PSYCHOLOGIE SOCIALE
Chapitre 1 : introduction
Qu’est ce que la psychologie sociale ?
La psychologie sociale est une discipline scientifique qui vise à comprendre et à expliquer la façon
dont les pensées, les sentiments et les conduites des individus sont influencés par la présence réelle,
imaginaire ou implicite d’autrui.
L’objet d’étude de la psychologie sociale est L’influence sociale.
En quoi la psychologie sociale diffère-t-elle des disciplines connexes ?
Lapsychologie sociale :
- C’est une spécialité de la psychologie.
- Elle s’intéresse à la relation entre deux ou plusieurs sujets face à un objet.
- Elle s’intéresse plutôt aux interactions entre les individus et aux facteurs de la situation qui
expliquent le comportement.
- Elle repose en grande partie sur l’expérimentation.
La psychologie générale :
- Elle étudie les comportements qui ne sont pas reliés à l’influence sociale (Ex p. 4 : l’illusion de
Delboeuf, cette illusion n’a rien à voir avec l’influence sociale).
- Elle s‘intéresse à la relation entre un sujet et un objet.
La psychologie de la personnalité :
- Elle met l’accent sur les différences individuelles.
La sociologie :
- Elle a davantage recours à l’observation.
- Elle s’intéresse autant aux phénomènes que l’on peut qualifier de microsociaux qu’aux
phénomènes de groupe et à ceux qui ont pour cadre la société globale.
Regard sur l’histoire de la psychologie sociale
1897 Norman Triplett : il réalise la première expérience de psychologie sociale (modification de la
performance lorsqu’une tâche est accomplie par deux personnes en même temps la
facilitation sociale).
1908 Edward Ross et William McDougall : ils publient simultanément les deux premiers ouvrages
intitulés « Social Psychology ». Ross : organisation sociale par imitation – McDougall :
« instinct familial ».
1946 Solomon Asch : il est le premier à étudier la façon dont se forme impression sur autrui.
1957 Léon Festinger : il formule une des plus importantes théories du changement d’attitude
dissonance cognitive.
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1963 Stanley Milgram : il rapporte les résultats d’une série d’études sur l’obéissance dans
lesquelles il demande à ses sujets d’infliger des chocs électriques importants à une personne.
1968 Bibb Latané et John Darley : ils décident d’étudier l’altruisme à la suite d’un meurtre auquel
de nombreux témoins ont assisté sans prêter assistance à la victime.
1968 Gordon Allport : il a défini la psychologie sociale.
1969 Serge Moscovici : déplorant une lacune dans l’étude de l’influence sociale, inaugure un
programme de recherche sur l’innovation.
1972 Irving Janis : il explique par la pensée de groupe le fait que la prise de décision en groupe
conduit à d’importantes catastrophes.
1975 Martin Fishbein et Icek Ajzen : ils expliquent le comportement social par le rapport entre les
croyances, les attitudes et les intentions de comportement dans ce qu’ils appellent la théorie
de l’action raisonnée.
1980 Richard Nisbett et Lee Ross : ils montrent les limites de la pensée sociale en faisant un
inventaire des erreurs et des biais cognitifs qui l’affectent.
Les ancêtres : certains philosophes étaient des psychologues sociaux
PLATON a conçu l’esprit humain comme divisé en 3 composantes :
- Le cognitif (les idées).
- L’affectif (les sentiments).
- Le conatif (la volonté).
ARISTOTE, avance, lui, certaines idées au niveau de la persuasion.
Selon HOBBES, l’être humain est mû par le besoin de dominer les autres. Ainsi, le comportement
social s’expliquerait par la compétition constante à laquelle se livrent les individus pour s’approprier
les richesses, les honneurs et le pouvoir. Mais cette interprétation ne suffit pas à expliquer
l’ensemble des comportements sociaux.
JEREMY BENTHAM explique le comportement humain par la recherche du plaisir et l’évitement de la
douleur. Selon lui, la durée, l’intensité la certitude et la pureté d’un plaisir se mesurent.
Les balbutiements : de la spéculation à la vérification expérimentale
La première recherche expérimentale en psychologie sociale fut réalisée en 1898 par TRIPLETT , sur
la facilitation sociale. Pour lui, une personne accomplissant une tâche avait un meilleur
rendement si elle était accompagnée de quelqu’un d’autre que si elle était seule.
En 1908, MC DOUGALL ramenait le comportement social aux instincts (Ex : la société se base sur un
regroupement familial par « instinct familial »).
EDWARD ROSS expliquait, lui, l’organisation sociale par l’imitation.
Dans les années 1920 et 1930, la psychologie sociale connut quelques succès avec, entre autres, la
mesure des attitudes et l’étude de la formation des normes. Cependant, c’est surtout à la fin de la
Seconde Guerre mondiale qu’elle atteignit sa vitesse de croisière.
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L’âge d’or : la psychologie sociale à la rescousse de la société
La psychologie sociale eut un énorme succès à la fin de la Seconde Guerre mondiale et à l’aube de la
guerre froide. Elle voulait contrer la propagande communiste aux Etats-Unis, et se demandait
comment des individus pouvaient obéir à des ordres insensés (Nazis). Elle s’est aussi intéressée à
l’interaction entre les individus au sein de petits groupes (prolongement des recherches de KURT
LEWIN).
Le scepticisme : les doutes de certains chercheurs à l’égard de la psychologie sociale
Fin des années 1960, certains croient la psychologie sociale vouée à l’échec en raison de deux
lacunes :
- La relativité de ses principes.
- Son origine presque exclusivement américaine.
C’est vrai, mais pour combien de temps ?
Pour certains psychologues (GERGEN), la psychologie sociale découvre des lois et principes
acceptables à son époque seulement (Ex : conformisme – sexe).
La domination de la psychologie sociale américaine : un javanais n’est pas un américain
La psychologie sociale est apparue en Amérique. Les expériences sont donc faites sur des américains.
Or, ceux-ci ne sont pas représentatifs de la population mondiale. Il faut tenir compte des différences
culturelles.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
La psychologie sociale s’applique à un grand nombre de domaines. Ainsi, une psychologie sociale
appliquée va faire son apparition.
La recherche en psychologie sociale
Recherche fondamentale Recherche appliquée
Son principal objectif est d’accroître les Elle s’attache avant tout aux moyens de
connaissances sur le comportement social. résoudre des problèmes sociaux.
Le chercheur poursuit sa quête de Un problème peut être résolu même si ses
connaissances indépendamment de tout but causes échappent au chercheur.
pratique, il élabore des théories et les vérifie.
C’est une entreprise privée ou un organisme
Elle s’effectue habituellement en laboratoire gouvernemental qui soumet au chercheur le
et elle est plus souvent de nature problème à résoudre, et les études se font
expérimentale et elle se distingue de la habituellement sur le terrain.
recherche appliquée par son plus grand souci
de précision. Le chercheur s’intéresse surtout à l’élaboration
de programmes d’intervention en vue de
Le chercheur construit des expériences qu’il résoudre un problème social précis et à
va étudier à fond pour faire progresser les l’évaluation de l’efficacité de ces programmes.
connaissances.
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Connaître par l’observation systématique
On peut étudier un comportement social en le décrivant L’observation systématique est une
méthode de recherche qui permet de décrire le comportement des sujets observés
indépendamment de toute intervention du chercheur.
Le chercheur peut aussi se livrer à une observation participante afin de voir les personnes observées
plus naturelles et spontanées. Une observation participante est une méthode de collecte des
données où l’observateur se joint à un groupe et participe à ses activités tout en notant les
comportements des membres du groupe.
Les deux techniques permettent de se faire une meilleure idée sur les personnes observées.
Connaître par la mise en relation des variables
La méthode corrélationnelle est une méthode de recherche où deux variables (ou plus) sont
mesurées afin de vérifier s’il existe une relation entre elles.
Attention, on ne peut pas établir non plus une relation de cause à effet à partir de ces variables,
parce qu’on ne peut pas manipuler ces variables, c’est-à-dire les modifier en recourant à
l’expérimentation.
Connaître par la manipulation des variables
La méthode expérimentale est une méthode de recherche dans laquelle au moins un facteur (la
variable indépendante) est manipulé systématiquement pour déterminer si la modification effectuée
produit un effet sur un autre facteur (la variable dépendante).
La variable indépendante est la variable que le chercheur manipule systématiquement dans une
expérience.
La variable dépendante est la variable que le chercheur mesure pour déterminer l’influence de la
variable indépendante sur le comportement.
L’éthique, connaître mais à quel prix ?
Pour faire une recherche sur des personnes, celles-ci doivent donner un consentement éclairé, bien
qu’il existe certaines expériences qui nécessitent la duperie. Le consentement doit aussi être libre,
c’est-à-dire qu’il doit être donné sans manipulation, coercition ou influence excessive.
Le consentement éclairé est un consentement donné par le sujet d’une recherche une fois qu’on l’a
mis au courant des objectifs de la recherche, de la façon dont elle va se dérouler, des risques qu’elle
comporte et des bénéfices qu’il pourrait en tirer.
La duperie est un procédé consistant à ne pas divulguer aux sujets toute l’information ou la bonne
information sur les objectifs de la recherche ou son déroulement, afin de ne pas modifier leur
comportement et de ne pas invalider les résultats de la recherche.
Le consentement libre est un consentement donné par le sujet sans manipulation, coercition ou
influence excessive.
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Le laboratoire ou le terrain : quelle est la meilleures formule ?
Le terrain est un milieu plus naturel que le laboratoire. Mais il ne permet pas un contrôle aussi serré
des variables. L’étude de la modification des comportements se fait néanmoins plus facilement sur le
terrain.
Dans un laboratoire, on a plus d’emprise sur les variables à condition qu’elles ne soient pas trop
nombreuses, ni que la recherche se fasse sur de longues périodes. La recherche en laboratoire
permet la meilleure garantie de vérifier l’existence de relations causales entre les variables.
Une expérience est prise en sérieux lorsqu’on voit que les participants émettent des efforts. C’est ce
qu’on appelle le réalisme expérimental. Ainsi, le réalisme expérimental est le caractère d’une
recherche qui suscite l’engagement cognitif et émotif du sujet.
Pour qu’une expérience fonctionne, il ne faut pas nécessairement que la situation expérimentale
ressemble à tout point de vue à une situation naturelle. Ainsi, le réalisme expérimental prime sur le
réalisme trivial (caractère d’une recherche qui lui confère une ressemblance avec une situation de la
vraie vie).
Les approches théoriques
La théorie des rôles : qui sommes-nous au juste ?
Le bon fonctionnement des sociétés humaines repose, en partie, sur une répartition des rôles entre
leurs membres. La position de chacun par rapport aux autres, c’est-à-dire son statut, est associé à un
répertoire de modèles de comportement. L’uniformisation des conduites en fonction des rôles
permet à chacun d’éviter d’avoir à prendre continuellement des décisions sur le comportement qu’il
doit adopter. Mais le prix à payer est une restriction de la liberté d’action.
Cela dit, chaque personne est appelée à jouer plus d’un rôle tout au long de sa vie. Il arrive
cependant parfois que les rôles que doit jouer simultanément une même personne entrent en conflit
les uns avec les autres (Ex p. 20 : Conflit interrôle et intrarôle).
L’apprentissage : comment acquiert-on un comportement social ?
Nous apprenons à adopter certains comportements parce qu’ils sont suivis d’une gratification, et
nous apprenons aussi à en éviter d’autres parce qu’ils sont punis Le conditionnement opérant
(SKINNER) .
L’apprentissage d’un nouveau comportement peut aussi se produire de façon plus automatique, sans
que la personne s’en rende compte le conditionnement répondant (PAVLOV) . Il se produit
lorsqu’une association s’établit entre un stimulus et une réponse (Ex p.21 : chien qui salive quand la
lumière s’allume car cela annonce qu’il va être nourri bientôt).
Pour apprendre un nouveau comportement, il n’est pas nécessaire d’être récompensé soi-même.
BANDURA a démontré que des comportements sociaux sont appris par l’observation de modèles. Sa
théorie, dite de l’apprentissage social , repose sur ce qu’on appelle l’apprentissage vicariant . Cet
apprentissage se produit, par exemple, lorsqu’un enfant observe un adulte qui en agresse un autre.
L’enfant prend alors conscience qu’un comportement qu’il croyait inopportun est acceptable, et qu’il
s’accompagne même d’une gratification : l’adulte obtient ce qu’il veut de l’autre en l’agressant.
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La consistance cognitive : est-ce que ça se tient ?
Que se passe-t-il lorsque nous nous rendons compte que notre comportement n’est pas en harmonie
avec nos opinions ? Ces questions ont donné lieu à des nombreuses recherches et à la formulation de
diverses théories sur la consistance cognitive (comportement pas en harmonie avec nos opinion).
La théorie de l’équilibre de HEIDER et la théorie de la dissonance cognitive de FESTINGER étudient les
causes de l’inconsistance cognitive (état incitant la personne à tenter de retrouver sa
consistance) et les moyens pris par la personne pour y remédier. Elles conçoivent toutes deux
l’inconsistance cognitive comme un état motivant la personne à tenter de retrouver sa consistance.
L’attribution : lui d’habitude si gentil…
Nous cherchons fréquemment à attribuer une cause à un comportement L’attribution est un
processus cognitif par lequel on établit un lien entre le comportement et ses causes internes ou
externes.
HEIDER a été le premier psychologue social à se demander comment les individus s’y prennent pour
attribuer une cause à un comportement. Cette question est importante parce que le résultat de
l’attribution peut modifier le comportement de façon globale et stable.
Les théories de l’attribution se penchent sur la façon dont un individu utilise l’information dont il
dispose pour arriver à une conclusion. On attribue plus facilement le comportement d’un individu à
sa personnalité (une cause interne) qu’aux contraintes de la situation dans laquelle il se trouve,
comme la nécessité d’obéir à une directive (une cause externe).
Comportement d’un individu : cause interne plutôt qu’externe.
Le traitement de l’information : l’art de « tourner les coins ronds »
Nous sommes souvent bombardés d’informations dans la vie de tous les jours. Nous apprenons alors
avec le temps à faire face à la surcharge d’informations en reconnaissant des associations familières
d’objets ou d’événements, ce que les psychologues appellent des schémas . C’est ce que nous
faisons, par exemple, lorsque nous percevons une personne comme appartenant à telle ou telle
catégorie sociale.
L’échange social : voici ce que j’ai à t’offrir, et toi ?
Les théories de l’échange combinent des éléments de l’approche de l’apprentissage et de
l’approche de la consistance cognitive. Elles affirment que le comportement est modifié en fonction
des récompenses et des coûts qui y sont associés.
Selon la justice distributive (HOMANS), l’interaction se maintiendra si les rapports récompenses-
coûts de chacun sont égaux.
La psychologie de l’évolution : une nouvelle façon de concevoir les choses
Au milieu des années 1990, une nouvelle approche visant à étudier les comportements sociaux est
apparue en psychologie sociale l’approche évolutionniste (BUSS et KENRICK). Elle se distingue
nettement de toutes celles qui l’ont précédée et repose sur la théorie de l’évolution de Darwin et son
principe de sélection naturelle. Selon l’approche évolutionniste, nous sommes des produits de
l’évolution et nous avons développé des tendances qui nous aident à survivre. Ces tendances vont
s’exprimer ou non selon l’environnement dans lequel nous vivons.
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Chapitre 2 : le soi
Qu’est ce que le soi ?
Le soi est l’ensemble des caractéristiques individuelles qui font qu’une personne est différente des
autres ou semblable à eux. Nous cherchons ce qui nous distingue des autres, mais aussi ce qui nous
rattache à eux.
Le soi peut se décrire selon 3 dimensions :
- Qui je suis (concept de soi) Dimension cognitive.
- Comment je m’évalue (estime de soi) Dimension évaluative.
- Comment j’agis Dimension comportementale.
Les croyances à propos de soi-même : le concept de soi
Le concept de soi est l’ensemble des croyances qu’une personne entretient à propos d’elle-même.
Les sources du concept de soi
Pour en arriver à connaître ce qu’il est, l’être humain puise dans diverses sources.
La conscience réflexive : je me découvre capable… de me découvrir
La découverte de l’existence autonome des autres amène l’enfant à prendre conscience de sa propre
existence. L’enfant apprend à se connaître, à réfléchir sur lui-même et sur ses capacités de réflexion.
C’est ce que BAUMEISTER appelle la conscience réflexive , elle est propre à l’espèce humaine et
suppose en effet la capacité de se décrire soi-même à partir d’un langage symbolique et de
communiquer ses réflexions aux autres par ce moyen.
Le moi en miroir : je suis comme on dit que je suis
CHARLES HORTON COOLEY soutenait que les réactions des autres sont la principale source des
croyances que nous élaborons à propos de nous-mêmes (Ex p.30 : les mathématiques, si on se perçoit
nulle en math, on fonde ce jugement sur les mauvaises notes que le professeur nous a attribuées).
La perception des réactions des autres à notre comportement : je suis ce que je crois qu’on pense de
moi
Nous n’acceptons pas toutes les informations que les autres nous renvoient sur nous-mêmes. Nous
sélectionnons les messages qui nous semblent les plus significatifs, puis nous les interprétons à notre
manière et, nous les déformons avant de les intérioriser. C’est le travail cognitif de sélection et
de réinterprétation.
La théorie de la perception de soi : je suis tel que j’agis
Nous utilisons la théorie de la perception de soi pour élaborer des croyances à propos de nous-
mêmes. La théorie de la perception de soi (BEM) est une théorie selon laquelle nous déduisons
certains de nos traits de personnalité, attitudes et motivations de l’observation de notre propre
comportement. L’observation de notre propre comportement est déterminante pour l’image que
nous avons de nous-mêmes.
L’hypothèse de la rétroaction faciale signifie que la physionomie influerait sur la perception de soi.
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La comparaison sociale : les autres comme standards
Nous jugeons nos attitudes et habiletés à partir de critères et de normes. Selon la théorie de la
comparaison sociale (FESTINGER) , la comparaison avec les autres fournit ces critères et ces normes.
Cette théorie pose 3 postulats :
1) L’individu a besoin d’évaluer adéquatement ses habiletés et ses attitudes.
2) En l’absence de critères physiques, l’individu s’évalue en se comparant aux autres.
3) L’individu préfère se comparer à des personnes relativement semblables à lui.
La comparaison sociale répond aux deux principales fonctions du soi : elle permet de nous distinguer
des autres, mais aussi de nous situer dans une collectivité à laquelle nous nous sentons appartenir.
Les schémas de soi : une clé pour traiter l’information
MARKUS définit un schéma de soi comme une généralisation cognitive à propos du soi dérivée
de l’expérience du passé. Les schémas organisent et orientent le traitement de l’information reliée
au soi et contenue dans les expériences sociales de l’individu. Le concept de soi s’appuie sur les
nombreux schémas de soi que nous possédons.
L’effet d’autoréférence témoigne de ce que je viens de dire à propos du fait qu’on retient les choses
qui nous semblent importantes/courantes sur nous-mêmes.
C’est un biais amenant l’individu à remarquer et à retenir particulièrement l’information qui se
rapporte à lui-même (Ex : Egotisme implicite : on accorde plus d’importance pour les lieux, personnes,
activités qui contiennent les lettres de notre prénom et le chiffre de notre date de naissance).
Le besoin d’un concept de soi stable : je serai ce que je suis et je suis ce que j’étais
Il n’est pas étonnant que les caractéristiques d’une personne varient selon les situations. Ce qui nous
apparaît comme une structure interne stable serait plutôt le résultat d’expositions systématiques aux
mêmes situations. Nous finissons, en somme, par devenir ce que les situations que nous vivons font
de nous. Un soi stable rassure : il aide à se comprendre et à comprendre les autres.
MICHAEL ROSS affirme que nos croyances actuelles nous servent de filtres pour reconstruire notre
passé. Ca nous permet de garder une certaine stabilité en disant que nous avons toujours pensé ou
fait ça.
La nécessité de construire et de garder un soi stable nous amène aussi à réinterpréter les réactions
des autres à notre endroit. SWANN utilise le terme de vérification de soi pour désigner cette
tendance qui, au besoin, nous pousse même à susciter chez autrui des réactions confirmant notre
concept de soi. L’affirmation d’un soi stable contribue à créer un monde prévisible, même si celui-ci
est négatif. Il arrive donc que le besoin de stabilité prenne le pas sur l’estime de soi.
S’aimer soi-même : l’estime de soi
L’estime de soi est l’évaluation qu’une personne fait de ses caractéristiques propres. Plusieurs tests
mesurent l’estime de soi (Ex p. 38 : l’échelle de Rosenberg).
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S’aimer malgré tout : les biais qui sauvent l’estime de soi
Les êtres humains semblent être prêts à faire beaucoup pour édifier et maintenir une estime de soi
élevée, quitte encore une fois à déformer la réalité. La tendance à se voir plus favorablement que ne
le justifient les indices de la réalité porte le nom d’augmentation de soi .
L’augmentation de soi : miroir, dis-moi qui…
TAYLOR et BROWN ont observé que l’être humain utiliserait trois types de stratégies pour
construire et maintenir une forte estime de soi. Les participants aux différentes expériences avaient
tendance à :
1) Se voir eux-mêmes plus positivement qu’ils ne voyaient les autres et n’étaient vus par eux.
2) Exagérer le contrôle qu’ils avaient sur leur vie.
3) Etre excessivement optimistes quant à leur propre avenir.
La majorité des gens utiliseraient donc un biais qui consiste à surévaluer ses aptitudes générales,
particulièrement ses habiletés sociales et mentales. L’illusion de contrôle s’observe dans la croyance
que l’on peut maîtriser le cours des événements, même lorsque ceux-ci sont clairement le fruit du
hasard. La confiance en soi amène aussi les individus à surestimer la probabilité que des événements
heureux leur arrivent. Cette surestimation s’accompagne d’une sous-estimation des risques d’échec.
Mais que fait-on de la réalité ?
Lorsque les gens sont confrontés à des situations où la réalité ne correspond pas à l’image qu’ils se
font d’eux-mêmes, ils ont plutôt tendance à ne pas prêter attention à ces situations ou ils remettent
en questions les intentions de l’interlocuteur, trouvant dans ses propos des préjugés.
