La civilisation mycénienne est une civilisation égéenne de l by linzhengnd

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									La civilisation mycénienne est une civilisation égéenne de l’Helladique récent (fin de l'âge du
bronze) s'étendant de 1550 à 1100 environ, dont l'apogée se situe environ entre 1400 et 1200. Elle
se répand progressivement à partir du sud de la Grèce continentale sur le monde égéen dans son
ensemble, qui connaît pour la première fois une certaine unité culturelle. Cette civilisation est
notamment caractérisée par ses palais forteresses, ses différents types de poterie peinte que l'on
retrouve tout autour de la mer Égée, ainsi que son écriture, le Linéaire B, la plus ancienne écriture
connue transcrivant du grec. Depuis son déchiffrement en 1952, la civilisation mycénienne est la
seule civilisation égéenne préhellénique connue à la fois par des sources littéraires, des traces
archéologiques et des documents épigraphiques.

Le terme « mycénien » a été choisi par l'archéologue Heinrich Schliemann pour qualifier cette
civilisation dans la seconde moitié du XIXe siècle, avant que Charles Thomas Newton n'en
définisse les caractéristiques en identifiant sa culture matérielle homogène à partir des trouvailles
effectuées sur plusieurs sites. Ce nom est repris de celui de la ville péloponnésienne de Mycènes,
à la fois parce qu'il s'agit du premier site fouillé à révéler l'importance de cette civilisation et du
fait de l'importance que revêtait la cité dans la mémoire des auteurs grecs antiques, en premier
lieu Homère, qui faisait du roi de Mycènes le chef des « Achéens ». Par la suite, Mycènes s'est
révélée n'être qu'un pôle de cette civilisation parmi d'autres, mais le terme de « mycénien » est
resté utilisé par convention.

                                    Historique des découvertes

Le passé des Grecs n'est longtemps connu que par les légendes des épopées et des tragédies.
L'existence matérielle de la civilisation mycénienne est révélée à la fin du XIXe siècle par les
fouilles d'Heinrich Schliemann à Mycènes en 1874 et à Tirynthe en 1886. Celui-ci croit avoir
retrouvé le monde décrit par les épopées d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée. Dans une tombe de
Mycènes, il trouve un masque d'or qu'il nomme le « masque d'Agamemnon ». De même, on
baptise « palais de Nestor » un palais fouillé à Pylos. Il faut attendre les recherches d'Arthur
Evans, au début du XXe siècle, pour que le monde mycénien acquière une autonomie par rapport
au monde minoen qui le précède chronologiquement.

En fouillant à Cnossos (Crète), Evans découvre des milliers de tablettes d'argile, cuites
accidentellement dans l'incendie du palais, vers 1450 av. J.-C. Il baptise cette écriture « linéaire
B », car il l'estime plus avancée que le linéaire A. En 1952, le déchiffrement du linéaire B,


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identifié par Michael Ventris et John Chadwick comme une forme archaïque du grec, projette la
civilisation mycénienne de la protohistoire à l'histoire, et l'insère à sa véritable place dans l'âge du
bronze du monde égéen.

Les tablettes en linéaire B restent toutefois une source documentaire réduite. En y ajoutant les
inscriptions sur les vases, elles ne représentent qu'un corpus de 5 000 textes, alors qu'on recense
plusieurs centaines de milliers de tablettes sumériennes et akkadiennes. Par ailleurs, les textes
sont courts et de nature administrative : il s'agit d'inventaires et d'autres documents comptables,
qui n'étaient pas destinés à l'archivage. Ils présentent néanmoins l'avantage de montrer une vision
objective de leur monde, sans marque de propagande royale.

Sur la base de ces tablettes, les historiens décrivent dans les années 1960 un monde composé de
petits royaumes, chacun doté d'une administration palatiale, ayant vécu la chute de la civilisation
minoenne et eux-mêmes disparus vers la fin du XIIIe siècle av. J.-C. De nouvelles découvertes à
partir des années 1980 — ensembles architecturaux, nouveaux lots de tablettes, nodules,
cargaisons d'épaves de navire — permettent de préciser et de nuancer ce tableau. Elles stimulent
également les études mycénologiques et l'intérêt du grand public : ainsi, une grande exposition
intitulée Le Monde mycénien (The Mycenaean World) se tient à Athènes en 1988-1989 et se
déplace ensuite dans plusieurs capitales européennes. Elle est suivie en 1990 de la
commémoration du centenaire de la mort d'Heinrich Schliemann.



                   Évolution et traits généraux de la civilisation mycénienne

Les sources sur la civilisation mycénienne proviennent de sites répartis surtout en Grèce
continentale, mais aussi autour de la mer Égée et d'une bonne partie du bassin méditerranéen.
Cette civilisation s'est développée en plusieurs phases depuis les environs de la seconde moitié du
XVIe siècle av. J.-C., avant d'atteindre sa phase de maturité à partir de la fin du XIVe siècle av. J.-
C. siècle quand commence la période mycénienne proprement dite. La datation est imprécise
pour des périodes aussi reculées. En l'absence de sources écrites informant sur le développement
de cette civilisation, les principales problématiques sur ce phénomène sont posées à partir de
données archéologiques, présentées ci-dessous avant l'étude des aspects de la société
mycénienne.



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                                            Chronologie

La chronologie archéologique de la civilisation mycénienne a été établie par Arne Furumark, en
fonction de la typologie des objets découverts et des niveaux stratigraphiques des sites fouillés.
Bien que critiquée, cette chronologie reste encore utilisée.

L'Helladique est le nom attribué à l'ensemble des civilisations grecques de l'âge du Bronze allant
de 3000 à 1100 avant J.-C. ; le terme d'Helladique récent (abrégé en HR) est utilisé pour l'époque
de la civilisation mycénienne, qui va de 1550 à 1100 avant J.-C., et qui est divisée en périodes
successives :

▪ 1550–1500 : Helladique Récent I (cercles des tombes à fosse A et B de Mycènes) ;
▪ 1500–1450 : Helladique Récent II A ;
▪ 1450–1425 : Helladique Récent II B (arrivée des Mycéniens à Cnossos ?) ;
▪ 1425–1380 : Helladique Récent III A1 (destruction de Cnossos, début des palais mycéniens
       continentaux) ;
▪ 1380–1300 : Helladique Récent III A2 (apogée de la construction des palais mycéniens) ;
▪ 1300–1250 : Helladique Récent III B1 ;
▪ 1250–1200 : Helladique Récent III B2 (destruction des palais mycéniens continentaux en fin de
       période) ;
▪ 1200–1125 : Helladique Récent III C1 ;
▪ 1125–1100 : Helladique Récent III C2.


                La Grèce continentale : le centre de la civilisation mycénienne

L'Helladique récent voit le développement démographique, économique, politique et culturel de
la Grèce méridionale et centrale continentale, en particulier dans plusieurs régions du
Péloponnèse, en Attique et en Béotie. Ce développement est sensible dès la fin de l'Helladique
moyen et le début de l'HR I, qui voit l'affirmation des sites principaux de la période mycénienne.
Les découvertes les plus remarquables concernant cette période restent les tombes du cercle A et
du cercle B de Mycènes. L'architecture domestique et palatiale de cette période est en revanche
très peu représentée sur le continent, ce qui fait qu'on doit se contenter de l'architecture funéraire



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et surtout des trouvailles artistiques effectuées dans les tombes dynastiques pour en déduire
l'apparition d'un pouvoir politique de plus en plus puissant au cours de cette phase, une
hiérarchisation sociale croissante, et également une croissance démographique. On ne peut plus
considérer comme on le faisait autrefois que ce développement est impulsé par l'arrivée de chefs
d'origine extérieure, car il semble manifeste que les racines de l'HR I se trouvent dans les phases
précédentes de l'histoire de la Grèce continentale. Pour autant, l'ouverture vers l'extérieur joue un
rôle décisif avec les évolutions locales. C'est notamment la Crète qui exerce une influence forte
dans le monde égéen, comme on le voit dans le fait que les tombes des élites continentales de
cette époque sont bien pourvues en productions crétoises ou de style crétois, qui sont utilisées
comme objets de prestige, mais ne témoignent pas d'une influence crétoise profonde. Au
contraire, l'HR I est par bien des aspects une période de créations sur le plan artistique, même si
plusieurs d'entre elles n'ont pas de postérité aux périodes suivantes (masques d'or, bas-reliefs
sculptés), mêlées à des emprunts et des adaptations continentales de modèles extérieurs. La
période suivante, l'HR II, voit ces tendances se poursuivre, mais des changements se profilent.
Elle reste cependant mal connue.
La première phase de l'HR III, l'HR III A1 (début du XIV e siècle), est une phase de transition
vers l'affirmation de la civilisation mycénienne à proprement parler, caractérisée par différents
« marqueurs » identifiables sur ses principaux sites : les citadelles, les palais royaux, deux types
de tombes dominants – les tombes à tholos et les tombes à chambre – qui prennent tous des
aspects de plus en plus monumentaux, et enfin l'utilisation croissante de l'écriture linéaire B dont
l'exemplaire le plus récent se trouve en Crète et date du Minoen récent II, correspondant à l'HR
II. Du point de vue économique, la période semble être prospère, avec le développement de
l'agriculture, des échanges commerciaux et culturels, et l'affirmation du palais en tant
qu'institution jouant un rôle de stockage et de redistribution d'une partie des produits, ce qui fait
passer les régions concernées de la Grèce continentale dans le domaine des civilisations palatiales
du Bronze récent, à l'image de la Crète et du Proche-Orient. L'HR III A est également la période à
partir de laquelle l'hégémonie dans l'Égée semble passer de la Crète vers le continent après la
destruction des principaux palais minoens et la possible occupation de celui de Cnossos par des
« Mycéniens ».

L'HR III B (fin XIVe-début XIIIe siècle) voit cette croissance se poursuivre. Les complexes
palatiaux de Mycènes, Tyrinthe, Pylos et Thèbes atteignent alors leur apogée, de même que


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l'architecture défensive, sur les sites de Mycènes ou de Gla, et les tombes à tholoi royales de
Mycènes ou Orchomène. La civilisation mycénienne est alors relativement homogène sur le
continent, et on a pu parler d'une koinè, même si les éléments de diversité sont toujours
importants et que certaines régions voisines des grands centres ignorent le système palatial et sa
prospérité, notamment la Phocide, l'Achaïe, la Thessalie. L'HR III B est également la période de
rédaction de la plupart des documents en linéaire B qui nous permettent de saisir le
fonctionnement des systèmes palatiaux de Grèce continentale et de la Crète qui entre
progressivement dans la sphère mycénienne tout en gardant des spécificités. C'est également la
phase durant laquelle les contacts de la Grèce continentale avec le reste du monde égéen et les
autres régions du monde méditerranéen atteignent leur apogée, avec la possible constitution d'une
domination politique mycénienne hors du continent en plus de l'expansion commerciale. Une
grande partie de l'Égée est alors fortement marquée par l'empreinte culturelle mycénienne.



                                   Qui étaient les Mycéniens ?

Depuis la traduction des tablettes en linéaire B, on sait que ceux que l'on appelle « Mycéniens »
parlaient une forme archaïque de grec, les locuteurs de langue grecque étant arrivés dans l'espace
égéen au plus tard au début du IIe millénaire. Aucune source écrite provenant d'un site mycénien
ne nous a indiqué comment ce peuple se nommait lui-même (son autoethnonyme). À la lecture de
l'Iliade, où les Grecs sont souvent appelés « Achéens », et en prenant en compte la mention
d'Ahhiyawa vers la région égéenne dans les sources hittites du Bronze Récent, on a voulu voir
dans les Mycéniens des Achéens. Mais le second argument est loin d'être admis de tous, alors que
pour le premier, on remarque que le terme « Achéen » peut avoir plusieurs significations dans les
textes d'Homère. L'analyse linguistique des textes en linéaire B rattache la langue mycénienne à
des dialectes grecs des époques ultérieures. Elle serait un dialecte apparenté à l'arcado-chypriote
du millénaire suivant, donc une forme dite « proto-achéenne ». De fait, on serait bien en présence
d'Achéens sur une grande partie de la Grèce continentale méridionale, avant l'arrivée de
« Doriens » au Ier millénaire comme le prétendent les historiens grecs antiques ultérieurs ; mais ce
point reste l'objet de débats.

La question linguistique, reposant sur la comparaison avec les langues des périodes suivantes, ne
constitue sans doute pas une preuve suffisante pour identifier clairement les Mycéniens, qui ont



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pu, tout en ayant une culture matérielle uniforme, parler plusieurs dialectes du grec voire des
langues non grecques, les langues dites « égéennes », non indo-européennes et implantées dans la
région avant l'arrivée des locuteurs de langues « proto-grecques ». Il est du reste difficile
d'évaluer l'évolution des rapports de la langue grecque avec ces langues « égéennes » qui nous
sont inconnues et qu'elle côtoyait alors, et auxquelles elle a beaucoup emprunté. Faire
correspondre l'expansion mycénienne à une expansion des parlers grecs est malaisée, même si
elle paraît fortement probable au moins pour le cas de Chypre à la fin du XIIIe siècle, car on parle
par la suite une langue proche du dialecte mycénien sur cette île.



