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MOUVEMENT MONDIAL POUR LES FORETS TROPICALES
WORLD RAINFOREST MOVEMENT
Secrétariat International
Maldonado 1858, Montevideo, Uruguay
Mel: wrm@wrm.org.uy
Site internet: http://www.wrm.org.uy
Éditeur: Ricardo Carrère
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                                                                              Août 2004 - Édition française
LE THÈME CENTRAL DE CE BULLETIN:
LE RÔLE DE L’AGRICULTURE ET DE L’ÉLEVAGE DANS LA DÉFORESTATION

L‟agriculture et l‟élevage à grande échelle ont de lourdes conséquences pour les forêts du monde et
pour leurs habitants, en particulier dans les régions tropicales et subtropicales. Pourtant, l‟expansion
continuelle de ces activités reçoit beaucoup moins d‟attention que par le passé. C‟est la raison pour
laquelle nous leur avons consacré le présent numéro du bulletin : en mettant en lumière les divers
problèmes et acteurs impliqués, nous espérons contribuer à créer les conditions nécessaires au
changement.

Dans ce numéro:

* NOTRE OPINION

– Forêts et monocultures : tout changer pour que rien ne change

* VUE D’ENSEMBLE DU PROBLÈME

– Le rôle de l‟agriculture et de l‟élevage dans la déforestation
– La Révolution verte : des cultures d‟alimentation aux cultures de domination
– La colonisation et le rôle de l‟agriculture en bref
– Le modèle de “développement” à l‟origine de la déforestation
– Palmier à huile et soja : deux exemples de cultures commerciales qui provoquent la déforestation

* LA DESTRUCTION DES FORÊTS FOR EXPORT

AFRIQUE

– Côte-d‟Ivoire : le cacao, encore une cause de la déforestation
– Ghana : la déforestation est le fait des exploitants forestiers et des politiciens, et non des petits
agriculteurs
– Sénégal : la déforestation provoquée par l‟expansion des monocultures d‟arachide

AMÉRIQUE LATINE

– Les plantations de bananes en Amérique latine
– Argentine : le soja pénètre dans les forêts du Chaco
– Brésil : « l‟effet hamburger » menace les forêts, aujourd‟hui comme hier

ASIE

– Bangladesh : la forêt de Modhupur transformée en plantations de bananes, papayes et ananas
– Chine : la folie génétiquement modifiée
– Indonésie : de la forêt à la palmeraie
                                            NOTRE OPINION

– Forêts et monocultures : tout changer pour que rien ne change

Des siècles durant, les peuples des forêts et ceux qui en étaient tributaires ont été capables de
s‟adonner à l‟agriculture et à l‟élevage d‟une manière compatible avec la conservation de l‟écosystème
forestier. L‟agriculture sur brûlis, que les experts occidentaux ont plus tard méprisée, était en fait une
méthode qui, tout en permettant la subsistance des communautés qui la pratiquaient, n‟avait que des
conséquences mineures et réversibles pour les forêts. Dans la langue d‟aujourd‟hui, cette méthode
serait appelée « durable ».

Tout a changé avec la colonisation, qui non seulement a privé les populations locales de leur liberté
mais a bouleversé leurs systèmes de production par l‟appropriation de la terre et par l‟introduction de
vastes monocultures, accompagnées de méthodes étrangères aux sociétés et aux civilisations locales.
Parmi ces nouvelles cultures figuraient le thé, le café, le caoutchouc, le cacao, la canne à sucre et les
bananes ; elles n‟étaient pas destinées à fournir aux gens la nourriture et les autres produits dont ils
avaient besoin – comme c‟était le cas des systèmes traditionnels – mais à exploiter l‟environnement et
les peuples en faveur des intérêts économiques des colonisateurs.

La situation a empiré avec le développement de la science et de la technique occidentales, et en
particulier avec l‟imposition de la « révolution verte » et son orientation technologique. Les machines
modernes, tracteurs et tronçonneuses, ont facilité la destruction des forêts, tandis que l‟utilisation de
variétés de semences dénommées « de haut rendement » ouvraient la voie à l'application d'engrais
chimiques et de pesticides fortement toxiques qui ont dégradé encore plus l‟écosystème forestier et la
santé de ses habitants.

L‟élevage de bétail à grande échelle est arrivé plus tard dans les tropiques, mais il a adopté lui aussi
l‟optique de la révolution verte. Les races de bétail et les variétés d‟herbes les mieux adaptées au
milieu tropical et subtropical ont été identifiées, et elles ont provoqué une déforestation généralisée là
où leur choix s‟est avéré correct.

Pour la société comme pour l‟environnement, les résultats ont été lamentables. La révolution verte a
provoqué la famine, la pauvreté, les maladies découlant des produits agrochimiques, le déplacement
des gens et la violation de leurs droits ; elle a causé aussi l‟érosion du sol, la salinisation, la pollution
de l‟eau et son épuisement, la perte de la biodiversité naturelle et agricole et la déforestation
généralisée.

Le monde – le Tiers Monde en particulier – attend toujours que l‟Organisation des Nations unies pour
l‟Alimentation et l‟Agriculture, qui a été le grand promoteur de la révolution verte, présente une
évaluation sérieuse des malheurs qu‟elle a apportés à des millions d‟êtres humains et aux écosystèmes
de la planète.

Pour aggraver encore les choses, la production massive des mêmes produits agricoles dans une foule
de pays, couplée d‟un contrôle serré des prix effectué par une poignée de sociétés transnationales et
par les gouvernements du Nord, a fait que les prix de ces produits diminuent sans cesse, tandis
qu‟augmentaient sans arrêt les prix de l‟outillage et des matériels agricoles contrôlés par le Nord. Pour
faire face à leurs obligations extérieures, les gouvernements du Sud ont favorisé l‟expansion de la
frontière agricole, accroissant ainsi les problèmes inhérents au modèle de la révolution verte et
diminuant encore les prix en raison de l‟augmentation de la production.

Mais, quels que soient les problèmes, le système marche très bien, puisqu‟il répond aux intérêts de
ceux qu‟il était censé favoriser. Le Nord est de plus en plus riche, comme le sont les élites du Sud. Le
fait qu‟il y ait de nombreux pauvres dans le Nord et que la pauvreté soit généralisée dans le Sud ne

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semble pas compter pour beaucoup aux yeux du commerce international. Ce qui compte, c‟est que les
sociétés transnationales sont ravies des profits qu‟elles en tirent.

Ce qui précède explique en partie pourquoi ce modèle si destructeur est toujours en place. L‟autre
partie de l‟explication réside dans les intérêts contradictoires des diverses transnationales. Il est
intéressant de remarquer à cet égard que les réponses officielles à la déforestation se centrent
davantage sur l‟établissement d‟aires protégées que sur la solution des vrais problèmes. Pourquoi ? Le
fait est que certaines transnationales ont besoin de conserver la biodiversité (pour les industries
biotechnologique et pharmaceutique), tandis que d‟autres ont besoin des produits abondants et bon
marché provenant des grandes monocultures. De même, alors que certaines d‟entre elles visent
l‟appropriation et la commercialisation des ressources hydriques et sont donc intéressées à leur
conservation, d‟autres dépendent de la commercialisation de produits, agrochimiques par exemple, qui
provoquent la pollution de l‟eau. Les aires protégées sont la solution dans les deux cas : à l‟intérieur,
elles conservent l‟eau et la biodiversité ; à l‟extérieur, la destruction environnementale continue.

Cette situation nous rappelle un des chefs-d‟oeuvre du cinéma italien, Il Gattopardo, où l‟un des
personnages principaux, qui appartient à la classe dominante, explique à son oncle pourquoi il a
embrassé la lutte contre la monarchie : « Il faut tout changer pour que rien ne change ».


                               VUE D’ENSEMBLE DU PROBLÈME

– Le rôle de l’agriculture et de l’élevage dans la déforestation

Les forêts tropicales ont été habitées, pendant des milliers d‟années, par des communautés qui en ont
tiré leur subsistance de diverses manières, y compris par l‟agriculture. La méthode de production
agricole utilisée prenait en compte les interactions des cultures et n‟impliquait pas la destruction des
forêts mais leur coexistence. Ces populations concentraient dans certaines zones les espèces destinées
à la consommation humaine, dans un cadre de diversité et sans porter atteinte aux fondements
biologiques de la forêt. Certaines études indiquent qu‟environ 12% de la forêt amazonienne sont « le
résultat d‟un aménagement prolongé pratiqué par des populations préhistoriques ».

Pourtant, à partir des interventions colonialistes, les pays colonisés – le Tiers Monde – furent
incorporés au marché mondial par l‟introduction d‟un modèle agricole qui détruisit les systèmes
indigènes de propriété de la terre et de gestion des ressources. Que ce fût en Amérique latine, en
Afrique ou en Asie, l‟intention de tous les colonisateurs fut de transformer des économies
préalablement autosuffisantes en zones de production agricole pour l‟exportation, en mettant l‟accent
sur la « productivité », c‟est-à-dire sur le rendement maximal d‟une culture principale calculé sans
tenir compte du reste de l‟écosystème. Ainsi furent implantés les cultures rotatives pour la production
de fourrage, l‟élevage extensif de bétail avec très peu de diversité génétique et, plus tard, une série
d‟innovations technologiques qui, appliquées à l‟agriculture, portèrent à la fabrication d‟engrais
chimiques, de machines et de moteurs contribuant à renforcer le modèle de production (voir l‟articule
sur la Révolution verte dans ce même numéro).

Ces pays ont progressivement conquis leur indépendance politique, mais le modèle n‟a pas changé ;
d‟une manière générale, ils sont restés prisonniers de la dépendance économique et commerciale des
marchés du Nord, avec la complicité des élites nationales qui détiennent le pouvoir – économique et
politique – et avec l‟appui décidé des organismes de financement internationaux tels que la Banque
mondiale et la FAO. Cette dépendance s‟est de plus en plus approfondie, apportant aux systèmes
agricoles du Tiers Monde l‟instabilité, la pauvreté et la dégradation environnementale.

L‟expansion de l‟agriculture et de l‟élevage a été identifiée comme l‟une des causes principales de la
déforestation et de la dégradation des forêts dans plusieurs pays du monde. Dans le cas de
l‟agriculture, elle est un facteur de déforestation direct et indirect.

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L‟agriculture ou plantation commerciale est souvent pratiquée par des entreprises. Au moyen d‟un
accord de concession, de l‟achat ou de l‟occupation informelle, les entreprises s‟emparent de la terre
dans le but de l‟affecter à d‟autres usages. Dans les régions tropicales, cette possession s‟étend aux
forêts, qui sont destinées à la plantation de cultures commerciales telles que la canne à sucre, le
palmier à huile, le caoutchouc, le café, le cacao et les fruits tropicaux (bananes, agrumes, etc.). Dans ce
cas, la déforestation est effectuée directement par les entreprises, pour transformer les forêts en zones
agricoles. En Indonésie par exemple, la superficie des plantations de palmier à huile a augmenté d‟une
façon extraordinaire ces dernières années, aux dépens des forêts et de la végétation de jachère qui
poussent dans les intervalles du brûlis. L‟expérience de l‟Indonésie avec le palmier à huile s‟est
répétée dans de nombreux pays tropicaux ces dernières années.

Mais l‟agriculture commerciale provoque aussi une déforestation indirecte, du fait que les
établissements commerciaux occupent les terres les plus fertiles et les mieux situées dans les vallées, et
déplacent ainsi une population rurale de plus en plus nombreuse qui dépend de l‟agriculture pour sa
subsistance. Privés de l‟accès aux terres à vocation agricole qui sont à proximité, et souvent réduits au
chômage, les petits agriculteurs sont expulsés et doivent émigrer vers des terres moins fertiles ou
moins productives, ou vers la forêt. Dans les années soixante-dix, les coopératives de plantation de
palmier à huile qui se sont installées dans les vallées de la côte Nord du Honduras ont provoqué le
déplacement de milliers de petits agriculteurs et d‟éleveurs vers les flancs boisés et les terres alluviales,
qu‟ils ont défrichés pour y établir leurs cultures et pâturages. Ce qui est tragique, c‟est que ces terres ne
sont pas souvent aptes à l‟agriculture ou à l‟élevage pendant longtemps car, une fois le couvert
forestier éliminé, elles sont exposées à l‟érosion et à la perte de minéraux et de nutriments, de sorte que
le sol s‟appauvrit. C‟est la raison pour laquelle l‟agriculture de subsistance pratiquée dans la forêt
tropicale choisit la méthode itinérante du brûlis, car la végétation brûlée apporte au sol des nutriments
pendant un certain temps, après quoi on se déplace vers une autre zone pour laisser la forêt se
reconstituer pleinement.

