trois interjections ha, ho, heu ont toutes le même genre de
variantes, c'est-à-dire du style ha, ah et a ; la version ayant le « h » en initiale étant la
version standard.


                ha kan mm […] bisous
                oh merci […]
                ben eu si



                Si nous souhaitons classer les onomatopées suivant les quatre groupes de
Soriano, nous pouvons affirmer que la grande majorité découverte dans notre corpus
étaient des cris du type ha, ho, hein. Viennent ensuite les bruits phonatoires comme pff
ou hm. Les phénomènes physiques tels que smack ou boom sont aussi représentés mais
pas les cris d’animaux.


                C’est à se demander hein :P
                revdtoi apres le sniff cle coeur c mignon merci lol



                L’expression du rire ne semble pas avoir été abondamment représentée. Ses
variantes sont surtout hi (+étirement graphique systématique), arf ou mouaha.




21
     Ici avec le Petit Larousse compact. 1999. Paris : Larousse.

                                                      65
                Nous ne sommes pas sûr de la signification de l’interjection han. D’après
notre utilisation personnelle, nous supposons qu’elle reflète un sentiment de surprise
mêlé de doute ou d’indifférence.


                haan bisous doux toi=)
                han vraiment dslé KOI



          6.11. Ponctuation et majuscules


                Dans le chapitre 5.3.1., nous avons vu que les signes de ponctuation finale
sont rarement utilisés dans la cyberlangue. De ceux-ci, le point d’interrogation est le plus
récurrent. La ponctuation subit aussi très régulièrement le procédé d’étirement
graphique.


                Dans notre corpus, nous avons compté comme ponctuation finale les points,
les points d’interrogation, d’exclamation et de suspension ainsi que leurs variantes avec
étirements graphiques22. Nous avons trouvé que 19,6% des messages de notre corpus se
terminent par une ponctuation finale. Bien que ce pourcentage soit relativement bas, cela
représente près d’un message sur cinq et est supérieur à notre attente. Ces signes de
ponctuation finale sont constitués de, variantes incluses, de 45 points, 343 points
d’interrogation, 240 points d’exclamation et de 67 points de suspension23. Cela confirme
l’affirmation d’Anis (1999 : 80-83) suivant laquelle le point d’interrogation est le signe
de ponctuation le plus employé dans la cyberlangue.
                Le tableau de la page suivante montre les différentes variantes de ces signes.
Il nous confirme que, bien qu’étant majoritairement utilisé dans sa forme normale, de
nombreuses variantes aux signes de ponctuation utilisent le procédé d’étirement
graphique.




22
     Ceci excluant les smileys, comme indiqué dans le chapitre 1.2.
23
     Nous avons inclus la graphie « .. » comme une variante des points de suspension.
                                                     66
     ?x12   ?x13   ?x16   ?x18   ?x19   ?x22   ?x26   ?x27   ?x33


      4      3      3      1      3      1      1      1      1




     !x12   !x13   !x14   !x20   !x22   !x32


      2      1      2      1      1      1




67
?x11




                                         !x11
       3




                                                2
?x10




                                         !x10




                                                                     .x17
       2




                                                4




                                                                            3
                                                                     .x14
?x9




                                         !x9
       1




                                                2




                                                                            1
                                                                     .x10
?x8




                                         !x8
       1




                                                2




                                                                            1
?x7




                                         !x7




                                                                     .x8
       9




                                                1




                                                                            1
?x6




                                         !x6




                                                                     .x7
       10




                                                5




                                                                            1
?x5




                                         !x5




                                                                     .x6
       8




                                                7




                                                                            3
????




                                         !!!!




                                                                     .x5
       12




                                                8




                                                                            8
???




                                                                    ….
       27




                                                39




                                                                            12
                                         !!!
       30




                                                33




                                                                            25
                                                                    …
??




                                         !!
       222




                                                129




                                                                            12
                                                                     ..
?




                                         !
       nbre




                                                nbre




                                                                            nbre
              Tableau 8 : Fréquence des variantes des signes de ponctuation
              A propos des majuscules, nous avons vu dans notre cadre théorique que leur
absence en position initiale pouvait être expliquée par le désir d’écrire vite. Nous avons
aussi expliqué que les majuscules pouvaient être utilisées dans le but de simuler un
énoncé prononcé de façon forte.


              Dans notre corpus, nous avons trouvé 382 mots comportant une ou plusieurs
majuscules ; soit 3% du corpus.
              Nous avons découvert que seulement 2,6% des messages de notre corpus
commencent par une majuscule c'est-à-dire que notre résultat est inférieur à celui trouvé
par Anis, celui-ci étant de 8% (voir 5.3.1.). Nous avons inclus parmi ces messages ceux
commençant par plusieurs majuscules, du type ALors attribuant ces graphies à des fautes
de frappe. Cela reprend également l’idée d’une écriture (trop) rapide.


              ALors on dit pas bonjour ? :p

                                                       68
             Comme nous en avons discuté dans le chapitre 5. à propos des participes
passés pouvant être écrits manG au lieu de « mangé » (voir 5.3.2.), nous avons voulu
observer l’utilisation des majuscules à l’intérieur des mots. Dans la totalité de notre
corpus, cela ne s’est produit que six fois, dans les exemples suivants : oupS, salOupe,
okaY, trO, coOl et bizoOoO. Nous attribuons ces utilisations à des fautes de frappe ou à
des effets stylistiques (comme dans le dernier exemple) mais nous constatons que la
majuscule n’est jamais utilisée pour dissocier l’utilisation d’une lettre du point de vue de
sa valeur phonétique.
             Nous avons compté que 77% des mots comportant une ou plusieurs
majuscules sont en fait entièrement écrits en majuscules. Dans seulement 5% de ces cas
nous avons pu attribuer de façon certaine cette graphie à une demande d’attention.


             […] t GAY ?


             Dans la plupart des cas, ces mots étaient inclus dans des phrases écrites
entièrement en majuscules.
             Le fait d’écrire une phrase de la sorte semblait aussi être dans certains cas
une alternative à l’utilisation d’un point d’interrogation.


             QUI EST FAN DE CHARMED.


Cette utilisation pouvait également être due à un message SPAM24 (dans 27,4% des cas).
Ce procédé a aussi été utilisé lors du premier message d’un nouvel arrivant, celui-ci
saluant le reste des internautes. Ce message était écrit dans 15,6% des cas en majuscules.


             SALUT LA ROOM
             BONSOIR !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!




24
  SPAM = Shoulder of Pork and hAM (http://www.tout-
savoir.net/lexique.php?rub=definition&code=7025, site visité le 08.05.2004) Voir aussi le glossaire.
                                                   69
Toutefois, le fait d’écrire des phrases entières en majuscules ne semble pas être un
procédé très utilisé, ni apprécié. Cela est visible dans les deux exemples suivants : Un
chatteur écrit :


            JAPOURVE !!



puis se rectifie à la ligne suivante :


            japrouve !!



En plus d’avoir corrigé la faute de frappe, celui-ci enlève les majuscules. Un internaute
différent écrivant :


            TA UNE SANTE MENTHALO



est commenté par un autre :


            arretes de crier [nom du chatteur] on est po sourds !!


