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									                TABLE RONDE REMED- JPIP 2002
       « Comment développer la production locale des médicaments
                           traditionnels ?
                      12 novembre 2002 - Paris



Dr Elodie Flahaut – Chargée de mission Pharmaciens Sans frontières
Thème : Un guide d’utilisation des remèdes naturels

INTRODUCTION

Il y a plus de 20 ans, l’Organisation Mondiale de la Santé reconnaissait l’importance de
la médecine traditionnelle (Alma Ata, 1978) et proposait son intégration dans les
systèmes officiels de santé, particulièrement dans les pays en développement. L’OMS a
définit de nouvelles stratégies pour la Médecine Traditionnelle pour 2002-2005 avec des
actions au niveau politique, mais aussi des mesures pour une innocuité, une efficacité,
une qualité et un accès à un usage rationnel de la médecine traditionnelle.
L’expérience décrite s’inscrit dans un projet d’une durée de 3 ans de Pharmaciens Sans
Frontières de développement Médico-sanitaire des populations autochtones shuar,
d’Equateur.
Elle est le résultat d’une coopération avec le Ministère de Santé Publique d’Equateur,
pour chercher à mettre en place des stratégies d’articulation et de complémentation entre
le système officiel de santé1 et les systèmes de médecine traditionnelle indigènes. Cet
effort d’articulation est aujourd’hui un objectif spécifique de la Direction Nationale de
Santé des Peuples Indigènes d’Equateur (DNSPI Equateur- Plan d’action 2000)).


SITUATION

Les populations indigènes d’Amazonie équatorienne vivent pour la plupart dans des
zones enclavées, accessibles seulement par voie aérienne, fluviale ou terrestre (plusieurs
heures ou jours de marche). Leur situation actuelle de santé est étroitement liée aux
changements écologiques (déforestation, baisse des systèmes naturels de production des
forets tropicales - qualité, quantité et variété des aliments - ayant un impact direct sur la
nutrition, pollution), mais surtout socio-culturels : perte des connaissances sur les
plantes médicinales, abandon des normes traditionnelles de santé, relâchement de la
discipline individuelle - diètes, hygiène, spiritualité- introduction massive d’éléments
extérieurs – argent, médicaments modernes, système d’éducation - et problèmes
d’alcoolisme.
Le système de santé officiel a aujourd’hui engendré une dépendance des populations
indigènes à cette médecine « magique » parce que les résultats sont perçus comme
rapides et efficaces. Les injections de diclofenac, pénicilline, complexe de vitamines B
et calcium intra-veineux sont très « en vogue » !. D’autre part, il paraîtrait que les
médicaments modernes exercent une certaine fascination simplement par leur forme de
présentation (gélule, comprimé, sirop) et leur conditionnement moderne (blister, flacon
plastique, ampoule).

1
 dont le système actuellement offert aux populations indigènes amazoniennes est basé principalement sur
une vision occidentale de la santé et de la maladie
Les accidents sont très fréquents (erreur de dosage, de voie d’administration, manque de
formation pour administrer l’injection) car le niveau des agents de santé indigènes est
très faible. Outre les résistances de plus en plus préoccupantes aux antibiotiques
(utilisation démesurée de fluoroquinolones, de cotrimoxazole), on compte aussi bon
nombre d’accidents toxiques, parfois mortels: injections de pénicilline dans le sein,
injection de doses de cortisone ou diclofenac adulte à des enfants, paralysie suite à une
mauvaise injection IM. Les résistances aux antibiotiques dans ces populations seraient à
évaluer plus sérieusement ainsi que le rapport bénéfice-risque de l’introduction dans les
communautés indigènes de ces médicaments modernes. D’autre part, l’accès aux
médicaments dans les pharmacies privées est réglementé mais en pratique pas contrôlé

