Intervention de by garrickWilliams

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									« Médias et Société de l’Information »
         Atelier de réflexion de l’A.I.F
        Bamako (Mali) 26 – 28 mai 2003




            Intervention de
    S. E Monsieur Adama Samassékou,
    Président du PrepCom du SMSI,
    Président de l’Académie Africaine des Langues




                               Bamako, le 26 mai 2003
M. le Ministre de l’Artisanat et du Tourisme, assurant
l’intérim du Ministre de la Communication et des Nouvelles
Technologies de l’Information,
M. l’Administrateur général de la Francophonie,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis des Médias,

Je voudrais tout d’abord remercier l’Administrateur général de
la Francophonie de m’avoir invité à cet Atelier de réflexion, qui
constitue une des étapes importantes de la stratégie mise en
place par la Francophonie pour s’investir dans le processus
préparatoire du Sommet Mondial sur la Société de
l’Information.

Lors de la clôture de la deuxième session du Comité
Préparatoire du Sommet, je me suis réjoui de voir la
Francophonie se mobiliser pour traduire sa vision en un projet
pertinent qui se concrétise dans des programmes et une stratégie
d’accompagnement efficace du Sommet, tant pour la phase de
Genève en décembre 2003, que pour la deuxième phase de
Tunis en novembre 2005. J’ai, d’ailleurs, lancé un appel aux
autres organisations internationales à caractère régional pour
suivre cet exemple. Je suis heureux de vivre cette étape de
Bamako avec vous, Monsieur l’Administrateur général.

Permettez-moi, ensuite, de remercier les Autorités de mon pays
pour avoir accueilli cette réunion ; et le Mali ayant l’honneur de
présider, au nom de l’Afrique, le processus de préparation du
Sommet, je sais combien le Chef de l’Etat, le Président Amadou
Toumani TOURE et l’ensemble du Gouvernement de la
République tiennent à la réussite de cette mission au Mali
confiée.




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Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Vous comprendrez aisément la satisfaction qui est la mienne
aujourd’hui de vous voir réunis ici, à Bamako, en terre africaine
du Mali, sur les rives du grand Djoliba, témoin de tant de
rencontres et d’unions.

Roger Dehaybe, i n’i ka jama, aw bisimila ! Aw bòra aw ka so,
aw nana aw ka so : cher ami Roger Dehaybe, soyez les
bienvenus, tes invités et toi ! Vous avez quitté votre demeure
pour la retrouver au Mali. Vous êtes ici chez vous.

Merci, Monsieur l’Administrateur général de la Francophonie,
d’avoir choisi le Mali démocratique pour cette réunion
consacrée à la thématique des médias et de la société de
l’information, prolongeant ainsi les dynamiques de Bamako
2000 et 2002.

Ce thème suscite un grand intérêt parmi tous les participants du
processus préparatoire du Sommet mondial. Car chacun a
compris que, pour la première fois dans un Sommet mondial, les
médias ne seront pas seulement présents en tant qu’observateurs
pour rapporter ce qui s’y dira et s’y fera, mais ils y participeront
également en tant qu’acteurs majeurs de cette société de
l’information. Je dirais même que les médias constituent un des
piliers centraux de l’édifice de la société de l’information en
construction, notamment pour tout ce qui touche aux contenus.
Ce sont les médias, en effet, qui créent et mettent en circulation
une bonne part de l’information et des connaissances qui
circulent dans le cyberespace.

L’occasion est ainsi bonne pour partager avec vous quelques
unes de mes observations et convictions sur la problématique
des médias et de la société de l’information que ma fonction de
Président du PrepCom m’a amené à aborder souvent depuis mon
élection.


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Tout d’abord, je voudrais affirmer ma conviction que,
contrairement à ce que certains craignent, l’apparition des
nouveaux médias, notamment l’internet, n’entraînera pas la
disparition des médias traditionnels, que ce soit la presse écrite,
la radio ou la télévision ; médias traditionnels qui, du reste,
demeurent prépondérants dans la plupart de nos pays du Sud. En
fait, nous assistons à un processus de convergence des différents
médias.

