BONNE GOUVERNANCE ET
GOUVERNEMENT
Raymond Bernard GOUDJO
Institut des Artisans de Justice et de Paix
Le Chant d’Oiseau
04 B.P. 578 Cotonou / Bénin
iajp-benin@hotmail.com
raygoudjo@hotmail.com
INTRODUCTION
• Le concept de « bonne gouvernance » (BG) est lié au
phénomène fort complexe de la mondialisation.
• Les analyses sur la mondialisation exposent un vaste
champ hétéroclite et divergeant de disciplines à
propensions idéologiques, culturelles, religieuses,
économiques et politiques (cf. Louis Sabourin, le défi de la globalisation:
quelle gouvernance? Rome, 23.11.2007)
• BG signifie entre autres gouvernance concertée.
2
• Le phénomène de l’interdépendance quasi absolue
entre les États pose la question des crises et
changements structurels et conjoncturels sociaux.
• La bonne gouvernance est un nouveau concept qui,
lancé dans le champ sociétal, espère obtenir de
nouveaux résultats sociaux.
• La bonne gouvernance ne peut pas être séparée du
paradigme de « gouvernance mondiale » encore dit
« gouvernance globale ».
3
HISTOIRE DU CONCEPT
• Maîtriser et gérer la mondialisation est l’un des plus
grands défis du 21e siècle, car tout système nouveau
est confronté au succès ou à l’échec.
• « Bonne gouvernance » naquit à la fin des années
1990 et s’imposa dans les conditionnalités liées aux
financements octroyés aux pays en développement
par les institutions financières internationales et les
autres bailleurs de fonds. (cf. Arnaud Zacharie, La bonne
gouvernance: Préalable ou conséquence du financement du
développement? http://www.cadtm.org/article.php3?id_article=365 )
4
• Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998, est
l’homme qui lança le concept de BG. Selon lui, « le
progrès social et la démocratie sont des processus qui
se renforcent mutuellement ». (cf. A. Zacharie)
• Partie intégrante du développement, la démocratie
serait « un processus d’expansion des libertés réelles
dont les personnes peuvent jouir. De cette façon,
l’expansion des libertés constitue à la fois la fin
première et le moyen principal du développement » .
(A. Sen, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté.)
5
• La BG se présente comme un processus de
renforcement de la démocratie pour un
développement plus intégré des pays.
• A. Sen s’élève contre « le pilotage unilatéral, y
compris s’il est le fait du meilleur des experts » car on
trouverait difficilement un cas de famine dans un pays
respectant la liberté d’expression, la liberté de presse
et l’opposition politique.
• L’idée et l’idéologie: ce sont les pays du tiers
monde eux-mêmes qui doivent penser et conduire
leur développement.
6
• En 1999, le concept est récupéré par les instances
internationales. Il devient un des facteurs majeurs des
Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).
• On voit naître plusieurs autres concepts: Nouvelle Stratégie
de Lutte contre la Pauvreté (NSLP), allègement de la dette
des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).
• Dans la foulée, les Programmes d’Ajustement Structurel
(PAS) sont remplacés par les Documents Stratégiques de
Réduction de la Pauvreté (DSRP). Devraient être mis à
contribution les experts, les gouvernements et la « société
civile » pour la rédaction des stratégies.
7
• Les OMD et la BG coïncident dans leurs objectifs:
Cf. http://www.oecd.org/document/48/0,2340,en_2649_33735_1814576_1_1_1_1,00.html
- Obligation de rendre compte: les administrations
publiques sont capables et désireuses de montrer en
quoi leur action et leurs décisions sont conformes à
des objectifs précis et convenus.
- Transparence: l’action, les décisions et la prise de
décision des administrations publiques sont, dans une
certaine mesure, ouvertes à l’examen des autres
secteurs de l’administration, du Parlement, de la
société civile et parfois d’institutions et d’autorités
extérieures.
8
- Efficience et efficacité: les administrations publiques
s’attachent à une production de qualité, notamment
dans les services rendus aux citoyens, et veillent à ce
que leurs prestations répondent à l’intention des
responsables de l’action publique.
- Réceptivité: les autorités publiques ont les moyens et
la flexibilité voulus pour répondre rapidement à
l'évolution de la société, tiennent compte des attentes
de la société civile lorsqu'elles définissent l'intérêt
général et elles sont prêtes à faire l’examen critique du
rôle de l’État.
