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Psychologie sociale

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Psychologie sociale
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11/25/2011
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French
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PSYCHOLOGIE SOCIALE



Chapitre 1 : introduction

Qu’est ce que la psychologie sociale ?



La psychologie sociale est une discipline scientifique qui vise à comprendre et à expliquer la façon

dont les pensées, les sentiments et les conduites des individus sont influencés par la présence réelle,

imaginaire ou implicite d’autrui.

L’objet d’étude de la psychologie sociale est  L’influence sociale.



En quoi la psychologie sociale diffère-t-elle des disciplines connexes ?



Lapsychologie sociale :

- C’est une spécialité de la psychologie.

- Elle s’intéresse à la relation entre deux ou plusieurs sujets face à un objet.

- Elle s’intéresse plutôt aux interactions entre les individus et aux facteurs de la situation qui

expliquent le comportement.

- Elle repose en grande partie sur l’expérimentation.



La psychologie générale :

- Elle étudie les comportements qui ne sont pas reliés à l’influence sociale (Ex p. 4 : l’illusion de

Delboeuf, cette illusion n’a rien à voir avec l’influence sociale).

- Elle s‘intéresse à la relation entre un sujet et un objet.



La psychologie de la personnalité :

- Elle met l’accent sur les différences individuelles.



La sociologie :

- Elle a davantage recours à l’observation.

- Elle s’intéresse autant aux phénomènes que l’on peut qualifier de microsociaux qu’aux

phénomènes de groupe et à ceux qui ont pour cadre la société globale.



Regard sur l’histoire de la psychologie sociale



1897 Norman Triplett : il réalise la première expérience de psychologie sociale (modification de la

performance lorsqu’une tâche est accomplie par deux personnes en même temps la

facilitation sociale).



1908 Edward Ross et William McDougall : ils publient simultanément les deux premiers ouvrages

intitulés « Social Psychology ». Ross : organisation sociale par imitation – McDougall :

« instinct familial ».



1946 Solomon Asch : il est le premier à étudier la façon dont se forme  impression sur autrui.



1957 Léon Festinger : il formule une des plus importantes théories du changement d’attitude 

dissonance cognitive.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 1

1963 Stanley Milgram : il rapporte les résultats d’une série d’études sur  l’obéissance dans

lesquelles il demande à ses sujets d’infliger des chocs électriques importants à une personne.



1968 Bibb Latané et John Darley : ils décident d’étudier l’altruisme à la suite d’un meurtre auquel

de nombreux témoins ont assisté sans prêter assistance à la victime.



1968 Gordon Allport : il a défini la psychologie sociale.



1969 Serge Moscovici : déplorant une lacune dans l’étude de l’influence sociale, inaugure un

programme de recherche sur l’innovation.



1972 Irving Janis : il explique par la pensée de groupe le fait que la prise de décision en groupe

conduit à d’importantes catastrophes.



1975 Martin Fishbein et Icek Ajzen : ils expliquent le comportement social par le rapport entre les

croyances, les attitudes et les intentions de comportement dans ce qu’ils appellent la théorie

de l’action raisonnée.



1980 Richard Nisbett et Lee Ross : ils montrent les limites de la pensée sociale en faisant un

inventaire des erreurs et des biais cognitifs qui l’affectent.



Les ancêtres : certains philosophes étaient des psychologues sociaux



PLATON a conçu l’esprit humain comme divisé en 3 composantes :

- Le cognitif (les idées).

- L’affectif (les sentiments).

- Le conatif (la volonté).



ARISTOTE, avance, lui, certaines idées au niveau de la persuasion.



Selon HOBBES, l’être humain est mû par le besoin de dominer les autres. Ainsi, le comportement

social s’expliquerait par la compétition constante à laquelle se livrent les individus pour s’approprier

les richesses, les honneurs et le pouvoir. Mais cette interprétation ne suffit pas à expliquer

l’ensemble des comportements sociaux.



JEREMY BENTHAM explique le comportement humain par la recherche du plaisir et l’évitement de la

douleur. Selon lui, la durée, l’intensité la certitude et la pureté d’un plaisir se mesurent.



Les balbutiements : de la spéculation à la vérification expérimentale



La première recherche expérimentale en psychologie sociale fut réalisée en 1898 par TRIPLETT , sur

 la facilitation sociale. Pour lui, une personne accomplissant une tâche avait un meilleur

rendement si elle était accompagnée de quelqu’un d’autre que si elle était seule.



En 1908, MC DOUGALL ramenait le comportement social aux instincts (Ex : la société se base sur un

regroupement familial par « instinct familial »).



EDWARD ROSS expliquait, lui, l’organisation sociale par l’imitation.



Dans les années 1920 et 1930, la psychologie sociale connut quelques succès avec, entre autres, la

mesure des attitudes et l’étude de la formation des normes. Cependant, c’est surtout à la fin de la

Seconde Guerre mondiale qu’elle atteignit sa vitesse de croisière.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 2

L’âge d’or : la psychologie sociale à la rescousse de la société



La psychologie sociale eut un énorme succès à la fin de la Seconde Guerre mondiale et à l’aube de la

guerre froide. Elle voulait contrer la propagande communiste aux Etats-Unis, et se demandait

comment des individus pouvaient obéir à des ordres insensés (Nazis). Elle s’est aussi intéressée à

l’interaction entre les individus au sein de petits groupes (prolongement des recherches de KURT

LEWIN).



Le scepticisme : les doutes de certains chercheurs à l’égard de la psychologie sociale



Fin des années 1960, certains croient la psychologie sociale vouée à l’échec en raison de deux

lacunes :

- La relativité de ses principes.

- Son origine presque exclusivement américaine.



C’est vrai, mais pour combien de temps ?



Pour certains psychologues (GERGEN), la psychologie sociale découvre des lois et principes

acceptables à son époque seulement (Ex : conformisme – sexe).



La domination de la psychologie sociale américaine : un javanais n’est pas un américain



La psychologie sociale est apparue en Amérique. Les expériences sont donc faites sur des américains.

Or, ceux-ci ne sont pas représentatifs de la population mondiale. Il faut tenir compte des différences

culturelles.



Où en sommes-nous aujourd’hui ?



La psychologie sociale s’applique à un grand nombre de domaines. Ainsi, une psychologie sociale

appliquée va faire son apparition.





La recherche en psychologie sociale



Recherche fondamentale Recherche appliquée





Son principal objectif est d’accroître les Elle s’attache avant tout aux moyens de

connaissances sur le comportement social. résoudre des problèmes sociaux.



Le chercheur poursuit sa quête de Un problème peut être résolu même si ses

connaissances indépendamment de tout but causes échappent au chercheur.

pratique, il élabore des théories et les vérifie.

C’est une entreprise privée ou un organisme

Elle s’effectue habituellement en laboratoire gouvernemental qui soumet au chercheur le

et elle est plus souvent de nature problème à résoudre, et les études se font

expérimentale et elle se distingue de la habituellement sur le terrain.

recherche appliquée par son plus grand souci

de précision. Le chercheur s’intéresse surtout à l’élaboration

de programmes d’intervention en vue de

Le chercheur construit des expériences qu’il résoudre un problème social précis et à

va étudier à fond pour faire progresser les l’évaluation de l’efficacité de ces programmes.

connaissances.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 3

Connaître par l’observation systématique



On peut étudier un comportement social en le décrivant  L’observation systématique est une

méthode de recherche qui permet de décrire le comportement des sujets observés

indépendamment de toute intervention du chercheur.



Le chercheur peut aussi se livrer à une observation participante afin de voir les personnes observées

plus naturelles et spontanées. Une observation participante est une méthode de collecte des

données où l’observateur se joint à un groupe et participe à ses activités tout en notant les

comportements des membres du groupe.



Les deux techniques permettent de se faire une meilleure idée sur les personnes observées.



Connaître par la mise en relation des variables



La méthode corrélationnelle est une méthode de recherche où deux variables (ou plus) sont

mesurées afin de vérifier s’il existe une relation entre elles.



Attention, on ne peut pas établir non plus une relation de cause à effet à partir de ces variables,

parce qu’on ne peut pas manipuler ces variables, c’est-à-dire les modifier en recourant à

l’expérimentation.



Connaître par la manipulation des variables



La méthode expérimentale est une méthode de recherche dans laquelle au moins un facteur (la

variable indépendante) est manipulé systématiquement pour déterminer si la modification effectuée

produit un effet sur un autre facteur (la variable dépendante).



La variable indépendante est la variable que le chercheur manipule systématiquement dans une

expérience.



La variable dépendante est la variable que le chercheur mesure pour déterminer l’influence de la

variable indépendante sur le comportement.



L’éthique, connaître mais à quel prix ?



Pour faire une recherche sur des personnes, celles-ci doivent donner un consentement éclairé, bien

qu’il existe certaines expériences qui nécessitent la duperie. Le consentement doit aussi être libre,

c’est-à-dire qu’il doit être donné sans manipulation, coercition ou influence excessive.



Le consentement éclairé est un consentement donné par le sujet d’une recherche une fois qu’on l’a

mis au courant des objectifs de la recherche, de la façon dont elle va se dérouler, des risques qu’elle

comporte et des bénéfices qu’il pourrait en tirer.



La duperie est un procédé consistant à ne pas divulguer aux sujets toute l’information ou la bonne

information sur les objectifs de la recherche ou son déroulement, afin de ne pas modifier leur

comportement et de ne pas invalider les résultats de la recherche.



Le consentement libre est un consentement donné par le sujet sans manipulation, coercition ou

influence excessive.







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Le laboratoire ou le terrain : quelle est la meilleures formule ?

Le terrain est un milieu plus naturel que le laboratoire. Mais il ne permet pas un contrôle aussi serré

des variables. L’étude de la modification des comportements se fait néanmoins plus facilement sur le

terrain.



Dans un laboratoire, on a plus d’emprise sur les variables à condition qu’elles ne soient pas trop

nombreuses, ni que la recherche se fasse sur de longues périodes. La recherche en laboratoire

permet la meilleure garantie de vérifier l’existence de relations causales entre les variables.



Une expérience est prise en sérieux lorsqu’on voit que les participants émettent des efforts. C’est ce

qu’on appelle le réalisme expérimental. Ainsi, le réalisme expérimental est le caractère d’une

recherche qui suscite l’engagement cognitif et émotif du sujet.



Pour qu’une expérience fonctionne, il ne faut pas nécessairement que la situation expérimentale

ressemble à tout point de vue à une situation naturelle. Ainsi, le réalisme expérimental prime sur le

réalisme trivial (caractère d’une recherche qui lui confère une ressemblance avec une situation de la

vraie vie).



Les approches théoriques



La théorie des rôles : qui sommes-nous au juste ?



Le bon fonctionnement des sociétés humaines repose, en partie, sur une répartition des rôles entre

leurs membres. La position de chacun par rapport aux autres, c’est-à-dire son statut, est associé à un

répertoire de modèles de comportement. L’uniformisation des conduites en fonction des rôles

permet à chacun d’éviter d’avoir à prendre continuellement des décisions sur le comportement qu’il

doit adopter. Mais le prix à payer est une restriction de la liberté d’action.



Cela dit, chaque personne est appelée à jouer plus d’un rôle tout au long de sa vie. Il arrive

cependant parfois que les rôles que doit jouer simultanément une même personne entrent en conflit

les uns avec les autres (Ex p. 20 : Conflit interrôle et intrarôle).



L’apprentissage : comment acquiert-on un comportement social ?



Nous apprenons à adopter certains comportements parce qu’ils sont suivis d’une gratification, et

nous apprenons aussi à en éviter d’autres parce qu’ils sont punis  Le conditionnement opérant

(SKINNER) .



L’apprentissage d’un nouveau comportement peut aussi se produire de façon plus automatique, sans

que la personne s’en rende compte  le conditionnement répondant (PAVLOV) . Il se produit

lorsqu’une association s’établit entre un stimulus et une réponse (Ex p.21 : chien qui salive quand la

lumière s’allume car cela annonce qu’il va être nourri bientôt).



Pour apprendre un nouveau comportement, il n’est pas nécessaire d’être récompensé soi-même.

BANDURA a démontré que des comportements sociaux sont appris par l’observation de modèles. Sa

théorie, dite de l’apprentissage social , repose sur ce qu’on appelle l’apprentissage vicariant . Cet

apprentissage se produit, par exemple, lorsqu’un enfant observe un adulte qui en agresse un autre.

L’enfant prend alors conscience qu’un comportement qu’il croyait inopportun est acceptable, et qu’il

s’accompagne même d’une gratification : l’adulte obtient ce qu’il veut de l’autre en l’agressant.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 5

La consistance cognitive : est-ce que ça se tient ?



Que se passe-t-il lorsque nous nous rendons compte que notre comportement n’est pas en harmonie

avec nos opinions ? Ces questions ont donné lieu à des nombreuses recherches et à la formulation de

diverses théories sur  la consistance cognitive (comportement pas en harmonie avec nos opinion).



La théorie de l’équilibre de HEIDER et la théorie de la dissonance cognitive de FESTINGER étudient les

causes de  l’inconsistance cognitive (état incitant la personne à tenter de retrouver sa

consistance) et les moyens pris par la personne pour y remédier. Elles conçoivent toutes deux

l’inconsistance cognitive comme un état motivant la personne à tenter de retrouver sa consistance.



L’attribution : lui d’habitude si gentil…



Nous cherchons fréquemment à attribuer une cause à un comportement  L’attribution est un

processus cognitif par lequel on établit un lien entre le comportement et ses causes internes ou

externes.



HEIDER a été le premier psychologue social à se demander comment les individus s’y prennent pour

attribuer une cause à un comportement. Cette question est importante parce que le résultat de

l’attribution peut modifier le comportement de façon globale et stable.



Les théories de l’attribution se penchent sur la façon dont un individu utilise l’information dont il

dispose pour arriver à une conclusion. On attribue plus facilement le comportement d’un individu à

sa personnalité (une cause interne) qu’aux contraintes de la situation dans laquelle il se trouve,

comme la nécessité d’obéir à une directive (une cause externe).

 Comportement d’un individu : cause interne plutôt qu’externe.



Le traitement de l’information : l’art de « tourner les coins ronds »



Nous sommes souvent bombardés d’informations dans la vie de tous les jours. Nous apprenons alors

avec le temps à faire face à la surcharge d’informations en reconnaissant des associations familières

d’objets ou d’événements, ce que les psychologues appellent des schémas . C’est ce que nous

faisons, par exemple, lorsque nous percevons une personne comme appartenant à telle ou telle

catégorie sociale.



L’échange social : voici ce que j’ai à t’offrir, et toi ?



Les théories de l’échange combinent des éléments de l’approche de l’apprentissage et de

l’approche de la consistance cognitive. Elles affirment que le comportement est modifié en fonction

des récompenses et des coûts qui y sont associés.



Selon la justice distributive (HOMANS), l’interaction se maintiendra si les rapports récompenses-

coûts de chacun sont égaux.



La psychologie de l’évolution : une nouvelle façon de concevoir les choses



Au milieu des années 1990, une nouvelle approche visant à étudier les comportements sociaux est

apparue en psychologie sociale  l’approche évolutionniste (BUSS et KENRICK). Elle se distingue

nettement de toutes celles qui l’ont précédée et repose sur la théorie de l’évolution de Darwin et son

principe de sélection naturelle. Selon l’approche évolutionniste, nous sommes des produits de

l’évolution et nous avons développé des tendances qui nous aident à survivre. Ces tendances vont

s’exprimer ou non selon l’environnement dans lequel nous vivons.



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Chapitre 2 : le soi

Qu’est ce que le soi ?



Le soi est l’ensemble des caractéristiques individuelles qui font qu’une personne est différente des

autres ou semblable à eux. Nous cherchons ce qui nous distingue des autres, mais aussi ce qui nous

rattache à eux.



Le soi peut se décrire selon 3 dimensions :

- Qui je suis (concept de soi)  Dimension cognitive.

- Comment je m’évalue (estime de soi)  Dimension évaluative.

- Comment j’agis  Dimension comportementale.



Les croyances à propos de soi-même : le concept de soi



Le concept de soi est l’ensemble des croyances qu’une personne entretient à propos d’elle-même.



Les sources du concept de soi



Pour en arriver à connaître ce qu’il est, l’être humain puise dans diverses sources.



La conscience réflexive : je me découvre capable… de me découvrir



La découverte de l’existence autonome des autres amène l’enfant à prendre conscience de sa propre

existence. L’enfant apprend à se connaître, à réfléchir sur lui-même et sur ses capacités de réflexion.

C’est ce que BAUMEISTER appelle  la conscience réflexive , elle est propre à l’espèce humaine et

suppose en effet la capacité de se décrire soi-même à partir d’un langage symbolique et de

communiquer ses réflexions aux autres par ce moyen.



Le moi en miroir : je suis comme on dit que je suis



CHARLES HORTON COOLEY soutenait que les réactions des autres sont la principale source des

croyances que nous élaborons à propos de nous-mêmes (Ex p.30 : les mathématiques, si on se perçoit

nulle en math, on fonde ce jugement sur les mauvaises notes que le professeur nous a attribuées).



La perception des réactions des autres à notre comportement : je suis ce que je crois qu’on pense de

moi



Nous n’acceptons pas toutes les informations que les autres nous renvoient sur nous-mêmes. Nous

sélectionnons les messages qui nous semblent les plus significatifs, puis nous les interprétons à notre

manière et, nous les déformons avant de les intérioriser. C’est  le travail cognitif de sélection et

de réinterprétation.



La théorie de la perception de soi : je suis tel que j’agis



Nous utilisons la théorie de la perception de soi pour élaborer des croyances à propos de nous-

mêmes. La théorie de la perception de soi (BEM) est une théorie selon laquelle nous déduisons

certains de nos traits de personnalité, attitudes et motivations de l’observation de notre propre

comportement. L’observation de notre propre comportement est déterminante pour l’image que

nous avons de nous-mêmes.



L’hypothèse de la rétroaction faciale signifie que la physionomie influerait sur la perception de soi.

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La comparaison sociale : les autres comme standards



Nous jugeons nos attitudes et habiletés à partir de critères et de normes. Selon  la théorie de la

comparaison sociale (FESTINGER) , la comparaison avec les autres fournit ces critères et ces normes.



Cette théorie pose 3 postulats :

1) L’individu a besoin d’évaluer adéquatement ses habiletés et ses attitudes.

2) En l’absence de critères physiques, l’individu s’évalue en se comparant aux autres.

3) L’individu préfère se comparer à des personnes relativement semblables à lui.



La comparaison sociale répond aux deux principales fonctions du soi : elle permet de nous distinguer

des autres, mais aussi de nous situer dans une collectivité à laquelle nous nous sentons appartenir.



Les schémas de soi : une clé pour traiter l’information



MARKUS définit un  schéma de soi comme une généralisation cognitive à propos du soi dérivée

de l’expérience du passé. Les schémas organisent et orientent le traitement de l’information reliée

au soi et contenue dans les expériences sociales de l’individu. Le concept de soi s’appuie sur les

nombreux schémas de soi que nous possédons.



L’effet d’autoréférence témoigne de ce que je viens de dire à propos du fait qu’on retient les choses

qui nous semblent importantes/courantes sur nous-mêmes.

C’est un biais amenant l’individu à remarquer et à retenir particulièrement l’information qui se

rapporte à lui-même (Ex : Egotisme implicite : on accorde plus d’importance pour les lieux, personnes,

activités qui contiennent les lettres de notre prénom et le chiffre de notre date de naissance).



Le besoin d’un concept de soi stable : je serai ce que je suis et je suis ce que j’étais



Il n’est pas étonnant que les caractéristiques d’une personne varient selon les situations. Ce qui nous

apparaît comme une structure interne stable serait plutôt le résultat d’expositions systématiques aux

mêmes situations. Nous finissons, en somme, par devenir ce que les situations que nous vivons font

de nous. Un soi stable rassure : il aide à se comprendre et à comprendre les autres.



MICHAEL ROSS affirme que nos croyances actuelles nous servent de filtres pour reconstruire notre

passé. Ca nous permet de garder une certaine stabilité en disant que nous avons toujours pensé ou

fait ça.



La nécessité de construire et de garder un soi stable nous amène aussi à réinterpréter les réactions

des autres à notre endroit. SWANN utilise le terme de  vérification de soi pour désigner cette

tendance qui, au besoin, nous pousse même à susciter chez autrui des réactions confirmant notre

concept de soi. L’affirmation d’un soi stable contribue à créer un monde prévisible, même si celui-ci

est négatif. Il arrive donc que le besoin de stabilité prenne le pas sur l’estime de soi.



S’aimer soi-même : l’estime de soi



L’estime de soi est l’évaluation qu’une personne fait de ses caractéristiques propres. Plusieurs tests

mesurent l’estime de soi (Ex p. 38 : l’échelle de Rosenberg).









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 8

S’aimer malgré tout : les biais qui sauvent l’estime de soi



Les êtres humains semblent être prêts à faire beaucoup pour édifier et maintenir une estime de soi

élevée, quitte encore une fois à déformer la réalité. La tendance à se voir plus favorablement que ne

le justifient les indices de la réalité porte le nom  d’augmentation de soi .



L’augmentation de soi : miroir, dis-moi qui…



TAYLOR et BROWN ont observé que l’être humain utiliserait trois types de stratégies pour

construire et maintenir une forte estime de soi. Les participants aux différentes expériences avaient

tendance à :

1) Se voir eux-mêmes plus positivement qu’ils ne voyaient les autres et n’étaient vus par eux.

2) Exagérer le contrôle qu’ils avaient sur leur vie.

3) Etre excessivement optimistes quant à leur propre avenir.



La majorité des gens utiliseraient donc un biais qui consiste à surévaluer ses aptitudes générales,

particulièrement ses habiletés sociales et mentales. L’illusion de contrôle s’observe dans la croyance

que l’on peut maîtriser le cours des événements, même lorsque ceux-ci sont clairement le fruit du

hasard. La confiance en soi amène aussi les individus à surestimer la probabilité que des événements

heureux leur arrivent. Cette surestimation s’accompagne d’une sous-estimation des risques d’échec.



Mais que fait-on de la réalité ?