En effet, la quasi totalité des médias traditionnels ont
littéralement investi les nouveaux médias, soucieux, d’une part,
d’élargir le cercle de leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs
et, d’autre part, de développer des services et programmes
jusqu’ici limités par des contraintes de temps et d’espace, cela à
des coûts plus favorables pour leurs usagers. Ainsi, par exemple,
la rédaction d’un quotidien dotée d’un site sur l’internet peut à
tout moment

  ! actualiser l’information et compléter les rubriques que le
    manque de place l’a obligée à raccourcir ou à supprimer
    dans l’édition sur papier ;
  ! ajouter de l’image, en particulier des séquences filmées,
    que le papier ne permet pas, évidemment, de reproduire, si
    ce n’est sous forme de photos,
  ! et surtout toucher un lectorat établi parfois à des milliers
    de kilomètres du lieu d’impression du quotidien et cela
    dans la seconde qui suit l’actualisation du site sur
    l’internet. J’ai en tête les exemples du Soleil et du Sud
    Quotidien de Dakar dont l’édition du jour, pendant des
    années, ne pouvait être lue que par les habitants de la
    capitale et de quelques autres privilégiés dans la
    périphérie. Aujourd’hui, grâce à l’édition en ligne de ces
    deux journaux, nos frères Sénégalais et leur compatriotes
    africains de Montréal, Paris, Bruxelles, Genève et du
    monde entier trouvent leurs quotidiens préférés sur
    l’internet, le jour même de leur parution.



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En second lieu, un des reproches que certains font aux médias
traditionnels est la quasi-impossibilité qu’ont les lecteurs,
auditeurs et téléspectateurs d’intervenir sur les choix éditoriaux
et le traitement de l’information : ils se considèrent comme de
simples consommateurs devant se contenter de lire, écouter et
regarder.

Aujourd’hui, avec l’avènement des nouvelles technologies de
l’information et de la communication, en particulier le
développement fulgurant de l’internet, cette relation, à sens
unique, existant entre médias, d’une part, et lecteurs, auditeurs
et téléspectateurs, d’autre part, a été profondément modifiée.
L’internaute connecté a, en effet, le choix entre son média
national traditionnel et un nombre infini de sites sur l’Internet. Il
est désormais libre de choisir la source d’information qui lui
convient parmi des dizaines, voire des centaines d’autres. De
plus, ces sites sont, en général, interactifs et lui offrent ainsi la
possibilité de participer à des fora de discussion, de dialoguer
avec la rédaction ou d’autres internautes désireux, comme lui,
d’en savoir plus et de faire connaître leurs avis.

Troisième observation importante : l’internaute qui veut garder
le contrôle complet de l’information qu’il souhaite diffuser a le
choix d’ouvrir son propre site et/ou de multiplier à l’infini le
nombre des destinataires de ses courriels. Toute personne
connectée peut ainsi, du moins théoriquement, lancer son propre
média, en étant à la fois source d’information et diffuseur de
l’information qu’elle produit. C’est le stade ultime de la
réalisation du droit à l’information ou droit à la communication
que prônent les défenseurs de la liberté d’expression au sens de
l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme.

Grâce à l’internet, chacun peut aujourd’hui exercer librement
son droit "de chercher, de recevoir et de répandre, sans
considérations de frontières, les informations et les idées",
comme le stipule l’article 19 de la Déclaration Universelle des


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Droits de l’Homme. Et c’est là que je situe l’un des enjeux
essentiels de cet instrument et de la société de l’information en
général : comment aider toutes les citoyennes et tous les
citoyens du monde à exercer concrètement ce droit à la
communication, dans la langue de leur choix ? En d’autres
termes, comment faire en sorte que l’utilisation de l’internet
reflète la diversité culturelle et linguistique qui constitue la
richesse des peuples et le socle d’une vraie communication
humaine ? Plus concrètement, comment exploiter le formidable
potentiel que constituent les nouvelles technologies de
l’information et de la communication pour « capaciter », dans
leurs langues, les millions d’analphabètes de notre continent
africain et des autres régions du monde, afin de leur permettre
d’être des acteurs conscients et créatifs de la société de
l’information ? Comment, ce faisant, par le renforcement du
dialogue des cultures et des civilisations, endiguer les dérives
d’une liberté débridée et garantir, dans tous les usages des
innovations en cours, la dimension humaine et humaniste
porteuse de sens ?