La médecine moderne est, bien sûr indispensable dans les cas d’urgence comme les
affections respiratoires graves, accidents nécessitants une chirurgie, blessures graves,
etc…
Mais pour le reste, l’accès à des médicaments modernes en forêt et à un usage rationnel
et sûr reste utopique pour différentes raisons :
    - le réseau de communication est faible (problème de l’accès géographique)
    - la formation des agents de santé est toujours insuffisante (manque d’accès à des
         informations de qualité et culturellement accessibles sur les médicaments).
    - coût démesuré des médicaments modernes
    - le système de santé formel est encore culturellement inapproprié dans des
         sociétés possédant une cosmovision, un mode de pensée radicalement différent ;
         il est difficile de transmettre un message sur un antibiotique, ou sur l’importance
         de suivre le traitement pendant toute la durée dans un langage conceptuel
         différent, etc…


CONSIDERATIONS PRELIMINAIRES

Dans son ensemble, le concept global de santé indigène en Amazonie s’appuie sur une
notion générale d’équilibre dynamique ou de normalité agissant à trois niveaux
principaux et pouvant se traduire par: « être bien en soi-même, avec les autres et envers
le monde (naturel-surnaturel) de la nature ». La santé, conçue de cette manière,
s’affirme donc –ou se nie- dans le contexte de la dimension individuelle, sociale et
écologique.
Les pharmacopées locales sont pensées à l’intérieur de ces systèmes de représentation
de la santé complexe (cause ou origine des maladies, etc…) et les méthodes de
diagnostic et de traitement caractérisent une unité culturelle - notions d’anatomie, de
physiologie, de pathologies caractéristiques de la culture. Les malades ont recours a
leurs « guérisseurs », « chamans » ou « tradipraticiens »…
Travailler sur la valorisation des médecines traditionnelles, c’est aussi respecter les
systèmes thérapeutiques traditionnels avec leurs détermination des origines et des
causes des maladies ainsi que leurs fondements thérapeutiques : dans quel contexte est
utilisé un médicament traditionnel ? Comment est-t-il administré?.
Dans beaucoup de cas, le diagnostic ne consiste pas à établir les causes du mal (type de
pathologie) mais de ou il vient (ruptures d’interdits culturels, sorcellerie, choc
émotionnel, consommation de certains aliments, tabous, relation déséquilibrée ou
anormale avec la nature, manque à l’éthique de la vie sociale...). Le traitement consiste
à agir sur l’origine de la maladie; la plante ne constitue alors qu’un support du
traitement.
OBJECTIFS

Les buts poursuivis sont de former des agents de santé indigènes shuar à la production
et l’usage de médicaments traditionnels améliorés répondant aux pathologies les plus
courantes dans les communautés, c’est a dire, diarrhées, parasitoses intestinales,
infections respiratoires, affections dermatologiques….
L’enjeu est de proposer dans les postes de santé un traitement culturellement plus
approprié, économiquement plus accessible et bien souvent plus efficace, mais et aussi
de contourner le mauvais usage des médicaments voire la toxicité.


STRATEGIES

Nous avons donc choisi de continuer à promouvoir à la fois un usage et un accès aux
médicaments essentiels génériques plus rationnels et plus sûrs, notamment avec des
campagnes d’information sur le bon usage les médicaments les plus « en vogue », mais
aussi en favorisant des processus endogènes de revitalisation et de renforcement des
systèmes traditionnels de médecine et de santé indigène. Dans cet esprit nous avons aidé
pendant 3 ans la Fédération Shuar (FICSH) à promouvoir la médecine traditionnelle,
notamment en soutenant la mise en place de modèles intégraux de santé expérimentaux
qui pourront servir de référence pour d’autres projets.

Le Département de Médecine Traditionnelle de la FICSH-MSP (Situé dans le Centre
de santé de la FICSH, dans la ville de Sucua) est l’exemple d’un programme qui
cherche à élaborer des stratégies interculturelles de santé en collaboration avec le
système officiel de santé du MSP et à établir un modèle démonstratif pour son
intégration dans le réseau local de santé shuar.