En plus des impacts négatifs sur l‟environnement qui sont communs à toutes les formes de
déforestation, l‟agriculture commerciale comporte une série de problèmes associés à l‟utilisation de
produits chimiques, engrais, pesticides et herbicides, qui contribuent à détériorer la santé des
travailleurs et à contaminer les cultures, les sols et l‟eau souterraine. Dans les plantations de bananes,
par exemple, les pesticides sont appliqués au sol et sur les plantes pour tuer les ravageurs de cette
culture. Mais ces pesticides tuent également d‟autres animaux et portent atteinte à l‟écosystème. Les
plantations de bananes utilisent également des digues et des tuyaux souterrains d‟irrigation, qui altèrent
l‟équilibre hydrologique de la région. Une fois abandonné le champ cultivé de cette manière, il faut des
années, voire des siècles, pour que la forêt puisse repousser, si tant est qu‟elle y parvienne.

En application d‟un modèle semblable à celui de l‟agriculture commerciale, l‟élevage s‟est développé
lui aussi comme une production de type industriel, centrée sur une diversité génétique réduite et
destinée à l‟exportation vers les marchés des pays industrialisés, pour l‟élaboration d‟hamburgers dans
les fast foods et de viandes congelées. L‟expansion de l‟élevage a été, elle aussi, encouragée par la
Banque mondiale et la Banque interaméricaine de Développement, ainsi que par des stimulations
fiscales, et a été intimement liée à la concentration de la terre. Les éleveurs occupent et défrichent de
vastes étendues de forêts, ou bien achètent les « améliorations » effectuées par les petits agriculteurs.
Ils préféraient autrefois les régions de forêt sèche, qui étaient très simples à utiliser pour l‟élevage et le
pâturage mais, par la suite, ils ont commencé à abattre massivement la forêt tropicale humide, en
Amérique du Sud comme en Amérique centrale.

La destruction écologique causée par les projets d‟élevage est de longue portée et souvent irréversible.
Les nutriments de la terre sont vite épuisés, et celle-ci est en outre envahie par de mauvaises herbes
toxiques. En quelques années, la terre est si dégradée qu‟elle doit être abandonnée.
Article fondé sur des informations tirées de : «A Brief History of Agriculture»,
http://www.planetaorganico.com.br/enhistor.htm ; «Asuntos forestales. Deforestación: Bosques
Tropicales en Disminución», http://www.rcfa-cfan.org/spanish/s.issues.12-5.html ; «Throwing a
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Monkey Wrench into the Industrial Farm Machine», Eco-Logical,
http://www.grinningplanet.com/2004/04-06/industrial-agriculture-1-article.htm ; «Saving What
Remains», http://www.mongabay.com/1002.htm ; «Rainforest Destruction. Causes, Effects & False
Solutions», World Rainforest Movement, 1999.
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– La Révolution verte : des cultures d’alimentation aux cultures de domination

En 1944, la Fondation Rockefeller finança l‟introduction d‟une série de technologies dans la
production agricole du Mexique ; c‟était le début du modèle de production agricole appelé «
Révolution verte », centré sur l‟utilisation de « variétés de haut rendement » cultivées sous la forme de
monocultures, accompagnées d‟un paquet technologique qui incluait la mécanisation, l‟irrigation, les
engrais chimiques et l‟utilisation de pesticides.

Au cours des années 60 et 70, la FAO diffusa ces technologies dans le monde entier en annonçant que
la science de la Révolution verte était une recette miraculeuse, destinée à assurer la prospérité, à
éliminer la faim et à garantir la paix.

Depuis cette date et aujourd‟hui encore, l‟application de ce modèle a eu une énorme incidence sur
l‟augmentation des taux de déforestation, car il remplaçait les régions boisées par des monocultures
industrielles à grande échelle. En outre, non seulement la Révolution verte n‟a pas résolu le problème
de la faim dans le monde mais elle l‟a aggravé, car elle a contribué à la perte des moyens de
subsistance des communautés rurales et à leur expulsion vers les zones urbaines. L‟immense majorité
des actuels quartiers marginaux des villes du Sud sont le résultat direct de l‟application de ce modèle.

Les exemples abondent. La région du Punjab, en Inde, a été vantée à l‟époque comme un modèle de la
Révolution verte. Pourtant, vingt années plus tard les résultats étaient tout à fait différents. Au lieu
d‟être un territoire prospère, le Punjab n‟avait plus que des sols attaqués par l‟érosion, des cultures
infestées de ravageurs et des agriculteurs endettés et mécontents. Au lieu d‟avoir trouvé la paix, le
Punjab a hérité les conflits et la violence.

L‟introduction des semences « miraculeuses » a été fondée sur une mesure du rendement qui ne tient
pas compte de la réalité des systèmes de culture. Ce qui était une relation symbiotique entre le sol,
l‟eau, les animaux d‟élevage et les plantes, propre à l‟agriculture indigène et traditionnelle, devient
avec la Révolution verte une interaction de produits : les semences hybrides (et, à l‟heure actuelle, de
plus en plus souvent transgéniques), l‟irrigation et les produits agrochimiques (engrais, pesticides,
herbicides). L‟évaluation des rendements ne tient pas compte des interactions entre ce « paquet » et les
systèmes du sol et de l‟eau, c‟est-à-dire, des effets nocifs de la méthode sur l‟environnement.

En fait, le trait caractéristique des semences de la Révolution verte est qu‟elles répondent très bien à
certains produits extérieurs tels que les engrais et l‟arrosage mais, dès que ceux-ci viennent à manquer,
leur rendement est plus mauvais que celui des semences traditionnelles. D‟autre part, l‟augmentation
de la production d‟une seule espèce se fait au prix de diminuer l‟existence des autres et d‟augmenter
les apports de l‟extérieur ; le « haut rendement » risque donc de ne plus l‟être si l‟on considère
l‟ensemble du système. Dans ce sens, la mesure du rendement est limitée à l‟aspect commercial des
cultures, en sacrifiant les autres utilisations possibles des plantes en question. Ainsi, l‟augmentation de
la production commerciale des cultures s‟est faite au prix de la diminution de la biomasse pour les
animaux et pour le sol, et de la baisse de la productivité de l‟écosystème en raison de la surexploitation
des ressources.

La Révolution verte a créé le cadre pour l‟accès du secteur commercial à l‟agriculture, en provoquant
la dépendance des semences hybrides – la base d‟un marché de semences privé – de faible diversité
génétique. Des siècles d‟innovation paysanne ont été abandonnés. Avec la Révolution verte, le
capitalisme occidental a pénétré au plus profond de la production agricole, et la diversité traditionnelle
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a été remplacée par la production à grande échelle de cultures commerciales, orientée à l‟exportation et
soutenue par le financement des grandes banques, les entreprises productrices de semences et de
produits agrochimiques, les intermédiaires et les organismes multilatéraux qui ont favorisé le modèle.

Non seulement la biodiversité locale se perd – on estime qu‟au cours des 100 dernières années il y a eu
une perte de 75% de la diversité génétique agricole – mais se perdent également les pratiques agricoles
autosuffisantes. Les petits et moyens agriculteurs se voient obligés de s‟endetter pour pouvoir acheter
les produits nécessaires, et se retrouvent prisonniers de marchés sur lesquels ils n‟ont aucun contrôle.

Dans le monde « mondialisé », l‟agriculture a perdu son rôle essentiel, celui de produire des aliments ;
elle est devenue une fabrique de marchandises à commercialiser, suivant les règles d‟un jeu maîtrisé
par les grands capitaux qui dominent le monde. Mais au niveau des êtres humains, l‟agriculture reste
une chose différente. D‟après les autochtones zapotecos d‟Oaxaca, au Mexique : « Quand on sème du
maïs, on met quatre graines par coup, parce qu‟il y en a une pour les animaux sauvages, une autre pour
les voleurs, une autre pour les jours de fête et une autre pour la consommation familiale ; les critères
occidentaux de rendement, d‟efficacité et de productivité sont étrangers à la culture zapoteca. Le maïs
n‟est pas une affaire, c‟est la nourriture qui permet de survivre, qui nous nourrit et nous réjouit ; voilà
pourquoi nous le bénissons avant de le planter, pour demander que la récolte soit bonne pour tous ».

Article fondé sur des informations tirées de : «The violence of the Green Revolution», Vandana Shiva,
1991 ; «Intellectual Property Rights: Ultimate control of agricultural R&D in Asia», GRAIN,
http://www.grain.org/briefings/?id=35 ; «El día en que muera el sol», Silvia Ribeiro, Biodiversidad,
sustento y culturas, nº 3, juillet 2004.
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– La colonisation et le rôle de l’agriculture en bref

À partir du XVe siècle, les progrès de la technologie permirent à l‟Europe de dessiner la carte du
monde par l‟invasion du continent américain, l‟anéantissement de la quasi-totalité de la population
autochtone et la prise du pouvoir économique et politique sans restriction aucune.

L‟économie de l‟Amérique fut restructurée et orientée en fonction des exigences de l‟Europe.
L‟agriculture diversifiée fut remplacée par de vastes plantations qui produisaient du sucre, du coton et
du tabac pour le marché européen, suivant un système de monoculture qui était souvent nuisible pour
le sol après des usages répétés, et qui rendait les pays vulnérables à l‟invasion de maladies qui
ravageaient des récoltes entières. La biodiversité locale disparut ou fut dégradée, et les forêts abattues.

Les plantations américaines étaient fondées sur l‟exploitation des Africains asservis ; l‟Afrique devint
ainsi une annexe de l‟Amérique, et sa fonction consistait à fournir à ce continent de la main d‟oeuvre
esclave. Une centaine de millions d‟Africains furent sauvagement chassés dans ce but.

Au XIXe siècle, la méthode agricole de la monoculture à grande échelle qui avait été introduite en
Amérique fut imposée aussi en Afrique par les Européens, également dans le but de fournir aux
marchés européens des denrées bon marché.

La canne à sucre, le tabac, le coton, le thé, le riz et le café étaient parmi les principaux produits plantés
dans les colonies ; paradoxalement, ces pays avaient dû commencer à importer des aliments, car les
cultures commerciales occupaient en général la plupart, parfois même 80%, des terres agricoles
disponibles.

La plantation de canne à sucre exigeait une main d‟oeuvre considérable (fournie à l‟origine par les
esclaves). Ces plantations, sous forme de monocultures, épuisaient rapidement le sol. En 1700, le
Brésil était le principal producteur de sucre du monde, et la plupart des Indes occidentales étaient
devenues surtout des plantations de canne.

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Le tabac était planté au départ dans de petites fermes. Plus tard, cela fut fait dans de grandes
plantations avec des esclaves. Le coton était lui aussi une matière première essentielle de la révolution
industrielle, centrée au départ sur l‟industrie textile et en particulier sur les produits en coton. Comme
dans les cas du sucre et du tabac, les grandes plantations de coton épuisèrent rapidement le sol.

Le thé devint la culture commerciale dominante dans les économies du Sud-Est asiatique. En Inde, les
plantations de thé furent établies sur les collines de la province d‟Assam, après en avoir abattu les
forêts.

Le riz était cultivé par les paysans du Sud-Est asiatique, pour leur propre consommation ou pour les
marchés locaux, des siècles avant la domination européenne. La Grande-Bretagne annexa la Birmanie
en 1852 et y établit de vastes rizières destinées à l‟exportation de riz vers ce pays (entre 1855 et 1920,
la superficie plantée de riz se multiplia par vingt). D‟autre part, l‟ouverture du canal de Suez en 1869
permit de transporter plus facilement les produits asiatiques. La France occupa l‟Indochine en 1861 et
implanta des transformations du même genre. En Birmanie comme en Indochine, les grandes
plantations chassèrent les petits propriétaires et provoquèrent l‟endettement permanent des métayers.

Le café est originaire de l‟Afrique, mais il fut planté pour la première fois comme culture commerciale
à Ceylan, à la fin du XVIIe siècle, et plus tard à Java. Après l‟épidémie de mildiou des années 1870, la
production de café du Sud-Est asiatique s‟écroula. Le Brésil entra alors en scène et devint le principal
producteur du monde. Les grandes plantations de café épuisant rapidement le sol, de nouveaux champs
étaient défrichés à mesure que le chemin de fer pénétrait de plus en plus profondément dans les forêts.

L‟indépendance des pays américains, puis africains, ne changea pas les structures économiques et
sociales. Les modèles agricoles, commerciaux et fonciers établis durant la période coloniale
persistèrent dans les colonies récemment devenues indépendantes. La diversification s‟avérant
difficile, ces pays essayèrent tout simplement de faire produire davantage les mêmes récoltes d‟avant.
Ceci aboutit à une dépendance encore plus grande des mêmes marchandises et à la recherche
généralisée d‟encore plus de produits à exporter. Les nouvelles élites locales contribuèrent elles aussi à
perpétuer cette dépendance, qui fut renforcée par des traités économiques et financiers avec les
anciennes puissances coloniales et / ou avec leurs successeurs.