       6.12. Accents et participes passés


            A propos des accents, nous avons vu dans le chapitre 5.3.2. qu’une tendance
de l’orthographe actuelle en supprime un certain nombre (Walter 2001 : 287-288). Dans
le contexte de la cyberlangue, il semblerait, suivant Dejond (2002 : 29, 67), qu’ils soient
tous tout simplement supprimés.


            Lorsque nous observons notre corpus, sur les mots contenant un ou plusieurs
accents, 50% ont été écrits avec les accents corrects. 46% étaient écrits avec un ou
plusieurs accents manquants et dans 4% figurent un accent incorrect.
            De cela nous pouvons conclure que, bien que la tendance soit à oublier
l’accent, cette pratique ne se fait pas de façon systématique.


                                                   70
           Quant aux participes passés, toujours selon Dejond (2002 : 69), pour éviter le
problème de l’accord en genre et en nombre, les internautes auraient recours aux
syllabogrammes écrits en majuscule pour retranscrire le son [e] comme dans manG.
           Comme nous l’avons déjà dit dans le chapitre précédent, le système des
syllabogrammes n’a jamais été utilisé pour remplacer les participes passés. Cependant, il
est de temps en temps utilisé pour retranscrire les auxiliaires, comme dans g « j’ai »
ou t « t’es ».


           mdrrr g cloué le bec a […] g trouvée hihi



           Parmi les participes passé trouvés dans notre corpus, 53,5% provenaient de
verbes du premier groupe et avaient donc leur participe passé en [é + accord]. Parmi
ceux-ci, 78,9% ont été écrits avec leur accent. Il ne semble donc pas y avoir une forte
tendance à les omettre.
           Il est à noter que dans 13,1% des cas, l’accord a été retranscrit [er].


           l’objet muyster e ?nan j’ai pa trouver
           A une occasion, l’infinitif a lui-même été remplacé par la graphie du
participe passé.


           je vien d’arrivé.


Le fait que ces deux écritures soient interchangeables peut venir de lapsus ou de fautes
d’orthographe.


           L’accord des verbes, aussi bien en ce qui concerne les auxiliaires que les
participes passés comprennent de fautes fréquentes mais cela n’étant pas le but de notre
recherche, nous n’y prêterons pas attention.




     7.    DISCUSSION ET CONCLUSION


                                                    71
        7.1. Synthèse


            Comme nous l’avons expliqué dans notre introduction et dans notre chapitre
4.4. sur la cyberlangue, celle-ci a plusieurs spécificités : son omniprésence, sa formation
d’une identité culturelle, sa familiarité, son oralité, son côté ludique et ses qualités
abréviatives.
            Après avoir analysé notre corpus, nous pouvons confirmer avoir trouvé toutes
ces qualités. Néanmoins, leur mesure est parfois surprenante.
            Tout d’abord, nous ne pouvons pas tirer de conclusion décisive sur la
présence de la cyberlangue. Celle-ci représente environ un mot sur quatre dans notre
corpus, ce qui lui donne une régularité significative., Néanmoins, dans notre analyse
détaillée, nous avons maintes fois observé que la graphique standard d’un mot est
nettement préférée à son équivalence cyberlanguagière. Ces deux tendances opposées
semblent contradictoires.
            Ensuite, bien que cela n’ait pas été le but de notre étude, si nous observons
notre corpus du point du discours, il est clair que le fait d’utiliser les procédés de la
cyberlangue donne une forte impression d’appartenance. Certaines personnes se
conformant fortement à l’écriture standard tiennent des propos opposés aux autres
internautes et donc, par leur niveau de langue, cherchaient à se démarquer du groupe.
            La familiarité est également omniprésente. Les formes de politesse ou le
vouvoiement sont totalement exclus. On utilise la cyberlangue entre amis; ou plutôt, le
fait d’utiliser la cyberlangue crée un lien amical.
            L’oralité est assez présente à travers le choix de registre et de vocabulaire.
Des procédés comme les onomatopées ou les troncations aident à la renforcer. Il nous
semble de façon évidente que cela va de paire avec la familiarité.
            Le côté ludique de la cyberlangue nous a semblé plutôt sous-entendu, ou du
moins, il semble que nous n’ayons pas été capable de l’observer dans son intégralité. Par
exemple, nous n’avons pas pu déterminer si l’utilisation du mot portenaouaque est
spécifique à la conversation enregistrée ou s’il est employé à d’autres reprises (voir aussi
6.5.)



                                             72
           Quant à l’abréviation, nous pouvons, d’une part, confirmer qu’elle est
omniprésente dans la cyberlangue, par exemple par le procédé utilisé majoritairement
c'est-à-dire les réductions. Mais d’autre part, l’utilisation des étirements graphiques, le
second procédé le plus utilisé, correspond à l’effet inverse de celui d’abréviation. Nous
pensons que ceci ne peut être appliqué qu’à la cyberlangue des chats. Une étude, par
exemple, sur les SMS nous montrerait logiquement des résultats bien différents.


           Si nous observons à présent l’utilisation des différents procédés, comme nous
venons de le dire, il est logique de trouver celui correspondant à l’abréviation ; c'est-à-
dire les réductions graphiques, en tête des procédés employés. Parmi les 12
caractéristiques étudiées, celle-ci est elle-même utilisée dans un quart de la cyberlangue.
Les étirements graphiques, comme nous venons également de le préciser, ont beaucoup
été employés : pratiquement un mot sur cinq parmi notre corpus de cyberlangue. Cette
pratique pourrait même être qualifiée d’excessive étant donnée la nature abréviative de
ce langage. Viennent ensuite les paralogogrammes. Ceux-ci étant essentiellement
constitués de mdr et de lol, sigles spécifiques aux chats, leur abondance est tout à fait
justifiée. Les réductions avec variantes, les squelettes consonantiques, les anglicismes et
les onomatopées ont été utilisés dans une mesure assez semblable. Ils servent soit à
abréger, soit à oraliser les mots. Mais il est alors surprenant de constater que les
troncations, pourtant très présentes à l’oral, sont deux fois moins utilisées que les autres
procédés déjà cités. Il en va de même pour les syllabogrammes, une forme simple et
efficace d’abréviations. Il est encore plus surprenant d’observer le nombre minime de
logogrammes, abréviations de base utilisées dans de nombreux contextes. La très faible
utilisation du verlan a déjà été expliquée par Anis (2002). Quant aux rébus à transfert,
nous pouvons supposer par les exemples donnés dans le cadre théorique que ce procédé
est en fait plus utilisé dans la cyberlangue anglophone que francophone.


       7.2. Discussion


           Nous allons à présent discuter des différentes remarques que nous avons
tirées de notre analyse. Celles-ci portent sur deux points :

                                             73
             1) la nouveauté de la langue
             2) le risque de cette langue pour l’orthographe


     7.2.1. Nouveauté de la langue


             Nous allons tout d’abord nous efforcer de réponse à la question que nous
nous étions posée dans notre introduction (voir 1.2.), à savoir si la cyberlangue, du point
de vue de son orthographe peut être considérée comme une nouvelle langue. Pour
répondre à cette question, nous avons précisé dans le chapitre 5. que nous retracerions,
dans la mesure du possible, l’historique du procédé. Si la majorité des caractéristiques de
la cyberlangue avait déjà été utilisée auparavant, nous pourrions dans un sens conclure
que celle-ci n’est pas nouvelle. Le tableau suivant reprend les faits trouvés dans le cadre
théorique.