DEMARCHE – METHODOLOGIE

- Etant donnés les problèmes liés a la zone (patente d’une plante sacrée – « ayahuasca »
[Banisteriopssis caapi], aux USA, bio piraterie, ..), nous n’avons pas effectué d’enquêtes
ethnobotaniques, mais avons choisi de travailler avec les plantes les plus connues de la
population et dont l’usage est du domaine public. Nous avons également apporté nos
expériences et connaissances concernant l’utilisation de certaines plantes dans d’autres
pays (ex : Uña de gato- Pérou ; Euphorbia hirta- Burkina Faso ; Gingembre : Chine).

- L’ identification botanique des espèces a été vérifiée à l’Herbarium National de
Quito.

- Les plantes sur lesquelles il existe dans la littérature le plus d’informations
scientifiques (recherches bibliographiques) ont été sélectionnées; elles peuvent en effet
nous garantir l’absence de toxicité et une efficacité. Concernant ce dernier point, il
existe parfois peu de données scientifiques disponibles sur certaines plantes, étant donné
la difficulté de corréler un principe actif à une activité pharmacologique en phytochimie
et le fait qu’une plante constitue un support d’une multitude de principes actifs.

- D’autres plantes dont l’usage traditionnel est empirique et connu de toute une
population ont été également sélectionnées. Elle ne présentent pas de toxicité connue
dans la population , ni dans la bibliographie consultée. Nous avons considéré que le
manque de données scientifiques sur l’efficacité n’est pas un critère suffisant pour
rejeter l’usage traditionnel.

- Après avoir choisi les plantes nous paraissant les plus sûres et efficaces, et selon les
pathologies les plus courantes dans les communautés, la composition de remèdes a donc
été établie en considérant les associations de plantes nous paraissant a la fois pertinentes
tant d’un point de vue traditionnel que scientifique.


RESULTATS- EXEMPLE

Une vingtaine de remèdes a été élaborée répondant aux pathologies telles que :
diarrhées2, parasitoses (ascaris, oxyures, amibes, …), infections respiratoires, infections
urinaires, problèmes dermatologiques (brûlures, blessures, mycoses), douleurs
articulaires et musculaires, troubles nerveux, etc..

L’élaboration de ces médicaments traditionnels améliorés peut permettre de proposer
une alternative locale aux médicaments occidentaux, ainsi que de proposer de nouvelles
options thérapeutiques pour répondre à des problèmes pour lesquels les médicaments
modernes n’ont pas toujours de réponse. Elle permet de contourner leur mauvais usage
voire leur toxicité dans certains cas et permet aussi de « valoriser » la médecine
traditionnelle en présentant les plantes sous une forme améliorée
Le tableau ci bas présente des possibilités d’alternatives aux traitements occidentaux par
des médicaments traditionnels améliorés. Il est nécessaire de considérer que les plantes
peuvent ne présenter qu’un support au traitement traditionnel, que le tradipraticien
possède sa propre vision du problème de santé et aussi que les plantes présentent
généralement plusieurs activités pharmacologiques de par la complexité de leur
composition, de leur absorption et de leur biodisponibilité au niveau de l’organisme.

Exemple du Gingembre (Zingiber officinale):
Utilisé pour la diarrhée, les coliques, nausées, vomissements, dyspepsie, rhumes, toux,
migraine
Possède des activités antiinflammatoire, antipyrétique, analgésique comparables a
l’acide acétylsalicilique. Possede une activité antibactérienne in vitro contre Bacillus
subtilis, Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Proteus vulgaris, Pseudomonas
aeruginosa, Pseudomonas fluorescens, Proteus mirabilis, Salmonella typhi,
Staphylococcus aureus. Staphylococcus epidermidis, Streptococcus faecalis, Yersinia
enterolica (in TRAMIL, 1999).

Exemple du Guayaba (Psidium guajava)
Utilisé pour les diarrhées
Possède une activité antidiarrhéique démontrée par les tanins astringents et du quercétol
(flavonoide), une activité antimicrobienne in vitro (Escherichia coli, Salmonella typhi,
Proteus mirablis, Shigella dysenteriae, Staphylococcus aureus,..), une action
antiseptique des acides phénols.
Le quercétol diminue les contractions de l’intestin (inhibition de la sécrétion de
l’acétylcholine) (in POUSSET, 1989).