Lorsque les gens sont confrontés à des situations où la réalité ne correspond pas à l’image qu’ils se

font d’eux-mêmes, ils ont plutôt tendance à ne pas prêter attention à ces situations ou ils remettent

en questions les intentions de l’interlocuteur, trouvant dans ses propos des préjugés.



Nous nous souvenons beaucoup mieux de l’information positive que de l’information négative à

propos de nous-mêmes. Il n’y a rien d’étonnant là-dedans puisque la mémoire retient mieux ce qui

s’accorde avec les schémas de soi, et que les schémas de soi sont largement positifs, il est normal

que nous retenions mieux les informations positives que négatives.



Une autre manière de mettre notre mémoire au service de l’estime de soi est d’utiliser  le biais

égocentrique . C’est un biais qui amène un individu à exagérer dans ses souvenirs la part qu’il prend

à des activités collectives. On exagère son importance dans un groupe pour la simple raison que l’on

oublie ce qui n’est pas directement relié à soi.



Un corollaire du biais égocentrique peut être trouvé dans  l’effet projecteur , par lequel nous

sommes portés à surestimer l’attention que les autres nous portent.



La perception se joint à la mémoire pour entretenir nos illusions sur nous-mêmes. Nous percevons

nos habilités et nos attributs positifs comme exceptionnels, c’est ce qu’on appelle  le biais de

fausse unicité . Mais nous percevons aussi nos attributs négatifs comme plus répandus qu’ils ne le

sont en réalité, c’est ce qu’on appelle  le biais de faux consensus .



Le biais de complaisance incite l’individu à attribuer ses succès à des dispositions internes et ses

échecs aux circonstances extérieures.



L’individu qui prend conscience de ses attributs négatifs (lorsqu’ils se répètent) a tendance à leur

accorder moins d’importance qu’à ses qualités. Il considère, en général, que les activités dans

lesquelles il excelle sont les plus fondamentales pour lui.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 9

Ces résultats sont en accord avec la théorie de CLAUDE STEELE , appelée théorie de l’affirmation

de l’estime de soi , qui prédit que lorsqu’on porte préjudice à une dimension de l’estime de soi d’une

personne, celle-ci essaiera de valoriser d’autres dimensions d’elle-même qui n’y sont pas reliées.



Un individu peut aussi utiliser  le handicap intentionnel pour protéger son estime de soi. Il s’agit

d’une stratégie par laquelle on explique à l’avance un échec en faisant appel à des circonstances

exceptionnelles plutôt qu’à des dispositions internes.



La comparaison sociale et l’estime de soi : quand je me regarde, je me désole, quand je me compare,

je me console



FESTINGER conçoit la comparaison sociale comme susceptible de causer une déformation de la

réalité. Si la comparaison sociale sert à établir le jugement que l’on pose sur soi, c’est-à-dire à fonder

le concept de soi, elle permet aussi de sauvegarder l’estime de soi. La comparaison résulte donc d’un

choix minutieux. On appelle comparaison descendante la tendance à se comparer à des personnes

« inférieures » à soi pour se rehausser soi-même. Par contre, la comparaison ascendante est la

tendance à se comparer à des personnes que l’on juge « supérieures » à soi (caractère dévalorisant).

Pourtant la comparaison ascendante n’est pas toujours un facteur de dévalorisation (Ex : se

comparer à une star).

(Ex p.44 : les gros buveurs et les femmes trop minces).

(p. 46 : la comparaison temporelle).



Sauvegarder à tout prix l’estime de soi : une stratégie payante ?



Les stratégies visant à assurer le maintien de l’estime de soi exigent que la personne procède à une

manipulation ou à une déformation de la réalité. Mais la personne adaptée n’est-elle pas justement

celle qui pose sur la réalité et sur elle-même un regard juste, dépourvu de complaisance ?

TAYLOR et BROWN soulignent que  seules les personnes modérément dépressives témoignent

d’une perception adéquate de la réalité. Ces personnes ont tendance à se rappeler les informations

tant positives que négatives à leur sujet, et leur perception d’elles-mêmes s’harmonise relativement

bien avec les évaluations des autres. En outre, elles ont moins tendance à recourir au biais de

complaisance. C’est le phénomène de  réalisme dépressif .



Ca ne signifie pas qu’une dépression de moyenne intensité est le symptôme d’une bonne santé

mentale. Taylor et Brown estiment que nos illusions peuvent être utiles. Nous trouvons des

avantages importants à nous percevoir de façon plus favorable que la réalité ne le justifie.



De façon générale, on peut dire que les personnes ayant une forte estime de soi se sentent mieux

que les autres, et cela favorise leurs succès. L’estime de soi présente cependant une forte

corrélation négative avec la dépression. En effet, les personnes ayant une faible estime de soi

tendent à être pessimistes à l’égard du futur et supportent moins la critique. Ils sont aussi plus

vulnérables à la dépression.



A propos de l’illusion de contrôle, BAUMEISTER va jusqu’à dire qu’il est encore préférable de

s’imaginer un contrôle que l’on n’a pas sur la réalité que d’ignorer un contrôle que l’on a.



Albert BANDURA  appelle sentiment d’efficacité personnelle le niveau de confiance qui nous

habite au moment d’entreprendre une tâche. Il avance que, lorsque les gens se croient capables

d’exercer le contrôle sur leur environnement et confiants de pouvoir produire les réponses désirées,

ils sont effectivement en mesure de produire lesdites réponses.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 10

Mais pourquoi, au juste, s’estimer à ce point ?



D’un point de vue évolutif, une perception adéquate de la réalité ne serait-elle pas plus productive à

long terme ? L’estime de soi aurait-elle un rôle à jouer dans l’adaptation de l’humain en général à

l’environnement ? Deux théories s’affrontent à ce propos.



D’une part, la théorie de LEARY et BAUMEISTER affirme que l’être humain étant un animal social, le

besoin d’être apprécié par autrui est un besoin primitif. L’estime de soi agirait donc comme un

« sociomètre », qui servirait à identifier les signes avant-coureurs de l’exclusion sociale.



D’autre part, la théorie de la gestion de la terreur nous dit que l’estime de soi répond à la peur la plus

fondamentale de l’être humain, la peur de la mort. L’estime de soi nous protégerait contre cette

angoisse en nous donnant le sentiment d’être un objet de première valeur dans un univers

insignifiant.





Le soi et le comportement : la fonction exécutive

BAUMEISTER nous dit que le soi guide aussi le comportement. Cette habileté à se servir du soi

comme guide du comportement correspond à ce qu’il appelle  la fonction exécutive du soi .



En psychologie cognitive, la fonction exécutive désigne les fonctions supérieures, largement

déterminées par les lobes frontaux, qui permettent de juger la réalité, de choisir les actions ou les

séquences d’actions appropriées pour transformer cette réalité ou pour s’y adapter, et de contrôler

et de planifier les actions en question en les modifiant au besoin à la suite de la réponse de

l’environnement.



En psychologie sociale, la fonction exécutive du soi englobe essentiellement deux aspects :

 La régulation du soi

 La présentation du soi



La régulation du soi



Planifier, mettre en route et gérer ses relations avec autrui suppose une capacité de prendre et de

garder un contrôle sur soi-même (capacité d’action sur soi-même).



CARVER et SCHEIER définissent la régulation du soi comme le processus par lequel nous cherchons à

contrôler ou à modifier nos pensées, émotions, comportements et besoins.



La capacité d’inhiber nos tendances spontanées, de réorienter notre pensée pour éviter des atteintes

à l’estime de soi, de modifier notre comportement pour transformer la réalité ou transformer notre

soi, représente des fonctions de première importance dans l’adaptation à la réalité sociale.



La conscience de soi : la voie vers la régulation de soi



Nous établissons une sorte de contrôle automatique sur notre comportement. Durant la plus grande

partie de la journée, il n’est pas nécessaire de se concentrer sur nous-mêmes. Mais par exemple, la

situation minoritaire dans un groupe suscite une prise de conscience de soi, tout comme parler en

public, passer devant un miroir, etc. Imaginons que vous vous faites interroger par le professeur à un

cours où vous êtes plus ou moins préparé. Cette situation risque de provoquer une crise de la

conscience de soi, autant privée que publique. Dans une telle expérience, l’individu va mener une

évaluation sur lui-même, c’est-à-dire une comparaison entre son propre comportement et les

normes internes et externes définissant ce que l’individu voudrait faire, appelé  soi idéal , ou ce



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 11

que l’individu devrait faire, appelé  soi obligé . Ainsi, le soi idéal est la vision de soi qui reflète ce

que nous voulons ou souhaitons être idéalement et le soi obligé est la vision du soi qui reflète les

attentes d’autrui à notre endroit.



La prise de conscience de divergences entre l’état du soi idéal (ce que vous voudriez faire) et du soi

obligé (ce que vous devriez faire) peut se traduire par une activation émotionnelle douloureuse. Si la

différence se situe entre le soi et le soi obligé, cela génère de la culpabilité et de l’anxiété. Si elle

réside entre le soi et le soi idéal, il s’ensuit des sentiments dépressifs.



La conscience de soi joue un rôle important dans les fonctions exécutives, en permettant de modifier

le comportement pour l’ajuster aux objectifs. On peut éviter la conscience de soi en évitant les

situations ou les gens qui la suscitent. Il semble bien que l’absence de conscience de soi soit un

moyen fort utilisé pour éviter de s’autoévaluer. Cependant, l’évitement n’est pas toujours possible. Il

peut se traduire, à la longue, par une dévalorisation systématique de soi-même et entraîner un cycle

dépressif dont il sera difficile de sortir.



La présentation de soi



Si la régulation de soi nous permet de trouver une certaine cohérence entre les différents états du

soi, elle nous permet aussi de moduler les interactions avec autrui. En effet, pas plus que la

conscience de soi, la planification et la gestion de l’image que nous voulons donner aux autres ne se

font sans une certaine dépense cognitive, particulièrement lorsqu’on veut produire un effet

particulier qui ne nous est pas vraiment naturel.



Les théories de présentation de soi affirment que l’individu planifie et met en pratique des

conduites qui confirment et qui renforcent l’image de soi qu’il veut promouvoir.



L’individu choisit aussi ses interlocuteurs afin de recevoir d’eux une image plaisante de lui-même.

C’est ainsi que nous nous arrangeons pour fréquenter des gens qui nous renvoient une image

positive de nous-mêmes, et nous présentons à ces personnes les aspects de nous-mêmes que nous

savons susceptibles de provoquer des réactions positives. Nous avons tendance à faire des efforts

pour nous présenter sous un jour favorable pour certaines raisons :

1) Par besoin de plaire aux autres ou, à tout le moins, d’obtenir leur approbation.

2) Pour amener les autres à agir dans le sens que nous souhaitons.

3) Pour nous convaincre que nous sommes vraiment ce que nous voulons être.



BAUMEISTER décrit le dernier objectif comme un objectif de validation sociale du soi : on a beau se

persuader d’avoir une certaine identité, on ne se croit pas soi-même tant que cette identité n’a pas

reçu l’approbation d’autrui.



Présentation stratégique, présentation authentique



La présentation authentique est un mode de présentation de soi adopté lorsqu’on désire être perçu

par autrui de la façon dont on se perçoit soi-même.

La présentation stratégique est un mode de présentation de soi adopté lorsqu’on désire donner à

autrui une impression de soi-même ajustée aux demandes d’une situation particulière.



GOFFMAN ne trouve rien de surprenant à ce que l’on adapte son comportement et son image de soi

aux situations sociales. L’individu a la capacité de se voir comme un acteur dans le jeu social. Il définit

d’ailleurs le soi comme l’intégration des divers rôles que nous apprenons à jouer en vue de répondre

à ce que nous percevons comme les attentes de notre entourage.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 12

Le monitorage de soi



SNYDER appelle  monitorage de soi la tendance à régler son comportement en fonction de la

situation et des réactions d’autrui.



L’individu qui présente un degré élevé de monitorage de soi se caractérise par un besoin marqué de

savoir si son comportement est adapté aux exigences sociales.

Un individu qui présente un faible degré de monitorage de soi se démarque par une plus grande

stabilité dans ses relations en général : il cherche à établir des liens avec une personne qui comble

tous ses besoins plutôt qu’avec des partenaires variés.



Le monitorage de soi, comme la représentation de soi en général, semble omniprésent, à des degrés

divers, dans nos interactions. CHENG et CHARTRAND appellent « effet caméléon » la tendance

spontanée et en grande partie inconsciente à ajuster son comportement à des demandes sociales

implicites.



La culture et le soi

L’étude du soi est devenue incontournable dans les manuels de psychologie sociale. Il ne faut pas

oublier que la définition de la réalité varie selon les cultures et les époques. Selon leur culture, les

individus se voient comme des agents indépendants ou interdépendants de la collectivité.



ENNS nous rappelle que la personnalité est décrite très différemment selon que la culture soit

individualiste ou collectiviste.



Ainsi, dans les cultures collectivistes, ce qu’on appelle « attributs psychologiques » ou

« caractéristiques personnelles » n’a pas beaucoup de sens.



C’est sur l’estime de soi que les cultures individualistes et collectivistes se différencient le plus.

L’augmentation du soi, utilisée largement dans les cultures individualistes pour établir et sauvegarder

une estime de soi élevée, ne semble pas être importante dans les cultures collectivistes.



Parce qu’il est un construit social, le soi se crée nécessairement en référence à une culture donnée.

Les études démontrent en général que si l’estime de soi apparaît une nécessité universelle, le soi en

tant que réalité ne se décline pas de la même façon, ni ne prend la même importance, d’une culture

à l’autre.



Partout dans le monde, on semble se considérer comme dans la moitié supérieure de la population

en termes de valeur personnelle. La façon de répondre au besoin d’estime de soi serait culturelle,

mais le besoin lui-même, universel. Les occidentaux seraient portés à s’avantager en utilisant des

attributs individuels cohérents avec la culture individualiste dont ils sont issus, tandis que les

asiatiques feraient référence à leur propre correspondance avec les idéaux collectivistes de leur

culture. Dans les deux cas, c’est une évaluation positive de soi qui serait recherchée.



L’insistance sur les valeurs individuelles correspond à un choix idéologique et culturel. « Etre soi-

même » n’est pas un idéal absolu. C’est une valeur présentée comme idéale ici et maintenant, qui

correspond aussi à une certaine vision des caractéristiques personnelles mises de l’avant dans des

économies dites néolibérales : initiative personnelle, sentiment de sa propre importance, confiance

en soi.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 13

Chapitre 3 : la perception sociale

La formation d’impression est le processus cognitif par lequel on organise l’information se

rapportant à une personne afin de former un tout. Ce processus repose sur l’attribution et

l’intégration de l’information. En attribuant des causes à un comportement, on peut discerner les

traits de personnalité à partir des informations fournies par :

- Le comportement.

- Des caractéristiques de la situation dans laquelle le comportement s’inscrit.

- L’apparence physique de la personne.



L’intégration de l’information est un processus cognitif par lequel on combine les traits d’une

personne afin de s’en faire une perception unifiée. L’intégration de l’information, c'est-à-dire la

combinaison des traits attribués comme cause au comportement, aboutit à une perception unifiée.

Et c’est ainsi que l’on se forme une impression globale d’une personne.



Les étapes de la perception d’autrui (Tableau p. 64):



Apparence physique

Comportement

Contexte



Processus d’attribution



Traits



Processus d’intégration



Impression



La machine humaine : une usine de fabrication de croyances

Tous les jours de notre vie, nous tentons de connaître le monde qui nous entoure. Cette recherche

de sens fait appel à la dimension cognitive de l’être humain. La croyance est une conviction relative

à un objet psychologique. Ce terme est utilisé pour définir la dimension cognitive de l’être humain.



L’objet psychologique se définit comme tout ce qu’il est possible de se représenter, y compris les

individus et les idées. L’objet psychologique peut être concret ou abstrait (liberté, paix, amour), réel

ou imaginaire. Une croyance repose sur le lien que l’on fait entre deux objets psychologiques. Les

croyances ont trois origines possibles :

- L’expérience personnelle.

- Une information donnée par autrui.

- Une inférence (création de toutes pièces d’une croyance nouvelle à partir de croyances existant

déjà dans ma mémoire).



Certaines croyances sont neutres : il s’agit de simples constatations de la réalité environnante (Ex :

« c’est un politicien ») et d’autres croyances sont en revanche clairement évaluatives (Ex : « c’est un

pervers »). Les croyances ne sont pas isolées les unes des autres. Elles ont tendance à former des

systèmes hiérarchisés au sein desquels certaines croyances prennent une place centrale et exercent

par conséquent une influence prédominante sur notre représentation du monde et sur les autres

croyances.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 14

Lorsqu’on dispose de peu d’informations sur un individu, mais qu’il active chez nous des croyances

reliées à un type particulier de personnes (Ex : personnes chaleureuses et sociables), nous lui taillons

de toutes pièces une personnalité qui ira avec cette représentation, du moins jusqu’à ce que nous le

connaissions mieux, sur laquelle nous nous appuierons pour interagir avec lui.



L’attribution de causes au comportement

Il nous arrive souvent d’expliquer le comportement des autres en nous fondant sur les traits de

personnalité que nous leur prêtons. Ce mécanisme intervient rapidement, de façon automatique, à

notre insu, et peut s’appliquer autant à un étranger qu’à une vieille connaissance. Notre intérêt peut

naître de l’observation d’une conduite qui sort de l’ordinaire ou nous étonne (HASTIE), mais aussi du

simple besoin de mieux saisir l’autre, de donner un sens à notre environnement social.



L’attribution à partir d’un seul comportement : il suffit parfois de peu pour se faire une idée



Afin de nous expliquer un comportement, surtout inhabituel, nous établissons souvent une

correspondance entre le comportement et un ou plusieurs traits de personnalité. Nous procédons à

des inférences correspondantes. L’inférence correspondante est une attribution à une autre

personne d’une disposition (trait) qui correspond directement à la nature du comportement observé.



Lorsque nous avons le choix d’agir ou de ne pas agir, notre décision n’est pas nécessairement pour

autant le reflet de notre personnalité : les attendes des autres peuvent aussi l’avoir motivée. Plus un

comportement défie les attentes sociales, plus nous l’attribuons à des dispositions internes.



L’attribution à partir de plusieurs comportements : mieux vaut en savoir plus



Selon KELLEY, lorsque nous sommes en présence de nombreuses données, nous procédons parfois à

la manière d’un scientifique pour déceler la cause d’un comportement.



BROCA a établit un lien entre un certain type de trouble du langage et une région particulière du

cerveau, à laquelle on a donné par la suite le nom d’ « aire de Broca ».

Broca s’est posé trois questions :

 Lorsque cette partie du cerveau est endommagée, le patient manifeste-t-il de façon constante un

certain type de trouble du langage ?

 Ce trouble du langage se produit-il seulement si cette partie du cerveau est endommagée ?

 Les patients présentant une lésion dans cette partie du cerveau souffrent-ils tous du même

trouble du langage ?



Selon la théorie de la covariation, vous procéderiez de la même manière pour trouver, par exemple,

pourquoi votre amie vous a répondu sèchement quand vous lui avez téléphoné. La théorie de la

covariation explique l’attribution par la perception d’un lien entre le comportement et la cause avec

laquelle il varie systématiquement dans le temps.



Donc selon KELLEY, trois questions vous viendraient à l’esprit :

 Mon amie agit-elle toujours ainsi lorsque je lui téléphone (critère de constance) ?

 Mon amie agit-elle ainsi seulement lorsque c’est moi qui lui téléphone (critère de caractère

distinctif) ?

 Me répond-on toujours ainsi lorsque je téléphone à quelqu’un (critère de consensus) ?



Pour KELLEY, la constance, le caractère distinctif et le consensus sont les trois critères que nous

utilisons pour expliquer le comportement d’autrui.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 15

Les biais reliés à l’attribution : comment on se trompe sur soi et sur les autres



Lorsque l’analyse des causes d’un comportement est faite par la personne qui a agi, on parle 

d’attribution de l’acteur .

Lorsque l’analyse est faite par la personne qui a agi, on parle  d’attribution de l’observateur .

Dans les deux cas, des biais d’attribution peuvent être faits.



Un biais d’attribution de l’acteur : le biais de complaisance



Le biais de complaisance nous amène à attribuer nos succès à nous-mêmes et nos échecs aux

circonstances. L’acteur trouve donc des causes internes à ses succès et des causes externes à ses

échecs.



Attribution des observateurs



L’erreur d’attribution fondamentale est la tendance consistant, lorsqu’on se trouve dans un rôle

d’observateur, à sous-estimer les facteurs externes et à surestimer les dispositions internes comme

causes présumées du comportement d’autrui.



Pourquoi l’erreur d’attribution fondamentale est-elle si répandue ?

Notre culture nous apprend que chacun est responsable de ses actes, qu’il est libre de se comporter

comme il l’entend, qu’il est autonome. Il est donc normal que nous percevions le comportement

d’autrui comme découlant de l’exercice du libre arbitre plutôt que de pressions sociales.



L’attribution de traits en fonction de la saillance perceptive (Voir schéma p. 74) :



Selon l’endroit où se trouve chacun des observateurs, l’influence accordée aux interlocuteurs A et B

varie. Les observateurs qui étaient face à l’un des interlocuteurs avaient tendance à considérer qu’il

était le plus influent. En revanche, ceux qui étaient assis sur le côté n’ont perçu aucune différence

entre les deux interlocuteurs. Cela illustre notre tendance à attribuer une influence plus importante

aux personnes qui sont perceptiblement en évidence.



Les conséquences de l’attribution de causes : à quoi bon se forcer quand, quoi qu’on fasse…



Selon le modèle de WEINER, nous tenons compte de trois dimensions lorsque nous cherchons les

causes de nos comportements :

- Les causes internes ou externes.

- Les causes contrôlables ou non contrôlables.

- Les causes stables ou instables.



Le fait d’attribuer un échec (ou une réussite) à un type de cause ou à un autre peut avoir des

conséquences déterminantes tant sur le plan affectif que sur le plan comportemental.



Dans la vie de tous les jours, notre comportement, nos sentiments et nos attentes dépendent en

partie des suppositions que nous faisons à propos des événements qui se produisent et des

comportements que nous avons ou que nous observons.