                                   La Crète et le monde mycénien

Un témoignage de l'influence minoenne en Grèce continentale à l'époque mycénienne : statuette
de style crétois, vers 1400, retrouvée à Sparte, Staatliche Antikensammlungen de Munich.
Le développement de la Grèce continentale à la période mycénienne est lié à l'évolution de la
Crète, le foyer de la brillante civilisation minoenne que la civilisation mycénienne supplante dans
le monde égéen après lui avoir tant emprunté. C'est aussi une des régions de Grèce les mieux
connues par l'archéologie, et la seule à avoir livré des lots de tablettes en linéaire B hors du
continent, cette écriture ayant d'ailleurs peut-être été inventée sur l'île. Elle occupe une place à
part dans le monde égéen, et sa culture exerce toujours une influence forte dans cet espace même
si elle s'ouvre plus aux influences de la Grèce continentale. On ne peut pas vraiment considérer
que la période minoenne s'achève sur cette île car les traits culturels sont identiques à ceux de la
période précédente. La terminologie des périodes locales garde d'ailleurs toujours cette référence
en parlant de « Minoen récent » (MR) dont les phases correspondent en gros à celles de
l'Helladique récent continental.

Une série de destructions violentes vers 1450 mettent fin à la phase dite MR I, qui a vu l'apogée
de la civilisation minoenne et de son expansion dans l'Égée (la supposée « thalassocratie »
minoenne). Les grands palais de Phaistos, Malia et Zakros sont abandonnés après cela, seul celui
de Cnossos étant réoccupé sans réaménagement important. Il semble dominer une grande partie
de l'île après cela. Ce même palais est ensuite détruit à la fin du MR III A1, vers 1370
(correspondant en gros à l'HR III A1), et son influence semble alors décliner avant son abandon
final à la fin du MR III A2 vers 1300. Les tablettes de Cnossos sont datables d'une de ces deux



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destructions, mais on ne sait laquelle, en admettant d'ailleurs qu'elles datent toutes de la même
période.

La phase MR III A1 voit une croissance de l'influence mycénienne dans la culture matérielle
locale, ce qui indique probablement une conquête de l'île par des « Mycéniens » qui domineraient
ensuite depuis le palais de Cnossos qu'ils auraient réoccupé. Le fait que les palais de Grèce
continentale connaissent leur période de prospérité après la chute de Cnossos semble indiquer que
c'est cette première région qui exerce alors une domination sur le monde égéen, prenant le relais
sur la seconde. Mais, on ne peut pas pour autant parler d'un véritable déclin en Crète, qui reste
une région prospère même si elle n'est quasiment plus mentionnée dans les textes égyptiens ou
levantins, ce qui indique une perte de dynamique vers l'extérieur du monde égéen.

Au MR III B, la culture de Crète exerce pourtant une influence importante dans la culture
matérielle des régions voisines du monde égéen, dont la Grèce continentale avec qui les échanges
commerciaux sont de plus en plus forts. La Crète est alors incontestablement une composante du
monde mycénien, même si on ne peut une nouvelle fois pas dire avec certitude si elle est dominée
par des gens venus de continent, ou même incorporée dans un État dont le centre est localisé sur
le continent. S'il y a bien des noms de personnes grecs dans les tablettes des palais de l'île, la
culture matérielle y subit peu d'influence continentale. On constate une période de prospérité
économique, et la présence d'un réseau de centres administratifs dense. Il y a alors un
affaiblissement de l'influence de Cnossos face à l'émergence de nouveaux centres comme La
Canée (Kydonia) à l'est, ou Haghia Triada au sud dans la plaine de la Messara.



                       L'expansion mycénienne autour de la mer Égée

À partir du début de l'HR III A, la présence des habitants de la Grèce continentale méridionale à
l'extérieur est de plus en plus importante. Cette expansion se manifeste avant tout dans un horizon
proche, celui de la mer Égée, déjà traversée par des relations importantes depuis de nombreux
siècles. D'ailleurs, la présence mycénienne sur les sites de cet espace succède souvent à celle des
Minoens, qui décline après la fin du MR I/HR I suite aux destructions de 1450 visibles sur les
sites crétois. L'expansion mycénienne se fait essentiellement en direction de la Crète, mais aussi
des Cyclades, du Dodécanèse et du littoral de l'Asie mineure, le sud des Balkans ayant eu des
contacts limités avec le monde mycénien. C'est essentiellement par la diffusion de la céramique


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mycénienne que l'on peut supposer cela, mais aussi par des objets en ivoire de type mycénien,
même s'il est souvent complexe de distinguer les exportations et les inspirations. De plus, il est
difficile de savoir si une céramique mycénienne retrouvée hors de la Grèce continentale a été
exportée pour sa fonction de contenant, ou bien pour elle-même.
La nature et les causes de cette expansion sont débattues. Des motifs commerciaux paraissent
incontestables, même s'il est compliqué de déterminer quels produits étaient réellement échangés.
L'idée d'un impérialisme mycénien, et d'une expansion qui prennent par endroits un caractère
conquérant a pu être proposée sur la base de certaines sources archéologiques et épigraphiques
dans le monde égéen, en plus de la situation crétoise, mais ce point reste très débattu. Du reste,
les tentatives de conclusions d'ordre général sont peu évidentes dans un espace constitué d'îles,
qui sont par définition isolées, et de régions littorales souvent découpées et séparées par un relief
montagneux. Cela entraîne l'existence de nombreux particularismes locaux.

Les Cyclades connaissent une première phase d'influences mycéniennes durant l'HR III A (ou
début du « Cycladique récent » III selon la dénomination régionale), décelable sur plusieurs sites,
dont Phylakopi sur l'île de Milo. Un édifice avec mégaron y a été bâti, peut-être par des
Mycéniens après une prise de contrôle. Le sanctuaire de cette même île dans lequel ont été
retrouvées de nombreuses figurines votives témoigne bien d’une influence mycénienne, mais les
spécificités locales sont fortes. À l'HR III B, l'influence continentale décline dans les Cyclades, et
les sites semblent se fortifier, se repliant sur eux-mêmes. Une reprise des contacts se produit à
l'HR III C, avec peut-être même une arrivée de populations depuis le continent, avant que ces îles
ne déclinent à la fin de la période mycénienne. En fin de compte, il reste impossible de dire si
l'influence mycénienne est due à des facteurs commerciaux, politiques ou plutôt culturels, en
admettant qu'on puisse bien les distinguer. Le Dodécanèse connaît également une forte influence
mycénienne par endroits. Deux nécropoles de l'île de Rhodes, Ialysos et Pylona, ont livré pour
l'HR III A un important matériel céramique continental ainsi que des tombes à chambre, ce qui
pourrait indiquer la présence d’une communauté mycénienne sur place, au moins dans un but
commercial. À l'HR III B, la présence mycénienne est là aussi déclinante.

Sur le continent asiatique à proximité de ces îles, la présence mycénienne est moins forte, par
exemple dans les nécropoles de Carie (Kos et Müsgebi). Plus au nord, on arrive vers les régions
connues par les textes provenant du royaume hittite qui domine l'Anatolie à cette période depuis
sa partie centrale. Le royaume le plus puissant de l'Asie mineure est l'Arzawa, dont la capitale


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Apasa est peut-être Éphèse, et qui finit par être soumis et divisé par les Hittites. Les textes
provenant de ces derniers parlent également d'un royaume d'Ahhiyawa, qui pourrait bien être
celui d'Achéens, donc de Mycéniens. Ce royaume est documenté par quelques tablettes relatives
à des événements politiques dans l'Ouest anatolien, là où l'influence du roi des Ahhiyawa
rencontre celle du royaume hittite. Au début du XIIIe siècle av. J.-C., son roi est considéré
comme un « Grand roi » par son homologue hittite, c'est-à-dire son égal, au même titre que les
rois d'Égypte et de Babylone, qui avaient tous plusieurs États vassaux mais aucun suzerain.
L'influence du roi des Ahhiyawa dans la région orientale de l'empire hittite ne dure cependant pas
longtemps, et il disparaît finalement des textes. Son territoire dominait au moins une partie de
l'Asie mineure, car il a à un moment donné un gouverneur dans la cité de Millawanda,
probablement Milet. Sur ce dernier site, détruit par les Hittites vers la fin de l'HR III A,
l’influence mycénienne paraît forte, mais côtoie celle des peuples anatoliens. On débat sur la
localisation du centre du royaume Ahhiyawa : beaucoup veulent le situer à Mycènes ou du moins
en Grèce continentale, faisant alors correspondre son extension à celle de la civilisation
mycénienne, alors que certains proposent de le situer plutôt en Asie mineure littorale ou bien sur
une île comme Rhodes, car ce sont les seules régions qu'on le voit dominer clairement dans les
sources écrites.

Plus au nord, le site archéologique de Troie (Hissarlik) pose de nombreuses questions en lien
avec l'épopée homérique. Des générations d'archéologues ont cherché à savoir quel était le niveau
de la ville qui aurait été détruit par les assaillants mycéniens lors d'un conflit réel qui aurait
inspiré les récits sur la guerre des Achéens menés par le Mycénien Agamemnon contre les
Troyens dans l’Iliade et le cycle de légendes sur la Guerre de Troie. Deux candidats sont en lice :
le niveau VIh et son successeur le niveau VIIa, qui finissent tous les deux par des destructions
dont la nature exacte est à préciser (conquête violente ou tremblement de terre ?). Mais il faut
encore démontrer que l'histoire d'Homère fait bien référence à un événement réel, alors que la
présence mycénienne sur le site reste faible.




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                 La place du monde mycénien dans le monde méditerranéen

À une échelle plus petite, on dispose de traces de la présence de Mycéniens en divers points du
bassin méditerranéen au-delà de l'Égée. Ces traces sont, encore plus que pour les régions des
rives de l'Égée, essentiellement des céramiques. On en retrouve en effet dans des régions parfois
très éloignées du monde égéen : vers l'ouest, en Sardaigne, dans la vallée du Pô, dans la Péninsule
Ibérique, au nord en Macédoine ou en Thrace, et vers l'est et le sud-est à Chypre et jusqu'aux
rives de l'Euphrate ou encore dans la basse vallée du Nil. En réalité, c'est en direction de Chypre
et du Levant que les traces sont les plus importantes et peuvent laisser supposer l'existence
d'échanges plus importants et réguliers. Cela pourrait être confirmé par l'épave retrouvée à
Uluburun au sud de Kaş en Turquie, datée de la fin du XIVe siècle, transportant surtout du cuivre
de Chypre, mais aussi quelques vases mycéniens à côté d'autres objets d'Égypte, de Syrie ou du
Taurus, indiquant que le monde mycénien était bien intégré à des réseaux d'échanges impliquant
le bassin méditerranéen oriental. Mais aucune trace écrite de relations commerciales entre les
ports du Levant (comme Ougarit) et les Mycéniens n'apparaît. Les échanges maritimes de cette
période se faisant essentiellement par cabotage et par étapes, il n'y avait pas forcément de liaisons
directes importantes. Chypre (notamment l'antique royaume d'Alashiya qui en occupe au moins
une partie), où la présence mycénienne est plus forte, pourrait avoir joué le rôle d'intermédiaire
entre les Mycéniens d'un côté et le Levant et l'Égypte de l'autre. Du reste, cette île était
importante pour le monde mycénien en tant que fournisseur de cuivre. À la fin du XIIIe siècle,
Chypre voit finalement l'installation de migrants du monde mycénien, dans le contexte des
mouvements de population qui touchent la Méditerranée orientale à la fin du Bronze récent.

De nombreuses études ont porté sur la documentation concernant les relations entre le monde
égéen mycénien et les régions situées à son orient qui sont si bien connues par ailleurs, mais il
faut admettre que les conclusions les plus audacieuses, parlant de relations diplomatiques parfois,
sont très spéculatives et que nos certitudes sont bien minces. Les nombreux textes provenant des
régions situées à l'est du monde égéen ont beau documenter les relations diplomatiques et
commerciales dans cet espace, il y assez peu de textes rattachables à des affaires qui
impliqueraient le monde mycénien. Le dossier le plus consistant est celui des Ahhiyawa dans les
sources hittites déjà évoquées pour le cercle proche de l'expansion mycénienne. Ailleurs et plus
loin, on n'en parle pas, hormis dans des sources égyptiennes dans lesquelles le monde mycénien
apparaît peut-être dans de rares écrits sous l'appellation tanaju (hiéroglyphe tj-n3-jj-w), dont


                                                                                                   X
Thoutmosis III reçoit des messagers porteurs de présents. En Grèce même, la trouvaille de
sceaux-cylindres chypriotes et syro-mésopotamiens dans le palais de Thèbes n'est pas suffisante
pour évoquer des échanges diplomatiques. De ce fait, il est plus raisonnable de considérer que les
Mycéniens sont au mieux marginaux dans le système diplomatique de l'époque, qui est pourtant
étendu ; ou bien ils en sont totalement absents.

Au final, l'ouverture sur l'extérieur du monde mycénien a été décisive dans sa construction, sa
complexification. Mais les échanges culturels entre la Grèce mycénienne et ces régions
extérieures restent faibles, le commerce semblant un peu plus important, encore qu'on ne puisse
en mesurer l'intensité réelle, ses modalités ou ses motivations. En tout cas, le monde mycénien ne
semble pas un partenaire notable pour les royaumes orientaux. Pour la Méditerranée occidentale,
les Mycéniens ne sont pas des « passeurs » de la culture du monde oriental qui exerce un certain
attrait sur plusieurs sites de cet espace, même s'ils participent à cette influence venue de l'est.