Aux premières étapes de l‟impérialisme occidental, l‟Asie ne voulait rien de ce que l‟Europe avait à
offrir. Les puissances européennes ne pouvaient être que des courtiers des produits commerciaux
courants de l‟Asie. Pourtant, le colonialisme européen réussit à transformer le paysage du Sud-Est
asiatique, la vie et les moyens de subsistance de ses peuples, en régularisant, en clôturant et en
fragmentant la région par des moyens tout à fait inconnus jusqu‟alors, diminuant ainsi son identité
d‟ensemble. Entre 1870 et les premières années du vingtième siècle, le colonialisme européen créa
dans le Sud-Est asiatique un système étatique entièrement nouveau.

La production et le commerce de café de la Compagnie hollandaise des Indes orientales couvrirent de
caféiers importés les collines occidentales de Java, dont la production fut vendue en Europe. De même,
les Espagnols cherchèrent à établir aux Philippines, pendant une période de presque cent ans
commençant vers la fin du dix-huitième siècle, le monopole de la production et du commerce du tabac
dans certaines régions de Luzon. À partir des années 1830, les Hollandais forcèrent des millions
d‟agriculteurs javanais à planter d‟énormes quantités de café, de sucre, d‟indigo et d‟autres produits
tropicaux pour leur exportation et leur vente en Europe.

Le modèle productif des monocultures orientées à l‟exportation fut imposé par le système colonial,
dans le passé comme aujourd‟hui, au détriment des gens et des écosystèmes, des forêts en particulier.
Ces civilisations, qui avaient vécu en contact étroit avec la nature, avaient développé avec leur
environnement des rapports équilibrés, qui étaient des références sur lesquelles on pouvait se fonder.
Or, l‟ancienne et la nouvelle colonisation y creusèrent un fossé qui força le monde à s‟engager dans
l‟impasse actuelle.

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Article fondé sur des informations tirées de : «The Third World»,
http://www.yorku.ca/bwall/nats1840/lecturesx4/4x11thirdworld.pdf ; «Reinventing a Region :
Southeast Asia and the Colonial Experience», Robert Elson,
http://www.palgrave.com/pdfs/1403934762.pdf.
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– Le modèle de “développement” à l’origine de la déforestation

L‟agriculture et l‟élevage sont des causes directes de déforestation, mais il faut regarder en profondeur
pour savoir comment ces activités surgissent, ce qui les favorise et qui en profite. On pourrait dire qu‟il
s‟agit d‟un processus en entonnoir. À la périphérie se trouve la partie la plus visible : la disparition des
forêts qu‟elles provoquent. En descendant, on retrouve une série de politiques et de programmes qui
favorisent ces activités, les acteurs qui les appliquent et en profitent et ceux qui, tout en contribuant à
la déforestation, ne sont pas les bénéficiaires de ces politiques mais ses victimes. Finalement, au fond
de l‟entonnoir se trouve l‟origine du processus : un modèle de développement de type industriel, fondé
sur des structures inégales où la concentration de richesse d‟un côté provoque la pauvreté de l‟autre, et
dont la philosophie consiste à considérer le monde – et la nature – d‟un point de vue strictement
commercial.

Nous avons déjà parlé des manifestations les plus visibles de la déforestation provoquée par
l‟expansion de l‟agriculture et de l‟élevage (voir l‟article « Le rôle de l‟agriculture et de l‟élevage dans
la déforestation »). Quant aux politiques qui encouragent ces activités, elles consistent, au plan
national, en une série de mesures gouvernementales telles que les crédits subventionnés (à un taux
d‟intérêt plus bas que le taux commercial), les abattements d‟impôts sur le revenu et d‟impôts
commerciaux, l‟exonération des impôts sur l‟importation de machinerie agro-industrielle ou les
activités de recherche et d‟extension rurale menées par l‟État, qui ont fortement contribué à la
légitimation et à la consolidation du modèle industriel de production agricole.

La propriété de la terre est elle aussi un problème qui figure parmi les causes sous-jacentes de la
déforestation. Les processus ont varié d‟une région du monde à l‟autre, mais ils ont tous en commun le
fait que les terres dont disposaient traditionnellement les communautés – autochtones ou paysannes –
sont livrées à des agents commerciaux nationaux ou étrangers.

Parmi les différents problèmes liés à la propriété de la terre et ayant trait à l‟agriculture et à la
déforestation, les principaux sont les suivants :

- Les droits de la communauté sur leurs territoires sont méconnus, et ces territoires se trouvent dans la
forêt elle-même. Dans ce cas, la population est en général expulsée pour permettre l‟accès à la forêt
d‟agents extérieurs, qui entreprennent de la défricher pour l‟intégrer au circuit de production intensive
destinée à l‟exportation.
Ce processus a été caractéristique en Asie et, en partie du moins, en Afrique.

- Les droits de la population sur leurs territoires sont méconnus, et ces territoires sont extérieurs à la
forêt. Dans ce cas, la population se déplace – spontanément ou encouragée par le gouvernement – vers
la forêt, et le processus de déforestation commence.

Dans le cas de l‟Amérique latine, par exemple, les gouvernements ont utilisé les forêts comme une
sorte de soupape de sûreté destinée à diminuer la pression pour l‟accès à la terre et les problèmes
économiques et sociaux qui en découlent. Ainsi, certains plans de peuplement rural ont facilité le libre
accès à des terres boisées, et se sont souvent accompagnés de projets de construction de routes
financés par la banque multilatérale (ce qui augmente la dette extérieure), de manière à ouvrir et à «
développer » les forêts. Dans d‟autres cas, dans le cadre de projets de « développement », les
programmes de peuplement appliqués ont impliqué que les colons doivent « nettoyer » la terre pour y
avoir droit, ce qui veut dire abattre la forêt. Cette déforestation est considérée comme une «
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amélioration » du sol et comme une manifestation de la volonté des occupants d‟améliorer leur
propriété. La même chose se passe, à quelques différences près, dans le cas de l‟élevage.

L‟Amérique centrale est l‟une des régions les mieux connues où l‟expansion de l‟élevage de bétail a
provoqué une grave déforestation. L‟élevage fait partie de la civilisation des zones rurales de
l‟Amérique centrale depuis l‟époque de la colonisation espagnole. Aux mains des grands propriétaire
terriens, l‟élevage s‟est concentré sur les sols fertiles des vallées dans les haute terres des isthmes et le
long de la côte du Pacifique. Du fait de l‟ouverture des marchés nord-américains à la viande bovine
bon marché, et de l‟amélioration de l‟infrastructure locale dans la deuxième moitié du XXe siècle, les
éleveurs ont élargi leurs opérations et ont pénétré dans les forêts tropicales humides de la côte Nord.
Beaucoup d‟entre eux ont pris possession de vastes étendues de forêts et ont embauché des travailleurs
pour les abattre à la scie et les brûler. Cependant, la méthode la plus courante pour obtenir de
nouveaux pâturages consistait à acheter les « améliorations » que les agriculteurs itinérants avaient
effectuées sur des terres sans titre. Ces « terres améliorées » n‟étaient rien d‟autre que quelques
parcelles de forêt que les agriculteurs avaient défrichées pour les cultiver. L‟éleveur complétait ensuite
le nettoyage du sol, semait de l‟herbe et clôturait la propriété. Une fois la terre transférée à l‟éleveur,
l‟agriculteur déménageait plus loin dans la forêt tropicale pour recommencer le même cycle de
déforestation.

Les politiques internationales ont elles aussi été décisives pour l‟expansion du modèle agricole
industriel. C‟est le cas des programmes d‟ajustement structurel mis au point par les organismes
multilatéraux (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international), que les pays appauvris du Sud
doivent appliquer pour obtenir de nouveaux prêts et des délais pour le remboursement de leurs dettes.
Les programmes d‟ajustement structurel ont encouragé l‟expansion des cultures d‟exportation,
accélérant de ce fait, de manière directe, l‟abattage des forêts pour l‟affectation de la terre à
l‟agriculture ou à l‟élevage, susceptibles d‟apporter des devises. Et, comme nous l‟avons déjà vu, ceci
a très souvent impliqué le déplacement des petits agriculteurs ou des agriculteurs de subsistance, qui
ont été poussés vers les forêts où ils pratiquent l‟agriculture sur brûlis.

Tout cet engrenage a contribué à introduire l‟idée qui est au coeur du modèle de développement : les
activités valables sont celles qui rapportent des bénéfices économiques à court terme. Celles qui ne
génèrent pas directement des valeurs monétaires sont peu appréciées dans un tel contexte, orienté au
marché. Pour que ce type de système fonctionne il faut trois choses qui, à leur tour, sont étroitement
liées : la production à grande échelle, la monoculture (qu‟elle soit végétale ou animale) et la
concentration de la terre et du capital.

Ainsi, les rapports avec la terre, l‟eau, les plantes, les animaux et les semences ont été « désacralisés »
– pour utiliser un terme qui reflète le sentiment propre des civilisations intimement liées à la nature et
aux cycles naturels – et ceux-ci sont devenus de simples « ressources » destinées à l‟obtention de
profits économiques. De leur côté, les modes de relation sociale du système perpétuent l‟inégalité par
des modèles de propriété foncière injustes, par la méconnaissance des droits des peuples autochtones et
traditionnels, par un commerce international qui ne tient pas compte de la valeur véritable des produits
et tire avantage des pratiques monopolistiques et par les modèles de consommation inviables qui sont à
la base du commerce international. Pour l‟idéologie dominante, tout est devenu une marchandise qu‟il
faudra offrir au nouveau dieu du marché mondial bien protégé par ses nouveaux prêtres : les
entreprises multinationales, les organismes multilatéraux et les élites locales au pouvoir.

Article fondé sur des informations tirées de : «Marketing the Earth. The World Bank and Sustainable
Development», FoE, Halifax Initiative, http://www.foe.org/res/pubs/pdf/marketingtheearth.pdf ;
“Asuntos forestales. Deforestación: Bosques Tropicales en Disminución”, http://www.rcfa-
cfan.org/spanish/s.issues.12-5.html ; “Deforestation of Tropical Rain Forests, Rain Forest Report Card,
BSRSI, http://www.bsrsi.msu.edu/rfc/deforestation.html.
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– Palmier à huile et soja : deux exemples de cultures commerciales qui provoquent la
déforestation

Le déboisement des forêts tropicales s‟est produit au rythme de 10 à 16 millions d‟hectares par an
durant les deux dernières décennies, et rien n‟indique qu‟il aille ralentir. Seize pour cent de l‟ensemble
de la forêt amazonienne sont déjà disparus et, chaque jour, 7 000 hectares supplémentaires se perdent,
soit une surface de 10 km sur 7 km. Les causes de cette situation sont complexes et souvent liées entre
elles ; l‟agriculture commerciale à grande échelle en est une.

Parmi les cultures ayant subi ces dernières années l‟expansion la plus rapide dans les tropiques figurent
le palmier à huile et le soja, plantés surtout sous forme de monocultures à grande échelle destinées à
l‟exportation. À l‟échelon mondial, la surface plantée de palmier à huile a augmenté de 43% (10,7
millions d‟hectares), et celle plantée de soja de 26% (77,1 millions d‟hectares) entre 1990 et 2002. Les
politiques gouvernementales ont facilité cette expansion, qui s‟est produite surtout en Indonésie et en
Malaisie (pour le palmier à huile), et en Argentine, aux États-Unis et au Brésil (pour le soja). Au
Brésil, il y avait en 1940 seulement 704 hectares de champs de soja ; en 2003, il y en avait 18 millions.

La conséquence la plus directe de ce processus a été, en Indonésie, le défrichage d‟environ 2 millions
d‟hectares de forêt tropicale, et dans la région Centre-Ouest du Brésil la perte de vastes régions
boisées, pour faire de la place aux plantations de palmier à huile ou de soja. Les pesticides et les
herbicides inhérents à ces monocultures tuent les derniers vestiges de la biodiversité susceptible de
coexister avec les plantations, et diminuent considérablement les chances de restauration de l‟habitat.
En Indonésie comme au Brésil, les entreprises plantant du palmier à huile et du soja ont été associées à
des incendies dévastateurs qui, rien qu‟en 1997-1998, ont détruit plus de 11,7 millions d‟hectares de
forêt et d‟autres types de végétation en Indonésie, et 3,3 millions d‟hectares dans l‟État amazonien de
Roraima, dans le Nord du Brésil.