Un individu qui attribue trop fréquemment ses échecs à une cause interne peut finir par considérer

qu’il est dépourvu de ressources. A l’inverse, l’impression d’être dirigé de l’extérieur conduit souvent

à  la résignation acquise . C’est une tendance à mettre fin à ses efforts après un certain nombre

d’échecs, même si de nouvelles tentatives pourraient mener au succès.



Le modèle de WEINER s’applique aussi à la perception d’autrui. Ainsi, nous ne portons pas le même

jugement sur une personne qui a contracté une maladie telle que le sida selon que nous jugeons

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 16

qu’elle contrôlait ou non ce que lui est arrivé. Evidemment, avec ce modèle on demeure dans le

domaine de la perception, donc de la subjectivité humaine ; ce qui est contrôlable aux yeux de l’un

ne l’est pas nécessairement aux yeux de l’autre.



Efficacité ou rationalité ? On n’a pas toujours le temps de choisir !



Les dispositions que nous attribuons aux gens nous aident à prévoir leurs réactions, de la même

façon que la connaissance de la région lésée du cerveau aidait BROCA à prévoir les troubles de

langages qui s’ensuivaient. Les jugements nous permettent de mettre un semblant d’ordre dans le

chaos que constituerait autrement la réalité sociale qui nous entoure. Et s’ils n’obéissent pas

toujours à une logique irréprochable, ils sont en général relativement efficaces en ce qu’ils

répondent au besoin bien pragmatique d’asseoir nos relations avec autrui sur certaines certitudes.

Quand nous imputons des causes à un comportement, nous attribuons souvent aussi des traits de

personnalité qui, habituellement, sont indissociables les uns des autres. Nous nous en servons pour

nous former une impression globale de la personne que nous observons.



L’intégration de l’information

Deux approches permettent de rendre compte de l’intégration de l’information en matière de

perception d’autrui. Selon la première approche, les traits attribués à une personne n’ont de sens

que les uns en fonction des autres. Selon la seconde approche, l’impression globale est plus ou moins

positive selon que la somme des traits évalués indépendamment les uns des autres est plus ou moins

positive.



L’interaction entre les traits : être prudent ne veut pas toujours dire la même chose



SOLOMON ASCH ne croit pas que la formation d’une impression se limite à « prendre une photo »

plus ou moins nette des gens que nous rencontrons. Les expériences de Asch révèlent que la

formation d’une impression obéit à certains principes comme l’effet de centralité et l’effet de

primauté.



L’effet de centralité



Asch a observé que certains traits (les traits centraux) pèsent plus lourd que d’autres (les traits

périphériques) et influent sur l’image que les sujets ont de la personne décrite. C’est ce qu’on appelle

 l’effet de centralité . C’est donc l’effet de traits importants qui servent à organiser l’impression et

qui influent sur le sens retenu pour les autres traits décrivant une personne. Un trait central peut

devenir périphérique lorsqu’il est associé à une autre liste de traits. Cela veut dire que le contexte

relativise les traits.



L’effet de primauté



Asch s’est aussi demandé si les premiers traits énumérés dans une liste sont plus influents que les

suivants. Les résultats de ses expériences montrent que l’ordre de présentation avait un effet

considérable sur l’impression globale des sujets. Ainsi, les traits présentés en premier lieu ont plus

de poids dans la formation de l’impression générale. C’est ce qu’on appelle  l’effet de primauté .

Ça s’explique par le fait que l’individu doit associer les traits les uns aux autres pour arriver à se

former une impression, et l’impression se forme dès le premier trait. Lorsque le second trait est

présenté, l’individu l’interprète en fonction de sa première impression, et ainsi de suite jusqu’au

dernier trait.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 17

Le modèle de la moyenne : être prudent veut dire la même chose quel que soit le contexte



D’après Asch, un trait change de sens selon qu’il est associé à tel ou tel autre trait. NORMAN

ANDERSON n’est pas de cet avis. Selon ANDERSON, c’est la règle de la moyenne pondérée qui

permet le mieux de prédire une impression générale : l’impression générale est la somme des

produits de l’évaluation de chaque trait par son poids (l’importance que lui accorde la personne),

divisée par le nombre de traits.



Notons que l’importance que nous attribuons à chaque trait de personnalité dépend de nombreux

facteurs personnels, culturels et situationnels.



L’exactitude de l’impression

L’exactitude de nos jugements dépend, entre autres, de la possibilité de les vérifier. Plus celle-ci est

grande, plus les jugements sont exacts. Mais les comportements peuvent changer en fonction des

situations, ce qui rend d’autant plus difficile l’attribution de traits de personnalité.



Les différentes motivations orientant la perception d’autrui :



Pour faciliter les rapports sociaux dans les relations interpersonnelles lorsque celles-ci sont en train

de s‘établir, l’exactitude dans la perception de l’autre est peut être moins importante que le maintien

d’une interaction sociale plaisante, mais superficielle. En revanche, dans les relations à plus long

terme, la stratégie de perception de l’autre peut être davantage centrée sur la recherche

d’informations exactes. Ces dernières années, les chercheurs en psychologie sociale ont mis en

évidence des stratégies, fort utiles que nous employons dans la vie de tous les jours pour nous

former une idée sur les autres. C’est ce qui s’appelle  la cognition sociale .



La cognition sociale



Les biais courants : il est si facile de se tromper



La positivité



Le biais de positivité est la tendance générale à exprimer à propos des personnes des évaluations

positives plutôt que des évaluations négatives. Mais ce biais de positivité a de nombreuses

conséquences. Ainsi, les renseignements négatifs au sujet d’une personne heurtent nos attentes

habituelles envers autrui. Ils ont plus d’effets qu’une information positive et exigent un effort cognitif

plus grand de notre part.



La négligence de la ligne de base



Nous tombons souvent dans le piège de la négligence de la ligne de base , qui est une sous-

utilisation de l’information statistique se rapportant aux personnes et aux objets lors de jugements.

Ainsi, une personne qui a scrupuleusement consulté les magazines de consommation avant de

décider quelle voiture acheter peut changer d’avis sur le simple conseil de son beau-frère : celui-ci

s’est acheté un véhicule de cette marque et s’en est mordu les doigts.



KAHNEMAN et TVERSKY ont mis en lumière le biais entraîné par la négligence de la ligne de base par

une expérience (70% ingénieurs et 30% avocats, voir p. 84 dans le livre).









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 18

Les corrélations illusoires



L’habitude d’établir rapidement des liens entre la personnalité d’un individu et les traits de son

visage est fort répandue. Il s’agit de  corrélations illusoires : on perçoit une corrélation entre deux

variables (événements) alors qu’elle n’existe pas. Les corrélations illusoires se maintiennent

notamment parce que nous avons tendance à remarquer ce qui confirme notre idée première, mais

pas ce qui l’infirme.



La persistance des croyances



Peut-on conserver certaines croyances tout en ayant connaissance d’informations qui les remettent

en cause ? Evidemment oui. Une personne qui ne veut pas démordre d’une opinion peut ainsi

prétendre que ceux qui font circuler les démentis ne sont pas dignes de foi. Même si on lui donne des

preuves formelles qu’elle se trompe, il est possible qu’elle s’accroche à ses croyances erronées.

Pourquoi ? Parce qu’après avoir pris connaissance de leur résultat, les sujets se sont engagés dans un

processus de consolidation de cette information. Ils se sont convaincu qu’ils étaient bons (ce qu’on

leur avait dit pour les résultats d’un test alors que c’était faux, voir p.86) en rassemblant toutes les

croyances découlant de leurs souvenirs et de leurs réflexions.



Le raisonnement contrefactuel



La confirmation des croyances est un biais consistant à préserver la perception que l’on a de la

réalité, tout en niant ou en diminuant l’importance d’informations qui contredisent cette perception.

Dans notre réalité quotidienne, il arrive cependant aussi souvent que nous fassions exactement

l’inverse, c’est-à-dire que nous reconstruisions mentalement la réalité en essayant de prévoir des

actions différentes menant à des conséquences tout aussi différentes. Cette reconstruction s’appelle

 le raisonnement contrefactuel .



Comme la comparaison sociale, le raisonnement contrefactuel peut être ascendant ou descendant.

Et comme pour la comparaison sociale, le versant ascendant peut se révéler plus difficile à imaginer.



Le raisonnement contrefactuel peut aller jusqu’à créer un regret anticipé. Ainsi, WOLFSON et BRIGGS

ont constaté que des personnes habituées à toujours miser sur une certaine séquence de nombres à

la loterie ont généralement tendance à refuser d’essayer une autre séquence, car elles craignent que

leur séquence habituelle sorte gagnante, ce qui les condamnerait à regretter toute leur vie leur

décision.



Les biais, tels que l’erreur d’attribution fondamentale et le raisonnement contrefactuel, peuvent

mener à des distorsions de la réalité qui ne sont pas sans conséquences.



La combinaison inexacte des probabilités



Nous sommes d’autant plus sûrs qu’un scénario se concrétisera que nous sommes convaincus de la

forte probabilité des événements qui le composent. Il a toutefois été démontré que nous sommes

souvent mal équipés pour évaluer la probabilité d’un scénario.



Les moyens de réduire l’incertitude : nous ne sommes pas démunis, mais attention !



Nous tirons souvent des conclusions sur des personnes en nous fondant sur des informations

souvent lacunaires. Pour réduire cette incertitude, due à ces lacunes, nous disposons de moyens

utiles comme les schémas et les règles heuristiques qui nous rassurent quant à la pertinence de nos

décisions.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 19

Les schémas



Une façon de traiter rapidement et avec un minimum d’efforts les innombrables informations dont

nous sommes tous les jours submergés est d’associer de ces grandes quantités d’informations à des

structures cognitives déjà inscrites dans notre mémoire. Ces structures s’appellent des  schémas ,

structures cognitives qui permettent d’organiser l’information complexe se rapportant aux

personnes et aux situations. Les schémas orientent la perception de l’environnement, l’organisation

des informations en mémoire et les inférences.



Le rôle des schémas consiste à nous aider à définir, à transformer et à interpréter les informations en

fonction de ce que nous savons déjà.



Les schémas nous permettent ainsi de traiter l’information non verbale et d’aller au-delà des mots.

Aucune expression du visage n’est vraiment nouvelle pour nous : nous interprétons des visages

totalement inconnus, voire fabriqués de toutes pièces dans un cadre expérimental, en fonction des

schémas généraux formés au gré de nos interactions sociales et intégrés à notre mémoire à long

terme. Il en est de même dans la perception sociale en général : en l’absence d’informations

satisfaisantes, nous y suppléons à partir de nos schémas. Les schémas nous permettent d’aller au-

delà de l’information reçue. C’est le plus grand avantage mais aussi le plus grand risque associé au

fonctionnement par schémas. Les schémas possèdent à la fois une dimension culturelle et

personnelle, ce qui peut être une source de compréhension mutuelle ou de malentendus.



La théorie implicite de la personnalité est un type de schéma que les individus utilisent pour inférer

les traits de personnalité qui s’accordent généralement. Comme tout autre schéma, une théorie

implicite de la personnalité peut faire un mauvais sort aux informations qui entrent en contradiction

avec elle. Notamment, l’une des caractéristiques les plus résistantes des théories implicites de la

personnalité est leur tendance à nous faire croire que des traits sont fixes ou au contraire malléables.



Les individus qui ont tendance à voir les autres comme ayant des caractéristiques définies une fois

pour toutes sont décrites par les chercheurs comme  des partisans de l’entité , tandis que celles

qui conçoivent les êtres humains comme étant plutôt malléables sont dites  incrémentielles .



Les schémas eux-mêmes ne sont pas immuables. Si un jugement ne permet pas, par la suite, de

donner une explication des comportements satisfaisants sur le plan cognitif, le schéma pourra être

transformé ou abandonné et remplacé par un autre. Lorsqu’on se retrouve devant une nouvelle

donnée, on a donc le choix entre deux possibilités au moins :

- Peser soigneusement chaque information, selon une démarche rationnelle, voire mathématique,

afin d’aboutir à l’impression globale la plus juste.

- Faire appel à un schéma déjà inscrit dans la mémoire et qui nous permet d’intégrer et

d’interpréter rapidement la nouvelle information.



Les règles heuristiques



La règle heuristique est un processus cognitif qui permet de faire rapidement des estimations. Ainsi

nous nous satisferons d’une réponse approximative assez souvent.



Trois règles heuristiques que nous utilisons fréquemment :

- La disponibilité

La règle heuristique de la disponibilité consiste à juger de la probabilité ou de la fréquence d’un

événement en fonction de la facilité avec laquelle on peut se remémorer des exemples de cet

événement. Cette règle heuristique repose donc sur le rappel : plus on se souvient facilement d’un

événement ou d’un objet, plus on considère qu’il est fréquent.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 20

- La représentativité

Il nous arrive souvent de catégoriser les personnes qui nous entourent dans tel ou tel groupe dont les

caractéristiques semblent correspondre à ce que l’on sait d’elles. La règle heuristique de la

représentativité consiste donc à estimer la probabilité d’appartenance d’un objet à une classe

d’objets à partir de sa ressemblance avec un cas prototypique de cette classe.



- L’ancrage et l’ajustement

La règle heuristique de l’ancrage et de l’ajustement consiste à estimer une grandeur (fréquence,

probabilité, etc.) en se fondant sur une quantité connue relative à un événement donné, puis à

ajuster cette grandeur pour tenir compte des particularités d’un nouvel événement semblable. Par

exemple, pour connaître le nombre de spectateurs à un match de foot, on va se baser sur le nombre

de spectateurs qu’il y a eu à l’ancien match de foot.



En ce qui concerne notre perception des autres, le point d’ancrage que nous utilisons pour prédire la

conduite qu’ils adopteront est notre propre comportement.







Chapitre 4 : Les attitudes et changements d’attitudes

Quelques exemples :



En 1970, apparition de la pilule contraceptive, ensuite apparition du sida et apparition de

l’expression « safe sex ». Du coup, retour au premier moyen contraceptif, que la pilule avait plus ou

moins supplanté, le condom.

Le tabac : à cause de l’augmentation des prix, la réglementation de plus en plus stricte et les

avertissements sur la nocivité du tabac, on assiste à un recul important de la consommation du tabac

chez les Canadiens.



La nature des attitudes



Il y a souvent confusion entre attitude et comportement. Définition exacte d’ attitude : évaluation

générale, positive ou négative, d’une personne à l’égard d’un objet. Qu’est ce qu’un objet au sens

psychologique du terme ? Un objet est tout stimulus qui peut amener à une réaction chez les

individus. Un objet peut être concret, désigner des objets physiques, des gens ou des idées. Les plus

étudiés en psychologie sont les objets à propos des politiques sociales, les comportements ou styles

de comportement. On a forgé des termes particuliers pour décrire l’attitude que certains objets

suscitent (préjugés, estime de soi, attraction interpersonnelle). Les attitudes supposent une certaine

permanence.



Les caractéristiques de l’attitude



L’attitude est une  construction hypothétique : c’est-à-dire une réalité dont on déduit l’existence

mais qui n’est pas directement observable. Par exemple, on ne mesure pas directement l’affectation

que quelqu’un nous porte mais on peut la déduire de ses comportements et de ses paroles. Les

questionnaires permettent de rendre compte de deux caractéristiques des attitudes : leur direction

(ce qui désigne le caractère positif ou négatif d’une attitude à l’égard d’un objet) et leur intensité

(permet de prouver à quel point une attitude est extrême).

Les attitudes se distinguent aussi par leur force, leur degré d’enracinement. La force d’une attitude

est liée à plusieurs autres facteurs dont la certitude subjective et la centralité. La certitude

subjective, c’est la conviction relative pour un individu d’être dans le vrai. La force d’une attitude

repose sur sa centralité. Il faut savoir qu’une attitude n’est pas isolée. Certaines occupent une place

centrale d’où découlent d’autres attitudes plus périphériques.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 21

Les origines des attitudes



L’attitude est un phénomène social, le résultat d’un contact avec un objet.



Trois sources d’attitude : je pense, j’éprouve, je fais



Les croyances sont l’une des sources privilégiées de la formation d’une attitude. Les attitudes

reposent aussi sur  des affects , réponses émotionnelles qui constituent la dimension affective de

l’attitude. Nous sommes tous cérébraux et sensitifs mais HADDOCK et ZANNA font souligner une

tendance plus marquée chez certains individus. Les attitudes peuvent avoir aussi une origine

comportementale. Notre attitude peut provenir de la façon dont nous avons agi dans le passé.



Les fonctions des attitudes



Les attitudes contribuent à forger notre compréhension de la réalité sociale. La plupart du temps,

nous avons déjà des attitudes de base à l’égard des objets psychologiques fondamentaux. Ces

attitudes de base nous permettent de porter rapidement des jugements, même s’ils ne sont pas

rationnels, ni même judicieux. Les attitudes nous permettent aussi de nous adapter à la société en

apprenant les croyances, les affects qui sont valorisés et qui augmentent nos chances de réussite

sociale. Enfin, les attitudes servent à nous définir.



Rapport attitude-comportement : et si on avait tout faux ?

La question du lien entre attitude et comportement est importante car la psychologie sociale repose

en bonne partie sur l’idée que les attitudes peuvent être mesurées et que, par conséquent, le

comportement peut être prédit.



Force, accessibilité, spécificité : les facteurs qui renforcent le lien attitude-comportement



Les études de psychologie sociale ont mesuré le lien entre la force d’une attitude et le

comportement. Ce lien dépend de l’accessibilité des attitudes. L’accessibilité d’une attitude dépend

de sa force et de certaines conditions particulières la rendant plus saillante. Des études en

laboratoire confirment qu’une attitude facilement accessible a tendance à se transformer en

comportement. Pour vérifier dans quelle mesure une attitude permet de prédire un comportement,

on doit se demander si l’attitude et le comportement se trouvent à un niveau comparable dans le

système d’attitudes. On prédit mieux un comportement particulier en posant une question portant

précisément sur l’action en question, le contexte dans lequel l’action est produite dans le temps.



La théorie de l’action raisonnée



FISHBEIN et AZJEN présument qu’une personne ayant vraiment l’intention de se conduire d’une

certaine façon, dans une situation précise ou envers un objet donné, adoptera un comportement

conforme à cette intention, sauf en cas d’impossibilité matérielle ou physique. Mais qu’est-ce qui

détermine l’intention ? Selon le modèle de l’action raisonnée, l’intention est déterminée d’une part

par  l’attitude , d’autre part par  les normes subjectives . Les intentions d’un individu sont

influencées par ses attitudes et par les pressions exercées par son entourage et par l’importance qu’il

accorde à ces pressions : c’est la composante du modèle, qu’on appelle normes subjectives, ces

normes sont subjectives car l’individu fait reposer son comportement sur sa perception. Il peut y

avoir une impossibilité de se lancer dans l’action qui nous empêche de transformer une attitude en

comportement. Ce facteur a mené à la théorie du comportement planifié .

Les théories du changement d’attitude



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 22

Le changement d’attitude par le conditionnement répondant



Le conditionnement répondant concerne les réponses émotionnelles de notre organisme. Nous

développons des affects positifs à l’égard de stimuli d’abord neutres par simple association avec

d’autres stimuli déjà affectivement chargés.



Le changement d’attitude par le conditionnement opérant : combien me paies-tu pour mon

attitude ?



Les principes du conditionnement opérant sont dus à CARL HOVLAND. Il s’agit du processus par

lequel un comportement devient plus ou moins probable selon les conséquences qui y sont

associées. Si une attitude est acquise, c’est parce que l’environnement renforce son apprentissage.

Les études ont mené Hovland et ses collègues à diviser en trois étapes le traitement du message

susceptible de produire un changement d’attitude : l’attention, la compréhension, l’acceptation. Le

renforcement joue alors un rôle primordial : il incite l’individu à adhérer au message. A ces trois

étapes, McGUIRE en ajoute deux qui favoriseraient le passage de l’attitude au comportement : la

rétention (il faut que le message ait été retenu longtemps) et l’action.



Qui : la source



1. La crédibilité : peut-on faire confiance à la source ?



La crédibilité de la source détermine la confiance que l’on accorde au message. Deux facteurs liés à

cette variable ont été en particulier étudiés : l’expertise et l’intention de persuader. Nous prêtons

généralement aux experts un grand pouvoir de persuasion. Il suffit que les gens vous perçoivent

comme un expert. Par ailleurs, on accorde moins de crédibilité à une source lorsque l’intention de

persuader est apparente car les gens n’aiment pas sentir que l’on essaie de les forcer à changer

d’idée, car ils sentent que cela menace leur liberté. Pourquoi accorde-t-on d’avantage à une source

dont les arguments vont à l’encontre de nos intérêts ?

WOOD et EAGLY expliquent cette réaction en recourant aux  théories de l’attribution selon

lesquelles il est plus facile d’attribuer des motivations intrinsèques à une personne qui semble agir

d’une manière contraire à ce que l’on attendrait d’elle compte tenu de la situation.



2. L’attrait : on vote pour le beau



Une source attrayante exerce un plus grand pouvoir de persuasion.



3. La similarité : on est comme vous autres !



Il arrive souvent que le véritable facteur qui nous fasse changer d’attitude soit l’identification à un

personnage réel ou fictif qui nous ressemble. Les groupes d’entraide misent beaucoup sur

l’identification.



Quoi : le message



1. Convaincre ou émouvoir ?



Les deux stratégies sont très souvent associées dans un même message. Les recherches de

HOVLAND, LUMSDAINE et SHEFFIELD puis celles de CACIOPPO, PETTY et MORRIS concluent que le

choix de la stratégie dépend du public auquel on s’adresse. Une attitude principalement fondée sur

des cognitions sera vulnérable aux messages centrés sur des arguments tandis qu’une attitude

reposant essentiellement sur des affects sera plus facilement modifiée par de stimuli jouant sur les

émotions. Lorsqu’ils choisissent d’exploiter les émotions, les publicitaires recourent très souvent à la

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 23

peur. Il importe de doser le niveau d’angoisse. Une peur relativement intense a un grand pouvoir de

persuasion à condition que l’on propose à l’auditoire un moyen sûr et crédible d’éviter le danger.