9
- Prospective: les autorités publiques sont en mesure
d'anticiper les problèmes qui se poseront à partir des
données disponibles et des tendances observées, ainsi
que d'élaborer des politiques qui tiennent compte de
l'évolution des coûts et des changements prévisibles
(démographiques, économiques, environnementaux,
par exemple).
- Primauté du droit: les autorités publiques font
appliquer les lois, la réglementation et les codes en
toute égalité et en toute transparence.
• Le concept de BG touche directement aux problèmes
de gestion, de corruption, de droit et de démocratie,
mais il demeure flou.
10
PHILOSOPHIE SOUS-JACENTE
• Paru à la fin des années 1999, le concept de BG appartient
aux paradigmes de la postmodernité.
• Dans le droit sillage de l’après seconde guerre mondiale et
surtout de mai 1968, la postmodernité exalte la liberté
absolue individuelle et rejette la valeur et la hiérarchie
des valeurs.
• Pour exister, l’homme doit être libre de décider
absolument par lui-même sans référence à aucune valeur
autre que lui-même.
• Pas de transcendance, mais un horizontalisme absolu.
11
• Dans « L’homme unidimensionnel », Herbert
Marcuse, s’en prenant au système économique qui
prive l’homme de sa liberté, préconise une société
libre de tout pouvoir social contraignant, ou tout au
moins très restreint.
• La société devrait exalter le plaisir et le loisir,
expressions véritables de l’homme horizontalement
libre, son uni-dimension. A la société du « doit se
faire » ou « principe de performance » doit se
substituer la société du défoulement, impression de la
liberté.
12
• Partant de ce qu’il appelle « la violence symbolique »
(douce et quasi invisible), Pierre Bourdieu veut libérer
l’homme de l’imposition arbitraire du culturel et du
social.
• Pour sortir l’homme des structures de domination
sociale, Bourdieu décrypte les mécanismes des
structures sociétales de reproduction pour imaginer
l’homme libre de toute contrainte. Il rejette donc
toute valeur et hiérarchie des valeurs.
13
• Structuraliste informel ou poststructuraliste, Michel
Foucault dira: « Il n’y a pas de relations de pouvoir sans
constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de
savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des
relations de pouvoir... »
• Foucault veut reconstruire l’identité de l’individu pour
combler le « vide » en l’homme. L’individu exprime sa
liberté dans son identité sexuelle saisie comme volonté de
savoir, usage des plaisirs et souci de soi. Ce qu’il appelle
lui-même « technique de soi » pour auto-construire un
sujet patron de lui-même.
14
• Constructionniste, Jacques Derrida cherche à pénétrer la
« chair du concept » pour le faire exploser. Les concepts de
raison/déraison, présence/absence, droit/justice seront tout
simplement aplatis et nivelés.
• Lui-même dira: « La déconstruction a lieu dans l’intervalle
qui sépare l’indéconstructibilité de la justice et la
déconstructibilité du droit ».
• Ce procédé veut marquer la différance et non pas la
différence, c’est-à-dire différencier les concepts sans les
opposer.
• L’idée que toutes les valeurs s’équivalent et que toutes les
religions s’équivalent, ne lui est pas étranger.
15
• Subversive de l’identité et maîtresse du « gender studies »,
Judith Butler fera entrer le féminisme dans le
poststructuralisme.
• Elle analyse l’homosexualité sous un angle nouveau et osé.
Elle inverse les catégories de la « particularité » érotique à
reconnaître à l’individu dans un champ pluraliste et
respectueux de la vie privée. Position habituellement
admise par la postmodernité.
• Pour elle, l’homosexualité doit remettre en cause « l’ordre
social et symbolique » en procédant à la déstabilisation
des identités individuelles et sociales communément
admises.
16
HORIZONTALISME - RELATIVISME
• La clef de l’horizontalisme et du relativisme ambiant
se trouve dans la mise à plat des valeurs et le refus
absolu de toute hiérarchie des valeurs humaines et
sociales: refus absolu de transcendance.
• Toutes les valeurs s’équivalent (toutes les religions
s’équivalent) entend-on couramment dans le jargon
contemporain.
• Pris dans le système holistique, tout dans tout, les
nouveaux paradigmes s’entremêlent et s’interpellent
de façon synonymique.