Le soja est très approprié à la culture à grande échelle et à forte intensité de capital. Les produits
dérivés principaux sont le tourteau de soja (le plus répandu au monde pour l‟alimentation du bétail) et
l‟huile de soja (l‟huile végétale la plus consommée de toutes). Une petite partie seulement de la récolte
est destinée, sous forme de graines, à la consommation humaine, en Asie surtout. La demande
croissante de fourrage en Europe a accéléré la production de soja, comme l‟a fait, plus récemment, la
demande croissante d‟huile en Chine.

Le Brésil est le deuxième producteur du monde (avec 50 millions de tonnes ou 26% de la production
mondiale en 2003). Les parts du marché de l‟Argentine, du Paraguay et de la Bolivie sont
respectivement de 18%, 2% et 1%. D‟autres grands producteurs sont la Chine (8%) et l‟Inde (2%).

Cultivé traditionnellement dans les régions tempérées et subtropicales, le soja se répand maintenant
dans les régions tropicales. La région amazonienne est affectée par cette expansion depuis que de
nouvelles variétés de soja de haut rendement ont été spécifiquement développées pour ces latitudes.
D‟après les chiffres de l‟Institut national de la Recherche spatiale du Brésil, la déforestation de
l‟Amazonie a augmenté de 40% en 2002, en raison surtout des pressions pour remplacer la forêt par
des plantations de soja et des ranchs d‟élevage.

L‟Argentine s‟est tournée vers la production de soja génétiquement modifié ; on estime que, jusqu‟en
2003, l‟expansion du soja s‟est faite aux dépens d‟autres récoltes, tandis qu‟à présent 75% de
l‟augmentation de la surface plantée ont lieu dans les zones humides du Chaco, et les 25% restants
dans la forêt atlantique de la province de Misiones.

En Bolivie, l‟expansion du soja s‟est faite dans les forêts sèches de Chiquitano ; au Paraguay, dans la
forêt atlantique. Bien que le soja génétiquement modifié soit illégal ou soumis à des restrictions
sévères, on le plante de plus en plus au Paraguay et dans le Sud du Brésil.

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La trituration et le commerce du soja dans les quatre pays sud-américains producteurs sont entre les
mains d‟un nombre limité de grandes sociétés commerciales internationales : Archer Daniels Midland
(ADM), Bunge et Cargill (les trois basées aux États-Unis et contrôlant 80% de l‟industrie européenne
de trituration de soja), et la société française Louis Dreyfus. Bien que ces sociétés n‟investissent
généralement pas dans la plantation de soja, elles ont beaucoup d‟influence sur l‟expansion du secteur.
Les cultivateurs de soja sont souvent très dépendants de ces sociétés d‟export-import pour ce qui est
des semences, des crédits, etc.

Les partenaires financiers des quatre sociétés mentionnées sont ABN AMRO Bank (Pays-Bas), Bank
of America (États-Unis), BNP Paribas (France), Citigroup (États-Unis), Commerzbank (Allemagne),
Crédit Agricole (France), Crédit Lyonnais (France), Crédit Suisse (Suisse), Deutsche Bank
(Allemagne), HSBC Bank (Royaume-Uni), ING Bank (Pays-Bas), IntesaBci (Italie), J.P. Morgan
Chase & Co (États-Unis), Rabobank (Pays-Bas) et Société Générale (France).

Le palmier à huile est originaire de l‟Afrique centrale, où il est une culture de base essentielle à la
subsistance des petits agriculteurs. Mais, partout ailleurs, il est devenu une grosse affaire et il est
cultivé surtout dans des plantations à grande échelle. On en tire l‟huile de palmiste, la deuxième huile
comestible consommée au monde (après le soja), qui a aussi bien d‟autres usages, du shampoing aux
frites en passant par les aliments congelés et les cosmétiques.

Les plantations commerciales de palmier à huile se sont répandues dans les tropiques et elles ont des
dimensions considérables dans le Sud-Est asiatique, en particulier en Malaisie, en Indonésie et en
Papouasie-Nouvelle-Guinée, où elles sont la cause principale de la destruction des forêts tropicales.
Les chiffres de l‟industrie montrent que presque la moitié (48%) des plantations de palmier à huile
dans cette région sont établies dans des forêts primaires ou secondaires. L‟utilisation du feu pour le
défrichage a été la cause principale des incendies qui ont ravagé en 1997 les forêts indonésiennes et
couvert toute la région d‟un smog dévastateur.

La plantation de palmier à huile a provoqué aussi beaucoup de souffrance chez les habitants et la
destruction des terres boisées dont ils dépendaient. En Indonésie, ces plantations ont été associées au
déplacement des communautés. Entre ces communautés, qui ne possèdent aucun droit formel sur leur
territoire traditionnel, et les sociétés autorisées par le gouvernement à transformer la forêt en
plantations, le déséquilibre de pouvoir est grand (voir «The Bitter Fruit of Oil Palm» :
http://www.wrm.org.uy/plantations/material/oilpalm.html).

D‟après la FAO, le couvert forestier a diminué de 12% en Indonésie et en Malaisie dans les années
1990. Une bonne partie de cette perte était attribuée dans le passé aux cultures sur brûlis pratiquées par
les communautés locales, et aux activités des entreprises forestières qui exploitaient la forêt pour le
bois, la pâte et le papier. En outre, le rôle des plantations de palmier à huile est passé presque inaperçu
parce que les industriels allèguent que, les plantations étant souvent situées dans des régions dont on a
préalablement extrait le bois, leurs opérations impliquent très peu de destruction « directe » de la forêt.

En effet, une bonne partie des terres déboisées pour la culture du palmier à huile avaient déjà été
exploitées et, vues de l‟extérieur, pouvaient être considérées comme « dégradées » et donc sans valeur.
Pourtant, on oublie que ces forêts « dégradées » restent souvent l‟habitat d‟une grande variété
d‟espèces, et que cet habitat est détruit quand la forêt est remplacée par des palmiers. Les études
menées ont montré qu‟une plantation de palmier à huile ne peut nourrir que 0 à 20% des espèces de
mammifères, oiseaux et reptiles que l‟on trouve dans une forêt tropicale primaire. Ces espèces qui
survivent ne trouvent pas assez de nourriture dans le nouvel environnement et entrent souvent en
conflit avec les êtres humains dans la plantation et autour d‟elle. Pendant quelque temps après le
défrichage, les travailleurs et les paysans rencontrent des éléphants, des orangs-outans, des tigres, des
porcs-épics et des sangliers ; les résultats de ces rencontres sont souvent graves et parfois fatals.


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Sans sous-estimer l‟importance de la destruction des forêts pour ce qui est de la biodiversité et du
changement climatique, il faut savoir que ce sont les communautés locales qui en subissent les
conséquences immédiates. Ces communautés dépendent des forêts, qu‟elles gèrent souvent en
application de leur loi traditionnelle, pour leur subsistance et leurs revenus, ainsi que pour leurs
pratiques religieuses et culturelles. La déforestation bouleverse complètement leur mode de vie.

Les économies d‟échelle exigent qu‟une plantation de palmier à huile ait une étendue minimale de 4
000 hectares permettant de faire fonctionner une usine pour le traitement des fruits frais. Dans le Sud-
Est asiatique, une société individuelle gère en moyenne une plantation de 10 000 à 25 000 hectares. En
général, ces sociétés font partie de grands holdings agro-industriels qui possèdent des propriétés de
100 000 à 600 000 hectares dans plusieurs provinces et pays.

Les projets de plantation de palmier à huile sont développés non seulement en Malaisie, Indonésie et
Papouasie-Nouvelle-Guinée, mais aussi dans beaucoup d‟autres pays : Philippines, Vietnam,
Cambodge, Thaïlande, Birmanie, Inde, îles Salomon, Kenya, Tanzanie, Congo, Cameroun, Nigeria,
Libéria, Guinée, Ghana, Côte d‟Ivoire, Guyana, Brésil, Colombie, Équateur, Nicaragua, Costa Rica et
Mexique.

Les impacts des plantations de soja et de palmier à huile sur la société et sur l‟environnement suscitent
aujourd‟hui de plus en plus d‟inquiétude, car il est prévu que ces deux cultures s‟étendent encore
davantage dans les pays mentionnés et ailleurs.

Article fondé sur des informations tirées de : “Oil Palm and Soy: The Expanding Threat to Forests”,
“Soy Expansion - Losing Forests to Fields”, WWF Forest Conversion Initiative, juillet 2003,
http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/WWF_OIL_PALM_AND_SOI.pdf ; “Accommodating
Growth : Two scenarios for soybean production growth”, Jan Maarten Dros, AIDEnvironment,
novembre 2003, http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/1122_Soy_quick_scan_v6.pdf ;
“Corporate actors in the South American soy production chain”, Jan Willem van Gelder, Jan Maarten
Dros, novembre 2002,
http://www.wwf.ch/images/progneut/upload/South%20American%20soybean%20actors%20WWF%2
0021126.pdf ; “Greasy palms - palm oil, the environment and big business”, mars 2004,
http://www.foe.co.uk/resource/reports/greasy_palms_summary.pdf ; “Greasy Palms - The social and
ecological impacts of large-scale oil palm plantation development”, mars 2004,
http://www.foe.co.uk/resource/reports/greasy_palms_impacts.pdf.


                        LA DESTRUCTION DES FORÊTS FOR EXPORT

AFRIQUE

– Côte-d’Ivoire : le cacao, encore une cause de la déforestation

Comme la plupart des pays du Sud, la Côte-d‟Ivoire a hérité de la période coloniale son rôle
d‟exportateur de produits agricoles tropicaux. À part l‟ivoire qui lui donne son nom, le pays avait peu
de chose à offrir avant la colonisation, si on le compare à son voisin de l‟Est, le Ghana, où il y avait de
l‟or. Donc, lorsque les Français arrivèrent dans la région vers 1880 ils trouvèrent que le plus simple
était d‟utiliser pour la production agricole ces vastes terres fertiles couvertes de forêts tropicales.
Suivant la division coloniale du travail pratiquée par la France, la Côte-d‟Ivoire devait fournir aux
marchés français des cultures de rente ; ainsi, la culture du cacaotier y fut introduite en 1912 par les
autorités coloniales. C‟était le début de l‟histoire du cacao dans le pays. A la fin des années 1900,
l‟organisation commerciale de la France en Afrique occidentale, avec des entreprises telles que la
Compagnie Française d‟Afrique Occidentale (la première société d‟export-import implantée en Côte-
d‟Ivoire) jeta les bases pour le développement de l‟agriculture capitaliste, avec des stations de
recherche dans le Sud pour l‟amélioration des variétés de semences et pour le traitement des maladies
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des plantes. Ce type de développement ne changea pas outre mesure après l‟indépendance du pays en
1960.

Chaque année, la Côte-d‟Ivoire produit environ 40 pour cent du cacao du monde pour l‟élaboration de
chocolat. Le cacao est cultivé dans de vastes plantations et par des agriculteurs individuels, et il a eu de
lourdes conséquences pour les forêts tropicales du pays. La forêt tropicale ivoirienne, qui couvrait 12
millions d‟hectares, n‟a plus que 2,6 millions d‟hectares aujourd‟hui. Quant à la superficie plantée de
cacao, elle est passée de 500 000 hectares en 1975 à quelque 2 millions d‟hectares à présent, et cette
expansion a été responsable de presque 14% de la déforestation du pays.

Mis à part son impact direct sur les forêts, ce type de développement agricole s‟accompagne de la
construction de routes qui détruisent des kilomètres additionnels de forêts, que ce soit directement, par
la route elle-même, ou indirectement, en frayant la voie vers de nouvelles régions boisées pour
l‟extraction de bois.

Les conséquences de cette dévastation ont changé l‟écosystème et affecté la flore et la faune, ainsi que
les conditions de vie dans les zones rurales. L‟utilisation de produits agrochimiques a pollué le sol et
l‟eau. Pour aggraver encore les choses, la culture de différents arbres (cacaotier, cocotier, caoutchouc,
caféier) implique l‟utilisation de différents produits chimiques dans chaque plantation. Ces produits
chimiques altèrent la composition biologique du sol et ont un effet négatif sur la biodiversité aquatique
et terrestre. Les produits chimiques déposés dans le sol sont charriés par les pluies vers les rivières ; de
ce fait, les fleuves et les ruisseaux ont maintenant moins de poissons qu‟avant. Mais le plus grave est la
désertification évidente de la partie Nord du pays, qui a modifié le climat et la saison des pluies.

Le modèle agricole orienté à l‟exportation a détruit la plupart des forêts humides du pays (ont le bois a
été exporté) ; malheureusement, il n‟a pas réussi à empêcher la Côte-d‟Ivoire de figurer à la 163e place
(sur 180 pays classés) dans l‟indice de Développement humain des Nations unies ; en vérité, c‟est ce
modèle qui est à l‟origine du problème.

