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11/24/2011
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1

Thierry.brugvin@free.fr





L’APPLICATION DES NORMES FONDAMENTALES DU TRAVAIL

ET SON IMPLICATION SUR LES CLAUSES SOCIALES

ET LES CODES DE CONDUITE

(COMPARAISON NORD-SUD)



In Multitudes, Modes de développement du capitalisme cognitif, Paris, N° 10/ Octobre 2002



RESUME

On considère généralement que les droits fondamentaux des travailleurs sont

bien respectés dans les pays industrialisés tandis qu'ils sont très souvent bafoués

dans les pays du Sud.

Dans la mesure où la réalité est autrement plus complexe, cette analyse, si elle

ne résistait pas à la réalité, risque d'avoir des conséquences parfois inattendues

lorsqu'il s'agira de lier l'application des normes sociales aux sanctions

commerciales à travers des clauses sociales ou des codes de conduite.

Nous procéderons à une comparaison de l'application des sept normes

fondamentales du travail, afin d'évaluer les conséquences qui pourraient en

résulter sur l’application des clauses ou des codes de conduite.





INTRODUCTION



La possibilité de lier normes sociales et relations commerciales est une

interrogation qui est revenue au devant de l'actualité politique internationale, avec

le Millenium Round lancé à Seattle.

Les avis, bien qu'ils semblent souvent tranchés sur cette question, recouvrent

des intérêts très divergents au sein de chacun des deux camps en conflit. Les

divergences d'opinion ne sont pas seulement limitées à la défense d'idéaux

divergents, sur la protection des droits de l'homme au travail, mais sont aussi

souvent motivées par des intérêts essentiellement économiques.

Les divergences d'intérêts commerciaux sont fondées sur des représentations

des différences socio-économiques supposées très opposées. Or ces oppositions

concernant les perceptions et le degré d'application des normes fondamentales

entre pays industrialisés et pays en développement ne sont peut-être pas si

évidentes.

Si l'application des normes fondamentales est limitée dans les PED et

importante dans les pays industrialisés, alors ceux-ci peuvent avoir un intérêt









1

Docteur en sociologie, Largotec, auteur du livre Les mouvements sociaux face au commerce éthique,

Hermès/Lavoisier, 2007.

2





économique en sanctionnant les PED, par le biais des clauses sociales ou des

codes de conduites2 .

Cependant si globalement le respect des normes fondamentales du travail

s’avère plus fort dans les pays riches, on observe qu'en fonction des pays, des

secteurs et des normes certains PED n'ont parfois rien à envier aux pays

industrialisés.



Si les clauses sociales et les codes de conduite sont mis en oeuvre, ceux qui

ont une perception erronée de la réalité socio-économique mondiale risquent

d'être surpris par les conséquences. En effet les entreprises des pays

industrialisés pourraient se voir sanctionner commercialement beaucoup plus

durement qu'elles ne l'avaient imaginé.



Face aux nombreux échecs de mise en oeuvre d’une clause sociale, les ONG ont

cherché à développer des alternatives. Les codes de conduites apparaissent ainsi,

comme un instrument destiné à mettre en oeuvre les normes fondamentales du

travail (NFT), mais en tentant de ne pas faire subir aux PED, les dérives d’un

protectionnisme déguisé.

Un code de conduite est un engagement volontaire adopté par une entreprise,

par lequel elles s'engagent à respecter certaines normes du travail. S'il est

constaté que les normes sont respectées, elles peuvent le cas échéant apposer un

label avec par exemple la garantie commerce équitable ou éthique. Ce qui se

révèlera un avantage commercial pour les produits labellisés, par rapport à ses

concurrents.

Si le code n'est pas respecté, non seulement l'entreprise ne peut apposer de

label, mais elle s'expose éventuellement aux appels aux boycotts lancés par les

mouvements sociaux, comme ce fût notamment le cas pour l’entreprise Nike.

Afin d'obtenir une idée plus précise sur les conséquences relatives à la mise en

oeuvre d’une clause sociale et de code de conduite, nous allons donc dresser un

comparatif des différences et des similitudes entre pays industrialisés et en

développement. La comparaison portera plus spécialement sur la France et l'Inde.





APPLICATION DES NORMES FONDAMENTALES ET STRATEGIE POLITIQUE



Dans le domaine des normes sociales les orientations politiques sont très

variées en fonction des intérêts des gouvernements.

Les dirigeants du gouvernement chinois par exemple, au cours de leurs visites

dans les différents pays démocratiques, ne manquent jamais de rappeler aux

associations de défense des droits de l'homme, qui les interpellent, que la

démocratie et les droits de l'homme, (qu'ils soient liés au droit pénal ou au droit du





2

Les codes de conduite sont des instruments dont l’adoption est volontaire et non contraignante par lequel une

organisation s’engage à respecter certaines règles. Dans le cas présent il s’agit généralement des normes

fondamentales du travail.