                       L'architecture sur les sites de la Grèce mycénienne

La civilisation mycénienne est en premier lieu caractérisée par les découvertes architecturales
effectuées sur les sites majeurs localisés en Grèce continentale, avant tout Mycènes, Tyrinthe et
Pylos, sur lesquels ont été mis au jour les palais les plus vastes. Les autres marqueurs de
l'architecture mycénienne sont les forteresses, ainsi que les tombes à tholos et à chambres. Les
lieux fouillés sont ceux qui témoignent du mode de vie et des habitudes des élites de la société
mycénienne, les couches sociales inférieures n'étant pas représentées dans les habitats ni dans la
plupart des nécropoles mis au jour.

                                           Les forteresses

Les principaux sites mycéniens sont fortifiés, prenant appui sur des éminences rocheuses. Ils
peuvent être situés sur des acropoles dominant des plaines, comme Athènes, Gla ou Tirynthe,
adossés à une grande colline comme Mycènes, ou sur le front de mer, comme Asinè. Certaines
enceintes comme celle de Gla enserrent un espace qui n'est pas totalement bâti, ce qui semble
indiquer qu'elles étaient prévues pour servir de refuge aux populations des alentours. Dans les
sites majeurs de Tyrinthe et Mycènes, où ont été retrouvées les plus importantes fortifications, ce
sont les édifices palatiaux, leurs dépendances et quelques résidences qui sont défendus. À côtés
de ces citadelles, on a aussi trouvé des forteresses isolées, servant sans doute au contrôle militaire



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de territoires.

Les murailles les plus anciennes de Mycènes et Tyrinthe sont bâties dans un appareil dit
« cyclopéen », parce que les Grecs des périodes suivantes attribuaient leur construction aux
Cyclopes. Elles sont constituées de grands blocs de calcaire pouvant avoir jusqu'à huit mètres
d'épaisseur, non dégrossis, empilés les uns sur les autres sans argile pour les souder. Les murs de
Mycènes ont une épaisseur moyenne de 4,50 mètres, et leur hauteur pourrait avoir atteint
15 mètres même si on ne peut avoir de certitude. Plus tardivement, on élabore des murailles avec
des blocs dégrossis, pour les encastrer en comblant les espaces vides par de petites pierres. Sur
les autres forteresses, les blocs de pierres utilisés sont moins massifs.

Différents types d'ouvertures peuvent être employés pour traverser ces murailles : porte
monumentale, rampe d'accès, portes dérobées ou galeries voûtées pour sortir en cas de siège. Le
palais de Tyrinthe dans son dernier état a également vu la construction de passages voûtés (en
encorbellement) sous son enceinte, dont la fonction est énigmatique56. L'entrée principale du
complexe fortifié de Mycènes, la « Porte des Lions », nous est parvenue dans un bon état de
conservation. Elle est faite de blocs bien taillés. Son linteau est surmonté par un relief calcaire
masquant le triangle de décharge. Les deux animaux représentés, probablement des lions mais
dont la tête manque (tout comme l'ornement du relief), se font face autour d'une colonne.



                                       Les palais mycéniens

Les palais mycéniens ont pour exemples ceux fouillés à Mycènes, Tirynthe ou Pylos, qui sont en
fait les seuls édifices dégagés qui sont incontestablement de type palatial, même s'il est probable
que le « Kadmeion » de Thèbes en soit également un bien que son plan soit différent. La
forteresse qui protégeait l'Acropole d'Athènes à l'époque mycénienne a pu renfermer un autre
palais, mais comme les niveaux archéologiques de cette période ne peuvent pas être atteints par
les fouilles, cela ne peut être vérifié. Ces palais sont les centres de l'administration des États
mycéniens, comme l'ont montré les archives qu'ils ont fournies. Du point de vue architectural, ils
sont les héritiers des palais minoens, mais aussi d'autres grandes résidences bâties en Grèce
continentale à l'Helladique Moyen. Le développement des palais mycéniens est décelable à l'HR
III A à Tyrinthe, et sur d'autres sites où on trouve des édifices préfigurant les grands palais de la
période suivante, les niveaux de cette période n'ayant pas été identifiés dans les palais de Pylos et


                                                                                                 XII
Mycènes. C'est durant l'HR III B que l'architecture palatiale atteint son apogée dans les trois
palais principaux du Péloponnèse.

Les grands palais sont organisés autour d'un ensemble de cours ouvrant sur plusieurs salles de
différentes dimensions, dont des magasins, et des ateliers, en plus des zones de réception et de
résidence, et peut-être des lieux de culte. Un trait essentiel de ces édifices est le ou les mégaron :
c'est un ensemble constitué d'un porche ouvert sur une entrée monumentale, d'un vestibule et
surtout d'une grande salle à foyer central entouré de quatre piliers, à proximité duquel se trouve
un trône. On en trouve dans d'autres constructions monumentales mycéniennes. Des trois édifices
incontestablement palatiaux de la période HR III B qui ont été dégagés, celui de Pylos est le
mieux conservé. Il est organisé autour d'un bâtiment principal de 50 sur 32 mètres environ,
dominé par un vaste mégaron de près de 145 m2. On entrait dans cet édifice par son côté sud-est,
une porte donnant sur la cour principale qui ouvrait sur toutes les autres parties du bâtiment,
notamment des espaces de stockage, des salles de garde, et peut-être des salles ayant servi à des
cérémonies religieuses. Plusieurs escaliers indiquent que l'édifice avait un étage. Le bâtiment
principal était entouré de trois autres unités. L'édifice sud-ouest, le plus vaste après lui, dont le
plan reste mal connu, est peut-être le plus ancien. Au nord du complexe, un espace de stockage
contenait de nombreuses jarres à vin, et un dernier bâtiment au nord-est est constitué de plusieurs
salles dont certaines ont pu servir d'ateliers, ou d'espaces cultuels. Les palais de Tyrinthe et de
Mycènes, dont l'état de conservation est moins bon, sont solidaires de la citadelle dans laquelle ils
prennent place, et la circulation y est sans doute plus complexe.

À un niveau inférieur, on trouve des édifices ressemblant aux palais mais qui ne sont pas
forcément à considérer comme tels, car sans sources administratives témoignant de la présence
d'une institution palatiale ou bien en raison de l'absence d'un corps central semblable à celui des
grands palais. Ce sont par exemple les bâtiments principaux de Gla, d'Orchomène ou de Sparte,
auxquels on pourrait ajouter l'édifice avec mégaron de Phylakopi. P. Darcque a qualifié ce type
de bâtiment d'« édifices intermédiaires » entre palais et maisons, en y ajoutant des grandes
constructions des sites de Mycènes (« Maison du marchand d'huile », « Maison des sphinx »,
« Maison des boucliers ») et de Tyrinthe qui sont liées aux grands palais. Leur fonction reste à
déterminer : résidences de potentats locaux quand elles sont isolées (donc palais en miniature), ou
bien résidences d'aristocrates, ou encore dépendances du palais quand elles sont sur des sites
palatiaux ? Ce sont des résidences de plus grande taille que l'habitat courant, couvrant de 300 à


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925 m², dont l'aspect monumental, les techniques de construction et l'organisation interne
rappellent les trois grands palais. Elles servent manifestement pour des fonctions plus complexes
que les résidences plus petites, sans être des édifices de la taille des trois grands palais.

La technique de construction des palais et édifices apparentés présente de nombreux points
communs d'un site à l'autre. Les palais principaux se distinguaient par la présence de murs en
blocs de calcaire taillés, mais partout on trouve généralement des murs utilisant des grosses
pierres servant de parement couvrant des moellons. Les murs des grands palais étaient peints, de
même que certains sols. Les portes extérieures et intérieures étaient également très travaillées.



                                      Urbanisme et résidences

Les sites mycéniens comportent différents types de résidences, dont la nature exacte est parfois
difficile à déterminer. D'une manière générale, la fonction de constructions ou de pièces des
résidences est difficile à déterminer, même dans le cas de trouvailles de nombreux artefacts
pouvant indiquer la présence d'un atelier. La hiérarchie entre les édifices est souvent incertaine.
Les exemples d'urbanisme analysables sont rares faute de plus de fouilles de quartiers habités : on
en trouve uniquement dans le quartier sud-ouest de la citadelle de Mycènes, où les édifices sont
séparés par des escaliers souvent longés par des caniveaux, du fait du relief accidenté, et dans la
partie basse de celle de Tyrinthe.
Les maisons sont construites dans un calcaire extrait localement. Elles sont en majorité de forme
quadrangulaire, mais on connaît des cas de bâtiments de formes curvilignes (ovales, absidales)
sur des sites isolés. Les plus petites maisons ont une seule pièce, et mesurent en général entre 5 et
20 mètres de côté, ne dépassant pas la soixantaine de mètres carrés. C'est là que résident les
couches sociales les plus basses. D'autres maisons plus vastes comportent plusieurs pièces,
disposées de façon plus ou moins complexe, les plus basiques ayant une organisation linéaire,
parfois une organisation autour de pièces parallèles, alors que certaines ont une structure plus
complexe et disposent parfois d'un couloir principal, voire d'une terrasse à l'étage. Ces résidences
à organisation plus complexes sont plus grandes, occupant une surface au sol de plus de 100 m²,
et servent sans doute pour les couches sociales plus élevées. Les maisons mycéniennes sont dans
la continuité des traditions architecturales des périodes précédentes, et peu d'innovations sont
attestées dans les techniques, le changement principal étant l'apparition de constructions plus



                                                                                                    XIV
vastes.

Les fonctions des pièces sont difficiles à déterminer, car le mobilier manque souvent. Les pièces
principales de ces résidences ont généralement un foyer, dans certains cas plusieurs, mais parfois
aucun. Une différentiation fonctionnelle de l'espace dans ces plus petites maisons est souvent
impossible à déterminer, les maisons à pièce unique étant plurifonctionnelles comme sans doute
de nombreuses pièces des maisons plus complexes. En fait, seuls les édifices palatiaux ou liés aux
palais ont montré des pièces spécialisées dans une certaine fonction, surtout le stockage et
l'archivage.



                                    L'architecture funéraire

Le mode d'enterrement le plus courant durant l'Helladique Récent est l'inhumation. On enterre les
morts sous le sol même des maisons, ou bien à l'extérieur des zones résidentielles, dans des
cimetières. Les tombes individuelles sont en forme de ciste, avec un parement de pierres. Un
mobilier funéraire apparaît à l'HR I, alors qu'il était absent aux périodes précédentes. Mais les
formes les plus spectaculaires de l'architecture funéraire des sites mycéniens sont les tombes
monumentales, en majorité collectives, qui s'affirment à la période de transition entre l'Helladique
moyen et l'Helladique récent, qui voit l'expansion des deux modèles les plus courants à l'époque
mycénienne : les tombes à tholos et les tombes à chambre. Pourtant, les plus anciennes tombes
appartenant à un ensemble monumental attribuable à une dynastie régnante sont d'un autre type :
il s'agit des cercles de tombes à fosse de Mycènes, le « cercle A » et de « cercle B », datés de
l'HR I (vers 1550-1500), le second étant le plus ancien. C'est dans le cercle A que Schliemann a
découvert le riche mobilier funéraire qui a participé à la légende de ses découvertes. Le cercle B a
été mis au jour dans les années 1950.

Les tombes à tholos (θόλορ / thólos) sont le type le plus spectaculaire à la période mycénienne,
qui trouve son origine dès l'Helladique moyen. Les plus vastes sont considérées comme étant des
tombes royales ou princières. Elles sont constituées d'une entrée (stomion) ouvrant sur un couloir
souterrain (dromos) couvert par un tumulus, qui mène à la tholos à proprement parler, une
chambre de forme circulaire couverte d'une voûte à encorbellement. Sur la centaine de tombes de
ce type qui a été retrouvée essentiellement en Grèce continentale, quatorze se démarquent par le
fait que le diamètre de la chambre est supérieur à 10 mètres. On les trouve surtout en Messénie où


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elles se développent dès les débuts de l'Helladique récent, et aussi en Argolide, les plus
remarquables étant sur le site de Mycènes. La plus célèbre est le « Trésor d'Atrée » (ou
« tombeau d'Agamemnon »), dont le dromos est long de 36 mètres et la coupole est haute de 15
mètres pour un diamètre de même longueur. Ce groupe de tombes date probablement du
XIIIe siècle av. J.-C., date à laquelle les architectes ont atteint une grande maîtrise de ce type de
construction.


                Le « Trésor d'Atrée » ou « Tombeau d'Agamemnon » de Mycènes.
Mais le type de tombes le plus répandu est celui des tombes à chambre, composées elles aussi
d'un stomion et d'un dromos, ouvrant cette fois-ci sur une chambre simplement taillée dans la
roche de forme variable, avec une prédilection pour un plan quadrangulaire. La plus vaste
chambre, à Thèbes, mesure 11,50 x 7 mètres au sol, pour 3 mètres de hauteur. C'est peut-être la
tombe d'une dynastie locale, dans une région où on n'a pas construit de tholos. Il s'agit dans tous
les cas de tombes collectives.

