Hypersomnie : fini les données à dormir debout !
L’hypersomnie consiste en une durée excessive du sommeil, encore qu’il
n’existe pas de consensus véritable sur une définition précise. A partir de quel
seuil considérer que le sujet dort trop longtemps ? Faut il faire intervenir
d’autres critères que la quantité de sommeil : la qualité, la fragmentation ou
d’autres caractéristiques telle la notion subjective de dormir plus qu’il ne faut
par exemple ? De ce fait, les données épidémiologiques sur le sujet sont à la fois
peu nombreuses et assez discordantes, car plusieurs définitions sont à l’évidence
possibles.
Une étude, réalisée aux Etats-Unis, permet d’en savoir un peu plus. Il s’agit en
fait d’une enquête téléphonique au cours de laquelle ont été interviewés 8 937
représentants de la population générale et vivant hors de toute institution. Le
questionnaire destiné à apprécier l’hypersomnie comptait des questions variées
qui ont permis de préciser les points suivants : durée du sommeil, habitudes et
troubles concernant ce dernier, mais aussi et surtout, troubles mentaux ou
psychopathologiques associés. L’objectif était, certes d’évaluer la prévalence de
l’hypersomnie, mais aussi d’en préciser les déterminants psychiatriques ou tout
au moins psychologiques.
La sensation de dormir trop a été rapportée par 3,5 % des participants. Dans
moins de 30 % des cas, la durée du sommeil était > ou = 9 heures. Sur le plan
des déterminants, certaines pathologies mentales ont été significativement
associées à cette hypersomnie et le risque relatif correspondant, en fait l’odds
ratio (OR), a été calculé cas par cas. Il s’agit notamment des troubles bipolaires
(OR=2,2), du syndrome d’anxiété généralisée (OR=2,4), des troubles
obsessionnels compulsifs (OR=1,6), des troubles paniques (OR=1,5), mais aussi
du syndrome de stress post-traumatique (OR=2,1). La plupart de ces troubles
psychiatriques ont au moins en commun l’angoisse multiforme qui s’éteint par
le sommeil.
Dans 11,1 % des cas, l’hypersomnie a un prix qui se paie le matin, c’est la
sensation d’être « groggy » ou très endormi au réveil. Dans 19,5 % des cas, les
troubles subjectifs sont moins sévères le matin, avec seulement une sensation
modérée d’avoir trop dormi. Les différents moyens utilisés pour apprécier la
somnolence matinale se sont avérés faiblement corrélés entre eux (r entre 0,22 et
0,35).
Une définition stricte de l’hypersomnie est à l’évidence nécessaire pour aboutir
à une approche épidémiologique plus précise et plus exhaustive, mais aussi pour
rendre les études comparables entre elles et mieux identifier les facteurs de
risque associés.
Dr Giovanni Alzato
Ohayon MM. : Epidemiology of hypersomnolence in the American General Population. 132nd Annual Meeting
of the American Neurological Associaiton (Washington) : 7-10 octobre 2007.