Tandis que les clauses sociales sont généralement des taxes à l’importation sur les marchandises provenant de

l’étranger, dont les conditions de production enfreignent certaines normes sociales.

3





travail), ne sont pas des valeurs universelles. Ces droits n'auraient donc rien de

légitime et ne seraient que la conséquence de l'anthropocentrisme occidental.

La Chine fait en effet partie des Etats où les infractions aux normes

fondamentales du travail sont les plus largement répandues. La démocratie n'étant

toujours pas une valeur légitime aux yeux des dirigeants chinois, le droit

d'association et de négociation ne l'est donc pas lui non plus. En effet, sans ces

droits fondamentaux, le dialogue entre les salariés et la direction au sein des

entreprises est donc très limité. Les tentatives des travailleurs d'instaurer des

rapports de force pour défendre leurs droits sont donc systématiquement

réprimés, d'autant plus fortement que le secteur productif est une des clés du

pouvoir politico-économique.



Quant aux Etats-Unis, ils sont actuellement en position de leadership mondial et

se targuent d'être la plus grande démocratie du monde. Pourtant cet Etat n'offre

pas véritablement à ses citoyens les plus pauvres, le pouvoir d'exercer pleinement

leurs droits à la démocratie, en faisant respecter pleinement l'ensemble des

normes fondamentales du travail.

Pour qu'une démocratie fonctionne réellement, les citoyens doivent pouvoir faire

respecter pleinement l'ensemble de leurs droits. C'est notamment ce qui permet de

faire vivre la démocratie, car sans citoyenneté politique, sociale, économique et

culturelle, il ne peut exister de système démocratique réel. Exercer sa citoyenneté

c'est notamment exprimer son pouvoir d'expression, de revendication, sa capacité

de voter, de militer, de s'informer... mais pour cela, faut-il en encore avoir des

ressources suffisantes : si le salaire est insuffisant et les heures de travail trop

nombreuses, que l'âge minimum au travail et le droit syndical sont insuffisamment

respectés, alors manqueront le temps, les possibilités d'accès à l'éducation, à la

culture, à l'information... Les Etats Unis n’ont toujours pas ratifier la convention sur

le droit syndical et ce n'est que sous la présidence de Clinton qu'un salaire

minimum a été instauré, mais est-il suffisant ?

Sa réal-politique et sa volonté de maîtrise du monde, conduise le gouvernement

américain "à saper le droit international”3 en refusant notamment de signer de

nombreux traités internationaux. Ils n'ont toujours pas signé la convention des

Nations Unies sur les droits économiques et sociaux de 1966, la convention sur le

droit des femmes de 1979, les conventions sur les droits humains de l'organisation

des Etats américains de 1969. De plus ce pays figure parmi les Etats qui ont ratifié

le moins de conventions de l'OIT (une douzaine seulement sur plus de 180) et

celles relatives à la liberté d'organisation et au travail des enfants ne l'ont pas été

non plus, car ces types d'accord sont perçus par ce gouvernement, comme un

frein à l'expansion de son économie dans son pays et dans le monde.





LES DIFFERENCES NATIONALES D'APPLICATION DES 7 NORMES

FONDAMENTALES DU TRAVAIL





3

Pour plus d'informations voir le Monde Diplomatique de décembre 1999, " L'ONU, ses moyens, ses pouvoirs, ses

lois".

4





La liberté syndicale (convention n°87) et le droit d'organisation et de

négociation (convention n°98)



Comparaison Inde-France



Dans cet immense pays en développement qu'est l'Inde les contrastes entre les

situations syndicales sont évidemment très importants. Le contexte syndical d'une

petite entreprise du secteur que l'on qualifie d'informel et celui d'une grande

entreprise qui produit pour l'exportation (tel Obeetee, un de premier producteur

indien de tapis tissé à la main), où la majorité des ouvriers sont syndiqués sont

incomparables.

Dans certains petits villages en Inde, certains ouvriers ont si peu d'instruction et

de connaissance générale, qu'ils ne connaissent parfois même pas le sens du mot

syndicat '' trade union''. C'est le cas par exemple des entreprises de tisserands

situés dans les campagnes de l'Etat du Bihâr. Dans d'autres Etats ou dans d'autres

villes où la culture syndicale est mieux implantée, comme à Tirupur dans le Tamil

Nadu, il est plus rare de rencontrer de grandes entreprises sans syndicats.

Néanmoins Eastman-Exports un des plus gros sous-traitants de multinationale tel

C&A, Gap, Migros, Wal-Mart, Li & Fung... qui emploie plus de 1000 personnes en

pleine saison et dont le chiffre d'affaire s’élevait en 1998 à 40 millions $, ne

dispose pas d'un syndicat, ni du droit d'association.

