Analyse contrastive des formes d'abreviation dans les SMS
georgiens et francais
Natia Amaghlobeli
Ilia State University
Tbilisi, Georgia
natiama2000@yahoo.fr
Résumé
Dès la fin du XXe siècle, avec le développement des technologies d'information, la
communication par les messages courts a pris une part importante et significative dans notre
vie quotidienne. La langue, placée dans ce nouveau contexte, a certainement subi des
changements radicaux. Ces changements sont surtout visibles sur le plan orthographique qui
se caractérise par le développement des formes abrégées des mots et des phrases. Ce soi-
disant langage SMS est fréquent dans presque toutes les langues européennes. Notre article
est basé sur une étude contrastive de corpus de SMS géorgiens et français de 200 messages
courts envoyés par des groupes sociaux similaires. L’étude s’appuyait sur l'hypothèse que
malgré les variables technologiques partagées, les formes et la fréquence des abréviations sont
différentes dans les messages français et géorgiens, la raison étant surtout linguistique.
Les abréviations dans le sens de cette étude sont toutes les formes lexicales qui sont inscrites
avec moins de caractères que la forme complète d'un mot ou d'une combinaison de mots.
Nous avons souligné six formes principales d’abréviations utilisées dans le corpus français :
1. Style phonétique : « kestufai » = qu’est-ce que tu fais ; « bibliotek » = bibliothèque ;
2. Syllabogrammes : « t » = t’ai, te, tes ; « penC » = pensais ;
3. Logogrammes : « 2pui » = depuis ; « ojourd’8 » = aujourd’hui ;
4. Acronymes : « rstp » = réponds s’il te plaît ; « stp » = s’il te plaît ;
5. Troncation : « d’hab » = d’habitude ; « ti » = petit ;
6. Squelette consonantique : « dsl » = désolé(e) ; « jtm » = je t’aime.
Seules les quatre dernières formes peuvent être trouvées dans le corpus géorgien :
• Logogrammes : [3(sam)saxuri] - (travail) ;
• Acronymes : [rx=rogor xar?] - (ça va?) ;
• Troncation : [gena =genacvale] - (chérie) ;
• Squelette consonantique : [mgr=magari] - (super).
L'analyse quantitative a montré que les abréviations sont dix fois plus fréquentes dans les
messages français que dans les messages géorgiens.
Nous soulignons trois raisons linguistiques qui empêchent l’abréviation des mots dans la
langue géorgienne :
1. Raison morphologique : en géorgien, les mots changent de forme (à l’écrit ainsi qu’à
l’oral) non seulement selon la conjugaison mais aussi selon la déclinaison. Par les
formes abrégées, sans suffixes, il serait impossible de comprendre la fonction
grammaticale des mots. En français, la déclinaison n’existant pas, l’abréviation est
plus facile ;
2. Raison phonétique : l’orthographe géorgienne étant basée sur le principe phonétique,
les diphtongues n’existent pas : un phonème est représenté par une lettre, la
prononciation et l’écriture des mots sont donc identiques. Ainsi, il n'y a aucun besoin
du procédé de phonétisation. Quant au langage SMS français, la phonétisation est le
procédé le plus souvent utilisé.
3. Raison alphabétique : en géorgien, les noms alphabétiques des lettres sont les sons
particuliers ; par ex. : le nom de la lettre « s » est [s]. Tandis qu’en français, les noms
des lettres sont présentés comme des syllabes entières : par ex. : « s » - [es]. En
géorgien, l’utilisation des syllabogrammes consistant en la prononciation des lettres
particulières selon leurs noms alphabétiques est donc impossible.
Ainsi, l'analyse contrastive des formes d’abréviation et de leurs fréquences respectives dans
les deux corpus permet de conclure que les abréviations, couramment employées dans le
langage SMS français, sont rares en géorgien, ce qui peut s’expliquer en partie par les
caractéristiques linguistiques.
Bibliographie :
Anis J., Internet communication et langue française, Paris, Hermès Science, 1998
Anis J., Parlez-vous texto ?, Guide des nouveaux langages du réseau,
2VINDOUJTEKRI ???, Le cherche-midi éditeur, 2001
Fairon C., Klein J.R., Paumier S., Le Langage SMS, Louvain University Press (PUL), 2006
Pierozak I., Approche sociolinguistique des pratiques discursives en francais sur internet :
« ge fé dais fotes si je vœux » , Revue Francaise de Linguistique Appliquée, vol. V-fasc. 2000