17
• Au paradigme BG, il faut nécessairement associer et combiner
d’autres paradigmes nouveaux comme:
- Liberté et libre choix - Consensus
- Éducation par les pairs - Facilitation
- Éducation à la paix - Orientation sexuelle
- Parlement des enfants - Clarification des valeurs
- Santé de la reproduction - Les meilleures pratiques
- Choix informé - Consentement informé
- Gagnant-gagnant - Démocratie participative
- Intégrité corporelle - Avortement sans risque
- Homoparentalité - Homophobie, etc.
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• Le contenu de ces mots est flou: il correspond bien au
relativisme qui se refuse à toute définition et qui
paradoxalement veut intégrer toutes les définitions en
fonction de l’individu et de sa pratique située.
• Le repère essentiel, c’est l’individu absolument libre. Il n’a
plus besoin de transmission des valeurs, mais se crée et
s’accommode des valeurs qu’il s’invente et se choisit pour
lui-même. La fameuse « technique de soi ».
• La postmodernité, poststructuraliste, pense non pas
anthropologie mais sociologie et "post-sociologisme".
19
« La bonne gouvernance relève d’une régulation néolibérale.
Elle contribue notamment au passage d’une négociation
intégrant les conflits politiques, à une fausse neutralité de la
normalisation technique, au développement d’une régulation
déléguée aux intérêts particuliers des entreprises
transnationales au détriment d'une démocratie publique
représentative. La création du Global Compact sous la pression
des lobbies économiques illustre sa mise en œuvre en fragilisant
le droit du travail. Le développement de cette « bonne
gouvernance » conduit finalement à un affaiblissement de la
régulation sociale internationale et donc à un accroissement de
la précarité des travailleurs dans le monde. » (Thierry Brugvin)
http://www.revue-interrogations.org/article.php?article=80
20
• Les mots clés qui accompagnent B G sont aussi
« entreprises transnationales, lobbies économiques,
Global Compact, ONU, régulation sociale
internationale, précarité. » (cf. Thierry Brugvin)
• La combinaison de mots attrayants inventés par la
pensée néolibérale n’est pas pour un humanisme
intégral.
• Le néolibéralisme vise comme le libéralisme le profit
brutal et unilatéral. Mais il fait avaler la pilule en
utilisant la méthode propagandiste athée-marxiste et
l’individualisme libéral.
21
BONNE GOUVERNANCE ET
PILOTAGE UNILATÉRAL
• J. Stiglitz dénonçait dans La grande désillusion (2002) :
« Le FMI prétend qu’il ne dicte jamais un accord de prêt,
qu’il en négocie toujours les termes avec le pays
emprunteur. Mais ce sont des négociations unilatérales :
il a toutes les cartes en main, pour la raison essentielle que
beaucoup de pays qui sollicitent son aide ont
désespérément besoin d’argent. »
22
• Michel Volle dans Prédation et prédateurs (2008) cite:
« On est passé d’un capitalisme du laisser-faire à un
capitalisme de la brutalité. Il faut, au XXIe siècle, instaurer
un capitalisme de la responsabilité. » (Daniel Brennan,
Corporate Social Responsibility)
• La brutalité actuelle du système mis en place se trouve
dans le fait que le prétexte des libertés et des droits de
l’homme est mis en avant pour imposer en douceur et de
façon insidieuse les « droits du plaisir et du loisir »,
« droits sexuels » encore dits « nouveaux droits
humains ».
23
• Des conditionnalités (non pas conditions) violentes
soumettent le tiers monde à l’aide internationale. A
ces conditionnalités appartiennent la contention des
peuples africains et les nouveaux droits sexuels: santé
de la reproduction, orientation sexuelle, santé
sexuelle de l’adolescente…
• Il faut aussi sortir d’une illusion dangereusement
répandue qui veut que la BG facilite l’acquisition de
règles formelles devant mécaniquement aller de soi.
(cf. Nicolas Meisel et Jacques Ould Aoudia, La «
Bonne Gouvernance » est-elle une Bonne Stratégie de
Développement ? DGTPE, nov. 2007)
24
• Au plan purement économique, la BG apparaît
comme une grande tromperie menée à l’échelle
internationale pour mieux asservir les pauvres.
« …pour chaque dollar qui est entré en Afrique
subsaharienne, 25 cents environ sont repartis dans
l’autre sens sous forme d’intérêts et de bénéfices
rapatriés, plus de 30 cents ont été absorbés dans les
sorties de capitaux ou sont allés alimenter les réserves
et 51 cents ont compensé la détérioration des termes
de l’échange » (CNUCED, « Le développement
économique en Afrique », Nations unies, 2001.)