2
    infectieuses ou autres : les shuars reconnaissent un grand nombre de types de diarrhées
   POSSIBILITÉS D’ALTERNATIVES AUX MM PAR DES MTA
                   (Pour les pathologies les plus courantes)

Premières causes de Inconvénient Alternative                 Propriétés- Essais         Rapport
 Morbidité-Hôpital s du MM liés     MTA                                                  coût
                                                                                        MM/MT
   Puyo- Pastaza       a la zone
                                                                                          A
 2000- Traitements    (autres que
      usuels              accès
                     géographique et
                          coût)
POLYPARASITOSES
(1)
Metronidazole   - Effet antabuse       Sirop       ou      Anti-amibienne,        anti- 2 a 3
                avec          les      Teinture            diarrhéique,
                boissons locales       d’Euphorbia         antispasmodique.        Une
                -CI pendant la         hirta               étude      clinique      très
                grossesse     1er      (3 prises par       importante (RIDET &
                trimestre      et      jour pendant 3      CHARTOL in POUSSET
                l’allaitement          jours)              1989) sur 53 malades a
                - EI tels que                              montré l’efficacité d’ un
                troubles                                   extrait de la plante sur une
                digestifs                                  épidémie de dysenterie
                (Nausées,                                  amibienne.
                vomissements
                fréquents)
                -       Mauvaise
                observance du
                traitement     (3
                prises par jour
                pendant         7
                jours ;   saveur
                amère)

Albendazole                                Sirop de        L’ascaridol contenu dans 1/2
                                       Chenopodium         l’huile essentielle paralyse
                                        ambrosioides       et tue les parasites tels que
                                              et           les     ascaris     et     les
                                       Stachytarpheta      ankylostomes
                                         jamaicensis       (POUSSET, 1989)
INFECTIONS
RESPIRATOIRES (2)
Amoxicilline      Résistances aux      Sirop          de   Lippia    alba :     Anti- 2 a 3
                  ATB (mauvaise        Zingiber            bactérien           contre
                  observance du        officinale,         Streptococcus pyogenes,
                  traitement)          Lippia      alba,   Staphylococcus aureus, ,
                  Détérioration de     Malva rudis         Streptococcus
                  la          flore                        pneumoniae       (Caceres,
                  bactérienne                              1991)
                       intestinale (les                       Zingiber officinale : Anti
                       indigènes n’ont                        bacterienne         contre
                       pas accès au                           Bacillus           subtilis,
                       yaourt...),                            Escherichia           coli,
                       affaiblissement                        Klebsiella pneumoniae,
                       du       système                       Proteus           vulgaris,
                       immunitaire .                          Pseudomonas aeruginosa,
                                                              Pseudomonas fluorescens,
                                                              Proteus         mirabilis,
                                                              Salmonella           typhi,
                                                              Staphylococcus aureus.
                                                              Staphylococcus
                                                              epidermidis,
                                                              Streptococcus     faecalis,
                                                              Yersinia enterolica (in
                                                              TRAMIL, 1999)
                                                              Malachra rudis : est
                                                              connue       pour       ses
                                                              propriétés inflammatoires
                                                              émollientes, pectorales,
                                                              expectorantes
Salbutamol
INFECTIONS
URINAIRES (3)
Amoxicilline       ou Résistances aux     Traitement a        Diurétique (P.oleraceae, 3
Cotrimoxazole         ATB                 replacer dans       P.peltata),           anti-
                      (Problèmes          le      contexte    inflammatoire (M.rudis,
                      courants chez       traditionnel.       P.peltata), anti-pyrétique
                      les femmes ne       Dans le cas         (S.dulcis,    P.oleracea,
                      méritant            présent, il faut    P.peltata)
                      souvent pas le      traiter       les
                      traitement          causes
                      antibiotique).      profondes du
                                          désordre étant
                                          a l’origine de
                                          l’ « infection ».
                                          ..Teinture de
                                          Scoparia
                                          dulcis,
                                          Portulaca
                                          oleraceae,
                                          Malachra
                                          rudis,
                                          Potomorphe
                                          peltatum
DIARRHEES (4)
Réhydratation orale
Amoxicilline        ou Résistance aux     Sirop         ou Psidium           guajava 2 a 3
Cotrimoxazole          ATB                teinture      de Actividad antidiarréica de
                                          Psidium          los taninos astringentes y
                                             guajava     et del quercetol (Lutterodt,
                                             Lippia alba    in Pousset 1989). Se ha
                                                            demostrado       actividad
                                                            antimicrobiana, in vitro,
                                                            sobre Proteus mirabilis,
                                                            Shigella      disenteriae,
                                                            Escherichia           coli,
                                                            Salmonella     typhi     y
                                                            Staphylococcus     aureus
                                                            (Caceres,     1990      in
                                                            TRAMIL 1999)