Nous nous souvenons beaucoup mieux de l’information positive que de l’information négative à
propos de nous-mêmes. Il n’y a rien d’étonnant là-dedans puisque la mémoire retient mieux ce qui
s’accorde avec les schémas de soi, et que les schémas de soi sont largement positifs, il est normal
que nous retenions mieux les informations positives que négatives.
Une autre manière de mettre notre mémoire au service de l’estime de soi est d’utiliser le biais
égocentrique . C’est un biais qui amène un individu à exagérer dans ses souvenirs la part qu’il prend
à des activités collectives. On exagère son importance dans un groupe pour la simple raison que l’on
oublie ce qui n’est pas directement relié à soi.
Un corollaire du biais égocentrique peut être trouvé dans l’effet projecteur , par lequel nous
sommes portés à surestimer l’attention que les autres nous portent.
La perception se joint à la mémoire pour entretenir nos illusions sur nous-mêmes. Nous percevons
nos habilités et nos attributs positifs comme exceptionnels, c’est ce qu’on appelle le biais de
fausse unicité . Mais nous percevons aussi nos attributs négatifs comme plus répandus qu’ils ne le
sont en réalité, c’est ce qu’on appelle le biais de faux consensus .
Le biais de complaisance incite l’individu à attribuer ses succès à des dispositions internes et ses
échecs aux circonstances extérieures.
L’individu qui prend conscience de ses attributs négatifs (lorsqu’ils se répètent) a tendance à leur
accorder moins d’importance qu’à ses qualités. Il considère, en général, que les activités dans
lesquelles il excelle sont les plus fondamentales pour lui.
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Ces résultats sont en accord avec la théorie de CLAUDE STEELE , appelée théorie de l’affirmation
de l’estime de soi , qui prédit que lorsqu’on porte préjudice à une dimension de l’estime de soi d’une
personne, celle-ci essaiera de valoriser d’autres dimensions d’elle-même qui n’y sont pas reliées.
Un individu peut aussi utiliser le handicap intentionnel pour protéger son estime de soi. Il s’agit
d’une stratégie par laquelle on explique à l’avance un échec en faisant appel à des circonstances
exceptionnelles plutôt qu’à des dispositions internes.
La comparaison sociale et l’estime de soi : quand je me regarde, je me désole, quand je me compare,
je me console
FESTINGER conçoit la comparaison sociale comme susceptible de causer une déformation de la
réalité. Si la comparaison sociale sert à établir le jugement que l’on pose sur soi, c’est-à-dire à fonder
le concept de soi, elle permet aussi de sauvegarder l’estime de soi. La comparaison résulte donc d’un
choix minutieux. On appelle comparaison descendante la tendance à se comparer à des personnes
« inférieures » à soi pour se rehausser soi-même. Par contre, la comparaison ascendante est la
tendance à se comparer à des personnes que l’on juge « supérieures » à soi (caractère dévalorisant).
Pourtant la comparaison ascendante n’est pas toujours un facteur de dévalorisation (Ex : se
comparer à une star).
(Ex p.44 : les gros buveurs et les femmes trop minces).
(p. 46 : la comparaison temporelle).
Sauvegarder à tout prix l’estime de soi : une stratégie payante ?
Les stratégies visant à assurer le maintien de l’estime de soi exigent que la personne procède à une
manipulation ou à une déformation de la réalité. Mais la personne adaptée n’est-elle pas justement
celle qui pose sur la réalité et sur elle-même un regard juste, dépourvu de complaisance ?
TAYLOR et BROWN soulignent que seules les personnes modérément dépressives témoignent
d’une perception adéquate de la réalité. Ces personnes ont tendance à se rappeler les informations
tant positives que négatives à leur sujet, et leur perception d’elles-mêmes s’harmonise relativement
bien avec les évaluations des autres. En outre, elles ont moins tendance à recourir au biais de
complaisance. C’est le phénomène de réalisme dépressif .
Ca ne signifie pas qu’une dépression de moyenne intensité est le symptôme d’une bonne santé
mentale. Taylor et Brown estiment que nos illusions peuvent être utiles. Nous trouvons des
avantages importants à nous percevoir de façon plus favorable que la réalité ne le justifie.
De façon générale, on peut dire que les personnes ayant une forte estime de soi se sentent mieux
que les autres, et cela favorise leurs succès. L’estime de soi présente cependant une forte
corrélation négative avec la dépression. En effet, les personnes ayant une faible estime de soi
tendent à être pessimistes à l’égard du futur et supportent moins la critique. Ils sont aussi plus
vulnérables à la dépression.
A propos de l’illusion de contrôle, BAUMEISTER va jusqu’à dire qu’il est encore préférable de
s’imaginer un contrôle que l’on n’a pas sur la réalité que d’ignorer un contrôle que l’on a.
Albert BANDURA appelle sentiment d’efficacité personnelle le niveau de confiance qui nous
habite au moment d’entreprendre une tâche. Il avance que, lorsque les gens se croient capables
d’exercer le contrôle sur leur environnement et confiants de pouvoir produire les réponses désirées,
ils sont effectivement en mesure de produire lesdites réponses.
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Mais pourquoi, au juste, s’estimer à ce point ?
D’un point de vue évolutif, une perception adéquate de la réalité ne serait-elle pas plus productive à
long terme ? L’estime de soi aurait-elle un rôle à jouer dans l’adaptation de l’humain en général à
l’environnement ? Deux théories s’affrontent à ce propos.
D’une part, la théorie de LEARY et BAUMEISTER affirme que l’être humain étant un animal social, le
besoin d’être apprécié par autrui est un besoin primitif. L’estime de soi agirait donc comme un
« sociomètre », qui servirait à identifier les signes avant-coureurs de l’exclusion sociale.
D’autre part, la théorie de la gestion de la terreur nous dit que l’estime de soi répond à la peur la plus
fondamentale de l’être humain, la peur de la mort. L’estime de soi nous protégerait contre cette
angoisse en nous donnant le sentiment d’être un objet de première valeur dans un univers
insignifiant.
Le soi et le comportement : la fonction exécutive
BAUMEISTER nous dit que le soi guide aussi le comportement. Cette habileté à se servir du soi
comme guide du comportement correspond à ce qu’il appelle la fonction exécutive du soi .
En psychologie cognitive, la fonction exécutive désigne les fonctions supérieures, largement
déterminées par les lobes frontaux, qui permettent de juger la réalité, de choisir les actions ou les
séquences d’actions appropriées pour transformer cette réalité ou pour s’y adapter, et de contrôler
et de planifier les actions en question en les modifiant au besoin à la suite de la réponse de
l’environnement.
En psychologie sociale, la fonction exécutive du soi englobe essentiellement deux aspects :
La régulation du soi
La présentation du soi
La régulation du soi
Planifier, mettre en route et gérer ses relations avec autrui suppose une capacité de prendre et de
garder un contrôle sur soi-même (capacité d’action sur soi-même).
CARVER et SCHEIER définissent la régulation du soi comme le processus par lequel nous cherchons à
contrôler ou à modifier nos pensées, émotions, comportements et besoins.
La capacité d’inhiber nos tendances spontanées, de réorienter notre pensée pour éviter des atteintes
à l’estime de soi, de modifier notre comportement pour transformer la réalité ou transformer notre
soi, représente des fonctions de première importance dans l’adaptation à la réalité sociale.
La conscience de soi : la voie vers la régulation de soi
Nous établissons une sorte de contrôle automatique sur notre comportement. Durant la plus grande
partie de la journée, il n’est pas nécessaire de se concentrer sur nous-mêmes. Mais par exemple, la
situation minoritaire dans un groupe suscite une prise de conscience de soi, tout comme parler en
public, passer devant un miroir, etc. Imaginons que vous vous faites interroger par le professeur à un
cours où vous êtes plus ou moins préparé. Cette situation risque de provoquer une crise de la
conscience de soi, autant privée que publique. Dans une telle expérience, l’individu va mener une
évaluation sur lui-même, c’est-à-dire une comparaison entre son propre comportement et les
normes internes et externes définissant ce que l’individu voudrait faire, appelé soi idéal , ou ce
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 11
que l’individu devrait faire, appelé soi obligé . Ainsi, le soi idéal est la vision de soi qui reflète ce
que nous voulons ou souhaitons être idéalement et le soi obligé est la vision du soi qui reflète les
attentes d’autrui à notre endroit.
La prise de conscience de divergences entre l’état du soi idéal (ce que vous voudriez faire) et du soi
obligé (ce que vous devriez faire) peut se traduire par une activation émotionnelle douloureuse. Si la
différence se situe entre le soi et le soi obligé, cela génère de la culpabilité et de l’anxiété. Si elle
réside entre le soi et le soi idéal, il s’ensuit des sentiments dépressifs.
La conscience de soi joue un rôle important dans les fonctions exécutives, en permettant de modifier
le comportement pour l’ajuster aux objectifs. On peut éviter la conscience de soi en évitant les
situations ou les gens qui la suscitent. Il semble bien que l’absence de conscience de soi soit un
moyen fort utilisé pour éviter de s’autoévaluer. Cependant, l’évitement n’est pas toujours possible. Il
peut se traduire, à la longue, par une dévalorisation systématique de soi-même et entraîner un cycle
dépressif dont il sera difficile de sortir.
La présentation de soi
Si la régulation de soi nous permet de trouver une certaine cohérence entre les différents états du
soi, elle nous permet aussi de moduler les interactions avec autrui. En effet, pas plus que la
conscience de soi, la planification et la gestion de l’image que nous voulons donner aux autres ne se
font sans une certaine dépense cognitive, particulièrement lorsqu’on veut produire un effet
particulier qui ne nous est pas vraiment naturel.
Les théories de présentation de soi affirment que l’individu planifie et met en pratique des
conduites qui confirment et qui renforcent l’image de soi qu’il veut promouvoir.
L’individu choisit aussi ses interlocuteurs afin de recevoir d’eux une image plaisante de lui-même.
C’est ainsi que nous nous arrangeons pour fréquenter des gens qui nous renvoient une image
positive de nous-mêmes, et nous présentons à ces personnes les aspects de nous-mêmes que nous
savons susceptibles de provoquer des réactions positives. Nous avons tendance à faire des efforts
pour nous présenter sous un jour favorable pour certaines raisons :
1) Par besoin de plaire aux autres ou, à tout le moins, d’obtenir leur approbation.
2) Pour amener les autres à agir dans le sens que nous souhaitons.
3) Pour nous convaincre que nous sommes vraiment ce que nous voulons être.
BAUMEISTER décrit le dernier objectif comme un objectif de validation sociale du soi : on a beau se
persuader d’avoir une certaine identité, on ne se croit pas soi-même tant que cette identité n’a pas
reçu l’approbation d’autrui.
Présentation stratégique, présentation authentique
La présentation authentique est un mode de présentation de soi adopté lorsqu’on désire être perçu
par autrui de la façon dont on se perçoit soi-même.
La présentation stratégique est un mode de présentation de soi adopté lorsqu’on désire donner à
autrui une impression de soi-même ajustée aux demandes d’une situation particulière.
GOFFMAN ne trouve rien de surprenant à ce que l’on adapte son comportement et son image de soi
aux situations sociales. L’individu a la capacité de se voir comme un acteur dans le jeu social. Il définit
d’ailleurs le soi comme l’intégration des divers rôles que nous apprenons à jouer en vue de répondre
à ce que nous percevons comme les attentes de notre entourage.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 12
Le monitorage de soi
SNYDER appelle monitorage de soi la tendance à régler son comportement en fonction de la
situation et des réactions d’autrui.
L’individu qui présente un degré élevé de monitorage de soi se caractérise par un besoin marqué de
savoir si son comportement est adapté aux exigences sociales.
Un individu qui présente un faible degré de monitorage de soi se démarque par une plus grande
stabilité dans ses relations en général : il cherche à établir des liens avec une personne qui comble
tous ses besoins plutôt qu’avec des partenaires variés.
Le monitorage de soi, comme la représentation de soi en général, semble omniprésent, à des degrés
divers, dans nos interactions. CHENG et CHARTRAND appellent « effet caméléon » la tendance
spontanée et en grande partie inconsciente à ajuster son comportement à des demandes sociales
implicites.
La culture et le soi
L’étude du soi est devenue incontournable dans les manuels de psychologie sociale. Il ne faut pas
oublier que la définition de la réalité varie selon les cultures et les époques. Selon leur culture, les
individus se voient comme des agents indépendants ou interdépendants de la collectivité.
ENNS nous rappelle que la personnalité est décrite très différemment selon que la culture soit
individualiste ou collectiviste.
Ainsi, dans les cultures collectivistes, ce qu’on appelle « attributs psychologiques » ou
« caractéristiques personnelles » n’a pas beaucoup de sens.
C’est sur l’estime de soi que les cultures individualistes et collectivistes se différencient le plus.
L’augmentation du soi, utilisée largement dans les cultures individualistes pour établir et sauvegarder
une estime de soi élevée, ne semble pas être importante dans les cultures collectivistes.
Parce qu’il est un construit social, le soi se crée nécessairement en référence à une culture donnée.
Les études démontrent en général que si l’estime de soi apparaît une nécessité universelle, le soi en
tant que réalité ne se décline pas de la même façon, ni ne prend la même importance, d’une culture
à l’autre.
Partout dans le monde, on semble se considérer comme dans la moitié supérieure de la population
en termes de valeur personnelle. La façon de répondre au besoin d’estime de soi serait culturelle,
mais le besoin lui-même, universel. Les occidentaux seraient portés à s’avantager en utilisant des
attributs individuels cohérents avec la culture individualiste dont ils sont issus, tandis que les
asiatiques feraient référence à leur propre correspondance avec les idéaux collectivistes de leur
culture. Dans les deux cas, c’est une évaluation positive de soi qui serait recherchée.
L’insistance sur les valeurs individuelles correspond à un choix idéologique et culturel. « Etre soi-
même » n’est pas un idéal absolu. C’est une valeur présentée comme idéale ici et maintenant, qui
correspond aussi à une certaine vision des caractéristiques personnelles mises de l’avant dans des
économies dites néolibérales : initiative personnelle, sentiment de sa propre importance, confiance
en soi.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 13
Chapitre 3 : la perception sociale
La formation d’impression est le processus cognitif par lequel on organise l’information se
rapportant à une personne afin de former un tout. Ce processus repose sur l’attribution et
l’intégration de l’information. En attribuant des causes à un comportement, on peut discerner les
traits de personnalité à partir des informations fournies par :
- Le comportement.
- Des caractéristiques de la situation dans laquelle le comportement s’inscrit.
- L’apparence physique de la personne.
L’intégration de l’information est un processus cognitif par lequel on combine les traits d’une
personne afin de s’en faire une perception unifiée. L’intégration de l’information, c'est-à-dire la
combinaison des traits attribués comme cause au comportement, aboutit à une perception unifiée.
Et c’est ainsi que l’on se forme une impression globale d’une personne.
Les étapes de la perception d’autrui (Tableau p. 64):
Apparence physique
Comportement
Contexte
Processus d’attribution
Traits
Processus d’intégration
Impression
La machine humaine : une usine de fabrication de croyances
Tous les jours de notre vie, nous tentons de connaître le monde qui nous entoure. Cette recherche
de sens fait appel à la dimension cognitive de l’être humain. La croyance est une conviction relative
à un objet psychologique. Ce terme est utilisé pour définir la dimension cognitive de l’être humain.
L’objet psychologique se définit comme tout ce qu’il est possible de se représenter, y compris les
individus et les idées. L’objet psychologique peut être concret ou abstrait (liberté, paix, amour), réel
ou imaginaire. Une croyance repose sur le lien que l’on fait entre deux objets psychologiques. Les
croyances ont trois origines possibles :
- L’expérience personnelle.
- Une information donnée par autrui.
- Une inférence (création de toutes pièces d’une croyance nouvelle à partir de croyances existant
déjà dans ma mémoire).
Certaines croyances sont neutres : il s’agit de simples constatations de la réalité environnante (Ex :
« c’est un politicien ») et d’autres croyances sont en revanche clairement évaluatives (Ex : « c’est un
pervers »). Les croyances ne sont pas isolées les unes des autres. Elles ont tendance à former des
systèmes hiérarchisés au sein desquels certaines croyances prennent une place centrale et exercent
par conséquent une influence prédominante sur notre représentation du monde et sur les autres
croyances.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 14
Lorsqu’on dispose de peu d’informations sur un individu, mais qu’il active chez nous des croyances
reliées à un type particulier de personnes (Ex : personnes chaleureuses et sociables), nous lui taillons
de toutes pièces une personnalité qui ira avec cette représentation, du moins jusqu’à ce que nous le
connaissions mieux, sur laquelle nous nous appuierons pour interagir avec lui.
L’attribution de causes au comportement
Il nous arrive souvent d’expliquer le comportement des autres en nous fondant sur les traits de
personnalité que nous leur prêtons. Ce mécanisme intervient rapidement, de façon automatique, à
notre insu, et peut s’appliquer autant à un étranger qu’à une vieille connaissance. Notre intérêt peut
naître de l’observation d’une conduite qui sort de l’ordinaire ou nous étonne (HASTIE), mais aussi du
simple besoin de mieux saisir l’autre, de donner un sens à notre environnement social.
L’attribution à partir d’un seul comportement : il suffit parfois de peu pour se faire une idée
Afin de nous expliquer un comportement, surtout inhabituel, nous établissons souvent une
correspondance entre le comportement et un ou plusieurs traits de personnalité. Nous procédons à
des inférences correspondantes. L’inférence correspondante est une attribution à une autre
personne d’une disposition (trait) qui correspond directement à la nature du comportement observé.
Lorsque nous avons le choix d’agir ou de ne pas agir, notre décision n’est pas nécessairement pour
autant le reflet de notre personnalité : les attendes des autres peuvent aussi l’avoir motivée. Plus un
comportement défie les attentes sociales, plus nous l’attribuons à des dispositions internes.
L’attribution à partir de plusieurs comportements : mieux vaut en savoir plus
Selon KELLEY, lorsque nous sommes en présence de nombreuses données, nous procédons parfois à
la manière d’un scientifique pour déceler la cause d’un comportement.
BROCA a établit un lien entre un certain type de trouble du langage et une région particulière du
cerveau, à laquelle on a donné par la suite le nom d’ « aire de Broca ».
Broca s’est posé trois questions :
Lorsque cette partie du cerveau est endommagée, le patient manifeste-t-il de façon constante un
certain type de trouble du langage ?
Ce trouble du langage se produit-il seulement si cette partie du cerveau est endommagée ?
Les patients présentant une lésion dans cette partie du cerveau souffrent-ils tous du même
trouble du langage ?
Selon la théorie de la covariation, vous procéderiez de la même manière pour trouver, par exemple,
pourquoi votre amie vous a répondu sèchement quand vous lui avez téléphoné. La théorie de la
covariation explique l’attribution par la perception d’un lien entre le comportement et la cause avec
laquelle il varie systématiquement dans le temps.
Donc selon KELLEY, trois questions vous viendraient à l’esprit :
Mon amie agit-elle toujours ainsi lorsque je lui téléphone (critère de constance) ?
Mon amie agit-elle ainsi seulement lorsque c’est moi qui lui téléphone (critère de caractère
distinctif) ?
Me répond-on toujours ainsi lorsque je téléphone à quelqu’un (critère de consensus) ?
Pour KELLEY, la constance, le caractère distinctif et le consensus sont les trois critères que nous
utilisons pour expliquer le comportement d’autrui.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 15
Les biais reliés à l’attribution : comment on se trompe sur soi et sur les autres
Lorsque l’analyse des causes d’un comportement est faite par la personne qui a agi, on parle
d’attribution de l’acteur .
Lorsque l’analyse est faite par la personne qui a agi, on parle d’attribution de l’observateur .
Dans les deux cas, des biais d’attribution peuvent être faits.
Un biais d’attribution de l’acteur : le biais de complaisance
Le biais de complaisance nous amène à attribuer nos succès à nous-mêmes et nos échecs aux
circonstances. L’acteur trouve donc des causes internes à ses succès et des causes externes à ses
échecs.
Attribution des observateurs
L’erreur d’attribution fondamentale est la tendance consistant, lorsqu’on se trouve dans un rôle
d’observateur, à sous-estimer les facteurs externes et à surestimer les dispositions internes comme
causes présumées du comportement d’autrui.
Pourquoi l’erreur d’attribution fondamentale est-elle si répandue ?
Notre culture nous apprend que chacun est responsable de ses actes, qu’il est libre de se comporter
comme il l’entend, qu’il est autonome. Il est donc normal que nous percevions le comportement
d’autrui comme découlant de l’exercice du libre arbitre plutôt que de pressions sociales.
L’attribution de traits en fonction de la saillance perceptive (Voir schéma p. 74) :
Selon l’endroit où se trouve chacun des observateurs, l’influence accordée aux interlocuteurs A et B
varie. Les observateurs qui étaient face à l’un des interlocuteurs avaient tendance à considérer qu’il
était le plus influent. En revanche, ceux qui étaient assis sur le côté n’ont perçu aucune différence
entre les deux interlocuteurs. Cela illustre notre tendance à attribuer une influence plus importante
aux personnes qui sont perceptiblement en évidence.
Les conséquences de l’attribution de causes : à quoi bon se forcer quand, quoi qu’on fasse…
Selon le modèle de WEINER, nous tenons compte de trois dimensions lorsque nous cherchons les
causes de nos comportements :
- Les causes internes ou externes.
- Les causes contrôlables ou non contrôlables.
- Les causes stables ou instables.
Le fait d’attribuer un échec (ou une réussite) à un type de cause ou à un autre peut avoir des
conséquences déterminantes tant sur le plan affectif que sur le plan comportemental.
Dans la vie de tous les jours, notre comportement, nos sentiments et nos attentes dépendent en
partie des suppositions que nous faisons à propos des événements qui se produisent et des
comportements que nous avons ou que nous observons.
Un individu qui attribue trop fréquemment ses échecs à une cause interne peut finir par considérer
qu’il est dépourvu de ressources. A l’inverse, l’impression d’être dirigé de l’extérieur conduit souvent
à la résignation acquise . C’est une tendance à mettre fin à ses efforts après un certain nombre
d’échecs, même si de nouvelles tentatives pourraient mener au succès.