25
• Arnaud Zacharie constate aussi que « Les nouvelles
conditionnalités issues du concept de « bonne
gouvernance » n’ont pas remplacé les anciennes
conditionnalités macroéconomiques, mais s’y sont
ajoutées. Du coup, les conditionnalités, pourtant déjà
lourdes par le passé, se révèlent encore bien plus difficiles
à mettre en œuvre pour les pays pauvres dépendant de
financements extérieurs. En cas de choix à opérer, c’est le
plus souvent les créanciers qui tranchent, ce qui vient
buter à nouveau sur la critique de « pilotage unilatéral »
développée par Amartya Sen. »
26
• En matière de « pilotage unilatéral », la BG est experte.
Gouvernance concertée = Précarité globale?
• Pour être clair, le néolibéralisme n’instaure pas l’égalité des
droits entre les peuples, ni entre les personnes, mais une
forme de colonialisme et d’impérialisme invisible plus dure
parce que le colon et l’impérialiste ne sont pas cette fois-ci
situables et détectables.
• Mais les laissés-pour-compte abondent, car le système
mécaniste de dépersonnalisation en place engendre une
précarité de plus en plus intolérable. (cf. T. Brugvin)
27
• Brugvin part de: « l’hypothèse que le modèle de la
« bonne gouvernance » privatise le processus de
régulation démocratique, en ce qui concerne la
production des normes sociales. » Il définit ensuite « la
régulation démocratique comme le droit ou/et le
pouvoir de participation des acteurs et des institutions
légitimes à la décision de créer ou à la décision
d’appliquer des règles, des normes ou des principes
dont « l’action subit les pressions et les contraintes
des structures historiques, mais qui ne sont pas
déterminés mécaniquement. »
28
• Enfin, Brugvin « constate, que la « bonne gouvernance »
relève d’une privatisation de la production du droit, son
accaparement par des lobbies financiers et industriels. Ce
qui conduit finalement à un recul de ces droits au plan
juridique et politique. »
• Dans un tel système néolibéral, le pouvoir décisionnel des
États est affaibli et le secteur privé s’en trouve renforcé
dans sa capacité de suivre des codes de conduite à sa
convenance.
• Le mécanisme de la BG accentue la précarité sociale par le
fait même de la privatisation des règles et codes de
conduite.
29
DU GOUVERNEMENT
• Aristote, Politique IV, 1300 a, 10-30, se méfiait déjà d’un
gouvernement dirigé par Stentor. Selon lui ni la grande
masse telle que pensée par les démocrates, ni la fortune
telle que suggérée par les oligarques ne sont en mesure
de gouverner. Seul le bon sens est capable de
gouvernement pondéré (responsable).
• Le bon sens suppose la finalité éthique du gouvernement.
Le gouvernement de masse ou de la fortune suppose que
de l’une ou l’autre surgisse un Stentor criant plus fort que
les autres.
30
• L’étymologie de la racine de gouvernement et de
gouvernance, vient de gouvernail. Le gouvernail, c’est cet
instrument apparemment petit et insignifiant qui a pour
fonction de diriger et d’orienter la grosse masse du navire.
• Le gouvernail n’est pas auto orientable, mais il suppose un
pilote qui a pour fonction d’orienter avec prudence le
navire à travers les eaux afin qu’il atteigne le port.
• « Le pilote n’est vraiment rendu responsable du naufrage
d’un navire que s’il quitte le gouvernail au moment où il a
le pouvoir et le devoir d’y être. » (Somme Théologique, I-II
Q.79 a.1)
31
• Gouverner ne signifie pas seulement bien diriger les autres
vers la réalisation du meilleur, mais se bien diriger
moralement pour orienter les autres vers le meilleur d’eux-
mêmes, c’est-à-dire la perfection.
• Si tout gouvernement dit poursuivre le bien-être, voire le
bonheur du citoyen, ne faut-il pas affirmer comme les
anciens qu’un gouvernement n’est bon que s’il est exercé
selon la droite raison ou bon sens?
• La finalité éthique, le bien-être du citoyen, ne peut pas se
résoudre dans l’acquisition des moyens mécanistes, mais
dans l’exercice des moyens éthiques.
32
• A finalité éthique doit correspondre des moyens éthiques.