Article fondé sur des informations tirées de : «Cocoa Trade in Cote d‟Ivoire (COCOA)», Trade and
Environment Database (TED), http://www.american.edu/TED/cocoa.htm ; «Shade Grown Cacao»,
Koffi N‟Goran,
http://nationalzoo.si.edu/ConservationAndScience/MigratoryBirds/Research/Cacao/koffi2.cfm.
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– Ghana : la déforestation est le fait des exploitants forestiers et des politiciens, et non des petits
agriculteurs

Ce qui reste des forêts du Ghana est, tout au plus, un quart de celles qu‟il y avait à l‟époque
précoloniale. Les exploitants forestiers et les politiciens ont provoqué la plupart de cette déforestation,
bien qu‟ils essayent d‟en accuser les agriculteurs. Mais le fait est que, tout le long du vingtième siècle,
les agriculteurs ont eu très peu de contrôle sur les arbres de leur pays. Les colonisateurs britanniques
donnèrent les droits sur les arbres aux chefs, qui ne tardèrent pas à les vendre aux bûcherons, ou bien
ordonnèrent de les abattre pour les remplacer par des plantations de cacao. Après l‟indépendance, le
gouvernement réclama la propriété de tous les arbres et de toutes les terres et en vendit la plupart aux
exploitants de bois. Les planteurs de cacao vinrent ensuite s‟installer dans les zones récemment
défrichées. Or, le cacao poussant mieux à l‟ombre, les petits agriculteurs conservent en général le
couvert forestier. Mais après des décennies de mauvaises politiques forestières, et du fait de la
corruption du département forestier, les agriculteurs ne recevaient aucune compensation pour les
arbres que les exploitants coupaient sur leurs terres, et ne gardaient que des champs ruinés. Les
autorités gouvernementales – souvent stimulées par des pots-de-vin – fixaient des redevances très
faibles pour les arbres abattus, et la plupart du temps ne les réclamaient même pas. La forte demande
pour le bois asiatique, jointe aux nouvelles usines financées par la Banque mondiale, plongèrent dans
la crise le secteur du bois.
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Les réformes adoptées dans les années 1990 sont arrivées trop tard et n‟ont changé que peu de chose.
Du fait des fortes pressions de la société civile et des donateurs, le gouvernement a mis en place, en
rechignant, une poignée de réformes symboliques qui étaient censées faire participer les communautés
à quelques projets isolés. Mais les agriculteurs n‟ont toujours pas voix au chapitre lorsqu‟il s‟agit
d‟adopter des politiques forestières, de décider si leurs terres seront données en concession ni de
choisir quels arbres peuvent être coupés chez eux par les entreprises.

Pour se soustraire à leur responsabilité, les exploitants forestiers et les politiciens prennent les
agriculteurs pour boucs émissaires. La même chose arrive à Madagascar, au Sénégal et dans beaucoup
d‟autres pays de l‟Afrique. Les histoires sur les paysans destructeurs qui cultivent sur brûlis sont
reprises par les savants naïfs et par les entreprises internationales de produits pour l‟agriculture qui ne
cherchent que leur intérêt. Les fabricants d‟engrais disent que les gouvernements doivent pousser ces
agriculteurs „destructifs‟ à acheter davantage de fertilisants, pour augmenter la productivité de leur
terre et arrêter l‟expansion. Les entreprises biotechnologiques affirment que les nouvelles semences
génétiquement modifiées permettront aux paysans de multiplier le rendement de leurs terres actuelles.
Ce faisant, on nous empêche de voir les vrais méchants et nous perdons la possibilité d‟introduire dans
les politiques et la gouvernance de véritables changements susceptibles de favoriser la conservation et
la réhabilitation des forêts.

Aaron deGrassi, adresse électronique : degrassi@ocf.berkeley.edu. Article fondé sur : deGrassi, Aaron
(2003. Constructing Subsidiarity, Consolidating Hegemony: Political Economy and Agro-Ecological
Processes in Ghanaian Forestry. Washington, DC: World Resources Institute. Environmental
Governance in Africa, document de travail nº 13, deGrassi, Aaron (2003). (Mis)Understanding change
in agro-environmental technology in Africa: Charting and refuting the myth of population-induced
breakdown. In: Zeleza, P.T. et Kakoma, I. (éd.), In Search of modernity: Science and Technology in
Africa. Trenton: Africa World Press, p. 473-505.
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– Sénégal : la déforestation provoquée par l’expansion des monocultures d’arachide

Le Sénégal fut ouvert au marché européen à partir de 1444, lorsque les Portugais y établirent des
comptoirs commerciaux le long des rives du fleuve Sénégal : Gorée (qui devint plus tard un poste
important du commerce d‟esclaves), Rufisque, et d‟autres vers le Sud.

Au cours des luttes européennes pour le pouvoir le long de la côte africaine, les Portugais furent
déplacés par les Hollandais, puis par les Français. À l‟époque de la Seconde Guerre mondiale, les
colonisateurs français entreprirent d‟y cultiver des arachides pour l‟exportation. Les monocultures de
ce produit poussèrent au défrichage des forêts et contribuèrent à la déforestation et à la désertification.
Des routes furent construites par des forçats pour l‟exportation des cacahuètes, et l‟adoption de cette
culture empêcha les résidents de cultiver le riz africain, qui avait pour eux des connotations culturelles
et spirituelles. Après la période coloniale, les Français continuèrent à essayer de couper les liens entre
les groupes ethniques traditionnels du Sénégal et leurs rizières et forêts, afin qu‟ils continuent de
cultiver les arachides pour les marchés français.

Le Sénégal a toujours utilisé les recettes de l‟exportation d‟arachides pour financer l‟importation de
produits alimentaires, en particulier des céréales comme le riz et le blé. Pourtant, à partir des années
1970, en raison de la chute mondiale des prix de l‟arachide et de ses produits dérivés, des mauvaises
conditions climatiques, des bouleversements économiques nationaux et internationaux et de
l‟apparition de produits de remplacement, la capacité de génération de revenus des exportations
d‟arachide s‟est vue considérablement réduite. D‟autre part, la production d‟arachides a provoqué la
dégradation environnementale d‟un écosystème déjà fragile, le Sahel. Elle empêche également la
production de cultures alimentaires essentielles, telles que le millet, le sorgho, le riz et le maïs. La

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diminution des revenus de l‟arachide, jointe à l‟augmentation des importations vivrières, estimées à
700 000 tonnes par an, a provoqué une crise chronique de la balance de paiements du Sénégal.

Malgré cela, le Sénégal est encore aujourd‟hui l‟un des plus grands exportateurs d‟arachides. Cette
culture dont dépend l‟économie du pays utilise une part de plus en plus grande (plus de la moitié) de la
superficie cultivée, dans une région écologique soumise à des cycles périodiques de sécheresse.

La déforestation, le surpâturage, l‟érosion du sol et la désertification sont quelques-uns des problèmes
environnementaux les plus graves du pays, provoqués en partie par l‟expansion rapide et la
dépendance permanente de la culture de l‟arachide. Ces signes de dégradation environnementale sont
encore plus visibles dans la région du Bassin de l‟Arachide. Dans les années 1960, l‟État avait
encouragé les agriculteurs à abattre les arbres pour élargir l‟étendue des plantations d‟arachide, ce qui
a créé un cercle vicieux de déforestation, d‟érosion du sol, d‟inondations et de sécheresses périodiques
qui ont dévasté l‟agriculture de la région. La grande majorité des habitants des régions sahélienne et
sahélienne-soudanienne dépendent de l‟agriculture pour leur subsistance, mais la dégradation du sol et
la désertification rendent leur capacité d‟autosuffisance de plus en plus précaire.

L‟exemple suivant illustre la situation générale dans beaucoup d‟endroits du pays :

« Dans le département de Bambey, à 100 km de Dakar, il n‟y a pas grand-chose à voir. Le paysage
s‟étend sans fin, interrompu seulement par quelques arbres rabougris ensevelis sous la poussière. Les
tempêtes de sable ravagent la région de janvier à mai. Le sol a perdu son couvert protecteur et reste
exposé aux forces implacables du soleil et du vent. Çà et là, entre des villages épars, quelques
troupeaux luttent pour survivre en broutant les dernières touffes d‟herbe sèche qui restent de l‟hiver
dernier. Et pourtant, „cette vallée donnait des arachides qui étaient la fierté des tribus Baol-Baol et
Sérère‟, rappelle le président de la communauté rurale de Lambaye. Il ne peut toujours pas accepter la
chute de la production d‟arachides, ni les dommages que cette culture a provoqués au sol. Aujourd‟hui,
beaucoup de villages du Sénégal perdent leurs habitants : les hommes les quittent pour aller à Touba, à
Dakar ou à l‟étranger. Les seuls qui restent derrière sont les femmes et les enfants. »

Article fondé sur des informations tirées de : «Casamance River‟s Native Rice Bonds Sacred
Traditions», Mark Millar, http://www.cmaq.net/es/node.php?id=16588 ; «Senegal‟s Trade in
Groundnuts: Economic, Social and Environmental Implications», Coura Badiane,
http://www.american.edu/TED/senegal-groundnut.htm.
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AMÉRIQUE LATINE

– Les plantations de bananes en Amérique latine

En termes de valeur brute de production, les bananes sont la quatrième culture vivrière, après le riz, le
blé et le maïs. L‟Amérique latine domine la production mondiale de bananes, qui sont cultivées surtout
dans de vastes monocultures.

Le secteur bananier a été un pilier économique de l‟Amérique latine depuis les années 1950, lorsque la
hausse des prix et la demande croissante dans les pays du Nord (l‟Amérique du Nord et l‟Union
européenne captent plus de 60 pour cent des importations du monde), ont conduit à une rapide
expansion de la production. Les bananes sont un produit et, comme pour la plupart des produits du Sud
consommés dans le Nord, plus de 90% du prix payé par le consommateur reste dans le Nord et n‟arrive
jamais au producteur. Le commerce mondial des bananes est contrôlé presque uniquement par trois
sociétés transnationales.

En Amérique latine, les principaux producteurs de bananes pour l‟exportation sont l‟Équateur, le Costa
Rica, la Colombie, le Guatemala, le Honduras et le Panama. Néanmoins, d‟autres pays, tels que le
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Brésil, les États caraïbes des îles Windward (Sainte-Lucie, Dominique, Grenade, Saint-Christophe-et-
Nevis et Saint-Vincent), la Jamaïque, la République dominicaine et le Surinam sont eux aussi
d‟importants producteurs.

Les bananes en provenance des plantations de l‟Amérique latine sont les moins chères de toutes,
surtout parce que les coûts sont « externalisés », c‟est-à-dire payés par d‟autres, en l‟occurrence par les
travailleurs des plantations et par l‟environnement. Si ces coûts étaient « internalisés », en payant des
salaires décents aux travailleurs et en éliminant les dégâts à l‟environnement, la différence de prix
disparaîtrait.

L‟augmentation de la production a été obtenue en améliorant les rendements (par l‟utilisation accrue
de fertilisants et de pesticides) et en élargissant les surfaces cultivées.

Ceci a eu des conséquences fortement négatives pour les hommes et pour l‟environnement.

Les plantations de bananes ont été établies dans des régions de forêts humides dégradées. Ces sols
tropicaux ont la caractéristique qu‟ils dépendent de la biomasse de la forêt qui les couvre. Une fois le
couvert forestier éliminé, la productivité et la fertilité du sol commencent à diminuer, et cette
diminution s‟accélère après les deux premières années. C‟est pourquoi les producteurs de bananes ont
besoin de grandes étendues de terre et d‟une expansion continuelle, pour compenser la chute de la
production à l‟hectare. En outre, les entreprises bananières préfèrent ces sols de faible densité pour
deux raisons : a) ils ont un taux élevé de matière organique ; b) ils ne demandent presque pas de
modification ni d‟attention.

Sur les plus de 300 variétés de bananes qui existent, la plus connue et la plus profitable est la Dwarf
Cavendish. Cette variété dépourvue de graines doit être multipliée en coupant et en replantant une
section de la plante adulte, de sorte que toutes les générations sont identiques du point de vue
génétique. Des milliers de plantations de la région cultivent ces plantes qui, génétiquement
homogènes, sont particulièrement vulnérables aux maladies et aux ravageurs.

Pour contrôler les poussées de ravageurs dans les plantations de grandes dimensions, de fortes doses de
pesticides sont utilisées, en particulier lorsque la production est destinée à l‟exportation, car le marché
exige des fruits sans défauts.