Il reste difficile à établir si les différentes formes d'inhumation traduisent une hiérarchisation
sociale, comme on l'a parfois pensé, en faisant des tholoi les tombes des élites dirigeantes, les
tombes individuelles celles des classes aisées, et les tombes communes celle du peuple. Mais il
reste clair que les tholoi les plus vastes étaient probablement destinées à des membres d'une
dynastie régnante, et que même les plus petites nécessitaient sans doute un investissement qui les
réserve aux notables et non aux couches inférieures de la société.



                                   Les documents en linéaire B

La période mycénienne est la période la plus ancienne pour laquelle on dispose de documents
écrits compréhensibles provenant du monde égéen, rédigés dans une écriture spécifique à la
civilisation mycénienne : le linéaire B. Il ne s'agit pas de la plus ancienne forme d'écriture
développée dans le monde égéen, puisque la Crète a également vu la naissance du linéaire A qui
est un ancêtre du linéaire B, mais n'a pas été déchiffrée. La documentation qui nous intéresse ici
est une source primordiale pour notre connaissance de divers aspects de la société mycénienne.
Le langage des tablettes rédigées est une forme ancienne de grec. Son déchiffrement est dû à
Michael Ventris et John Chadwick en 1952. Il s'agit avant tout de voir le contexte de rédaction


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des documents, les caractéristiques de l'écriture et la nature des textes écrits, de façon à mieux
comprendre les enjeux de leur interprétation.



                      Provenance, quantification et datation des documents

Le linéaire B est avant tout connu par des tablettes d'argile sur lesquelles il avait été inscrit,
comme c'est le cas pour l'écriture cunéiforme originaire de Mésopotamie. Les premières tablettes
découvertes l'ont été dans le palais de Cnossos en Crète au cours d'une des nombreuses
campagnes de fouilles menées sur place par Arthur Evans. En 1939, d'autres ont été mises au jour
dans le palais de Pylos, où on en trouva encore lors de campagnes suivantes après 1952. D'autres
ont été découvertes sur le site de Mycènes, puis à Thèbes, et en moindre quantité à Midéa et à La
Canée ainsi que sur d'autres sites grecs. Une inscription en linéaire B a peut-être été retrouvée
hors de Grèce, sur un objet en ambre retrouvé à Bernsdorf en Bavière, mais cela reste sujet à
discussion. Aujourd'hui, Cnossos est de loin le site qui en a fourni le plus avec environ 3 000
tablettes, pour 1 200 à Pylos, près de 300 à Thèbes et une soixantaine à Mycènes.

Des inscriptions en linéaire B ont été retrouvées également sur des « nodules », ancêtres des
étiquettes modernes. Il s'agit de petites boulettes d'argile, façonnées entre les doigts autour d'une
lanière (probablement de cuir) qui sert à attacher l'ensemble sur l'objet. Le nodule présente une
empreinte de sceau et un idéogramme représentant l'objet. Les administrateurs y ajoutaient
parfois d'autres informations : qualité, origine, destination, etc. Une soixantaine ont été mis au
jour à Thèbes. Ont également été retrouvés une centaine de vases portant des inscriptions peintes
dans cette écriture, et d'autres objets en moindre quantité (un sceau en ivoire, un poids en pierre).

Cela fait en tout un corpus de près de 5 000 documents répartis sur une dizaine de sites en Grèce
continentale et sur l'île de Crète, avec trois sites fournissant la grosse majorité de notre
documentation, soit bien peu en comparaison de la documentation contemporaine en provenance
d'Égypte ou du Moyen-Orient, mais qui suffit à apporter des informations importantes pour
comprendre la société mycénienne, encore qu'il faille faire face à des difficultés notables pour
interpréter les textes.

Les débuts du linéaire B sont l'objet de débats : la Crète des XVIe  &   XVe siècles av. J.-C., ou
bien la Grèce continentale ? Quoi qu'il en soit, le plus ancien document remonte aux environs de
1375 et a été retrouvé à Cnossos. Le linéaire B est clairement une forme de linéaire A adaptée par


                                                                                                 XVII
des scribes connaissant cette première écriture d'origine crétoise à la langue grecque des
« Mycéniens ». La majorité des documents retrouvés plus tard date de l'HR III B, notamment de
sa phase B2, donc le XIIIe siècle. Elles ont été conservées, dans un état plus ou moins bon, parmi
les ruines d'édifices suite à la destruction de ceux-ci. Elles témoignent donc de l'activité des
institutions qui les ont produites durant les mois précédant cette destruction car il ne s'agit pas
d'archives qu'on souhaitait conserver sur le long terme.



   Caractéristiques du linéaire B : un système associant syllabogrammes et logogrammes

Le linéaire B est un système d'écriture nommé suivant la forme de ses signes, de la même
manière que le cunéiforme (qui est composé de signes constitués d'incisions en forme de
« coins », cuneus en latin). C'est donc une écriture composée de signes formés par des lignes
tracées dans l'argile ou peintes, représentant parfois des choses stylisées, dans les cas où c'est
identifiable. Elle comporte près de 200 signes, divisés en deux catégories : 87 signes phonétiques
(phonogrammes) syllabiques (un signe = une syllabe), donc des « syllabogrammes » ; et une
centaine de signes logographiques (un signe = un mot).

Les syllabogrammes transcrivent en majorité des syllabes ouvertes simples, de type
consonne+voyelle (CV), par exemple ro, pu, ma, ti, etc. Quelques signes sont des voyelles
simples (V) : a, qui peut être noté par trois signes différents (des homophones), i, u et o. Certains
signes syllabiques sont plus complexes, type CCV, comme twe, pte, nwa, etc. Enfin, une
quinzaine de signes supposés syllabiques ne sont toujours pas compris. Ce système phonétique
est simple et souple. Pour noter les syllabes non comprises dans le corpus de signes élaboré, les
scribes les décomposaient, et dans le cas de Cnossos ils écrivaient ko-no-so ; ou bien les
réduisaient, en écrivant par exemple pa-i-to pour Phaistos. Ce système est plus pratique pour une
langue indo-européenne qu'un syllabaire complexe comme le cunéiforme, ou que les
hiéroglyphes égyptiens qui notent rarement les voyelles, même s'il n'est pas aussi pratique qu'un
alphabet, forme d'écriture qui n'en est d'ailleurs qu'à ses balbutiements au Levant à la même
période.

Quant aux logogrammes, ils servent à économiser l'écriture phonétique d'un mot (un signe suffit
ainsi à noter « mouton » ou « char ») ou bien à préciser le sens d'un mot écrit en phonétique, par
exemple dans le cas où on associerait le dessin d'un tripode (forme de vase à trois pieds) au


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groupe de signes phonétiques ti-ri-po-de. Ces signes cherchent en général à représenter les choses
qu'ils désignent de la façon la plus réaliste possible pour en faciliter la compréhension, au point
qu'on a pu chercher à comparer les logogrammes les plus réalistes avec des objets archéologiques
exhumés sur les sites mycéniens ou des représentations peintes. Dans les transcriptions de textes
en linéaire B, on note les logogrammes par convention en majuscules dans le terme latin
signifiant la chose désignée, ou ses premières lettres : VIR pour « homme », OVIS pour
« mouton », HORD (hordeum) pour « orge », etc. Ce type de signes empêche de connaître le
terme exact en dialecte mycénien, et limite donc la connaissance du vocabulaire de cette langue.



                      Nature des documents : des sources administratives

Les documents en linéaire B connus sont exclusivement des productions de l'administration des
palais. Il s'agit de documents qui ont pour but d'enregistrer des informations liées à la gestion des
biens meubles stockés dans cette institution, ou fabriqués pour son compte, leur circulation
(entrées et sorties, avec la destination ou les destinataires ou la provenance), voire le but de ces
opérations, leur localisation ; ou bien des informations sur la gestion des biens immeubles
dépendant de l'institution, des terres agricoles, leur localisation, les personnes à qui elles sont
attribuées. Les plus simples sont les nodules, les étiquettes, les inscriptions peintes sur vase et les
tablettes de petites dimensions qui enregistrent juste des informations sur la nature de biens
meubles ou d'animaux, et sur leur circulation. Les tablettes de plus grande taille peuvent
enregistrer les opérations les plus complexes : listes d'opérations liées à la circulation de biens, ou
à la gestion de terres agricoles (donc des documents de type cadastral).
Il ne s'agit que de documents rudimentaires, à but temporaire, conservés quelques mois voire une
année, mais pas plus ; ceux qui nous sont parvenus n'ont pas été effacés et recyclés car leur lieu
de stockage a été détruit auparavant. On ne connaît pas de tablettes faisant des bilans annuels ou
pluriannuels d'un atelier ou d'une exploitation agricole. Dans la majorité des cas, le rédacteur de
la tablette voulant enregistrer une opération simple a pu se contenter de quelques signes, sans
noter de verbes ou de prépositions. Ainsi, la séquence e-ko-to pa-i-to OVIS 100 peut être
transcrite comme « Hector Phaistos 100 moutons », à comprendre « Hector à Phaistos (a un
troupeau de) 100 moutons ». Des phrases plus complexes avec des verbes peuvent être notées
dans le cas d'opérations plus compliquées comme les documents cadastraux. On comprend donc



                                                                                                   XIX
que cela limite notre connaissance de la langue mycénienne.

En comparaison à la variété de la documentation écrite exhumée sur plusieurs sites du Moyen-
Orient contemporain comme Ougarit, Hattusha ou Nippur, celle des sites mycéniens paraît très
limitée : pas de documents de nature scolaire, lexicographique, juridique, technique, scientifique,
mythologique, cultuel, épistolaire, diplomatique et historique. Impossible donc de connaître des
événements politiques ou une grande partie des croyances et pratiques religieuses. Cela s'ajoute à
l'écart quantitatif (un site comme Nippur a livré à lui seul environ 12 000 tablettes du Bronze
récent91). D'un autre côté, si on tourne la comparaison vers la civilisation minoenne dont les
écritures n'ont pas été déchiffrées, la civilisation mycénienne est cette fois-ci avantagée. Les
archives palatiales en linéaire B sont donc un apport inestimable pour la connaissance de la
société du monde mycénien.

L'organisation politique et sociale de la civilisation mycénienne

Les sources archéologiques et surtout les textes en linéaire B nous donnent des indications sur
l'organisation et le fonctionnement de certains États mycéniens, en Grèce continentale (surtout à
Pylos) mais aussi en Crète autour de Cnossos. Elles permettent de replacer ces régions du monde
mycénien dans un contexte plus vaste, celui des États du Bronze récent attestés essentiellement
au Moyen-Orient (Ougarit, Alalakh, Babylone ou encore l'Égypte pour ceux dont on dispose de
plus de sources sur la vie courante), dont la société et l'économie sont dominées par une
institution émanant du pouvoir central : le palais. Son influence réelle est systématiquement
débattue car on ne peut savoir exactement quelle part de la société nous échappe du fait qu'on
connaît celle-ci essentiellement par les archives palatiales, et même uniquement par ces dernières
dans le monde mycénien qui n'a livré aucune archive de nature privée.

Ces sources locales sont cependant trop allusives pour permettre d'en dresser un tableau précis, et
elles ne permettent cependant pas de comprendre l'organisation générale du monde mycénien.
Les informations sur le monde mycénien venant des autres États ayant des intérêts politiques en
Méditerranée occidentale (Hittites, Égypte) sont complexes à interpréter. Ces réserves ayant été
émises, on peut reconnaître que l'analyse de ces sources permet d'émettre des reconstructions
séduisantes et parfois vraisemblables qu'il ne faut pas éviter, même s'il convient de garder en tête
le fait qu'elles sont bien souvent impossibles à prouver de façon définitive.




                                                                                                 XX
                    Quelle géographie politique dans le monde mycénien ?

En l'absence de sources écrites directes, puisque les tablettes mycéniennes ne nous documentent
que sur l'organisation interne des États régionaux de Pylos et de Cnossos (et encore de façon bien
imprécise), l'organisation politique générale du monde mycénien ne peut être connue avec
certitude. Suivant Homère, la Grèce est vue comme étant divisée en plusieurs États, ceux cités
dans l’Iliade : Mycènes, Pylos, Orchomène qui sont connus par l'archéologie, mais aussi peut-être
Sparte ou Ithaque. Mais l'archéologie ne peut restituer la présence de royaumes autour de chacun
de ces sites, même si une organisation du monde mycénien en plusieurs États est la plus probable.
Les sites palatiaux dont l'importance laisse supposer qu'ils ont dominé des États régionaux en
Grèce continentale sont Mycènes, Tirynthe, Pylos, Thèbes, et à la rigueur Midéa, et en Crète
Cnossos et La Canée. En dehors de ces centres, on ne trouve pas de tablettes témoignant d'une
administration développée (même s'il faut se méfier des arguments a silentio). Il faudrait peut-
être y ajouter d'autres sites mycéniens importants comme Orchomène, Gla, Athènes, Sparte ou
Dimini (Iolcos) qui auraient pu être des centres palatiaux mais ont livré peu ou pas de tablettes,
ou encore Phylakopi dans les Cyclades.
Donc, il n'y a de traces d'un État dominé par un palais qu'en Argolide, Messénie, Béotie ainsi
qu'en Crète, laissant de côté les autres régions, comme la Phocide, l'Arcadie, l'Achaïe, la
Thessalie et le Nord-Ouest de la Grèce, qui semblent rester en marge d'un système palatial. Pour
les régions disposant de plusieurs centres palatiaux, il faut affiner les analyses : en Argolide, il
reste à déterminer quel centre dominait de Mycènes, Tyrinthe ou Midéa, même si les faveurs vont
souvent au premier, sans preuve ; en Crète, Cnossos domine une grande partie de l'île avant la
destruction de son palais vers 1370, après quoi émergent des centres autonomes dont La Canée
qui était auparavant sous sa coupe ; en Béotie enfin, il est possible que Thèbes doive faire face à
un État d'Orchomène (qui domine peut-être la citadelle de Gla), préfiguration de la rivalité des
deux cités à l'époque classique.