Lopéramide                Déconseillé
                          dans         les
                          diarrhées
                          bactériennes
ARTHROSE (7)
Diclofénac                Liés     a   une Décoction            Anti-                   Pour un
                          mauvaise          d’Uncaria           inflammatoire (Activité mois : 1
                          pratique      de tomentosa            démontrée de l’acide
                          l’injection                           quinovique).
                          (paralysie,                           Stimulant du systeme
                          abcès), a une                         immunitaire
                          mauvaise
                          posologie
                          (atteinte rénale,
                          digestive).

Autres indications
Vomissements
Métoclopramide       ou                      Teinture       ou Données cliniques
Metopimazine                                 sirop          de démontrés (OMS).
                                             Zingiber
                                             officinale
Etats      fébriles et
douloureux
Paracétamol ou acide Pour l’aspirine :       Teinture       ou Z. officinale : Activité anti
acétylsalicylique      EI digestifs          sirop          de inflammatoire,
                       EI     en       cas   Z.officinale   ou antipyrétique, analgésique
                       d’infections          Verbena           comparable a l’acide
                       virales (cas de       littoralis     ou acétylsalicylique
                       la varicelle..).      Lippia alba       V. littoralis : Fébrifuge
                                                               L. alba : analgésique.

MM= Médicament moderne ou occidental
MTA= Médicament Traditionnel Amélioré
EI= Effets Indésirables
CI= Contre-Indications
ATB= Antibiotique
Ces remèdes se présentent sous la forme de teintures pour les adultes, sirop avec
alcool ou sans alcool, pour les enfants , décoctions (stabilisées par l’alcool),
pommades. Ils sont élaborés avec des techniques simples et à bas prix, à base de
matières premières comme l’alcool, le sucre, la cire d’abeille , l’huile de cuisine, …

Un guide d’utilisation des remèdes naturels (DMT-FICSH, 2002) destiné a l’agent de
santé a été rédigé, lequel présente pour chaque produit:
    - une information générale sur les plantes, incluant les usages traditionnels
    - des données de pharmacologie,
    - la composition (nom scientifique de la plante, matières premières, etc..),
    - la forme (teinture, sirop),
    - l’indication,
    - la posologie,
    - les contre indications et/ou éventuellement la toxicité.

Parallèlement un manuel de procédés basiques pour l’élaboration des remèdes
naturels (DMT-FICSH, 2002) a été conçu, destiné aux agents de santé indigènes
intéressés par la fabrication de ces remèdes dans leurs postes de santé3.