                             procédé                nouveau ?
                   graphies phonétisantes               ?
                   squelettes consonantiques          non
                   syllabogrammes                     non
                   rébus à transfert                  non
                   logogrammes                          ?
                   paralogogrammes                    non
                   étirements graphiques                ?
                   troncation                         non
                   anglicismes                        non
                   verlan                             non
                   onomatopées                        non


             Tableau 9 : Nouveauté des procédés


                                               74
           En ce qui concerne les logogrammes et les étirements graphiques, nous
n’avons pas trouvé dans nos sources de données précises sur l’historique de l’utilisation
de ces procédés. Néanmoins, il nous semble correct de pouvoir avancer qu’ils ont été
utilisés auparavant. Les logogrammes sont courants dans les prises de notes et il est
possible de trouver des étirements graphiques, par exemple, dans les bandes dessinées.
           Les graphies phonétisantes nous apparaissent également familières, par
exemple dans les prises de notes. Néanmoins, leur utilisation propre ainsi que l’écriture
de leurs variantes phonétiques pourraient être considérées comme propres à la
cyberlangue.


           Hormis les procédés décrits par Anis, nous avons tout de même noté une
nouveauté : nous avons remarqué que le son [] était très souvent représenté sous la
graphie <é> alors que ce son correspond à la graphie <è>. Comme le montre la figure 3
représentant un clavier AZERTY c'est-à-dire le clavier disponible aux français, l’écriture
du <è> ne pose aucun problème ni n’est plus longue que celle du <é>. Alors, pourquoi
ce changement ? Puisque le problème ne semble pas être lié à l’écriture, nous supposons
qu’il réside au niveau du son lui-même.
           A ce propos, Kalmbach (2003 : 76-77) fait une simple distinction Nord-Sud :
dans le Sud, le système phonologique des voyelles s’est uniformisé. Cela a entraîné
l’assimilation de la voyelle ouverte [] à la voyelle fermée [e]. En d’autres termes,
« mangé » et « mangeait » y sont prononcés de la même façon. Lefebvre (2000 : 367-
369) essaye d’être plus précis. Il fait la différence entre les Méridionaux et une bonne
partie des gens du Nord pour qui les deux voyelles sont similaires et donc
interchangeables et entre les Parisiens accompagnés des deux tiers des français du Nord
pour qui la différence est nette. Walter (1998 : 138) ajoute que l’accent du Sud est
appelé accent du Midi alors que celui du Nord est nommé accent « pointu ». Kalmbach
(2003 : 77) ajoute encore que dans la partie Nord, la différenciation des deux sons n’est
pas systématique mais dépend aussi du niveau de langue. En effet, dans une langue plus
soutenue, la distinction sera toujours faite alors que dans la langue parlée elle aura
tendance à être omise.


                                           75
           De tout cela, nous pouvons conclure que dans une bonne moitié de la France
ainsi que dans la langue parlée en général, la différence entre les sons [e] et [ ] n’est pas
faite. Ce procédé est donc, tout comme tant d’autres, un effet d’oralité dans la
cyberlangue.
            Le fait d’avoir été surpris par ce constat peut découler de note familiarité
avec le dialecte du Nord de la France et de la région parisienne, nos régions de séjour
pendant plus de 20 ans.


            Cependant, il faut admettre que la quasi-totalité des procédés utilisée dans la
cyberlangue ne lui est pas propre. Il est donc possible de conclure que celle-ci n’est pas
nouvelle. C’est le fait seul de la combinaison de ces différents systèmes qui la rend
unique. Cette interprétation correspond à notre vision personnelle de la cyberlangue.
            Toutefois, une approche différente pourrait mettre l’accent sur la nouveauté
de l’arrangement de procédés spécifiques à la cyberlangue et ainsi la qualifier de
nouvelle langue.
     7.2.2. Risque pour l’orthographe


           Il est impossible de parler de cette langue nouvelle sans parler de la menace
qu’elle représente pour la langue standard.


            Sans même se placer du point de vue linguistique, les nouvelles inventions
ont toujours fait naître une peur. De l’imprimerie de Gutenberg au téléphone, ces
nouveaux moyens de communication ont systématiquement engendré une crainte
(Crystal 2001 : 2). Internet ne fait pas exception. En plus des linguistiques, les
sociologues, politiciens et économistes se révoltent à propos de la diffusion de
pornographie, des crimes, de la vie privée, etc. (id. : 1)


           Quant à la langue, depuis le XVIIème siècle, une crainte s’est développée
parmi les Français envers « [des] « fautes » qui condamneraient leur langue à mourir »
(Anis 2001 : 51). Les menaces peuvent venir de l’intérieur, comme le fait de parler mal
ou de faire des fautes d’orthographe. Mais elles peuvent également venir de l’extérieur,

                                              76
surtout par la langue anglaise (ibid.), avec le franglais (Gaudet 2003 : 20). Des autorités
telles que l’Académie ou le dictionnaire Littré veillent au respect des lois en la matière
(ibid.). D’après Gaudet (2003), d’autres menaces sont apparues au XX ème siècle : il
s’agit de la perte du prestige de la scolarité en France, ainsi que du recul de la langue
française sur le plan international. Bon nombre de réformes et de manifestations
francophones ont tenté d’y remédier. Néanmoins, il faut admettre que l‘idéologie
standard française est en crise (id. : 20-23)


           Pour les linguistes français, le risque est donc aussi bien réel en ce qui
concerne la « pureté » de la langue contaminée par les langues étrangères que sa
conservation. L’utilisation abondante de l’anglais en révolte beaucoup. Même si des
législations sur les emprunts sont mises en place, la langue évolue plus vite (voir aussi
5.2.2.).
           Quant à la conservation de la langue, il est normal de constater une crainte
générale face à la cyberlangue. Celle-ci, par son système d’abréviation, perturbe
complètement la doctrine orthographique rigide de la langue française. Pourtant, y a-t-il
vraiment lieu de s’inquiéter ? La cyberlangue va-t-elle changer la langue française ? La
réponse des spécialistes est unanime : non. Tout d’abord, Anis (2002) met en valeur la
spécificité de la cyberlangue. Celle-ci est employée seulement dans un certain contexte.
Il ne viendrait jamais à l’idée à un internaute de rédiger une lettre d’emploi en
cyberlangue ni à un collégien de l’utiliser lors d’une rédaction scolaire. Marty (2001)
observe la situation au niveau scolaire. Les adolescents qui chattent sont déjà « lettrés »
c'est-à-dire qu’ils connaissent les normes. Le but de la cyberlangue est de se distinguer ;
il est donc normal qu’ils y utiliser des normes différentes. Quant aux plus jeunes, du
niveau primaire et donc en phase d’apprentissage de la langue, leur parcours scolaire
durera encore de nombreuses années, durant lesquelles il leur seront enseignées et
répétées les normes correctes en vigueur.
           Pour confirmer cette opinion des linguistes, dans son livre Parlez-vous texto
Anis (2001 : 68-69) a interviewé Alain Rey, directeur de la rédaction du dictionnaire Le
Petit Robert. Ce dernier maintient que les nouvelles technologies ne changent pas la
langue française mais seulement la façon dont on l’utilise. Un changement de la langue