Y avait-il un État qui a pu dominer tout le monde mycénien à une certaine période ? Cela reste
impossible à déterminer. L'existence d'une sorte de koinè mycénienne autour de l'Égée ne veut
pas dire qu'il y avait une puissance politique dominant la région. Les traces archéologiques d'une
influence mycénienne plus ou moins forte en Crète, dans les Cyclades, le Dodécanèse ou l'Asie
mineure littorale pourraient indiquer une domination politique mycénienne à certains moments,
mais une telle interprétation des sources est loin d'être convaincante. C'est finalement la mention


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dans les sources hittites des XIV  &  XIIIe siècles av. J.-C. d'un « Roi des Ahhiyawa »,
rapproché du « Roi des Achéens » Agamemnon dans l'Iliade, qui est le principal argument en
faveur de l'existence d'un souverain dominant le monde mycénien. Mycènes reste alors le
meilleur candidat en tant que capitale de ce supposé royaume hégémonique (mais assurément pas
« impérial » au regard de la documentation), du fait du souvenir qu'elle a laissé chez les Grecs
des périodes suivantes, au premier chef Homère, et aussi de l'importance du site.

En l'état actuel des choses, c'est donc une étude d'un monde mycénien fragmenté entre plusieurs
États et autres entités politiques qui reste plus raisonnable. C'est donc sur leur nature que se
concentrent l'essentiel des réflexions sur la politique, l'économie et la société du monde
mycénien, même s'il est complexe de déterminer dans quelle mesure ce qu'on y observe est
généralisable aux autres régions sur lesquelles s'étend cette civilisation.



                    L'administration des palais mycéniens d'après les textes

La connaissance de l'organisation politique de la société mycénienne est meilleure pour l'échelle
locale, grâce aux sources administratives en linéaire B provenant des palais de Pylos et de
Cnossos, ou encore de Thèbes. Il s'agit ici de « palais » en tant qu'institution contrôlant un
territoire, autour de laquelle gravitent des administrateurs et/ou guerriers qui sont sans doute les
personnages les plus importants du royaume, et qui joue un rôle économique important. Cette
situation est par bien des aspects similaire à celle que l’on trouve dans les archives des royaumes
du Proche-Orient de la même période pour lesquels ce modèle d'institution palatiale a été étudié
depuis longtemps.
Les archives administratives nous laissent entrevoir l'organisation politique de l'État, qui paraît
être un royaume, dirigé le wa-na-ka (ϝ άναξ / wánax), terme utilisé sur quatre vases inscrits et
une quarantaine de tablettes : le wa-na-ka est celui qui nomme ou mute les fonctionnaires et fait
travailler des artisans à son service. Le titre n'étant jamais accompagné d'un nom propre, on
suppose donc qu'il est le seul dirigeant. Il est très probablement identifiable au ἄ ναξ / anax
homérique (« seigneur divin, souverain, maître de maison »), mais son rôle est moins bien défini
— il est sans doute militaire, juridique et religieux, et peu étendu car les marqueurs d'un pouvoir
royal fort sont limités dans le monde mycénien. Il possède un domaine foncier propre, le te-me-
no, mot qui a donné le grec ηέμενορ / témenos désignant les terres royales du souverain



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homérique ou des rois de Sparte. Neuf occurrences du mot wa-na-ka apparaissent dans des textes
d'offrandes, ce qui suggèrerait que les souverains de Pylos ou Cnossos reçoivent un culte ;
toutefois, comme chez Homère, le terme peut aussi désigner un dieu.

Les tablettes ne précisent pas non plus le nom du ra-wa-ke-ta, qui est donc un probablement un
dignitaire unique dans le royaume. L'une d'entre elles, à Pylos, le mentionne à la suite du wa-na-
ka ; il est le seul dignitaire à avoir un te-me-no, dont la superficie est trois fois moindre que celle
du wa-na-ka, et possède également des dépendants103. Le ra-wa-ke-ta serait donc le second de
ce dernier. On a supposé qu'il était un chef de guerre, en décomposant le terme en law-agetas (de
λαϜ όρ, qui désigne la classe des guerriers chez Homère, et ἄ γω, « mener, conduire »),
« conducteur des guerriers », mais les textes n'indiquent rien en ce sens. D'autres dignitaires sont
les te-re-ta, qui apparaissent dans les textes comme les détenteurs d'une certaine catégorie de
terres, les ki-ti-me-na. Leur nom suggère qu'elles sont liées à une charge (ηέλορ), mais dont on
ignore la nature. Ils exercent peut-être une fonction religieuse. Les e-qe-ta, littéralement les
« compagnons » (des « chevaliers »), reçoivent du palais de la nourriture, des vêtements et des
armes, mais possèdent des revenus par ailleurs103. Ils reçoivent du palais des missions
importantes et leur nom, proche de ἑ πεηαρ, « serviteur », laisse supposer qu'ils en sont
dépendants. Ils pourraient avoir une fonction guerrière.

À côté des membres de la cour, d'autres dignitaires du palais ont en charge l'administration locale
du territoire. Le royaume de Pylos est divisé en deux grandes provinces, la de-we-ra ka-ra-i-ja, la
« province proche », autour de la ville Pylos sur la côte, et la Pe-ra-ko-ra-i-ja, la « province
lointaine », autour de la ville de Re-u-ko-to-ro. Elles sont à leur tour divisées en respectivement
neuf et sept districts, puis un ensemble de « communes ». Pour diriger les districts, il semble que
le roi nomme un ko-re-te (koreter, « gouverneur ») et un pro-ko-re-te (prokoreter, « sous-
gouverneur ») qui l'assiste (termes également attestés dans les tablettes de Cnossos). La fonction
de qa-si-re-u (cf. le grec βαζιλεύρ / basileús) est mal définie : ses détenteurs ont des prérogatives
variables, dans l'administration provinciale ou dans la direction des groupes d'artisans. Chez les
Grecs classiques, le basileus est le roi, le monarque, comme si entre la désintégration de la
société mycénienne et l'âge classique n'avait survécu comme plus haute autorité, de facto puis au
fil des générations de jure, que le fonctionnaire communal.

Ces personnages sont parmi la couche sociale la plus importante, ce sont probablement eux qui



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habitent dans les vastes demeures retrouvées à proximité des palais mycéniens. D'autres
personnes sont liées par leur métier au palais, mais pas forcément plus aisés que les membres du
da-mo (littéralement « peuples », cf. δῆ μορ / dễmos). Ce dernier est une sorte de communauté
agricole, disposant de terres exploitées en commun et d'autres attribuées à des individus contre
redevance. Le da-mo est apparemment géré par des agriculteurs chefs de famille, et le da-mo-ko-
ro, fonctionnaire du palais, est peut-être chargé de son contrôle pour le pouvoir central. Au plus
bas de l'échelle sociale se trouvent les esclaves, do-e-ro (masculin) et do-e-ra (féminin) (cf. grec
δούλορ / doúlos). Seuls sont attestés dans les textes ceux travaillant pour le compte du palais.
Mais il faut se méfier du sens de ce terme, qui peut aussi avoir le sens de « serviteur » dans toutes
ses acceptions possibles, et donc indiquer des gens libres en position de soumission par rapport à
une autorité. C'est sans doute le cas de ceux que les tablettes nomment « esclaves » d'une divinité.

En plus d'être un organisme administratif, le palais est également un agent économique. Dans le
domaine agricole, deux lots de tablettes nous fournissent quelques indications sur le régime
foncier des terres du royaume de Pylos, avant tout celles du palais. Mais ils ne concernent que des
parties limitées du terroir. On y voit deux types de terres : ki-ti-me-na, qui pourrait être un
domaine palatial, et le ke-ke-me-na, qui serait un domaine communal, cultivé par des particuliers.
Une partie des terres palatiales documentées compose le te-me-no du wa-ka-na et du ra-wa-ge-ta,
déjà évoqués ; ces personnes disposeraient donc d'un domaine public important dû à leur
fonction. L'autre partie des terres ki-ti-me-na est accordée en bénéfice (o-na-to) à des membres de
l'administration du palais, comme les te-re-ta, peut-être en guise de rétribution comme c'est le cas
au Proche-Orient à la même période. Les mêmes archives de Pylos nous montrent que le palais
prélevait des taxes en nature sur des membres des communautés rurales, sans doute en tant que
redevance contre l'attribution de terres palatiales. Cette institution disposait également d'ateliers :
le textile mobilise un nombre important d’ouvrières à Cnossos comme à Pylos, regroupées en
plusieurs ateliers ; et pour la production de la laine, le palais doit disposer de troupeaux ovins
importants. La métallurgie est également documentée à Pylos par une série de tablettes qui
montre que le palais distribuait du bronze à des forgerons qui devaient ensuite rendre le produit
fini. Enfin, l'institution est aussi un acteur important des échanges, au niveau local par la
redistribution des produits de l'économie qu'elle prélève et stocke, et sans doute aussi pour les
échanges à longue distance, qui sont cependant absents des tablettes administratives.

Le palais avait enfin une fonction dans l'organisation militaire des royaumes, comme cela est


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visible dans les archives de Pylos, qui pourraient témoigner d'une situation de crise précédant la
destruction violente du palais, et nous montrent donc des mesures qui paraissent se préparer à des
attaques. L'institution palatiale fait fabriquer, stocker et entretenir des armes offensives et
défensives, des cuirasses, et ses stocks de métaux et ses relations avec les forgerons du royaume
semblent avant tout dévolus à cela. Il y a aussi des mentions de chars et de chevaux, qui ont pu
servir pour les combats, mais aussi pour les transports, leur fonction n'étant pas précisée. Un
groupe de tablettes de Pylos mentionne l'envoi de contingents de rameurs réquisitionnés, ainsi
que de « garde-côtes » (o-ka) pour surveiller le littoral de Messénie, dirigés par un e-qe-ta.
Comme ce dernier, plusieurs des personnages de l'administration palatiale qui apparaissent dans
les tablettes de gestion ont dû avoir une fonction militaire, constituant alors une sorte
d'« aristocratie militaire » des royaumes mycéniens.



                                  Les limites du pouvoir palatial

L'organisation socio-économique des royaumes mycéniens connue par les textes paraît donc être
en gros bipartite : un premier groupe travaille dans l'orbite du palais (en tant qu'institution), tandis
qu'un autre travaille pour son propre compte, en général dans le cadre d'une économie de
subsistance qui échappe à la documentation disponible. Cela reflète une sorte de division entre un
domaine « public » et un domaine « privé ». Mais il ne faut pas envisager une séparation rigide
entre les deux, car rien n'empêche que des personnes travaillant pour le palais n'aient pu
parallèlement mener leurs affaires personnelles. Il faut admettre que les archives dont on dispose
sont très limitées, et ne concernent pas toute la population des États étudiés. De plus, la
reconstitution de l'organisation économique et sociale du monde mycénien est largement
tributaire des archives des palais de Cnossos et de Pylos, ou encore de Thèbes. C'est donc une
vision biaisée de celle-ci qui apparaît.
Une question récurrente concernant les États mycéniens de Pylos et Cnossos est la place qu'aurait
eu le palais dans l'ensemble de l'économie et la société du territoire dominé. On a pu penser à un
moment que le palais était un organisme ayant une vaste emprise sur l'économie et la société,
jouant un rôle d'employeur principal et de redistributeur des ressources qu'il collectait. Cette
vision des choses était marquée par le fait que les sources écrites ne proviennent que du palais,
mais aussi par l'approche « substantiviste » de l'économie antique qui dominait auparavant, ainsi



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que par l'exemple des reconstructions des économies du Proche-Orient ancien, et de
Mésopotamie en particulier qui avaient cours alors, les voyant comme fortement encadrées par
les palais (et parfois aussi les temples). Depuis, ces interprétations d'institutions exerçant une
large emprise sur la société et l'économie de l'Âge du Bronze ont été nuancées, et les études
récentes sur le rôle du palais des États mycéniens ont largement relativisé sa place. Cette
institution est de plus en plus vue comme étant essentiellement au service des rois et de l'élite,
leur fournissant une source de richesses et un moyen de contrôle sur la population. Mais reste
encore à savoir si le palais jouait tout de même un rôle important dans l'économie du royaume, ou
bien s'il était négligeable.