• Thomas d’Aquin dira que: « La prudence est dans la
raison. Mais diriger et gouverner appartient en propre à
la raison. C’est pourquoi il convient à chacun de posséder
la mesure de raison et de prudence en rapport avec la
part qu’il prend à la direction et au gouvernement. »
(Somme Théologique, II-II Q.47 a.11)
• La prudence, vertu cardinale, est une vertu de l’intelligence
qui gère l’agir pour la multitude et l’agir de la multitude en
se référant au réel et au concret de l’ici et maintenant de la
communauté.
33
• Celui qui a charge de gouverner ne doit pas seulement
avoir des connaissances en gestion technique de
gouvernement, ni des aptitudes mécanistes de
gouvernement.
• Les exigences contenues dans la BG telles que l’obligation
de rendre compte, la transparence, l’efficience et
l’efficacité, à moins d’être du toc, devraient supposer un
fondement éthique naturel.
• Ce que la Nouvelle Éthique et le néolibéralisme rejettent. Il
n’y a pas d’éthique au sens traditionnel du terme. Selon
eux, les valeurs et la hiérarchie des valeurs seraient
révolues.
34
• L’éthique nouvelle jaillissant de la liberté absolue de
l’individu qui se crée des valeurs, sans référence au
transcendant, ancrées dans l’horizontalisme et le
relativisme, est humanisme partial.
• Les disfonctionnements profonds actuels de la gestion de
la res publica rappellent ceci: contre la nature des choses
tous les efforts humains sont vains.(Léon XIII)
• Les sociétés telles que pensées par le néolibéralisme et sa
révolution culturelle mondiale n’éliminent pas les
injustices, mais accentuent les inégalités de fait et les
injustices graves en mondialisant tous azimuts les
précarités, voire misères sociales.
35
• La réflexion de Thomas d’Aquin sur le gouvernement de soi
pour le gouvernement de l’autre revient alors au galop et
s’impose:
« …là où se trouve dans les actes humains un
gouvernement et un commandement d’une nature
spéciale, il se trouve aussi une prudence spéciale. Or, il est
clair que l’on trouve une sorte éminente et parfaite de
gouvernement chez celui qui non seulement est chargé de
se conduire lui-même, mais doit aussi gouverner la
société parfaite qu’est une cité ou un royaume. » (Somme
Théologique, II-II Q.50 a.1)
36
• Gouverner implique la vertu, c’est-à-dire un sens
profondément élevé des valeurs humaines et de leur
hiérarchie.
• « …pour gouverner sa vie personnelle et celle des
autres, on a besoin de connaître non seulement ce qui
peut être connu naturellement, mais aussi les choses
qui dépassent la connaissance naturelle, car la vie de
l’homme est ordonnée à une fin surnaturelle; ainsi,
pour gouverner notre vie, nous avons besoin de
connaître les choses de la foi. » (Somme Théologique,
I Q.94 a.3)
37
REPRÉSENTATION ET
PARTICIPATION
• En démocratie, le gouvernement doit-il être
représentatif ou participatif?
• La pensée néolibérale a introduit avec le paradigme
de BG celui de participation.
• Mais l’acception de participation est passée de son
lien intrinsèque avec le principe de subsidiarité vers
celui de parité égalitaire.
• Participation, parité égalité sont, semble-t-il, des
termes synonymes dans le jargon néolibéral.
38
• « La démocratie représentative, appelée aussi
"démocratie délégative", est l'une des formes de la
démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur
volonté par l'intermédiaire de représentants élus à qui ils
délèguent leurs pouvoirs. Ces élus, qui représentent la
volonté générale, votent la loi et contrôlent
éventuellement le gouvernement. »
http://www.toupie.org/Dictionnaire/Democratie_representative.htm
• Dans le système de représentativité, « aucun
gouvernement n’est jamais installé définitivement », car
les représentants sont soumis à des mandats que le peuple
leur remet souverainement lors des élections.
39
• D’aucuns pensent que la représentation n’est pas
totalement représentative. Par ses représentants élus,
le peuple « souverain » s’autogouverne. Mais les
représentants du peuple ne sont pas tenus de suivre la
volonté du peuple. C’est une élite qui gouverne au
nom du peuple et qui introduit dans son mode de
gouvernement du démocratique et du non
démocratique.
• Il se trouve que, d’après ces mêmes thèses, la
démocratie représentative est un système « mixte »
de gouvernement.