Pourtant même si l'Inde n'a pas ratifié ces deux conventions, le code du travail

indien stipule néanmoins que "les syndicats sont obligatoires dans les entreprises

de plus de 50 personnes."4En effet les lois ne suffisent pas, lorsque l'Etat manque

de volonté politique pour les faire appliquer ou qu'il n'a pas les moyens financiers

de rémunérer suffisamment d'inspecteur du travail.

Ces types de situations, si elles sont relativement répandues en Inde ne sont

pourtant pas limitées aux seuls pays en développement. En France comme en

Inde, à partir de 50 salariés, il doit y avoir un délégué syndical au sein de

l'entreprise.5 Cependant dans les pays occidentaux, tous comme en Inde dans les

PME il est très fréquent qu’aucun syndicat ne soit présent et on observe cela

parfois même au sein de grosses entreprises, alors que la loi l'exige.

Ainsi l'entreprise Berg Electronics (à présent FCI : Framatome Connecteur

Electronique) située à Besançon, était une société transnationale (STN) qui figurait

parmi les premiers producteurs mondiaux de connecteurs électroniques. Son

siège social était américain et elle employait plus de 600 personnes. Mais elle n'a

pas permis l'implantation d'une structure syndicale, jusqu'en 1999, date à laquelle

elle a été rachetée par le groupe français Framatome. Celui-ci à alors laisser libre

cours au développement d'une section syndicale au sein de cette nouvelle filiale.

Même dans les pays industrialisés, la loi ne suffit pas a mettre en oeuvre ces

deux conventions généralement considérées comme les plus fondamentales. Dans

le cas de l’entreprise Berg Electronic, c'est finalement une transformation de la

culture d'entreprise, grâce à un changement de propriétaire et non la législation



4

The trade Union Act, 1926, RAJENDRA K. Sharma, Industrial labour in India, Atlantic, Delhi, 1997, 277. The factory

Act, 1948, CHANDULVAL VARDHMAN SHAH, V., State of Gujarat , 1966(2), Lab LJ 767

5

Article R. 412-2 du code du travail

5





qui a permis cette transformation. L'entreprise est ainsi passée d'un management

de type américain à un management issu d’une culture française, plus ouverte au

syndicalisme.

Le développement de la sous-traitance favorise volontairement ou non la

désagrégation du mouvement syndical en fractionnant la taille des entreprises et

en brisant les liens entre les anciennes filiales. Même en France, où la culture des

employeurs est moins hostile aux syndicats qu'aux Etats Unis, on ne compte plus

les petites et moyennes entreprises où les syndicats sont absents. Le taux de

syndicalisation avoisine les 9%, c'est un des plus bas d'Europe, alors qu'il était de

14% en 1985.6





LE TRAVAIL FORCE convention n°29 et n°105



Selon ces conventions, sont considérés comme travail forcé l'esclavage, la

servitude pour dette, des populations civiles et les prisonniers contraints à

travailler contre leur gré...

En effet les formes de travail forcé sont multiples et diffèrentes selon les

situations et les pays.



Au Soudan, le commerce des esclaves existe encore. Il y sévit une véritable

guerre de religion où l'esclavage est devenu un instrument en vue de réaliser

l'arabisation du Sud-Soudan, chrétien et animiste. Certaines associations tel CSI,

une ONG américaine tente de stopper ce fléau, notamment en rachetant certains

esclaves en vue de les libérer. Mais ils courent alors le risque de faire perdurer

cette pratique.



En Chine, Harry Wu à été prisonnier du Lao gai, où il a dû effectuer dix-neuf

années de travaux pénibles contre sa volonté sans recevoir de salaire. Or le fait

d'être obligé de travailler contre son gré et de ne pas être rémunéré est du travail

forcé.

D'après lui il y avait en Chine 1155 camps en 1996, où étaient détenus de six à

huit millions de prisonniers travaillant dans les mêmes conditions que celles qu'il a

subies.7

L'association « Artisans du Monde » rapporte que "les prisonniers de la prison

du Zhejiang fabriquent des outils que l'on retrouve dans la grande distribution en

France notamment, sous les marques "Diamond" et "Eléphant". Chez Leclerc des

haches étaient vendues à 31, 45 F, chez Castorama des pinces-étaux à 29, 50 F, de

même qu'à Super U."8



En Birmanie le régime militaire a fait travailler de force des villageois pour

défricher certaines régions afin de permettre à la société Total et à trois autres

entreprises de construire des gazoducs. Le rapporteur spécial de la commission



6

BIT, Le travail dans le monde, Genève, 1997-98,

7

WU Harry, Retour au Lao gai, Belfond, 1997. Voir aussi du même auteur, Le goulag chinois, Editions Bleu de Chine.