La gestion de l'économie palatiale de ces États était plus précisément prise en charge par des
scribes, qui ne semblent pas avoir été des scribes professionnels mais plutôt des administrateurs
sachant lire et écrire. Les archives retrouvées ne sont l'œuvre que de quelques dizaines de ces
scribes au maximum (une centaine à Cnossos, une cinquantaine à Pylos). Ils notent les entrées et
les sorties de produits, donnent les travaux à faire, et se chargent de la distribution des rations. Il
existait quelques bureaux spécialisés pour l'élevage ovin ou le textile à Cnossos. Mais les textes
ne sont groupés dans des lots importants qu'à Pylos ; en général ils sont dispersés et peu
nombreux. Rien ne témoigne donc d'une véritable bureaucratie encadrant la société dans ces
États, et incontournable pour le bon déroulement de l'économie. La stratégie économique des
administrateurs du palais semblerait plutôt orientée vers la satisfaction de certains besoins :
subsistance et rémunération des élites qui sont aussi les administrateurs, et leur
approvisionnement en biens de prestige ; gestion de produits stratégiques pour l'État, avant tout
l'armement ; peut-être assurer des surplus pour faire face aux éventuelles pénuries pouvant
affecter la population ; voire investissement dans des productions rémunératrices (huile, laine).
Concrètement les secteurs où il apparaît le plus présent sont l'agriculture, la production textile et
la métallurgie.

Il faut également mettre en avant le fait que la documentation écrite pose des problèmes qui
rappellent ceux de la documentation architecturale et artistique : provenant de l'institution
palatiale, elle reflète donc une vision de la société mycénienne qui est celle des élites, qui sont les
mêmes que ceux qui ont pensé, fait bâtir et organisé les édifices qui ont été mis au jour, pour qui
on a construit la grande majorité de tombes que l'on connaît, et qui ont commandité la plupart des
productions artisanales/artistiques qui nous sont parvenues. Les autres catégories sociales ne sont


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essentiellement perceptibles que quand elles entrent en relations avec le milieu des élites, et on ne
sait pas quelle était l'importance des activités qu'elles pouvaient faire en dehors du cadre
institutionnel.

Activités économiques

Les activités économiques de la période mycénienne nous sont accessibles par des études
archéologiques nous documentant notamment sur les productions artisanales, et parfois sur leur
circulation qui laisse supposer des circuits d'échanges, ainsi que par l'étude des produits agricoles
consommés par les populations ayant habité des sites fouillés. Alors que jusqu'à l'Helladique
moyen l'économie de subsistance à but local était quasiment la seule attestée, les productions
étant rarement spécialisées ou diffusées à une échelle supra-locale, les premiers temps de
l'Helladique récent voient se mettre en place des sociétés plus prospères, pratiquant des activités
plus variées et spécialisées, et les circuits d'échanges s'allongent considérablement. La mise en
place progressive des structures palatiales et les traces de leur fonctionnement qui apparaissent
dans leurs archives en linéaire B à partir de l'HR III confirment cette impression. C'est pour cette
dernière période que nous sommes donc le mieux documentés sur les activités économiques de la
Grèce mycénienne, avant tout dans ce cadre institutionnel palatial sur lequel s'est concentré
l'essentiel des fouilles et dans lequel on a trouvé les textes administratifs.



                                             Agriculture

La production agricole, qui est l'activité la plus importante comme pour toute société antique,
mais pas la mieux documentée, est dominée par une polyculture associée à un élevage de petit
bétail. Les premiers temps de l'Helladique récent ont vu se mettre définitivement en place en
Grèce continentale la « triade méditerranéenne » : céréales, vigne et olivier, suite à l'expansion de
la culture de ce dernier depuis les îles égéennes, avant tout la Crète, qui la pratiquaient depuis le
Bronze ancien.

Les céréales cultivées sont le blé et l'orge. On évalue à 982 000 litres les rentrées annuelles de
céréales à Cnossos, contre 222 000 litres à Pylos. Il y a également des plantations d'oliviers, pour
la production d'huile d'olive. Celle-ci ne sert pas seulement à l'alimentation, mais aussi pour les
soins corporels, les parfums ou l'éclairage. Les Mycéniens connaissent d'autres oléagineux : le



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lin, le safran (ka-na-ko), le sésame (sa-sa-ma), ainsi sans doute que le ricin et le pavot. La vigne
est cultivée, souvent en association avec des oliviers et des figuiers, voire d'autres cultures
intercalaires. On en tirait plusieurs variétés de vins : des vins mielleux, liquoreux, ou doux. Une
tablette de Mycènes mentionne un cratère, ce qui suggère que le vin est déjà mélangé à de l'eau,
comme à l'époque classique. Le vin était distribué lors de grandes fêtes religieuses : une tablette
de Pylos mentionne la distribution de 11 808 litres de vin à neuf localités lors d'un tel événement.
Les fouilles de sites crétois (Phaïstos notamment) ont mis au jour des maies de pressoirs à levier
ayant servi à presser de l'huile ou du vin. Des salles des palais ont quant à elles abrité de vastes
réserves de vin ou d'huile, comme dans l'édifice situé juste au nord du complexe palatial de Pylos,
où étaient enterrées 35 jarres contenant chacune de 45 à 62 hectolitres. Ces éléments nous
permettent d'envisager l'existence d'une agriculture qui va au-delà de la recherche de la
subsistance pour ces productions et dans le cadre palatial, notamment celui des domaines dont
bénéficiaient les principaux notables.

Les tablettes mentionnent la coriandre, probablement sous forme de graines (ko-ri-(j)a-da-na)
comme de feuilles (ko-ri-ja-do-no), le fenouil (ma-ra-tu-wo) et le cumin (ku-mi-no), ainsi que la
menthe poivrée (mi-ta), la menthe pouliot (ka-ra-ko). Là encore, on ignore si ces plantes, connues
aujourd'hui comme des épices, sont utilisées dans la cuisine ou si elles ont d'autres usages, par
exemple médicaux. Les textes ne citent aucune légumineuse, mais des restes végétaux attestent la
consommation de pois, lentilles, fèves et pois chiches.

L'élevage ne connaît pas de modifications dans la composition du cheptel, mais semble bien avoir
connu une augmentation de la quantité de têtes de bétail. Les ovins et les caprins sont les
animaux les plus présents, ce qui est logique dans un milieu méditerranéen ; les bovins et les
porcins semblent plus rares : les tablettes de Pylos mentionnent environ 10 000 ovins, 2 000
chèvres, 1 000 cochons et une vingtaine de bœufs. Les chevaux sont essentiellement destinés à
tracter les chars de guerre. La pêche de mollusques ou de poissons pouvait fournir un
complément alimentaire, avant tout sur les sites côtiers.




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                                             Artisanat

Depuis les débuts de l'Helladique récent, l'artisanat local traditionnel se couple d'un artisanat qui
se spécialise de plus en plus, suivant l'émergence de structures socio-politiques plus complexes.
Cela permet l'émergence d'une production de masse standardisée dans certains secteurs, avant
tout la céramique, le textile et la métallurgie. Ce développement est solidaire de celui des
échanges, aussi bien dans un cadre régional qu'« international », qui offre de nouveaux débouchés
et permet l'apport de certaines matières premières comme les métaux. Dans les mines du Laurion,
l'activité extractive se développe : on y trouve de l'argent, du plomb et aussi du cuivre.

Ces changements sont solidaires de l'émergence des centres palatiaux, dont les archives nous
permettent d'entrevoir le fonctionnement de certains secteurs artisanaux (mais qui ne sont jamais
« industriels »). Les archives de Pylos montrent un travail spécialisé, chaque ouvrier appartenant
à une catégorie précise, et disposant d'une place spécifique dans les étapes de la production,
notamment dans le textile. Le tout se faisait sous le contrôle de l'administration palatiale. Des
édifices servant d'ateliers ont également été mis au jour à proximité des palais mycéniens, par
exemple la « Maison aux boucliers » de Mycènes qui a servi de lieu de fabrication d'objets en
ivoire, en faïence et en pierre. Les réalisations artisanales retrouvées sur les sites et dans les
nécropoles nous montrent l'étendue des activités des travailleurs de l'artisanat du monde
mycénien : poterie en terre cuite, en pierre, travail des métaux (bronze, or essentiellement), de
l'ivoire, faïence, réalisation de sceaux, transformation de denrées alimentaires, etc. Les tablettes
nous montrent l'artisanat textile, impossible à appréhender par l'archéologie ; c'est avec la
métallurgie le domaine dont l'organisation est la mieux connue, sans doute parce que c'étaient les
deux domaines qui intéressaient le plus le palais pour des raisons stratégiques. En revanche,
l'organisation d'une activité bien documentée par l'archéologie comme le travail de l'ivoire, bien
documenté par les trouvailles archéologiques échappe à la documentation.

L'activité textile est un secteur qui n'a sans doute pas connu de changements techniques notables
durant l'Helladique Récent, mais a connu des changements structurels dans le cadre palatial,
dirigé par une administration centralisée. Les tablettes de Cnossos permettent ainsi de suivre
toute la chaîne de production, gérée par une poignée de fonctionnaires se répartissant entre eux la
supervision de domaines précis de l'activité. D'abord l'élevage des troupeaux de moutons
comportant de nombreuses têtes de bétail qui sont comptabilisées et tondues. La laine obtenue



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passe alors dans le domaine artisanal en étant répartie entre des tisserands (souvent des femmes)
qui la travaillent. Ensuite, les tablettes comptabilisent les produits finis sont ensuite récupérés et
stockés dans les magasins du palais. Les ouvriers du textile étaient jusqu'à 900, organisés dans
une trentaine d'ateliers (la production textile étant donc décentralisée, à la différence de
l'administration), et rémunérés par des rations. Les archives du palais de Pylos montrent qu'on y
travaillait surtout le lin qui poussait dans des champs locaux et était sans doute obtenu en bonne
partie par des prélèvements fiscaux. Les étoffes produites sont mal connues : les tablettes de
stockage mentionnent différentes couleurs, notamment sur leurs franges, et différentes qualités.
On ignore de quelle manière elles étaient utilisées après stockage.

La métallurgie est bien attestée à Pylos, où le palais recense dans ses archives environ 400
ouvriers dont les ateliers sont dispersés sur plus de 25 localités du territoire, et semblent donc peu
dépendants de l'institution. Elle leur distribue le métal pour qu'ils réalisent le travail demandé : en
moyenne 3,5 kg de bronze par forgeron. Cela est effectué dans le cadre d'une sorte de corvée pour
l'institution (ta-ra-si-ja), qui concerne aussi des textiles et d'autres produits. Leur rémunération
est inconnue, car ils sont mystérieusement absents des listes de distributions de rations. À
Cnossos, quelques tablettes témoignent de la fabrication d'épées, mais sans évoquer de véritable
activité métallurgique importante. En tout cas, c'est souvent en lien avec l'armée que cette
production paraît organisée, ou bien pour faire des objets de luxe destinés à l'export ou au culte.

Les potiers (ke-ra-me-u) sont cités également dans les sources épigraphiques, alors que peu
d'ateliers de fabrication de céramique sont connus. Ils apparaissent notamment dans des listes de
travailleurs employés par le palais. Les céramiques sont en effet essentielles pour le
fonctionnement de l'économie palatiale : elles servent de contenants pour les aliments stockés et
déplacés, notamment pour les distributions de rations, d'offrandes aux dieux. Elles sont
également un mobilier essentiel à cette période pour des usages courants comme la cuisine et
l'alimentation quotidiens.

L'artisanat de la parfumerie est également attesté. Les tablettes décrivent ainsi la fabrication
d'huile parfumée : à la rose, à la sauge, etc. On sait également par l'archéologie que les ateliers
dépendants plus ou moins du palais comprenaient d'autres types d'artisans : orfèvres, ivoiriers,
lapicistes, presseurs d'huile, etc.

                                       Échanges de produits


                                                                                                  XXX
Les échanges commerciaux restent curieusement absents des sources écrites, qui ne documentent
pas de marchands. Ainsi, une fois l'huile parfumée de Pylos stockée dans de petites jarres, nous
ignorons ce qu'elle devient. De grandes jarres à étrier ayant contenu de l'huile ont été retrouvées à
Thèbes, en Béotie. Elles portent des inscriptions en linéaire B indiquant leur provenance, la Crète
occidentale. Cependant, les tablettes crétoises ne soufflent pas mot d'exportations d'huile. Nous
disposons de peu d'informations sur le circuit de distribution des textiles. Les Minoens ont
exporté des tissus fins en Égypte ; sans doute les Mycéniens ont-ils fait de même. En effet, ils ont
probablement repris à leur compte les connaissances des Minoens en matière de navigation,
comme l'atteste le fait que leur commerce maritime prenne son essor après l'affaiblissement de la
civilisation minoenne. Certaines productions, notamment les tissus et l'huile, voire les objets
métallurgiques et de la céramique, étaient probablement destinées à être écoulées à l'extérieur du
royaume, car elles étaient trop importantes en quantité pour la seule consommation intérieure.
Mais on ne sait pas dans quelle modalité. Il est cependant évident que le développement des
échanges a été une condition du développement de la civilisation mycénienne, de ses structures
palatiales, et de son expansion égéenne.