40
• Bernard Manin souligne que: « Ceux qui sont au
pouvoir disposent d’un certain degré d’indépendance
dans la prise de décisions politiques pendant qu’ils
sont en fonction. Ni les vœux de leurs mandants ni les
programmes qu’ils leur ont proposés ne les
contraignent de façon stricte. Remarquons que cet
arrangement permet aux vœux des électeurs d’avoir
une certaine influence sur les actions des
représentants élus. Il dispose seulement que la
correspondance rigoureuse entre les deux n’est pas
obligatoire. » (cf. H. Landemore, 07.03.2008)
http://www.laviedesidees.fr/La-democratie-representative-est.html
41
• La représentation plonge ses racines profondes dans le
christianisme. Il fallait créer un lien réel au sein de la
communauté ecclésiale.
• Nadia Urbinati: « Les historiens nous disent qu’elle
commence au Moyen-âge au sein de l’Église. Dans ce cas
aussi, la question était de résoudre le problème du lien
entre centre et périphérie. L’Église cherchait à représenter
la communauté de toute la Chrétienté. La représentation
était utilisée comme une manière d’unifier le peuple ou de
relier le vaste corps des croyants. » (cf. H. Landemore
07.03.2008)
http://www.laviedesidees.fr/La-democratie-representative-est.html
42
• La représentation suppose que ceux qui ont été choisis ont
des qualités qui répondent aux attentes du peuple. Certes
le peuple a des besoins, mais ses élites ne sont pas
totalement tenus d’y réagir conformément.
• Le représentant n’est pas un exécutant de la volonté
populaire, ni un soumis aux désirs populaires, mais un
responsable dont les choix et décisions l’engagent en
conscience. S’il appartient à un parti, il est tenu de
défendre ses idées et visées mais pas dans l’absolu.
• Pour le bien du peuple, à cause d’une vision plus large qu’il
acquiert sur les problèmes de la patrie, il peut s’inscrire
dans une vision plus valorisante.
43
• Selon Jean-Claude Coiffet, le représentant n’est pas
élu, mais se faire élire. Un candidat présélectionné sur
des critères non pas démocratiques mais très flous par
le parti, est soumis au vote de l’électeur.
• Cette délégation de la souveraineté pour un temps à
des personnes non élues mais se faisant élire, n’exclut
donc pas une confiscation momentanée du pouvoir
par des groupes d’intérêt aux technostructures
occultes: le jeu des cabinets et des couloirs.
http://adonnart.free.fr/doc/democrdp.htm
44
• J.-C. Coiffet: « La confiscation du politique par des
techniciens et des gestionnaires conduit à n’envisager
l’action politique que sous l’aspect gestionnaire
(efficacité et rentabilité), négligeant totalement
l’aspect véritablement politique (le débat sur les
finalités et la notion d’intérêt public)… Le constat est
sévère mais à la mesure du désenchantement de
nombreux citoyens. Et le danger est réel. Cette
confiscation et cette absence de transparence
conduisent certains à la violence plus ou moins
spontanée pour enfin se faire entendre… »
http://adonnart.free.fr/doc/democrdp.htm
45
• Faudrait-il pour cela conclure à l’abandon de la
représentation pour la participation?
• Le postmodernisme en excluant toute notion de la
valeur et toute notion de hiérarchie de la fonction de
la représentativité a contribué à évider le contenu de
la représentation.
• On sait très bien que jamais le peuple ne pourra
directement gouverner la chose publique. Jamais non
plus ses élus ne seront une simple caisse à résonance
du peuple. S’ils n’ont pas le sens des valeurs, ils
s’emploieront à servir des cercles d’intérêts occultes et
opaques. 46
• Dans la fonction du gouvernant, Thomas d’Aquin touche à
deux aspects toujours actuels qu’en vain l’on s’emploie à
gommer. L’hypertrophie de liberté et d’égalité conduit à cet
oubli:
« Il appartient à ceux qui sont constitués en dignité de
gouverner leurs sujets. Gouverner c’est pousser certains
hommes vers la fin requise: ainsi le pilote gouverne le
navire en le conduisant au port. Or celui qui meut un autre
homme a sur celui-ci supériorité et puissance. Aussi faut-il
que chez l’homme constitué en dignité on considère
d’abord sa position supérieure, avec la puissance sur ses
sujets que cela entraîne;
47
en second lieu la fonction de gouverner. En raison de sa
supériorité on lui doit l’honneur, qui consiste à reconnaître
la supériorité de quelqu’un. En raison de sa fonction de
gouvernement on lui doit le culte, qui consiste en une
certaine déférence, en ce qu’on lui obéit, et en ce qu’on
répond à ses bienfaits selon qu’on le peut. » (Somme
Théologique, II-II Q.102 a.2)
• L’idée de participation est une illusion sociale. Les citoyens
sont mis dans la croyance d’une démocratie directe lorsque
mis en association, ils débattent et semblent répondre eux-
mêmes à leurs problèmes sans la médiation des élus.