Le modèle de WEINER s’applique aussi à la perception d’autrui. Ainsi, nous ne portons pas le même
jugement sur une personne qui a contracté une maladie telle que le sida selon que nous jugeons
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 16
qu’elle contrôlait ou non ce que lui est arrivé. Evidemment, avec ce modèle on demeure dans le
domaine de la perception, donc de la subjectivité humaine ; ce qui est contrôlable aux yeux de l’un
ne l’est pas nécessairement aux yeux de l’autre.
Efficacité ou rationalité ? On n’a pas toujours le temps de choisir !
Les dispositions que nous attribuons aux gens nous aident à prévoir leurs réactions, de la même
façon que la connaissance de la région lésée du cerveau aidait BROCA à prévoir les troubles de
langages qui s’ensuivaient. Les jugements nous permettent de mettre un semblant d’ordre dans le
chaos que constituerait autrement la réalité sociale qui nous entoure. Et s’ils n’obéissent pas
toujours à une logique irréprochable, ils sont en général relativement efficaces en ce qu’ils
répondent au besoin bien pragmatique d’asseoir nos relations avec autrui sur certaines certitudes.
Quand nous imputons des causes à un comportement, nous attribuons souvent aussi des traits de
personnalité qui, habituellement, sont indissociables les uns des autres. Nous nous en servons pour
nous former une impression globale de la personne que nous observons.
L’intégration de l’information
Deux approches permettent de rendre compte de l’intégration de l’information en matière de
perception d’autrui. Selon la première approche, les traits attribués à une personne n’ont de sens
que les uns en fonction des autres. Selon la seconde approche, l’impression globale est plus ou moins
positive selon que la somme des traits évalués indépendamment les uns des autres est plus ou moins
positive.
L’interaction entre les traits : être prudent ne veut pas toujours dire la même chose
SOLOMON ASCH ne croit pas que la formation d’une impression se limite à « prendre une photo »
plus ou moins nette des gens que nous rencontrons. Les expériences de Asch révèlent que la
formation d’une impression obéit à certains principes comme l’effet de centralité et l’effet de
primauté.
L’effet de centralité
Asch a observé que certains traits (les traits centraux) pèsent plus lourd que d’autres (les traits
périphériques) et influent sur l’image que les sujets ont de la personne décrite. C’est ce qu’on appelle
l’effet de centralité . C’est donc l’effet de traits importants qui servent à organiser l’impression et
qui influent sur le sens retenu pour les autres traits décrivant une personne. Un trait central peut
devenir périphérique lorsqu’il est associé à une autre liste de traits. Cela veut dire que le contexte
relativise les traits.
L’effet de primauté
Asch s’est aussi demandé si les premiers traits énumérés dans une liste sont plus influents que les
suivants. Les résultats de ses expériences montrent que l’ordre de présentation avait un effet
considérable sur l’impression globale des sujets. Ainsi, les traits présentés en premier lieu ont plus
de poids dans la formation de l’impression générale. C’est ce qu’on appelle l’effet de primauté .
Ça s’explique par le fait que l’individu doit associer les traits les uns aux autres pour arriver à se
former une impression, et l’impression se forme dès le premier trait. Lorsque le second trait est
présenté, l’individu l’interprète en fonction de sa première impression, et ainsi de suite jusqu’au
dernier trait.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 17
Le modèle de la moyenne : être prudent veut dire la même chose quel que soit le contexte
D’après Asch, un trait change de sens selon qu’il est associé à tel ou tel autre trait. NORMAN
ANDERSON n’est pas de cet avis. Selon ANDERSON, c’est la règle de la moyenne pondérée qui
permet le mieux de prédire une impression générale : l’impression générale est la somme des
produits de l’évaluation de chaque trait par son poids (l’importance que lui accorde la personne),
divisée par le nombre de traits.
Notons que l’importance que nous attribuons à chaque trait de personnalité dépend de nombreux
facteurs personnels, culturels et situationnels.
L’exactitude de l’impression
L’exactitude de nos jugements dépend, entre autres, de la possibilité de les vérifier. Plus celle-ci est
grande, plus les jugements sont exacts. Mais les comportements peuvent changer en fonction des
situations, ce qui rend d’autant plus difficile l’attribution de traits de personnalité.
Les différentes motivations orientant la perception d’autrui :
Pour faciliter les rapports sociaux dans les relations interpersonnelles lorsque celles-ci sont en train
de s‘établir, l’exactitude dans la perception de l’autre est peut être moins importante que le maintien
d’une interaction sociale plaisante, mais superficielle. En revanche, dans les relations à plus long
terme, la stratégie de perception de l’autre peut être davantage centrée sur la recherche
d’informations exactes. Ces dernières années, les chercheurs en psychologie sociale ont mis en
évidence des stratégies, fort utiles que nous employons dans la vie de tous les jours pour nous
former une idée sur les autres. C’est ce qui s’appelle la cognition sociale .
La cognition sociale
Les biais courants : il est si facile de se tromper
La positivité
Le biais de positivité est la tendance générale à exprimer à propos des personnes des évaluations
positives plutôt que des évaluations négatives. Mais ce biais de positivité a de nombreuses
conséquences. Ainsi, les renseignements négatifs au sujet d’une personne heurtent nos attentes
habituelles envers autrui. Ils ont plus d’effets qu’une information positive et exigent un effort cognitif
plus grand de notre part.
La négligence de la ligne de base
Nous tombons souvent dans le piège de la négligence de la ligne de base , qui est une sous-
utilisation de l’information statistique se rapportant aux personnes et aux objets lors de jugements.
Ainsi, une personne qui a scrupuleusement consulté les magazines de consommation avant de
décider quelle voiture acheter peut changer d’avis sur le simple conseil de son beau-frère : celui-ci
s’est acheté un véhicule de cette marque et s’en est mordu les doigts.
KAHNEMAN et TVERSKY ont mis en lumière le biais entraîné par la négligence de la ligne de base par
une expérience (70% ingénieurs et 30% avocats, voir p. 84 dans le livre).
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 18
Les corrélations illusoires
L’habitude d’établir rapidement des liens entre la personnalité d’un individu et les traits de son
visage est fort répandue. Il s’agit de corrélations illusoires : on perçoit une corrélation entre deux
variables (événements) alors qu’elle n’existe pas. Les corrélations illusoires se maintiennent
notamment parce que nous avons tendance à remarquer ce qui confirme notre idée première, mais
pas ce qui l’infirme.
La persistance des croyances
Peut-on conserver certaines croyances tout en ayant connaissance d’informations qui les remettent
en cause ? Evidemment oui. Une personne qui ne veut pas démordre d’une opinion peut ainsi
prétendre que ceux qui font circuler les démentis ne sont pas dignes de foi. Même si on lui donne des
preuves formelles qu’elle se trompe, il est possible qu’elle s’accroche à ses croyances erronées.
Pourquoi ? Parce qu’après avoir pris connaissance de leur résultat, les sujets se sont engagés dans un
processus de consolidation de cette information. Ils se sont convaincu qu’ils étaient bons (ce qu’on
leur avait dit pour les résultats d’un test alors que c’était faux, voir p.86) en rassemblant toutes les
croyances découlant de leurs souvenirs et de leurs réflexions.
Le raisonnement contrefactuel
La confirmation des croyances est un biais consistant à préserver la perception que l’on a de la
réalité, tout en niant ou en diminuant l’importance d’informations qui contredisent cette perception.
Dans notre réalité quotidienne, il arrive cependant aussi souvent que nous fassions exactement
l’inverse, c’est-à-dire que nous reconstruisions mentalement la réalité en essayant de prévoir des
actions différentes menant à des conséquences tout aussi différentes. Cette reconstruction s’appelle
le raisonnement contrefactuel .
Comme la comparaison sociale, le raisonnement contrefactuel peut être ascendant ou descendant.
Et comme pour la comparaison sociale, le versant ascendant peut se révéler plus difficile à imaginer.
Le raisonnement contrefactuel peut aller jusqu’à créer un regret anticipé. Ainsi, WOLFSON et BRIGGS
ont constaté que des personnes habituées à toujours miser sur une certaine séquence de nombres à
la loterie ont généralement tendance à refuser d’essayer une autre séquence, car elles craignent que
leur séquence habituelle sorte gagnante, ce qui les condamnerait à regretter toute leur vie leur
décision.
Les biais, tels que l’erreur d’attribution fondamentale et le raisonnement contrefactuel, peuvent
mener à des distorsions de la réalité qui ne sont pas sans conséquences.
La combinaison inexacte des probabilités
Nous sommes d’autant plus sûrs qu’un scénario se concrétisera que nous sommes convaincus de la
forte probabilité des événements qui le composent. Il a toutefois été démontré que nous sommes
souvent mal équipés pour évaluer la probabilité d’un scénario.
Les moyens de réduire l’incertitude : nous ne sommes pas démunis, mais attention !
Nous tirons souvent des conclusions sur des personnes en nous fondant sur des informations
souvent lacunaires. Pour réduire cette incertitude, due à ces lacunes, nous disposons de moyens
utiles comme les schémas et les règles heuristiques qui nous rassurent quant à la pertinence de nos
décisions.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 19
Les schémas
Une façon de traiter rapidement et avec un minimum d’efforts les innombrables informations dont
nous sommes tous les jours submergés est d’associer de ces grandes quantités d’informations à des
structures cognitives déjà inscrites dans notre mémoire. Ces structures s’appellent des schémas ,
structures cognitives qui permettent d’organiser l’information complexe se rapportant aux
personnes et aux situations. Les schémas orientent la perception de l’environnement, l’organisation
des informations en mémoire et les inférences.
Le rôle des schémas consiste à nous aider à définir, à transformer et à interpréter les informations en
fonction de ce que nous savons déjà.
Les schémas nous permettent ainsi de traiter l’information non verbale et d’aller au-delà des mots.
Aucune expression du visage n’est vraiment nouvelle pour nous : nous interprétons des visages
totalement inconnus, voire fabriqués de toutes pièces dans un cadre expérimental, en fonction des
schémas généraux formés au gré de nos interactions sociales et intégrés à notre mémoire à long
terme. Il en est de même dans la perception sociale en général : en l’absence d’informations
satisfaisantes, nous y suppléons à partir de nos schémas. Les schémas nous permettent d’aller au-
delà de l’information reçue. C’est le plus grand avantage mais aussi le plus grand risque associé au
fonctionnement par schémas. Les schémas possèdent à la fois une dimension culturelle et
personnelle, ce qui peut être une source de compréhension mutuelle ou de malentendus.
La théorie implicite de la personnalité est un type de schéma que les individus utilisent pour inférer
les traits de personnalité qui s’accordent généralement. Comme tout autre schéma, une théorie
implicite de la personnalité peut faire un mauvais sort aux informations qui entrent en contradiction
avec elle. Notamment, l’une des caractéristiques les plus résistantes des théories implicites de la
personnalité est leur tendance à nous faire croire que des traits sont fixes ou au contraire malléables.
Les individus qui ont tendance à voir les autres comme ayant des caractéristiques définies une fois
pour toutes sont décrites par les chercheurs comme des partisans de l’entité , tandis que celles
qui conçoivent les êtres humains comme étant plutôt malléables sont dites incrémentielles .
Les schémas eux-mêmes ne sont pas immuables. Si un jugement ne permet pas, par la suite, de
donner une explication des comportements satisfaisants sur le plan cognitif, le schéma pourra être
transformé ou abandonné et remplacé par un autre. Lorsqu’on se retrouve devant une nouvelle
donnée, on a donc le choix entre deux possibilités au moins :
- Peser soigneusement chaque information, selon une démarche rationnelle, voire mathématique,
afin d’aboutir à l’impression globale la plus juste.
- Faire appel à un schéma déjà inscrit dans la mémoire et qui nous permet d’intégrer et
d’interpréter rapidement la nouvelle information.
Les règles heuristiques
La règle heuristique est un processus cognitif qui permet de faire rapidement des estimations. Ainsi
nous nous satisferons d’une réponse approximative assez souvent.
Trois règles heuristiques que nous utilisons fréquemment :
- La disponibilité
La règle heuristique de la disponibilité consiste à juger de la probabilité ou de la fréquence d’un
événement en fonction de la facilité avec laquelle on peut se remémorer des exemples de cet
événement. Cette règle heuristique repose donc sur le rappel : plus on se souvient facilement d’un
événement ou d’un objet, plus on considère qu’il est fréquent.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 20
- La représentativité
Il nous arrive souvent de catégoriser les personnes qui nous entourent dans tel ou tel groupe dont les
caractéristiques semblent correspondre à ce que l’on sait d’elles. La règle heuristique de la
représentativité consiste donc à estimer la probabilité d’appartenance d’un objet à une classe
d’objets à partir de sa ressemblance avec un cas prototypique de cette classe.
- L’ancrage et l’ajustement
La règle heuristique de l’ancrage et de l’ajustement consiste à estimer une grandeur (fréquence,
probabilité, etc.) en se fondant sur une quantité connue relative à un événement donné, puis à
ajuster cette grandeur pour tenir compte des particularités d’un nouvel événement semblable. Par
exemple, pour connaître le nombre de spectateurs à un match de foot, on va se baser sur le nombre
de spectateurs qu’il y a eu à l’ancien match de foot.
En ce qui concerne notre perception des autres, le point d’ancrage que nous utilisons pour prédire la
conduite qu’ils adopteront est notre propre comportement.
Chapitre 4 : Les attitudes et changements d’attitudes
Quelques exemples :
En 1970, apparition de la pilule contraceptive, ensuite apparition du sida et apparition de
l’expression « safe sex ». Du coup, retour au premier moyen contraceptif, que la pilule avait plus ou
moins supplanté, le condom.
Le tabac : à cause de l’augmentation des prix, la réglementation de plus en plus stricte et les
avertissements sur la nocivité du tabac, on assiste à un recul important de la consommation du tabac
chez les Canadiens.
La nature des attitudes
Il y a souvent confusion entre attitude et comportement. Définition exacte d’ attitude : évaluation
générale, positive ou négative, d’une personne à l’égard d’un objet. Qu’est ce qu’un objet au sens
psychologique du terme ? Un objet est tout stimulus qui peut amener à une réaction chez les
individus. Un objet peut être concret, désigner des objets physiques, des gens ou des idées. Les plus
étudiés en psychologie sont les objets à propos des politiques sociales, les comportements ou styles
de comportement. On a forgé des termes particuliers pour décrire l’attitude que certains objets
suscitent (préjugés, estime de soi, attraction interpersonnelle). Les attitudes supposent une certaine
permanence.
Les caractéristiques de l’attitude
L’attitude est une construction hypothétique : c’est-à-dire une réalité dont on déduit l’existence
mais qui n’est pas directement observable. Par exemple, on ne mesure pas directement l’affectation
que quelqu’un nous porte mais on peut la déduire de ses comportements et de ses paroles. Les
questionnaires permettent de rendre compte de deux caractéristiques des attitudes : leur direction
(ce qui désigne le caractère positif ou négatif d’une attitude à l’égard d’un objet) et leur intensité
(permet de prouver à quel point une attitude est extrême).
Les attitudes se distinguent aussi par leur force, leur degré d’enracinement. La force d’une attitude
est liée à plusieurs autres facteurs dont la certitude subjective et la centralité. La certitude
subjective, c’est la conviction relative pour un individu d’être dans le vrai. La force d’une attitude
repose sur sa centralité. Il faut savoir qu’une attitude n’est pas isolée. Certaines occupent une place
centrale d’où découlent d’autres attitudes plus périphériques.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 21
Les origines des attitudes
L’attitude est un phénomène social, le résultat d’un contact avec un objet.
Trois sources d’attitude : je pense, j’éprouve, je fais
Les croyances sont l’une des sources privilégiées de la formation d’une attitude. Les attitudes
reposent aussi sur des affects , réponses émotionnelles qui constituent la dimension affective de
l’attitude. Nous sommes tous cérébraux et sensitifs mais HADDOCK et ZANNA font souligner une
tendance plus marquée chez certains individus. Les attitudes peuvent avoir aussi une origine
comportementale. Notre attitude peut provenir de la façon dont nous avons agi dans le passé.
Les fonctions des attitudes
Les attitudes contribuent à forger notre compréhension de la réalité sociale. La plupart du temps,
nous avons déjà des attitudes de base à l’égard des objets psychologiques fondamentaux. Ces
attitudes de base nous permettent de porter rapidement des jugements, même s’ils ne sont pas
rationnels, ni même judicieux. Les attitudes nous permettent aussi de nous adapter à la société en
apprenant les croyances, les affects qui sont valorisés et qui augmentent nos chances de réussite
sociale. Enfin, les attitudes servent à nous définir.
Rapport attitude-comportement : et si on avait tout faux ?
La question du lien entre attitude et comportement est importante car la psychologie sociale repose
en bonne partie sur l’idée que les attitudes peuvent être mesurées et que, par conséquent, le
comportement peut être prédit.
Force, accessibilité, spécificité : les facteurs qui renforcent le lien attitude-comportement
Les études de psychologie sociale ont mesuré le lien entre la force d’une attitude et le
comportement. Ce lien dépend de l’accessibilité des attitudes. L’accessibilité d’une attitude dépend
de sa force et de certaines conditions particulières la rendant plus saillante. Des études en
laboratoire confirment qu’une attitude facilement accessible a tendance à se transformer en
comportement. Pour vérifier dans quelle mesure une attitude permet de prédire un comportement,
on doit se demander si l’attitude et le comportement se trouvent à un niveau comparable dans le
système d’attitudes. On prédit mieux un comportement particulier en posant une question portant
précisément sur l’action en question, le contexte dans lequel l’action est produite dans le temps.
La théorie de l’action raisonnée
FISHBEIN et AZJEN présument qu’une personne ayant vraiment l’intention de se conduire d’une
certaine façon, dans une situation précise ou envers un objet donné, adoptera un comportement
conforme à cette intention, sauf en cas d’impossibilité matérielle ou physique. Mais qu’est-ce qui
détermine l’intention ? Selon le modèle de l’action raisonnée, l’intention est déterminée d’une part
par l’attitude , d’autre part par les normes subjectives . Les intentions d’un individu sont
influencées par ses attitudes et par les pressions exercées par son entourage et par l’importance qu’il
accorde à ces pressions : c’est la composante du modèle, qu’on appelle normes subjectives, ces
normes sont subjectives car l’individu fait reposer son comportement sur sa perception. Il peut y
avoir une impossibilité de se lancer dans l’action qui nous empêche de transformer une attitude en
comportement. Ce facteur a mené à la théorie du comportement planifié .
Les théories du changement d’attitude
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 22
Le changement d’attitude par le conditionnement répondant
Le conditionnement répondant concerne les réponses émotionnelles de notre organisme. Nous
développons des affects positifs à l’égard de stimuli d’abord neutres par simple association avec
d’autres stimuli déjà affectivement chargés.
Le changement d’attitude par le conditionnement opérant : combien me paies-tu pour mon
attitude ?
Les principes du conditionnement opérant sont dus à CARL HOVLAND. Il s’agit du processus par
lequel un comportement devient plus ou moins probable selon les conséquences qui y sont
associées. Si une attitude est acquise, c’est parce que l’environnement renforce son apprentissage.
Les études ont mené Hovland et ses collègues à diviser en trois étapes le traitement du message
susceptible de produire un changement d’attitude : l’attention, la compréhension, l’acceptation. Le
renforcement joue alors un rôle primordial : il incite l’individu à adhérer au message. A ces trois
étapes, McGUIRE en ajoute deux qui favoriseraient le passage de l’attitude au comportement : la
rétention (il faut que le message ait été retenu longtemps) et l’action.
Qui : la source
1. La crédibilité : peut-on faire confiance à la source ?
La crédibilité de la source détermine la confiance que l’on accorde au message. Deux facteurs liés à
cette variable ont été en particulier étudiés : l’expertise et l’intention de persuader. Nous prêtons
généralement aux experts un grand pouvoir de persuasion. Il suffit que les gens vous perçoivent
comme un expert. Par ailleurs, on accorde moins de crédibilité à une source lorsque l’intention de
persuader est apparente car les gens n’aiment pas sentir que l’on essaie de les forcer à changer
d’idée, car ils sentent que cela menace leur liberté. Pourquoi accorde-t-on d’avantage à une source
dont les arguments vont à l’encontre de nos intérêts ?
WOOD et EAGLY expliquent cette réaction en recourant aux théories de l’attribution selon
lesquelles il est plus facile d’attribuer des motivations intrinsèques à une personne qui semble agir
d’une manière contraire à ce que l’on attendrait d’elle compte tenu de la situation.
2. L’attrait : on vote pour le beau
Une source attrayante exerce un plus grand pouvoir de persuasion.
3. La similarité : on est comme vous autres !
Il arrive souvent que le véritable facteur qui nous fasse changer d’attitude soit l’identification à un
personnage réel ou fictif qui nous ressemble. Les groupes d’entraide misent beaucoup sur
l’identification.
Quoi : le message
1. Convaincre ou émouvoir ?
Les deux stratégies sont très souvent associées dans un même message. Les recherches de
HOVLAND, LUMSDAINE et SHEFFIELD puis celles de CACIOPPO, PETTY et MORRIS concluent que le
choix de la stratégie dépend du public auquel on s’adresse. Une attitude principalement fondée sur
des cognitions sera vulnérable aux messages centrés sur des arguments tandis qu’une attitude
reposant essentiellement sur des affects sera plus facilement modifiée par de stimuli jouant sur les
émotions. Lorsqu’ils choisissent d’exploiter les émotions, les publicitaires recourent très souvent à la
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 23
peur. Il importe de doser le niveau d’angoisse. Une peur relativement intense a un grand pouvoir de
persuasion à condition que l’on propose à l’auditoire un moyen sûr et crédible d’éviter le danger.
2. Message unilatéral ou bilatéral : nommera-t-on l’adversaire ?
Le message unilatéral convient mieux pour les individus qui maîtrisent mal un sujet et qui sont peu
engagés sur le plan affectif. Ceux qui connaissent le message et se sentent concernés connaissent le
revers de la médaille. Tout individu qui se laisse convaincre par un message unilatéral sera également
sensible au message contraire. Les publicitaires doivent dès lors désamorcer les publicités de leurs
adversaires en mentionnant dans leurs publicités des éléments défavorables au produit concurrent.