On peut se tourner vers les trouvailles d'objets sur des sites archéologiques, en suivant les traces
de l'expansion mycénienne dans l'Égée et au-delà, pour repérer des circuits d'échanges à longue
distance. De nombreux vases mycéniens ont ainsi été retrouvés sur les rives de l'Égée, en
Anatolie, à Chypre, au Levant, en Égypte, mais aussi plus à l'ouest en Sicile, ou même en Europe
centrale. Le témoignage de l'épave d'Uluburun a déjà été évoqué plus haut. Mais si tout cela nous
indique que des produits mycéniens et peut-être des marchands mycéniens se déplaçaient sur une
vaste aire, pour des raisons sans doute commerciales, la nature des produits échangés reste
énigmatique. Même les sources d'approvisionnement en métal de la Grèce mycénienne restent
mal établies : il semble que le plomb et l'argent proviennent du Laurion, ce qui suppose leur
circulation à l'intérieur de la Grèce continentale et du monde égéen, alors que l'origine probable
du cuivre est Chypre, donc dans le cadre d'échanges à longue distance, mais sans preuve
déterminante.

La circulation de biens mycéniens à l'échelle régionale est également traçable grâce aux
« nodules ». Ainsi, 55 nodules, retrouvés à Thèbes en 1982, portent un idéogramme représentant
un bœuf. Grâce à eux, on a pu reconstituer l'itinéraire de ces bovins : venus de toute la Béotie,
voire de l'Eubée, ils sont convoyés à Thèbes pour être sacrifiés. Les nodules visent à prouver qu'il


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ne s'agit pas de bêtes volées et à prouver leur provenance. Une fois les bêtes arrivées sur place,
les nodules sont ôtés et rassemblés pour établir une tablette comptable. Les nodules sont utilisés
pour toute sorte d'objets et expliquent comment la comptabilité mycénienne pouvait être aussi
rigoureuse. Le scribe n'a pas à compter lui-même les objets, il se fonde sur les nodules pour
établir ses tables.

                                             Religion

Le fait religieux est assez difficile à identifier dans la civilisation mycénienne, en particulier
quand il s'agit de sites archéologiques, où il demeure compliqué de repérer avec certitude un lieu
de culte. Quant aux textes, seules quelques listes d'offrandes nous donnent des noms de dieux,
mais ne nous en apprennent pas plus sur les pratiques religieuses. D'une manière générale, il
semble que la frontière entre profane et sacré soit peu nette dans le monde mycénien, ce qui rend
complexe l'identification des traces du religieux.

                        Les premières traces du panthéon grec antique

Le panthéon mycénien attesté par les tablettes en linéaire B comporte déjà de nombreuses
divinités que l'on retrouve dans la Grèce classique. Poséidon (po-si-dai-jo) semble occuper une
place privilégiée, notamment dans les textes de Cnossos et de Pylos. Le sacrifice qu'offre Nestor,
roi de Pylos, à Poséidon dans l’Odyssée en est un souvenir. Poséidon est probablement à cette
période une divinité chtonienne, liée aux tremblements de terre. On trouve aussi un ensemble de
« Dames » ou « Madones » (Potnia), liées à des lieux de culte, comme une « Dame du
Labyrinthe » en Crète — qui rappelle le mythe du labyrinthe mycénien, à l'instar de la présence
d'un dieu nommé Dédale. On trouve aussi une « Déesse-Mère » nommée Diwia. D'autres
divinités que l'on retrouve aux périodes suivantes ont été identifiées, comme le couple Zeus-Héra,
Arès, Hermès, Athéna, Artémis, Dionysos, Ilithyie, Érinys et Déméter. La présence de Déméter à
l'époque mycénienne a été récemment établie par les tablettes trouvées à Thèbes. On note
l'absence d'Apollon, d'Aphrodite et d'Héphaïstos. Inversement, certains noms identifiés comme
ceux de divinités, par exemple pi-pi-tu-na ou pa-de, ne sont pas connus à l'époque classique.



                       Le problème de l'identification des lieux de cultes

Aucun temple, en tant qu'unité architecturale bien différenciée des autres bâtiments, n'a été


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identifié pour l'époque mycénienne. Certains groupes de pièces intégrés dans des bâtiments plus
vastes, comportant une pièce centrale de forme généralement oblongue entourée de petites pièces
ont pu servir de lieux de culte. C'est le cas à Mycènes, Tyrinthe, Pylos ou Asinè. Certains
sanctuaires ont pu être repérés, comme à Phylakopi, où a été retrouvé un nombre important de
statuettes faisant sans doute office d'offrandes, et on suppose que des sites comme Delphes,
Dodone, Délos ou Éleusis étaient déjà d'importants sanctuaires, sans preuve déterminante une
nouvelle fois. Enfin, des cérémonies cultuelles, voire des fêtes religieuses, ont pu avoir lieu dans
certaines salles de palais, notamment à Pylos. Cela reste toutefois difficile à prouver de manière
évidente. En effet, la présence d'une organisation spatiale qui semble être celle d'un lieu de culte
(avec des sortes de banquettes, d'autels), la présence de statuettes qui semblent être des dépôts
d'offrande, ou de rhytons qui semblent être destinés à des libations, et les restes nombreux
d'ossements calcinés d'animaux ayant peut-être été sacrifiés, tout cela ne vaut pas une
confirmation définitive quant à la fonction cultuelle de l'endroit fouillé, même si cela reste
l'hypothèse la plus plausible et la plus couramment admise. On trouve dans les textes des lieux où
se déroulent des sacrifices qui sont souvent identifiés comme des lieux de culte, mais dont on ne
peut pas déterminer la nature, savoir s'ils sont construits ou à l'air libre. Les tablettes nous
indiquent enfin que des divinités possédaient des biens : la déesse Potnia dispose ainsi de
troupeaux à Cnossos, de forgerons à Pylos, d'esclaves. Cela indique peut-être que les sanctuaires
étaient des organismes économiques comme au Proche-Orient. On peut du reste supposer
l'existence d'un culte domestique, différent du culte officiel qui est le mieux documenté.



                          Quelles croyances et pratiques religieuses ?

Il existe donc de peu de certitudes sur les pratiques religieuses mycéniennes. Des « prêtres » (i-je-
re-u, ἱ επεύρ / hiereús) et « prêtresses » (i-je-re-ja, ἱ έπεια / hiéreia) apparaissent dans les
tablettes, mais elles ne disent rien sur leur rôle. Ces sources semblent en revanche documenter la
pratique de sacrifices et d'offrandes, quand certaines évoquent les noms de divinités dans des
listes de biens. Il faut sans doute y identifier la préparation par le palais de diverses offrandes :
épices, vin, huile, miel, céréales, laine, vases en or et bétail. Des êtres humains apparaissent sur
les listes, sans qu'on sache s'il s'agit de futures victimes de sacrifices ou d'esclaves divins. Les
tablettes nous montrent que le palais supervise la collecte des bêtes et denrées nécessaires pour le



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culte courant mais aussi des cérémonies et banquets publics, donc de véritables fêtes religieuses,
qui auraient pu être dirigées par le wa-na-ka ou le ra-wa-ke-ta, notamment la fête de l'« initiation
du wa-na-ka » à Pylos à l'occasion de laquelle plus de 1 000 personnes reçoivent des rations
alimentaires. Plus largement, la combinaison de l'analyse des supposés lieux de culte, des
tablettes et de peintures murales fournit un ensemble de sources intéressantes sur les pratiques
religieuses festives dans le monde mycénien.

Si les pratiques funéraires sont bien documentées, il reste impossible d'en tirer quelque chose de
concluant sur les croyances sur l'au-delà des Mycéniens. Les inhumations sont largement
supérieures en nombre aux crémations avant l'HR III C qui voit une croissance de cette dernière
pratique. Les tombes sont souvent accompagnées d'offrandes : vases remplis de nourriture et de
boisson, figurines, objets du défunt, parfois même des animaux sacrifiés (chiens, chevaux). Mais
cela se fait au moment de la mort, et apparemment rarement après l'inhumation. Les tombes
collectives sont courantes, mais le sens de cette pratique reste indéterminable avec certitude.
Certaines études ont tenté d'aller plus loin dans l'interprétation des pratiques et croyances
funéraires mycéniennes, par exemple en émettant l'idée de l'existence d'un culte des ancêtres,
mais ce genre de conclusion est trop audacieux en l'état actuel de notre documentation.

                              Productions artistiques et artisanales

La civilisation mycénienne se caractérise par sa prospérité et par l'uniformité de sa culture
matérielle. L'influence de la Crète minoenne est forte dès le début dans tous les domaines de
l'artisanat, même si une originalité continentale se développe progressivement au cours de
l'Helladique récent. Cependant certains types d'objets remarquables et originaux parmi les plus
anciens sont sans postérité. La culture matérielle mycénienne est avant tout connue par les
trouvailles archéologiques, notamment les tombes riches qui n'ont pas été pillées dans l'Antiquité,
mais aussi l'habitat. Les fresques et autres représentations graphiques (comme les gravures et
peintures sur vases) fournissent d'autres indices, ainsi que les sources administratives en linéaire
B.

                                       Vases en terre cuite

L'archéologie a retrouvé une grande quantité de poteries pour l'époque mycénienne, qui se
caractérisent par l'emploi d'une argile fine, recouverte d'un engobe clair et lisse, à décor peint en
rouge, orange ou noir. Les vases ont des formes très diverses : jarres à étrier, cruches, cratères,


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vases dits « coupes à champagne » en raison de leur forme, etc. Les tailles des vases peuvent
varier. La céramique mycénienne apparaît à l'HR I au sud du Péloponnèse, sans doute sous
l'influence de la céramique minoenne. Les modèles sont très homogènes dans tout l'espace
mycénien à l'HR III B, durant lequel la production augmente considérablement en quantité,
notamment en Argolide d'où proviennent un grand nombre des vases exportés hors de Grèce.
Quelques innovations apparaissent dans les formes : ainsi, les pieds de certaines coupes
s'allongent progressivement, au point que les anciens « verres à vins » deviennent des « coupes
de champagne ». Les décors sont souvent des spirales, des chevrons, coquillages, des fleurs, etc.
D'autres vases sont décorés par des représentations figurées, représentant notamment des scènes
de chars, et plus tard des scènes animales avec des taureaux, des oiseaux, ou des sortes de sphinx.

Les fonctions de cette céramique peuvent être déterminées parfois selon leur forme, voire grâce à
des indices fournis par des tablettes mentionnant leur usage au sein du palais. Leur production
intéresse ce dernier en tant que contenant pour le stockage de denrées alimentaires, les offrandes
aux dieux, mais sans doute aussi la cuisine ou la boisson au quotidien. La céramique peinte plus
luxueuse est en bonne partie destinée à l'exportation, et se retrouve sur des sites de Chypre ou du
Levant, sans doute pour elle-même, mais aussi dans certains cas pour sa fonction de contenant.

Vers la fin de l'Helladique récent, la céramique mycénienne perd son homogénéité, et des styles
locaux apparaissent : le « style du grenier » en Argolide, des bols profonds à décor monochrome
simple, qui préfigure les modèles de l'époque géométrique ; il côtoie dans cette même région le
« style dense » sur lequel les décors (rosettes, oiseaux, etc.) occupent presque tout l'espace ; le
« style à franges » de Crète, représentant des motifs abstraits épais entourés de lignes fines
servant de remplissage, et le « style à poulpes », sur la même île, dont les scènes peintes sont
dominées par un poulpe dont les tentacules couvrent une grosse partie de la surface, entourées de
petits oiseaux ou poissons ; certains vases portent encore des représentations figurées.



                             Céramiques de la période mycénienne.
Vases en métal, pierre et faïence

Les débuts de l'Helladique récent voient la production d'une vaisselle en or ou argent répandue
dans les riches tombes de l'époque. On distingue plusieurs modes de fabrication : vases ciselés,
repoussés, et, fait nouveau, plaqués ou incrustés. Il s'agit de vases à boire comme des coupes à


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pied ou des formes de type tasse, ou encore de canthares, coupes à deux anses. Deux gobelets
cylindriques remarquables ont été retrouvés dans une tombe à tholos de Vaphio près de Sparte,
avec une seule anse, et un décor gravé d'inspiration crétoise représentant sur l'un une scène de
capture d'un taureau sauvage et sur l'autre des taureaux apprivoisés tirant un char. À l'HR III, les
types de vases métalliques se raréfient et le bronze devient le métal le plus répandu dans le
répertoire connu, alors que les tablettes montrent qu'on réalise toujours de nombreux vases en or
et qu'on connaît deux vases d'argent incrustés de figures en or retrouvés à Dendra et Pylos. On ne
trouve plus de tasses basses ni de gobelets cylindriques, mais des formes diverses de vases en
bronze sont connues : chaudrons tripodes, bassins, coupes à pied, lampes, etc.

Vases en or de la période mycénienne.
Quelques vases en faïence sont connus, mais dans un état fragmentaire. De nombreux vases en
pierre (cristal de roche, porphyre, serpentine, stéatite, etc.) notamment des rhytons, ont également
été retrouvés sur des sites mycéniens, mais ils proviennent essentiellement de Crète durant la
plupart de l'Helladique récent, avant que quelques productions ne soient faites sur le continent
dans les dernières périodes mycéniennes, à partir d'obsidienne ou de porphyre extraits dans cette
région.