48
• J.-C. Coiffet: « Il est illusoire de penser que la vie
associative est une expression directe des citoyens. Là
aussi la parole des associations est celle des
responsables (Président ou bureau) dont la
désignation n’offre souvent aucune garantie
démocratique. C’est particulièrement vrai justement
pour les associations d’intervention para-politique.
Créées par un individu ou un groupe d’amis qui ensuite
font de la retape pour avoir des troupes, il serait
inconcevable et même inélégant de remettre en cause
le pouvoir des créateurs. »
49
• Le paradigme postmoderne de participation est une
idéologie qui flirte parfaitement avec les illusions de la
liberté absolue et de la totale démocratie en un mot
de la BG.
• L’idéologie qui meut la participation est attrayante et
berce d’illusions. Le rêve de la société sans entraves se
bâtit sur une vision erronée de l’homme.
• Peut-on vraiment élever des montagnes sans creuser
les abîmes? N’est-ce pas une ignorance crasse de la
nature humaine?
• Malick Tambedou berce aussi dans cette illusion:
50
« Avec la transparence, les populations sont parfaitement
informées de la gestion qui est faite des affaires
publiques. Cela, parce que l’information circule sans
entrave, véhiculée qu’elle est par une presse libre,
indépendante, plurielle, et ayant accès aux sources de
l’information officielle du fait de la volonté de
communication et de transparence des gouvernants.
Cette presse libre met à nu les scandales financiers,
dénonce le népotisme et le favoritisme, flétrit l’injustice et
l’arbitraire, condamne la violation des droits et libertés
fondamentaux, fustige les cadres incompétents et laxistes,
magnifie l’excellence et la compétence, forme l’opinion… »
(Malick Tambedou, Bonne gouvernance et
développement, Dakar 2004)
51
• La participation populaire s’apparente à un jeu très
habile pour endiguer idéologiquement les populations
en leur faisant croire que ce sont leur idées qui sont
appliquées.
• M. Tambedou: L’implication du peuple « est assurée
par le principe de la participation populaire induit par
la BG démocratique. Avec ce principe, en effet, les
populations apportent leur soutien agissant aux
projets de développement qui les concernent
directement ; en d’autres termes, elles sont associées
à la réalisation de tout projet de développement qui
les concerne. »
52
• Les populations pour la réalisation d’un projet,
apportent à la rigueur quelques données de type
socio-anthropologique. Mais leurs arguments ne
tiennent pas devant les arguments des soi-disant
« experts » et aussi « facilitateurs » dont l’art est
d’enrober de chocolat les plantes vénéneuses et de les
faire avaler.
• Toute personne avertie qui viendrait avec une idée
différente mais très sensée pour rectifier le projet
précuit proposé aux populations, est habilement mise
de côté, voire tournée en dérision et même vilipendée.
53
• J.-C. Coiffet: « La nature même de ces associations
(souvent spécialisées dans un domaine) et la personnalité
des responsables conduisent à contourner l’aspect
politique (l’intérêt général) pour se concentrer
essentiellement sur la contestation technique et donc
partielle de la décision concernée… Leurs arguments
d’autorité stérilisent le débat et dépossèdent le citoyen,
qui ne peut évidemment pas trancher entre les
affirmations contradictoires d’autorités techniques ou
scientifiques aussi apparemment compétentes les unes
que les autres.»
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PARTICIPATION EN DOCTRINE
SOCIALE DE L’ÉGLISE
• « La conséquence caractéristique de la subsidiarité est la
participation, qui s’exprime, essentiellement, en une série
d'activités à travers lesquelles le citoyen, comme individu
ou en association avec d’autres, directement ou au moyen
de ses représentants, contribue à la vie culturelle,
économique, sociale et politique de la communauté civile
à laquelle il appartient. La participation est un devoir que
tous doivent consciemment exercer, d’une manière
responsable et en vue du bien commun. » (CDSE 189)
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• Le Compendium de la doctrine sociale de l’Église
(CDSE) reprend l’idée de participation en insistant sur
deux principes fondamentaux: la subsidiarité et le
bien commun.