2. Message unilatéral ou bilatéral : nommera-t-on l’adversaire ?



Le message unilatéral convient mieux pour les individus qui maîtrisent mal un sujet et qui sont peu

engagés sur le plan affectif. Ceux qui connaissent le message et se sentent concernés connaissent le

revers de la médaille. Tout individu qui se laisse convaincre par un message unilatéral sera également

sensible au message contraire. Les publicitaires doivent dès lors désamorcer les publicités de leurs

adversaires en mentionnant dans leurs publicités des éléments défavorables au produit concurrent.

On parle  d’inoculation d’attitude .



3. Répétition du message : n’est efficace que ce qui est bon



WILSON et MILLER ont remarqué qu’un message a plus de chance d’entraîner un changement

d’attitude s’il est répété et que ce changement sera plus durable. Cependant, des recherches

ultérieures ont démontré que cette stratégie a ses limites. Premièrement, au-delà d’un certain

nombre de répétitions, le message ne suscite plus que l’ennui, voir le rejet chez l’auditoire.

Deuxièmement, la répétition du message donne aux auditeurs la chance de réfléchir sur les

arguments avancés. Si ceux-ci manquent de substance, leurs faiblesses n’en deviendront que plus

évidentes.



A qui : l’auditoire



1. A auditoire intelligent, message intelligent et demi



Il faut tenir compte des capacités supérieures des destinataires et adapter le message en fonction

d’eux. EAGLY et WARREN démontrent aussi qu’un message complexe, que seuls des gens ayant des

connaissances supérieures à la moyenne peuvent décoder, produit un effet considérable sur un

public instruit. Selon McGUIRE, les individus ayant un niveau intellectuel moindre seront plus

facilement conquis par un message simple et facile à comprendre.



2. Public distrait, public conquis ?



Si nous sommes au départ favorable à la position défendue dans le message, notre distraction

réduira son impact sur nous, car une écoute attentive nous porterait à formuler des arguments

supplémentaires. En revanche, lorsque nous n’adhérons pas au message véhiculé, une certaine

distraction augmente sont effet sur nous, alors nous sommes moins portés à chercher des contre-

arguments.



Comment : le canal



Il s’agit du moyen qu’on utilisera pour que le message atteigne sa cible. La propagande politique

comme la publicité mise largement sur le pouvoir des médias pour diffuser les messages.



1. Des effets plus limités que l’on ne pense



Plusieurs auteurs doutent du pouvoir réel des médias. C’est le plus souvent d’une oreille distraite que

l’on écoute les messages et les informations qu’ils diffusent. Mais la distraction n’en diminue pas

moins la portée du message que contient le discours. De plus, même lorsque nous prêtons une

oreille attentive à ce qui est dit, il n’est pas certain que nous saisissons l’essentiel. D’après une étude

de CHAIKEN et EAGLY, seulement 30 à 40% de l’information des messages télévisés est comprise.

Selon OSKAMP, les informations télévisées seraient si peu comprises qu’il faudrait les considérer

comme des communications divertissantes plutôt qu’informatives. Selon GREENWALD, ce qui nous

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 24

convainc le plus dans un message, ce ne sont pas tant les arguments eux-mêmes que la réflexion qu’il

provoque chez nous. C’est sans doute pourquoi les messages complexes sont plus persuasifs

lorsqu’ils sont véhiculés par les médias écrits, qui stimulent davantage le travail de réflexion du

récepteur, que par les médias électroniques.



2. Une influence indirecte mais réelle



L’agenda-sitting : place que l’on donne à un événement dans les médias. Plus les médias accordent

de la place à un événement, plus le public considère qu’il est important. Si l’agenda-sitting souligne

l’aspect quantitatif, l’aspect qualitatif n’est pas moins important. La façon dont les médias

présentent les événements, c’est-à-dire leur enrobage, peut également orienter la perception du

public. IYENGAR observe qu’une présentation anecdotique, et non thématique des événements

suscite chez le public des attributions internes à l’endroit des acteurs de ces événements.



L’approche cognitive du changement d’attitude : le modèle de vraisemblance

de l’élaboration cognitive

Selon CACIOPPO et PETTY, la clé du changement d’attitude n’est pas dans l’environnement, mais

dans la tête des gens. Ils proposent à cet effet  le modèle de la vraisemblance d’élaboration

cognitive . Ce modèle postule que l’être humain n’accorde pas le même traitement aux informations

selon qu’elles passent par la voie centrale ou périphérique. La voie centrale fait appel à des

processus cognitifs complexes. Lorsque les messages passent par cette voie, la persuasion se réalise

grâce au pouvoir qu’elle a de faire réfléchir l’auditeur et de le faire aller de lui-même là où on le

désire. L’auditeur prêtera ainsi une intention particulière aux arguments eux-mêmes.

La voie périphérique est plus sensible à un éventail d’éléments qui accompagnent les arguments du

message sans en constituer la substance. L’essentiel des efforts pour convaincre ne porte donc pas

sur les arguments eux-mêmes mais sur leur enrobage. Quand employer une voie plutôt qu’une

autre ? Dans la mise en œuvre d’une voie centrale, l’auditeur doit être motivé à réfléchir sur le

contenu du message et en avoir la capacité. Lorsque la personne est peu engagée, on l’atteindra plus

facilement par la voie périphérique. La pression du temps favorise la voie périphérique. Dans notre

vie quotidienne, nous utilisons sans le savoir les deux voies de persuasion. Les deux voies de la

persuasion ont-elles un effet équivalent sur l’attitude ? La voie centrale présente un avantage

important : elle mène à un changement d’attitude plus durable. Cependant elle rencontre deux

difficultés : rien assure que les gens se mettent à réfléchir parce qu’on le leur demande. De plus,

même si on convainc un individu de réfléchir, rien ne garantit que sa réflexion, ira dans le sens

souhaité. Les messages qui empruntent la voie périphérique n’ont souvent que des effets ponctuels,

ce qui oblige à reprendre périodiquement l’entreprise de persuasion.



Les théories de la consistance cognitive : la paix en soi



FRITZ HEIDER a proposé le postulat de  la consistance cognitive , c’est-à-dire le besoin présumé de

l’être humain de garder une cohérence interne. Que faire lorsqu’on ne partage pas le même avis

qu’une personne qui nous est chère, ou l’inverse, que faire lorsqu’on est du même avis qu’une

personne que l’on n’apprécie guère ?

Le modèle de Heider analyse ce genre de situation à l’aide de trois composantes : la personne elle-

même (P), la personne avec qui a lieu l’interaction (A) et un objet psychologique (X) qui les concerne

toutes deux. On appelle « triade » l’unité formée par ces trois éléments. Pour qu’il y ait consistance

cognitive, il faut que la triade soit équilibrée, c’est-à-dire que le résultat de la multiplication des

signes relatifs aux attitudes de P et de A soit positif (voir figure 4.6).



La théorie de la dissonance cognitive





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 25

Selon LEON FESTINGER, deux éléments cognitifs sont dissonants lorsque l’affirmation de l’un

entraîne la négation de l’autre (Ex : qui malgré sa position ferme contre la malbouffe, n’a jamais

mangé un hamburger et des frites bien grasses ?). Selon Festinger, un individu conscient d’entretenir

deux éléments cognitifs dissonants ressent un état de tension désagréable. La dissonance cognitive

peut résulter de plusieurs circonstances : l’exposition à l’information, la justification excessive et la

prise de décision.



L’exposition à l’information : quand on préfère ne pas savoir



ABELSON affirme que, lorsque nous ne voulons pas changer nos attitudes ni notre comportement ou

encore lorsque nous en sommes incapables, il nous arrive de réinterpréter la réalité de façon à ne

plus être conscients de la dissonance cognitive (Ex : le fameux « bof, mourir de ça ou autre chose ! »

que lancent les fumeurs relève de cette catégorie). Selon BEAUVOIS et JOULE, la théorie de la

dissonance cognitive est plus une théorie de la rationalisation plutôt qu’une théorie du changement

d’attitude. (p. 129 Encadré sur la dissonance vicariante)



Justification insuffisante : quand on n’a plus d’excuse



Qu’arrive-t-il quand notre comportement ne peut être justifié par les circonstances externes ? Quand

la cause d’un comportement ne relève pas de facteurs externes, l’individu la cherche en lui-même. Il

peut donc se retrouver dans une situation contradictoire. Ce phénomène est connu sous le nom de

« justification insuffisante ». Ainsi, lorsqu’on a demandé à des sujets d’accomplir une tâche

particulièrement ennuyeuse : expliquer un travail à d’autres sujets en le décrivant comme fort

intéressant, ceux qui n’avaient reçu qu’un dollar, on décrit le travail comme plus intéressant que

ceux qui avaient touché 20 dollars. Ceux, qui moyennant la somme de 1 dollar, on du faire croire

qu’une tâche ennuyeuse était intéressante ne pouvaient pas trouver dans la situation une

justification suffisante : la somme d’argent ne valait pas la peine de faire des efforts. Ils auraient donc

dû conclure que s’ils mentaient, c’était parce qu’ils le voulaient. Pour réduire la dissonance, ils on

préféré se convaincre qu’ils ne mentaient pas et que la tâche qu’ils avaient effectuée était vraiment

intéressante.



La dissonance postdécisionnelle : quand on ne peut pas s’être trompé



La dissonance postdécisionnelle se produit, selon Festinger, lorsque nous avons pris une décision

après avoir longtemps hésité entre deux possibilités comportant chacune des avantages et des

inconvénients. Nous sommes dès lors conscients d’avoir rejeté une solution en partie positive, donc

de perdre quelque chose. Une fois la décision prise, les sujets ont tendance à valoriser l’objet choisi

et à dévaloriser l’objet rejeté. L’être humain a tendance à valoriser ses décisions après coup.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 26

Chapitre 5 : stéréotypes, préjugés et discrimination

Définitions et illustrations



Les stéréotypes : « Les Anglais sont froids, les Français sont bavards… »



La représentation que nous avons des membres des autres groupes est formée de nos croyances à

leur égard. Un stéréotype est une croyance partagée portant sur des caractéristiques de personnes

appartenant à un groupe. Les premières mesures des stéréotypes ont été effectuées par KATZ et

BRALY. Pour qu’il y ait stéréotype, il faut qu’un groupe se distingue des autres par la présence plus ou

moins fréquente d’une caractéristique.



Bien des gens ont par ailleurs des stéréotypes se rapportant à leur propre groupe. On parle alors 

d’autostéréotypes .



VORAUER et ses collègues ont introduit le concept de métastéréotype . C’est une croyance d’une

personne à l’égard des stéréotypes que les membres des autres groupes ont à propos du groupe de

cette personne. D’après une étude, les métastéréotypes d’une personne semblent avoir une

influence plus grande sur les émotions négatives qu’elle s’attend à éprouver dans une interaction

avec un membre d’un autre groupe que les stéréotypes qu’elle a à l’égard de ce groupe. D’où

l’intérêt de prendre en considération les métastéréotypes.



Les préjugés : « Je déteste les Anglais et les Français »



Si les stéréotypes contribuent à notre connaissance de l’autre et relèvent de la dimension cognitive

de l’esprit humain, les préjugés relèvent pour leur part de la dimension affective : ils renvoient à

notre évaluation des autres. Les préjugés sont des attitudes. Un préjugé est donc une attitude,

habituellement négative, à l’égard des membres d’un groupe. Comme toute attitude, un préjugé

peut résulter de nos croyances évaluatives, y compris de nos stéréotypes à l’égard de l’autre groupe.



COTTRELL et NEUBERG remettent en question la définition traditionnelle du préjugé en tant

qu’attitude générale à l’égard d’un groupe. Selon eux, le préjugé est plus complexe : il est fait de

multiples émotions, toutes négatives - colère, dégoût, peur et anxiété, pitié, envie -, que les gens

éprouvent différemment selon les groupes. La nature de ces émotions dépendrait du type de

menace représenté par le groupe en question.



La discrimination : « Si un Anglais ou un Français s’installe ici, je déménage ! »



Ce que nous pensons des autres et l’état affectif qu’ils déclenchent en nous, orientent souvent notre

comportement à leur égard. Il en va de même qu’il s’agisse de stéréotypes ou de préjugés. Ainsi, une

personne convaincue que les Haïtiens sont moins intelligents que la moyenne ne s’empressera pas

de leur confier des tâches comportant de lourdes responsabilités. Il exerce ici une discrimination à

leur égard. Une discrimination est un comportement négatif à l’égard des membres d’un groupe.



La discrimination peut se présenter sous diverses formes, mais il s’agit toujours d’un comportement

injuste à l’égard d’un individu en raison de son appartenance à un groupe.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 27

Le racisme : « Y a-t-il plus paresseux qu’un Noir ? »



Le racisme est un préjugé défavorable et une discrimination à l’égard de personnes à cause de la

couleur de leur peau ou de leur appartenance ethnique.



Le racisme traditionnel



Le racisme traditionnel est un racisme flagrant qui s’exprime, par exemple, par la ségrégation

fondée sur la couleur de la peau dabs les restaurants. Ainsi, le racisme traditionnel ne se manifeste

pas toujours par le désir d’exterminer l’autre ethnie. Il peut se traduire par des comportements

visant à maintenir une certaine distance sociale par rapport à « l’étranger ».



Le racisme moderne



Un individu peut ne pas exprimer ses attitudes négatives à l’égard des membres d’un autre groupe

pour de nombreuses raisons : le respect des lois de son pays, la pression sociale, etc. Pour ces

raisons, le racisme traditionnel a fait place chez certaines personnes au racisme moderne. Le

racisme moderne est un racisme subtil qui s’exprime indirectement et se fonde sur des raisons

socialement acceptables. Ce racisme peut prendre diverses formes. Ainsi la combinaison de valeurs

morales traditionnelles d’un individu et de l’affect négatif que déclenchent en lui les Noirs peut

entraîner un racisme symbolique.



Le racisme symbolique s’exprime, par exemple, dans les dénonciations des mesures de

discrimination positive (comportement plus favorable à l’égard des membres d’autres groupes qu’à

l’égard des membres de son propre groupe). Ainsi, face à deux candidats ayant les mêmes

compétences, on devra choisir la personne appartenant à une minorité raciale.



Il existe une troisième forme de racisme que les chercheurs appellent racisme d’aversion . C’est un

racisme qui s’exprime par un appui aux mesures d’égalité pour les Noirs, mais qui s’accompagne de

sentiments négatifs à leur égard. On le rencontre chez les gens qui sont prêts à soutenir les mesures

d’égalité raciale, mais qui éprouvent malgré tout des sentiments négatifs à l’égard des Noirs.



Le sexisme : « Je ne suis pas grand-chose mais, au moins, je ne suis pas une femme ! »



Le sexisme se manifeste par des préjugés et des comportements discriminatoires fondés sur le sexe

d’une personne. Comme dans le cas du racisme, on ne doit pas nier les progrès faits en matière de

sexisme. Il convient toutefois d’éviter de tomber dans l’autosatisfaction.



Lorsqu’on compare les stéréotypes à l’égard des femmes et des hommes, on remarque que dans

l’ensemble, les traits masculins sont plus valorisés que les traits féminins.



Certaines personnes se décrivent elles-mêmes en utilisant des stéréotypes sexistes : selon qu’elles

s’attribuent des caractéristiques typiquement masculines ou féminines, on dit qu’elles ont une

orientation masculine ou féminine. D’autres personnes se décrivent comme possédant à la fois des

traits masculins et des traits féminins : on dit qu’elles ont une  orientation androgyne. D’autres

encore ne se décrivent pas en recourant à des caractéristiques masculines ou féminines : on dit

qu’elles ont  une orientation indifférenciée.



KLONOFF et LANDRINE soutiennent qu’il est utile de faire des distinctions entre le dénigrement

sexiste, le sexisme dans les relations interpersonnelles distantes, le sexisme dans les relations

interpersonnelles avec les proches et le sexisme dans le milieu du travail.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 28

Le dénigrement sexiste consiste à utiliser des termes sexistes lorsqu’on fait référence à une femme,

à répondre des blagues sexistes ou à faire des avances sexuelles inappropriées.

La discrimination sexiste dans les relations interpersonnelles distantes est aussi très répandue :

nombre de femmes sont ainsi traitées injustement par des garagistes, médecins, professeurs, etc.



On distingue trois types de sexisme :

- Le sexisme hostile qui se manifeste par une animosité à l’égard des femmes, qui sont perçues

comme usurpant le pouvoir des hommes.

- Le sexisme bienveillant qui s’exprime par un comportement favorable et protecteur à l’égard

des femmes, à condition qu’elles adoptent des rôles traditionnels.

- Le sexisme ambivalent qui se compose des deux formes de sexisme précédentes (hostile et

bienveillant).



Récemment, certains chercheurs ont établi un lien entre le racisme moderne et le sexisme moderne.

Le sexisme moderne est un déni de la discrimination à l’égard des femmes dans la société. Il

s’oppose au sexisme traditionnel qui est un sexisme dans lequel on endosse les croyances

traditionnelles relatives aux femmes.



Les causes des préjugés

L’origine des préjugés est une question complexe qu’on peut étudier sur plusieurs plans d’analyse :

historique, sociologique, psychosocial et psychologique.



L’histoire : origine et évolution des relations entre les groupes



Selon la sociologie d’inspiration marxiste, les relations de domination entre groupes sociaux sont à

l’origine des préjugés. La situation classique est la suivante : un groupe en soumet un autre, puis il

justifie sa domination par l’incapacité de l’autre à se gérer lui-même. On trouve aux membres du

groupe dominé des défaits incorrigibles – ils sont paresseux, stupides, incultes – et on en arrive à se

convaincre qu’on leur a fait une faveur en les soumettant. Des facteurs historiques peuvent donc

être à l’origine de préjugés.



Le contexte socioculturel : les changements qui engendrent des préjugés



MUZAFER SHERIF a réalisé une expérience pour savoir si les stéréotypes et préjugés sont inévitables

lorsqu’on vit côte à côte.

Il sépara les enfants d’un camp de vacances en deux groupes distincts. En proposant de faire une

sorte de compétition ou les gagnants recevant des prix et les perdants ne recevant rien, il pu

observer une très rapide identification au groupe, accompagné du rejet de l’autre groupe. A mesure

de la compétition, le rejet de transformait en conflit ouvert, et les enfants ne manquaient pas une

occasion de se battre.



Il en a conclu que les préjugés ont pour origines des raisons objectives : le partage d’un territoire et

de ressources. Selon la théorie du conflit de groupe réaliste, la lutte entre les groupes pour occuper

un territoire et obtenir de la nourriture et des ressources matérielles serait à l’origine des préjugés.

La théorie du conflit de groupe réaliste est une théorie selon laquelle l’antagonisme entre les

groupes repose sur des conflits d’intérêts réels et produit de la frustration.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 29

La pression sociale : lorsque la socialisation et l’influence sociale expliquent les préjugés



La socialisation



Les préjugés étant des attitudes, ils sont donc acquis. Nous ne naissons pas avec un bagage de

préjugés ne demandant qu’à s’exprimer le moment venu. Les préjugés peuvent être acquis par

l’expérience directe, mais ils sont souvent transmis d’une personne à une autre, notamment au cours

de la socialisation de l’enfant.



Selon la théorie de l’apprentissage social, les préjugés seraient appris par le biais des modèles

présentés aux enfants et aux adolescents au cours de leur socialisation.



On a constaté que l’apprentissage des préjugés se fait à un très jeune âge. Ainsi, les enfants blancs

acquièrent leurs préjugés à l’égard des autres groupes raciaux entre trois et cinq ans. Ces préjugés se

renforcent entre le moment où ils sont acquis et à l’âge de sept ans. Chez certains enfants, ils se

maintiennent ensuite jusqu’à l’adolescence, alors que chez d’autres, ils diminuent.



L’expérience des enfants en bas âge est cruciale parce qu’il y a souvent cristallisation au début de

l’adolescence et que les préjugés sont par conséquent plus difficiles à éradiquer à l’âge adulte.



Les médias jouent un rôle notable dans la socialisation. En effet, l’image qu’ils présentent de la

réalité vient souvent renforcer les stéréotypes qui ont cours dans la société.



Quant aux stéréotypes sexistes, ils sont acquis encore plus tôt dans l’enfance. Non seulement les

parents se comportent très différemment avec un enfant selon que c’est un garçon ou une fille, mais

les livres, émissions de télévisions, etc. véhiculent les stéréotypes traditionnels.



L’influence sociale



L’influence sociale peut amener les gens à commettre des actes ou à prononcer des paroles dont ils

ne se seraient jamais crus capables.



Il en va de même des préjugés. Ils peuvent se généraliser dans une société au point qu’il devient

délicat de faire entendre une voix discordante.



La personnalité : certains sont moins bien armés pour résister à l’appel des préjugés



Des chercheurs se sont demandé s’il existe un type de personnalité qui offrirait un terrain

particulièrement fertile au développement des préjugés.

ADORNO et ses collègues ont établi le profil d’un type de personnalité caractérisée par la soumission

à l’autorité, la peur du changement, l’ethnocentrisme et la rigidité intellectuelle, la personnalité

autoritaire . C’est une personnalité caractérisée par la rigidité, la soumission à l’autorité et des

préjugés à l’égard de ceux qui sont différents. Ces personnes, ayant peur du changement, sont

rassuré par un pouvoir fort qui leur offre la meilleure garantie contre les changements imprévus.



L’ethnocentrisme est l’état d’esprit des personnes qui croient que leur groupe ethnique est le

meilleur et qui entretiennent une attitude systématiquement négative à l’égard des autres groupes.

On ne s’étonnera pas de le retrouver dans la personnalité autoritaire : la peur du changement

coïncide généralement avec la peur de l’inconnu, et quoi de plus inconnu qu’un étranger ?



Les traits caractéristiques de la personnalité autoritaire se conjuguent et amènent ces individus à

acquérir des préjugés non seulement à l’égard des autres groupes, mais aussi de tous ceux qui, à





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 30

leurs yeux, représentent une menace pour l’ordre établi : les homosexuels, les chômeurs, les

féministes, etc.



ALTEMEYER a mesuré ce qu’il appelle l’autoritarisme de droite. Les individus qui ont une cote élevée

sur cette échelle se perçoivent comme moralement supérieurs. Ils préconisent des solutions

rigoureuses pour réduire la criminalité et la perversion des mœurs.