Quatrième observation, comme on peut l’imaginer, cette
question du libre exercice du droit à l’information est un des
thèmes centraux du Sommet Mondial de la Société de
l’Information. Mais c’est aussi celle qui divise le plus les parties
prenantes. La lutte contre la cybercriminalité (le terrorisme, la
pédophilie, la pornographie en ligne) constitue une
préoccupation majeure pour l’ensemble de la communauté
internationale    et     plusieurs    Etats     traditionnellement
démocratiques n’hésitent pas, aujourd’hui, à promouvoir des
mesures sécuritaires que beaucoup, dans la société civile,
considèrent comme liberticides. Les grandes organisations
internationales des médias, telles que la Fédération
internationale des journalistes, l’Association mondiale des
Journaux, l’Union européenne de Radio-Télévision ou encore le
Comité mondial pour la liberté de la presse, sont
particulièrement attentives à ces possibles dérives.



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Plusieurs de ces organisations professionnelles des médias
m’ont d’ailleurs écrit pour souligner que - je cite – ″les médias
d’information opérant dans le cyberespace et via les satellites
internationaux de l’audiovisuel doivent bénéficier des mêmes
droits à la liberté d’expression que les médias d’information
traditionnels. Tout texte adopté par le Sommet Mondial sur la
Société de l’Information doit l’affirmer. Une presse libre, c’est
un peuple libre. La liberté de la presse doit être une des
caractéristiques fondamentales d’internet et de tout autre
nouveau système de communication.″ Elles rappellent dans leur
lettre que ce principe est inscrit dans la Déclaration de Sofia de
l’UNESCO de 1997 (le pendant pour l’Europe et l’Amérique du
Nord de ce que représente la Déclaration de Windhoek de 1991
pour l’Afrique). La Déclaration de Sofia stipule - je cite à
nouveau - : ″L’accès à ces nouveaux médias et leur utilisation
devraient jouir de la même protection, en matière de liberté
d’expression, que les médias traditionnels.″ Il est intéressant de
noter que la Déclaration de Sofia, comme la Déclaration de
Windhoek, a été officiellement adoptée par les Etats dans le
cadre de la Conférence générale de l’UNESCO.

Je suis convaincu que cette question sera au cœur des débats du
Forum mondial des médias électroniques, organisé à l’occasion
de la première phase du Sommet à Genève et vos réflexions
d’aujourd’hui permettront certainement d’enrichir ce débat.

   Ma cinquième observation, Mesdames et Messieurs, concerne
l’éthique professionnelle : je crains qu’en la matière, le laxisme,
qui progresse déjà dans les médias traditionnels, ne devienne la
règle dans les nouveaux médias. Les contraintes de temps,
notamment le temps nécessaire pour vérifier l’exactitude d’une
information, et les contraintes commerciales exercées en
particulier par les annonceurs, servent trop souvent de prétexte.
Par ailleurs, comment ne pas être sensible à la préoccupation de
la Fédération Internationale des Journalistes qui déplore que
puisque la formation professionnelle coûte cher, les entreprises
des médias la sacrifie de plus en plus, au nom des restrictions


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budgétaires. Cette évolution, si elle se confirme, est évidemment
inquiétante, mais elle est encore plus alarmante dans l’univers
des nouveaux médias où il est urgent d’endiguer l’amateurisme
désinvolte qui pourrait se propager.

Ma sixième observation, est plutôt une forte suggestion : à la
lecture des thèmes de votre atelier, je me suis interrogé sur la
place réservée aux préoccupations légitimes des professionnels
des médias du Sud d’être totalement partie prenante de cette
révolution du numérique. Alors, je souhaiterais que de manière
transversale, vos suggestions et recommandations puisse
prendre en compte la question fondamentale de la
« capacitation » de ces professionnels, en particulier concernant
le problème de l’accès et la formation pour les contenus, surtout
dans le contexte de la convergence croissante des médias.