On parle d’inoculation d’attitude .
3. Répétition du message : n’est efficace que ce qui est bon
WILSON et MILLER ont remarqué qu’un message a plus de chance d’entraîner un changement
d’attitude s’il est répété et que ce changement sera plus durable. Cependant, des recherches
ultérieures ont démontré que cette stratégie a ses limites. Premièrement, au-delà d’un certain
nombre de répétitions, le message ne suscite plus que l’ennui, voir le rejet chez l’auditoire.
Deuxièmement, la répétition du message donne aux auditeurs la chance de réfléchir sur les
arguments avancés. Si ceux-ci manquent de substance, leurs faiblesses n’en deviendront que plus
évidentes.
A qui : l’auditoire
1. A auditoire intelligent, message intelligent et demi
Il faut tenir compte des capacités supérieures des destinataires et adapter le message en fonction
d’eux. EAGLY et WARREN démontrent aussi qu’un message complexe, que seuls des gens ayant des
connaissances supérieures à la moyenne peuvent décoder, produit un effet considérable sur un
public instruit. Selon McGUIRE, les individus ayant un niveau intellectuel moindre seront plus
facilement conquis par un message simple et facile à comprendre.
2. Public distrait, public conquis ?
Si nous sommes au départ favorable à la position défendue dans le message, notre distraction
réduira son impact sur nous, car une écoute attentive nous porterait à formuler des arguments
supplémentaires. En revanche, lorsque nous n’adhérons pas au message véhiculé, une certaine
distraction augmente sont effet sur nous, alors nous sommes moins portés à chercher des contre-
arguments.
Comment : le canal
Il s’agit du moyen qu’on utilisera pour que le message atteigne sa cible. La propagande politique
comme la publicité mise largement sur le pouvoir des médias pour diffuser les messages.
1. Des effets plus limités que l’on ne pense
Plusieurs auteurs doutent du pouvoir réel des médias. C’est le plus souvent d’une oreille distraite que
l’on écoute les messages et les informations qu’ils diffusent. Mais la distraction n’en diminue pas
moins la portée du message que contient le discours. De plus, même lorsque nous prêtons une
oreille attentive à ce qui est dit, il n’est pas certain que nous saisissons l’essentiel. D’après une étude
de CHAIKEN et EAGLY, seulement 30 à 40% de l’information des messages télévisés est comprise.
Selon OSKAMP, les informations télévisées seraient si peu comprises qu’il faudrait les considérer
comme des communications divertissantes plutôt qu’informatives. Selon GREENWALD, ce qui nous
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convainc le plus dans un message, ce ne sont pas tant les arguments eux-mêmes que la réflexion qu’il
provoque chez nous. C’est sans doute pourquoi les messages complexes sont plus persuasifs
lorsqu’ils sont véhiculés par les médias écrits, qui stimulent davantage le travail de réflexion du
récepteur, que par les médias électroniques.
2. Une influence indirecte mais réelle
L’agenda-sitting : place que l’on donne à un événement dans les médias. Plus les médias accordent
de la place à un événement, plus le public considère qu’il est important. Si l’agenda-sitting souligne
l’aspect quantitatif, l’aspect qualitatif n’est pas moins important. La façon dont les médias
présentent les événements, c’est-à-dire leur enrobage, peut également orienter la perception du
public. IYENGAR observe qu’une présentation anecdotique, et non thématique des événements
suscite chez le public des attributions internes à l’endroit des acteurs de ces événements.
L’approche cognitive du changement d’attitude : le modèle de vraisemblance
de l’élaboration cognitive
Selon CACIOPPO et PETTY, la clé du changement d’attitude n’est pas dans l’environnement, mais
dans la tête des gens. Ils proposent à cet effet le modèle de la vraisemblance d’élaboration
cognitive . Ce modèle postule que l’être humain n’accorde pas le même traitement aux informations
selon qu’elles passent par la voie centrale ou périphérique. La voie centrale fait appel à des
processus cognitifs complexes. Lorsque les messages passent par cette voie, la persuasion se réalise
grâce au pouvoir qu’elle a de faire réfléchir l’auditeur et de le faire aller de lui-même là où on le
désire. L’auditeur prêtera ainsi une intention particulière aux arguments eux-mêmes.
La voie périphérique est plus sensible à un éventail d’éléments qui accompagnent les arguments du
message sans en constituer la substance. L’essentiel des efforts pour convaincre ne porte donc pas
sur les arguments eux-mêmes mais sur leur enrobage. Quand employer une voie plutôt qu’une
autre ? Dans la mise en œuvre d’une voie centrale, l’auditeur doit être motivé à réfléchir sur le
contenu du message et en avoir la capacité. Lorsque la personne est peu engagée, on l’atteindra plus
facilement par la voie périphérique. La pression du temps favorise la voie périphérique. Dans notre
vie quotidienne, nous utilisons sans le savoir les deux voies de persuasion. Les deux voies de la
persuasion ont-elles un effet équivalent sur l’attitude ? La voie centrale présente un avantage
important : elle mène à un changement d’attitude plus durable. Cependant elle rencontre deux
difficultés : rien assure que les gens se mettent à réfléchir parce qu’on le leur demande. De plus,
même si on convainc un individu de réfléchir, rien ne garantit que sa réflexion, ira dans le sens
souhaité. Les messages qui empruntent la voie périphérique n’ont souvent que des effets ponctuels,
ce qui oblige à reprendre périodiquement l’entreprise de persuasion.
Les théories de la consistance cognitive : la paix en soi
FRITZ HEIDER a proposé le postulat de la consistance cognitive , c’est-à-dire le besoin présumé de
l’être humain de garder une cohérence interne. Que faire lorsqu’on ne partage pas le même avis
qu’une personne qui nous est chère, ou l’inverse, que faire lorsqu’on est du même avis qu’une
personne que l’on n’apprécie guère ?
Le modèle de Heider analyse ce genre de situation à l’aide de trois composantes : la personne elle-
même (P), la personne avec qui a lieu l’interaction (A) et un objet psychologique (X) qui les concerne
toutes deux. On appelle « triade » l’unité formée par ces trois éléments. Pour qu’il y ait consistance
cognitive, il faut que la triade soit équilibrée, c’est-à-dire que le résultat de la multiplication des
signes relatifs aux attitudes de P et de A soit positif (voir figure 4.6).
La théorie de la dissonance cognitive
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Selon LEON FESTINGER, deux éléments cognitifs sont dissonants lorsque l’affirmation de l’un
entraîne la négation de l’autre (Ex : qui malgré sa position ferme contre la malbouffe, n’a jamais
mangé un hamburger et des frites bien grasses ?). Selon Festinger, un individu conscient d’entretenir
deux éléments cognitifs dissonants ressent un état de tension désagréable. La dissonance cognitive
peut résulter de plusieurs circonstances : l’exposition à l’information, la justification excessive et la
prise de décision.
L’exposition à l’information : quand on préfère ne pas savoir
ABELSON affirme que, lorsque nous ne voulons pas changer nos attitudes ni notre comportement ou
encore lorsque nous en sommes incapables, il nous arrive de réinterpréter la réalité de façon à ne
plus être conscients de la dissonance cognitive (Ex : le fameux « bof, mourir de ça ou autre chose ! »
que lancent les fumeurs relève de cette catégorie). Selon BEAUVOIS et JOULE, la théorie de la
dissonance cognitive est plus une théorie de la rationalisation plutôt qu’une théorie du changement
d’attitude. (p. 129 Encadré sur la dissonance vicariante)
Justification insuffisante : quand on n’a plus d’excuse
Qu’arrive-t-il quand notre comportement ne peut être justifié par les circonstances externes ? Quand
la cause d’un comportement ne relève pas de facteurs externes, l’individu la cherche en lui-même. Il
peut donc se retrouver dans une situation contradictoire. Ce phénomène est connu sous le nom de
« justification insuffisante ». Ainsi, lorsqu’on a demandé à des sujets d’accomplir une tâche
particulièrement ennuyeuse : expliquer un travail à d’autres sujets en le décrivant comme fort
intéressant, ceux qui n’avaient reçu qu’un dollar, on décrit le travail comme plus intéressant que
ceux qui avaient touché 20 dollars. Ceux, qui moyennant la somme de 1 dollar, on du faire croire
qu’une tâche ennuyeuse était intéressante ne pouvaient pas trouver dans la situation une
justification suffisante : la somme d’argent ne valait pas la peine de faire des efforts. Ils auraient donc
dû conclure que s’ils mentaient, c’était parce qu’ils le voulaient. Pour réduire la dissonance, ils on
préféré se convaincre qu’ils ne mentaient pas et que la tâche qu’ils avaient effectuée était vraiment
intéressante.
La dissonance postdécisionnelle : quand on ne peut pas s’être trompé
La dissonance postdécisionnelle se produit, selon Festinger, lorsque nous avons pris une décision
après avoir longtemps hésité entre deux possibilités comportant chacune des avantages et des
inconvénients. Nous sommes dès lors conscients d’avoir rejeté une solution en partie positive, donc
de perdre quelque chose. Une fois la décision prise, les sujets ont tendance à valoriser l’objet choisi
et à dévaloriser l’objet rejeté. L’être humain a tendance à valoriser ses décisions après coup.
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Chapitre 5 : stéréotypes, préjugés et discrimination
Définitions et illustrations
Les stéréotypes : « Les Anglais sont froids, les Français sont bavards… »
La représentation que nous avons des membres des autres groupes est formée de nos croyances à
leur égard. Un stéréotype est une croyance partagée portant sur des caractéristiques de personnes
appartenant à un groupe. Les premières mesures des stéréotypes ont été effectuées par KATZ et
BRALY. Pour qu’il y ait stéréotype, il faut qu’un groupe se distingue des autres par la présence plus ou
moins fréquente d’une caractéristique.
Bien des gens ont par ailleurs des stéréotypes se rapportant à leur propre groupe. On parle alors
d’autostéréotypes .
VORAUER et ses collègues ont introduit le concept de métastéréotype . C’est une croyance d’une
personne à l’égard des stéréotypes que les membres des autres groupes ont à propos du groupe de
cette personne. D’après une étude, les métastéréotypes d’une personne semblent avoir une
influence plus grande sur les émotions négatives qu’elle s’attend à éprouver dans une interaction
avec un membre d’un autre groupe que les stéréotypes qu’elle a à l’égard de ce groupe. D’où
l’intérêt de prendre en considération les métastéréotypes.
Les préjugés : « Je déteste les Anglais et les Français »
Si les stéréotypes contribuent à notre connaissance de l’autre et relèvent de la dimension cognitive
de l’esprit humain, les préjugés relèvent pour leur part de la dimension affective : ils renvoient à
notre évaluation des autres. Les préjugés sont des attitudes. Un préjugé est donc une attitude,
habituellement négative, à l’égard des membres d’un groupe. Comme toute attitude, un préjugé
peut résulter de nos croyances évaluatives, y compris de nos stéréotypes à l’égard de l’autre groupe.
COTTRELL et NEUBERG remettent en question la définition traditionnelle du préjugé en tant
qu’attitude générale à l’égard d’un groupe. Selon eux, le préjugé est plus complexe : il est fait de
multiples émotions, toutes négatives - colère, dégoût, peur et anxiété, pitié, envie -, que les gens
éprouvent différemment selon les groupes. La nature de ces émotions dépendrait du type de
menace représenté par le groupe en question.
La discrimination : « Si un Anglais ou un Français s’installe ici, je déménage ! »
Ce que nous pensons des autres et l’état affectif qu’ils déclenchent en nous, orientent souvent notre
comportement à leur égard. Il en va de même qu’il s’agisse de stéréotypes ou de préjugés. Ainsi, une
personne convaincue que les Haïtiens sont moins intelligents que la moyenne ne s’empressera pas
de leur confier des tâches comportant de lourdes responsabilités. Il exerce ici une discrimination à
leur égard. Une discrimination est un comportement négatif à l’égard des membres d’un groupe.
La discrimination peut se présenter sous diverses formes, mais il s’agit toujours d’un comportement
injuste à l’égard d’un individu en raison de son appartenance à un groupe.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 27
Le racisme : « Y a-t-il plus paresseux qu’un Noir ? »
Le racisme est un préjugé défavorable et une discrimination à l’égard de personnes à cause de la
couleur de leur peau ou de leur appartenance ethnique.
Le racisme traditionnel
Le racisme traditionnel est un racisme flagrant qui s’exprime, par exemple, par la ségrégation
fondée sur la couleur de la peau dabs les restaurants. Ainsi, le racisme traditionnel ne se manifeste
pas toujours par le désir d’exterminer l’autre ethnie. Il peut se traduire par des comportements
visant à maintenir une certaine distance sociale par rapport à « l’étranger ».
Le racisme moderne
Un individu peut ne pas exprimer ses attitudes négatives à l’égard des membres d’un autre groupe
pour de nombreuses raisons : le respect des lois de son pays, la pression sociale, etc. Pour ces
raisons, le racisme traditionnel a fait place chez certaines personnes au racisme moderne. Le
racisme moderne est un racisme subtil qui s’exprime indirectement et se fonde sur des raisons
socialement acceptables. Ce racisme peut prendre diverses formes. Ainsi la combinaison de valeurs
morales traditionnelles d’un individu et de l’affect négatif que déclenchent en lui les Noirs peut
entraîner un racisme symbolique.
Le racisme symbolique s’exprime, par exemple, dans les dénonciations des mesures de
discrimination positive (comportement plus favorable à l’égard des membres d’autres groupes qu’à
l’égard des membres de son propre groupe). Ainsi, face à deux candidats ayant les mêmes
compétences, on devra choisir la personne appartenant à une minorité raciale.
Il existe une troisième forme de racisme que les chercheurs appellent racisme d’aversion . C’est un
racisme qui s’exprime par un appui aux mesures d’égalité pour les Noirs, mais qui s’accompagne de
sentiments négatifs à leur égard. On le rencontre chez les gens qui sont prêts à soutenir les mesures
d’égalité raciale, mais qui éprouvent malgré tout des sentiments négatifs à l’égard des Noirs.
Le sexisme : « Je ne suis pas grand-chose mais, au moins, je ne suis pas une femme ! »
Le sexisme se manifeste par des préjugés et des comportements discriminatoires fondés sur le sexe
d’une personne. Comme dans le cas du racisme, on ne doit pas nier les progrès faits en matière de
sexisme. Il convient toutefois d’éviter de tomber dans l’autosatisfaction.
Lorsqu’on compare les stéréotypes à l’égard des femmes et des hommes, on remarque que dans
l’ensemble, les traits masculins sont plus valorisés que les traits féminins.
Certaines personnes se décrivent elles-mêmes en utilisant des stéréotypes sexistes : selon qu’elles
s’attribuent des caractéristiques typiquement masculines ou féminines, on dit qu’elles ont une
orientation masculine ou féminine. D’autres personnes se décrivent comme possédant à la fois des
traits masculins et des traits féminins : on dit qu’elles ont une orientation androgyne. D’autres
encore ne se décrivent pas en recourant à des caractéristiques masculines ou féminines : on dit
qu’elles ont une orientation indifférenciée.
KLONOFF et LANDRINE soutiennent qu’il est utile de faire des distinctions entre le dénigrement
sexiste, le sexisme dans les relations interpersonnelles distantes, le sexisme dans les relations
interpersonnelles avec les proches et le sexisme dans le milieu du travail.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 28
Le dénigrement sexiste consiste à utiliser des termes sexistes lorsqu’on fait référence à une femme,
à répondre des blagues sexistes ou à faire des avances sexuelles inappropriées.
La discrimination sexiste dans les relations interpersonnelles distantes est aussi très répandue :
nombre de femmes sont ainsi traitées injustement par des garagistes, médecins, professeurs, etc.
On distingue trois types de sexisme :
- Le sexisme hostile qui se manifeste par une animosité à l’égard des femmes, qui sont perçues
comme usurpant le pouvoir des hommes.
- Le sexisme bienveillant qui s’exprime par un comportement favorable et protecteur à l’égard
des femmes, à condition qu’elles adoptent des rôles traditionnels.
- Le sexisme ambivalent qui se compose des deux formes de sexisme précédentes (hostile et
bienveillant).
Récemment, certains chercheurs ont établi un lien entre le racisme moderne et le sexisme moderne.
Le sexisme moderne est un déni de la discrimination à l’égard des femmes dans la société. Il
s’oppose au sexisme traditionnel qui est un sexisme dans lequel on endosse les croyances
traditionnelles relatives aux femmes.
Les causes des préjugés
L’origine des préjugés est une question complexe qu’on peut étudier sur plusieurs plans d’analyse :
historique, sociologique, psychosocial et psychologique.
L’histoire : origine et évolution des relations entre les groupes
Selon la sociologie d’inspiration marxiste, les relations de domination entre groupes sociaux sont à
l’origine des préjugés. La situation classique est la suivante : un groupe en soumet un autre, puis il
justifie sa domination par l’incapacité de l’autre à se gérer lui-même. On trouve aux membres du
groupe dominé des défaits incorrigibles – ils sont paresseux, stupides, incultes – et on en arrive à se
convaincre qu’on leur a fait une faveur en les soumettant. Des facteurs historiques peuvent donc
être à l’origine de préjugés.
Le contexte socioculturel : les changements qui engendrent des préjugés
MUZAFER SHERIF a réalisé une expérience pour savoir si les stéréotypes et préjugés sont inévitables
lorsqu’on vit côte à côte.
Il sépara les enfants d’un camp de vacances en deux groupes distincts. En proposant de faire une
sorte de compétition ou les gagnants recevant des prix et les perdants ne recevant rien, il pu
observer une très rapide identification au groupe, accompagné du rejet de l’autre groupe. A mesure
de la compétition, le rejet de transformait en conflit ouvert, et les enfants ne manquaient pas une
occasion de se battre.
Il en a conclu que les préjugés ont pour origines des raisons objectives : le partage d’un territoire et
de ressources. Selon la théorie du conflit de groupe réaliste, la lutte entre les groupes pour occuper
un territoire et obtenir de la nourriture et des ressources matérielles serait à l’origine des préjugés.
La théorie du conflit de groupe réaliste est une théorie selon laquelle l’antagonisme entre les
groupes repose sur des conflits d’intérêts réels et produit de la frustration.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 29
La pression sociale : lorsque la socialisation et l’influence sociale expliquent les préjugés
La socialisation
Les préjugés étant des attitudes, ils sont donc acquis. Nous ne naissons pas avec un bagage de
préjugés ne demandant qu’à s’exprimer le moment venu. Les préjugés peuvent être acquis par
l’expérience directe, mais ils sont souvent transmis d’une personne à une autre, notamment au cours
de la socialisation de l’enfant.
Selon la théorie de l’apprentissage social, les préjugés seraient appris par le biais des modèles
présentés aux enfants et aux adolescents au cours de leur socialisation.
On a constaté que l’apprentissage des préjugés se fait à un très jeune âge. Ainsi, les enfants blancs
acquièrent leurs préjugés à l’égard des autres groupes raciaux entre trois et cinq ans. Ces préjugés se
renforcent entre le moment où ils sont acquis et à l’âge de sept ans. Chez certains enfants, ils se
maintiennent ensuite jusqu’à l’adolescence, alors que chez d’autres, ils diminuent.
L’expérience des enfants en bas âge est cruciale parce qu’il y a souvent cristallisation au début de
l’adolescence et que les préjugés sont par conséquent plus difficiles à éradiquer à l’âge adulte.
Les médias jouent un rôle notable dans la socialisation. En effet, l’image qu’ils présentent de la
réalité vient souvent renforcer les stéréotypes qui ont cours dans la société.
Quant aux stéréotypes sexistes, ils sont acquis encore plus tôt dans l’enfance. Non seulement les
parents se comportent très différemment avec un enfant selon que c’est un garçon ou une fille, mais
les livres, émissions de télévisions, etc. véhiculent les stéréotypes traditionnels.
L’influence sociale
L’influence sociale peut amener les gens à commettre des actes ou à prononcer des paroles dont ils
ne se seraient jamais crus capables.
Il en va de même des préjugés. Ils peuvent se généraliser dans une société au point qu’il devient
délicat de faire entendre une voix discordante.
La personnalité : certains sont moins bien armés pour résister à l’appel des préjugés
Des chercheurs se sont demandé s’il existe un type de personnalité qui offrirait un terrain
particulièrement fertile au développement des préjugés.
ADORNO et ses collègues ont établi le profil d’un type de personnalité caractérisée par la soumission
à l’autorité, la peur du changement, l’ethnocentrisme et la rigidité intellectuelle, la personnalité
autoritaire . C’est une personnalité caractérisée par la rigidité, la soumission à l’autorité et des
préjugés à l’égard de ceux qui sont différents. Ces personnes, ayant peur du changement, sont
rassuré par un pouvoir fort qui leur offre la meilleure garantie contre les changements imprévus.
L’ethnocentrisme est l’état d’esprit des personnes qui croient que leur groupe ethnique est le
meilleur et qui entretiennent une attitude systématiquement négative à l’égard des autres groupes.
On ne s’étonnera pas de le retrouver dans la personnalité autoritaire : la peur du changement
coïncide généralement avec la peur de l’inconnu, et quoi de plus inconnu qu’un étranger ?
Les traits caractéristiques de la personnalité autoritaire se conjuguent et amènent ces individus à
acquérir des préjugés non seulement à l’égard des autres groupes, mais aussi de tous ceux qui, à
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leurs yeux, représentent une menace pour l’ordre établi : les homosexuels, les chômeurs, les
féministes, etc.
ALTEMEYER a mesuré ce qu’il appelle l’autoritarisme de droite. Les individus qui ont une cote élevée
sur cette échelle se perçoivent comme moralement supérieurs. Ils préconisent des solutions
rigoureuses pour réduire la criminalité et la perversion des mœurs.
Par ailleurs, on sait que la frustration peut donner lieu à l’agression. Mais il est souvent dangereux,
voire impossible, d’agresser la personne qui cause la frustration. Il arrive que l’agression se déplace
vers un autre objet, et ce, d’autant plus facilement que la cible ne peut pas se défendre
adéquatement.