Sculpture

Les seuls bas-reliefs sur pierre qui ont été sculptés en Grèce mycénienne et qui nous sont
parvenus proviennent du site de Mycènes, dans les premiers temps de l'Helladique récent. Il s'agit
de treize stèles retrouvées sur les tombes à fosse de ce site, représentant dans un style fruste des
scènes de guerre, de chasse ou des combats d'animaux, ornées de motifs décoratifs à base de
spirale. Elles sont sans postérité connue. Le seul bas-relief de l'Helladique récent, mais plus
tardif, provient du même site : il s'agit du décor surmontant la « Porte des Lions ». Il représente
deux animaux acéphales identifiés sans certitude comme étant des lions, disposés de part et
d'autre d'une colonne et posant les pattes antérieures sur une sorte d'autel. Le décor a également
disparu. Le style de cette œuvre rappelle celui de sceaux crétois, à la différence des bas-reliefs
funéraires plus anciens qui sont proprement mycéniens.

Parmi les trésors du cercle A de Mycènes, Schliemann a retrouvé cinq masques funéraires en or,
dont le fameux « masque d'Agamemnon ». Dans le cercle B, on a mis au jour un masque en
électrum. Ils étaient formés d'une feuille de métal mise en forme sur une figure en bois sculpté.



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Plusieurs d'entre eux semblent être des portraits des souverains enterrés dans la tombe où ils ont
été retrouvés. Il s'agit d'œuvres isolées, sans parallèle dans le monde mycénien.

La période mycénienne n'a pas livré de statues de grande taille, hormis une tête féminine (un
sphinx ?) de plâtre peinte de couleurs vives retrouvée à Mycènes. L'essentiel de la statuaire de
cette période consiste en des statuettes fines et des figurines en terre cuite, retrouvées notamment
sur le site de Phylakopi, mais aussi à Mycènes, Tirynthe ou Asinè. La majorité de ces statuettes
représente des figurines anthropomorphes (mais il existe aussi des zoomorphes), masculines ou
féminines. Elles ont différentes postures : bras tendus, levés vers le ciel ; bras repliés sur les
hanches ; assises. Elles sont peintes, monochromes ou polychromes. Leur vocation n'est pas
certaine, mais il est fort probable qu'il s'agit d'objets votifs, retrouvés dans des contextes qui
paraissent être des lieux de culte.

Sculptures de la période mycénienne.
Glyptique

Les sceaux sont une caractéristique importante des réalisations artistiques mycéniennes. Ils
pouvaient être portés en pendentif, en bracelet ou bien en bague, et servaient avant tout à
identifier des marchandises, et plusieurs empreintes de sceaux ont été retrouvées sur de l'argile
dans des sites palatiaux, mais ils avaient aussi une fonction symbolique et ornementale. Les
sceaux sont en effet généralement taillés en forme de lentille ou d'amande et gravés dans un
matériau de qualité, le plus souvent une pierre rare (agate, cornaline, serpentine, stéatite), parfois
dans de l'ivoire ou de l'ambre ; certaines bagues sont réalisées dans du métal, notamment de l'or
dans le cas de certaines retrouvées dans les tombes à fosse de Mycènes pour l'HR I. Cette période
marque le début de la glyptique sur le continent, suite à une forte inspiration crétoise. Les thèmes
dominants sont guerriers : combats ou chasse (notamment un homme barbu maîtrisant des
animaux sauvages). D'autres représentent des scènes religieuses, comme une bague-sceau en or
de Tyrinthe qui représente quatre démons en procession portant des cruches en direction d'une
déesse qui tient un vase qu'ils vont sans doute remplir. À l'HR III, le répertoire iconographique
s'appauvrit, et des motifs décoratifs comme les rosaces ou les cercles apparaissent et se
généralisent.

Bijoux et parures

Les riches tombes de l'HR I (tombes à fosse de Mycènes, tombes à tholos de Messénie) ont livré


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de la joaillerie fortement marquée par la tradition minoenne, ou bien plus originale et sans
postérité, comme des diadèmes estampés dans une feuille d'or. Plusieurs progrès se notent dans la
technique au cours de l'HR : généralisation du filigrane, de la granulation, de l'incrustation, du
placage en feuilles d'or, de la pâte de verre moulée. Les artisans réalisent des perles en or,
faïence, pâte de verre, ambre, de formes variées. Des plaques appliques étaient réalisées dans des
feuilles d'or pour être cousues sur du tissu ; elles avaient là encore des formes variées : motifs
géométriques, naturalistes, rosettes, animaux. Des bagues en or se retrouvent également dans les
tombes. Les épingles sont en ivoire ou en or dans les premières périodes de l'HR, mais les
épingles en bronze sont de plus en plus nombreuses au cours du temps.

Ivoires

L'art de l'ivoire sculpté a produit plusieurs des œuvres les plus remarquables exhumées sur des
sites mycéniens, en premier lieu sur le site éponyme de la civilisation. Le palais de la citadelle de
Mycènes a ainsi livré un groupe de deux déesses accompagnées d'un enfant, fortement influencé
par la tradition des ivoires crétois datant des périodes antérieures, car les personnages portent des
vêtements typiques des sculptures de l'île. Une vaste quantité d'ivoires (près de 18 000 objets et
fragments) ont été trouvés dans deux résidences extérieures à la citadelle, la « Maison des
boucliers » et la « Maison des sphinx », qui n'étaient probablement pas des ateliers où l'on
fabriquait ces objets mais plutôt là où on ajoutait ces ivoires à des meubles qu'ils décoraient. On y
a trouvé de remarquables plaques sculptées. D'autres sites ont livré des ivoires, notamment une
tombe de l'Agora d'Athènes où a été trouvée une boîte à fards (pyxide) sculptée dans une défense
d'éléphant, sur laquelle sont sculptés des griffons chassant des cerfs, ou encore Spatta en Attique
d'où provient une plaque d'ivoire décorée de sphinx.

Peintures murales

La peinture murale de l'époque mycénienne est très largement influencée par celle de l'époque
minoenne à laquelle elle emprunte beaucoup tant pour le style que pour les sujets. Quelques
fresques murales ont survécu à l'épreuve du temps dans des palais mycéniens. Les thèmes
représentés sont variés : des processions « religieuses » qui étaient déjà courantes en Crète, mais
aussi des scènes de chasses (dont tauromachies), et de combats guerriers qui sont des innovations
thématiques. Une fresque du palais de Thèbes représente ainsi une procession de femmes vêtues à
la crétoise et portant des offrandes à une déesse. D'autres fragments de scènes semblables ont été



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trouvés à Pylos et Tyrinthe. De Mycènes provient un exemple de fresque militaire représentant
une scène de siège, ornant les murs du mégaron du palais. D'autres fresques sont constituées de
motifs géométriques. Une partie de la céramique était elle aussi peinte, avec des thèmes
identiques.

Armement

Des objets militaires ont été retrouvés dans des trésors de la période mycénienne. Les tablettes de
linéaire B, retrouvées dans les palais et qui contiennent des idéogrammes représentant les armes,
nous donnent aussi des indications sur l'armement (même si ces signes n'expriment que le
concept d'une arme et ne nous donnent pas les différentes variantes des armes), qu'on peut
compléter par d'autres représentations figurées (fresques, poteries peintes).

Du point de vue de l'armement défensif, mal connu, le casque le plus attesté est celui réalisé avec
des défenses de sanglier cousues sur des lanières de cuir, mentionné dans l'Iliade. Deux types de
boucliers sont attestés : un type en forme de huit, et un autre semi-cylindrique, faits d'une
armature en bois couverte par plusieurs peaux de bœufs. La trouvaille la plus impressionnante est
celle de l'armure de Dendra, datée de l'HR II/III A1. Elle est composée de plusieurs plaques de
bronze liées de façon à s'articuler et cousues sur un vêtement de cuir.

Concernant l'armement offensif, mieux connu, on remarque une évolution tout le long de l'HR.
L'épée, en bronze, se développe à partir du poignard court et se répand à la période mycénienne
sur le continent. Deux types cohabitent au départ : une longue épée lourde à lame étroite, et une
autre plus légère, courte et large. Les modèles développés à l'HR III A permettent de frapper
d'estoc et de taille, avec une lame courte et une garde plus efficace. Par la suite, la dague, à lame
plus courte et plus solide, se généralise. Les pointes de lance, arme sans doute très utilisée dans
les combats mais peu attestée dans les tombes, ont tendance à devenir plus courtes et pointues.
Des pointes de javelines sont également connues, ainsi que de nombreuses pointes de flèches, qui
peuvent être en bronze, mais aussi en silex ou en obsidienne. Les guerriers pouvaient monter sur
des chars de combat, qui se diffusent sur le continent à l'époque mycénienne, mais le relief
accidenté de Grèce n'a pas dû faciliter son utilisation sur les champs de bataille.



                                Fin de la civilisation mycénienne



                                                                                              XXXIX
La fin de la période mycénienne pose un ensemble de problèmes qui ne sont toujours pas résolus,
tant du point de vue de la chronologie que de celui de l'interprétation des événements.

La fin de l'HR III B1 est marquée par quelques destructions, notamment à Mycènes. À l'HR III
B2, on remarque une augmentation des systèmes de défense des sites mycéniens, signe que
l'insécurité augmente. Mais il ne s'agit pas d'une période de crise, car ces niveaux ont fourni un
matériel archéologique qui témoigne d'un niveau de richesse qui n'a rien à envier à celui des
précédents. La fin de cette période est néanmoins marquée par de nombreuses destructions sur
une grande partie des sites mycéniens de Grèce continentale. L'HR III C voit ensuite une baisse
du nombre de sites en Grèce, qui peut être très importante dans certaines régions (9/10 e des sites
de Béotie disparaissent, 2/3 de ceux d'Argolide). Mais certains sites comme Mycènes ou Tirynthe
sont toujours habités, leurs citadelles sont entretenues et la culture matérielle qu'on y retrouve
présente toujours des traits mycéniens, qui font que l'HR III C est considéré comme un niveau de
la civilisation mycénienne. On note cependant l'apparition d'un nouveau type de céramique, dite
« barbare » parce qu'elle a jadis été attribuée à des envahisseurs extérieurs, et aussi une poursuite
de l'augmentation de la pratique de la crémation, donc des changements culturels.

Quelles sont les causes du déclin de la civilisation mycénienne à cette période ? Plusieurs
explications ont été avancées. Celles concernant des facteurs naturels (changement climatique,
tremblements de terre) sont aujourd'hui souvent rejetées. Restent deux grandes théories : celle des
mouvements de population et celle des conflits internes. La première attribue la destruction des
sites mycéniens à des envahisseurs. On invoque tantôt les Doriens tantôt les Peuples de la mer.
On envisage désormais que les premiers, dont parlent les historiens grecs ultérieurs, étaient déjà
présents en Grèce continentale auparavant, et on a donc tendance à ne plus accepter l'ancienne
théorie d'une « invasion dorienne » balayant la civilisation des Achéens, qui n'apparaît pas dans la
documentation archéologique et repose uniquement sur des arguments linguistiques. Les
mouvements de peuples se produisant depuis les Balkans jusqu'au Proche-Orient à cette période,
mentionnés dans les inscriptions égyptiennes désignant les envahisseurs sous le nom de « Peuples
de la Mer », sont eux bien certains. On sait que ces peuples participent à des mouvements de
populations probablement responsables de nombreuses destructions en Anatolie ou au Levant,
mais la chronologie de ces destructions est très mal établie. La mention d'un peuple nommé
Eqweš (qui rappelle le terme « Achéen ») dans un texte égyptien du XIIe siècle a fait supposer à
des spécialistes que des Mycéniens auraient pris part à ces mouvements de populations, d'autant


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plus que des Mycéniens se sont probablement installés à Chypre vers 1200. Mais une nouvelle
fois ces arguments demeurent impossibles à prouver. La seconde théorie, qui fait choir la
civilisation mycénienne au cours de conflits sociaux internes, entraînés par un rejet du système
palatial par les couches sociales les plus défavorisées, qui s'appauvriraient à la fin de l'Helladique
Récent. Cette hypothèse rejoint parfois la précédente, quand on essaie de mêler les divisions
sociales à des divisions ethniques.

Quelles qu'en soient les causes, la civilisation mycénienne disparaît définitivement après l'HR III
C, quand les sites de Mycènes et de Tirynthe sont détruits à nouveau, abandonnés, et deviennent
des sites mineurs pour le reste de leur existence. Cette fin, à dater des dernières années du
XIIe siècle, se produit après un lent déclin de la civilisation mycénienne, qui a mis de nombreuses
années avant de s'éteindre. La culture mycénienne se désagrège progressivement, et ses traits
principaux se perdent et ne sont pas conservés durant les périodes ultérieures. Les grands palais
royaux, leurs archives administratives en écriture linéaire B, les tombes collectives et les styles
artistiques mycéniens sont sans postérité : tout le « système » de la civilisation mycénienne s'est
effondré et a disparu. Le début du XIe siècle ouvre un contexte nouveau, celui du proto-
géométrique, début de la période géométrique, les « siècles obscurs » de la tradition
historiographique. Les cultures qui se développent après l'effondrement de la civilisation
mycénienne sont moins ouvertes sur l'extérieur, leurs élites sont moins riches, et leur organisation
socio-économique est moins complexe. Au sortir des premiers siècles du Ier millénaire av. J.-C.,
les Grecs de l'époque archaïque comme Hésiode et Homère ne savent manifestement que très peu
de choses de la période mycénienne et même des siècles obscurs, et c'est une nouvelle civilisation
grecque qu'ils mettent en place.




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