Ces pesticides sont appliqués en permanence durant les dix mois de la période de croissance. Pendant
cette période, les plantations reçoivent entre 40 et 60 pulvérisations aériennes de pesticides. En outre,
les travailleurs utilisent des pulvérisateurs dorsaux pour appliquer deux à quatre fois par an des
nématicides, et des herbicides tels que le paraquat et le glyphosate de huit à douze fois par an. Les
fertilisants sont appliqués pendant toute la période de croissance. De même, les travailleurs couvrent
les régimes de bananes en maturation avec des sacs en plastique, qu‟ils enlèvent plus tard ; ces sacs
sont imprégnés de chlorpyrifos, un insecticide aux phosphates organiques. Dans les hangars
d‟emballage, les bananes sont coupées et lavées avec de l‟eau mêlée de pesticide, et les travailleurs
leur en appliquent encore d‟autres pour éviter la « pourriture de couronne » pendant le transport.
Finalement, ils placent les bananes dans des cartons, souvent sans mettre des gants de protection. Cette
utilisation intensive de pesticides est extrêmement dangereuse pour eux.

Des études menées par l‟Université nationale d‟Heredia, au Costa Rica, révèlent que les taux
d‟empoisonnement par pesticides sont trois fois plus élevés dans les régions bananières que dans le
reste du pays. On a découvert également chez les travailleurs des bananeraies une incidence croissante
du cancer et de la stérilité. D‟autres maladies courantes probablement dues à l‟exposition aux
pesticides sont les allergies et les affections pulmonaires. Dans un cas bien documenté, des milliers de
travailleurs bananiers de l‟Amérique latine ont été stérilisés du fait de leur exposition au nématicide
Nemagon (Dibromochloropropane – DBCP).

                                                                                                          16
Les fumigations aériennes et les écoulements de pesticides contaminent l‟eau utilisée par les
travailleurs, par leurs familles et par les communautés voisines. L‟usage de pesticides a provoqué la
mort généralisée de poissons, détruisant ainsi une source d‟aliments importante et dévastant les
écosystèmes environnants. Dans certaines régions, le sol a été tellement imprégné de pesticides qu‟il
n‟est plus apte à l‟agriculture.

Au fur et à mesure que les entreprises bananières ont augmenté leur production, de vastes forêts, des
habitats et des pâturages ont été rasés. Au Costa Rica, le gouvernement a contribué au processus en
modifiant le classement des terres pour qu‟elles puissent être affectées à la culture des bananes. De
1979 à 1992, l‟expansion de ces plantations a été responsable de la déforestation de plus de 50 000
hectares de forêt primaire et secondaire dans la province Limon du Costa Rica. La situation est la
même dans la plupart des pays producteurs de bananes.

Dans leur processus d‟expansion, les entreprises bananières font pression sur les agriculteurs des
environs pour qu‟ils leur vendent leur terre. Ceux qui résistent se voient refuser les crédits, les services
d‟extension agricole et les marchés pour leurs produits. En outre, on leur interdit d‟introduire les
bananes créoles traditionnelles pour éviter la propagation de l‟affection fongique Micosphaerella
fijensis (Sigatoka noire). Dans ces circonstances, il n‟est pas étonnant que beaucoup de ces paysans
indépendants deviennent des employés des plantations de bananes. La même chose arrive aux peuples
autochtones qui sont déplacés de leurs terres et qui finissent généralement par travailler dans les
plantations.

La pénurie d‟emplois et l‟inexistence ou la faiblesse des syndicats favorisent un climat d‟insécurité ;
les travailleurs des plantations sont vulnérables à l‟exploitation et craignent de s‟organiser.
L‟insécurité du travail est encore exacerbée par les pratiques des industriels, qui embauchent des
travailleurs à la journée, prolongent la journée de travail, éliminent les conventions collectives,
renvoient les travailleurs sans justification (par exemple, lorsqu‟ils sont soupçonnés d‟être
sympathisants des syndicats), payent à la tâche pour éviter les salaires minimum, et renvoient les
employés avant la fin des trois mois d‟essai, car plus tard ils auraient droit à des bénéfices. Les
travailleurs sont forcés de vivre sur une base transitoire qui rend très difficile la stabilité familiale.
L‟insécurité de l‟emploi et la pauvreté s‟accompagnent souvent de malnutrition et de mauvaise santé,
aggravées encore par la fréquence des troubles de la croissance et du système nerveux dont souffrent
les enfants, en raison de leur exposition aux pesticides présents dans l‟air, la nourriture et l‟eau. Ces
enfants ont peu d‟accès aux écoles ou un rendement scolaire insuffisant par rapport à celui des enfants
des villes. Ainsi, les générations futures sont condamnées au même sort que leurs parents, et le cycle
recommence.

L‟expansion bananière a été une source de problèmes pour l‟Amérique latine. Les invasions, les coups
d‟État et les dictatures qui ont eu lieu en Amérique centrale, avec l‟appui des États-Unis, ont presque
toujours été liés aux intérêts des sociétés bananières nord-américaines dans la région. Les «
républiques bananières » ont été le résultat de ces interventions, qui ont impliqué des violations
généralisées des droits humains. Les forêts riches en biodiversité ont été détruites et supplantées par
des rangées sans fin de bananiers génétiquement identiques poussant dans un environnement
contaminé qui empoisonne les gens et la nature.

Article fondé sur des informations tirées de : “Support Banana Workers: Bring Justice to the Table”,
Global Pesticide Campaigner (volume 14, numéro 1), avril 2004, par Kate Mendenhall et Margaret
Reeves. L‟article complet est disponible sur :
http://www.panna.org/resources/gpc/gpc_200404.14.1.06.dv.html,
http://www.newint.org/issue317/facts.htm ;
http://www.theecologist.net/files/docshtm/articulo.asp?cod=100211 ; Banana Link,
http://www.bananalink.org.uk/ ; "The World Banana Economy 1985-2002",
http://www.fao.org/es/esc/common/ecg/47147_en_WBE_1985_2002.pdf ;
Banana Republic: The United Fruit Company, http://www.mayaparadise.com/ufc1e.htm.
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– Argentine : le soja pénètre dans les forêts du Chaco

D‟après un rapport officiel récent, l‟Argentine a perdu 70% de ses forêts indigènes : des 105 millions
d‟hectares d‟autrefois, il ne reste plus aujourd‟hui que 33 millions. Les forêts les plus touchées ont été
celles de la région Nord et Centre, dans les provinces de Santiago del Estero, Salta, Chaco, Formosa,
Misiones, Entre Ríos et Santa Fe. Dans un secteur de la province de Salta il a été découvert que le taux
annuel de déforestation est trois fois supérieur à la moyenne mondiale.

Ce processus de destruction de la forêt est attribué pour une bonne part à l‟expansion de la production
de soja qui, il y a 30 ans, a commencé a se développer au centre de la pampa humide (le Nord de la
province de Buenos Aires, le Sud de celle de Santa Fe et le Sud-Ouest de celle de Cordoba). Dès les
années 90, plus de la moitié des terres de cette région étaient plantées de soja, et la chute du prix
international de ce produit a accéléré son expansion vers d‟autres zones des provinces concernées et
vers de nouvelles provinces nord-orientales (Santiago del Estero, Chaco, Formosa et Entre Ríos),
couvrant ainsi des régions boisées qui ont subi de ce fait un taux de déforestation très élevé. Le mode
de défrichage le plus rapide est l‟incendie des forêts ; ensuite, les bulldozers enlèvent les arbres
abattus.

Les conséquences de cette transformation n‟ont pas tardé à se faire sentir de manière tragique. D‟après
un rapport de la Commission technique de l‟Université du Littoral, le déboisement et le peu de
perméabilité des sols soumis à la production intensive de soja ont contribué en grande mesure au
débordement du fleuve Salado, qui prend sa naissance au Chaco. Les inondations qui se sont produites
fin 2003 ont fait 24 morts dans la ville de Santa Fe.

Des milliers d‟hectares de la forêt millénaire du Chaco (« L‟Impénétrable ») sont abattus depuis des
décennies par les entreprises forestières et, depuis quelques années, par les entreprises de production
de soja. Il y a dans ces forêts des terres domaniales, souvent propriété ancestrale des peuples
originaires. Depuis décembre dernier, une nouvelle loi, adoptée par le gouvernement du Chaco, facilite
encore l‟abattage de la forêt indigène. Des organisations sociales et environnementales préviennent
que, si l‟on continue sur cette voie, il n‟y aura plus de forêt dans dix ans. C‟est pourquoi elles ont
présenté à la Justice locale une pétition contre la loi 5285 que le gouvernement de la province a
approuvée en décembre dernier, et qui modifie la Loi des Forêts 2386. Ces organisations sont d‟accord
que la loi en question n‟était pas bonne, mais elles affirment que la nouvelle est encore plus mauvaise.
Les organisations Endepa, Funam et Incupo, entre autres, dénoncent que la norme est
inconstitutionnelle parce que les peuples originaires n‟ont jamais été appelés à y participer, comme
prévu par la Constitution nationale et par la Convention 169 de l‟OIT. Elles affirment en outre qu‟elle
encouragera encore la destruction de la forêt indigène.

La vente incessante de terres domaniales « enlève la forêt du Chaco aux Indiens Wichí, Quom et
Mocoví. Ce que le gouvernement considère comme un progrès est en fait un génocide dissimulé. Les
législateurs et le gouvernement de la province doivent savoir qu‟à cause de cette loi et de la vente
permanente de terres domaniales à des producteurs agricoles, les communautés autochtones perdent
leurs territoires à jamais, et que la disparition des forêts où elles trouvaient leur nourriture et leurs
médicaments naturels fait augmenter le nombre de leurs malades et de leurs morts », a déclaré le
docteur Raúl A. Montenegro, de l‟organisation Funam.

De leur côté, en mai de cette année la Pastorale sociale de l‟Église catholique de Santiago, la Mesa de
Tierras, le Mouvement paysan de Santiago del Estero (Mocas), l‟organisation non gouvernementale
Prodemur (Promotion de la Femme rurale), le Groupe de Réflexion rural, l‟Université nationale de
Santiago del Estero et Greenpeace Argentine ont présenté au gouvernement une demande de moratoire
sur les défrichages dans la province de Santiago del Estero.

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Un travail effectué par des techniciens de la Faculté de Sciences forestières de l‟UNSE (Université
nationale de Santiago del Estero) a été présenté à cette occasion ; l‟étude met en lumière le fort taux de
déforestation que l‟avancée de la frontière du soja provoque dans la forêt de la province, qui est une
partie importante de ce qui reste debout de la forêt de quebrachos du Chaco semi-aride. Cette forêt
appartient à l‟écosystème du Chaco semi-aride qui, avec le Chaco humide, constitue l‟écosystème du
Grand Chaco américain, deuxième en superficie après l‟Amazonie.

La pétition conjointe inclut la demande de régularisation de la propriété de la terre, source permanente
de conflits entre les paysans qui ont habité la forêt pendant plusieurs générations et certains prétendus
propriétaires qui, à plusieurs reprises, ont payé des services de sécurité pour traiter les paysans comme
des intrus et expulser des familles entières. La pétition réclame également la dérogation de la loi,
récemment amendée par la chambre de députés, qui autorise les défrichages.

Plusieurs centaines de personnes ont participé à une mobilisation conjointe ; devant une surface
défrichée qui dépassait les 800 hectares, une énorme pancarte a été déployée, qui disait : « Pas un
hectare de plus ». « Cet endroit n‟est qu‟un cas parmi beaucoup d‟autres. En ce moment, des centaines
de bulldozers rasent le dernier tiers de ce qui nous reste de la forêt indigène argentine, à cause surtout
de l‟avancée de la frontière du soja », a dénoncé Emiliano Ezcurra, de Greenpeace Argentine, qui a été
à la tête de la manifestation. De son côté, Margarita Salto, dirigeante paysanne de la Mesa de Tierras, a
affirmé : « la forêt est notre source de travail, elle nous donne à manger, elle assure notre avenir. Les
entreprises qui viennent ici abattent tout et ne laissent plus rien. Ils veulent nous prendre notre terre
pour la détruire, la brûler et y semer le soja, source de tant d‟argent pour eux et de tant de misère pour
nous ».

Article fondé sur des informations tirées de : “Santiago del Estero. Se acaba el monte: es tiempo de
actuar”, communiqué conjoint, http://reflexionrural.galeon.com/desmonte.htm ; “Agricultura
Argentina: El desierto verde”, Marcela Valente, Terramérica,
http://www.geocities.com/lospobresdelatierra/ecologia/desiertoverde.html; “Chaco: Destrucción de
bosques y genocidio indígena”, Funam ; “Campesinos y Greenpeace „delimitan‟ la expansión de la
frontera sojera”, http://www.greenpeace.org.ar/noticia.php?contenido=3918&item=&seccion=4.
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– Brésil : « l’effet hamburger » menace les forêts, aujourd’hui comme hier

Entre 1950 et 1975, la surface couverte de pâturages créés par l‟homme a doublé en Amérique
centrale, presque entièrement aux dépens des forêts humides primaires. Le nombre de têtes de bétail a
lui aussi doublé, bien que la consommation moyenne de viande bovine des citoyens de la région ait en
fait diminué. La production de viande était exportée vers les États-Unis et vers d‟autres pays du Nord.