La perception : l’apparence peut être trompeuse
La catégorisation
La catégorisation est un processus par lequel on perçoit les personnes comme appartenant à des
groupes ou à des catégories plutôt qu’en tant qu’individus.
Si nous ne pouvions pas créer des catégories permettant de regrouper et de reconnaître les objets,
les personnes et les situations, le monde nous apparaîtrait comme un casse-tête qu’il faudrait refaire
tous les jours. Les catégories nous simplifient donc la vie. Néanmoins, la catégorisation peut conduire
à une simplification dont les conséquences peuvent être désastreuses pour ceux qui en sont victimes.
Une simplification trop poussée peut être à l’origine de stéréotypes et de préjugés.
Que se passe-t-il lorsqu’un individu se rend compte qu’une personne ne manifeste pas le
comportement attendu d’elle selon les stéréotypes associés à la catégorie dont elle fait partie ?
WEBER et CROCKER distinguent trois possibilités :
- Le stéréotype attribué à cette catégorie de personnes change à mesure que l’individu rencontre
des cas qui infirment le stéréotype.
- Le stéréotype change d’une façon soudaine et radicale.
- L’individu crée une sous-catégorie pour tenir compote de l’information nouvelle.
Le favoritisme à l’égard de l’endogroupe
L’endogroupe est un groupe social qu’un individu perçoit comme étant celui auquel il appartient.
L’exogroupe est tout autre groupe que celui auquel un individu perçoit qu’il appartient.
Le biais de l’endogroupe est une tendance à avoir une meilleure opinion à l’égard de son
endogroupe qu’à l’égard des exogroupes.
Pourquoi avons-nous tendance à trouver que notre groupe est meilleur que les autres ? Selon la
théorie de l’identité sociale (TAFEL et TURNER), notre besoin d’être fiers de nos réalisations (l’estime
de soi) peut être satisfait non seulement par nos propres réussites, mais aussi à trouver les succès
remportés par une catégorie sociale) à laquelle nous nous identifions. L’identification au groupe
permet aussi de maintenir l’estime de soi à un niveau acceptable.
Cependant, le pas peut être vite franchi entre l’affirmation nationale et la xénophobie, ou entre la
fierté d’être un homme et la misogynie (haine ou mépris des femmes). La valorisation du groupe
auquel on appartient peut se traduire par la dévalorisation des autres groupes.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 31
Le biais de l’homogénéité de l’exogroupe
La catégorisation a pour effet de simplifier la réalité. Une manifestation tangible de cette
simplification est le biais de l’homogénéité de l’exogroupe, autrement dit la perception selon laquelle
la variabilité entre les membres d’un exogroupe est moins grande qu’entre les membres de
l’endogroupe.
Les corrélations illusoires
La corrélation illusoire est une association apparente, mais dénuée de fondement, entre deux
phénomènes
Le fait d’associer des traits négatifs peu fréquents et, par conséquent, saillants à des individus
appartenant à un groupe minoritaire, c’est-à-dire saillants eux aussi, est susceptible de rendre ces
traits plus accessibles à la mémoire et de faire percevoir un lien plus fort qu’il n’existe en réalité
(Tableau p. 161).
Les prophéties qui s‘autoréalisent
Le problème avec les préjugés, c’est qu’ils sont difficiles à infirmer, mais qu’ils créent souvent aussi
leur propre réalité : on parle alors de prophéties qui s’autoréalisent .
TAYLOR, PEPLEAU et SEARS identifient 5 étapes dans l’autoréalisation de la prophétie :
- La personne A acquiert un préjugé à propos de la personne B.
- La personne A agit en fonction de ce préjugé.
- La personne B modifie son comportement en fonction de celui de la personne A.
- La personne A voit son préjugé confirmé par le comportement de la personne B.
- La personne B en vient à accepter les préjugés de la personne A comme une description objective
de la réalité.
Le stimulus : et si l’objet du préjugé méritait se réputation ?
Une explication des préjugés est que les membres des groupes qui font l’objet de préjugés méritent
leur réputation souvent peu enviable. Autrement dit, ces groupes possèdent bien les défauts (ou les
qualités) qu’on leur attribue.
La réduction des préjugés
Le contact entre les groupes : est-il suffisant pour réduire les préjugés ?
L’effet du contact sur la réduction des préjugés doit être évolué sur une période relativement longue.
Quelles raisons les gens donnent-ils pour expliquer qu’ils évitent les contacts intergroupes et, selon
eux, quelles raisons les personnes des exogroupes ont-elles d’éviter ces contacts ?
SHELTON et RICHESON ont observé que généralement, les groupes souhaitaient avoir davantage de
contacts entre eux, mais croyaient que l’exogroupe ne recherchait pas de tels contacts. Les individus
expliquent leur inaction par la peur d’être rejetés, mais ils attribuent l’inaction des autres à leur
manque d’intérêt.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 32
L’approche sociocognitive : remplacer la mauvaise perception par une meilleure perception
Selon l’approche sociocognitive, les préjugés découlent d’un dérapage des processus cognitifs
normaux. On peut donc réduire les préjugés en agissant directement sur les processus cognitifs.
Comme on l’a vu, la catégorisation aboutit à la distinction entre « nous » et « eux », qui est souvent à
la source de l’attribution de stéréotypes, de la formation de préjugés et de la discrimination. Serait-il
possible de contrer les effets de la catégorisation ? Quatre interventions ont été proposées dans ce
but :
- La recatégorisation : processus par lequel une personne en vient à percevoir deux catégories
sociales comme n’en formant qu’une seule.
- L’individuation : processus par lequel on met l’accent sur les différences entre les individus
plutôt que sur les différences entre les groupes.
- La catégorisation croisée : processus par lequel une personne prend conscience qu’elle
appartient à deux catégories sociales.
- La catégorisation multiple : processus par lequel une personne prend conscience qu’elle
appartient à plus de deux catégories sociales.
La catégorisation entraîne les stéréotypes et les préjugés. On pourrait donc essayer de réduire la
discrimination en contrant les stéréotypes. Mais ce n’est pas si simple, les stéréotypes, souvent
appris depuis longtemps, peuvent refaire surface malgré toute la bonne volonté de la personne.
Chapitre 6 : L’influence sociale
Qu‘est ce que l’influence sociale ?
L’influence sociale se définit comme la modification du comportement ou des croyances d’un
individu sous l’effet d’une pression réelle ou imaginaire, volontaire ou involontaire, exercée par une
personne ou un groupe de personnes.
Elle se différencie donc de l’uniformité de comportement qui désigne une conduite que les
individus adoptent indépendamment les uns des autres en réponse à un même stimulus.
Les réactions à la pression d’autrui
La recherche en psychologie a permis d’identifier cinq types de réactions : la soumission,
l’identification, l’intériorisation, l’indépendance et l’anticonformisme.
Les trois premières réactions sont généralement présentées comme les catégories de Kelman. Selon
lui, toutes les manifestations de l’influence sociale ne relèvent pas d’un même processus. Il arrive
que nous soyons en désaccord avec les autres, mais que nous agissions comme eux pour éviter la
désapprobation. Parfois, notre attirance pour les autres nous fait oublier notre sens critique. Parfois
encore, nous agissons comme les autres parce qu’ils parviennent à nous convaincre du bien-fondé de
leur conduite.
La soumission est une modification du comportement sous l’influence d’autrui qui ne s’accompagne
pas d’un changement de croyance.
L’intériorisation est un changement de croyance à long terme, fondé sur une réorganisation
cognitive.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 33
L’identification est l’adoption du comportement ou des croyances d’un groupe ou d’une personne
parce qu’on s’identifie à ce groupe ou à cette personne. L’identification suppose donc un degré
d’influence plus important que la soumission et l’intériorisation.
Etre dans le vrai, être aimé : la dépendance informationnelle et la dépendance normative
De très nombreuses études ont été menées en psychologie sociale pour expliquer l’intériorisation et
la soumission. DEUSTCH et GERRARD ont identifié deux processus considérés comme les processus
fondamentaux de l’influence : être aimé et être dans le vrai.
Pour survivre en société, il est nécessaire d’avoir une compréhension adéquate de la réalité. Nous
nous fions donc souvent aux avis ou à l’exemple d’autrui pour comprendre le monde qui nous
entoure. C’est ce qu’on appelle la dépendance informationnelle . Cette forme de dépendance est
particulièrement forte dans l’intériorisation et l’identification. Par ailleurs, la survie en société
suppose aussi la capacité de se faire accepter par les autres. C’est ce qu’on appelle la
dépendance normative . La soumission repose en particulier sur ce besoin.
Les formes d’influence sociale
L’influence sociale peut prendre plusieurs formes. Ces différentes formes sont :
- Normalisation : les membres d’un groupe s’influencent mutuellement.
- Conformisme : une majorité influence une minorité.
- Acquiescement : une personne répond positivement à une demande explicite d’autrui.
- Obéissance : une personne accepte de se comporter conformément aux demandes d’une
autorité.
- Innovation : une minorité influence une majorité.
La normalisation : une seule paire d’yeux pour tous
La norme est une règle dictée par la société et reflétant des standards d’approbation ou de
désapprobation sociale. Pour qu’une norme soit établie, il faut qu’un groupe de personnes
s’entendent sur une certaines vision de la réalité. Notre propre culture, ou encore notre expérience
personnelle, nous sert donc de cadre de référence pour évaluer la réalité.
SHERIF s’est demandé ce qui se passerait si l’on plaçait un groupe de personnes dans une situation
où elles ne disposeraient d’aucun cadre de référence pour orienter leur conduite. Pour vérifier
expérimentalement ses hypothèses, il a eu recours au mouvement autocinétique. Il s’agit d’une
illusion perceptive qui survient lorsqu’une personne plongée dans l’obscurité totale perd ses points
de références habituels ; si on lui demande de fixer un point lumineux, elle a l’impression que ce
point est en mouvement, alors qu’il reste fixe. SHERIF a placé dans ces conditions des individus seuls.
Le point lumineux était visible pendant quelques instants, puis il disparaissait. Lorsqu’il
réapparaissait, le sujet devait dire de combien de centimètres il s’était déplacé. Cette expérience lui a
permis d’observer qu’en l’absence de cadre de référence externe, les sujets s’en construisent un. Il a
répété cette expérience mais cette fois ci, les sujets étaient répartis par groupes et constaté qu’une
norme collective se créait.
On parle de normalisation lorsque des estimations individuelles convergent vers une estimation
commune. Lorsque la réalité est mal définie, un consensus tacite se crée dans le groupe sur la façon
appropriée de la juger.
L’expérience de SHERIF a mis en lumière le phénomène par lequel les individus s’entendent
spontanément sur une interprétation « correcte » de la réalité.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 34
La norme a une double valeur : une valeur descriptive (elle informe l’individu sur ce que les autres
font) et une valeur prescriptive (elle indique le comportement approprié).
Mais comment peut-on en arriver là ?
La réalité sociale n’est pas non plus définie une fois pour toutes. La perception que nous avons varie
selon les époques, les cultures et les situations.
La foule et la rumeur : quand les normes sont suspendues
Selon une approche évolutive, ce besoin de définir la réalité correspondrait à une nécessité
biologique. Les sujets soumis aux expériences de SHERIF sont dans la même situation que tout
groupe d’individus devant s’entendre rapidement sur une définition commune de la réalité. La
capacité de s’entendre rapidement sur le caractère urgent ou non d’une situation et de l’action à
mener est un facteur important de survie. Déterminer rapidement un point d’ancrage est alors un
facteur de survie.
Il existe cependant des situations où les normes sont soit suspendues, soit à inventer, notamment les
situations de foule. Selon la théorie de la norme émergente (TURNER et KILLIAN), les normes
habituelles qui régissent une collectivité ne fonctionnent pas toujours dans une foule, et elles
doivent donc être réinventées.
En l’absence de repères fiables, la rumeur se répand de bouche à oreille et prend le relais des canaux
de communication officiels, ce qui crée de nouvelles appréhensions qui redessinent le monde social
tout en nourrissant souvent l’anxiété. Dans une situation d’incertitude, la rumeur se substitue à
l’information officielle ou lui fait concurrence. Elle apparaît comme « une façon de réduire l’anxiété
et l’incertitude par un processus de fabrication de sens social ».
Le conformisme : « que les plus nombreux l’emportent »
Le conformisme est un changement de comportement ou de croyance résultant de la pression
réelle ou imaginée d’une majorité à l’endroit d’un individu ou d’une minorité d’individus.
SOLOMON ASCH : un être rationnel ne saurait bêler avec le troupeau
Le psychologue ALFRED BINET considérait comme un trait de personnalité la tendance de l’individu à
se conformer aux attentes des autres (= suggestibilité). Il croyait en l’existence d’une corrélation
négative entre ce trait et l’intelligence globale.
ASCH a fait une expérience pour répondre à ce conformisme (Ex. p.182 expérience des trois lignes de
longueurs différentes). L’expérience a démontré que le tiers des réponses données par les sujets
naïfs étaient conformes à l’opinion de la majorité (fausse ici). Pour TANFORD et PENROD ces résultats
indiquent qu’il est plus facile, pour une majorité de personnes, de contredire l’évidence que d’aller à
l’encontre du jugement de purs étrangers.
Les facteurs associés au conformisme
L’ambiguïté du stimulus
Dans les études qui reprennent l’expérience d’ASCH avec un stimulus non ambigu, on obtient
généralement des taux de conformisme semblables. Mais qu’en est-il lorsque la réponse n’est pas du
tout évidente (questions d’opinion par exemple) ?
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 35
CRUTCHFIELD a été le premier à utiliser des questions d’opinion. Il a constaté que des stimuli
ambigus augmentent le taux de conformisme : lorsque les gens sont interrogés sur des sujets dans
lesquels ils ne se sentent pas compétent, ils osent moins affronter la majorité.
Les caractéristiques du groupe
Pour vérifier si la taille du groupe joue un rôle dans le conformisme, ASCH a fait varier le nombre de
compères dans ses expériences. Il s’est rendu compte que le taux de conformisme augmente jusqu’à
un certain nombre, ou le sujet naïf soupçonne qu’il est victime d’un coup monté.
L’attrait est un autre facteur susceptible d’expliquer le conformisme, plus on se sent attiré par un
groupe, plus on a tendance à se conformer aux normes qu’il préconise.
Dans un même cas, nous nous conformons plus facilement aux croyances et aux comportements de
personnes qui font partie de notre entourage et auxquelles nous nous identifions, qu’à ceux
d’étrangers ou d’individus associés à un autre groupe.
L’unanimité au sein de la majorité est un autre facteur associé au conformisme.
Existe-t-il une personnalité conformiste ?
Les personnes qui ont un grand besoin d’affiliation, c’est-à-dire un grand besoin de se faire aimer des
autres, sont plus conformistes que la moyenne. Les personnes qui valorisent beaucoup les rapports
interpersonnels, l’harmonie sociale et l’ouverture aux autres ont elles aussi davantage tendance à
régler leur comportement sur celui des autres.
Les individus marqués par un fort degré de monitorage de soi ont également tendance à céder plus
facilement à la pression du groupe. Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que ces individus
accordent une grande importance à l’image qu’ils projettent.
Les personnes ayant une faible estime de soi ont également tendance à se conformer à la majorité :
ils ont peu confiance en leurs capacités, ce qui les rend très réceptifs à la vision de la réalité que leur
propose leur entourage, même si elle est erronée.
Avoir une personnalité autoritaire prédispose aussi au conformisme.
On trouve donc des corrélations entre certains traits de personnalité et le conformisme. Mais pas de
là à parler de « personnalité conformiste ».
GELADE fait ressortir l’existence de corrélations plus fortes entre certains traits de personnalité et la
tendance au conformisme. Il distingue, dans une tâche de résolution de problème, deux types de
comportements liés à des traits de personnalité : les « innovateurs » cherchent activement des
solutions personnelles, tandis que les « adaptateurs », plus conformistes, s’en tiennent aux stratégies
connues.
La culture : collectiviste ou individualiste ?
D’après TRIANDIS, les cultures se distinguent selon qu’elles ont une orientation collectiviste ou
individualiste. Cette dichotomie entre les cultures se reflète dans de nombreux phénomènes,
notamment dans le conformisme.
Selon KIM et MARKUS, cette différence s’expliquerait par la connotation positive attribuée à
l’initiative individuelle et à l’indépendance d’esprit dans les cultures individualistes comme la culture
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 36
nord-américaine. En revanche, dans une culture collectiviste, le conformisme n’est pas perçu comme
une réponse à la pression sociale, mais comme le signe de maturité d’une personne responsable et
consciente de son lien avec la communauté.
Mais comment peut-on en arriver là ?
Lorsqu’ils font preuve de conformisme, les participants aux expériences semblables à celles d’ASCH
se plient généralement au processus de soumission et non au processus d’intériorisation : ils
continuent de penser ce qu’ils pensaient, mais la peur d’être rejetés par autrui les amène à adopter
un comportement conforme à celui de la majorité. En fait, une des principales peurs ressenties par
les sujets lors des expériences comme celles d’ASCH est de se faire rejeter pour avoir insulté les
autres sujets en mettant en cause leur capacité d’évaluer la longueur des lignes. Le rejet dont on
risque d’être victime se traduit souvent par un ridiculement. Une autre façon de rejeter quelqu’un
sans le ridiculiser consiste tout simplement à l’ignorer. C’est ce qu’on appelle l’ostracisme .
L’acquiescement : « oui, je le veux »
Les études sur la normalisation et le conformisme reposent sur des situations dans lesquelles la
demande sociale n’est pas formulée explicitement : personne n’ordonne aux sujets de SHERIF d’obéir
à la norme du groupe. La vie de tous les jours offre cependant de nombreuses occasions où nous
devons réagir à des demandes explicites. L’acquiescement est une réponse positive à ces demandes
(explicites) d’autrui.
Dans cette section, nous allons faire un tour rapide des différents procédés utilisés pour favoriser
l’acquiescement, qui ont été mis en évidence tantôt par des études expérimentales, tantôt par des
observations en milieu naturel.
L’acquiescement irréfléchi : « Mais faites donc, je pense à autre chose… »
Il est fréquent que nous donnions notre accord distraitement, sans avoir vraiment réfléchi. En effet,
lorsque notre esprit n’est pas préoccupé par toutes sortes de problèmes plus ou moins importants, il
ressasse des souvenirs ou s’adonne tout simplement à la rêverie. C’est pourquoi, si l’on nous
demande quelque chose de relativement simple, nous ne nous livrons pas à une analyse critique de
la demande.
LANGER, BLANK et CHANOWITZ ont demandé à un compère de passer devant des individus qui
faisaient la queue pour utiliser une photocopieuse. Dans le premier cas, le compère expliquait aux
gens qu’il était très pressé ; dans le second cas, il disait simplement qu’il avait des photocopies à
faire. Surprise : on l’a laissé passer presque aussi souvent dans les deux cas. Selon LANGER, notre
éducation nous enseigne qu’une personne qui prend la peine de nous demander la permission avant
d’agir doit certainement avoir une bonne raison de le faire. Si notre esprit est déjà occupé, nous ne
nous donnons pas la peine d’analyser plus en détail la demande et nous donnons notre accord sans
réfléchir.
L’influence du débit verbal : qui parle vite parle bien
On réussit souvent à faire acquiescer une personne en la submergeant littéralement de paroles. Cela
va tout à fait dans le sens de l’insoutenable automaticité de l’être : on mise sur votre non réflexion.
La norme de la réciprocité : « Après ce que j’ai fait pour toi… »
Nous avons tous appris, au cours de notre socialisation, qu’ « un service en attire un autre », qu’il
suscite souvent chez la personne qui le reçoit un besoin de faire de même.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 37
REGAN a fait une expérience à ce sujet : un compère allait se chercher un coca-cola (10 cents) et en
rapportait un au sujet naïf. Puis, quelques minutes plus tard, il tentait de lui vendre un billet de tirage
(25 cents). Les sujets à qui l’on avait offert un coca-cola ont acquiescé beaucoup plus souvent que
ceux à qui l’on a fait la demande sans leur rendre ce service au préalable.
La norme de réciprocité est tellement présente dans toutes nos sociétés que les spécialistes
l’envisagent comme un avantage évolutif important chez les espèces qui la possèdent. Cette
réciprocité permet de créer des systèmes complexes et coordonnés d’échanges qui favorisent une
adaptation collective à l’environnement.
L’attrait : soyez aimable… et beau (surtout le soir)
Pour convaincre, ce n’est pas une mauvaise idée de se faire aimer. Se rendre aimable pour
convaincre est un procédé si évident que l’on peut se demander comment on s’y laisse prendre.
Pourquoi ? Se rendre aimable permet de toucher chez la cible le besoin d’affiliation. Si quelqu’un est
aimable avec nous, c’est sans doute parce que nous méritons d’être aimé ou aimée !
Une expérience de BURGER et ses collègues conclue que « les individus réagissent à des impressions
d’attraction passagères comme ils le font avec leurs amis et connaissances de longues date ». En
effet, des individus seront beaucoup plus enclins à acquiescer à une demande d’un autre individu si
ceux-ci ont eu une « relation » qui consistait à avoir passé plus de temps avec cet individu dans la
salle d’attende.
L’un des plus sûrs moyens de se faire aimer est d’utiliser la bonne vieille flatterie. Des recherches
démontrent qu’il n’est même pas nécessaire de flatter la personne elle-même : flatter son entourage
immédiat, par exemple sa famille, peut avoir un effet comparable.
Une autre façon de se faire aimer est de donner à l’autre l’impression qu’on lui ressemble. Avoir les
mêmes goûts, des opinions similaires ou tout simplement le même patronyme ou le même prénom,
venir de la même région, voilà autant d’exemples de similarité superficielle, mais qui entrouvrent
pourtant la porte de l’acquiescement. L’attirance physique joue évidemment un rôle dans l’aptitude
à se faire aimer des autres.
La validation sociale : donnez, c’est normal
Pour amener quelqu’un à satisfaire nos demandes, il est utile de les présenter comme relevant d’un
consensus social. Comme la plupart des méthodes visant à obtenir rapidement l’acquiescement,
cette technique suppose bien entendu que les donneurs potentiels ne procèdent pas à un traitement
élaboré de l’information.