BILAN-PERSPECTIVES

L’expérience des 3 ans nous a laissé des pistes sur les possibilités d’articulation ou de
coopération entre les systèmes traditionnels de santé indigène et le système officiel de
santé, ainsi que sur les possibilités de constitution de systèmes interculturels de santé
indigène (Lacaze, 2002).
La production locale de médicaments traditionnels est en effet aussi bien une
alternative à l’inaccessibilité et l’inadéquation des médicaments occidentaux dans
les pays en développement, qu’une stratégie pour rapprocher les 2 systèmes de
santé, qui peut passer par une validation scientifique, une démonstration de l’activité
clinique des médicaments élaborés à base de plantes locales. Cependant, on ne peut pas
parler de valorisation des médecines traditionnelles en parlant seulement d’intégration
des remèdes traditionnels dans le système de santé formel, la médecine indigène
comportant beaucoup d’autres éléments et facteurs ne pouvant pas être validés
scientifiquement. Il nous paraît donc nécessaire de continuer à rechercher des moyens
de promouvoir la validation de ces médecines dans leurs propres contextes traditionnels,
en favorisant la capacité des organisations et populations indigènes à choisir des
stratégies adéquates en leur apportant les moyens techniques nécessaires pour y
parvenir.
D’autre part on ne peut parler d’articulation sans qu’il y ait une véritable
communication interculturelle entre les différents systèmes de santé, ce qui passe tout
autant par une sensibilisation des professionnels de santé aux médecines traditionnelles
(centres de santé, universités), que par une sérieuse remise en question du système de
santé formel , en évaluant beaucoup plus concrètement la qualité des soins donnés à la
population indigène (respect du patient et de sa vision de la maladie et de la santé,
acceptabilité et observance du traitement, évaluation des cas de toxicité, de la résistance
aux médicaments…).


3
    Le modèle propose à sa validation de développer des unités de production dans des centres stratégiques
                 Euphorbia hirta L. (EUPHORBIACEAE)


Synonyme : Euphorbia pilulifera L.


Noms vernaculaires :

        Burkina Faso

                       Jula : Tuanzingie
                        Fulfulde : Kasahi
                        Mooré : Walbiisum (« lait de tourterelle » car quand on arrache
                       une tige secondaire, une feuille, une inflorescence, on aperçoit à
                       la cassure une goutte de suc laiteux)
                        Bobo : Kulwongo
                        Bissa : Gazingéré binné
                        Bambara : Daba da blé
        France :         La Malnommée, l’herbe à asthme.
        Equateur
                      Shuar : Tee


       1) UTILISATIONS EN MEDECINE TRADITIONNELLE

 Données bibliographiques.

La plante est réputée pour trois actions principales que l’on retrouve dans tous les pays
tropicaux : antiasthmatique, antidiarrhéique, antiamibienne.

   -   En Asie et dans certains pays africains tels que le Nigéria, cette plante est
       connue comme médicament contre l’asthme, les bronchites, les maladies
       respiratoires.

   -   En Afrique de l’Ouest, la plante est surtout connue comme galactogène et
       antidysentérique (POUSSET, 1989). La plante est utilisée pour de nombreux
       usages externes : dans le Yaâaga, mais aussi dans la région de Tenkodogo,
       Koupéla, Zorgho (Burkina Faso) et chez les Bissa, le latex est réputé pour ses
       propriétés antihémorragiques et cicatrisantes. On l’utilise sur une plaie peu
       étendue et récente. On coupe la tige et on dépose quelques gouttes de latex sur la
       blessure. On peut l’utiliser aussi pour soigner des crevasses se produisant au
       niveau des pieds (POULET 1972).

   - En Europe, cette plante a été commercialisée en France comme
     antidysentérique sous le nom de spécialité SOCAMIB° (laboratoire SOCA)
     mais a été retirée du marché. Par ailleurs elle figure dans le dictionnaire
     DORVAULT (1995). Ses fruits sont employés en Angleterre et en Australie
     contre l’asthme et les autre affections des bronches, sous forme d’infusion.
 Données issues de nos enquêtes.
Au Burkina Faso, la plante est surtout utilisée en usage interne (décoction de la plante
entière à boire et pour se laver) contre les diarrhées et les dysenteries.

En Equateur, la plante est présente dans la majeure partie des communautés indigènes et
est utilisée en usage local (latex) pour soigner les blessures (cicatrisant).