8

ARTISANS DU MONDE, Magazine du Commerce Equitable, p 7 juin 1997.

6





des droits de l'homme des Nations Unis9 précise" qu'ils ne sont pas rémunérés et

n'ont droit qu'à un minimum de nourriture et de repos."



Dans la plupart des pays d'Europe, même si les détenus choisissent librement

de travailler, les directeurs des prisons ne versent aux prisonniers que des salaires

très inférieurs aux salaires minimums du pays.



En 1997 officiellement en France la rémunération est de 2,7 à 8,3 euros (18 à 54

francs bruts. Mais selon l’OIP (l’observatoire indépendant des prisons), elle se

monte plutôt entre 2,7 et 3,6 euros (18 à 25 francs). Une fois déduit l’ensemble des

charges, la rémunération net des prisonniers est 0,55 et 1,5 euros (3,6 à 10 F) de

l’heure, contre environ 4,6 euros (30 francs) de l’heure au SMIC en 1997.10

En France, la société transnationale, préalablement citée, Berg Electronics,

sous-traitait une partie de sa production aux prisonniers de la maison d'arrêt de

Besançon. Gérard B. un ancien détenu de cette prison, affirme avoir travaillé pour

environ 7 F de l'heure net.

Or l'article 14 de la convention n° 29 du Bureau International du Travail, stipule

que les prisonniers doivent être rémunérés à un salaire équivalent au niveau au

salaire local.



Lorsque cet état de fait est dénoncé, les dirigeants des prisons répondent

généralement que cette faible rémunération s'explique parce qu'une partie du

salaire est déduite pour le logement et la nourriture. Pourtant les estimations

relatives à leurs coûts ne semblent pas justifier, une telle réduction de salaire. De

plus les prisonniers qui ne travaillent pas, n'ont pas à payer ces charges.



On observe donc qu'une simple norme, telle l'interdiction du travail forcé, dont

la non-application semble à priori limitée à certains pays du Tiers-monde, s’avère

enfreinte par la plupart des pays développés.





LE TRAVAIL DES ENFANTS (Convention n°138)



L'UNICEF évalue à environ 250 millions le nombre d'enfants de moins de 14 ans

au travail, dont 20 millions sont considérés comme esclaves.

De même que le travail forcé, le travail des enfants recouvre des facettes très

différentes, qui le rend d'autant plus difficile à encadrer par le biais de l'arsenal

juridique. Il y a ainsi l'esclavage et la servitude pour dette (qui en sont une des

formes les plus extrêmes), le travail avant 14 ou 16 ans selon les pays,

accompagnés ou non d'une sous rémunération, les formes abusives de

l'apprentissage, le fait de travailler avec un soi-disant membre de sa famille,

jusqu'au simple soutien temporaire à l'activité des parents, qui dans certains cas

peut même avoir un rôle d’apprentissage pour l'enfant.



9

Rapport sur les droits de l'homme en Birmanie, commission des droits de l'homme des Nations Unis, ONU, 1995, p

125.

10

OIP, Observatoire international des prisons, section français, Prison: un état des lieux, l’esprit frappeur, Paris, 2000.

7







Dans de nombreux pays, non seulement de nombreux enfants travaillent, mais

certains subissent en plus la servitude pour dette. Dans ce cas le taux de

remboursement est généralement établi de telle manière qu'il est impossible à

rembourser par l'enfant. Ainsi plus le temps passe plus la dette s’accroît. Ce

dernier devient alors esclave de son créancier, l'employeur.

Les enquêteurs de Human Rights Watch qui menaient une étude au Pakistan,

ont interviewé quatorze enfants travaillant à la fabrication de tapis : parmi eux,

douze ont été "donnés par leurs parents en contrepartie d'un prêt d'argent.11



Des enquêtes du BIT12 ont estimé que 25 à 40% des enfants de moins de 15 ans

sont économiquement actifs dans les PED, que la plupart rémunèrent leurs parents

et que leur travail est souvent indispensable pour préserver le revenu du ménage.

Lorsqu'ils sont rémunérés, leurs salaires sont systématiquement inférieurs à ceux

que reçoivent les adultes pour le même travail.

Selon les estimations par pays les taux d'activité économiques des enfants de

10 à 14 ans en 1995, sont les suivants : 13 Bangladesh (30,1%), Inde (14,4 %), Chine

(11,6%), Mexique ( 6,73 %), Uruguay (2,08 %), Albanie (1,11 %), Portugal (1,8 %),

Venezuela ( 0,95 %), Italie (0,38 %).

Si on observe de manière statistique les différences entre PED et pays

industrialisés, ont constate que la réalité du travail des enfants chez les premiers

est incomparablement supérieure dans certains pays.