                                                77
se situe au niveau de la structure de celle-ci, non en ce qui concerne son lexique. Ce
dernier changement est naturel. La mondialisation a entraîné une transformation plus
rapide mais non moins normale. Par leur créativité, les chats regorgent de nouveaux
mots ; « {[L]e dictionnaire s’y écrit tous les jours. » (ibid.)
             Une autre preuve que ceci n’est qu’un jeu est le livre de Phil Marso : Pa Sage
        25
a Taba . Ce petit « polar » de 32 pages est disponible, soit en version SMS, soit en
version langue française. L’auteur commente la langue de son livre de la façon suivante :
« Une fois que votre esprit à compris la gymnastique du SMS, vous verrez que ça [a] un
côté très ludique. »26




        7.3. Conclusion


             Notre travail a traité de l’orthographe de la cyberlangue française. A travers
celui-ci nous nous sommes efforcés de découvrir si l’orthographe de ce langage est régie
par des règles bien précises et si oui, lesquelles. De plus, nous avons cherché à savoir si
les procédés potentiels étaient spécifiques à la cyberlangue, par cela lui donnant par cela
un statut de nouvelle langue.


             Dans ce but, nous nous sommes d’abord penché sur la science étudiant les
mots c'est-à-dire la lexicologie. Celle-ci a pour centre d’intérêt le lexique c'est-à-dire
l’ensemble des mots disponibles à un locuteur. Nous avons porté davantage d’attention à
la néologie c'est-à-dire à la création de nouveaux mots ; celle-ci ayant des rapports
évidents avec la cyberlangue.
             Avant d’entamer la description des procédés de la cyberlangue, nous avons
d’abord décrit le monde dans lequel elle opère, celui-ci n’étant pas familier à tous. Nous
avons commencé par un portrait du point de vue historique et de ses utilisateurs. Nous

25
   Marso Phil 2004: Pa Sage a Taba. eds. Megacom-ik. vo SMS ou langue francaise. Extrait disponible
sur http://www.mobilou.org/pasagelire.htm
26
   http://www.mobilou.org/pasagelire.htm
                                                 78
sommes ensuite passé aux différents services proposés sur Internet en finissant par les
chats et la langue qui leur est propre, la cyberlangue.
           Nous avons enfin présenté de manière détaillée les différents procédés
orthographiques présents dans la cyberlangue, selon Anis en particulier mais également
d’après Dejond, Krautgartner et nous-même.


           Nous sommes ensuite passé à notre partie analytique ayant pour but
d’observer si les procédés décrits ci-dessus étaient réellement utilisés, de quelle manière
et en quelle quantité. Pour cela, nous avons utilisé un corpus formé de 12.555 mots soit
2.654 messages pris de cinq chatrooms différentes.
           Parmi celui-ci, nous avons trouvé 3.421 mots comportant un ou plusieurs
procédés de la cyberlangue soit un peu plus d’un quart de notre corpus. Parmi ces
procédés, les plus employés sont les réductions. Ceci est en parfait accord avec la nature
de la cyberlangue. Néanmoins, le second procédé que sont les étirements graphiques est
en contradiction avec l’idée d’abréviation. La plupart des autres procédés sont utilisés de
5 à 12%. Les moins employés sont le verlan, les rébus à transfert et les logogrammes.
Pour le premier, son manque d’utilisation est naturel mais pour les deux autres, des
moyens très efficaces d’abréviation, il nous a été surprenant de les trouver dans une
mesure si minime ; surtout pour les logogrammes puisqu’ils sont assez utilisés dans les
prises de note.


           Pour conclure notre analyse, nous avons soulevé certains points
pertinents pour notre étude ; celui de la nouveauté de la cyberlangue et son risque pour
l’orthographe standard.
           Le statut de nouvelle langue de la cyberlangue avait déjà été énoncé dans
notre introduction. Après avoir vu les différents procédés de leur point de vue historique,
nous sommes arrivé à la conclusion que la majeure partie de ceux-ci n’est pas spécifique
à cette néolangue à part les graphies phonétisantes, les logogrammes, les étirements
graphiques et l’écriture du son [] en <é>. Nos différentes sources acceptent ce dernier
point sans le discuter ; alors que la graphie <è> était plus correcte. Nous avons donc jugé
nécessaire de l’analyser nous-même. Nos recherches nous ont amené à trouver qu’en

                                             79
effet, dans une majeure partie de la France et dans la langue parlée en général, le son [ ]
est en fait prononcé [e]. Par conséquent, cette graphie représente simplement un
phénomène d’oralité ; ceux-ci étant nombreux dans la cyberlangue. Cependant, comme
nous venons de l’énoncer, la majorité des procédés utilisé dans la cyberlangue ne lui
sont pas propre. Par cela, nous avons décidé de conclure que la cyberlangue n’est pas
une langue nouvelle. Néanmoins, cela reflète largement notre point de vue personnel.
Une opinion différente pourrait facilement remettre en question notre conclusion.
           Toutefois, la cyberlangue est perçue par beaucoup comme un nouveau
langage mettant en péril les fondements de l’orthographe française. Cette crainte n’est
pas nouvelle et ressort à chaque apparition d’un nouvel argot. Les spécialistes du
langage ne voient pas la cyberlangue comme un risque mais plutôt comme un outil qui
aidera le français dans son évolution naturelle. A tous les puristes conservateurs, il
semble répondre qu’il faut vivre avec son temps et que la langue française fait de même.


           Cette étude nous semble avoir apporté de nombreuses réponses sur ce sujet
encore trop peu étudié. Cependant, il s’avère aussi en avoir soulevé plus. Par exemple, la
cyberlangue regroupe communément le langage abréviatif utilisé sur les chats, les e-
mails et les SMS. Ce regroupement nous paraît néanmoins bien trop simpliste. Comme
nous l’avons observé, la cyberlangue des chats n’est que grossièrement à tendance
abréviative. La forte utilisation de procédés comme les étirements graphiques ou la
préférence à l’écriture standard va à l’encontre de cette tendance. Néanmoins, cela est un
choix que les chatteurs peuvent faire. Si l’on se place dans l’optique de la cyberlangue
utilisée dans les SMS, où le nombre de caractères est généralement limité à 160, il nous
semble fort improbable de pouvoir remarquer les même tendances. Nous pouvons
émettre l’hypothèse que cette cyberlangue sera en fait bien différente de celle utilisée sur
les chats, non au niveau des procédés eux-même mais en ce qui concerne leur quantité.
A notre connaissance, aucune étude comparative n’a encore été faite en la matière mais
il nous semble qu’elle serait très informative sur les différentes cyberlangues.