Les demandes successives : on vous endort
La technique du pied dans la porte consiste à faire des demandes successives dont l’importance
augmente peu à peu, de sorte que l’effort finalement consenti apparaît moins considérable que s’il
avait été exigé d’un seul coup.
CIALDINI attribue l’efficacité de cette technique au besoin de consistance, besoin traitant entre
autres de la dissonance cognitive. Une fois que nous nous sommes engagés dans une action, il est
difficile pour le soi de revenir en arrière sans nous sentir en contradiction avec nous-mêmes.
D’ailleurs, le concept de soi dit que la plupart des gens aiment se percevoir comme ayant des traits
stables, qui ne varient pas systématiquement avec la situation.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 38
La technique de la porte au nez va dans le sens contraire. Au lieu de nous adresser une requête
modeste pour nous amener à en accepter une autre plus importante, on nous présente d’abord une
demande excessive, pour ensuite nous « rassurer » en la remplaçant par une autre, plus
« raisonnable », mais que nous aurions refusée si l’on nous l’avait faite dès le début.
CIALDINI attribue l’efficacité de cette technique à la nécessité de conserver un concept de soi
positif : après avoir refusé une demande, nous ne voulons pas paraître trop sévère, ni à nos yeux, ni à
ceux du demandeur. D’autres auteurs l’expliquent par le sentiment de culpabilité que le premier
« refus » ferait naître en nous.
La technique de l’amorçage consiste à persuader quelqu’un d’accepter une entente, puis, une fois
qu’il a pris sa décision, à l’informer que l’entente en question ne tient plus. On l’amène ainsi à
acquiescer à une demande un peu plus importante que la demande initiale, ce qu’il n’aurait pas fait
si on la lui avait présentée directement (exemple du vendeur de voiture).
La technique du leurre est une technique de persuasion consistant à appâter le client potentiel avec
une promesse fallacieuse pour s’assurer de sa présence physique avant de lui faire une demande.
Elle repose sur l’idée que le meilleur moyen dont dispose un vendeur pour vous convaincre d’acheter
son produit, c’est de vous parler. Mais encore faut-il que vous entriez dans son magasin. Pour que le
« poisson » potentiel que vous êtes accepte de mordre à l’hameçon, il doit vous présenter un leurre
qui nous fera saliver. Ce leurre sera l’aubaine annoncée dans le journal ou dans la vitrine. Mais voilà,
le seul exemplaire de « l’aubaine du siècle » qu’il reste est promis à un client. Devant votre
déception, le vendeur vous offre un produit de substitution, un peu plus cher et moins intéressant
mais… Bref, il finit par vous faire acheter le produit qu’il voulait vous vendre dès le moment où il a
lancé sa ligne.
Une autre façon de faire céder le client consiste à lui offrir une prime avant même qu’il ait eu le
temps de donner son accord à une première demande. C’est ce que l’on appelle la technique du « ce
n’est pas tout » .
Mais comment peut-on en arriver là ?
Les techniques de persuasion fondées sur des demandes successives ont toutes en commun, de nous
pousser à faire un travail cognitif qui modifie notre perception de soi ou de la situation que l’on nous
présente.
L’obéissance : quand l’autorité s’en mêle
Lorsque l’autorité intervient dans l’influence exercée, on parle d’obéissance . Les travaux de
STANLEY MILGRAM démontrent à quel point cette forme d’influence peut être efficace et parfois
même destructrice.
L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité
(Ex. p.200 expérience de Milgram).
Variations sur le thème de l’obéissance
Nous savons que le degré de conformisme varie selon l’influence de certains facteurs liés à la
situation. Il en est de même de l’obéissance à l’autorité.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 39
MILGRAM a étudié l’effet de cinq facteurs (Tableau p.201):
- Le prestige de l’autorité.
- La légitimité et la proximité de l’autorité.
- La proximité de l’élève.
- L’engagement plus ou moins direct du moniteur.
Mais comment peut-on en arriver là ?
Selon MILGRAM, plusieurs facteurs expliquent le pouvoir que possède l’autorité : l’importance de
l’obéissance en tant que norme sociale, la situation d’agent, les facteurs liés à la personnalité du
sujet, le recours à des mécanismes de défense.
L’apprentissage de l’obéissance à l’autorité s’effectue en très bas âge. Il en résulte rapidement une
norme si importante dans la socialisation de l’individu que celui-ci doit fournir un effort particulier
pour la défier.
L’obéissance n’explique pas tout. Le fait que la personne soumise à une autorité reconnue soit
souvent dans une situation passive constitue pour Milgram un facteur tout aussi crucial. En se
définissant comme un « agent », c’est-à-dire un exécutant et non comme l’initiateur de l’action, la
personne a tendance à se décharger de la responsabilité de l’action sur la figure d’autorité.
ZILLMER et ses collègues sont arrivés à la conclusion qu’un développement moral moins avancé que
la moyenne et une socialisation axée sur l’obéissance absolue sont deux facteurs qui prédisposent à
l’obéissance destructrice. Les personnalités de type autoritaire, plus conformistes, ont aussi
tendance à obéir plus aveuglément à l’autorité.
L’innovation : quand une minorité dérange
Parmi les diverses formes d’influence sociale, c’est sans doute le conformisme qui a fait l’objet du
plus grand nombre d’études scientifiques. L’expérience commune nous offre de multiples occasions
de constater le fait qu’une minorité puisse remettre en cause les certitudes de la majorité et imposer
ses vues. L’innovation est définie comme l’influence d’une minorité sur une majorité.
Le paradigme bleu-vert
MOSCOVICI, LAGE et NAFFRECHOUX ont reproduit la même expérience de ASCH (les trois lignes de
longueurs différentes) mais en inversant la situation : plutôt que de présenter une réponse
majoritaire erronée face à une réponse minoritaire correcte, c’est la majorité qui devait faire face à
une minorité de compères s’obstinant à donner une mauvaise réponse.
Pour ce faire, les expérimentateurs ont utilisé une série de diapositives bleues qui ne différaient
entre elles que par la luminosité. Un pré-test effectué auprès d’un groupe témoin a démontré que le
stimulus était peu ambigu, les sujets ne commettant pratiquement pas d’erreur. On a montré les
mêmes diapositives à un groupe de sujets composé pour un tiers de compères qui répondaient
systématiquement que les diapositives étaient vertes, au mépris de l’évidence. Eh bien, 32% des
sujets de la majorité ont suivi la minorité à au moins une occasion.
Et même si on désapprouve publiquement une minorité, celle-ci exerce une influence sur le
jugement. Ce phénomène a été qualifié de « conversion » par MOSCOVICI. Une sorte de consensus
existe maintenant en psychologie sociale, sur l’idée suivante : les majorités induisent un changement
public et temporaire, tandis que les minorités auraient une influence plus indirecte et persistante,
répondant à ce que l’on appelle la dépendance informationnelle .
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 40
Les conditions qui favorisent l’innovation
Pour être efficace, une minorité doit être cohérente dans ses jugements. Une minorité ne doit
cependant se montrer ni rigide ni dogmatique. MUGNY rappelle que, tout en restant constante et
logique, elle a intérêt à varier ses façons de s’exprimer et de négocier sa position. La minorité voit
son influence augmenter lorsqu’elle renforce les normes culturelles et les courants qui prévalent
dans la société, autrement dit lorsqu’elle s’inscrit dans le courant général de son époque. Selon
VOLPADO, une minorité est plus efficace quand ses positions sont similaires à celles de la majorité
sur la plupart des questions, à l’exception de celle pour laquelle elle cherche justement à s’imposer.
Qu’est-ce qui explique l’innovation ?
Les diverses théories qui expliquent le phénomène de l’innovation sont contradictoires. Certains
chercheurs pensent que l’influence plus ou moins « souterraine » d’une minorité constante,
confiante et unanime, viendrait du fait qu’elle amène les membres de la majorité à réfléchir plus
longtemps, à porter plus d’attention au stimulus et à considérer un point de vue qui leur apparaissait
jusque-là comme allant de soi. Dans cette optique, le conformisme résulterait de pressions directes,
tandis que l’innovation découlerait de la stimulation, par la minorité, du travail cognitif de la
majorité.
L’innovation aujourd’hui
WOOD a observé que la plupart des gens faisaient semblant de soutenir la majorité lorsqu’ils étaient
devant elle, mais ils manifestaient en privé l’influence souterraine que la minorité exerce sur leurs
jugements. Cette constatation va dans le sens du processus de conversion mis en évidence par
Moscovici.
La résistance à l’influence
L’indépendance et l’anticonformisme : « je pense oui, je dis oui ; tu dis oui, je dis non »
On parle d’indépendance lorsqu’une personne conserve son comportement ou ses croyances en
dépit des pressions d’autrui.
Dans un groupe doté d’une grande cohésion, cette réaction peut coûter cher à ceux qui
contreviennent à la norme. Mais l’indépendance peut aussi entraîner un mouvement favorable à
l’innovation. Toutefois, n‘est pas indépendant qui veut. Les personnes dont le statut dans le groupe
est faible peuvent difficilement résister aux pressions auxquelles on les soumet, à moins que leur
statut soit si faible qu’elles n’aient rien à perdre. HOLLANDER parle de « crédit idiosyncrasiques » : le
conformisme permet de se faire aimer et d’améliorer son statut dans le groupe, et l’on tolère
davantage la déviance d’un membre dominant.
Le refus de céder aux pressions sociales peut aussi prendre la forme de l’anticonformisme . On
parle d’anticonformisme quand une personne adopte un comportement qui va dans le sens contraire
de ce que prescrit la pression sociale. Il n’exprime pas la volonté personnelle de l’individu, mais la
demande sociale.
Pourquoi résister à l’influence sociale ?
Diverses raisons peuvent inciter l’individu à résister à la pression sociale. L’une d’elles est le besoin
d’être unique. Le besoin de se distinguer des autres est en effet aussi fort que celui de se sentir
intégré à un groupe ou à une collectivité.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 41
Une autre raison de résister à l’influence sociale est liée à ce que l’on appelle la réactance
(BREHM). C’est une réaction au sentiment d’avoir perdu sa liberté. Elle mène généralement à
l’anticonformisme. Enfin, le besoin de garder la maîtrise des évènements stimule l’anticonformisme
ou l’indépendance.
Faut-il résister à l’influence sociale ?
On peut être tenté de voir l’influence sociale comme un ensemble de phénomènes essentiellement
négatifs. Les expériences de SHERIF, d’ASCH, de MILGRAM et de MOSCOVICI mettent sans doute en
relief les dangers d’un manque de sens critique qui nous ferait suivre aveuglément les avis de la
majorité ou de l’autorité. Toutefois, la normalisation et le conformisme permettent une certaine
cohésion sociale. L’obéissance est un facteur de socialisation efficace. Par ailleurs, la résistance à
l’influence sociale n’est pas toujours une attitude positive. Elle peut signifier que la personne refuse
de profiter des enseignements ou de l’expérience des autres.
Chapitre 7 : Les relations interpersonnelles
L’affiliation : pourquoi créons-nous des liens avec les autres ?
Selon WEISS, nos relations interpersonnelles répondent à six besoins affiliatifs :
Premièrement, elles satisfont notre besoin d’attachement, c’est-à-dire qu’elles nous procurent la
sécurité et le confort dont nous avons besoin.
Deuxièmement, nos relations avec les autres répondent à notre besoin d’intégration sociale, c’est-à-
dire que les personnes avec lesquelles nous créons des liens nous confirment, en partageant nos
centres d’intérêt et nos attitudes, que nous avons notre place dans des groupes et dans la
communauté.
Troisièmement, nos relations avec les autres nous rassurent sur ce que nous sommes et nous
donnent l’impression d’avoir une certaine valeur, d’être compétents.
Quatrièmement, les autres sont également importants pour nous lorsque nous avec besoin d’aide et
de soutien.
Cinquièmement, ils peuvent aussi nous guider, nous encadrer et nous conseiller.
Sixièmement, lorsque nous avons l’occasion de nous occuper d’eux, les autres peuvent nous donner
l’impression que nous sommes importants et indispensables pour eux.
Aucune personne que nous fréquentons ne peut combler tous ces besoins à elle seule.
Les déterminants de l’attraction
L’influence de la situation : proximité et familiarité
Lorsqu’on leur demande quelle est la source de l’attraction entre les personnes, les gens sont portés
à citer des caractéristiques intrinsèques : la personnalité, l’intelligence, le sens de l’humour, etc. ce
faisant, ils commencent une erreur d’attribution fondamentale. Il n’y a rien d’étonnant à cela : nous
aimerions tous que les caractéristiques de la personne constituent le facteur déterminant dans notre
choix d’amis ou d’amoureux. Or, des variables relevant de la situation exercent une influence
déterminante dans le jeu des relations entre les gens. C’est le cas par exemple du simple fait d’être
physiquement près de quelqu’un ou de le voir souvent.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 42
Proximité : loin des yeux, loi du cœur
Comment expliquer que la proximité physique soit un facteur si déterminant dans l’attraction ? Les
psychologues sociaux ont proposé plusieurs réponses.
La proximité pourrait faciliter l’attraction tout simplement parce que les gens qui vivent près de nous
sont plus accessibles. Par conséquent, la meilleure façon de rencontrer des gens, c’est encore
d’évoluer dans un milieu où il y a beaucoup de monde.
Une autre explication de l’effet de proximité sur l’attraction renvoie au concept de dissonance
cognitive (chap. 3) : comme nous voyons souvent les personnes qui sont près de nous, nous avons
intérêt à les aimer… Donc, pour nous rendre la vie plus agréable, nous aurons tendance à tenir pour
quantité négligeable ce que nous n’aimons pas chez les gens qui sont près de nous, et à l’inverse, à
valoriser leurs points positifs (TYLER et SEARS).
Enfin, certains psychologues sociaux ont avancé que la proximité favorise l’attraction parce que nous
voyons plus souvent les personnes qui sont près de nous et que la familiarité entraîne l’attraction.
Familiarité : « Confortable comme avec une vieille paire de pantoufles »
Ce sont avec les gens et les objets que nous voyons souvent, que nous connaissons bien et avec
lesquels nous sommes à l’aise, que nous préférons. Le contact répété avec une personne ou un objet,
ce que ZAJONC appelle la simple exposition , produit des réactions affectives positives envers ces
stimuli. Selon des recherches récentes, il n’est pas nécessaire d’avoir conscience de la familiarité d’un
stimulus pour que l’effet de la simple exposition joue.
Les recherches démontrent donc que la familiarité a un effet sur l’attraction, ce qui va dans le sens
de ce que pensaient les Anciens, à savoir que « l’amour est souvent le produit du mariage ». Les
individus se rencontrent d’abord, se voient souvent et, peu à peu, gagnent en familiarité. C’est alors
qu’ils s’attirent.
Proximité et familiarité : limites des effets
Il se peut aussi que voir souvent une personne que l’on n’aime pas accroisse nos sentiments négatifs
à son égard. Quant à la familiarité, elle peut entraîner une baisse de l’attraction lorsqu’elle atteint un
niveau extrême.
L’influence des caractéristiques personnelles : qu’est-ce qui nous attire chez les autres ?
Le contexte situationnel peut favoriser ou gêner l’attraction entre les personnes mais l’attraction
dépend aussi de son objet, à savoir des personnes susceptibles de nous attirer.
La beauté physique
On a beau prétendre qu’on ne juge pas un livre à sa couverture et que c’est la beauté intérieure qui
compte, il faut se rendre à l’évident : l’apparence physique d’une femme est un déterminant
primordial de l’attraction. Selon une recherche, de manière générale, nous apprécions plus les
personnes attirantes que celles dont l’apparence est plus ordinaire.
Pourquoi les personnes les plus belles sont-elles les plus recherchées ? Est-ce seulement une
question d’attirance sexuelle ? Pas nécessairement. S’associer avec de belles personnes apporte son
lot d’avantages. En effet, un homme qui est vu avec une femme exceptionnellement belle reçoit plus
d’attention et jouit d’un plus grand prestige que s’il est vu avec une femme moins jolie. Il en va de
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 43
même pour une femme vue avec un très bel homme. En général, lorsque les autres nous voient liés
avec de belles personnes, ils nous évaluent de façon plus favorable.
Une autre raison explique pourquoi les belles personnes nous attirent : nous sommes sujets à ce
qu’on pourrait appeler un biais en faveur de la beauté.
Le biais en faveur de la beauté : ce qui est beau est bon
Lorsque nous regardons la couverture d’un livre, nous en tirons toutes sortes de conclusions sur son
contenu. Il en irait de même pour les gens : quand nous voyons une belle personne, nous lui prêtons
toutes sortes de belles qualités.
On a observé que les sujets attribuent aux belles personnes plus de bonheur, plus de succès, de traits
de personnalité socialement désirables, une intelligence plus grande et un statut social plus enviable.
Ils les perçoivent aussi comme étant plus sociables, plus dominantes, plus chaleureuses sur le plan
sexuel et en meilleure santé mentale. Le biais en faveur de la beauté est une tendance à attribuer
d’emblée aux belles personnes des caractéristiques recherchées.
Quel est l’effet de ce biais en faveur de la beauté ? Premièrement, les personnes belles nous
paraissent deux fois plus intéressantes que les autres : non seulement elles sont attirantes, mais elles
semblent aussi posséder toutes les belles qualités. De plus, selon LANGLOIS, le biais peut avoir l’effet
d’une prophétie qui s’autoréalise : nous agissons de façon positive à l’égard des personnes que nous
jugeons belles, ce qui les incite à agir en fonction de nos attentes et des caractéristiques que nous
leur prêtons.
Qui est beau ?
L’évaluation de certaines caractéristiques physiques, quelle soit positive ou négative, varie selon la
culture, l’époque ou la mode. Cela dit, plusieurs recherches démontrent que l’évaluation globale
qu’on fait de la beauté varie très peu au sein d’un groupe culturel, de même que d’une culture à
l’autre et d’une ethnie à l’autre. Certains visages sont considérés comme attirants par tous, peu
importe la culture. Qu’est ce que ces visages ont donc de particulier ? Certaines recherches
confirment que plus un visage est symétrique, plus il nous semble attirant. D’autres recherches
révèlent que nous préférons les visages moyens. Cela signifie que nous préférons les visages dont la
configuration des traits est moyenne : bouche de taille moyenne, yeux de taille moyenne, séparés
par une distance moyenne, visage de taille moyenne, nez moyen, etc.
En ce qui concerne le reste du corps, le ratio taille-hanches semble jouer un rôle notable dans
l’attirance des hommes pour les femmes. Dans le choix d’un partenaire de sexe masculin, les femmes
accordent plus d’importance au ratio épaules-hanches qu’un ratio taille-hanches. Une recherche
démontre que plus le ratio épaules-hanches est élevé chez un homme, plus il est susceptible d’avoir
du succès auprès des femmes.
Quelques inconvénients de la beauté
Malgré ce que nous venons d’en dire, la beauté n’a pas que des avantages. En effet, si les personnes
très cotées pour leur apparence suscitent facilement l’attraction, cela ne veut pas dire pour autant
que cette attraction donne lieu à une prise de contact. En effet, si nous sommes attirés par les
personnes très belles, nous avons en revanche peur qu’elles nous rejettent.
Autre inconvénient de la beauté physique : lorsqu’une belle personne est félicitée, elle peut avoir
tendance à attribuer son succès à sa beauté plutôt qu’à ses qualités intérieures.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 44
Les belles personnes sont aussi victimes de certains stéréotypes négatifs. De plus, les belles
personnes suscitent souvent la jalousie et l’hostilité.
Avec qui noue-t-on des relations ? Nous nouons des relations avec des personnes que nous
considérons comme à peu près de notre niveau pour ce qui est de la beauté. On pourrait dire que
nous évaluons intuitivement notre « valeur marchande » et cherchons quelqu’un dont la valeur
correspond à la nôtre.
Choisir son partenaire : similitude ou complémentarité ?
Similitude : « qui se ressemble, s’assemble »
Nous sommes attirés par les gens qui nous ressemblent – ou du moins ceux dont nous avons
l’impression qu’ils nous ressemblent.
Ce qui est vrai pour les relations amicales l’est aussi, semble-t-il, pour les relations amoureuses. Les
gens se choisissent selon un principe d’appariement : ils ont tendance à trouver des partenaires qui
leur ressemblent. De plus, selon ANTILL, il semble que les conjoints ayant des personnalités similaires
sont plus heureux que ceux ayant des personnalités dissemblables.
Il reste maintenant à savoir pourquoi. Les psychologues sociaux ont proposé plusieurs explications à
ce phénomène :
- Une première explication renvoie à la théorie de l’équilibre de HEIDER. Si nous aimons les gens
qui nous ressemblent, qui partagent nos attitudes, nos goûts et notre façon de vivre, c’est parce
que nous avons avec eux des relations équilibrées.
- Une deuxième explication est que si nous aimons les gens qui nous ressemblent, c’est tout
simplement parce qu’ils nous renforcent dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons et
pensons. Et le fait de se sentir renforcé systématiquement par une autre personne constitue un
puissant facteur d’attraction.
- Une troisième explication possible : il se pourrait que la ressemblance entre des amis ou des
amoureux soit la conséquence de leurs relations, et non le préalable à l’établissement des liens.
En d’autres termes, ces personnes se ressemblent de plus en plus avec le temps, même si elles
étaient relativement différentes au départ.
- Selon une quatrième explication, il se pourrait que vous entreteniez des relations avec des gens
qui vous ressemblent pour la simple raison que c’est ce type de personnes que vous avez le plus
de chances de rencontrer dans votre vie de tous les jours.
Complémentarité : « les contraires s’attirent »
Il arrive que nous recherchions chez nos amis et amoureux des caractéristiques que nous n’avons
pas. Ainsi, les personnes qui ont une faible estime de soi ne sont pas du tout attirées par les gens qui
leur ressemblent. Par ailleurs, il semble que nous soyons attirés par des personnes qui n’ont ni les
mêmes habiletés ni la même spécialité que nous. Selon TESSER, nous ne voulons pas être en
concurrence avec l’être aimé dans des domaines qui nous importent.