Au Brésil, 80 000 km2 de forêts ont été détruits entre 1966 et 1978 dans l‟Amazonie brésilienne, pour
être remplacés par 336 établissements d‟élevage avec 6 millions de têtes de bétail, sous le patronage de
la Surintendance pour le Développement de l‟Amazonie (SUDAM).

Des initiatives semblables, quoique moins étendues, ont été prises dans les territoires amazoniens de la
Colombie et du Pérou, encouragées dans certains cas par la Banque interaméricaine de Développement
(BID), la Banque mondiale et le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD).

Dans tous les cas, de nombreux établissements sont devenus improductifs en moins de dix ans, parce
que la productivité des prairies artificielles diminue avec le temps, de sorte que, très souvent, les
éleveurs obtenaient une autre parcelle de forêt à défricher.

Dans les années 1980, deux autres facteurs sont venus favoriser l‟augmentation des exportations de
viande bovine de la région tropicale de l‟Amérique latine, provoquant l‟accélération de la déforestation
de l‟Amazonie : d‟une part, la consommation croissante de viande bovine dans les pays du Nord
                                                                                                        19
(surtout dans les chaînes de restaurants rapides des États-Unis) ; d‟autre part, la baisse du prix de la
terre et de la main d‟oeuvre dans les pays tropicaux de l‟Amérique latine, qui diminue à son tour le
coût final du produit. À titre d‟exemple, en 1978 le prix du kilo de viande de boeuf importée
d‟Amérique latine était en moyenne de 1,47 $US, alors que celui d la viande produite aux États-Unis
était de 3,3 $US. Ce rapport direct entre l‟avance de l‟élevage et celle de la déforestation a été
dénommé « la connexion hamburger ».

À l‟époque, le Brésil ne faisait pas partie de cette « connexion » car, sa production étant destinée
surtout à la consommation intérieure, son taux d‟exportation de viande bovine était faible. Mais entre
1990 et 2002, le nombre de têtes de bétail est passé de 26 millions à 57 millions. La production se
concentrait dans les États de Mato Grosso, Para et Rondonia ; dans la même période, la déforestation
dans ces régions a été la plus élevée du pays. La nouvelle expansion de l‟élevage ne se fait pas dans
des propriétés petites ou moyennes, mais dans des étendues de grandes dimensions.

Pendant des décennies, la production du secteur s‟adressait à la consommation intérieure, mais
plusieurs facteurs ont contribué à ouvrir au Brésil l‟accès à de nouveaux marchés en Europe, en Russie
et au Moyen-Orient : la dévaluation de la monnaie brésilienne, les efforts réussis pour débarrasser le
bétail de la fièvre aphteuse, la maladie de la vache folle qui a affecté la production bovine dans les
pays du Nord et la fièvre aviaire en Asie. Entre 1997 et 2003, le volume des exportations de viande du
Brésil s‟est multiplié par plus de cinq.

Cette expansion de la production bovine a été identifiée comme l‟un des facteurs responsables de la
récente accélération de la destruction de la forêt amazonienne brésilienne, d‟après une étude
récemment publiée par l‟organisation CIFOR (Centre pour la Recherche forestière internationale),
basée en Indonésie.

D‟après l‟étude en question, la déforestation accumulée dans l‟Amazonie brésilienne est passée de
41,5 millions d‟hectares en 1990 à 58,7 millions d‟hectares en 2000, et la plupart de cette étendue a été
transformée en pâturages. Les auteurs du rapport affirment que, bien que l‟expansion de la culture du
soja ait été une cause de déforestation dans la région, elle n‟explique qu‟une partie du processus qui,
pour une bonne mesure, est dû à la croissance de la production de bétail.

Le rapport de CIFOR a été publié en même temps que les nouveaux chiffres de la déforestation dans
l‟Amazonie brésilienne, qui signalent un nouveau sommet historique dans la perte de la forêt tropicale.
Les derniers renseignements présentés par le ministre de l‟Environnement brésilien montrent que la
perte de forêts a atteint 23 750 km2 dans la période août 2002 – août 2003. Le record historique
correspond à l‟année 1995, avec un peu plus de 29 000 km2. Le nouveau chiffre représente une
augmentation de 2% par rapport à l‟année précédente. Depuis 1988, date où l‟on a commencé à
surveiller le déboisement, plus de 270 000 km2 de forêts tropicales ont disparu, soit l‟équivalent de la
superficie de l‟Équateur.

Il faut souligner que, dans ce processus, la consommation est l‟un des piliers du modèle agricole
commercial actuel, et qu‟elle constitue donc un autre élément responsable de la déforestation. Il ne
s‟agit pas de produire de grands volumes d‟aliments pour résoudre le problème de la faim dans les
nombreux secteurs appauvris et démunis. Il s‟agit de productions commerciales, qui vont du café à la
viande bovine, destinées surtout aux consommateurs du Nord que, très souvent, on a persuadés de
modifier leurs habitudes alimentaires.

Les pays du Sud, riches en biodiversité, ont toujours joué le rôle de producteurs pour l‟exportation.
Très souvent, leurs habitants ne consomment pas ce qu‟ils exportent. Après avoir été colonisés à feu et
à sang, ils le sont à coups de dollars, de dettes et d‟exclusion... en plus du feu et du sang.

Article fondé sur des informations tirées de : «Conexión entre ganadería y deforestación amazónica»,
CLAES, http://www.agropecuaria.org/sustentabilidad/ConexionHamburgerAz.htm ; «Hamburger
Connection Fuels Amazon Destruction», Center for International Forestry Research (CIFOR),
                                                                                                           20
http://www.cifor.cgiar.org/publications/pdf_files/media/Amazon.pdf ; «Role of Cattle Raising in
Conversion of Tropical Moist Forests», CIESIN, http://www.ciesin.org/docs/002-106/002-106c.html.
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ASIE

– Bangladesh : la forêt de Modhupur transformée en plantations de bananes, papayes et ananas

Je faisais partie d‟une équipe de tournage de sept personnes qui s‟est rendue le 4 juin à la forêt de
Modhupur pour faire un documentaire sur la destruction de la forêt et, particulièrement, sur les effets
des plantations – surtout commerciales et industrielles – sur la forêt domaniale. La forêt de Modhupur
est aujourd‟hui systématiquement pillée.

Nous en étions à notre troisième et dernière tournée de filmage à Modhupur, et nous avons centré nos
dernières prises sur un endroit que nous venions de découvrir et où l‟on coupait à ce moment-là toute
la végétation verte. Cet endroit est tout près de Lohoria Beat, entre Rasulpur et Dokhola Ranges.

Nous nous sommes arrêtés à un endroit où il y a un mur de ciment qui traverse, absurdement, ce qui
reste d‟une forêt de sals (Shorea robusta). Ce mur fait partie d‟un projet du Département forestier qui
entend bâtir 60 000 pieds de murailles pour protéger quelque 3 000 acres de forêt à l‟intérieur du Parc
national Modhupur, qui s‟étend sur 21 000 acres.

Pendant que l‟équipe s‟occupait à filmer le mur et les restes de forêt où il y avait des myriades de
plantes médicinales, j‟ai suivi une sente étroite qui part de la rue de briques qui traverse la forêt, de
Rasulpur Range à Dokhola Range. Une énorme étendue (qui peut bien avoir plus de cent acres) venait
d‟être défrichée. Il y avait encore des gens qui coupaient la végétation verte partout dans cette zone.

Nous avons fait beaucoup de prises de la destruction. Des milliers de souches sortaient de terre, qui
n‟avaient pas encore été déracinées. Dans un coin il y avait un feu. De toute évidence il avait été
allumé (au pétrole, d‟après ce qu‟on a dit) pour anéantir rapidement la forêt, puisqu‟il y avait beaucoup
de souches carbonisées. Au-delà des zones récemment coupées on voyait à l‟horizon des rangées de
plantation de bananes.

Nous avons appelé deux jeunes hommes qui étaient à portée de voix. Lentement, ils se sont approchés
de nous. L‟un d‟eux avait à la main un dao (un long couteau semblable à une machette), qu‟il essayait
de cacher. Confirmant que nous n‟avions pas d‟armes, il a laissé voir le dao. Les deux jeunes hommes
nous ont dit qu‟ils étaient payés pour couper la jungle. Comme des centaines d‟autres endroits, cette
grande étendue sera bientôt plantée de bananes.

Ceux qu‟on voit défricher la jungle sont des Garos (peuples tribaux) et des travailleurs bengalis.
Derrière eux il y a quelques contremaîtres qui, dès que le terrain est libre, transforment l‟ancienne forêt
en plantations de bananes et de papaye. Parfois, on plante aussi quelques arbres à l‟intérieur, pour
pouvoir décrire ces plantations comme de la « foresterie sociale ».

C‟est vraiment incroyable ! J‟ai régulièrement visité la forêt Modhupur pendant les quinze dernières
années, mais la dévastation que j‟ai vue ces deux ou trois dernières années n‟a pas d‟égale. Cette
destruction phénoménale est causée par l‟invasion illégale pour la plantation de bananes, papayes et
ananas, qui rapporte des profits aux résidents riches et influents de la localité.

Au cours du tournage nous avons visité de nombreux coins à Amlitola, Tiler Tal, Gachhabari,
Kamarchala, Sadhupara, Johnagachha, Beduria, Gaira, etc. Partout, les gens nous ont montré de
grandes parcelles plantées de bananes, papayes et ananas, qui appartiennent au président de l‟Union
Council local et à ses membres, aux gens politiquement influents et à une poignée de Garos. Toutes
ces plantations faites dans des terres boisées domaniales sont illégales.
                                                                                                        21
Dans des villages Garo lointains nous avons trouvé que beaucoup de Garos ont donné leur terre,
surtout à des cultivateurs de bananes, pour une rente saisonnière qu‟ils appellent Medi. La plantation
de bananes est une activité à forte intensité de capital. Les étrangers, qui arrivent avec de l‟argent, sont
donc à l‟aise, accueillis dans ces villages lointains où ils peuvent facilement exploiter l‟hospitalité des
Garos et rentrer ensuite chez eux avec des marges de bénéfice élevées au bout d‟une courte période.

Ce qui nous a frappés depuis que nous avons commencé à filmer l‟année dernière, c‟est que des
parcelles couvertes de boqueteaux de sals ont été systématiquement défrichées l‟une après l‟autre. Le 4
juin nous avons filmé un grand champ de bananes (d‟environ 15 acres) à Tiler Tal, à la frontière Nord
de la forêt Modhupur, qui était, quelques mois plus tôt, couvert de sals. Apparemment, cette parcelle
appartient au président élu de l‟Union Parishad. Nous avons trouvé de même une demi-douzaine de
travailleurs qui enlevaient à la pelle les derniers restes de boqueteaux et de buissons à un autre endroit
proche de la plantation de bananes. Ce qu‟on entend dire c‟est qu‟ « il s‟agit de foresterie sociale et de
protection des bosquets de sals ». La même chose est arrivée partout dans les quelque 62 000 acres de
la forêt de Modhupur (qui est à cheval sur les districts de Tangail et Mymensingh). À moins que
quelque chose ne change, la disparition de la forêt de Modhupur, naguère unique, est imminente.

Extrait de «Modhupur Forest. Demise Is Imminent», juin 2004, Philip Gain, Society for Environment
and Human Development (SEHD), adresse électronique : sehd@citechco.net, www.sehd.org, envoyé
par l‟auteur.
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– Chine : la folie génétiquement modifiée

Il y a deux ans, l‟Administration chinoise des Forêts de l‟État a approuvé la plantation commerciale
des peupliers génétiquement modifiés (GM). Depuis, beaucoup plus d‟un million de peupliers GM
résistants aux insectes ont été plantés en Chine.

Il y a deux ans également, la Chine a lancé le projet de plantation d‟arbres le plus grand du monde.
L‟objectif du gouvernement est d‟avoir couvert d‟arbres une superficie de 44 millions d‟hectares d‟ici
à 2012.

Des décennies de déforestation ont laissé la Chine confrontée à de graves problèmes
environnementaux, dont la sécheresse et des inondations mortelles. Il est fréquent que les tempêtes de
sable venues du désert de Gobi rendent l‟air de Beijing d‟un marron jaunâtre et réduisent la visibilité à
quelques mètres. Le désert rampe inexorablement vers la capitale de la Chine.

Le gouvernement a beau décrire sa plantation d‟arbres comme de la reforestation, il s‟agit la plupart du
temps de monocultures d‟arbres, et même d‟arbres GM.