Ma septième et dernière observation ne vous surprendra pas,
Monsieur l’Administrateur général, puisque j’ai eu plus d’une
fois l’occasion d’aborder la question : je me suis félicité de la
forte implication de la Francophonie, au niveau réflexion, dans
le processus de ce Sommet et je souhaite qu’elle montre la voie
en prenant des mesures concrètes permettant de réaliser les
grands enjeux du Sommet, au sein de l’espace francophone et en
particulier dans nos Etats membres qui ont le plus besoin de
bénéficier de la révolution du numérique.

Mesdames et Messieurs, ces enjeux sont connus, mais
permettez-moi d’en rappeler essentiellement trois :

Premièrement, concernant la fracture numérique, il est
impératif de la transformer effectivement en perspectives
numériques pour tous, en particulier pour la vaste majorité de
l’humanité qui vit dans les pays du Sud.

Deuxièmement, concernant les questions de développement, il
est vital de saisir l’occasion du Sommet pour accélérer l’atteinte
des Objectifs de Développement du Millénaire, grâce à


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l’usage généralisé et maîtrisé des nouvelles technologies de
l’information et de la communication, réduisant ainsi la fracture
économique et sociale à travers le monde.

Troisièmement, concernant les contenus, si nous voulons éviter
la marginalisation et l’exclusion de peuples et de populations
entières de la nouvelle société en construction, il est,
évidemment, fondamental de garantir la promotion de la
diversité culturelle et linguistique – richesse des peuples et
bien public mondial par excellence.

En mettant en œuvre un vigoureux plan d’action permettant à
ses Etats membres de répondre à ces enjeux, la Francophonie
contribuera de manière déterminante à la réussite du Sommet
Mondial sur la Société de l’Information. Ce Sommet qui, il faut
le rappeler, constitue une chance unique que la communauté
internationale devrait saisir. Notre monde est en effet de plus en
plus en prise avec une violence inouïe, qui s’immisce jusque
dans nos maisons, comme nous le rappelle l’actualité
dramatique. Cela est vrai pour chaque continent et dans chaque
région du monde. Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons
unir nos efforts pour mettre fin à la misère et à la
marginalisation des peuples.

Faisons donc en sorte que ce premier Sommet du troisième
millénaire contribue à transformer la société de l’information en
une véritable société de la communication humaine, où
l’information et la connaissance seront largement partagées ;
une société qui nous conduit à un nouveau dialogue mondial
pour la paix et à une nouvelle communication internationale
fondée sur plus d’écoute, de partage et de solidarité entre les
nations et entre les citoyens de ce monde !




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Monsieur le Ministre,
Monsieur l’Administrateur général,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis des Médias,

Je voudrais conclure…

La crédibilité de la société de l’information en devenir sera
mesurée à l’aune de la crédibilité des médias, autant des médias
traditionnels que des nouveaux médias. Quelles que soient les
technologies utilisées, c’est la qualité des contenus qui fait et
continuera à faire la différence. En d’autres termes, ce sont les
professionnels des contenus, tous ceux et toutes celles qui
créent, traitent, diffusent ou conservent l’information, qui feront
la différence. Les professionnels des médias sont donc des
acteurs incontournables de la société de l’information. A mes
yeux, leur participation pleine et entière au processus
préparatoire du Sommet et au Sommet lui-même aux côtés des
gouvernements, du secteur privé, des organisations
intergouvernementales et des autres acteurs de la société civile,
dans une dynamique partenariale constructive, est une condition
sine qua non de sa réussite.

M’adressant aux spécialistes que vous êtes, Mesdames et
Messieurs, je ne puis que vous dire que le Sommet attend de
vous des suggestions pertinentes permettant de faire des médias,
dans cette nouvelle société de la connaissance et des savoirs
partagés en construction, de véritables moyens d’éducation et de
formation contribuant à l’émergence d’une nouvelle citoyenneté
démocratique dans nos sociétés en quête de sens.

Au regard de la qualité des participants à cet Atelier, je suis
convaincu que vos travaux, auxquels je souhaite pleins succès,
combleront cette attente.

  Je vous remercie de votre aimable attention.


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