Par ailleurs, on sait que la frustration peut donner lieu à l’agression. Mais il est souvent dangereux,

voire impossible, d’agresser la personne qui cause la frustration. Il arrive que l’agression se déplace

vers un autre objet, et ce, d’autant plus facilement que la cible ne peut pas se défendre

adéquatement.



La perception : l’apparence peut être trompeuse



La catégorisation



La catégorisation est un processus par lequel on perçoit les personnes comme appartenant à des

groupes ou à des catégories plutôt qu’en tant qu’individus.



Si nous ne pouvions pas créer des catégories permettant de regrouper et de reconnaître les objets,

les personnes et les situations, le monde nous apparaîtrait comme un casse-tête qu’il faudrait refaire

tous les jours. Les catégories nous simplifient donc la vie. Néanmoins, la catégorisation peut conduire

à une simplification dont les conséquences peuvent être désastreuses pour ceux qui en sont victimes.

Une simplification trop poussée peut être à l’origine de stéréotypes et de préjugés.



Que se passe-t-il lorsqu’un individu se rend compte qu’une personne ne manifeste pas le

comportement attendu d’elle selon les stéréotypes associés à la catégorie dont elle fait partie ?

WEBER et CROCKER distinguent trois possibilités :

- Le stéréotype attribué à cette catégorie de personnes change à mesure que l’individu rencontre

des cas qui infirment le stéréotype.

- Le stéréotype change d’une façon soudaine et radicale.

- L’individu crée une sous-catégorie pour tenir compote de l’information nouvelle.



Le favoritisme à l’égard de l’endogroupe



L’endogroupe est un groupe social qu’un individu perçoit comme étant celui auquel il appartient.



L’exogroupe est tout autre groupe que celui auquel un individu perçoit qu’il appartient.



Le biais de l’endogroupe est une tendance à avoir une meilleure opinion à l’égard de son

endogroupe qu’à l’égard des exogroupes.



Pourquoi avons-nous tendance à trouver que notre groupe est meilleur que les autres ? Selon la

théorie de l’identité sociale (TAFEL et TURNER), notre besoin d’être fiers de nos réalisations (l’estime

de soi) peut être satisfait non seulement par nos propres réussites, mais aussi à trouver les succès

remportés par une catégorie sociale) à laquelle nous nous identifions. L’identification au groupe

permet aussi de maintenir l’estime de soi à un niveau acceptable.



Cependant, le pas peut être vite franchi entre l’affirmation nationale et la xénophobie, ou entre la

fierté d’être un homme et la misogynie (haine ou mépris des femmes). La valorisation du groupe

auquel on appartient peut se traduire par la dévalorisation des autres groupes.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 31

Le biais de l’homogénéité de l’exogroupe



La catégorisation a pour effet de simplifier la réalité. Une manifestation tangible de cette

simplification est le biais de l’homogénéité de l’exogroupe, autrement dit la perception selon laquelle

la variabilité entre les membres d’un exogroupe est moins grande qu’entre les membres de

l’endogroupe.



Les corrélations illusoires



La corrélation illusoire est une association apparente, mais dénuée de fondement, entre deux

phénomènes



Le fait d’associer des traits négatifs peu fréquents et, par conséquent, saillants à des individus

appartenant à un groupe minoritaire, c’est-à-dire saillants eux aussi, est susceptible de rendre ces

traits plus accessibles à la mémoire et de faire percevoir un lien plus fort qu’il n’existe en réalité

(Tableau p. 161).



Les prophéties qui s‘autoréalisent



Le problème avec les préjugés, c’est qu’ils sont difficiles à infirmer, mais qu’ils créent souvent aussi

leur propre réalité : on parle alors de  prophéties qui s’autoréalisent .



TAYLOR, PEPLEAU et SEARS identifient 5 étapes dans l’autoréalisation de la prophétie :

- La personne A acquiert un préjugé à propos de la personne B.

- La personne A agit en fonction de ce préjugé.

- La personne B modifie son comportement en fonction de celui de la personne A.

- La personne A voit son préjugé confirmé par le comportement de la personne B.

- La personne B en vient à accepter les préjugés de la personne A comme une description objective

de la réalité.



Le stimulus : et si l’objet du préjugé méritait se réputation ?



Une explication des préjugés est que les membres des groupes qui font l’objet de préjugés méritent

leur réputation souvent peu enviable. Autrement dit, ces groupes possèdent bien les défauts (ou les

qualités) qu’on leur attribue.



La réduction des préjugés



Le contact entre les groupes : est-il suffisant pour réduire les préjugés ?



L’effet du contact sur la réduction des préjugés doit être évolué sur une période relativement longue.



Quelles raisons les gens donnent-ils pour expliquer qu’ils évitent les contacts intergroupes et, selon

eux, quelles raisons les personnes des exogroupes ont-elles d’éviter ces contacts ?



SHELTON et RICHESON ont observé que généralement, les groupes souhaitaient avoir davantage de

contacts entre eux, mais croyaient que l’exogroupe ne recherchait pas de tels contacts. Les individus

expliquent leur inaction par la peur d’être rejetés, mais ils attribuent l’inaction des autres à leur

manque d’intérêt.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 32

L’approche sociocognitive : remplacer la mauvaise perception par une meilleure perception



Selon l’approche sociocognitive, les préjugés découlent d’un dérapage des processus cognitifs

normaux. On peut donc réduire les préjugés en agissant directement sur les processus cognitifs.



Comme on l’a vu, la catégorisation aboutit à la distinction entre « nous » et « eux », qui est souvent à

la source de l’attribution de stéréotypes, de la formation de préjugés et de la discrimination. Serait-il

possible de contrer les effets de la catégorisation ? Quatre interventions ont été proposées dans ce

but :

- La recatégorisation : processus par lequel une personne en vient à percevoir deux catégories

sociales comme n’en formant qu’une seule.

- L’individuation : processus par lequel on met l’accent sur les différences entre les individus

plutôt que sur les différences entre les groupes.

- La catégorisation croisée : processus par lequel une personne prend conscience qu’elle

appartient à deux catégories sociales.

- La catégorisation multiple : processus par lequel une personne prend conscience qu’elle

appartient à plus de deux catégories sociales.



La catégorisation entraîne les stéréotypes et les préjugés. On pourrait donc essayer de réduire la

discrimination en contrant les stéréotypes. Mais ce n’est pas si simple, les stéréotypes, souvent

appris depuis longtemps, peuvent refaire surface malgré toute la bonne volonté de la personne.







Chapitre 6 : L’influence sociale

Qu‘est ce que l’influence sociale ?



L’influence sociale se définit comme la modification du comportement ou des croyances d’un

individu sous l’effet d’une pression réelle ou imaginaire, volontaire ou involontaire, exercée par une

personne ou un groupe de personnes.



Elle se différencie donc de l’uniformité de comportement qui désigne une conduite que les

individus adoptent indépendamment les uns des autres en réponse à un même stimulus.



Les réactions à la pression d’autrui



La recherche en psychologie a permis d’identifier cinq types de réactions : la soumission,

l’identification, l’intériorisation, l’indépendance et l’anticonformisme.



Les trois premières réactions sont généralement présentées comme les catégories de Kelman. Selon

lui, toutes les manifestations de l’influence sociale ne relèvent pas d’un même processus. Il arrive

que nous soyons en désaccord avec les autres, mais que nous agissions comme eux pour éviter la

désapprobation. Parfois, notre attirance pour les autres nous fait oublier notre sens critique. Parfois

encore, nous agissons comme les autres parce qu’ils parviennent à nous convaincre du bien-fondé de

leur conduite.



La soumission est une modification du comportement sous l’influence d’autrui qui ne s’accompagne

pas d’un changement de croyance.



L’intériorisation est un changement de croyance à long terme, fondé sur une réorganisation

cognitive.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 33

L’identification est l’adoption du comportement ou des croyances d’un groupe ou d’une personne

parce qu’on s’identifie à ce groupe ou à cette personne. L’identification suppose donc un degré

d’influence plus important que la soumission et l’intériorisation.



Etre dans le vrai, être aimé : la dépendance informationnelle et la dépendance normative



De très nombreuses études ont été menées en psychologie sociale pour expliquer l’intériorisation et

la soumission. DEUSTCH et GERRARD ont identifié deux processus considérés comme les processus

fondamentaux de l’influence : être aimé et être dans le vrai.



Pour survivre en société, il est nécessaire d’avoir une compréhension adéquate de la réalité. Nous

nous fions donc souvent aux avis ou à l’exemple d’autrui pour comprendre le monde qui nous

entoure. C’est ce qu’on appelle  la dépendance informationnelle . Cette forme de dépendance est

particulièrement forte dans l’intériorisation et l’identification. Par ailleurs, la survie en société

suppose aussi la capacité de se faire accepter par les autres. C’est ce qu’on appelle  la

dépendance normative . La soumission repose en particulier sur ce besoin.



Les formes d’influence sociale



L’influence sociale peut prendre plusieurs formes. Ces différentes formes sont :

- Normalisation : les membres d’un groupe s’influencent mutuellement.

- Conformisme : une majorité influence une minorité.

- Acquiescement : une personne répond positivement à une demande explicite d’autrui.

- Obéissance : une personne accepte de se comporter conformément aux demandes d’une

autorité.

- Innovation : une minorité influence une majorité.



La normalisation : une seule paire d’yeux pour tous



La norme est une règle dictée par la société et reflétant des standards d’approbation ou de

désapprobation sociale. Pour qu’une norme soit établie, il faut qu’un groupe de personnes

s’entendent sur une certaines vision de la réalité. Notre propre culture, ou encore notre expérience

personnelle, nous sert donc de cadre de référence pour évaluer la réalité.



SHERIF s’est demandé ce qui se passerait si l’on plaçait un groupe de personnes dans une situation

où elles ne disposeraient d’aucun cadre de référence pour orienter leur conduite. Pour vérifier

expérimentalement ses hypothèses, il a eu recours au mouvement autocinétique. Il s’agit d’une

illusion perceptive qui survient lorsqu’une personne plongée dans l’obscurité totale perd ses points

de références habituels ; si on lui demande de fixer un point lumineux, elle a l’impression que ce

point est en mouvement, alors qu’il reste fixe. SHERIF a placé dans ces conditions des individus seuls.

Le point lumineux était visible pendant quelques instants, puis il disparaissait. Lorsqu’il

réapparaissait, le sujet devait dire de combien de centimètres il s’était déplacé. Cette expérience lui a

permis d’observer qu’en l’absence de cadre de référence externe, les sujets s’en construisent un. Il a

répété cette expérience mais cette fois ci, les sujets étaient répartis par groupes et constaté qu’une

norme collective se créait.



On parle de normalisation lorsque des estimations individuelles convergent vers une estimation

commune. Lorsque la réalité est mal définie, un consensus tacite se crée dans le groupe sur la façon

appropriée de la juger.



L’expérience de SHERIF a mis en lumière le phénomène par lequel les individus s’entendent

spontanément sur une interprétation « correcte » de la réalité.

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 34

La norme a une double valeur : une valeur descriptive (elle informe l’individu sur ce que les autres

font) et une valeur prescriptive (elle indique le comportement approprié).



Mais comment peut-on en arriver là ?



La réalité sociale n’est pas non plus définie une fois pour toutes. La perception que nous avons varie

selon les époques, les cultures et les situations.



La foule et la rumeur : quand les normes sont suspendues



Selon une approche évolutive, ce besoin de définir la réalité correspondrait à une nécessité

biologique. Les sujets soumis aux expériences de SHERIF sont dans la même situation que tout

groupe d’individus devant s’entendre rapidement sur une définition commune de la réalité. La

capacité de s’entendre rapidement sur le caractère urgent ou non d’une situation et de l’action à

mener est un facteur important de survie. Déterminer rapidement un point d’ancrage est alors un

facteur de survie.



Il existe cependant des situations où les normes sont soit suspendues, soit à inventer, notamment les

situations de foule. Selon la théorie de la norme émergente (TURNER et KILLIAN), les normes

habituelles qui régissent une collectivité ne fonctionnent pas toujours dans une foule, et elles

doivent donc être réinventées.



En l’absence de repères fiables, la rumeur se répand de bouche à oreille et prend le relais des canaux

de communication officiels, ce qui crée de nouvelles appréhensions qui redessinent le monde social

tout en nourrissant souvent l’anxiété. Dans une situation d’incertitude, la rumeur se substitue à

l’information officielle ou lui fait concurrence. Elle apparaît comme « une façon de réduire l’anxiété

et l’incertitude par un processus de fabrication de sens social ».



Le conformisme : « que les plus nombreux l’emportent »



Le conformisme est un changement de comportement ou de croyance résultant de la pression

réelle ou imaginée d’une majorité à l’endroit d’un individu ou d’une minorité d’individus.



SOLOMON ASCH : un être rationnel ne saurait bêler avec le troupeau



Le psychologue ALFRED BINET considérait comme un trait de personnalité la tendance de l’individu à

se conformer aux attentes des autres (= suggestibilité). Il croyait en l’existence d’une corrélation

négative entre ce trait et l’intelligence globale.



ASCH a fait une expérience pour répondre à ce conformisme (Ex. p.182 expérience des trois lignes de

longueurs différentes). L’expérience a démontré que le tiers des réponses données par les sujets

naïfs étaient conformes à l’opinion de la majorité (fausse ici). Pour TANFORD et PENROD ces résultats

indiquent qu’il est plus facile, pour une majorité de personnes, de contredire l’évidence que d’aller à

l’encontre du jugement de purs étrangers.



Les facteurs associés au conformisme



L’ambiguïté du stimulus



Dans les études qui reprennent l’expérience d’ASCH avec un stimulus non ambigu, on obtient

généralement des taux de conformisme semblables. Mais qu’en est-il lorsque la réponse n’est pas du

tout évidente (questions d’opinion par exemple) ?

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 35

CRUTCHFIELD a été le premier à utiliser des questions d’opinion. Il a constaté que des stimuli

ambigus augmentent le taux de conformisme : lorsque les gens sont interrogés sur des sujets dans

lesquels ils ne se sentent pas compétent, ils osent moins affronter la majorité.



Les caractéristiques du groupe



Pour vérifier si la taille du groupe joue un rôle dans le conformisme, ASCH a fait varier le nombre de

compères dans ses expériences. Il s’est rendu compte que le taux de conformisme augmente jusqu’à

un certain nombre, ou le sujet naïf soupçonne qu’il est victime d’un coup monté.



L’attrait est un autre facteur susceptible d’expliquer le conformisme, plus on se sent attiré par un

groupe, plus on a tendance à se conformer aux normes qu’il préconise.



Dans un même cas, nous nous conformons plus facilement aux croyances et aux comportements de

personnes qui font partie de notre entourage et auxquelles nous nous identifions, qu’à ceux

d’étrangers ou d’individus associés à un autre groupe.



L’unanimité au sein de la majorité est un autre facteur associé au conformisme.



Existe-t-il une personnalité conformiste ?



Les personnes qui ont un grand besoin d’affiliation, c’est-à-dire un grand besoin de se faire aimer des

autres, sont plus conformistes que la moyenne. Les personnes qui valorisent beaucoup les rapports

interpersonnels, l’harmonie sociale et l’ouverture aux autres ont elles aussi davantage tendance à

régler leur comportement sur celui des autres.



Les individus marqués par un fort degré de monitorage de soi ont également tendance à céder plus

facilement à la pression du groupe. Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que ces individus

accordent une grande importance à l’image qu’ils projettent.



Les personnes ayant une faible estime de soi ont également tendance à se conformer à la majorité :

ils ont peu confiance en leurs capacités, ce qui les rend très réceptifs à la vision de la réalité que leur

propose leur entourage, même si elle est erronée.



Avoir une personnalité autoritaire prédispose aussi au conformisme.



On trouve donc des corrélations entre certains traits de personnalité et le conformisme. Mais pas de

là à parler de « personnalité conformiste ».



GELADE fait ressortir l’existence de corrélations plus fortes entre certains traits de personnalité et la

tendance au conformisme. Il distingue, dans une tâche de résolution de problème, deux types de

comportements liés à des traits de personnalité : les « innovateurs » cherchent activement des

solutions personnelles, tandis que les « adaptateurs », plus conformistes, s’en tiennent aux stratégies

connues.



La culture : collectiviste ou individualiste ?



D’après TRIANDIS, les cultures se distinguent selon qu’elles ont une orientation collectiviste ou

individualiste. Cette dichotomie entre les cultures se reflète dans de nombreux phénomènes,

notamment dans le conformisme.



Selon KIM et MARKUS, cette différence s’expliquerait par la connotation positive attribuée à

l’initiative individuelle et à l’indépendance d’esprit dans les cultures individualistes comme la culture



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 36

nord-américaine. En revanche, dans une culture collectiviste, le conformisme n’est pas perçu comme

une réponse à la pression sociale, mais comme le signe de maturité d’une personne responsable et

consciente de son lien avec la communauté.



Mais comment peut-on en arriver là ?



Lorsqu’ils font preuve de conformisme, les participants aux expériences semblables à celles d’ASCH

se plient généralement au processus de soumission et non au processus d’intériorisation : ils

continuent de penser ce qu’ils pensaient, mais la peur d’être rejetés par autrui les amène à adopter

un comportement conforme à celui de la majorité. En fait, une des principales peurs ressenties par

les sujets lors des expériences comme celles d’ASCH est de se faire rejeter pour avoir insulté les

autres sujets en mettant en cause leur capacité d’évaluer la longueur des lignes. Le rejet dont on

risque d’être victime se traduit souvent par un ridiculement. Une autre façon de rejeter quelqu’un

sans le ridiculiser consiste tout simplement à l’ignorer. C’est ce qu’on appelle  l’ostracisme .



L’acquiescement : « oui, je le veux »

Les études sur la normalisation et le conformisme reposent sur des situations dans lesquelles la

demande sociale n’est pas formulée explicitement : personne n’ordonne aux sujets de SHERIF d’obéir

à la norme du groupe. La vie de tous les jours offre cependant de nombreuses occasions où nous

devons réagir à des demandes explicites. L’acquiescement est une réponse positive à ces demandes

(explicites) d’autrui.



Dans cette section, nous allons faire un tour rapide des différents procédés utilisés pour favoriser

l’acquiescement, qui ont été mis en évidence tantôt par des études expérimentales, tantôt par des

observations en milieu naturel.



L’acquiescement irréfléchi : « Mais faites donc, je pense à autre chose… »



Il est fréquent que nous donnions notre accord distraitement, sans avoir vraiment réfléchi. En effet,

lorsque notre esprit n’est pas préoccupé par toutes sortes de problèmes plus ou moins importants, il

ressasse des souvenirs ou s’adonne tout simplement à la rêverie. C’est pourquoi, si l’on nous

demande quelque chose de relativement simple, nous ne nous livrons pas à une analyse critique de

la demande.



LANGER, BLANK et CHANOWITZ ont demandé à un compère de passer devant des individus qui

faisaient la queue pour utiliser une photocopieuse. Dans le premier cas, le compère expliquait aux

gens qu’il était très pressé ; dans le second cas, il disait simplement qu’il avait des photocopies à

faire. Surprise : on l’a laissé passer presque aussi souvent dans les deux cas. Selon LANGER, notre

éducation nous enseigne qu’une personne qui prend la peine de nous demander la permission avant

d’agir doit certainement avoir une bonne raison de le faire. Si notre esprit est déjà occupé, nous ne

nous donnons pas la peine d’analyser plus en détail la demande et nous donnons notre accord sans

réfléchir.



L’influence du débit verbal : qui parle vite parle bien



On réussit souvent à faire acquiescer une personne en la submergeant littéralement de paroles. Cela

va tout à fait dans le sens de l’insoutenable automaticité de l’être : on mise sur votre non réflexion.



La norme de la réciprocité : « Après ce que j’ai fait pour toi… »



Nous avons tous appris, au cours de notre socialisation, qu’ « un service en attire un autre », qu’il

suscite souvent chez la personne qui le reçoit un besoin de faire de même.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 37

REGAN a fait une expérience à ce sujet : un compère allait se chercher un coca-cola (10 cents) et en

rapportait un au sujet naïf. Puis, quelques minutes plus tard, il tentait de lui vendre un billet de tirage

(25 cents). Les sujets à qui l’on avait offert un coca-cola ont acquiescé beaucoup plus souvent que

ceux à qui l’on a fait la demande sans leur rendre ce service au préalable.



La norme de réciprocité est tellement présente dans toutes nos sociétés que les spécialistes

l’envisagent comme un avantage évolutif important chez les espèces qui la possèdent. Cette

réciprocité permet de créer des systèmes complexes et coordonnés d’échanges qui favorisent une

adaptation collective à l’environnement.



L’attrait : soyez aimable… et beau (surtout le soir)



Pour convaincre, ce n’est pas une mauvaise idée de se faire aimer. Se rendre aimable pour

convaincre est un procédé si évident que l’on peut se demander comment on s’y laisse prendre.

Pourquoi ? Se rendre aimable permet de toucher chez la cible le besoin d’affiliation. Si quelqu’un est

aimable avec nous, c’est sans doute parce que nous méritons d’être aimé ou aimée !



Une expérience de BURGER et ses collègues conclue que « les individus réagissent à des impressions

d’attraction passagères comme ils le font avec leurs amis et connaissances de longues date ». En

effet, des individus seront beaucoup plus enclins à acquiescer à une demande d’un autre individu si

ceux-ci ont eu une « relation » qui consistait à avoir passé plus de temps avec cet individu dans la

salle d’attende.



L’un des plus sûrs moyens de se faire aimer est d’utiliser la bonne vieille flatterie. Des recherches

démontrent qu’il n’est même pas nécessaire de flatter la personne elle-même : flatter son entourage

immédiat, par exemple sa famille, peut avoir un effet comparable.



Une autre façon de se faire aimer est de donner à l’autre l’impression qu’on lui ressemble. Avoir les

mêmes goûts, des opinions similaires ou tout simplement le même patronyme ou le même prénom,

venir de la même région, voilà autant d’exemples de similarité superficielle, mais qui entrouvrent

pourtant la porte de l’acquiescement. L’attirance physique joue évidemment un rôle dans l’aptitude

à se faire aimer des autres.