« Le premier pas consiste à accélérer la plantation en utilisant des espèces à croissance rapide telles
que le peuplier et le mélèze », ont écrit Wang Lida, Han Yifan et Hu Jianjun, de l‟Académie chinoise
de Foresterie, dans un livre récemment publié (« Molecular Genetics and Breeding of Forest Trees »,
édité par Sandeep Kumar et Matthias Fladung).

Or, les ravages des insectes sont un problème grave pour les plantations chinoises. Mais au lieu de
proposer de planter un mélange d‟arbres susceptibles d‟être moins vulnérables aux attaques des
insectes, les trois scientifiques chinois suggèrent de choisir un arbre GM. « Les dernières recherches
sur la culture d‟arbres résistants aux insectes sont très prometteuses », disent-ils dans leur livre.

De son côté, Huoran Wang est un chercheur professeur de l‟Académie de Foresterie de Beijing, et il
représente la Chine dans le Groupe d‟Experts en ressources génétiques forestières de l‟Organisation
pour l‟Alimentation et l‟Agriculture de l‟ONU (FAO). L‟année dernière, Wang a dit à ce groupe de la
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FAO qu‟un million de Populus nigra résistants aux insectes avaient été plantés en Chine, de même que
400 000 autres peupliers hybrides GM également résistants aux insectes.

Les normes réglementant en Chine les organismes génétiquement modifiés sont celles de la Loi sur la
Biosécurité des OGM en Agriculture, adoptée par le Conseil de l‟État en mai 2001. Avant que des
arbres GM puissent être plantés, un groupe d‟experts organisé par l‟Administration forestière de l‟État
effectue une évaluation technique. Le Comité national pour la Biosécurité des OGM en Agriculture
fonde sur ce rapport sa décision d‟approuver ou non l‟introduction des arbres GM.

Pourtant, la Chine n‟a pas de réglementations concernant spécifiquement les arbres GM. D‟après
Huoran Wang, « des normes spéciales sont à l‟étude ».

Les scientifiques de l‟Académie chinoise de Foresterie ont commencé leurs recherches sur les
peupliers GM à la fin des années 80. De 1990 à 1995, ils ont reçu l‟aide d‟un projet de la FAO qui
fournissait du soutien pour la formation, le transfert de technologie et le travail en laboratoire. Ce
projet de 1,8 million de dollars était financé par le Programme des Nations unies pour le
Développement.

Pendant plus de dix années, le Centre fédéral pour la Recherche en Foresterie et en Produits forestiers
de Waldsieversdorf, Allemagne, a maintenu des rapports étroits avec les scientifiques chinois
travaillant sur les arbres GM. Hu Jianjun, de l‟Académie chinoise de Foresterie, se trouve actuellement
au Centre de Recherches de Waldsieversdorf.

En mai 2004, Dietrich Ewald, un scientifique forestier de Waldsieversdorf, s‟est rendu en Chine pour
examiner quelques-unes des plantations d‟arbres GM. L‟une de ses visites l‟a conduit à Huairou, un
village situé à quelque 60 kilomètres au nord de Beijing. Les photos d‟Ewald des 33 hectares de
plantations d‟arbres à Huairou montrent des rangées et des rangées de peupliers GM.

Sur deux de ses photos, Ewald a marqué : « Pas de végétation au sol ». En effet, il n‟y pousse
absolument rien, sauf des arbres. Le sol a l‟air dur, sec et stérile. Il est difficile d‟imaginer un exemple
plus extrême pour illustrer la différence entre une plantation et une forêt.

Une autre photographie montre une poignée de graines de peuplier GM. Le commentaire d‟Ewald sur
cette photo indique : « Du fait de la sècheresse, du pâturage (des brebis) et de l‟agriculture adjacente, il
n‟y a aucune possibilité que ces graines se dispersent ».

Mais Huoran Wang n‟est pas d‟accord : « Les peupliers sont plantés sur des étendues si vastes dans le
Nord de la Chine que la dispersion de pollen et de graines est inévitable », a-t-il déclaré dans son
exposé à la réunion de la FAO de l‟année dernière. Il est « presque impossible » d‟éviter la
contamination génétique par l‟établissement de « distances d‟isolement » entre les peupliers GM et
non GM », a-t-il ajouté.

Les scientifiques forestiers chinois, avec la complicité internationale, sont en train de s‟adonner à une
expérience non contrôlée et irréversible. Personne ne sait exactement quelle est la superficie plantée
d‟arbres GM en Chine. « Il est très difficile de les trouver », a commenté Wang. Les peupliers se
reproduisent facilement, et les arbres GM sont déplacés d‟une pépinière à l‟autre. Un peuplier GM
ressemble beaucoup à n‟importe quel peuplier.

Il n‟existe même pas de système de suivi des plantations GM déjà établies. Wang suggère de mettre en
place un système « pour la surveillance de la situation des plantations d‟arbres GM » et de leurs effets
sur les écosystèmes environnants. Il serait encore meilleur de proposer qu‟on arrête tout de suite cette
expérience non scientifique et dangereuse.

Chris Lang, adresse électronique : chrislang@t-online.de
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Signez la pétition pour l‟interdiction des arbres GM : http://www.elonmerkki.net/dyn/appeal. Les
photographies de Dietrich Ewald des arbres GM de la Chine sont disponibles sur : http://www.bfh-
waldsieversdorf.de/DRChina2004.htm.
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– Indonésie : de la forêt à la palmeraie

Entre 1990 et 2002, la superficie mondiale plantée de palmier à huile a augmenté de 43%. Cette
croissance a eu lieu surtout en Indonésie et en Malaisie. En Indonésie, entre 1990 et 2000 la zone
plantée de palmier à huile a presque triplé, passant de 1,1 à 3 millions d‟hectares. En 2002, à l‟issue de
la crise financière de 1997 - 1999, les plantations adultes de palmier à huile atteignaient les 3,5
millions d‟`hectares. Au rythme de plantation actuel, la superficie totale de ces plantations sera en
Indonésie de 11,2 millions d‟hectares en 2020.

La superficie totale réservée au palmier à huile ne représente pas un plafond mais une étape de
l‟expansion prévue (au début des années 1990, une cible de 5,5 millions d‟hectares avait été définie,
mais remplacée par la suite par une autre de 9,13 millions). Il est très probable que le gouvernement
indonésien, que ce soit au niveau national ou local, va céder à l‟intérêt dominant du secteur privé de
s‟engager dans le commerce du palmier, et à celui des ambitieux gouvernements locaux qui
bénéficient depuis 2001 des politiques de décentralisation et d‟un grand pouvoir de décision sur
l‟usage de la terre.

L‟habitat apte au palmier à huile est, dans beaucoup de régions, celui de la forêt tropicale
sempervirente des plaines. D‟après les dernières évaluations des forêts permanentes, non publiées
officiellement, la superficie forestière susceptible de conversion est passée de 8 millions d‟hectares en
2000 à 14 millions en 2002. L‟Institut indonésien de recherche sur l‟huile de palmier (IOPRI) estime
que 3% des plantations de palmier à huile ont été établies dans la forêt primaire et 63% dans la forêt
secondaire et les fourrés. Donc, suivant les données de l‟industrie, 66% des plantations productives
actuelles de palmier à huile ont impliqué le changement d‟affectation des forêts.

Pourtant, le rythme véritable de plantation en Indonésie est loin de correspondre à celui des
concessions faites par le gouvernement. Sur les 7,2 millions d‟hectares alloués durant les années 1990,
seuls 530 000 ha (7,5%) ont été effectivement plantés en 2002. Ceci est dû en partie à la crise
monétaire de 1997 - 2002, pendant laquelle très peu d‟entreprises pouvaient se permettre d‟obtenir des
crédits pour lancer leurs programmes de plantation. D‟autre part, beaucoup d‟entreprises censément
huilières s‟intéressent aux arbres à bois plutôt qu‟à leurs projets de plantation. Entre 70 et 80% des
nouveaux projets de palmier à huile sont situés dans des forêts possédant un stock considérable
d‟arbres, dont la vente représente un avantage de départ pour les entreprises. Après avoir pris le bois,
beaucoup d‟entre elles abandonnent tout à fait le projet initial. Ainsi, environ 800 000 ha de forêts
défrichées pour l‟installation de plantations de palmiers ont été abandonnés dans la province de Jambi.
De même, dans le district de Landak au Kalimantan oriental, 300 000 hectares ont été abandonnés.

Des observations sur le terrain ont indiqué que beaucoup de plantations indonésiennes de palmier à
huile ont été établies dans des régions qui, de toute évidence, étaient boisées jusqu‟au moment de leur
changement d‟affectation.

À Sembuluh, au Kalimantan central, l‟entreprise Kerry Sawit Indonesia (subsidiaire de la société Perlis
Palm Oils Berhad, basée à Sabah) va commencer maintenant ses opérations et planter 17 200 hectares
de terre. À l‟intérieur de cette étendue il y a encore 7 500 ha de forêt et de jardins forestiers que les
membres de la population locale veulent désespérément voir protégés contre cette conversion. La zone
boisée est une des dernières de la région du lac Sembuluh, et elle est complètement entourée de
propriétés produisant des palmiers.



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À Muara Wahau, au Kalimantan oriental, une entreprise subsidiaire de SMART (Sinar Mas) a
transformé quelque 2 500 ha de forêt primaire en plantations de palmier à huile. La forêt de la plaine
dans la région concernée était l‟habitat de l‟orang-outan, une espèce menacée qui est protégée en
Indonésie.

À Riau, Sumatra, une subsidiaire du groupe Indonesian Indofood Suksus Makmur (Gunung Mas Raya)
est en train de défricher la forêt de tourbière, y compris une partie qui serait au-delà des limites de la
concession. Si tel était le cas, il y aurait là une contravention de la politique d‟un des principaux
investisseurs, l‟ING des Pays-Bas, qui s‟oppose à financer la conversion illégale de forêts.

L‟analyse des cartes satellitaires dressées par les ONG indonésiennes Sawit Watch et Amis de la Terre
Indonésie (Walhi) montre que les plantations de palmier à huile sont passées de 3 000 hectares en 1994
à 94 000 ha en 2000 autour du Parc national du lac Sentarum, au Kalimantan oriental. Dans la même
période, la superficie boisée totale est passée de 528 300 à 323 000 ha.

Autour du mont Meratus, au Kalimantan du Sud, 43 000 ha de forêt ont été transformés en plantations
depuis 1994 ; la superficie totale plantée est ainsi passée de 86 000 ha à 129 000 ha, tandis que les
forêts entourant le mont Meratus diminuaient de 1 337 000 à 987 000 ha.

Les cartes et les témoignages laissent fortement supposer que des plantations de palmier à huile ont été
développées aussi dans plusieurs zones tampon (destinées à un usage de faible intensité) à l‟intérieur
d‟autres parcs nationaux, dont ceux de Tanjung Puting, Bukit Tiga Puluh et Gunung Leuser.

Les plantations de palmier à huile ont provoqué non seulement une déforestation galopante mais la
mort de douzaines de personnes qui ont été tuées dans des conflits
sur la propriété foncière et le travail ; en outre, des centaines de morts peuvent être attribuées aux
impacts de l‟expansion du palmier à huile sur l‟environnement.

Cette expansion détruit les écosystèmes, la faune et la flore dans une des régions les plus riches en
biodiversité du monde. Elle détruit également le mode de vie des peuples autochtones, leur
autodétermination et leur culture.

Le travail dans les plantations est en général mal payé, fortement dépendant de l‟employeur dans tous
les domaines de la vie et constamment exposé au danger et à des conditions mauvaises pour la santé.
Les inégalités entre les différents types de travail (journalier ou permanent, hommes ou femmes) sont
partout rapportées. L‟utilisation de pesticides constitue une véritable menace pour la santé des
travailleurs (qui sont surtout des femmes) dans toute la région. Les plantations appartiennent au secteur
économique du pays le plus soumis aux conflits. La plupart de ces conflits découlent des problèmes
fonciers et de la faible protection légale dont jouissent les communautés locales.

En somme, les plantations de palmier à huile ont en Indonésie un coût écologique et social
extrêmement élevé. Ce coût, souvent difficile à traduire en devises fortes, inclut la destruction de la
forêt tropicale, la perte de biodiversité, les pratiques illégales, les conflits sur la propriété de la terre, la
violation des droits humains et le travail, le traitement injuste des petits propriétaires, l‟écroulement
des pratiques culturelles autochtones et l‟exposition des économies locales vulnérables aux caprices du
marché mondial.

Extrait de : «Greasy Palms. The social and ecological impacts of large-scale oil palm plantation
development in Southeast Asia», mars 2004, Eric Wakker, AIDEnvironment, en collaboration avec
Sawit Watch Indonesia et Joanna de Rozario pour FoE,
http://www.foe.co.uk/resource/reports/greasy_palms_impacts.pdf.




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