Cependant on remarque par exemple qu'au Portugal, pays membre de la

communauté européenne, le taux est deux fois plus élevé qu'au Venezuela. De

même il est de 0,38% en Italie, (des dizaines de milliers d'enfants travaillent

notamment dans la région de Naples dans le secteur du cuir, de la chaussure et de

l'agriculture.)14 alors qu'au Chili ou à Cuba le travail des enfants est considéré

comme inexistant.

Même à Birmingham, au Royaume-Uni, qui est un des pays les plus puissants

des pays industrialisés, on évaluait en 1992, à 43% le nombre d'enfant de 10 à 16

ans réalisant un travail au-delà de ce que la loi ne l'autorise.15 Parmi eux, 75% sont

employés illégalement soit 30% des enfants de cette classe d'âge.

En France l'âge minimum est de 16 ans, mais des enfants aident leurs parents à

travailler, notamment dans les petits commerces ou dans le monde agricole. Dans

l'apprentissage, le taux horaire du salaire est inférieur au SMIC, quand la

dimension formation est absente, cela aboutit à travailler pour des revenus

inférieurs au SMIC, pour des adolescents entre 14 et 16 ans.





NON-DISCRIMINATION A L'EMPLOI ET AU TRAVAIL (Convention n°111) et

EGALITE DE REMUNERATION (Convention N°100)



11

HUMAN RIGHTS WATCH, (HRW), Contemporary Forms of Slavery in Pakistan, Etats Unis, 1995.

12

IPEC, Finding ou About Child Labour., Bureau International du Travail, Genève, 1994.

13

ILO, Economically active population. Estimates and projections, 1950-2010, Geneva, 1996.

14

O.I.T., Le magazine de l'OIT, Genève, juin 1993, p 6.

15

O.I.T., Le magazine de l'OIT, Genève, juin 1993, p 5.

8





La non-discrimination figure parmi les quatre normes les plus fondamentales,

selon le BIT, qui en a décidé ainsi, à l'issue de la conférence internationale du

travail de juin 1998, à Genève.

Pourtant il est relativement difficile de mettre en évidence les infractions à la

convention n°100. A priori il suffit d'interroger et d'observer la situation des

différents types de salariés (homme, femme, âge, origine ethnique, raciale ou

religieuse...), pour constater des différences de salaires et de conditions de travail.

Mais l'employeur peut toujours affirmer que c'est la différence de compétence qui

en est à l'origine. Toutefois cette réponse est plus difficilement défendable, lorsque

la production est mesurable, donc comparable, dans le cas de la production textile

par exemple.





Discrimination à l'emploi (Convention n°111)



Il est encore plus difficile de prouver qu'il y a discrimination à l'emploi, puisque,

ceux qui ont été écartés du poste auquel ils postulaient s’avèrent justement

absents.

On peut néanmoins tenter de procéder comme pour les situations précédentes,

en comptabilisant les types de salariés employés et en recherchant par induction

le genre de demandeur d'emploi qui ont été discriminés. Cependant l'employeur

est en mesure là aussi de répliquer que ces derniers n'ont jamais postulé auprès

de son entreprise.



Dans le cas de l'Inde on observe une grande inégalité professionnelle entre la

situation des femmes et des hommes. Cependant on dénombre des femmes à tous

les postes importants, notamment dans l'industrie textile, même si elles sont

évidemment peu nombreuses sur ces derniers et majoritaires sur les postes

subalternes.

En France par exemple les statistiques montrent que les populations d'origine

maghrébine connaissent un taux de chômage bien supérieur à celles d'origine

française.

En Inde on observe une situation comparable, les travailleurs d'appartenance

musulmane sont l'objet de discriminations par rapport aux hindouistes,

particulièrement depuis le renforcement de la guerre avec le Pakistan, dont les

dirigeants sont musulmans.



Dans l'ensemble des pays du monde, qu'ils soient en développement ou

industrialisés, on observe que l'égalité à l'emploi, dans les conditions de travail et

dans les rémunérations sont globalement très mal respectées. Le sexe, l'âge et la

couleur de peau, entre autres, sont des facteurs qui conduisent les employeurs à

de nombreuses discriminations.







RESPECT DU SALAIRE MINIMUM : convention n°26 et n°135

9







Lorsque l’on évoque la question les normes internationales relatives aux

salaires minimums, on émet souvent le reproche qu'il est impossible d'instaurer

mondialement un salaire minimum. Ce n'est pourtant pas de cela qu'il s'agit, car

ces deux conventions ne mentionnent comme directive que de définir un salaire

minimum pour les travailleurs de chaque pays.

Cependant certains pays, n'en ont défini aucun. Ainsi même quand il en existe, il

n'est parfois fixé que par type de métiers, comme c'est le cas pour l'Inde. De

nombreux secteurs marginaux ou trop récents n'ont alors pas de salaire minimum

officiellement défini. De plus certaines nations ont fixé des salaires à des niveaux

insuffisants pour permettre de subvenir décemment aux besoins essentiels des

travailleurs.