Quelques autres caractéristiques personnelles : l’importance d’être chaleureux, fiable et en
bonne santé… financière
Tout d’abord, nous aimons ceux qui semblent avoir une image positive de nous, ceux qui donnent
l’impression de nous apprécier. Le fait qu’une personne nous trouve intéressant et de son goût est
très renforçant, cela va de soi. Mais, fait intéressant, parmi les personnes qui nous apprécient, nous
préférons celles qui, dans un premier temps, ont eu une impression négative de nous, puis qui ont
peu à peu changé d’idée à notre endroit.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 45
Ensuite, nous préférons les personnes qui semblent chaleureuses, gentilles et compréhensives. C’est
particulièrement vrai pour les femmes, qui accordent aussi plus d’attention à la santé financière d’un
éventuel partenaire amoureux que ne le font les hommes. Quant aux hommes, ils accordent plus
d’importance que les femmes à l’apparence physique de leur partenaire. L’intelligence est aussi,
heureusement, un facteur qui favorise l’attraction.
Notre attirance envers les autres dépend donc de facteurs externes (proximité, familiarité) et de
facteurs qui relèvent de l’individu (beauté physique, similitude, complémentarité, etc.).
De l’attraction initiale aux relations intimes
Traditionnellement, les études sur l’attraction interpersonnelle sont faites en laboratoire, donc dans
des conditions aussi contrôlées que possible, auprès de personnes jusque là tout à fait étrangères les
unes des autres.
Le développement des relations intimes : les théories des stades
Comment une relation interpersonnelle évolue-t-elle vers une relation intime ? Selon la théorie des
« stimuli-valeurs-rôles » de MURSTEIN , la relation comporte trois stades :
- Stimuli extérieurs : attirance physique, désir, sensation de bien-être.
- Valeurs et conceptions : s’assurer qu’elles sont similaires entre les partenaires.
- Rôles : chaque partenaire joue son rôle de conjoint.
Même si les trois facteurs (stimuli, valeurs, rôles) sont présents à toutes les étapes de la relation,
chacun prévaut seulement durant un seul stade.
La théorie de MURSTEIN tente d’expliquer la façon dont des relations superficielles se transforment
en relations amoureuses. La théorie de l’échange sociale suppose une évolution, une dynamique
entraînant des échanges de plus en plus intenses. Et elle suppose aussi que les relations dépendent
de sentiments et de besoins internes.
Selon plusieurs autres théories, le passage de la relation interpersonnelle à la relation intime
s’effectuerait, en suivant des stades prévisibles. La relation commencerait de façon relativement
superficielle en réponse à des renforcements et à des récompenses, en somme sous l’effet d’une
motivation extrinsèque. Elle évoluerait ensuite vers une confirmation de plus en plus claire de
l’existence et de la légitimité de l’attirance entre les deux personnes. Selon certains auteurs, les
stades sont en fait des phases par lesquelles différents couples passent à différents moments.
Le behaviorisme et la théorie de l’échange social : aimer quand c’est payant
La théorie de MURSTEIN tente d’expliquer la façon dont les relations superficielles se transforment
en relations amoureuses. Elle suppose une évolution, une dynamique entraînant des échanges de
plus en plus intenses. Elle suppose aussi que les relations dépendent de sentiments et de besoins
internes.
Dans la vision behavioriste classique, la relation amoureuse repose sur le renforcement. Si l’on aime
une personne, c’est tout simplement parce que l’on retire du plaisir de l’interaction que l’on a avec
elle. Comme toute activité humaine, l’amour serait assimilable à la recherche de récompenses et à
l’évitement des punitions. Même si nous donnons des noms différents aux relations que nous vivons,
nous tentons toujours de reproduire les expériences qui nous procurent du plaisir et d’éviter celles
qui ne nous en procurent pas ou qui nous causent du déplaisir.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 46
Rappelons-nous que les behavioristes considèrent que les sentiments et les pensées sont en quelque
sorte des conséquences du comportement.
La vision behavioriste classique des relations intimes présente l’avantage d’expliquer simplement les
relations humaines, mais sa portée est plutôt limitée. Par exemple, si la relation intime suppose
nécessairement un renforcement, elle devrait cesser quand le renforcement disparaît ou diminue. Et
c’est ce qui se produit souvent.
Les théories de l’amour donnent une description des relations intimes à la fois forte, plausible et
étayée empiriquement, elles sont regroupées sous le nom de « théorie de l’échange social ».
HOMANS est le premier théoricien à avoir appliqué « les théories de l’échange social ». Selon lui, la
relation intime est une transaction semblable aux transactions commerciales. On échange des biens
contre d’autres biens, chaque partenaire recherchant le plus grand bénéfice au moindre coût.
Chacun des partenaires possèdes des ressources qu’il « troque » contre celles de l’autre. Tant que les
bénéfices excèdent les coûts, la personne se sent bien dans la relation. Si les coûts dépassent les
bénéfices, la transaction devient déficitaire, et elle a tendance à ne pas se prolonger.
Mais qu’échangent donc les partenaires d’une relation intime ? Des gratifications et des
renforcements de plusieurs ordres : affection, satisfaction sexuelle, sentiments, prestige, argent, stat
social, etc.
Qu’en est-il des coûts ? On pourrait penser qu’une relation satisfaisante ne comporte que des
bénéfices. Et, effectivement, au cours des trois premiers mois d’une relation amoureuse, c’est
souvent l’impression qu’ont les partenaires. Mais les coûts de la relation apparaissent après cette
première phase.
L’être humain étant foncièrement subjectif, ses jugements ne sont pas sans failles. C’est pourquoi
nous n’évaluons pas tous de la même façon les coûts et les bénéfices d’une relation. C’est ce que
ROSS et SICOLY ont appelé le biais égocentrique : les deux conjoints ont tous les deux
l’impression d’en faire plus que l’autre.
GAGNE et LYDON ont démontré également que le niveau d’engagement dans une relation
amoureuse influence significativement l’évaluation que les hommes font des qualités de leur
partenaire : les hommes peu engagés sous-estiment leur partenaire, tandis que les hommes très
engagés dans une relation ont tendance à évaluer leurs qualités de façon exagérément positive.
L’évaluation des bénéfices et des coûts d’une relation est donc tout sauf objective, et de nombreux
facteurs peuvent la biaiser.
Selon THIBAULT et KELLEY, on ne peut pas évaluer la satisfaction d’un individu dans son couple sans
tenir compte de ses attentes et de ses expériences passées. C’est ce qu’ils ont appelé le niveau de
comparaison , autrement dit le standard à partir duquel une personne juge les bénéfices et les coûts
associés à une relation. Le niveau de comparaison sera ainsi très élevé chez une personne qui a des
attentes élevées et qui a eu des relations très satisfaisantes dans le passé : la relation ne sera
satisfaisante à ses yeux que si les bénéfices dépassent considérablement les coûts. Inversement, le
niveau de comparaison sera très bas chez une personne qui demande peu d’une relation et qui n’a
jamais connu le grand amour : elle sera satisfaite de sa relation même si les coûts sont presque aussi
élevés que les bénéfices.
Au concept de niveau de comparaison, THIBAULT et KELLEY ont ajouté celui de niveau de
comparaison des solutions de rechange . C’est une évaluation des coûts et des bénéfices associés
aux possibilités qui s’offrent pour remplacer une relation.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 47
Ainsi, si les coûts d’une relation peuvent excéder ses bénéfices, les coûts d’une rupture peuvent
excéder de beaucoup ceux de la relation. Il est donc probable que la relation perdurera jusqu’à ce
qu’elle devienne intenable.
Enfin, le choix entre poursuivre ou interrompre une relation peut dépendre de ce qu’on y a investi.
En effet, l’investissement que nous avons fait dans une relation ne peut pas être récupéré en cas de
rupture ; ils constituent les coûts passés de la relation.
Quand la relation est satisfaisante, nous avons l’impression que notre investissement a porté ses
fruits, et cet investissement renforce notre engagement. Mais si nous avons investi beaucoup dans
une relation insatisfaisante, nous nous retrouvons en état de dissonance cognitive. Pour réduire la
dissonance, nous pouvons modifier l’évaluation de notre investissement, c’est-à-dire décider que
cette relation insatisfaisante ne nous a pas coûté bien cher.
L’amitié et l’amour : différence quantitative ou qualitative ?
Selon RUBIN, l’un des premiers chercheurs à s’être intéressé à l’étude des relations amoureuses, il
existe en réalité une différence qualitative entre l’amitié et l’amour. Le souci de l’autre,
l’attachement et un besoin d’exclusivité dans les relations caractériseraient l’amour, tandis que la
conscience des ressemblances avec l’autre et l’estime qu’on a pour lui seraient des composantes de
l’amitié.
Deux facettes de l’amour : affection et passion
BERSCHEID et WALSTER distinguent deux types d’amour :
- L’amour-affection : repose sur la confiance, l’admiration et le respect mutuel. Dans une relation
d’amour-affection, les partenaires savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre, se soutenir aussi
bien sur le plan affectif que sur le plan des échanges de services et d’informations.
- L’amour-passion : c’est un amour caractérisé par un état d’excitation intense, combinant
l’extase, l’anxiété et l’obsession. Lorsqu’on en est atteint, on idéalise l’autre personne et on n’agit
plus qu’en fonction d’elle. C’est l’amour aveugle (« douce violence »).
Pour BERSCHEID et WALSTER, il est possible d’expliquer l’amour-affection par des théories
d’inspiration behavioriste comme la théorie de l’échange social, mais il n’en est pas de même pour la
passion, qui est tout à fait irrationnelle. Pour expliquer l’amour-passion, elles ont plutôt recours à la
théorie bifactorielle des émotions de STANLEY SCHACHTER. Selon celui-ci, l’émotion serait chez l’être
humain un processus en deux étapes :
- Premièrement, l’émotion amènerait une activation généralisée de l’organisme.
- Deuxièmement, l’individu activé chercherait dans l’environnement la ou les causes de cette
activation.
BERSCHEID et WALSTER pensent donc que l’amour-passion commence par une activation
physiologique dont les manifestations sont bien connues : accélération du rythme cardiaque,
respiration saccadée, frissons, etc. Le problème c’est que ces manifestations physiologiques peuvent
exprimer la peur ou la colère, ou encore un effort physique, etc. Alors, qu’est-ce qui amène une
personne à conclure qu’elle est « en amour » ? Une personne aux prises avec des réactions
physiologiques résultant d’un état d’activation prononcé cherchera dans son environnement ce qui la
met dans un tel état. Les mécanismes d’attribution entrent alors en action. Est-il possible de mettre
sur le compte de l’amour-passion une activation physiologique qui a une tout autre cause ? Oui.
ZILLMANN appelle cela un transfert d’excitation : phénomène où l’activation causée par un stimulus
est transférée et additionnée à celle causée par un autre stimulus. L’amour-passion, qui caractérise
souvent le début d’une relation amoureuse, peut durer de quelques mois à plusieurs années.
L’amour-passion peut ensuite se transformer ou non en amour-affection.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 48
La typologie de LEE : les couleurs de l’amour
LEE a tenté de décrire l’amour à l’aide d’une typologie reposant sur une analogie avec les couleurs .
Il pense que l’on peut obtenir toutes les nuances possibles de l’amour à partir de ses composantes de
base. Les couleurs de l’amour représentent en quelque sorte différentes façons d’aimer. Les trois
styles de l’amour primaires sont : eros, ludus et storge. LEE s’intéresse à trois styles secondaires :
mania, agape et pragma. Selon LEE, il est rare que l’on retrouve un type pur dans la réalité.
STYLES CARACTERISTIQUES
Eros Amour où l’attirance physique est importante et où la sexualité est centrale. C’est le
coup de foudre.
Ludus Amour passe-temps ou l’amour comme un jeu : on s’engage peu et on a plusieurs
partenaires. Amour typique des personnes narcissiques, qui ne songent qu’à leur plaisir,
qui ne veulent pas s’engager et qui veulent garder le contrôle dans leur vie amoureuse.
Storge Amour durable, qui dérive de l’amitié et qui se développe lentement. C’est un amour
plaisant, chaleureux, tranquille et doux. Ce type d’amour correspond à l’amour-
affection.
Mania Amour obsessif, possessif et jaloux. C’est un amour en montagnes russes, avec des
sommets vertigineux et des précipices. Ce type d’amour correspond à l’amour-passion.
Agape Amour altruiste, patient, qui ne demande pas de réciprocité. LEE considère que ce type
d’amour est très rare.
Pragma Amour pratique, reposant sur la recherche d’un partenaire qui correspond aux attentes,
aux intérêts, aux antécédents et à la personnalité de l’individu. A l’extrême, c’est le
mariage arrangé.
La théorie triangulaire de STERNBERG : intimité, passion et engagement
Selon la théorie triangulaire de STERNBERG , l’amour comporte trois ingrédients de base :
- L’intimité : correspond à la composante émotionnelle, au sentiment d’être proche de l’autre, de
partager des choses avec lui.
- La passion : composante motivationnelle de l’amour, qui est caractérisée par de l’activation
physiologique, de l’attirance physique.
- La décision-engagement : il résulte d’une décision consciente d’aimer l’autre et de poursuivre
cette relation.
Selon Sternberg, l’amour-passion se diviserait en deux types d’amour :
- L’amour obsessif : niveaux d’intimité et d’engagements faibles, et à un niveau de passion élevé.
- L’amour romantique : niveau d’engagement faible et à des niveaux d’intimité et de passion
élevés.
Selon STERNBERG, toute relation amoureuse comporte à des degrés variables chacune de ces
composantes, le niveau de chacune déterminant les huit types d’amour :
INTIMITE PASSION ENGAGEMENT
Absence d’amour Faible Faible Faible
Attraction Elevée Faible Faible
Amour obsessif Faible Elevé Faible
Amour romantique Elevée Elevé Faible
Amour vide Faible Faible Elevé
Amour-affection Elevée Faible Elevé
Amour vain Faible Elevé Elevé
Amour idéal Elevée Elevé Elevé
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 49
La solitude : être seul et avoir besoin des autres
La solitude est un état de manque et d’insatisfaction résultant de la non-correspondance entre le
genre de relations sociales que nous souhaitons et celles que nous avons, c’est un état désagréable.
Il ne faut pas confondre la solitude et le fait d’être seul, d’être isolé physiquement. Le sentiment de
solitude est variable, il peut aller d’un vague malaise à une souffrance intense et persistante. La
solitude ne dépend pas du fait de ne pas avoir de conjoint ou de conjointe, mais du fait d’en avoir eu
un ou une et de l’avoir perdu ou perdue, en raison d’une séparation, d’un divorce ou d’un décès.
Les personnes seules sont généralement introverties, timides, peu sûres d’elles et plus conscientes
d’elles-mêmes. Elles ont aussi une faible estime de soi et ont peu d’habiletés sociales.
CHAPITRE 8 : l’agression
Qu’est-ce que l’agression ?
L’agression n’est pas l’agressivité
On a tendance à utiliser indifféremment les termes « agression » et « agressivité » comme s’ils
étaient synonymes. Or, ils renvoient à des concepts différents :
- L’agression est un comportement physique ou verbal visant intentionnellement à blesser autrui.
- L’agressivité est un trait de caractère, un état affectif ou une attitude.
… ni la colère
La colère n’est pas non plus synonyme d’agression. La colère est une émotion que l’on peut
ressentir devant des événements désagréables.
… ni même la violence !
On confond souvent les termes « agression » et « violence ». Pourtant, ils ne sont pas équivalents.
La violence constitue une tentative délibérée de provoquer chez autrui une blessure physique ou
psychologique grave. Il est important de comprendre que tout comportement violent constitue une
agression en soi, tandis qu’une agression mineure n’est pas assimilée à de la violence.
« Je ne l’ai pas fait exprès ! »
L’agression est un comportement intentionnel. Si on blesse quelqu’un accidentellement en laissant
échapper un pot de fleurs sur son pied, on ne l’agresse pas, même si on n’aime pas cette personne.
Le facteur important ici, c’est qu’on n’a pas blessée la personne délibérément.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 50
Il n’y a pas que les coups qui blessent
L’agression peut aussi bien être physique que verbale, directe et indirecte.
Agression directe Agression indirecte
Agression physique Donner un coup de poing à Dégonfler les pneus de la voiture du
quelqu’un. voisin.
Lancer une boule de neige sur un Payer quelqu’un pour qu’il frappe une
ami. autre personne.
Agression verbale Insulter son petit ami. Répandre des rumeurs malveillantes
Menacer un coéquipier sur un rival.
Dire à qui veut bien l’entendre qu’une
personne est incompétente.
Le but de l’agression : l’agression hostile et l’agression instrumentale
Le but de l’agression peut être une :
- Agression hostile : la seule intention étant de blesser autrui.
- Agression instrumentale : étape dans l’atteinte d’un autre but que de blesser l’autre.
Les comportements agressifs sont presque toujours motivés à la fois par l’hostilité et par des
considérations instrumentales.
L’agression dans le but légitime
L’agression est parfois nécessaire à la défense. Même si l’agression est généralement considérée
comme inacceptable, elle peut sembler justifiée dans certaines circonstances, selon le point de vue
adopté.
Qu’est-ce qui cause l’agression ?
Les explications physiologiques
Il existe 4 catégories d’explications physiologiques de l’agression.
- Le rôle de certains centres du cerveau est susceptible de produire des comportements agressifs.
- Les effets des hormones sur le comportement.
- L’hérédité.
- La consommation de certaines substances qui peut favoriser l’agression.
Le système nerveux : « L’agression, c’est dans la tête ! »
Selon certaines recherches, l’existence de lésions dans les régions du cerveau qui contrôlent le
comportement peut mener à des comportements agressifs. Ainsi, des personnes souffrant d’une
tumeur au cerveau ou dont le cerveau a été endommagé lors d’un accident peuvent, du jour au
lendemain, voir leur agressivité s’accroître (Tableau p.255).
Si les recherches effectuées auprès de personnes atteintes de lésions cérébrales mettent en évidence
le lien entre le cerveau et le comportement, elles ne permettent pas d’expliquer tous les
comportements agressifs. En effet, ce type de lésions ne touche qu’une infime partie de la
population, alors que l’agression est un comportement très répandu. De plus, si la stimulation de
certaines régions du cerveau se traduit parfois par un comportement agressif, il faudrait expliquer ce
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 51
qui provoque la stimulation de ces régions en milieu naturel pour comprendre ce qui cause
l’agression.
Les hormones : le rôle de la testostérone
De très nombreux auteurs pensent que la testostérone, une hormone sexuelle, est une des grandes
responsables de l’agression, ce qui a donné lieu à d’innombrables recherches, tant chez l’animal que
chez l’humain. Chez le mâle, la testostérone est synthétisée dans les testicules. Or, il s’est avéré
qu’un animal devient plus docile et moins agressif une fois castré. Le niveau d’agression augmente de
façon significative chez les femelles à qui l’on injecte de la testostérone. Tout porte donc à croire
qu’il y a un lien de causalité entre l’agression et la testostérone chez les animaux mais la corrélation
entre les deux est très faible chez l’être humain. Richard TREMBLAY suggère qu’on devrait trouver
un lien entre agression et testostérone dans les milieux où l’agression est susceptible de favoriser la
dominance (prison), mais pas dans les milieux où la dominance sociale n’est pas favorisée par
l’agression.
L’hérédité : « tel père, tel fils ! »
La fréquence et l’intensité des comportements agressifs se transmettent d’une génération à l’autre,
en ce sens que les enfants de parents agressifs ont plus de risques de devenir eux-mêmes agressifs
que les enfants de parents pacifiques. L’environnement pourrait jouer un rôle dans la mesure où les
enfants de parents agressifs apprennent de ceux-ci les comportements agressifs. Il pourrait aussi y
avoir une transmission génétique de la propension à des tels comportements.
La plupart des recherches démontrent qu’il existe un lien entre l’agression et l’environnement social,
indépendamment des prédispositions génétiques.
Les explications physiologiques de l’agression : conclusion
L’étude des facteurs physiologiques peut contribuer à la compréhension de phénomènes
psychosociaux, mais il serait extrêmement réducteur de s’y limiter. Selon CACCIOPO, les êtres
humains sont fondamentalement des animaux sociaux qui ont besoin d’un réseau de relations
sociales pour exister.
L’être humain possède-t-il un instinct le poussant à agresser ?
Selon les deux théoriciens SIGMUND FREUD et KONRAD LORENZ, l’agression est un comportement
instinctif chez l’humain.
L’approche psychanalytique : éros et thanatos
Selon FREUD , l’être humain est perpétuellement déchiré entre deux pulsions fondamentales :
- L’Eros : la pulsion de vie.
- Le Thanatos : la pulsion de mort.
Il y aurait donc une concurrence perpétuelle, dans l’inconscient de chacun, entre la pulsion de vie et
la pulsion de mort.
L’approche éthologique : de l’animal à l’humain
Selon la théorie de KONRAD LORENZ qui s’appuie sur la théorie de l’évolution de Darwin, qui fait
appel à la notion de sélection naturelle, l’agression serait instinctive et aurait un caractère
autodestructeur.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 52
La théorie de la frustration-agression : nous agissons lorsqu’on nous empêche d’atteindre un
but
Si l’on demande à Monsieur et Madame tout le monde ce qui cause l’agression, il y a de forte chance
que leur réponse s’inspirera de la théorie de la frustration-agression (DOLLARD) : toute frustration
entraîne une agression et toute agression naît d’une frustration. L’intensité de l’agression dépendrait
de l’importance que la personne attache au but qu’on lui a empêché d’atteindre, donc de l’ampleur
de sa frustration.
La théorie de la frustration-agression revue et améliorée
La théorie initiale de la frustration-agression pose tout de même quelques problèmes, et c’est
pourquoi elle a rapidement été remise en question. La théorie de Dollard a été revue et améliorée
par MILLER : pour lui la frustration n’entraîne pas toujours l’agression. Devant une situation
frustrante, divers scénarios sont possibles. Nous pouvons agresser autrui, fuir la situation déplaisante
ou trouver une solution de rechange pour atteindre notre but. Pour BERKOWITZ : nos attributions
déterminent notre réaction à une frustration ainsi que, toutes les expériences désagréables sont
susceptibles de mener à un comportement agressif.