       2) DESCRIPTION BOTANIQUE

        Plante herbacée annuelle, poussant près du sol. Sa tige est mince, cylindrique,
souvent rouge et blanche, libérant un suc laiteux à la cassure. Elle est couverte de poils
jaunes. Les feuilles sont opposées, lancéolées et mesurent jusqu’à 5 cm de long. Elles
sont asymétriques à la base, arrondies d’un côté. Les inflorescences sont en glomérules
axillaires et terminaux, avec de petites fleurs jaunâtres en cyathium caractéristique des
EUPHORBIACEAES. Les fruits sont des capsules poilues tricoques, qui à maturité
vont se diviser en trois, par déhiscence.
        La plante peut avoir plusieurs cycles de reproduction dans l’année. Dans les
endroits très secs et fortement ensoleillés, elle reste rampante et s’étale en rosettes de
petites dimensions. Sur les tiges, les nœuds sont alors très rapprochés et le dessus des
feuilles prend une teinte pourprée. En saison sèche, la plante souffre beaucoup et peut
disparaître. C’est alors une plante annuelle. Dans les endroits plus frais, E. hirta Linn.
reste verte et pousse jusqu’à 40 à 50 cm de hauteur. Elle peut alors être une plante
vivace : profondément enracinée, elle a une souche ligneuse. Elle peut ainsi demeurer
pendant toute la saison sèche et parvenir à l’hivernage suivant (POULET, 1972).



       3) COMPOSITION CHIMIQUE

 Dans la plante entière, on trouve : une résine de gomme, des cristaux d’oxalate de
calcium, du sucre, des mucilages, des substances volatiles, des acides mélisylique,
palmitique, oléique, linoléique (DORVAULT, 1995), des traces d’alcool cérylique, une
huile essentielle ainsi que les acides malique et succinique (KERHARO et ADAMS,
1974).

 La tige et les feuilles sont riches en flavonoïdes, dont la quercétine (ESTRADA,
1959 in SOFOWORA,1996).

   Dans les parties aériennes de la plante, on trouve : la choline et l’acide shikimique.

 LIN et HSU, 1988 (in SOFOWORA, 1996) ont démontré la présence d’afzeline,
d’acide protocatéchuique, d’acide gallique, d’inositol, de kaempférol, d’acide
mélissique, de myricétine, de quercétine et de quercitrine dans une fraction
chromatographique de la plante responsable d’une activité antiulcère.
       4) ESSAIS (CHIMIQUES, PHARMACOLOGIQUES, CLINIQUES)

 Il a été montré que la plante contenait deux principes actifs, l’un exerçant une action
de stimulation spasmodique et l’autre une activité antispasmodique. L’acide
shikimique a été identifié comme le principe actif responsable de l’effet
antispasmodique et anticonvulsivant, la choline ayant l’effet inverse
(NEUWINGER, 1996). L’extrait alcoolique des parties aériennes de la plante
contenant de l’acide shikimique était effectivement utilisé dans le traitement de
l’asthme, de bronchites (IWU, 1993). Ce principe actif possède une activité
antispasmodique neurotrope qui assure une myorelaxation des muscles lisses des
bronches et de l’intestin, entraînant la suppression des spasmes bronchiques et
intestinaux.

 La plante utilisée sous forme de poudre produit une augmentation du développement
des glandes mammaires suivie d’une sécrétion accrue de lait chez les cobayes avant la
puberté (SOFOWORA, 1996). Ces affirmations confirment l’utilisation de la plante
comme galactogène. De nombreux essais pharmacologiques in vivo ont montré que
l’extrait total de la plante possède une activité prolactinique propice au
développement mammaire.

 La « substance E » (similaire mais non identique à la choline) isolée par RAO et
GANAPATY, 1983 (in NEUWINGER 1996) montre une solide activité
antibactérienne contre les bactéries Gram+ et Gram-. Elle inhibe les bactéries cause
de dysenteries telles que : Shigella dysenteriae et Sh. flexneri (responsables de
dysenteries bactériennes), mais aussi Entamoeba histolytica (dysenteries amibiennes),
Escherichia coli, Staphylococcus aureus et Salmonella typhi. Cette découverte justifie
l’utilisation traditionnelle dans las dysenteries.