                                            80
81
                      RÉSUMÉ EN FINNOIS
                  SUOMENKIELINEN TIIVISTELMÄ


Kieli kehittyy jatkuvasti. 2000-luku on tuonut mukanaan paljon uutta teknologiaa mm.
tietokoneet ja matkapuhelimet. Niiden myötä on kehittynyt myös uusi slangi:
verkkokieli. Vaikka esim. englanninkielistä verkkokieltä on tutkittu paljon, ranskan
kielessä aihe on vielä melko tuntematon. Tutkimukseni koskee ranskankielistä
verkkokieleltä ja sen oikeinkirjoitusta. Tutkimuksen tavoitteena on katsoa minkälaisia
oikeinkirjoituskonventioita        tutkimusmateriaalissa   voidaan    havaita.   Sen    lisäksi
tarkastellaan onko verkkokieli todella uusi kieli muoto.


Tutkielmani     aineisto   koostuu      Internet-keskusteluista.   Olen   valinnut   viisi   eri
keskusteluryhmää chat-huoneessa http://tchat.voila.fr/. En ole osallistunut keskusteluihin
enkä kertonut tutkimuksestani tai sen tavoitteista. Aineistoni koko on 2 654 viestiä eli 12
555 sanaa.


Tutkimukseni tarkoitus on tarkastella millaista kieltä chat-huoneissa käytetään. Näin
tutkimusaihe on osa leksikologiaa ja sananmuodostuksen alaa. Leksikologia on
kielitieteen ala, joka tutkii sanoja. (Niklas-Salminen 1997) Alan pääkäsitteitä ovat
leksikko, sanasto ja sana. Leksikko on sanojen kokoelma; sanasto on tietyn tilanteen
leksikon kokoelma (esim. lääketieteen sanasto). Sanasto on pienempi kokoelma kuin
leksikko, joka on kaikkien sanastojen kokoelma. Ihmisten leksikon sanojen määrää ei
ole laskettu. Se sisältää aktiivisia sanoja (7000-8000 sanaa), mutta myös passiivisia
sanoja eli sanoja, joita ei käytetä arkielämässä, mutta joiden merkitys tiedetään.
Olemassa olevien sanojen määrää on mahdotonta laskea. (Picoche 1992) Yksi
yleisimmistä sanan määrittelyistä on de Saussuren (1995) luoma merkki (signe). Sana eli
merkki koostuu kahdesta osasta: äänikuvasta (signifiant) esim. sana ”puu” ja ideasta
(signifié) eli puun käsitteestä.




                                               82
Merkitysopin näkökulmasta leksikologia tutkii sanoja monella eri tavalla. Käsitteinä on
esim. synonymia, antonyymia ja analogia. Muoto-opin näkökulmasta katsottuna
leksikologia tutkii miten uudet sanat syntyvät. Tätä kutsutaan neologiaksi. Aikaisemmin
neologismi tarkoitti pelkkää uutta sanaa, joka oli olemassa tavallisen sanan rinnalla. Sen
käyttö oli vain tyyliasia.1800-luvun loppupuolella neologismi sai sen nykyisen
merkityksen, eli uusien sanojen muodostuksen. (Gaudin & Guespin 2000) Uusi sana voi
tulla primitiivisen sananmuodostuksen kautta, eli uusi sana on kokonaan luotu, niin
sen muoto kuin merkityskin (esim. tuotemerkit kuten Kodak). Yleisin tapa on kuitenkin
konventionaalinen sananmuodostus. Se käyttää jo olemassa olevia sanoja ja luo uusia
sanoja tuttujen menetelmien avulla Näitä menetelmiä ovat esimerkiksi koostumus (esim.
kun tehdään yhdyssanoja), johtaminen etuliitteiden ja jälkiliitteiden avulla, kirjainsanat,
lyhennykset ja lainasanat. Myös verkkokieli käyttää suurinta osaa näistä menetelmistä.
(Niklas-Salminen 1997, Gaudin & Guespin 2000)


Uusien sanojen luomisen lisäksi verkkokielen erikoispiirteitä ovat sen tuttavallisuus,
sanojen lyhentäminen ja puhekielimäisyys. Chatissa on tarkoitus luoda ystävällinen
ilmapiiri, ja kieli on väline tämän saavuttamiseksi. Tuttavallisuus ja puhekielimäisyys
antavat puhekielisen vaikutelman. Sanojen lyhentäminen johtuu välineistä eli
tietokoneesta tai matkapuhelimesta. Chat-huoneissa keskustelut syntyvät spontaanisti. Ei
ole aikaa lukea uudestaan mitä kirjoitti tai tarkistaa virheitä. Tärkeintä on aitous ja
väärin kirjoitetut sanat ovat osa sitä. Sanasta seikasta johtuu myös nopeus, joka
vahvistaa puhekielimäistä ilmettä ja jonka takia suositaan lyhenteitä. (Dejond 2002, Anis
1981, 2002, Marty 2001)


Anis (1999, 2001, 2002) kuvailee miten chattailijat kirjoittavat, mitä tuttua tai uutta
oikeinkirjoitusmenetelmää he käyttävät ja millä tavalla. Aniksen mukaan on olemassa
kaksi erilaista oikeinkirjoitusmenetelmää: uudet kirjoitustavat (néographies) ja morfo-
leksikaaliset erikoispiirteet (particularités morpho-lexicales). Uusista kirjoitustavoista
hän mainitsee kuusi menetelmää. Ensimmäinen on äänneasun mukaiset kirjoitustavat
(graphies phonétisantes), jolloin ei kirjoiteta ranskan kielen ”ylimääräisiä” kirjaimia eli
kirjaimia, joita ei äännetä (esim. grave grav). Tämä kirjoitustapa lyhentää myös

                                            83
kirjainyhdistelmiä, jotka äännetään vain yhdellä äänteellä (esim. queke, beau bo)
Äänneasun mukaisella kirjoitustavoilla voidaan sana kirjoittaa myös puhekielen
mukaisesti (esim. pas po). Toinen menetelmä on konsonanttiset rungot (squelettes
consonatiques). Ranskan kielessä sanan tärkeimmät kirjaimet ovat konsonantteja. Sana
voidaan siis kirjoittaa käyttämällä vain ensimmäistä ja viimeistä konsonanttia (esim.
dans ds). Kolmas menettelytapa on tavugrammit (syllabogrammes). Jos jonkin sanan
äänneasu on sama kuin jonkin kirjaimen, sana voidaan korvata pelkällä kirjaimella.
(esim. cesc). Neljäs keino on kuva-arvoitukset (rébus à transfert), eli sana on
”kuvattu” tavugrammien ja logogrammien avulla (esim. demain 2m1, énergienrj).
Logogrammit ovat symboleja, joita käytetään esim. matematiikassa (esim. un1,
plus+). Kuudes uusi kirjoitustapa on paralogogrammit eli kirjainsanat, jolloin uusia
sanoja muodostetaan kirjoittamalla vain sanojen ensimmäiset kirjaimet (esim.: s’il vous
plaîtSVP). Aniksen mukaan uusien kirjoitustapojen lisäksi pitää huomioida morfo-
leksikaaliset erikoispiirteet, joihin kuuluu viisi menetelmää. Ensimmäisenä hän
mainitsee graafiset pidennykset, eli jonkun kirjaimen tai merkin perättäinen käyttö
(esim. merciiii!!!!). Toiseksi Anis mainitsee lyhenteet, jolloin voidaan säilyttää sanan
alku (esim. cinéma), sanan loppu (esim. problème) tai lisätä –o sanan alun jälkeen (esim.
alcoolique alcoolo). Kolmas menetelmä on anglisismit. Ne voivat olla suoria lainoja
englannin kielestä ilman muunnoksia (esim. kiss) tai ne voivat saada ranskan kielen
piirteitä (esim. chatter). Neljäs keino on kontinkieli. Ranskan kielessä tällä tarkoitetaan
verlan-slangia, jonka käyttö oli huipussaan 80-luvulla. Se käsittää tavujen kääntämisen
(esim.   poubelle      bellpou).   Viimeinen     morfo-leksikaalinen    menettelytapa   on
onomatopoeettiset sanat. Nuo huudahdussanat ovat samanlaisia äänteitä, joita
käytetään puhekielessä tai sarjakuvissa (esim. hihi). Aniksen menetelmien lisäksi
huomasin verkkokielen eroavan normaalista kielestä            pilkutuksen, alkukirjaimien,
korkomerkkien ja partisiippien kohdalla. Verkkokielessä ei yleensä käytetä pisteitä tai
pilkkuja lauseiden ja virkkeiden lopussa. Myöskään isoja alkukirjaimia ei käytetä
lauseiden alussa. Korkomerkit jäävät usein kirjoittamatta ja Dejondin (2002) mukaan
chattailijat,   jotka   eivät   halua   miettiä   oikeaa   partisiipin   muotoa,   käyttävät
syllabogrammia (esim. manG = mangé, mangés, mangée jne.). Anis (1999, 2001, 2002,
Dejond 2002)