Le révolver sous l’oreiller
BERKOWITZ et LEPAGE ont mené une recherche qui démontre que la simple présence d’une arme à
feu peut favoriser l’agression.
La catharsis : idée selon laquelle l’expression réelle ou imaginaire de l’agression procure de la
satisfaction en réduisant le niveau d’activation de la personne, rendant moins probable l’occurrence
(le cas présent) future de l’agression (Encadré p.264).
Davantage de meurtres sont commis dans les maisons où il y a une arme à feu quand dans celles où il
n’y en a pas. La plus grande disponibilité des armes à feu favorise aussi le suicide chez les
adolescents.
L’apprentissage social de l’agression : récompense et imitation
Le renforcement de comportements agressifs augmente la probabilité qu’une personne agisse de
façon agressive. Selon BANDURA et ROSS, l’agression résulte d’un apprentissage par observation. Il
existe des différences culturelles en ce qui a trait à l’agression.
Le modèle général de l’agression : un effort d’intégration des connaissances
Selon ANDERSON et BUSHMAN, deux types de facteurs déterminent la tendance d’une personne à
réagir de façon agressive :
- Facteurs relevant de la personne même.
- Facteurs relevant de la situation.
Ces facteurs agissent sur le comportement en influant sur les cognitions, les affects et l’activation
physiologique de la personne, qui vont à leur tour déterminer le comportement de la personne.
Les psychopathes : sont hardis, dissimulateurs, menteurs, charmeurs, insensibles, empathiques,
impulsifs, ils n’acceptent pas la responsabilité de leurs actes, ils ne ressentent pas de culpabilité mais
ce ne sont pas des meurtriers en série. Lorsqu’ils commettent des agressions, c’est surtout pour
acquérir des biens matériels, il s’agit donc plus souvent d’agression instrumentale qu’hostile.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 53
Les inputs : la personne et la situation
Les facteurs relevant de la personne incluent tout ce qu’une personne apporte à une situation : ses
traits de personnalité, ses attitudes et ses prédispositions génétiques. Ces facteurs déterminent
l’agressivité de l’individu.
La présence dans notre environnement de certains objets favorise l’agression. La violence à l’écran,
les jeux vidéo violents et les chansons comportant des paroles violentes jouent un peu le même rôle.
Les conditions déplaisantes, comme la frustration, la douleur, l’inconfort, peuvent aussi favoriser
l’agression. La consommation de certains psychotropes peut avoir le même effet.
Effet des facteurs personnels et situationnels sur l’état interne de la personne
Les facteurs personnels et situationnels influent sur le comportement en déterminant l’état interne
de l’individu, c'est-à-dire ses cognitions, ses affects et son activation physiologique. Plusieurs facteurs
situationnels (température désagréable) rendent agressifs en augmentant l’activation physiologique.
Le résultat : la perception de la situation et la prise de décision
Finalement, notre comportement, qu’il représente une agression ou non, aura un effet sur notre
environnement social, qui aura un effet sur notre état interne par l’intermédiaire de nos
caractéristiques personnelles et des particularités de la situation.
L’agression et la violence dans les médias : Quentin Tarantino sous la sellette !
La violence à l’écran
Quelle est l’influence qu’exercent les médias sur le comportement humain, et plus précisément sur
l’agression ? Les recherches arrivent à la conclusion que la violence télévisée favorise l’agression mais
il ne s’agit pas du seul facteur déterminant, ni même du plus important. Il ne faut pas céder à la
facilité et rendre la violence télévisée responsable de tous les crimes commis dans notre société.
Les jeux vidéo violents
Selon ANDERSON et BUSHMAN, les jeux vidéo violents favorisent l’agression chez les enfants et les
jeunes adultes et diminuent le comportement prosocial. Jouer à des jeux violents a un effet
cathartique, les utilisateurs évacuant leurs pulsions agressives, leur frustration, et se défoulant sans
causer aucun mal aux personnes qui les entourent.
Pourquoi la violence dans les médias favorise-t-elle l’agression ?
Selon BANDURA, la violence télévisée favorise l’agression parce que nous imitons les modèles qui
nous sont présentés à l’écran.
Selon ANDERSON, la télévision violente est excitante, elle augmente notre niveau d’activation
physiologique, or l’activation physiologique favorise l’agression.
La violence télévisée nous incite à être violents dans la vie de tous les jours parce qu’elle exerce sur
nous un effet de désensibilisation, qui nous rend de plus en plus indifférents à l’agression. Plus nous
regardons des émissions de télévision ou des films violents, moins nous sommes choqués ou
dérangés par la violence dans notre société. Nous en venons à prendre la violence à la légère, ce qui
nous rend plus susceptibles non seulement à recourir à l’agression, mais aussi à rester passifs devant
la souffrance des autres et de ne pas intervenir lorsque nous sommes témoins d’une agression.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 54
L’AGRESSION ET LA PORNOGRAPHIE
Tout matériel à contenu érotique sera qualifié de pornographique dans le manuel (MARSHALL), la
pornographie mène à l’agression sexuelle, il y a bien une corrélation mais ça ne permet pas d’en
conclure un lien de cause à effet). L’existence d’un lien entre la pornographie et la violence sexuelle
ne signifie pas que la consommation de pornographie est la cause de l’agression sexuelle. Il se peut
qu’un troisième facteur explique le lien entre la pornographie et l’agression.
DONNERSTEIN et BERKOWITZ ont conclu que les films pornographiques, en particulier ceux qui
comportent des scènes de violence sexuelle où la victime semble apprécier son sort, peuvent
pousser au viol des individus possédant des tendances agressives et ayant peu d’inhibitions.
Il est beaucoup plus efficace de récompenser les comportements prosociaux que de punir les
comportements agressifs.
CHAPITRE 10 : le comportement dans les groupes
Qu’est-ce qu’un groupe ?
Selon PAULUS, pour former un groupe , un ensemble d’individus doit posséder cinq caractéristiques :
- Entrer en interaction.
- Avoir des buts communs.
- Entretenir une relation relativement stable.
- Présenter une certaine interdépendance.
- Se percevoir comme faisant partie d’un groupe.
Interactions entre les membres
Pour parler vraiment de groupe, il faut non seulement qu’il y ait au mois deux personnes, mais aussi
que ces personnes interagissent, généralement face à face.
Stabilité et durée
Les membres d’un groupe doivent être engagés dans une relation relativement stable et durable.
Buts communs
Buts communs : existence d’un ou de plusieurs buts communs à tous les individus.
Interdépendance
Les interactions entres les membres d’un groupe et leur association pour atteindre des buts
communs supposent que les membres exercent une certaine influence les uns sur les autres et qu’ils
sont interdépendants. Ce que fait un membre du groupe, ou ce qui lui arrive, influe sur les autres
membres.
Identification consciente des membres avec le groupe
Pour qu’un ensemble d’individus forme un groupe, il faut donc que les individus se considèrent eux-
mêmes comme des membres du groupe, qu’ils s’identifient consciemment au groupe. Selon TURNER,
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 55
cette condition est même la seule qui compte : il y a groupe dès que des individus se perçoivent
comme des membres d’un groupe.
Les fonctions des groupes : pourquoi se regrouper ?
Selon GREENBERG et BARON, les groupes peuvent aider une personne à atteindre des buts
autrement inaccessibles. Ils permettent également de combler des besoins psychologiques et
sociaux importants, comme les besoins d’affection, d’attention et de sécurité. Nous nous joignons
aux autres également pour nous amuser, pour acquérir des connaissances ou obtenir des
informations. Faire partie d’un groupe contribue à établir notre identité. L’identification à un groupe
est naturelle. Se regrouper permettrait donc de se définir, de se décrire soi-même, d’élaborer son
concept de soi (Encadré p.318 le pouvoir des rôles : Le Stanford Prison Experiment).
La structure des groupes : rôles et statuts
Même dans un groupe informel, il existe :
- Des rôles : fonctions que chacun exerce dans un groupe.
- Des statuts : positions que l’individu occupe dans la hiérarchie.
L’organisation sociale d’un groupe est basée sur une division et une hiérarchisation des fonctions.
Les tâches sont généralement réparties selon les capacités et les préférences de chacun. Selon
TIEDENS, les changements qui surviennent dans la structure d’un groupe sont bien plus souvent le
fait d’événements négatifs que d’événements positifs. Les gens tendent à associer la compétence
avec l’expression de la colère et non avec celle de la tristesse. Nous conférons un statut élevé aux
personnes qui nous semblent compétentes, pas à celles qui nous paraissent aimables.
La cohésion : qu’est-ce qui nous unit ?
Selon FORSYTH, la cohésion est définie comme le degré d’attraction que les membres ressentent à
l’égard du groupe. Selon LEVINE et MORELAND, la cohésion d’un groupe dépend de l’importance de
l’attraction que les membres du groupe ressentent les uns envers les autres. Toutefois, la cohésion
n’est pas indéfectible, bien des événements peuvent l’anéantir.
Selon ANDERSON, le degré de cohésion d’un groupe dépend également de la correspondance entre
les buts poursuivis par les membres et les buts du groupe.
Selon LOTT et LOTT, le succès contribue aussi à la cohésion du groupe. Selon SNYDER, LASSEGARD et
FORD, lorsqu’un groupe est confronté à l’échec, souvent sa cohésion s’effrite.
Selon SHERIF et SHERIF la compétition intergroupe est un autre facteur qui favorise la cohésion d’un
groupe.
Les membres de groupes cohésifs communiquent davantage entre eux et participent plus aux
activités du groupe. Ils ont un meilleur esprit de collaboration et s’influencent plus fortement les uns
les autres. Les membres de groupes cohésifs ont tendance à respecter davantage les normes de
groupe et ils sont plus productifs.
Selon LANGFRED, toutefois, une trop forte cohésion risque de nuire à la performance du groupe. En
effet, le plaisir que les membres d’un groupe très cohésif prennent à interagir risque de leur faire
perdre de vue les buts du groupe, et de négliger le travail à accomplir.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 56
La préférence des autres : effet sur le rendement individuel
La facilitation sociale : l’effet d’un auditoire sur le rendement
La facilitation sociale (NORMAN TRIPLETT) : la présence des autres favorise la performance
individuelle. On a nommé facilitation sociale l’effet positif qu’exerce la présence des autres sur le
rendement individuel.
La présence des autres n’est pas toujours facilitante, elle peut améliorer le rendement ou lui nuire.
Le modèle de ZAJONC : les autres en tant que stimulants
Mais comment se fait-il que la présence des autres soit tantôt facilitante, tantôt inhibante ? Selon
ZAJONC, nous sommes stimulés physiologiquement par la présence des autres, et même qu’il s’agit
là d’une tendance innée. Les autres ont donc un effet sur nous parce que leur présence nous stimule
(Figure p.325 les effets de la présence des autres selon Zajonc). Si la tâche est simple pour nous, la
réponse dominante est la bonne réponse et la présence des autres améliore notre performance.
Toutefois, si la tâche est complexe, la réponse dominante est incorrecte et la présence des autres est
nuisible.
La paresse sociale : le tout est moins que la somme des parties !
La paresse sociale : l’effort fourni par chaque individu dans une tâche collective est moindre que si
la tâche était individuelle.
Est-il inutile de travailler en équipe ? Bien sûr que non, puisque la somme des efforts individuels,
même réduits, donne généralement un rendement supérieur à celui que pourrait fournir un individu
travaillant seul. Ce que la paresse sociale révèle d’intéressant, c’est, comme pour la facilitation
sociale, l’influence déterminante du groupe sur l’individu.
Une explication du phénomène : la diffusion de la responsabilité
Selon LATANE, il y a une diffusion de la responsabilité au sein des groupes. La responsabilité d’agir,
au lieu d’être assumée individuellement, est en quelque sorte divisée en autant de parties qu’il y a
d’individus dans le groupe.
Réduire la paresse sociale
Comment réduire la paresse sociale ? En augmentant le sentiment de responsabilité personnelle de
chaque membre du groupe.
Récemment, certains auteurs ont mis en lumière l’envers de la médaille de la paresse sociale, qu’ils
ont qualifiée de compensation sociale. Ce phénomène s’enclenche lorsque nous avons l’impression
que l’effort ou la performance des membres de notre groupe risque de laisser à désirer. Lorsque
nous pensons que les autres ne sont pas motivés ou qu’ils sont incapables d’effectuer leur part de
travail, nous avons tendance à compenser cette défaillance en fournissant plus d’efforts.
La paresse sociale se manifeste lorsque les individus font une tâche en groupe où leur performance
individuelle n’est pas évaluée, comme le cas lorsque plusieurs personnes poussent une auto. Le
phénomène de la paresse sociale peut être combattu en augmentant le sentiment de responsabilité
personnelle de chaque membre du groupe.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 57
Nous utilisons nos stéréotypes pour déterminer si nos partenaires sont susceptibles de bien faire leur
travail et ainsi déterminer l’intensité des efforts que nous fournirons personnellement.
Intégrer la facilitation sociale et la paresse sociale dans un seul modèle
Le fait de performer en compagnie d’autres personnes entraîne un effet de facilitation sociale,
laquelle favorise notre performance si la réponse dominante est la bonne réponse. Or, lorsque nous
effectuons une tâche en groupe, bien que nous soyons en présence d’autres personnes, nous
sommes sujets à la paresse sociale et portés à fournir individuellement moins d’efforts, donc à moins
bien performer. Comment expliquer cette apparente contradiction ?
La clé pour résoudre cette contradiction résiderait dans la possibilité d’évaluer l’effort individuel.
C’est lorsqu’il est difficile ou impossible d’évaluer l’effort individuel que la paresse sociale se
manifeste et que l’effort fourni par chaque individu diminue au sein du groupe. La facilitation sociale
ne se manifeste que lorsque le groupe est en mesure de percevoir l’effort individuel. Dans ce cas, la
performance sera favorisée si la réponse dominante est la bonne, mais elle sera inhibée si la réponse
dominante est la mauvaise.
La prise de décisions en groupe : deux têtes valent-elles mieux qu’une ?
La probabilité est plus élevée que les groupes trouvent la bonne réponse ou rejettent les réponses
incorrectes ou peu plausibles. Les groupes sont plus efficaces parce qu’ils permettent de mettre en
commun les compétences individuelles. Toutefois, la prise de décisions en groupe n’a pas que des
avantages :
- Les recherches portant sur le remue-méninges ou brainstorming, démontrent que les groupes
sont souvent moins créatifs que les individus pris séparément.
- Les groupes prennent souvent des décisions plus radicales que ne le font les individus.
- Un fort niveau de cohésion entraîne parfois la pensée de groupe, une tendance qui amène le
groupe à prendre de mauvaises décisions, aux conséquences parfois désastreuses.
Le remue-méninges favorise-t-il la créativité ?
Le remue-méninges mise sur la combinaison de la créativité individuelle et de la stimulation de
groupe. Pourtant, sur le plan de la productivité, le remue-méninges apparaît comme une perte de
temps selon des expériences réalisées en laboratoire. Les membres de groupes discutent plutôt des
informations qu’ils ont en commun au lieu de chercher vraiment des solutions originales. Ils évitent
en effet de présenter de l’information qui semble à aller à l’encontre de la tendance générale,
notamment pour éviter les conflits et parce qu’ils ont peur d’être ridiculisés ou rejetés par le groupe.
Pour favoriser la créativité en groupe, il est préférable de commencer par une séance de travail
individuel au cours de laquelle chaque participant élabore ses propres solutions. Ensuite, les
membres du groupe mettent en commun toutes les idées qu’ils ont trouvées et les évaluent. C’est la
technique du groupe nominal, elle contribuerait également à réduire la paresse sociale
La polarisation de groupe : des positions qui s’ « extrémisent »
Les décisions prises en groupe et les décisions prises individuellement après la discussion en groupe
sont plus audacieuses que les décisions initiales des individus. Toutefois, MOSCOVICI et ZAVALLONI
ont découvert la polarisation de groupe théorie selon laquelle les décisions d’un groupe sont plus
radicales que les décisions prises initialement par chaque membre du groupe. La polarisation de
groupe ne concerne pas seulement les questions relatives aux risques, elle touche aussi les attitudes.
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 58
Explications de la polarisation de groupe
Le groupe peut représenter une source d’influence informationnelle. Les attitudes des membres du
groupe ne reposent pas nécessairement sur des arguments identiques. La mise en commun de tous
ces arguments contribue certainement à renforcer la tendance initiale des individus qui composent le
groupe.
L’influence normative peut aussi jouer un rôle dans la polarisation de groupe, du moins dans la
mesure où les gens veulent être perçus de manière positive par les autres. Les participants désireux
de projeter une image positive d’eux-mêmes font preuve d’attitudes plus radicales, qui vont dans le
sens de l’attitude du groupe.
La polarisation de groupe découle d’un processus d’identification sociale. L’individu s’identifie à son
groupe et se conforme à ce qui lui semble être la norme dans son groupe.
Conséquences de la polarisation de groupe
La polarisation de groupe exerce d’importants effets sur l’individu. Puisque les membres d’un
groupe se renforcent les uns les autres dans leurs tendances initiales.
La pensée de groupe : quand le groupe pousse à prendre des décisions désastreuses
Le psychosociologue IRVING JANIS a souligné cette tendance que présenteraient certains groupes
très cohésifs à prendre des décisions basées sur une évaluation erronée de la situation. Il affirme
que des groupes très cohésifs en viennent à prendre des décisions malheureuses dont aucun des
membres du groupe n’ose critiquer le bien-fondé de peur d’être rejeté par les autres : on parle alors
de pensée de groupe. Le groupe peut être amené à commettre des actes irrationnels et
déshumanisants à l’endroit d’autres groupes. Selon Janis, les membres d’un groupe cohésif ont
tendance à prendre trop facilement pour acquis le fait qu’ils pensent et qu’ils ressentent tous la
même chose, ils ne se donnent pas la peine d’examiner les points de vue divergents. On peut parler
de pensée de groupe chaque fois que, dans un groupe fortement cohésif, une impression
d’unanimité conduit les membres à rejeter toute mise en cause de l’opinion majoritaire.
Le phénomène de la pensée de groupe remis en question
Plus d’une trentaine d’années après, on s’interroge sur la validité de son modèle. Selon BARON, le
développement de la pensée de groupe se manifesterait plutôt sous l’influence de l’identification
positive au groupe, du faible sentiment d’efficacité personnelle des membres du groupe et des
normes favorisant le consensus et enfin, d’une surévaluation de l’efficacité du groupe (Encadré p.
337 les symptômes de la pensée de groupe).
Le leadership
Le leadership , c’est le processus par lequel un membre du groupe – le leader – influence et
coordonne les comportements des autres membres de manière à atteindre les buts poursuivis par le
groupe. Le leader est la personne qui planifie, qui organise et qui contrôle l’activité du groupe.
Qui est un leader ?
Selon FORSYTH, les leaders ont une bonne capacité d’adaptation, un sens des responsabilités et un
besoin d’accomplissement plus grand que les suiveurs. Ils sont intelligents, sociables et ont
confiance en eux. Selon KIRKPATRICK et LOCKE, les leaders (dans le monde des affaires) sont
Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 59
ambitieux, tenaces, intelligents, créatifs, flexibles, honnêtes. Ils ont de l’initiative, de la confiance en
eux, possèdent des compétences et aiment avoir de l’influence sur les autres.
Le leadership charismatique
Certains leaders se démarquent des autres, inspirent, font rêver et passionnent. Ces leaders qui
nous incitent à relever des défis, à changer le monde dans lequel nous visons sont appelés « leaders
charismatiques » ou « leaders transformationnels ». Ils présentent les traits de caractères suivants :
- Très sûrs d’eux, grande confiance en leurs capacités.
- Besoin d’influencer les autres, très persuasifs, servent de modèles à leurs adeptes.
- Profondément persuadés du caractère moral de leurs actes.
- Stimulent la créativité.
- Maîtres de la gestion de l’impression, mettent en avant une image positive et inspirante.
Les leaders charismatiques peuvent pousser leurs adeptes à faire de grandes choses, mais aussi à
commettre des atrocités.
L’approche interactionniste : la modèle de FIEDLER
Théorie de la contingence selon FRED FIEDLER , le succès d’un leader dépend assurément de ses
caractéristiques personnelles, mais également des caractéristiques de la situation dans laquelle il se
trouve. Il existe deux types de leader :
- Leader orienté vers la tâche : ce type de leader semble souvent froid, distant, presque
insensible, il doit être capable de mettre en sourdine sa sensibilité pour se centrer sur les
intérêts et les objectifs du groupe.
- Leader orienté vers les relations humaines : ce type de leader a la capacité de nouer des
relations chaleureuses avec les membres du groupe, c’est un motivateur et un
communicateur.
Ces deux types exigent des qualités plus ou moins incompatibles. Lequel des deux styles de
leadership est préférable ? La productivité et le bien-être du groupe dépendant du style du leader et
de la difficulté à maîtriser la situation (Encadré p.341 l’efficacité des leaders selon leur type et la
situation). Selon FIEDLER, le fait que la situation soit plus ou moins contrôlable dépend de trois
facteurs :
- La relation affective entre le leader et les autres membres du groupe.
- Le degré de complexité de la tâche à effectuer.
- Le pouvoir du leader sur le groupe.
Dans une situation facile ou, au contraire, très difficile à contrôler, un leadership orienté vers la tâche
est plus adéquat. Dans une situation difficile à maîtriser, un leader orienté ver les relations risque de
perdre beaucoup de temps à tenter d’améliorer l’atmosphère du groupe au détriment de la tâche à
effectuer. En revanche, un leader centré sur la tâche saura prendre les choses en main et affirmer
son autorité. Si la situation est très facile à maîtriser, il n’est pas nécessaire de travailler à améliorer
l’atmosphère du groupe, mais un leader centré sur les relations continuera à intervenir dans les
relations entre les membres et pourra éventuellement se les aliéner. Toutefois, dans les situations
modérément maîtrisables, un leadership orienté vers les relations est préférable, puisqu’il permet à
chaque membre de donner son maximum en rendant la situation agréable à vivre.
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