• Il ne s’agit donc plus d’un simple mécanisme social,
mais de l’application de deux valeurs sociales
radicalement imprimées dans la nature sociale de
l’homme.
• La subsidiarité met en avant le principe de la
performance (initiative et créativité) et « de soutien,
de promotion et de développement » (CDSE 186).
56
• La subsidiarité fonde à la fois la représentativité et la
participation citoyennes. Autant le citoyen a besoin de
représentant, autant, il a besoin d’être lui-même tenu
régulièrement informé. C’est pourquoi, en vertu du
principe de solidarité, la participation comme la
représentativité doit être solidaire. (CDSE 191)
• L’information et l’éducation du citoyen au sens des valeurs
humaines est un pré-requis pour éviter que des tendances
égoïstes « négocient » des avantages qui ne soient que
parcellaires, c’est-à-dire qui réduisent le bien commun à
l’espace étriqué de leurs intérêts particuliers. (CDSE 191)
57
• Le bien commun est le moteur même de la participation.
Ce principe contient une dimension interne et un aspect
institutionnel. (V.II, DH 6)
• La dimension interne, ce sont les droits et devoirs de toute
personne à respecter, étant entendue que tous ne peuvent
simultanément avoir l’autorité de commandement et que
certains, selon la vertu, reçoivent cette charge pour le bien
de la totalité.
• L’aspect institutionnel, c’est l’ensemble des conditions
sociales qui est mis en place pour que tout un chacun
puisse plus pleinement et plus aisément atteindre sa
perfection humaine.
58
• La notion du bien commun aide à bien comprendre le sens
à donner à la fonction de la participation sociale directe du
citoyen ou grâce aux corps intermédiaires.
• L’hypertrophie de l’exercice individuel de la liberté et des
droits de l’homme conduit à masquer le fait que: « Il existe
hélas un écart entre la "lettre" et l’"esprit" des droits de
l’homme, auxquels n’est souvent accordé qu’un respect
purement formel. » (CDSE 158)
• Ajoutons aussi: « qu’une affirmation excessive de l’égalité
"peut donner lieu à un individualisme où chacun
revendique ses droits, sans se vouloir responsable du bien
commun". » (CDSE 158)
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• Les personnes, misant totalement sur les libertés
individuelles et les droits de l’homme, ne doivent pas
ignorer qu’elles n’ont pas à lutter contres les inégalités
sociales, mais combattre les injustices qui peuvent naître
de ces inégalités: « La socialité humaine n’est pas
uniforme, mais revêt de multiples expressions. Le bien
commun dépend, en effet, d’un pluralisme social sain. »
(CDSE 151)
• Contre les inégalités, l’homme lutte en vain, car c’est un
combat contre la nature des choses. Pire, il creusera sans
le vouloir, vanité de la liberté aidant, un fossé intolérable
d’injustices entre les hommes.
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• « Une société qui, à tous les niveaux, désire véritablement
demeurer au service de l’être humain, est celle qui se fixe
le bien commun pour objectif prioritaire, dans la mesure
où c’est un bien appartenant à tous les hommes et à tout
l’homme. La personne ne peut pas trouver sa propre
réalisation … indépendamment de son être « avec » et «
pour » les autres. Cette vérité lui impose non pas une
simple vie en commun aux différents niveaux de la vie
sociale et relationnelle, mais la recherche sans trêve … du
sens et de la vérité qui se trouvent dans les formes de vie
sociale existantes. » (CDSE 165)
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CONCLUSION
• Ne pas de rejeter en bloc le concept flou de BG et ses
satellites paradigmatiques tout aussi troubles.
• Il est question de comprendre et d’approfondir les
nouveaux concepts et paradigmes postmodernes.
• Il faut ensuite travailler à les purifier en leur donnant un
sens vraiment et profondément humain: l’Homme est une
nature tendue de l’intérieur vers l’en-haut.
• La mission du chrétien, principalement de Justice et Paix,
c’est de donner un corps réel au social en y semant le
Christ Rédempteur, incarné, mort et ressuscité dans notre
« je-nous ».
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