Salaire minimum en Inde



En Inde dans l'Etat de l'Uthar Pradesh le salaire minimum est actuellement de

2059 roupies par mois (316 FF, 48 Euros) dans le secteur du tissage.

Pourtant certains tisserands sous traitants pour Obeetee, un gros exportateurs

indiens, ne sont rémunérés que 594 Roupies par mois16.

Aux Etats-Unis c'est seulement sous la présidence de Clinton, qu'un salaire

minimum a été fixé. Mais les salaires sont souvent si bas que les salariés sont

fréquemment contraints de cumuler deux emplois pour vivre décemment.

Même dans les pays industrialisés et notamment en France, bien que l'on

dispose d'un salaire minimum, certains employeurs abusent des travailleurs

clandestins, notamment parce qu'ils sont sans papiers et qu'ils vivent dans la

crainte d'être expulsé. De plus ces derniers ne peuvent pas bénéficier de la

sécurité sociale, ni cotiser pour leur retraite. Dominique Torres, dénonce cette

forme de travail qui selon elle, "se confond purement et simplement avec une

forme de servage"17.



En France, les objecteurs de conscience travaillaient jusqu’en 1999, pendant 39

heures pour environ 2000 F par mois (bien qu'ils aient eux aussi à se nourrir, se

loger, se vêtir...). Malgré le caractère légal de leur contrat de travail, cela peut-donc

être considéré comme une forme d'exploitation en comparaison des revenus d'un

salarié au SMIC.









LE TEMPS DE TRAVAIL (Convention n°1)



En Inde





16

BRUGVIN Thierry, Rapport sur l’application des 4 normes fondamentales du travail dans les entreprises indiennes,

OIT, 1999.

17

TORRES Dominique, Esclaves, Phébus, Paris 1996.

10





A Tirupur dans le Tamil Nadu, le propriétaire de l'entreprise de textile-

habillement Mrep, explique un peu embarrassé que le temps légal de travail est

théoriquement de 8 heures par jour pendant 6 jours soit 56 heures. Mais les

horaires réalisés par les cadres et les employés sont plus généralement de 10 à 12

heures par jour voir plus, soit 72 heures par semaine. Le président de l'AITUC, un

des principaux syndicats locaux, affirme que cette situation est représentative de

la plupart des autres entreprises de cette ville phare du textile, mais aussi d'une

majorité d'entreprise indienne.18





Le temps de travail en France



En France la durée du travail légale est à présent de 35 heures. Cependant les

cadres travaillent très souvent 10 heures par jour généralement pendant 5 jours,

soit 50 heures par semaine environ. Ils sont donc légalement en infraction, même

si l'inspection du travail tolère ces pratiques.



Les différences salariales horaires sont déjà importantes entre les pays, mais le

fait que les temps de travail soit aussi très différents renforce encore les inégalités.





LA SANTE ET LA SECURITE AU TRAVAIL (convention n° 155)



En Inde les conditions sanitaires et de sécurité sont extrêmement variables en

fonction des types d'entreprises. Dans le secteur des grosses entreprises les

conditions sont équivalentes, voir supérieures à certaines sociétés des pays

industrialisés. Plusieurs grandes entreprises sous traitantes de C&A, tel CRYSTAL

à Tirupur, ont par exemple reçu la certification Oko-Tex Standard 100, qui garantit

le respect des normes sanitaires, des textiles pour la peau humaine. Elles sont

parfois aussi certifiées par les normes ISO, relatives à la sécurité et à l'hygiène sur

les lieux de travail.

Mais on peut souvent observer à quelques pas de ces grandes entreprises

modèles, des conditions de sécurité et d'hygiène et de sécurité déplorables dans

le secteur des petites entreprises.



En Thaïlande, les machines à coudre du groupe Eden étaient mal isolées et les

ouvrières recevaient périodiquement des décharges électriques. 19

En Chine, dans certaines usines les ouvriers dorment dans les ateliers, alors

que les portes sont verrouillées la nuit en dépit des lois en vigueur. Le China Daily

affirmait, qu'en un seul semestre en 1996, dans la province de Guandong en Chine,

136 ouvriers étaient morts dans des incendies, dans de telles conditions.

La situation en France est moins alarmante, pourtant en 1995, on a recensé 744

morts et 685 000 accidents graves liés au travail. De plus en 1997 seulement 15 %





18

BRUGVIN Thierry, Op. Cit.,1999.

19

ARTISANS DU MONDE, Magazine du Commerce Equitable, p 7 juin 1997

11





des entreprises avaient été contrôlées par les inspecteurs du travail. Ce qui

signifie qu’en moyenne elles ne sont contrôlées qu’une fois tous les 6 ans environ.