                                             84
Analyysissani olen tarkastellut käyttivätkö chattailijat Aniksen esittelemiä menetelmiä.
Aineistoni sanoista 27%:ssa, eli n. neljäsosassa, on käytetty jotain verkkokielen
kirjoitustapaa. Aineistosta löytyi kaikki verkkokielen pääpiirteet, eli tuttavallisuus,
lyhentäminen ja puhekielimäisyys. Tuttavallisuus ja puhekielimäisyys näkyivät
sanastossa. Kohteliaisuusilmaisuja ei aineistossa käytetty. Ihmiset, jotka käyttivät
huoliteltua kieltä, antoivat vaikutelman etteivät halua kuulua ryhmiin. Puhekielimäisyys
näkyi   sanojen     rekisterissä.   Onomatopoeettiset   sanat   ja   lyhenteet   vahvistivat
puhekielimäistä ilmettä. Lyhenteitä käytettiin jokaisen chat-huoneen keskusteluissa.
Tosin myös graafisia pidennyksiä käytettiin paljon. Uskon, että niiden käyttö on
tyypillistä vain chat-huoneiden verkkokielessä.


Äänneasun mukaisia kirjoitustapoja ilmeni noin neljäsosassa verkkokieltä. Tätä
menetelmää käytettiin useimmiten. Verkkokielelle ominaisen lyhyyden mukaisesti se on
loogista. Graafisia pidennyksiä esiintyi toiseksi useiten (noin joka viidennessä sanassa).
Kolmannella sijalla olivat paralogogrammit eli kirjainsanat. Suurimman osan niistä
muodostivat lyhenteet lol (Laughing Out Loud) tai mdr (Mort De Rire), jotka ovat
tyypillisiä kirjainsanoja verkkokielessä. Suurin osa anglisismeistä (joita löytyi vain 8%
verkkokielestä) muodostui sanasta lol. Muita lyhennysmenetelmiä käytettiin hieman.
Lyhenteiden lisäksi tavugrammeja ja logogrammeja käytetään hyvin vähän, vaikka ne
ovatkin tehokkaita keinoja lyhentää sanoja.


Yllämainittujen menetelmien tarkastelun lisäksi tein muita huomioita. Ensin vastaus
kysymykseen: onko verkkokieli uusi kielimuoto oikeinkirjoituksen näkökulmasta?
Esittämieni       aikaisempien      tutkimusten    mukaan       verkkokielessä     käytetyt
kirjoitusmenetelmät ovat uusia. Kuitenkaan tutkimustulokseni eivät noudata tätä
näkemystä. Logogrammien ja graafisten pidennysten käytön ei ole tarkkaa alkuperästä
tietoa, mutta on selvää, että niitä on käytetty myös ennen verkkokielen syntyä.
Myöskään äänneasun mukaisista kirjoitustavoista ei ole paljoa tietoa. Vaikka toteaisin,
että äänneasun mukaiset kirjoitustavat ovat tyypillisiä verkkokielessä, kaikki muut
verkkokielen ominaispiirteet ovat olleet käytössä ennen verkkokielen syntyä. Ainoa uusi
piirre, jonka löysin aineistostani on eräs fonologinen piirre, johon Anis ja muut tutkijat

                                              85
eivät ole puuttuneet. Ranskan kielessä, <e> kirjaimen avulla voidaan kirjoittaa äänteet
[e] ja [] eri korkomerkkien avulla. <é> on äänne [e] ja <è> on äänne [ ].
Verkkokielessä äänne [] on usein kirjoitettu <é> avulla. Mietin syytä tähän. Näyttää
siltä, että nykyranskan yleispuhekielessä Etelä-Ranskassa ja osassa Pohjois-Ranskaa
(mutta ei esim. Pariisissa) ranskalaiset eivät tee selvää eroa [e] ja [ ] äänteiden välillä.
(Kalmbach 2003, Lefebvre 2000 , Walter 1998) Siten tapa kirjoittaa [] <e>:lla on vain
tapa esittää puhekielimäisyyttä. Lopullinen johtopäätökseni on kuitenkin, että
oikeinkirjoituksen näkökulmasta verkkokieli ei ole uusi kielimuoto.


Uusien kielimuotojen mukana nousee aina esiin kysymys niiden vaikutuksesta
yleiskieleen. Verkkokielen oikeinkirjoitus ja Internetissä paljon käytetty englannin kieli
nähdään uhkana korrektille ranskan kielelle. Tutkimuksessani totesin kuitenkin, ettei
englantia käytetty paljon verkkokielessä. Vaikka englanti on pääkieli Internetissä,
termeille löytyy usein vastine ranskan kielessä. Sana ”e-mail” on suurin poikkeus. Entä
onko    totta,   että   verkkokielen    kirjoitustapa   voi   vaikuttaa    ranskan    kielen
oikeinkirjoitukseen? Kaikki verkkokielen asiantuntijat toteavat (Anis 2001, 2002, Marty
2001), että näin ei tapahdu. Säännöt on ensin tunnettava, jotta niitä pystyisi rikkomaan.
Chattailijat ovat oppineet ranskan kielen koulussa ja tuntevat oikeinkirjoituksen.
Todisteena tästä on, että verkkokieltä käytetään pelkästään chat-huoneissa. Kukaan ei
kirjoita työhakemustaan tai referaattiaan verkkokielellä. Tosin osa chattailijoista on
vasta koululaisia; mutta koulun tehtävä onkin opettaa heille oikeinkirjoitusta. Näin hekin
oppivat tekemään eron verkkokielen ja yleiskielen välillä.