 Une étude clinique très importante (RIDET & CHARTOL in POUSSET 1989) sur
53 malades a montré l’efficacité d’ un extrait de la plante sur une épidémie de
dysenterie amibienne.

       7) TOXICITE

       La toxicité de la plante a été bien étudiée et a été reconnue nulle par l’Institut
Pasteur de Dakar, par voie orale (POULET, 1972). La plante peut donc être utilisée
sans danger. Sa tolérance est très bonne en décoction pour le traitement de dysenteries
ou de crises d’asthme.


       8) FORME GALENIQUE ET DOSAGE

Aux doses administrées, nous avons obtenu d’excellents résultats dans
           des cas de dysenteries amibiennes et diarrhées.
   - Teinture 1 :3
   1 cuillère a café 3 fois par jour pendant 3 jours (Adulte)
   - Sirop
   Selon l’age de l’enfant
9) INTERET
       L’usage de ce médicament traditionnel amélioré en forêt est a valoriser pour
plusieurs raisons :
    - permet de contourner le problème de l’accessibilité géographique et du coût du
       Métronidazole (3 fois plus cher)
    - permet de contourner l’effet antabuse du Métronidazole problématique en foret
       (la boisson traditionnelle des indiens shuars est la chicha – manioc fermenté).
    - permet aussi de lutter contre l’acculturation de ces populations ; de valoriser les
       ressources locales ; la plante est abondante dans ces communautés.
                                 BIBLIOGRAPHIE

CACERES A., ALVAREZ AV., OVANDO AE., SAMAYOA BE. Plants used in
Guatemala for the treatment of respiratory diseases . J. Ethnopharmacol. 1991 Fev ; 31
(2) : 193-208

DMT-FICSH (2001) Cartilla de Presentación del Departamento de Medicina
Tradicional de la Federación Interprovincial de Centros Shuar. Sucúa, Ecuador.

DMT-FICSH (2002) Guia de uso de los remedios naturales Farmashuar ; Manual de
procedimientos básicos para la elaboración de remedios naturales. Sucúa. Ecuador

DORVAULT (1995) L’officine. 23ème édition. Editions Vigot, Paris.

KERHARO J., ADAM J.C. (1974) Pharmacopée sénégalaise traditionnelle. Plantes
médicinales toxiques. Ed. Vigot frères, Paris, p 663-666.

IWU M. M. (1993) Handbook of African medicinal plants. CRC Press., 435 p.

LACAZE D. (2002) Experiencias de articulación en la Amazonía ecuatoriana.
Seminario internacional de Etnomedicina. Bogotá Julio 29,30,31 y agosto 1de 2002.

LACAZE D. (2002) Experiencias de Medicina Tradicional y Salud Intercultural en la
Amazonía Ecuatoriana. ANALES 5, Instituto Iberoamericano, Universidad de
Gottemburgo, Suecia.

NEUWINGER H.D. (1996) African Ethnobotany ; poisons and drugs. Ed. Chapman
and Hall, 971 p.

POULET E. (1972) Une plante médicinale de Haute-Volta : La Malnommée. Notes et
documents voltaïques, 6 (1), p 25-30. Burkina Faso.

POUSSET J.L. (1989) Plantes médicinales africaines. T. 1 : Utilisation pratique, 156
p. ; T. 2 : Possibilités de développement, 156 p. Ed. Ellipses - ACCT.

SOFOWORA A. (1996) Plantes médicinales et médecine traditionnelle d’Afrique. Ed.
Karthala - Académie suisse des Sciences naturelles, 378 p.

TRAMIL, ENDA CARAIBES (1999) Pharmacopée caribéenne. Ed. Désormeaux. 493
p. Fort de France.
Pour plus de renseignements concernant le projet, contacter :


Elodie Flahaut :
psf_puyo@hotmail.com ou elodie.flahaut@libertysurf.fr


Pour des informations concernant la suite des actions menées en Equateur,
contacter :

Grupo Matico :
Puyo- Equateur
sani2@ecua.net.ec

								
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