Au vu de ce tableau général, relatif à l'application des 7 normes fondamentales

du travail, on observe que de nombreuses entreprises des pays industrialisés

risquent-elles aussi de subir des sanctions commerciales dans le cadre de clauses

sociales ou des codes de conduite.









LES DIFFERENTES POSITIONS RELATIVES A LA MISE EN OEUVRE DES

CLAUSES SOCIALES ET DES CODES DE CONDUITE





Propositions pour une conditionnalité sociale



Les occidentaux appartenant au secteur de l'entreprise et même les

organisations qui militent pour la défense des travailleurs du Sud, oublient trop

souvent, que dans les pays du Sud, il y a aussi des syndicats (notamment indiens)

et des enfants travailleurs (la marche des enfants travailleurs) 20 qui sont

défavorables à la mise en oeuvre des codes et de clauses sociales.

Ils considèrent que l'application de normes sociales ne pourrait leur être

favorable que dans un contexte de remise à plat complet du système économique,

en l'orientant vers plus de coopération. Sinon le rapport de force tel qu'il est

actuellement, aboutirait à des conséquences nuisibles sur leur économie et donc à

terme pour les travailleurs eux-mêmes et pour la population.



Dans le cas de la mise en oeuvre de clauses sociales au sein de l'OMC et plus

généralement des codes de conduite, le débat n'est pas tranché concernant le

nombre de normes fondamentales à appliquer.

Dans le cadre des codes de conduite, certains tel Patrick Itschert, Secrétaire

Général du secteur Textile-Cuir-Habillement de la CISL, sont favorables à la

limitation de leurs nombres, dans un premier temps, afin de diminuer les

désaccords. Cela réduirait de plus les risques de protectionnisme déguisés.

Dans le cadre des clauses sociales, d'autres tel Marc Delpouve, membre du

bureau national d’Attac-France, préconisent d'imposer un nombre de normes

sociales variables, pour chaque pays ou zones de développement. Dans les deux

cas ces propositions prévoient théoriquement d'appliquer progressivement, les 7

normes fondamentales (voir plus), pour l'ensemble des pays du monde.

La norme qui semble être prioritaire et qui fait l'objet d'un consensus, est le droit

de négociation et d'association. Grâce à l'existence de syndicats et en fonction de

leur dynamisme et de leur choix, les autres normes pourraient ensuite être

appliquées avec la pression syndicale. Cela laisse ainsi une certaine place à

l’autodétermination des pays, quant aux normes à prioriser, sans non plus laisser

libre cours à un complet laisser faire.

20

BONNET Michel, Regard sur les enfants travailleurs, CETIM, Editions Pages Deux, Lausanne, 1998.

12







Les promoteurs de la plupart des codes de conduite, notamment de la norme SA

8000, qui se veulent les précurseurs d'une future norme ISO, dans le domaine des

normes fondamentales du travail, ont une approche plus ambitieuse, car ils

intègrent dès le départ les 7 normes fondamentales. Mais cela s'explique aussi par

le fait que les codes sont des instruments à la fois plus limités et plus précis. Ils

introduisent en effet une discrimination positive supplémentaire, dans la mesure

ou ils peuvent se limiter à cibler les transnationales alors que les clauses sociales

s’adressent théoriquement à l'ensemble des entreprises d'un secteur économique

du pays.



Dans la perspective des ONG, l'introduction des codes de conduites permettrait,

d'ajouter aux clauses sociales, un plus grand discernement vis à vis des

éventuelles sanctions. Non seulement le nombre des normes au sein des codes

pourraient varier en fonction des pays, mais aussi en fonction des entreprises.

Dans le cas des codes, l’adhésion est volontaire pour les entreprises. Dans la

même perspective, la clause sociale pourrait être limitée aux STN. Elle prendrait

par conséquent, une tournure plus coercitive. Si on peut craindre en effet que les

PED aient des difficultés à supporter l'introduction de normes pour l’exportation, il

est par contre peu probable qu'une STN ne dispose pas de la puissance

économique suffisante pour rester compétitive, tout en appliquant les 7 normes

fondamentales du travail. Il y aurait ainsi des normes variables non seulement en

fonction des pays mais aussi des types d'entreprises, ce que n'offrent pas les

propositions actuelles relatives aux clauses sociales.



Concernant les types de sanction destinées a faire appliquer les normes

fondamentales du travail notamment à travers, les clauses sociales, il faut aussi

mentionner les propositions émises par Maurice Lauré, “Il s’agirait d’opérer des

prélèvements aux importations en faisant jouer une combinaison des indicateurs

de l’OIT et du PNUE et éventuellement du PNUD, mais de reverser les sommes

ainsi dégagées soit au pays de départ selon de strictes conditions d’utilisation à

des fins sociales, environnementales et éducatives, soit à des organisations

internationales et/ou régionales qui les utiliseraient dans le pays concerné selon

les mêmes critères.