Tämä työ on antanut monta vastausta verkkokielestä ja sen oikeinkirjoituksesta. Samalla
se on myös tuonut esiin joukon muita kysymyksiä, esim. jos verkkokielen erityispiirre
on lyhentäminen, miksi graafisia pidennyksiä käytetään niin paljon? Syvällisempi
tutkimus aiheesta olisi hyödyllinen. Lisäksi verkossa esiintyvien eri kielimuotojen (eli
chat-huoneiden, sähköpostien ja tekstiviestien) välinen vertailu auttaisi paremmin
ymmärtämään aihetta.



                                             86
                                  BIBLIOGRAPHIE



ANIS, J. 2002. Communication électronique scripturale et formes langagières : chats et
     SMS. In Université de Poitiers. Réseaux humains / réseaux technologiques. Actes
     des rencontres 2002.
      http://oav.univ-poitiers.fr/rhrt/2002/actes%202002/jacques%20anis
     (page consultée le 01.10.2003).
ANIS, J. 2001. Parlez-vous texto ? Paris : Le cherche midi.
ANIS, J.1999. Internet, communication et langue française. Paris : Hermès Science
     Publications.
ANIS, J. 1999. Chats et usages graphiques du français. In Internet, communication et
     langue française. 71-90. Paris : Hermès Science Publications.
ANIS, J. 1998. Texte et ordinateur. Paris, Bruxelles : Université de Boeck.
ANIS, J. 1981. Écrit/oral : discordances, autonomies, transpositions. Études de
     linguistique appliquée. 42, avril-juin, 7-22.
BOYER, H. 1997. « Nouveau français », « parler jeune », ou « langue des cités » ? In
     Langue Française, 114, Juin, 6-15.
CALVET, L.J. 1997. Un « melting pot » linguistique. In Le Français dans le monde.
     292, 23.
CRYSTAL, D. 2001. Language and the Internet. Cambridge : Cambirdge University
     Press.
DEJOND, A. 2002. La cyberl@ngue française. Tournail (Belgique) : La Renaissance du
     Livre.
Dictionnaire de l’informatique et d’internet. www. dicofr.com
ELOY, J.M. 1999. L’internet et la politique linguistique française. In Internet,
     communication et langue française. 135-155. Paris : Hermès Science Publications.
FARACO, M. 1997. Technique de prise de notes en français spécialisé. In Le Français
     dans le monde. 287, 38-40.
GADET, F 2003. La variation sociale en français. Paris : OPHRYS.



                                            87
GAUDIN, F & GUESPIN, L. 2000. Initiation à la lexicologie française. Bruxelles :
     Editions Duculot.
GOUDAILLER, J.P. 2002. De l’argot traditionnel au français contemporain des cités. In
     La Linguistique. 38, 1, 5-23.
GROMOV, G. s.a. Roads and Crossroads of Internet History
     http://www.nua.ie/surveys/how_many_online/europe.html
     (site visité le 09.04.2004)
KALMBACH, J.M. 203. Phonétique et prononciation du français. Jyväskylä : Manycon
     édition.
KRAUTGARTNER,            K.   2003.   Techniques   d’abréviation   dans   les   webchats
     francophones. In Linguistik online. 15, 3/03. 1-21. http://www.linguistik-
     online.de/15_03/krautgartner.pdf (site visité le 23.03.04)
LEFEBVRE, A 2000. Les sons é et è en français. In La Linguistique. 36, 1-2, 367-370.
MANGENOT, F. 1999. L’intérêt pédagogique des mondes virtuels. In Internet,
     communication et langue française. 93-111. Paris : Hermès Science Publications.
MARTY, N. 2001. Les textos, un danger pour l’orthographe ? In Magazine
     Enseignants.com.
     http://www.enseignants.com/mag/impression.pas?nun_art=571&nun
     (page consultée le 01.10.2003)
MEGACOMIK.COM. Maison d’éditions. http://www.megacomik.com/ (page visitée le
     15.02.2004)
MÉLA, V. 1997. Verlan 2000. In Langue Française. 114, juin, 16-34.
Microsoft France.
     http://www.microsoft.com/france/internet/ressources/dossiers/spam/default.pas
     (page visitée le 08.05.2004)
NIKLAS-SALMINEN, A. 1997. La lexicologie. Paris: Armand Colin.
OLIVIERI, C. 1990. Orthographe: la fin d’un tabou. In Le Français dans le monde. 236,
     47-52.
PANCKHURST, R. 1999. Analyse linguistique assistée par ordinateur du courriel.
     In    Internet, communication et langue française. 55-70. Paris : Hermès
     Science Publications.

                                           88
Petit Larousse compact. 1999. Paris : Larousse.
PICOCHE, J. 1992. Précis de lexicologie française : l’étude et l’enseignement du
     vocabulaire. Paris : Nathan.
POTTIER, B. 1992. Sémantique générale. Paris : PUF
SAUSSURE, F. de. 1995. Cours de linguistique générale. Paris : Grande Bibliothèque
     Payot
SORIANO, A.S. 1999. L’interjection dans la BD : Réflexions sur sa traduction. In
     Meta. 44. 4. 582-603.
TAPSCOTT, D. 1998. Growing up digital : The rise of the net generation. New York :
     Mc Graw-Hill.
TRANEL, B. 2000. Aspects de la phonologie du français et la théorie de l’optimalité. In
     Langue française. 126, 39-72.
VAIREL, H. 1989. La présentation matérielle d’un manuscrit dactylographié. Poitiers :
     Nathan.
VERDELHAN-BOURGADE, M. 1991. Procédés sémantiques et lexicaux en français
     branché. In Langue Française. 90, 65-79.
VERDELHAN-BOURGADE, M. 1990. Syntaxe du français branché. In La
     Linguistique. 26, 1, 53-69.
WALTER, H. 2002. Nouveaux mots et nouvelles tournures en français chez les
       internautes. In Praxis des Neusprachliichen Unterrichts. 49, 1, 82-84. Cornelsen
WALTER, H. 2001. Nouveaux mots et nouvelles tournures en français. In Praxis des
       Neusprachliichen Unterrichts. 48, 287-289.
WALTER, H 1998. Le français d’ici, de là, de là-bas. Paris : eds. Jc Lattès.
WALTER, H. 1997. Le lexique de l’informatique et l’emprise de l’anglais. In La
       linguistique. 33, 2, 45-59.