La validation sociale : donnez, c’est normal



Pour amener quelqu’un à satisfaire nos demandes, il est utile de les présenter comme relevant d’un

consensus social. Comme la plupart des méthodes visant à obtenir rapidement l’acquiescement,

cette technique suppose bien entendu que les donneurs potentiels ne procèdent pas à un traitement

élaboré de l’information.



Les demandes successives : on vous endort



La technique du pied dans la porte consiste à faire des demandes successives dont l’importance

augmente peu à peu, de sorte que l’effort finalement consenti apparaît moins considérable que s’il

avait été exigé d’un seul coup.



CIALDINI attribue l’efficacité de cette technique au besoin de consistance, besoin traitant entre

autres de la dissonance cognitive. Une fois que nous nous sommes engagés dans une action, il est

difficile pour le soi de revenir en arrière sans nous sentir en contradiction avec nous-mêmes.

D’ailleurs, le concept de soi dit que la plupart des gens aiment se percevoir comme ayant des traits

stables, qui ne varient pas systématiquement avec la situation.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 38

La technique de la porte au nez va dans le sens contraire. Au lieu de nous adresser une requête

modeste pour nous amener à en accepter une autre plus importante, on nous présente d’abord une

demande excessive, pour ensuite nous « rassurer » en la remplaçant par une autre, plus

« raisonnable », mais que nous aurions refusée si l’on nous l’avait faite dès le début.



CIALDINI attribue l’efficacité de cette technique à la nécessité de conserver un concept de soi

positif : après avoir refusé une demande, nous ne voulons pas paraître trop sévère, ni à nos yeux, ni à

ceux du demandeur. D’autres auteurs l’expliquent par le sentiment de culpabilité que le premier

« refus » ferait naître en nous.



La technique de l’amorçage consiste à persuader quelqu’un d’accepter une entente, puis, une fois

qu’il a pris sa décision, à l’informer que l’entente en question ne tient plus. On l’amène ainsi à

acquiescer à une demande un peu plus importante que la demande initiale, ce qu’il n’aurait pas fait

si on la lui avait présentée directement (exemple du vendeur de voiture).



La technique du leurre est une technique de persuasion consistant à appâter le client potentiel avec

une promesse fallacieuse pour s’assurer de sa présence physique avant de lui faire une demande.

Elle repose sur l’idée que le meilleur moyen dont dispose un vendeur pour vous convaincre d’acheter

son produit, c’est de vous parler. Mais encore faut-il que vous entriez dans son magasin. Pour que le

« poisson » potentiel que vous êtes accepte de mordre à l’hameçon, il doit vous présenter un leurre

qui nous fera saliver. Ce leurre sera l’aubaine annoncée dans le journal ou dans la vitrine. Mais voilà,

le seul exemplaire de « l’aubaine du siècle » qu’il reste est promis à un client. Devant votre

déception, le vendeur vous offre un produit de substitution, un peu plus cher et moins intéressant

mais… Bref, il finit par vous faire acheter le produit qu’il voulait vous vendre dès le moment où il a

lancé sa ligne.



Une autre façon de faire céder le client consiste à lui offrir une prime avant même qu’il ait eu le

temps de donner son accord à une première demande. C’est ce que l’on appelle la technique du « ce

n’est pas tout » .



Mais comment peut-on en arriver là ?



Les techniques de persuasion fondées sur des demandes successives ont toutes en commun, de nous

pousser à faire un travail cognitif qui modifie notre perception de soi ou de la situation que l’on nous

présente.



L’obéissance : quand l’autorité s’en mêle



Lorsque l’autorité intervient dans l’influence exercée, on parle  d’obéissance . Les travaux de

STANLEY MILGRAM démontrent à quel point cette forme d’influence peut être efficace et parfois

même destructrice.



L’expérience de Milgram sur la soumission à l’autorité



(Ex. p.200 expérience de Milgram).



Variations sur le thème de l’obéissance



Nous savons que le degré de conformisme varie selon l’influence de certains facteurs liés à la

situation. Il en est de même de l’obéissance à l’autorité.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 39

MILGRAM a étudié l’effet de cinq facteurs (Tableau p.201):

- Le prestige de l’autorité.

- La légitimité et la proximité de l’autorité.

- La proximité de l’élève.

- L’engagement plus ou moins direct du moniteur.



Mais comment peut-on en arriver là ?



Selon MILGRAM, plusieurs facteurs expliquent le pouvoir que possède l’autorité : l’importance de

l’obéissance en tant que norme sociale, la situation d’agent, les facteurs liés à la personnalité du

sujet, le recours à des mécanismes de défense.



L’apprentissage de l’obéissance à l’autorité s’effectue en très bas âge. Il en résulte rapidement une

norme si importante dans la socialisation de l’individu que celui-ci doit fournir un effort particulier

pour la défier.



L’obéissance n’explique pas tout. Le fait que la personne soumise à une autorité reconnue soit

souvent dans une situation passive constitue pour Milgram un facteur tout aussi crucial. En se

définissant comme un « agent », c’est-à-dire un exécutant et non comme l’initiateur de l’action, la

personne a tendance à se décharger de la responsabilité de l’action sur la figure d’autorité.



ZILLMER et ses collègues sont arrivés à la conclusion qu’un développement moral moins avancé que

la moyenne et une socialisation axée sur l’obéissance absolue sont deux facteurs qui prédisposent à

l’obéissance destructrice. Les personnalités de type autoritaire, plus conformistes, ont aussi

tendance à obéir plus aveuglément à l’autorité.



L’innovation : quand une minorité dérange

Parmi les diverses formes d’influence sociale, c’est sans doute le conformisme qui a fait l’objet du

plus grand nombre d’études scientifiques. L’expérience commune nous offre de multiples occasions

de constater le fait qu’une minorité puisse remettre en cause les certitudes de la majorité et imposer

ses vues. L’innovation est définie comme l’influence d’une minorité sur une majorité.



Le paradigme bleu-vert



MOSCOVICI, LAGE et NAFFRECHOUX ont reproduit la même expérience de ASCH (les trois lignes de

longueurs différentes) mais en inversant la situation : plutôt que de présenter une réponse

majoritaire erronée face à une réponse minoritaire correcte, c’est la majorité qui devait faire face à

une minorité de compères s’obstinant à donner une mauvaise réponse.



Pour ce faire, les expérimentateurs ont utilisé une série de diapositives bleues qui ne différaient

entre elles que par la luminosité. Un pré-test effectué auprès d’un groupe témoin a démontré que le

stimulus était peu ambigu, les sujets ne commettant pratiquement pas d’erreur. On a montré les

mêmes diapositives à un groupe de sujets composé pour un tiers de compères qui répondaient

systématiquement que les diapositives étaient vertes, au mépris de l’évidence. Eh bien, 32% des

sujets de la majorité ont suivi la minorité à au moins une occasion.



Et même si on désapprouve publiquement une minorité, celle-ci exerce une influence sur le

jugement. Ce phénomène a été qualifié de « conversion » par MOSCOVICI. Une sorte de consensus

existe maintenant en psychologie sociale, sur l’idée suivante : les majorités induisent un changement

public et temporaire, tandis que les minorités auraient une influence plus indirecte et persistante,

répondant à ce que l’on appelle  la dépendance informationnelle .





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 40

Les conditions qui favorisent l’innovation



Pour être efficace, une minorité doit être cohérente dans ses jugements. Une minorité ne doit

cependant se montrer ni rigide ni dogmatique. MUGNY rappelle que, tout en restant constante et

logique, elle a intérêt à varier ses façons de s’exprimer et de négocier sa position. La minorité voit

son influence augmenter lorsqu’elle renforce les normes culturelles et les courants qui prévalent

dans la société, autrement dit lorsqu’elle s’inscrit dans le courant général de son époque. Selon

VOLPADO, une minorité est plus efficace quand ses positions sont similaires à celles de la majorité

sur la plupart des questions, à l’exception de celle pour laquelle elle cherche justement à s’imposer.



Qu’est-ce qui explique l’innovation ?



Les diverses théories qui expliquent le phénomène de l’innovation sont contradictoires. Certains

chercheurs pensent que l’influence plus ou moins « souterraine » d’une minorité constante,

confiante et unanime, viendrait du fait qu’elle amène les membres de la majorité à réfléchir plus

longtemps, à porter plus d’attention au stimulus et à considérer un point de vue qui leur apparaissait

jusque-là comme allant de soi. Dans cette optique, le conformisme résulterait de pressions directes,

tandis que l’innovation découlerait de la stimulation, par la minorité, du travail cognitif de la

majorité.



L’innovation aujourd’hui



WOOD a observé que la plupart des gens faisaient semblant de soutenir la majorité lorsqu’ils étaient

devant elle, mais ils manifestaient en privé l’influence souterraine que la minorité exerce sur leurs

jugements. Cette constatation va dans le sens du processus de conversion mis en évidence par

Moscovici.



La résistance à l’influence



L’indépendance et l’anticonformisme : « je pense oui, je dis oui ; tu dis oui, je dis non »



On parle d’indépendance lorsqu’une personne conserve son comportement ou ses croyances en

dépit des pressions d’autrui.



Dans un groupe doté d’une grande cohésion, cette réaction peut coûter cher à ceux qui

contreviennent à la norme. Mais l’indépendance peut aussi entraîner un mouvement favorable à

l’innovation. Toutefois, n‘est pas indépendant qui veut. Les personnes dont le statut dans le groupe

est faible peuvent difficilement résister aux pressions auxquelles on les soumet, à moins que leur

statut soit si faible qu’elles n’aient rien à perdre. HOLLANDER parle de « crédit idiosyncrasiques » : le

conformisme permet de se faire aimer et d’améliorer son statut dans le groupe, et l’on tolère

davantage la déviance d’un membre dominant.



Le refus de céder aux pressions sociales peut aussi prendre la forme de  l’anticonformisme . On

parle d’anticonformisme quand une personne adopte un comportement qui va dans le sens contraire

de ce que prescrit la pression sociale. Il n’exprime pas la volonté personnelle de l’individu, mais la

demande sociale.



Pourquoi résister à l’influence sociale ?



Diverses raisons peuvent inciter l’individu à résister à la pression sociale. L’une d’elles est le besoin

d’être unique. Le besoin de se distinguer des autres est en effet aussi fort que celui de se sentir

intégré à un groupe ou à une collectivité.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 41

Une autre raison de résister à l’influence sociale est liée à ce que l’on appelle  la réactance

(BREHM). C’est une réaction au sentiment d’avoir perdu sa liberté. Elle mène généralement à

l’anticonformisme. Enfin, le besoin de garder la maîtrise des évènements stimule l’anticonformisme

ou l’indépendance.



Faut-il résister à l’influence sociale ?



On peut être tenté de voir l’influence sociale comme un ensemble de phénomènes essentiellement

négatifs. Les expériences de SHERIF, d’ASCH, de MILGRAM et de MOSCOVICI mettent sans doute en

relief les dangers d’un manque de sens critique qui nous ferait suivre aveuglément les avis de la

majorité ou de l’autorité. Toutefois, la normalisation et le conformisme permettent une certaine

cohésion sociale. L’obéissance est un facteur de socialisation efficace. Par ailleurs, la résistance à

l’influence sociale n’est pas toujours une attitude positive. Elle peut signifier que la personne refuse

de profiter des enseignements ou de l’expérience des autres.







Chapitre 7 : Les relations interpersonnelles

L’affiliation : pourquoi créons-nous des liens avec les autres ?

Selon WEISS, nos relations interpersonnelles répondent à six besoins affiliatifs :



Premièrement, elles satisfont notre besoin d’attachement, c’est-à-dire qu’elles nous procurent la

sécurité et le confort dont nous avons besoin.

Deuxièmement, nos relations avec les autres répondent à notre besoin d’intégration sociale, c’est-à-

dire que les personnes avec lesquelles nous créons des liens nous confirment, en partageant nos

centres d’intérêt et nos attitudes, que nous avons notre place dans des groupes et dans la

communauté.

Troisièmement, nos relations avec les autres nous rassurent sur ce que nous sommes et nous

donnent l’impression d’avoir une certaine valeur, d’être compétents.

Quatrièmement, les autres sont également importants pour nous lorsque nous avec besoin d’aide et

de soutien.

Cinquièmement, ils peuvent aussi nous guider, nous encadrer et nous conseiller.

Sixièmement, lorsque nous avons l’occasion de nous occuper d’eux, les autres peuvent nous donner

l’impression que nous sommes importants et indispensables pour eux.



 Aucune personne que nous fréquentons ne peut combler tous ces besoins à elle seule.



Les déterminants de l’attraction



L’influence de la situation : proximité et familiarité



Lorsqu’on leur demande quelle est la source de l’attraction entre les personnes, les gens sont portés

à citer des caractéristiques intrinsèques : la personnalité, l’intelligence, le sens de l’humour, etc. ce

faisant, ils commencent une erreur d’attribution fondamentale. Il n’y a rien d’étonnant à cela : nous

aimerions tous que les caractéristiques de la personne constituent le facteur déterminant dans notre

choix d’amis ou d’amoureux. Or, des variables relevant de la situation exercent une influence

déterminante dans le jeu des relations entre les gens. C’est le cas par exemple du simple fait d’être

physiquement près de quelqu’un ou de le voir souvent.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 42

Proximité : loin des yeux, loi du cœur



Comment expliquer que la proximité physique soit un facteur si déterminant dans l’attraction ? Les

psychologues sociaux ont proposé plusieurs réponses.



La proximité pourrait faciliter l’attraction tout simplement parce que les gens qui vivent près de nous

sont plus accessibles. Par conséquent, la meilleure façon de rencontrer des gens, c’est encore

d’évoluer dans un milieu où il y a beaucoup de monde.



Une autre explication de l’effet de proximité sur l’attraction renvoie au concept de dissonance

cognitive (chap. 3) : comme nous voyons souvent les personnes qui sont près de nous, nous avons

intérêt à les aimer… Donc, pour nous rendre la vie plus agréable, nous aurons tendance à tenir pour

quantité négligeable ce que nous n’aimons pas chez les gens qui sont près de nous, et à l’inverse, à

valoriser leurs points positifs (TYLER et SEARS).



Enfin, certains psychologues sociaux ont avancé que la proximité favorise l’attraction parce que nous

voyons plus souvent les personnes qui sont près de nous et que la familiarité entraîne l’attraction.



Familiarité : « Confortable comme avec une vieille paire de pantoufles »



Ce sont avec les gens et les objets que nous voyons souvent, que nous connaissons bien et avec

lesquels nous sommes à l’aise, que nous préférons. Le contact répété avec une personne ou un objet,

ce que ZAJONC appelle la simple exposition , produit des réactions affectives positives envers ces

stimuli. Selon des recherches récentes, il n’est pas nécessaire d’avoir conscience de la familiarité d’un

stimulus pour que l’effet de la simple exposition joue.



Les recherches démontrent donc que la familiarité a un effet sur l’attraction, ce qui va dans le sens

de ce que pensaient les Anciens, à savoir que « l’amour est souvent le produit du mariage ». Les

individus se rencontrent d’abord, se voient souvent et, peu à peu, gagnent en familiarité. C’est alors

qu’ils s’attirent.



Proximité et familiarité : limites des effets



Il se peut aussi que voir souvent une personne que l’on n’aime pas accroisse nos sentiments négatifs

à son égard. Quant à la familiarité, elle peut entraîner une baisse de l’attraction lorsqu’elle atteint un

niveau extrême.



L’influence des caractéristiques personnelles : qu’est-ce qui nous attire chez les autres ?



Le contexte situationnel peut favoriser ou gêner l’attraction entre les personnes mais l’attraction

dépend aussi de son objet, à savoir des personnes susceptibles de nous attirer.



La beauté physique



On a beau prétendre qu’on ne juge pas un livre à sa couverture et que c’est la beauté intérieure qui

compte, il faut se rendre à l’évident : l’apparence physique d’une femme est un déterminant

primordial de l’attraction. Selon une recherche, de manière générale, nous apprécions plus les

personnes attirantes que celles dont l’apparence est plus ordinaire.



Pourquoi les personnes les plus belles sont-elles les plus recherchées ? Est-ce seulement une

question d’attirance sexuelle ? Pas nécessairement. S’associer avec de belles personnes apporte son

lot d’avantages. En effet, un homme qui est vu avec une femme exceptionnellement belle reçoit plus

d’attention et jouit d’un plus grand prestige que s’il est vu avec une femme moins jolie. Il en va de





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 43

même pour une femme vue avec un très bel homme. En général, lorsque les autres nous voient liés

avec de belles personnes, ils nous évaluent de façon plus favorable.



Une autre raison explique pourquoi les belles personnes nous attirent : nous sommes sujets à ce

qu’on pourrait appeler un biais en faveur de la beauté.



Le biais en faveur de la beauté : ce qui est beau est bon



Lorsque nous regardons la couverture d’un livre, nous en tirons toutes sortes de conclusions sur son

contenu. Il en irait de même pour les gens : quand nous voyons une belle personne, nous lui prêtons

toutes sortes de belles qualités.



On a observé que les sujets attribuent aux belles personnes plus de bonheur, plus de succès, de traits

de personnalité socialement désirables, une intelligence plus grande et un statut social plus enviable.

Ils les perçoivent aussi comme étant plus sociables, plus dominantes, plus chaleureuses sur le plan

sexuel et en meilleure santé mentale. Le biais en faveur de la beauté est une tendance à attribuer

d’emblée aux belles personnes des caractéristiques recherchées.



Quel est l’effet de ce biais en faveur de la beauté ? Premièrement, les personnes belles nous

paraissent deux fois plus intéressantes que les autres : non seulement elles sont attirantes, mais elles

semblent aussi posséder toutes les belles qualités. De plus, selon LANGLOIS, le biais peut avoir l’effet

d’une prophétie qui s’autoréalise : nous agissons de façon positive à l’égard des personnes que nous

jugeons belles, ce qui les incite à agir en fonction de nos attentes et des caractéristiques que nous

leur prêtons.



Qui est beau ?



L’évaluation de certaines caractéristiques physiques, quelle soit positive ou négative, varie selon la

culture, l’époque ou la mode. Cela dit, plusieurs recherches démontrent que l’évaluation globale

qu’on fait de la beauté varie très peu au sein d’un groupe culturel, de même que d’une culture à

l’autre et d’une ethnie à l’autre. Certains visages sont considérés comme attirants par tous, peu

importe la culture. Qu’est ce que ces visages ont donc de particulier ? Certaines recherches

confirment que plus un visage est symétrique, plus il nous semble attirant. D’autres recherches

révèlent que nous préférons les visages moyens. Cela signifie que nous préférons les visages dont la

configuration des traits est moyenne : bouche de taille moyenne, yeux de taille moyenne, séparés

par une distance moyenne, visage de taille moyenne, nez moyen, etc.



En ce qui concerne le reste du corps, le ratio taille-hanches semble jouer un rôle notable dans

l’attirance des hommes pour les femmes. Dans le choix d’un partenaire de sexe masculin, les femmes

accordent plus d’importance au ratio épaules-hanches qu’un ratio taille-hanches. Une recherche

démontre que plus le ratio épaules-hanches est élevé chez un homme, plus il est susceptible d’avoir

du succès auprès des femmes.



Quelques inconvénients de la beauté



Malgré ce que nous venons d’en dire, la beauté n’a pas que des avantages. En effet, si les personnes

très cotées pour leur apparence suscitent facilement l’attraction, cela ne veut pas dire pour autant

que cette attraction donne lieu à une prise de contact. En effet, si nous sommes attirés par les

personnes très belles, nous avons en revanche peur qu’elles nous rejettent.



Autre inconvénient de la beauté physique : lorsqu’une belle personne est félicitée, elle peut avoir

tendance à attribuer son succès à sa beauté plutôt qu’à ses qualités intérieures.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 44

Les belles personnes sont aussi victimes de certains stéréotypes négatifs. De plus, les belles

personnes suscitent souvent la jalousie et l’hostilité.



Avec qui noue-t-on des relations ? Nous nouons des relations avec des personnes que nous

considérons comme à peu près de notre niveau pour ce qui est de la beauté. On pourrait dire que

nous évaluons intuitivement notre « valeur marchande » et cherchons quelqu’un dont la valeur

correspond à la nôtre.



Choisir son partenaire : similitude ou complémentarité ?



Similitude : « qui se ressemble, s’assemble »



Nous sommes attirés par les gens qui nous ressemblent – ou du moins ceux dont nous avons

l’impression qu’ils nous ressemblent.



Ce qui est vrai pour les relations amicales l’est aussi, semble-t-il, pour les relations amoureuses. Les

gens se choisissent selon un principe d’appariement : ils ont tendance à trouver des partenaires qui

leur ressemblent. De plus, selon ANTILL, il semble que les conjoints ayant des personnalités similaires

sont plus heureux que ceux ayant des personnalités dissemblables.



Il reste maintenant à savoir pourquoi. Les psychologues sociaux ont proposé plusieurs explications à

ce phénomène :

- Une première explication renvoie à la théorie de l’équilibre de HEIDER. Si nous aimons les gens

qui nous ressemblent, qui partagent nos attitudes, nos goûts et notre façon de vivre, c’est parce

que nous avons avec eux des relations équilibrées.

- Une deuxième explication est que si nous aimons les gens qui nous ressemblent, c’est tout

simplement parce qu’ils nous renforcent dans ce que nous sommes, dans ce que nous faisons et

pensons. Et le fait de se sentir renforcé systématiquement par une autre personne constitue un

puissant facteur d’attraction.

- Une troisième explication possible : il se pourrait que la ressemblance entre des amis ou des

amoureux soit la conséquence de leurs relations, et non le préalable à l’établissement des liens.

En d’autres termes, ces personnes se ressemblent de plus en plus avec le temps, même si elles

étaient relativement différentes au départ.

- Selon une quatrième explication, il se pourrait que vous entreteniez des relations avec des gens

qui vous ressemblent pour la simple raison que c’est ce type de personnes que vous avez le plus

de chances de rencontrer dans votre vie de tous les jours.



Complémentarité : « les contraires s’attirent »



Il arrive que nous recherchions chez nos amis et amoureux des caractéristiques que nous n’avons

pas. Ainsi, les personnes qui ont une faible estime de soi ne sont pas du tout attirées par les gens qui

leur ressemblent. Par ailleurs, il semble que nous soyons attirés par des personnes qui n’ont ni les

mêmes habiletés ni la même spécialité que nous. Selon TESSER, nous ne voulons pas être en

concurrence avec l’être aimé dans des domaines qui nous importent.



