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Les sciences sociales au miroir des échelles d'observation

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posted:
11/25/2011
language:
French
pages:
19
Décisions, rationalités et échelles

d’observation

Dominique Desjeux

Professeur à la Sorbonne

(Université Paris 5)

Les sciences sociales, Que-

sais-je? PUF, 2004

www.argonautes.fr

Pour comprendre les décisions



 Les décisions relèvent de quatre grandes échelles

d’observation



 Macro-sociale

 Meso-sociale

 Micro-sociale

 Micro-individuelle



 La place et le rôle de l’individu varie en fonction des

échelles

 A chaque échelle le principe qui fonde la rationalité

varie

1 - Les échelles d’observation



Echelle des appartenances sociales

Macro-social





Echelle des organisations

Meso-social et des systèmes d’action







Micro-social Echelle des espaces domestiques

et des petits groupes





Micro-individuel Echelle des Individus



Échelle du cerveau

neurobiologique

Echelle macro sociale



Ce que l’on voit à une

échelle disparaît à une autre

échelle





Echelle meso sociale









Échelle micro sociale







Échelle micro individuelle









Échelle neurobiologique L’acteur apparaît ou disparaît

en fonction des échelles

Liberté, décision et échelle

d’observation





Echelle Observation

Macro-social Déterminisme



Meso/Micro-social Marge de manœuvre

Maximum de liberté

Micro-individuel même si l’inconscient

re-limite la liberté





Biologique Déterminisme

Les trois formes de la décision



 A l’échelle micro-individuelle, la décision est

analysée comme un arbitrage

 Aux échelles micro-sociales et meso-

sociales, la décision est analysée comme

une suite d’interactions entre des acteurs

sociaux, en situation et sous contrainte

 A l’échelle macro-sociale, la décision devient

invisible en tant que telle. Elle devient un

résultats

Existe-t-il des « décisions absurdes » ?



 Le cas de la navette Columbia en février 2003

 Un message pose le problème des tuiles et demande des

photos, ce qui est refusé par les décideurs

 La navette se désintègre plus tard à cause du

réchauffement des tuiles

 Y a-t-il eu une décision absurde? (Claude Morel, 2003)

 Le problème est que ce message faisait parti de centaines

d’autres

 Le problème c’est le « bruit » en amont de la décision qui

rend la décision « indécidable » en rationalité « pure »

 S’il n’y a pas de décision absurde en absolu cela ne

veut pas dire qu’il n’y a pas de décision injuste,

illégitime ou inefficace

Détermination et indétermination : le

paradoxe de la décision



 Une décision c’est à la fois

 Une action dans un champs structuré par des contraintes ou

des appartenances sociales d’où un effet de détermination

 mais avec une trajectoire imprévisible dans le temps d’où un

effet d’indétermination

 tout en étant décidée par des acteurs d’où un effet de jeu entre

ces deux effets

 La plupart du temps une décision doit donc se prendre

en aveugle

Ex: UMTS pour France Telecom ou IRIDIUM pour

Motorola

En anthropologie



 Socialement, la rationalité n’existe pas en soi

 Elle varie en fonction de la diversité des cultures

 Elle varie en fonction de la variété des logiques sociales

 Ce qui paraît rationnel ou irrationnel d’un point de vue technique

ou économique peut tout à fait être rationnel du point de vue :

– des contraintes matérielles

– du jeu social, de intérêts, des rapports de pouvoir

– de la symbolique des acteurs

 La rationalité se déplace tout au long de l’itinéraire de la

décision

 Ex: Est-il plus rationnel de soutenir les sociétés de câble ou de

téléphone dans le Vermont aux USA en faveur d’une franchise

par commune ou d’un accord global au niveau de l’Etat

2 – l’échelle micro-individuelle



 La décision apparaît:

 comme un choix

 Réalisé par une personne

 A un moment unique



 C’est à cette échelle que l’opposition

rationnel/absurde semble le plus visible

 Cependant d’un point de vue cognitif on constate

aussi des « tunnels cognitifs » qui limite la rationalité

de l’acteur (cf. Palmarini)

La décision comme arbitrage



 Modèles des motivations inconsciente et

symbolique

 Modèle coût bénéfice

 La routine

 l’aversion (une caractéristique déplait)

 L’attraction (une caractéristique plait)

 L’évaluation (plusieurs critères hiérarchisés)

 La compensation (pas de hiérarchie)

 L’indifférence (les produits peu implicants)

 L’économie (prix intéressant sans autre préférence)

3 – L’échelle macro-sociale



 La décision comme arbitrage et processus

disparaît

 Elle s’explique par un effet d’appartenance

 Elle devient une boite noire

 Au profit de corrélations entre plusieurs facteurs

Le vote et l’âge (N. Mayer)

le coût et le gain du mariage (Singly),

le goût et la classe (Bourdieu)

le suicide et la cohésion sociale (Durkheim)

Le « choix » religieux et les appartenances

sociales









Francoscopie 2005,

G. Mermet

La courbe épidémiologique une vision fluide

des décisions à l’échelle macro

Des innovateus aux retardataires









Retardataires





Majorité tardive









Majorité précoce



1943, la courbe de diffusion Adopteurs précoces

du maïs hybride,

Ryan and Gross (E. Rogers, 1962) Innovateurs

4 - Les échelle meso et micro-sociale



 La décision apparaît comme

 un processus dans le temps

 La résultante d’une série d’interactions entre

acteurs

 Sous contrainte de situation

 Sur la base de calculs rationnels et émotionnels

 Encastrés dans des rapports de pouvoir

 La rationalité se déplace tout au long du

processus

La décision comme flux de tensions



 Le cas de word 6 au ministère de l’Equipement :

passer de word 2 à word 6 (1992-1995)

 Quelques leçons

 Un processus de décision n’a souvent ni commencement ni

fin en soi

 Les déclenchements de la décision sont dispersés et

aléatoire: Les déclencheurs de la décision peuvent venir de

n’importe où (de Seattle aux USA, cf. la version beta; ou

d’un bureau d’étude dans un département français)

 « L’échelle de perroquet »: la décision est prise dans un

environnement en mouvement perpétuel

 Le « Point de Panurge »: on sait que la décision est prise

quand tout le monde suit (A. Cottereau)

La décision: une pratique

d’accompagnement de la tension



 La décision est encastrée dans une courbe de la

tension avec une « fenêtre de tir » qu’il faut

choisir, bien souvent en aveugle

 Baisse de la tension: le flou est ici un moyen de

gérer les tensions en laissant aux acteurs des

marges de manœuvre.

 Prendre une décision trop tôt dans la courbe peut

augmenter la tension

 La décision c’est créer un moment d’ordre dans

un univers instable

Les déplacements de la rationalité

sociale



 Le moment qui précède la décision: la

rationalité est plutôt visible

 Le moment du passage à l’action demande

de mobiliser de la croyance et de l’imaginaire

face aux incertitudes de la situation: la

rationalité est moins visible

 La réception de la décision qui suit la prise de

décision: la rationalité change et de divise en

fonction des acteurs. Ce qui paraissait

rationnel peut devenir irrationnel ou être

réinterprété

Conclusion : les jeux de la décision



 Entre le drame et la dramatisation

 Le jeu du flou et du précis

 le jeu de l’oral et de l’écrit

 Le jeu de l’affectif (sous contrainte) et du rationnel

 La rhétorique de la transparence…pour les autres

 Le jeu de la standardisation et de la création

 La rationalité de la décision varie en

fonction des effets de situation et de

la position des acteurs

 La décision relève plus du surf que de

la décision à froid



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