                                           89
1.1 ANNEXE 1: ETRAIT DU CORPUS

JoHnOuNeT:          Playboy_fan_ touche toi en pensant a ta copine
JoHnOuNeT:          ..
camille04|Eblouie:  mdrrrrrrrrr
JoHnOuNeT:          oupS a moin ke .. tu sois un de c pervers ki se touche sur d
                    femmes de 50ans ki pose pr d playboy ?
GEMBO[BoGoss]:      JoHnOuNeT t sur qil en a une ?
montoyaaa:          helloooo
JoHnOuNeT:          han vraiment dslé KOI
JoHnOuNeT:          lol GEMBO[BoGoss]
JoHnOuNeT:          justement nan je pense po
JoHnOuNeT:          il doit etre excité a la vue de lépole dune fille
GEMBO[BoGoss]:      koSt !!
koSt:               Yo GEMBO[BoGoss] !!
Playboy_fan_:       Je pense à Beyonce qui devait poser nue pour David lachapelle
                    et qui à fait la myjorée et la scandalisée !
Playboy_fan_:       Jamais je ne poserais nue !
SwEeT_NeSs:         kisssssssssssssss koSt mes bisous moi je veut bien
JoHnOuNeT:          ....
JoHnOuNeT:          Playboy_fan_ ta ke ca a faire matter d playboy ?
JoHnOuNeT:          ( .. )
koSt:               Bisous SwEeT_NeSs :)
Playboy_fan_:       eh bien arrêtes de montrer ton cul dans tes clips alors !
JoHnOuNeT:          c bon koi ya britney ki pose nue
JoHnOuNeT:          tu ten fou de beyoncé
JoHnOuNeT:          .
SwEeT_NeSs:         non non non koSt
JoHnOuNeT:          ma ChachaRedHotPowAaA bisousssssssss
Playboy_fan_:       stp !
ChachaRedHotPowAaA: kisssssssssssssssssssssssssssss mon JoHnOuNeT
KaLiNeKa:           MDR
KaLiNeKa:           .
Playboy_fan_:       playboy c'est pas porno c'est esthétique !
JoHnOuNeT:          mdr
JoHnOuNeT:          javé oublié
KaLiNeKa:           a fond
JoHnOuNeT:          poser nu est un art
KaLiNeKa:           je kfife ce coté de l"estétik" pa vou ?
                                        90
JoHnOuNeT:          perso
Playboy_fan_:       on admire les belles photos et la beauté des corps !
JoHnOuNeT:          voir une femme de 50ans posé nu
JoHnOuNeT:          jtrouve po ca bo
ChachaRedHotPowAaA: sa va JoHnOuNeT ?
JoHnOuNeT:          la voir se toucher encore moin
ChachaRedHotPowAaA: ben ki trouve sa bo JoHnOuNeT
AtChOuM:            ALors on dit pas bonjour ? :p
JoHnOuNeT:          lol ChachaRedHotPowAaA
JoHnOuNeT:          ca va merci et toi ?
JoHnOuNeT:          AtChOuM yeeee^
ChachaRedHotPowAaA: jvé bien mci
AtChOuM:            huhu
JoHnOuNeT:          yeeep




   ANNEXE 2: GLOSSAIRE

   Arobase


   « Quant à l’arobase (@), mot mystérieux dont beaucoup se sont demandé d’où il
   venait et y ont parfois vu un néologisme, son origine énigmatique a elle aussi été
   expliquée grâce aux recherches poussées de Giorgio Stabile, professeur en histoire
   des sciences à l’université de Rome. Le @ était déjà présent dans le courrier des
   marchands vénitiens du XVIe siècle et désignait une mesure (environ 26 litres)
   employée dans le commerce du vin et appelée amphore. Le @ est d’ailleurs souvent
   utilisé dans les pays anglophones, et depuis longtemps, et signifie « au prix de ».
   L’origine du mot « arobase » se trouvait donc dans le jargon propre au commerce et
   à l’économie… dans les lettres marchandes provenant de la Cité des Doges (XVIe
   siècle), on retrouve également le @ : Giorgio Stabile y comprend alors le lien entre
   l’amphore et l’arobase, et sa théorie est confirmée par un dictionnaire arabo-italien :
   le @ serait donc d’origine arabe et daterait de 1492, où il signifiait déjà

                                           91
« amphore »… C’est l’ingénieur américain Ray Tomlinson, l’un des pères
fondateurs de l’Internet (il a fondé son précurseur, Arpanet), qui a remis l’arobase
en circulation : au début des années 1970, il imagine un poste électronique individuel
et choisit de placer le @ entre le nom de l’émetteur ou celui du destinataire, et le
poste électronique en question. C’est ce signe, dont Giorgio Stabile précise que Ray
Tomlinson l’a trouvé par hasard sur son clavier, qui deviendra le symbole pivot des
adresses électroniques ! Mais le @, présent dans l’écriture médiévale, signifiait ad,
soit « vers, à ». Beaucoup d’hypothèses circulent quant à l’origine précise de cet
arobase. » (Dejond 2002 : 31)
« Nom français du signe @ "a commercial". L'arobase a été inventé par des moines
copistes au moyen-age. » (Dictionnaire de l’informatique et d’internet)




Chat


« (prononcer à l'anglaise, tchatte)
Sans traduction française satisfaisante. Une discussion en ligne en temps réel. »
(Dictionnaire de l’informatique et d’internet)


Cyber-


« Le mot cyber lui-même n’est pas du tout né, contrairement à ce que l’on pourrait
croire, dans la mouvance de la Toile. Si l’on y repère son origine anglaise,
cybernetics (« contrôle et régulation des êtres et des machines », in Dictionnaire des
mots d’origine étrangère, Larousse, H. Walter et G. Walter), on ignore plus souvent
qu’il est emprunté du grec kubernêtikê (« art de gouverner ») dès… 1834 ! Il s’agit
de la substantivation du féminin de l’adjectif kubernêtikos, dérivé de kubernan
(« piloter, diriger, gouverner ») (in A. Rey, Dictionnaire historique de la langue

                                        92
française, Le Robert). C’est Ampère qui l’a repris le premier, pour traduire l’étude
des moyens de gouvernement. Très vite oublié, il réapparaît au XX e siècle, en 1948,
et désigne cette fois l’étude des processus de contrôle et de communication chez
l’être vivant et la machine… » (Dejond 2002 : 30)



       Gigabyte

« Un billion de bytes ! En d'autres termes, beaucoup d'espace pour stocker vos
données... » (Dictionnaire de l’informatique et d’internet)


Protocole


« Description des formats de messages et règles selon lesquelles deux ordinateurs
échangeront des données. Les protocoles décrivent également les détails de bas
niveau sur la façon dont deux machines communiquent ou des échanges de haut
niveau entre deux programmes. » (Dictionnaire de l’informatique et d’internet)



       SMS

« SMS (Short Messaging Service), également appelés textos, messages écrits limités
à 160 caractères, que l’on s’envoie via le clavier et l’écran du téléphone mobile. »
(Dejond 2002 : 18)



       Spam
”A l'origine, le terme Spam est une marque déposée de viande en boîte. Son sens de
"courrier non sollicité" provient d'un sketch des Monty Pythons au cours duquel des
vikings (!) répètent continuellement ce mot... au point d'en submerger littéralement
leurs interlocuteurs. » (www.microsoft.com)
« L'encombrement délibéré d'un forum de discussion ou un compte e-mail par
l'envoi de messages non sollicités, telles les annonces à caractère publicitaire. Arme
                                        93
psychologique employée contre certains envois non grata. 53,6 milliards d'e-mails
non sollicités ont été reçus par les Américains durant l'année 2000. Ce chiffre paraît
néanmoins raisonnable au vu des 10 milliards d'e-mails échangés chaque jour dans le
monde. » (Dictionnaire de l’informatique et d’internet)



       Toile

« Traduction française de Web. » (Dictionnaire de l’informatique et d’internet)




                                       94

								
To top