Quelques autres caractéristiques personnelles : l’importance d’être chaleureux, fiable et en

bonne santé… financière



Tout d’abord, nous aimons ceux qui semblent avoir une image positive de nous, ceux qui donnent

l’impression de nous apprécier. Le fait qu’une personne nous trouve intéressant et de son goût est

très renforçant, cela va de soi. Mais, fait intéressant, parmi les personnes qui nous apprécient, nous

préférons celles qui, dans un premier temps, ont eu une impression négative de nous, puis qui ont

peu à peu changé d’idée à notre endroit.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 45

Ensuite, nous préférons les personnes qui semblent chaleureuses, gentilles et compréhensives. C’est

particulièrement vrai pour les femmes, qui accordent aussi plus d’attention à la santé financière d’un

éventuel partenaire amoureux que ne le font les hommes. Quant aux hommes, ils accordent plus

d’importance que les femmes à l’apparence physique de leur partenaire. L’intelligence est aussi,

heureusement, un facteur qui favorise l’attraction.



Notre attirance envers les autres dépend donc de facteurs externes (proximité, familiarité) et de

facteurs qui relèvent de l’individu (beauté physique, similitude, complémentarité, etc.).



De l’attraction initiale aux relations intimes

Traditionnellement, les études sur l’attraction interpersonnelle sont faites en laboratoire, donc dans

des conditions aussi contrôlées que possible, auprès de personnes jusque là tout à fait étrangères les

unes des autres.



Le développement des relations intimes : les théories des stades



Comment une relation interpersonnelle évolue-t-elle vers une relation intime ? Selon la théorie des

« stimuli-valeurs-rôles » de MURSTEIN , la relation comporte trois stades :

- Stimuli extérieurs : attirance physique, désir, sensation de bien-être.

- Valeurs et conceptions : s’assurer qu’elles sont similaires entre les partenaires.

- Rôles : chaque partenaire joue son rôle de conjoint.



Même si les trois facteurs (stimuli, valeurs, rôles) sont présents à toutes les étapes de la relation,

chacun prévaut seulement durant un seul stade.



La théorie de MURSTEIN tente d’expliquer la façon dont des relations superficielles se transforment

en relations amoureuses. La théorie de l’échange sociale suppose une évolution, une dynamique

entraînant des échanges de plus en plus intenses. Et elle suppose aussi que les relations dépendent

de sentiments et de besoins internes.



Selon plusieurs autres théories, le passage de la relation interpersonnelle à la relation intime

s’effectuerait, en suivant des stades prévisibles. La relation commencerait de façon relativement

superficielle en réponse à des renforcements et à des récompenses, en somme sous l’effet d’une

motivation extrinsèque. Elle évoluerait ensuite vers une confirmation de plus en plus claire de

l’existence et de la légitimité de l’attirance entre les deux personnes. Selon certains auteurs, les

stades sont en fait des phases par lesquelles différents couples passent à différents moments.



Le behaviorisme et la théorie de l’échange social : aimer quand c’est payant



La théorie de MURSTEIN tente d’expliquer la façon dont les relations superficielles se transforment

en relations amoureuses. Elle suppose une évolution, une dynamique entraînant des échanges de

plus en plus intenses. Elle suppose aussi que les relations dépendent de sentiments et de besoins

internes.



Dans la vision behavioriste classique, la relation amoureuse repose sur le renforcement. Si l’on aime

une personne, c’est tout simplement parce que l’on retire du plaisir de l’interaction que l’on a avec

elle. Comme toute activité humaine, l’amour serait assimilable à la recherche de récompenses et à

l’évitement des punitions. Même si nous donnons des noms différents aux relations que nous vivons,

nous tentons toujours de reproduire les expériences qui nous procurent du plaisir et d’éviter celles

qui ne nous en procurent pas ou qui nous causent du déplaisir.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 46

Rappelons-nous que les behavioristes considèrent que les sentiments et les pensées sont en quelque

sorte des conséquences du comportement.



La vision behavioriste classique des relations intimes présente l’avantage d’expliquer simplement les

relations humaines, mais sa portée est plutôt limitée. Par exemple, si la relation intime suppose

nécessairement un renforcement, elle devrait cesser quand le renforcement disparaît ou diminue. Et

c’est ce qui se produit souvent.



Les théories de l’amour donnent une description des relations intimes à la fois forte, plausible et

étayée empiriquement, elles sont regroupées sous le nom de « théorie de l’échange social ».



HOMANS est le premier théoricien à avoir appliqué « les théories de l’échange social ». Selon lui, la

relation intime est une transaction semblable aux transactions commerciales. On échange des biens

contre d’autres biens, chaque partenaire recherchant le plus grand bénéfice au moindre coût.

Chacun des partenaires possèdes des ressources qu’il « troque » contre celles de l’autre. Tant que les

bénéfices excèdent les coûts, la personne se sent bien dans la relation. Si les coûts dépassent les

bénéfices, la transaction devient déficitaire, et elle a tendance à ne pas se prolonger.



Mais qu’échangent donc les partenaires d’une relation intime ? Des gratifications et des

renforcements de plusieurs ordres : affection, satisfaction sexuelle, sentiments, prestige, argent, stat

social, etc.



Qu’en est-il des coûts ? On pourrait penser qu’une relation satisfaisante ne comporte que des

bénéfices. Et, effectivement, au cours des trois premiers mois d’une relation amoureuse, c’est

souvent l’impression qu’ont les partenaires. Mais les coûts de la relation apparaissent après cette

première phase.



L’être humain étant foncièrement subjectif, ses jugements ne sont pas sans failles. C’est pourquoi

nous n’évaluons pas tous de la même façon les coûts et les bénéfices d’une relation. C’est ce que

ROSS et SICOLY ont appelé  le biais égocentrique : les deux conjoints ont tous les deux

l’impression d’en faire plus que l’autre.



GAGNE et LYDON ont démontré également que le niveau d’engagement dans une relation

amoureuse influence significativement l’évaluation que les hommes font des qualités de leur

partenaire : les hommes peu engagés sous-estiment leur partenaire, tandis que les hommes très

engagés dans une relation ont tendance à évaluer leurs qualités de façon exagérément positive.

L’évaluation des bénéfices et des coûts d’une relation est donc tout sauf objective, et de nombreux

facteurs peuvent la biaiser.



Selon THIBAULT et KELLEY, on ne peut pas évaluer la satisfaction d’un individu dans son couple sans

tenir compte de ses attentes et de ses expériences passées. C’est ce qu’ils ont appelé le niveau de

comparaison , autrement dit le standard à partir duquel une personne juge les bénéfices et les coûts

associés à une relation. Le niveau de comparaison sera ainsi très élevé chez une personne qui a des

attentes élevées et qui a eu des relations très satisfaisantes dans le passé : la relation ne sera

satisfaisante à ses yeux que si les bénéfices dépassent considérablement les coûts. Inversement, le

niveau de comparaison sera très bas chez une personne qui demande peu d’une relation et qui n’a

jamais connu le grand amour : elle sera satisfaite de sa relation même si les coûts sont presque aussi

élevés que les bénéfices.



Au concept de niveau de comparaison, THIBAULT et KELLEY ont ajouté celui de niveau de

comparaison des solutions de rechange . C’est une évaluation des coûts et des bénéfices associés

aux possibilités qui s’offrent pour remplacer une relation.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 47

Ainsi, si les coûts d’une relation peuvent excéder ses bénéfices, les coûts d’une rupture peuvent

excéder de beaucoup ceux de la relation. Il est donc probable que la relation perdurera jusqu’à ce

qu’elle devienne intenable.



Enfin, le choix entre poursuivre ou interrompre une relation peut dépendre de ce qu’on y a investi.

En effet, l’investissement que nous avons fait dans une relation ne peut pas être récupéré en cas de

rupture ; ils constituent les coûts passés de la relation.



Quand la relation est satisfaisante, nous avons l’impression que notre investissement a porté ses

fruits, et cet investissement renforce notre engagement. Mais si nous avons investi beaucoup dans

une relation insatisfaisante, nous nous retrouvons en état de dissonance cognitive. Pour réduire la

dissonance, nous pouvons modifier l’évaluation de notre investissement, c’est-à-dire décider que

cette relation insatisfaisante ne nous a pas coûté bien cher.



L’amitié et l’amour : différence quantitative ou qualitative ?



Selon RUBIN, l’un des premiers chercheurs à s’être intéressé à l’étude des relations amoureuses, il

existe en réalité une différence qualitative entre l’amitié et l’amour. Le souci de l’autre,

l’attachement et un besoin d’exclusivité dans les relations caractériseraient l’amour, tandis que la

conscience des ressemblances avec l’autre et l’estime qu’on a pour lui seraient des composantes de

l’amitié.



Deux facettes de l’amour : affection et passion



BERSCHEID et WALSTER distinguent deux types d’amour :

- L’amour-affection : repose sur la confiance, l’admiration et le respect mutuel. Dans une relation

d’amour-affection, les partenaires savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre, se soutenir aussi

bien sur le plan affectif que sur le plan des échanges de services et d’informations.

- L’amour-passion : c’est un amour caractérisé par un état d’excitation intense, combinant

l’extase, l’anxiété et l’obsession. Lorsqu’on en est atteint, on idéalise l’autre personne et on n’agit

plus qu’en fonction d’elle. C’est l’amour aveugle (« douce violence »).



Pour BERSCHEID et WALSTER, il est possible d’expliquer l’amour-affection par des théories

d’inspiration behavioriste comme la théorie de l’échange social, mais il n’en est pas de même pour la

passion, qui est tout à fait irrationnelle. Pour expliquer l’amour-passion, elles ont plutôt recours à la

théorie bifactorielle des émotions de STANLEY SCHACHTER. Selon celui-ci, l’émotion serait chez l’être

humain un processus en deux étapes :

- Premièrement, l’émotion amènerait une activation généralisée de l’organisme.

- Deuxièmement, l’individu activé chercherait dans l’environnement la ou les causes de cette

activation.



BERSCHEID et WALSTER pensent donc que l’amour-passion commence par une activation

physiologique dont les manifestations sont bien connues : accélération du rythme cardiaque,

respiration saccadée, frissons, etc. Le problème c’est que ces manifestations physiologiques peuvent

exprimer la peur ou la colère, ou encore un effort physique, etc. Alors, qu’est-ce qui amène une

personne à conclure qu’elle est « en amour » ? Une personne aux prises avec des réactions

physiologiques résultant d’un état d’activation prononcé cherchera dans son environnement ce qui la

met dans un tel état. Les mécanismes d’attribution entrent alors en action. Est-il possible de mettre

sur le compte de l’amour-passion une activation physiologique qui a une tout autre cause ? Oui.

ZILLMANN appelle cela un transfert d’excitation : phénomène où l’activation causée par un stimulus

est transférée et additionnée à celle causée par un autre stimulus. L’amour-passion, qui caractérise

souvent le début d’une relation amoureuse, peut durer de quelques mois à plusieurs années.

L’amour-passion peut ensuite se transformer ou non en amour-affection.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 48

La typologie de LEE : les couleurs de l’amour



LEE a tenté de décrire l’amour à l’aide d’une typologie reposant sur une analogie avec les couleurs .

Il pense que l’on peut obtenir toutes les nuances possibles de l’amour à partir de ses composantes de

base. Les couleurs de l’amour représentent en quelque sorte différentes façons d’aimer. Les trois

styles de l’amour primaires sont : eros, ludus et storge. LEE s’intéresse à trois styles secondaires :

mania, agape et pragma. Selon LEE, il est rare que l’on retrouve un type pur dans la réalité.



STYLES CARACTERISTIQUES

Eros Amour où l’attirance physique est importante et où la sexualité est centrale. C’est le

coup de foudre.

Ludus Amour passe-temps ou l’amour comme un jeu : on s’engage peu et on a plusieurs

partenaires. Amour typique des personnes narcissiques, qui ne songent qu’à leur plaisir,

qui ne veulent pas s’engager et qui veulent garder le contrôle dans leur vie amoureuse.

Storge Amour durable, qui dérive de l’amitié et qui se développe lentement. C’est un amour

plaisant, chaleureux, tranquille et doux. Ce type d’amour correspond à l’amour-

affection.

Mania Amour obsessif, possessif et jaloux. C’est un amour en montagnes russes, avec des

sommets vertigineux et des précipices. Ce type d’amour correspond à l’amour-passion.

Agape Amour altruiste, patient, qui ne demande pas de réciprocité. LEE considère que ce type

d’amour est très rare.

Pragma Amour pratique, reposant sur la recherche d’un partenaire qui correspond aux attentes,

aux intérêts, aux antécédents et à la personnalité de l’individu. A l’extrême, c’est le

mariage arrangé.



La théorie triangulaire de STERNBERG : intimité, passion et engagement



Selon la théorie triangulaire de STERNBERG , l’amour comporte trois ingrédients de base :

- L’intimité : correspond à la composante émotionnelle, au sentiment d’être proche de l’autre, de

partager des choses avec lui.

- La passion : composante motivationnelle de l’amour, qui est caractérisée par de l’activation

physiologique, de l’attirance physique.

- La décision-engagement : il résulte d’une décision consciente d’aimer l’autre et de poursuivre

cette relation.



Selon Sternberg, l’amour-passion se diviserait en deux types d’amour :

- L’amour obsessif : niveaux d’intimité et d’engagements faibles, et à un niveau de passion élevé.

- L’amour romantique : niveau d’engagement faible et à des niveaux d’intimité et de passion

élevés.



Selon STERNBERG, toute relation amoureuse comporte à des degrés variables chacune de ces

composantes, le niveau de chacune déterminant les huit types d’amour :



INTIMITE PASSION ENGAGEMENT

Absence d’amour Faible Faible Faible

Attraction Elevée Faible Faible

Amour obsessif Faible Elevé Faible

Amour romantique Elevée Elevé Faible

Amour vide Faible Faible Elevé

Amour-affection Elevée Faible Elevé

Amour vain Faible Elevé Elevé

Amour idéal Elevée Elevé Elevé



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 49

La solitude : être seul et avoir besoin des autres

La solitude est un état de manque et d’insatisfaction résultant de la non-correspondance entre le

genre de relations sociales que nous souhaitons et celles que nous avons, c’est un état désagréable.

Il ne faut pas confondre la solitude et le fait d’être seul, d’être isolé physiquement. Le sentiment de

solitude est variable, il peut aller d’un vague malaise à une souffrance intense et persistante. La

solitude ne dépend pas du fait de ne pas avoir de conjoint ou de conjointe, mais du fait d’en avoir eu

un ou une et de l’avoir perdu ou perdue, en raison d’une séparation, d’un divorce ou d’un décès.



Les personnes seules sont généralement introverties, timides, peu sûres d’elles et plus conscientes

d’elles-mêmes. Elles ont aussi une faible estime de soi et ont peu d’habiletés sociales.







CHAPITRE 8 : l’agression

Qu’est-ce que l’agression ?



L’agression n’est pas l’agressivité



On a tendance à utiliser indifféremment les termes « agression » et « agressivité » comme s’ils

étaient synonymes. Or, ils renvoient à des concepts différents :

- L’agression est un comportement physique ou verbal visant intentionnellement à blesser autrui.



- L’agressivité est un trait de caractère, un état affectif ou une attitude.



… ni la colère



La colère n’est pas non plus synonyme d’agression. La colère est une émotion que l’on peut

ressentir devant des événements désagréables.



… ni même la violence !



On confond souvent les termes « agression » et « violence ». Pourtant, ils ne sont pas équivalents.

La violence constitue une tentative délibérée de provoquer chez autrui une blessure physique ou

psychologique grave. Il est important de comprendre que tout comportement violent constitue une

agression en soi, tandis qu’une agression mineure n’est pas assimilée à de la violence.



« Je ne l’ai pas fait exprès ! »



L’agression est un comportement intentionnel. Si on blesse quelqu’un accidentellement en laissant

échapper un pot de fleurs sur son pied, on ne l’agresse pas, même si on n’aime pas cette personne.

Le facteur important ici, c’est qu’on n’a pas blessée la personne délibérément.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 50

Il n’y a pas que les coups qui blessent



L’agression peut aussi bien être physique que verbale, directe et indirecte.



Agression directe Agression indirecte

Agression physique Donner un coup de poing à Dégonfler les pneus de la voiture du

quelqu’un. voisin.

Lancer une boule de neige sur un Payer quelqu’un pour qu’il frappe une

ami. autre personne.

Agression verbale Insulter son petit ami. Répandre des rumeurs malveillantes

Menacer un coéquipier sur un rival.

Dire à qui veut bien l’entendre qu’une

personne est incompétente.



Le but de l’agression : l’agression hostile et l’agression instrumentale



Le but de l’agression peut être une :

- Agression hostile : la seule intention étant de blesser autrui.



- Agression instrumentale : étape dans l’atteinte d’un autre but que de blesser l’autre.



Les comportements agressifs sont presque toujours motivés à la fois par l’hostilité et par des

considérations instrumentales.



L’agression dans le but légitime



L’agression est parfois nécessaire à la défense. Même si l’agression est généralement considérée

comme inacceptable, elle peut sembler justifiée dans certaines circonstances, selon le point de vue

adopté.



Qu’est-ce qui cause l’agression ?



Les explications physiologiques



Il existe 4 catégories d’explications physiologiques de l’agression.

- Le rôle de certains centres du cerveau est susceptible de produire des comportements agressifs.

- Les effets des hormones sur le comportement.

- L’hérédité.

- La consommation de certaines substances qui peut favoriser l’agression.



Le système nerveux : « L’agression, c’est dans la tête ! »



Selon certaines recherches, l’existence de lésions dans les régions du cerveau qui contrôlent le

comportement peut mener à des comportements agressifs. Ainsi, des personnes souffrant d’une

tumeur au cerveau ou dont le cerveau a été endommagé lors d’un accident peuvent, du jour au

lendemain, voir leur agressivité s’accroître (Tableau p.255).



Si les recherches effectuées auprès de personnes atteintes de lésions cérébrales mettent en évidence

le lien entre le cerveau et le comportement, elles ne permettent pas d’expliquer tous les

comportements agressifs. En effet, ce type de lésions ne touche qu’une infime partie de la

population, alors que l’agression est un comportement très répandu. De plus, si la stimulation de

certaines régions du cerveau se traduit parfois par un comportement agressif, il faudrait expliquer ce



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 51

qui provoque la stimulation de ces régions en milieu naturel pour comprendre ce qui cause

l’agression.



Les hormones : le rôle de la testostérone



De très nombreux auteurs pensent que la testostérone, une hormone sexuelle, est une des grandes

responsables de l’agression, ce qui a donné lieu à d’innombrables recherches, tant chez l’animal que

chez l’humain. Chez le mâle, la testostérone est synthétisée dans les testicules. Or, il s’est avéré

qu’un animal devient plus docile et moins agressif une fois castré. Le niveau d’agression augmente de

façon significative chez les femelles à qui l’on injecte de la testostérone. Tout porte donc à croire

qu’il y a un lien de causalité entre l’agression et la testostérone chez les animaux mais la corrélation

entre les deux est très faible chez l’être humain. Richard TREMBLAY suggère qu’on devrait trouver

un lien entre agression et testostérone dans les milieux où l’agression est susceptible de favoriser la

dominance (prison), mais pas dans les milieux où la dominance sociale n’est pas favorisée par

l’agression.



L’hérédité : « tel père, tel fils ! »



La fréquence et l’intensité des comportements agressifs se transmettent d’une génération à l’autre,

en ce sens que les enfants de parents agressifs ont plus de risques de devenir eux-mêmes agressifs

que les enfants de parents pacifiques. L’environnement pourrait jouer un rôle dans la mesure où les

enfants de parents agressifs apprennent de ceux-ci les comportements agressifs. Il pourrait aussi y

avoir une transmission génétique de la propension à des tels comportements.



La plupart des recherches démontrent qu’il existe un lien entre l’agression et l’environnement social,

indépendamment des prédispositions génétiques.



Les explications physiologiques de l’agression : conclusion



L’étude des facteurs physiologiques peut contribuer à la compréhension de phénomènes

psychosociaux, mais il serait extrêmement réducteur de s’y limiter. Selon CACCIOPO, les êtres

humains sont fondamentalement des animaux sociaux qui ont besoin d’un réseau de relations

sociales pour exister.



L’être humain possède-t-il un instinct le poussant à agresser ?



Selon les deux théoriciens SIGMUND FREUD et KONRAD LORENZ, l’agression est un comportement

instinctif chez l’humain.



L’approche psychanalytique : éros et thanatos



Selon FREUD , l’être humain est perpétuellement déchiré entre deux pulsions fondamentales :

- L’Eros : la pulsion de vie.



- Le Thanatos : la pulsion de mort.



Il y aurait donc une concurrence perpétuelle, dans l’inconscient de chacun, entre la pulsion de vie et

la pulsion de mort.



L’approche éthologique : de l’animal à l’humain



Selon la théorie de KONRAD LORENZ qui s’appuie sur la théorie de l’évolution de Darwin, qui fait

appel à la notion de sélection naturelle, l’agression serait instinctive et aurait un caractère

autodestructeur.

Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 52

La théorie de la frustration-agression : nous agissons lorsqu’on nous empêche d’atteindre un

but



Si l’on demande à Monsieur et Madame tout le monde ce qui cause l’agression, il y a de forte chance

que leur réponse s’inspirera de la théorie de la frustration-agression (DOLLARD) : toute frustration

entraîne une agression et toute agression naît d’une frustration. L’intensité de l’agression dépendrait

de l’importance que la personne attache au but qu’on lui a empêché d’atteindre, donc de l’ampleur

de sa frustration.



La théorie de la frustration-agression revue et améliorée



La théorie initiale de la frustration-agression pose tout de même quelques problèmes, et c’est

pourquoi elle a rapidement été remise en question. La théorie de Dollard a été revue et améliorée

par MILLER : pour lui la frustration n’entraîne pas toujours l’agression. Devant une situation

frustrante, divers scénarios sont possibles. Nous pouvons agresser autrui, fuir la situation déplaisante

ou trouver une solution de rechange pour atteindre notre but. Pour BERKOWITZ : nos attributions

déterminent notre réaction à une frustration ainsi que, toutes les expériences désagréables sont

susceptibles de mener à un comportement agressif.