Ces prélèvements seraient variables entre pays ou ensembles, en fonction de

leurs «notes» respectives fixées par les indicateurs (...).L’application mécanique

des critères quantitatifs de prélèvements devrait être complétée par des

préférences fiscales accordées aux initiatives qualitatives telles que les diverses

formes de commerce équitable » 21.





Eviter le protectionnisme déguisé





21

CASSEN Bernard, Inventer ensemble un «protectionnisme altruiste », L e monde diplomatique, Paris, février 2000.

Maurice Lauré, « Rapport sur le chômage », La Jaune et la Rouge, octobre 1994, cité par, et d’octobre 1994. Pierre

Noël Giraud, L’inégalité du monde, coll. « Folio », Gallimard, Paris, 1996.

13





Au-delà des différentes propositions qui lie le commerce et les normes sociale,

le principal problème auquel se heurtent les clauses sociales, plus encore que les

codes de conduite, est le danger d’un protectionnisme déguisé. Les différents

systèmes évoqués précédemment concernent des sanctions qui peuvent être

modulées en fonction des types d’acteurs. Dans le même esprit, le niveau de la

taxe à l’importation du système de Lauré, pourrait varier en fonction des pays, des

secteurs ou des types d’entreprises, pour diminuer le danger du protectionnisme

déguisé. Le niveau de la taxe pourrait ainsi tenir compte du montant du PIB par

habitant notamment. Ainsi tous les pays se verraient inciter à suivre les normes

fondamentales du travail, mais, la sanction seraient proportionnelle au niveau du

non-respect des normes et au niveau de développement économique du pays.



Concernant les pénalités en cas d’infractions, plutôt que d’exercer des

pénalités contre l’ensemble d’un pays comme cela ce fait parfois, il semble

préférable de cibler soit une région, un secteur productif, un secteur productif

d’une région ou même une entreprise ou une STN, quand c’est possible. Cela

permettrait des sanctions mises en oeuvre avec plus de discernement.

Au sujet de la durée de la sanction, plus elle est courte, moins le pays voit son

développement économique limité. Il s’agirait alors de réaliser une inspection six

mois après, par exemple, pour pouvoir lever le cas échéant les pénalités.

Le seuil auquel on pourra considérer qu’il y a infraction devra être fixée, car on

ne peut sanctionner tout un secteur pour une seule infraction relevée, ce serait

disproportionné. Il s’agirait de considérer qu’au-delà de 1% d’infractions par

exemple, pour au moins une des 7 normes fondamentales, il peut y avoir sanction.



Dans le cas où il s'agirait de ne sélectionner que certaines normes, la question

qui se pose ensuite est celle-ci : quelle instance sera à la fois compétente et

légitime pour établir une juste répartition et selon quelles procédures ? L’OMC ?

L’OIT ? D'autres ?

Si l'on se réfère à l'expérience de l'OMC en matière de norme, la règle qui tend à

être appliqué est la clause de la nation la plus favorisée. Ce qui annihile toute

possibilité de soutien commercial aux pays les plus pauvres. Par conséquent il est

peu probable que l'on parvienne à des accords sur le nombre de normes à suivre

par pays, dans le cadre de la politique néo-libérale qui règne actuellement à l'OMC.

Par contre si l'on prend l'exemple les accords de Lomé réalisés par la

communauté européenne avec les pays A.C.P., on constate que des accords pour

soutenir le développement des PED sont envisageables, lorsqu’au sein des

organisations internationales domine une politique sociale.

14









CONCLUSION



Concernant ne serait ce que l'application des normes fondamentales du travail,

on observe donc que ceux qui considéraient comme franche, la différence entre

pays industrialisés et pays en développement feraient bien de reconsidérer leur

position.

Cependant si l'on était en mesure d'évaluer statistiquement et globalement le

niveau d'application de chacune des conventions, la situation des pays en

développement serait très probablement beaucoup plus critique. Néanmoins en se

limitant à la comparaison d'une seule norme, certains PED se classent déjà en

meilleure position que certains pays industrialisés.

Une représentation erronée de cette réalité, aurait des conséquences

importantes sur les relations commerciales internationales. En effet les acteurs

des pays du Nord qui défendaient surtout un protectionnisme déguisé dans le

cadre des clauses sociales et des codes de conduite, risquent de se retrouver pris

à leur propre piège. En tout cas l'impact de telles mesures pourraient se révéler

beaucoup moins lucratives que prévues et aussi plus complexes à évaluer.

Du moins dans l'absolu, car les grandes puissances réussissent souvent à

éviter de s'infliger à elles-mêmes ce qu'elles exigent des autres.









Thierry BRUGVIN

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