Le révolver sous l’oreiller



BERKOWITZ et LEPAGE ont mené une recherche qui démontre que la simple présence d’une arme à

feu peut favoriser l’agression.



La catharsis : idée selon laquelle l’expression réelle ou imaginaire de l’agression procure de la

satisfaction en réduisant le niveau d’activation de la personne, rendant moins probable l’occurrence

(le cas présent) future de l’agression (Encadré p.264).



Davantage de meurtres sont commis dans les maisons où il y a une arme à feu quand dans celles où il

n’y en a pas. La plus grande disponibilité des armes à feu favorise aussi le suicide chez les

adolescents.



L’apprentissage social de l’agression : récompense et imitation



Le renforcement de comportements agressifs augmente la probabilité qu’une personne agisse de

façon agressive. Selon BANDURA et ROSS, l’agression résulte d’un apprentissage par observation. Il

existe des différences culturelles en ce qui a trait à l’agression.



Le modèle général de l’agression : un effort d’intégration des connaissances



Selon ANDERSON et BUSHMAN, deux types de facteurs déterminent la tendance d’une personne à

réagir de façon agressive :

- Facteurs relevant de la personne même.

- Facteurs relevant de la situation.



Ces facteurs agissent sur le comportement en influant sur les cognitions, les affects et l’activation

physiologique de la personne, qui vont à leur tour déterminer le comportement de la personne.



Les psychopathes : sont hardis, dissimulateurs, menteurs, charmeurs, insensibles, empathiques,

impulsifs, ils n’acceptent pas la responsabilité de leurs actes, ils ne ressentent pas de culpabilité mais

ce ne sont pas des meurtriers en série. Lorsqu’ils commettent des agressions, c’est surtout pour

acquérir des biens matériels, il s’agit donc plus souvent d’agression instrumentale qu’hostile.





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 53

Les inputs : la personne et la situation



Les facteurs relevant de la personne incluent tout ce qu’une personne apporte à une situation : ses

traits de personnalité, ses attitudes et ses prédispositions génétiques. Ces facteurs déterminent

l’agressivité de l’individu.



La présence dans notre environnement de certains objets favorise l’agression. La violence à l’écran,

les jeux vidéo violents et les chansons comportant des paroles violentes jouent un peu le même rôle.

Les conditions déplaisantes, comme la frustration, la douleur, l’inconfort, peuvent aussi favoriser

l’agression. La consommation de certains psychotropes peut avoir le même effet.



Effet des facteurs personnels et situationnels sur l’état interne de la personne



Les facteurs personnels et situationnels influent sur le comportement en déterminant l’état interne

de l’individu, c'est-à-dire ses cognitions, ses affects et son activation physiologique. Plusieurs facteurs

situationnels (température désagréable) rendent agressifs en augmentant l’activation physiologique.



Le résultat : la perception de la situation et la prise de décision



Finalement, notre comportement, qu’il représente une agression ou non, aura un effet sur notre

environnement social, qui aura un effet sur notre état interne par l’intermédiaire de nos

caractéristiques personnelles et des particularités de la situation.



L’agression et la violence dans les médias : Quentin Tarantino sous la sellette !



La violence à l’écran



Quelle est l’influence qu’exercent les médias sur le comportement humain, et plus précisément sur

l’agression ? Les recherches arrivent à la conclusion que la violence télévisée favorise l’agression mais

il ne s’agit pas du seul facteur déterminant, ni même du plus important. Il ne faut pas céder à la

facilité et rendre la violence télévisée responsable de tous les crimes commis dans notre société.



Les jeux vidéo violents



Selon ANDERSON et BUSHMAN, les jeux vidéo violents favorisent l’agression chez les enfants et les

jeunes adultes et diminuent le comportement prosocial. Jouer à des jeux violents a un effet

cathartique, les utilisateurs évacuant leurs pulsions agressives, leur frustration, et se défoulant sans

causer aucun mal aux personnes qui les entourent.



Pourquoi la violence dans les médias favorise-t-elle l’agression ?



Selon BANDURA, la violence télévisée favorise l’agression parce que nous imitons les modèles qui

nous sont présentés à l’écran.



Selon ANDERSON, la télévision violente est excitante, elle augmente notre niveau d’activation

physiologique, or l’activation physiologique favorise l’agression.



La violence télévisée nous incite à être violents dans la vie de tous les jours parce qu’elle exerce sur

nous un effet de désensibilisation, qui nous rend de plus en plus indifférents à l’agression. Plus nous

regardons des émissions de télévision ou des films violents, moins nous sommes choqués ou

dérangés par la violence dans notre société. Nous en venons à prendre la violence à la légère, ce qui

nous rend plus susceptibles non seulement à recourir à l’agression, mais aussi à rester passifs devant

la souffrance des autres et de ne pas intervenir lorsque nous sommes témoins d’une agression.



Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 54

L’AGRESSION ET LA PORNOGRAPHIE

Tout matériel à contenu érotique sera qualifié de pornographique dans le manuel (MARSHALL), la

pornographie mène à l’agression sexuelle, il y a bien une corrélation mais ça ne permet pas d’en

conclure un lien de cause à effet). L’existence d’un lien entre la pornographie et la violence sexuelle

ne signifie pas que la consommation de pornographie est la cause de l’agression sexuelle. Il se peut

qu’un troisième facteur explique le lien entre la pornographie et l’agression.



DONNERSTEIN et BERKOWITZ ont conclu que les films pornographiques, en particulier ceux qui

comportent des scènes de violence sexuelle où la victime semble apprécier son sort, peuvent

pousser au viol des individus possédant des tendances agressives et ayant peu d’inhibitions.



Il est beaucoup plus efficace de récompenser les comportements prosociaux que de punir les

comportements agressifs.







CHAPITRE 10 : le comportement dans les groupes

Qu’est-ce qu’un groupe ?



Selon PAULUS, pour former un groupe , un ensemble d’individus doit posséder cinq caractéristiques :

- Entrer en interaction.

- Avoir des buts communs.

- Entretenir une relation relativement stable.

- Présenter une certaine interdépendance.

- Se percevoir comme faisant partie d’un groupe.



Interactions entre les membres



Pour parler vraiment de groupe, il faut non seulement qu’il y ait au mois deux personnes, mais aussi

que ces personnes interagissent, généralement face à face.



Stabilité et durée



Les membres d’un groupe doivent être engagés dans une relation relativement stable et durable.



Buts communs



Buts communs : existence d’un ou de plusieurs buts communs à tous les individus.



Interdépendance



Les interactions entres les membres d’un groupe et leur association pour atteindre des buts

communs supposent que les membres exercent une certaine influence les uns sur les autres et qu’ils

sont interdépendants. Ce que fait un membre du groupe, ou ce qui lui arrive, influe sur les autres

membres.



Identification consciente des membres avec le groupe



Pour qu’un ensemble d’individus forme un groupe, il faut donc que les individus se considèrent eux-

mêmes comme des membres du groupe, qu’ils s’identifient consciemment au groupe. Selon TURNER,





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 55

cette condition est même la seule qui compte : il y a groupe dès que des individus se perçoivent

comme des membres d’un groupe.



Les fonctions des groupes : pourquoi se regrouper ?

Selon GREENBERG et BARON, les groupes peuvent aider une personne à atteindre des buts

autrement inaccessibles. Ils permettent également de combler des besoins psychologiques et

sociaux importants, comme les besoins d’affection, d’attention et de sécurité. Nous nous joignons

aux autres également pour nous amuser, pour acquérir des connaissances ou obtenir des

informations. Faire partie d’un groupe contribue à établir notre identité. L’identification à un groupe

est naturelle. Se regrouper permettrait donc de se définir, de se décrire soi-même, d’élaborer son

concept de soi (Encadré p.318 le pouvoir des rôles : Le Stanford Prison Experiment).



La structure des groupes : rôles et statuts

Même dans un groupe informel, il existe :

- Des rôles : fonctions que chacun exerce dans un groupe.



- Des statuts : positions que l’individu occupe dans la hiérarchie.



L’organisation sociale d’un groupe est basée sur une division et une hiérarchisation des fonctions.

Les tâches sont généralement réparties selon les capacités et les préférences de chacun. Selon

TIEDENS, les changements qui surviennent dans la structure d’un groupe sont bien plus souvent le

fait d’événements négatifs que d’événements positifs. Les gens tendent à associer la compétence

avec l’expression de la colère et non avec celle de la tristesse. Nous conférons un statut élevé aux

personnes qui nous semblent compétentes, pas à celles qui nous paraissent aimables.



La cohésion : qu’est-ce qui nous unit ?



Selon FORSYTH, la cohésion est définie comme le degré d’attraction que les membres ressentent à

l’égard du groupe. Selon LEVINE et MORELAND, la cohésion d’un groupe dépend de l’importance de

l’attraction que les membres du groupe ressentent les uns envers les autres. Toutefois, la cohésion

n’est pas indéfectible, bien des événements peuvent l’anéantir.



Selon ANDERSON, le degré de cohésion d’un groupe dépend également de la correspondance entre

les buts poursuivis par les membres et les buts du groupe.



Selon LOTT et LOTT, le succès contribue aussi à la cohésion du groupe. Selon SNYDER, LASSEGARD et

FORD, lorsqu’un groupe est confronté à l’échec, souvent sa cohésion s’effrite.



Selon SHERIF et SHERIF la compétition intergroupe est un autre facteur qui favorise la cohésion d’un

groupe.



Les membres de groupes cohésifs communiquent davantage entre eux et participent plus aux

activités du groupe. Ils ont un meilleur esprit de collaboration et s’influencent plus fortement les uns

les autres. Les membres de groupes cohésifs ont tendance à respecter davantage les normes de

groupe et ils sont plus productifs.



Selon LANGFRED, toutefois, une trop forte cohésion risque de nuire à la performance du groupe. En

effet, le plaisir que les membres d’un groupe très cohésif prennent à interagir risque de leur faire

perdre de vue les buts du groupe, et de négliger le travail à accomplir.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 56

La préférence des autres : effet sur le rendement individuel



La facilitation sociale : l’effet d’un auditoire sur le rendement



La facilitation sociale (NORMAN TRIPLETT) : la présence des autres favorise la performance

individuelle. On a nommé facilitation sociale l’effet positif qu’exerce la présence des autres sur le

rendement individuel.



La présence des autres n’est pas toujours facilitante, elle peut améliorer le rendement ou lui nuire.



Le modèle de ZAJONC : les autres en tant que stimulants



Mais comment se fait-il que la présence des autres soit tantôt facilitante, tantôt inhibante ? Selon

ZAJONC, nous sommes stimulés physiologiquement par la présence des autres, et même qu’il s’agit

là d’une tendance innée. Les autres ont donc un effet sur nous parce que leur présence nous stimule

(Figure p.325 les effets de la présence des autres selon Zajonc). Si la tâche est simple pour nous, la

réponse dominante est la bonne réponse et la présence des autres améliore notre performance.

Toutefois, si la tâche est complexe, la réponse dominante est incorrecte et la présence des autres est

nuisible.



La paresse sociale : le tout est moins que la somme des parties !



La paresse sociale : l’effort fourni par chaque individu dans une tâche collective est moindre que si

la tâche était individuelle.



Est-il inutile de travailler en équipe ? Bien sûr que non, puisque la somme des efforts individuels,

même réduits, donne généralement un rendement supérieur à celui que pourrait fournir un individu

travaillant seul. Ce que la paresse sociale révèle d’intéressant, c’est, comme pour la facilitation

sociale, l’influence déterminante du groupe sur l’individu.



Une explication du phénomène : la diffusion de la responsabilité



Selon LATANE, il y a une diffusion de la responsabilité au sein des groupes. La responsabilité d’agir,

au lieu d’être assumée individuellement, est en quelque sorte divisée en autant de parties qu’il y a

d’individus dans le groupe.



Réduire la paresse sociale



Comment réduire la paresse sociale ? En augmentant le sentiment de responsabilité personnelle de

chaque membre du groupe.



Récemment, certains auteurs ont mis en lumière l’envers de la médaille de la paresse sociale, qu’ils

ont qualifiée de compensation sociale. Ce phénomène s’enclenche lorsque nous avons l’impression

que l’effort ou la performance des membres de notre groupe risque de laisser à désirer. Lorsque

nous pensons que les autres ne sont pas motivés ou qu’ils sont incapables d’effectuer leur part de

travail, nous avons tendance à compenser cette défaillance en fournissant plus d’efforts.



La paresse sociale se manifeste lorsque les individus font une tâche en groupe où leur performance

individuelle n’est pas évaluée, comme le cas lorsque plusieurs personnes poussent une auto. Le

phénomène de la paresse sociale peut être combattu en augmentant le sentiment de responsabilité

personnelle de chaque membre du groupe.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 57

Nous utilisons nos stéréotypes pour déterminer si nos partenaires sont susceptibles de bien faire leur

travail et ainsi déterminer l’intensité des efforts que nous fournirons personnellement.



Intégrer la facilitation sociale et la paresse sociale dans un seul modèle



Le fait de performer en compagnie d’autres personnes entraîne un effet de facilitation sociale,

laquelle favorise notre performance si la réponse dominante est la bonne réponse. Or, lorsque nous

effectuons une tâche en groupe, bien que nous soyons en présence d’autres personnes, nous

sommes sujets à la paresse sociale et portés à fournir individuellement moins d’efforts, donc à moins

bien performer. Comment expliquer cette apparente contradiction ?



La clé pour résoudre cette contradiction résiderait dans la possibilité d’évaluer l’effort individuel.

C’est lorsqu’il est difficile ou impossible d’évaluer l’effort individuel que la paresse sociale se

manifeste et que l’effort fourni par chaque individu diminue au sein du groupe. La facilitation sociale

ne se manifeste que lorsque le groupe est en mesure de percevoir l’effort individuel. Dans ce cas, la

performance sera favorisée si la réponse dominante est la bonne, mais elle sera inhibée si la réponse

dominante est la mauvaise.



La prise de décisions en groupe : deux têtes valent-elles mieux qu’une ?

La probabilité est plus élevée que les groupes trouvent la bonne réponse ou rejettent les réponses

incorrectes ou peu plausibles. Les groupes sont plus efficaces parce qu’ils permettent de mettre en

commun les compétences individuelles. Toutefois, la prise de décisions en groupe n’a pas que des

avantages :

- Les recherches portant sur le remue-méninges ou brainstorming, démontrent que les groupes

sont souvent moins créatifs que les individus pris séparément.

- Les groupes prennent souvent des décisions plus radicales que ne le font les individus.

- Un fort niveau de cohésion entraîne parfois la pensée de groupe, une tendance qui amène le

groupe à prendre de mauvaises décisions, aux conséquences parfois désastreuses.



Le remue-méninges favorise-t-il la créativité ?



Le remue-méninges mise sur la combinaison de la créativité individuelle et de la stimulation de

groupe. Pourtant, sur le plan de la productivité, le remue-méninges apparaît comme une perte de

temps selon des expériences réalisées en laboratoire. Les membres de groupes discutent plutôt des

informations qu’ils ont en commun au lieu de chercher vraiment des solutions originales. Ils évitent

en effet de présenter de l’information qui semble à aller à l’encontre de la tendance générale,

notamment pour éviter les conflits et parce qu’ils ont peur d’être ridiculisés ou rejetés par le groupe.



Pour favoriser la créativité en groupe, il est préférable de commencer par une séance de travail

individuel au cours de laquelle chaque participant élabore ses propres solutions. Ensuite, les

membres du groupe mettent en commun toutes les idées qu’ils ont trouvées et les évaluent. C’est la

technique du groupe nominal, elle contribuerait également à réduire la paresse sociale



La polarisation de groupe : des positions qui s’ « extrémisent »



Les décisions prises en groupe et les décisions prises individuellement après la discussion en groupe

sont plus audacieuses que les décisions initiales des individus. Toutefois, MOSCOVICI et ZAVALLONI

ont découvert la polarisation de groupe théorie selon laquelle les décisions d’un groupe sont plus

radicales que les décisions prises initialement par chaque membre du groupe. La polarisation de

groupe ne concerne pas seulement les questions relatives aux risques, elle touche aussi les attitudes.







Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 58

Explications de la polarisation de groupe



Le groupe peut représenter une source d’influence informationnelle. Les attitudes des membres du

groupe ne reposent pas nécessairement sur des arguments identiques. La mise en commun de tous

ces arguments contribue certainement à renforcer la tendance initiale des individus qui composent le

groupe.



L’influence normative peut aussi jouer un rôle dans la polarisation de groupe, du moins dans la

mesure où les gens veulent être perçus de manière positive par les autres. Les participants désireux

de projeter une image positive d’eux-mêmes font preuve d’attitudes plus radicales, qui vont dans le

sens de l’attitude du groupe.



La polarisation de groupe découle d’un processus d’identification sociale. L’individu s’identifie à son

groupe et se conforme à ce qui lui semble être la norme dans son groupe.



Conséquences de la polarisation de groupe



La polarisation de groupe exerce d’importants effets sur l’individu. Puisque les membres d’un

groupe se renforcent les uns les autres dans leurs tendances initiales.



La pensée de groupe : quand le groupe pousse à prendre des décisions désastreuses



Le psychosociologue IRVING JANIS a souligné cette tendance que présenteraient certains groupes

très cohésifs à prendre des décisions basées sur une évaluation erronée de la situation. Il affirme

que des groupes très cohésifs en viennent à prendre des décisions malheureuses dont aucun des

membres du groupe n’ose critiquer le bien-fondé de peur d’être rejeté par les autres : on parle alors

de pensée de groupe. Le groupe peut être amené à commettre des actes irrationnels et

déshumanisants à l’endroit d’autres groupes. Selon Janis, les membres d’un groupe cohésif ont

tendance à prendre trop facilement pour acquis le fait qu’ils pensent et qu’ils ressentent tous la

même chose, ils ne se donnent pas la peine d’examiner les points de vue divergents. On peut parler

de pensée de groupe chaque fois que, dans un groupe fortement cohésif, une impression

d’unanimité conduit les membres à rejeter toute mise en cause de l’opinion majoritaire.



Le phénomène de la pensée de groupe remis en question



Plus d’une trentaine d’années après, on s’interroge sur la validité de son modèle. Selon BARON, le

développement de la pensée de groupe se manifesterait plutôt sous l’influence de l’identification

positive au groupe, du faible sentiment d’efficacité personnelle des membres du groupe et des

normes favorisant le consensus et enfin, d’une surévaluation de l’efficacité du groupe (Encadré p.

337 les symptômes de la pensée de groupe).



Le leadership



Le leadership , c’est le processus par lequel un membre du groupe – le leader – influence et

coordonne les comportements des autres membres de manière à atteindre les buts poursuivis par le

groupe. Le leader est la personne qui planifie, qui organise et qui contrôle l’activité du groupe.



Qui est un leader ?



Selon FORSYTH, les leaders ont une bonne capacité d’adaptation, un sens des responsabilités et un

besoin d’accomplissement plus grand que les suiveurs. Ils sont intelligents, sociables et ont

confiance en eux. Selon KIRKPATRICK et LOCKE, les leaders (dans le monde des affaires) sont





Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 59

ambitieux, tenaces, intelligents, créatifs, flexibles, honnêtes. Ils ont de l’initiative, de la confiance en

eux, possèdent des compétences et aiment avoir de l’influence sur les autres.



Le leadership charismatique



Certains leaders se démarquent des autres, inspirent, font rêver et passionnent. Ces leaders qui

nous incitent à relever des défis, à changer le monde dans lequel nous visons sont appelés « leaders

charismatiques » ou « leaders transformationnels ». Ils présentent les traits de caractères suivants :

- Très sûrs d’eux, grande confiance en leurs capacités.

- Besoin d’influencer les autres, très persuasifs, servent de modèles à leurs adeptes.

- Profondément persuadés du caractère moral de leurs actes.

- Stimulent la créativité.

- Maîtres de la gestion de l’impression, mettent en avant une image positive et inspirante.



Les leaders charismatiques peuvent pousser leurs adeptes à faire de grandes choses, mais aussi à

commettre des atrocités.



L’approche interactionniste : la modèle de FIEDLER



Théorie de la contingence selon FRED FIEDLER , le succès d’un leader dépend assurément de ses

caractéristiques personnelles, mais également des caractéristiques de la situation dans laquelle il se

trouve. Il existe deux types de leader :

- Leader orienté vers la tâche : ce type de leader semble souvent froid, distant, presque

insensible, il doit être capable de mettre en sourdine sa sensibilité pour se centrer sur les

intérêts et les objectifs du groupe.

- Leader orienté vers les relations humaines : ce type de leader a la capacité de nouer des

relations chaleureuses avec les membres du groupe, c’est un motivateur et un

communicateur.



Ces deux types exigent des qualités plus ou moins incompatibles. Lequel des deux styles de

leadership est préférable ? La productivité et le bien-être du groupe dépendant du style du leader et

de la difficulté à maîtriser la situation (Encadré p.341 l’efficacité des leaders selon leur type et la

situation). Selon FIEDLER, le fait que la situation soit plus ou moins contrôlable dépend de trois

facteurs :

- La relation affective entre le leader et les autres membres du groupe.

- Le degré de complexité de la tâche à effectuer.

- Le pouvoir du leader sur le groupe.

Dans une situation facile ou, au contraire, très difficile à contrôler, un leadership orienté vers la tâche

est plus adéquat. Dans une situation difficile à maîtriser, un leader orienté ver les relations risque de

perdre beaucoup de temps à tenter d’améliorer l’atmosphère du groupe au détriment de la tâche à

effectuer. En revanche, un leader centré sur la tâche saura prendre les choses en main et affirmer

son autorité. Si la situation est très facile à maîtriser, il n’est pas nécessaire de travailler à améliorer

l’atmosphère du groupe, mais un leader centré sur les relations continuera à intervenir dans les

relations entre les membres et pourra éventuellement se les aliéner. Toutefois, dans les situations

modérément maîtrisables, un leadership orienté vers les relations est préférable, puisqu’il permet à

chaque membre de donner son maximum en rendant la situation agréable à vivre.









Thibaut Charlotte Soca Ba1 2007-2008 – Psychologie sociale 60


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